En cette fête de saint François, lors de sa rencontre avec les pauvres au siège de l’évêché d'Assise, dans la Salle du dépouillement, là où le 'poverello' se délesta de ses vêtements devant son père en signe de renonciation aux biens terrestres, le pape a improvisé un discours dans lequell il a appelé à se "dépouiller de l'esprit du monde". (1)
Le pape François est le premier pape a visiter la fameuse salle du dépouillement de Saint François, depuis 800 ans. (2)
La route du dépouillement est la seule route possible pour un chrétien, estime le pape qui appelle au « courage de se dépouiller », non pas de l'argent, mais de la « mondanité spirituelle », de « l'esprit du monde », qui est « la lèpre, le cancer de la société, l'ennemi de Jésus ». (3)
Rencontre avec les pauvres et avec les personnes dans le besoin assistées par la Caritas, à l'évêché. Visite pastorale du Pape François à Assise.
Direct du 04/10/2013. Source: http://www.youtube.com/watch?list=UUg0L6cPMNLv1gjsyzYqMG7g&v=SCpxkG2PGLs
Sous une pluie fine, ils sont arrivés par milliers de tous les coins de l’Italie, vers la colline du Poverello, comme aimantés en cette fête historique de saint François.(4)
À Assise, « le pape ira déshabiller l’Eglise. Il ôtera les habits des évêques, des cardinaux, les siens » : des fantaisies de la presse selon le pape François. Car l’Eglise, c’est nous tous, l’Eglise, c’est nous tous », a martelé le Pape. « Nous tous nous devons nous dépouiller. De quoi doit se dépouiller l’Eglise ? D’un grave danger qui menace le monde entier : la mondanité. C’est une idole, pas Dieu. L’idolâtrie est le pêché le plus grand. »
SE DEPOUILLER DE L'ESPRIT DU MONDE
Cité du Vatican, 4 octobre 2013 (VIS). Le Saint-Père a accompli la seconde étape de sa visite à l'évêché d'Assise, dans la salle où en 1206 François se dépouilla publiquement de ses biens et de ses vêtements, reniant son père Pierre qui l'avait traîné devant le tribunal ecclésiastique et proclamant Dieu comme son véritable père. Là le Pape François, le premier Pape à visiter cette salle, a retrouvé les pauvres assistés par la Caritas. Improvisant de nouveau il a évoqué la presse qui n'a cessé ces derniers temps d'annoncer qu'en ce lieu il aurait dépouillé l'Eglise: "Mais de quoi le Pape pourrait donc dépouiller l'Eglise? Les vêtements du Pape, des Cardinaux et des Evêques!". Il se dépouillera lui même, assuraient certains journalistes.
"Mais l'Eglise, c'est nous tous les baptisés qui devons suivre le chemin de Jésus, un chemin de dépouillement jusqu'à l'humiliation de la croix. Pour être vraiment des chrétiens, il n'existe pas d'autre voie. Serait-il possible d'avoir un christianisme plus humain, se demandent certains, c'est à dire sans croix, sans Jésus et sans dépouillement? Ce serait alors un christianisme de vitrine, doucereux, où les chrétiens seraient comme de jolis gâteaux en devanture. Un christianisme peut-être superbe mais pas chrétien. Alors de quoi donc l'Eglise devrait-elle se dépouiller? Je réponds qu'elle doit se dépouiller maintenant d'un gravissime péché, qui menace chacun de ses membres. Ce danger c'est la mondanité, l'esprit du monde. Le chrétien ne peut le suivre et le rechercher car il porte à la vanité, à l'arrogance et à l'orgueil. Cet esprit n'est pas Dieu mais une idole, et l'idolâtrie est le suprême péché".
"Lorsque les media parlent d'elle, ils croient que l'Eglise ne sont que le clergé et les religieux, les évêques, les Cardinaux et le Pape. Or, comme je viens de le dire, l'Eglise c'est nous tous. Nous devons donc tous nous dépouiller de l'esprit du monde qui est contraire aux Béatitudes et à l'Esprit de Jésus. Cet esprit mondain nous rend malades. Quelle tristesse qu'un chrétien croyant dans la sécurité que lui donnerait à la fois le monde et la foi! Non, on ne peut mêler les deux esprits. L'Eglise ne peut que rejeter l'esprit du monde qui porte à l'idolâtrie. Jésus a bien dit qu'on ne saurait servir deux maîtres. Soit Dieu soit l'Argent, qui est rempli de l'esprit du monde. Les chrétiens ne peuvent suivre la voie de l'argent, de la vanité et de l'orgueil. Quelle tristesse d'effacer d'une main ce que l'autre écrit. Seulement Dieu et l'Evangile! Jésus, qui s'est fait serviteur, n'a pas suivi l'esprit du monde... Tant de vous ont été dépouillés par la sauvagerie de ce monde, qui n'offre rien ni assistance ni travail, qui ne se préoccupe pas qu'il y ait des enfants mourant de faim, des familles privées de la dignité de nourrir ses membres, tant de personnes forcées de fuir à la recherche de la liberté". Quelle horreur de voir tous ces gens morts hier devant Lampedusa! Aujourd'hui est un jour de deuil. Voilà à quoi conduit l'esprit du monde. Il est vraiment ridicule qu'un chrétien, qu'il soit ecclésiastique, religieux ou laïc, suive cette voie homicide. La mondanité spirituelle tue elle aussi, elle tue l'âme, elle tue les gens, elle tue l'Eglise! Lorsqu'en ce lieu François se dépouilla...c'est Dieu qui lui procura la force de rappeler ainsi ce que Jésus disait de l'esprit de ce monde, de sa prière pour que nous soyons sauvés de cet esprit. Sollicitons encore aujourd'hui la grâce du Seigneur pour que chacun de nous ait la force de se dépouiller, non de quelques sous mais de l'esprit du monde, véritable lèpre et cancer de la société, véritable ennemi de Jésus et de la Révélation".
A la conclusion de la rencontre, le Pape François a remercié l'assistance de l'avoir accueilli et demandé qu'on prie pour lui: "Priez pour moi qui en ai tant besoin" (5)
Ce matin, le Saint-Père a célébré la messe en plein air sur la Place de la Basilique Supérieure Saint-François d'Assise, là où avaient eu lieu les prières pour la paix de 1986 avec Jean Paul II et de 2011 avec Benoît XVI.
En expliquant le choix de son saint patron, Jorge Mario Bergoglio livre ce qui l’inspire :
« La rencontre avec Jésus le conduisit à se dépouiller d’une vie aisée et insouciante, pour épouser « Dame Pauvreté » et vivre en vrai fils du Père qui est aux cieux. Pour saint François, ce choix indiquait une manière radicale d’imiter le Christ, de se revêtir de Celui qui, de riche qu’il était, s’est fait pauvre afin de nous enrichir par sa pauvreté (cf. 2Co 8, 9). Durant toute la vie de François aimer les pauvres et imiter le Christ allait de pair, étaient deux éléments inséparables, les deux faces d’une même médaille. » (6)
Un peu auparavant, lors de la première étape de son « pèlerinage » à Assise, le pape François avait rendu visite à plusieurs dizaines d’enfants handicapés et malades de l’Institut Séraphique. Il y avait lancé un appel à « soigner » les « plaies de Jésus », ces plaies qui ont besoin « d'être écoutées, d'être reconnues », a-t-il déclaré : « Jésus est caché dans ces jeunes, dans ces enfants, dans ces personnes. Sur l'autel nous adorons la Chair de Jésus, en eux nous trouvons les plaies de Jésus… le chrétien qui adore Jésus, qui le cherche, saura reconnaître ses plaies », a-t-il souligné avec force.
Que retenir de son homélie ?
« Qui se laisse regarder par Jésus Crucifié est recréé, devient une nouvelle créature. C'est de là que part tout : l'expérience de la Grâce qui transforme, le fait d'être aimé sans mérite, et en étant pécheur », a expliqué François.
La relation avec Jésus : un regard qui donne la vie
Saint François d'Assise montre d'abord qu' "être chrétien est un rapport vital avec la Personne de Jésus, c'est se revêtir de Lui, c'est une assimilation à Lui", a expliqué le Pape. "Le chemin de François vers le Christ part du regard de Jésus sur la Croix". D'après le Saint-Père, "le Crucifix ne nous parle pas de défaite, d'échec, [mais] d'une mort qui est vie, qui génère la vie". "Qui se laisse regarder par Jésus crucifié est re-créé, il devient une "nouvelle créature" ".
Suivre le Christ et trouver la paix
Le témoignage de Saint François révèle que celui qui "suit le Christ reçoit la véritable paix, celle que Lui seul, et non pas le monde, peut nous donner". Pour le Pape, "la paix de Saint François est celle du Christ", un "joug" donné par le commandement : "Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés" (Jean, 13, 34). Mais le Saint-Père précise que "ce joug ne peut pas se porter avec arrogance, avec présomption, avec orgueil [...] mais seulement avec douceur et humilité du cœur".
Le respect de toute forme de vie
Dernier aspect du témoignage de Saint François : "le respect pour tout ce que Dieu a créé". Il manifeste que "l'homme est appelé à prendre soin de l'homme, que l'homme est au centre de la création, à l'endroit où Dieu, le Créateur, l'a voulu".
Le Pape François a ensuite lancé un appel au respect de la vie et à la paix dans le monde : "De cette Cité de la Paix, je répète avec la force et la douceur de l’amour : respectons la création, ne soyons pas des instruments de destruction ! Respectons tout être humain : que cessent les conflits armés qui ensanglantent la terre, que se taisent les armes et que partout la haine cède la place à l’amour, l’offense au pardon et la discorde à l’union. Écoutons le cri de ceux qui pleurent, souffrent et meurent à cause de la violence, du terrorisme ou de la guerre, en Terre Sainte, si aimée de saint François, en Syrie, au Moyen-Orient, dans le monde entier".
Puis il a évoqué "l’Italie [qui] célèbre saint François comme son Patron", invitant à prier "pour la Nation italienne, pour que chacun travaille toujours pour le bien commun, en regardant ce qui unit plus que ce qui divise".
Prières à François et prière de François
L'homélie du Pape fut rythmée par trois prières adressées à Saint François d'Assise, venant conclure chaque partie dédiée à un aspect du témoignage du Saint :
- "Nous nous adressons à toi, François, et nous te demandons : apprends-nous à rester devant le Crucifié, à nous laisser regarder par Lui, à nous laisser pardonner et recréer par son amour".
- "Nous nous adressons à toi, François, et nous te demandons : apprends-nous à être des « instruments de paix », de la paix qui a sa source en Dieu, la paix que le Seigneur Jésus nous a apportée".
- "Nous nous adressons à toi, François, et nous te demandons : obtiens-nous de Dieu, dans notre monde, le don de l’harmonie, de la paix et du respect pour la création !"
Pour terminer son homélie, le Pape François a rendu hommage au Saint dont il porte le nom, en reprenant la prière du "Poverello di Assisi" : « Je te prie donc, o Seigneur Jésus Christ, père des miséricordes, de ne pas daigner regarder notre ingratitude, mais de te souvenir toujours de la pitié surabondante que tu as manifestée [dans cette ville], afin qu’elle soit toujours le lieu et la demeure de ceux qui vraiment te connaissent et glorifient ton nom béni et très glorieux dans les siècles des siècles. Amen » (Miroir de perfection, 124, FF, 1824). (7)
Sources:
(2) http://www.zenit.org/fr/articles/se-defaire-de-toute-mondanite-spirituelle-lepre-de-la-societe
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