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6 avril 2013 6 06 /04 /avril /2013 18:08

C’était un gros livre poussiéreux qu’une amie m’avait prêté à la fin du siècle dernier. Quelle divine surprise de le revoir dans les rayons !

http://ecx.images-amazon.com/images/I/41yOYjDAywL._SL500_AA300_.jpgLes éditions Tallandier rééditent « Le siècle de Louis XV » signé en 1933 par Pierre Gaxotte. Évidemment, le moindre prof d’histoire bobo vous sautera à la gorge si vous lui sortez cette référence. Et d’une, Gaxotte est un journaliste réac, sorte de Zemmour des années 30 ; et de deux, balayant d’un verbe dru les inepties scolaires, il réhabilite pan par pan le règne de Louis XV ! Si l’académicien Gaxotte vivait encore, Patrick Cohen ne l’inviterait pas, on peut en être sûr !

Courez acheter cette merveille ! Offrez-la à vos proches ! C’est un roman de la grandeur où l’historien nous conte l’apogée de la civilisation française. Nous l’avons oublié, car depuis des générations, l’école a jeté à la poubelle l’extraordinaire « siècle de Louis XV ». Comme quoi, un « mémoricide », ça marche

Avant d’en disparaître (depuis 30 ans), Louis XV a été le personnage le plus insulté de toute l’histoire des manuels scolaires. Des générations d’auteurs ont tenté de l’abattre par le verbe. Ainsi, en 1956, on peut lire dans un manuel signé Lavisse et Conard : « Dans son enfance, il avait été maladif et on l’avait beaucoup gâté. Louis XV s’était donc habitué à ne penser qu’à son plaisir. Il fut dès sa jeunesse avare, moqueur et même cruel, égoïste et paresseux. » De 1880 à 1970, tous les livres de classe seront dans ce style : insultes répétées, accusations de complots, perversité supposée, etc. Évidemment, le Bien-Aimé était le produit de son époque, voguant entre une spiritualité profonde et la tentation de la débauche : le « parc aux cerfs », où bruissaient les nymphettes du roi, n’était pas politiquement correct, c’est clair…

Et pourtant… Son règne (de 1715 à 1774) est le second plus long de notre Histoire. La France est alors la première puissance mondiale. Doté d’une armée redoutée, jouissant d’une vigoureuse démographie (seules la Chine et l’Inde nous dépassent !), notre pays dispose d’une situation géographique exceptionnelle.

http://www.christ-roi.net/images/4/43/Gaxotte.jpgC’est la thèse centrale du livre : la France doit choisir entre le grand large et le continent. Abandonnant l’Inde et l’Amérique du Nord, Louis XV choisira la seconde option, préférant dominer l’Europe, alors centre du monde, comme feront par la suite Napoléon (qui vendit la Louisiane) ou de Gaulle lâchant le « boulet » algérien. Selon Gaxotte, la perte de l’empire n’était qu’un retrait tactique, en attendant de reconstituer une invincible flotte de guerre. Celle qui vaincra finalement les Britanniques dans la guerre d’Indépendance américaine ! Avec Louis XV, Gaxotte a pu dire qu’il n’y aurait « pas eu de Révolution », qu’il aurait maté les premières révoltes, réformant le pays progressivement. Très possible surtout quand on sait qu’il osa broyer les parlementaires de sa main de fer. Ce fut le coup d’État royal de 1771 (le fameux coup de majesté de Maupéou, NdCR). Ça donne envie !

 

Joris Karl, le 5 avril 2013

 

  • Source: http://www.bvoltaire.fr/joriskarl/rehabilitons-louis-xv,17106

 

Note de Chris-Roi. Quelques précisions. De 1770 à 1774, le gouvernement est constitué par le "Triumvirat". L'abbé Terray est aux Finances. C'est autre chose que Cahuzac (!) et le gouvernement Ayrault 2 ! Le Duc d’Aiguillon est aux Affaires étrangères, et Maupéou, est chancelier. Ce sera le "coup de majesté" ou la réforme des Parlements :

  • - Exil du Parlement de Paris qui est démantelé,
  • - Suppression des parlements régionaux, de la Cour des aides et création à la place de « Conseils supérieurs », la vénalité des offices de judicature est supprimée (1771),
  • - La justice devient gratuite,
  • - et les revenus de la noblesse et du Clergé sont imposés : c’était "une des réformes les plus désirées par le pays" (Jacques Bainville). 
  •  

"La suppression des parlements, acte d’une politique hardie, permettait de continuer cette rationalisation administrative de la France qui depuis des siècles, avait été entreprise par la monarchie" (J. Bainville). Mais la réforme sera immédiatement annulée par Louis XVI.

L’administration Terray commençait à corriger les abus, elle adoucissait d’abord les impositions les plus vexatoires avec l’intention des les abolir ensuite ; elle organisait ces fameux vingtièmes (1771) qui avaient soulevé tant de résistances... ; elle s’occupa enfin de créer des taxes équitables, telle que la contribution mobilière reprise plus tard par l’ "Assemblée constituante" (1789-1791) (!) en un mot tout ce qui était rendu impossible par les parlements...

 

Autres articles sur ce sujet de l'obstruction parlementaire au XVIIIe siècle à toute tentative royale de faire la réforme de l'égalité devant l'impôt (des choses que l'école de la république ne vous apprendra pas !) :

 

- 14 juillet 1789 : La Révolution dite "française"


- La guerre des juges contre l'Eglise et la monarchie au XVIIIe siècle (Marion Sigaut)

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