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9 octobre 2013 3 09 /10 /octobre /2013 12:39
Alors que jusqu'ici la doxa marxisante analysait les faits sociaux sous le seul angle de l'explication économique (celle de la lutte des classes) interdisant de regarder ailleurs, le géographe Christophe Guilluy avance la thèse que la question identitaire et culturelle est en train de prendre une place politique centrale. 

Interrogé dans Le Pélerin n°6805 du 2 mai 2013, Christophe Guilluy a mis en lumière « la France des invisibles ». Dans son livre intitulé Fractures françaises (Ed. François Bourin), le géographe estime que l’arrivée de la gauche au pouvoir, le 6 mai 2012, n’a pas réduit le fossé entre les catégories sociales. Au contraire, les grandes métropoles prennent le pas sur la France « de la périphérie ».  
« [L]a gauche, comme la droite avant elle, ne veut pas voir ce qui se passe sous ses yeux : la fracture sociale ne cesse de s'élargir entre la France des métropoles et le reste du pays. Les dernières élections législatives partielles, dans l'Oise, avec un fort vote Front national et, surtout, une très importante abstention, le montrent bien. Les électeurs de ce que j'appelle « la France de la périphérie » savent pertinemment que les politiques ne s'intéressent pas à leur sort. Alors, ils ne votent plus ou se réfugient dans un vote protestataire. De toute façon, les classes populaires et moyennes n'attendent plus rien des partis classiques. Sauf les fonctionnaires, qui ont voté PS, et les retraités, qui ont voté UMP. Deux catégories relativement protégées des effets de la crise. Mais il n'est pas politiquement correct de dire que la majorité des Français se sent en insécurité face à la mondialisation. L'ouverture des frontières aux biens et aux marchandises, que ce gouvernement ne remet pas en cause, se traduit pour eux par la perte croissante d'emplois industriels et par l'augmentation du nombre d'immigrés. Faute de vision lucide des choses, aucune loi, aucune mesure n'a été prise pour les rassurer. Au contraire : le cafouillage autour de la fermeture des hauts-fourneaux de Florange, en Lorraine, en est bien la preuve. [...] J'observe qu'aujourd'hui, le pays se divise entre les gagnants de la mondialisation et les perdants. Les gagnants, auxquels s'adressent tous les partis politiques traditionnels, habitent dans les centres-ville des grandes métropoles et dans leur proche banlieue. Ce sont surtout les cadres supérieurs, les professions libérales et intellectuelles.

Tandis que les perdants ne peuvent plus y trouver leur place : les usines ferment, les loyers augmentent démesurément, le sentiment d'insécurité aussi. Alors, ces gens, qui appartiennent à la classe ouvrière ou à la petite classe moyenne, rejoignent ceux qui leur ressemblent (les agriculteurs, les ouvriers de PME rurales), loin des centres. Ils vont dans la banlieue de la banlieue – par exemple, dans l'Oise – ou dans de petites villes tranquilles ou carrément à la campagne. On les appelle alors les « néoruraux ». Le problème, c'est qu'ainsi, ils s'éloignent des bassins de formation et d'emploi, des lieux de culture et d'échanges. Et ils disparaissent du champ de vision des « décideurs », de ceux qui dictent l'opinion, et de la plupart des hommes politiques ! la France invisible, c'est tout de même 60 % de la population ! Il s'agit des gens qui habitent des pavillons modestes ou louent des appartements pas trop chers dans le parc immobilier privé. Celui-ci subsiste encore dans les petites villes.[...] Ils ont le sentiment que la vie est moins chère et plus agréable dans ces zones périphériques, même si, souvent, ils ont sous-évalué le coût du transport ou les possibilités d'emplois. Car la banlieue d'une ville de 20 000 habitants ou le village à 10 km de la ville ne sont pas des lieux très dynamiques, ni économiquement ni en termes de services. »


Source: http://www.pelerin.com/L-actualite-autrement/Christophe-Guilluy-geographe-met-en-lumiere-la-France-des-invisibles




Les matins de France Culture.  Parmi les invités : Christophe Guilluy.
L'émission, consacrée à la France des invisibles, a été diffusé en 2011, avant l'élection présidentielle. Durée : 45 minutes.


La "France des invisibles" est un thème repris par Marine Le Pen avec son discours au meeting de Metz le 11 décembre 2011 où elle lançait :

 

« Agriculteurs, chômeurs, ouvriers, retraités, habitants des campagnes françaises, vous êtes ces oubliés, cette majorité invisible, broyés par un système financier devenu fou. Pour la caste politique UMP-PS, face à leur Dieu, le triple A, vous êtes des triples riens ! ».  

 

 

 

 

Mais Jean-Marie Le Pen s'était déjà revendiqué candidat des “sans-grade” à quelque 2 500 militants qui l'acclamaient dans l'amphithéâtre du Grand-Palais, le 25 février 2007 à Lille :

 

« Vous les petits, les obscurs, les sans-grade, vous que jamais l’on n’entend et qui n’avez jamais travaillé que pour des prunes, reprenez avec moi le pouvoir. »

 

Source: http://www.leparisien.fr/politique/le-pen-s-adresse-aux-sans-grade-26-02-2007-2007802171.php

 

  •  
Le journal anarcho-royaliste "Lys noir",  a consacré un article au géographe Christophe Guilluy. Extraits : 

 

« À mesure que les Français de souche -perdants sur le front de la mondialisation- sont repoussés dans les périphéries, se dessine une "France invisible" déjà estimée à 60% de la population... » (NdCR. chiffre qui correspond à l'abstention de 66% à la cantonale partielle de Brignoles dans le Var dimanche 6 octobre 2013)

 

Clairement, l'oeuvre de Guilluy tend à rétablir ce que l'on appelait jadis la "sagesse populaire".

 

« Les Français, contrairement à ce que disent les élites, ont une analyse très fine de ce qu'est devenue la société française, parce qu'ils la vivent dans leur chair. Cela fait trente ans qu'on leur dit qu'ils vont bénéficier, eux aussi, de la mondialisation et du multiculturalisme alors même qu'ils en sont exclus. Le diagnostic des classes populaires est rationnel, pertinent, et surtout c'est celui de la majorité. Bien évidemment le Front national ne capte pas toutes les classes populaires. La majorité se réfugie dans l'abstention. »

 

Alors Guilluy avance la thèse que la question culturelle et identitaire prend une place prépondérante et que lorsque les abstentionnistes se mettront de la partie - forcément au profit du FN - cela fera mal, très mal...

 


Guilluy cible biensûr l'oligarchie :

 


« Les Français se sont rendu compte que la question sociale a été abandonnée par les classes dirigeantes de droite et de gauche. Cette intuition les amène à penser que dans ce modèle qui ne les intégre plus ni économiquement ni socialement la question culturelle et identitaire leur apparaît comme désormais essentielle. »

 

[...] Christophe Guilluy ne nous dit cependant pas qui remportera notre prochaine guerre civile, mais il nous le laisse prévoir à sa place.. Les métropoles sont assiégées par leurs vastes territoires périphériques... On sait donc déjà où sont les Indiens et qui sont les chasseurs. »

 

 

Source: http://lysnoir.tumblr.com/post/61694748042

 



 

. "Liberté & égalité" : Depuis la crise de 2008, les écarts de richesse continuent de se creuser (INSEE) 23 septembre 2013

. En plus de vingt ans, l'écart de richesse a quadruplé entre Blancs et Noirs aux Etats-Unis (18 mai 2010)

. Les écarts de richesse déjà en 2007... : aujourd'hui, une société plus égalitaire? (6 décembre 2007)

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