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Christ Roi

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23 janvier 2014 4 23 /01 /janvier /2014 11:49

"Ils veulent que l’Euro survive quelles qu’en soient les conséquences, parce qu’ils y trouvent leur intérêt, et pour cela ils sont prêts à mettre l’Europe à feu et à sang. Ils portent donc une responsabilité historique." 

(Jacques Sapir)

 

Quelques questions importantes

21 janvier 2014

Par Jacques Sapir

 

La présente note constitue la version “longue” d’un interview donné au journal argentin PAGINA-12 et qui sera publiée le dimanche 26 janvier. En raison de l’importance des thèmes abordés, j’ai décidé de la publier.


1- Quel est le contexte expliquant les dernières déclarations réalisées par le président François Hollande le 14 janvier dernier?

 

Le Président François Hollande se trouve aujourd’hui dans une situation très délicate. Son autorité a été érodée par l’inefficacité de la politique économique qui est menée depuis juin 2012. Il avait promis d’inverser la « courbe du chômage » d’ici à noël 2013. Dans les faits, le chômage continue d’augmenter. Selon la manière dont on le calcule, car il faut savoir que la DARES et Pôle Emploi utilisent divers critères, on arrive aujourd’hui à 3,2 millions ou 5,5 millions de chômeurs.

 

Graphique 1

G3-ChomCVS - copie

Source : DARES et Pôle-Emploi.

 

Le mouvement de désindustrialisation que connaît l’économie française devient désormais très inquiétant. La croissance, qui avait été annoncée, n’a pas été au rendez-vous. En fait, de nombreux économistes avaient critiqué la politique économique du gouvernement et les prévisions extrêmement optimistes qui étaient celles du Ministère de l’Économie et des finances à l’automne 2012. Et, malheureusement ce sont eux, et non le Ministère, qui ont eu raison. Mais, à cet échec économique, sont venus s’ajouter d’autres facteurs qui pèsent  sur l’autorité, et même la légitimité, du gouvernement et du Président. On a d’abord le sentiment d’un grand amateurisme sur un grand nombre de dossier. On a vu le gouvernement reculer sur de nombreux dossiers. Les réformes de société qui ont été votées au printemps 2013 divisent profondément la société. Enfin, la vie privée du Président n’est pas au-dessus de tout reproche. Cela explique l’effondrement de la popularité du Président, mais aussi du Premier Ministre, et a créer un contexte extrêmement défavorable à la veille de la conférence de presse du 14 janvier.

 

 

2- Quelles conséquences pourraient avoir “le pacte de responsabilité” présenté sur l’économie française?

 

Tel qu’il est présenté, le « pacte de responsabilité » repose sur un échange d’une diminution de charges des entreprises (30 milliards d’euros à raison de 10 milliards par an de 2014 à 2017) contre la création d’environ 200 000 emplois. Mais, ce « pacte » soulève de nombreuses questions. La première renvoie à l’analyse de la situation des entreprises françaises. Les études faites par l’INSEE montrent en effet que les marges des entreprises n’ont pas baissé. Les problèmes auxquels les entreprises sont confrontées viennent plus de la concurrence étrangère. Dans une note réalisée pour la banque NATIXIS[1] on peut lire que la baisse des charges sociales des entreprises n’est pas une politique adaptée. Ce qu’il faut aux entreprises c’est en réalité une dévaluation. La deuxième question c’est la réalité de l’engagement des entreprises d’embaucher 200 000 personnes en échange de cet allègement de charges. Outre le fait que 200 000 emplois est un nombre largement insuffisant, le Ministre du Redressement Productif, M. Montebourg, parle quant à lui de deux millions d’emplois sur lesquels les entreprises devraient s’engager, rien n’indique que les entreprises sont prêtes à jouer le jeu. Une troisième question qu’il faut alors poser est de savoir comment sera financé cet allègement des charges. Le Président a parlé d’économies à réaliser sur les dépenses publiques, mais on voit bien que sauf à couper soit dans les investissements soit dans prestations sociales, les possibilités d’économie sont faibles et hasardeuses. La piste avancée lors de cette conférence de presse, une réforme de l’organisation territoriale, semble aujourd’hui – après les déclarations du Président Hollande à Tulle – si ce n’est abandonnée du moins très largement compromise. Survient alors une quatrième question : cet allégement des charges ne risque-t-il pas d’engager un processus où les entreprises vont en profiter pour exercer des pressions supplémentaires sur les salaires et engager ainsi un processus de déflation ?

 

Ces questions montrent que ce « pacte » sera au mieux sans effet sur la situation réelle ; au pire il pourrait s’avérer non seulement un marché de dupes pour les travailleurs et l’amorce d’un processus déflationniste extrêmement dangereux.

 

 

3- Quelles sont les alternatives de politique économique pour que la France sorte de la crise économique?

 

En fait, et cela de nombreux économistes en sont conscients, le problème essentiel des pays du sud de l’Europe, et de la France en particulier, réside dans l’existence même de l’Euro, la monnaie unique. Ce problème est évident dans les échanges avec les pays extérieurs à la zone. Depuis sa création, l’Euro s’est fortement apprécié face au Dollar américain, mais aussi au Yen japonais et à la Livre Sterling avec des effets dévastateurs sur l’économie des pays du sud de l’Europe. Ceci est aujourd’hui compris par un nombre croissant d’acteurs ; on pense ainsi aux dirigeants des PME mais aussi à des responsables d’Airbus Industrie, et y compris au sein du gouvernement français où Arnaud Montebourg a exprimé ses réserves quant au taux de change actuel de l’Euro.

 

Mais, le rôle néfaste de l’Euro se fait aussi sentir dans le commerce à l’intérieur de la zone. De ce point de vue une dépréciation de l’Euro ne pourrait représenter au mieux qu’une solution partielle aux problèmes de la France et des pays de l’Europe du Sud. Depuis la création de l’Euro en 1999, on a constaté que les taux d’inflations des différents pays restaient différents, quoique désormais on ait une politique monétaire unique. Ceci révèle l’existence d’une inflation structurelle, dépendant des structures économiques de chaque pays.

 

 

La différence du taux d’inflation, qui pouvait atteindre 2% par an, entre l’Allemagne et les pays de l’Europe du Sud a abouti à un écart de compétitivité cumulé de 20% à 40% suivant les pays. Il en résulte que les produits allemands sont devenus de plus en plus compétitifs sur les marchés français, mais aussi italiens, espagnols ou grecs et portugais. Normalement, cette question de la différence des taux d’inflation structurels se traite par des dévaluations régulières (ou des réévaluations du pays dont l’inflation structurelle est la plus faible). Mais, ce mécanisme ne peut plus fonctionner du moment que l’on a une monnaie unique. Il en résulte que les pays du Sud de la zone Euro sont aujourd’hui engagés dans des politiques de dévaluation interne, politiques qui sont très coûteuses en matière de chômage mais aussi en ce qui concerne le niveau de production. Il y a aujourd’hui de plus en plus d’économistes qui considèrent qu’il faudrait que les pays de la zone Euro puissent retrouver cette souplesse de dévaluation.

 

...

 

4- Une sortie de la France de l’Euro signifierait-elle la fin de l’Union Européenne?

 

C’est l’un des arguments que l’on entend le plus chez les partisans de l’Euro. Mais, en réalité, il y a des pays, et non des moindres comme la Grande-Bretagne et la Suède, qui sont membre de l’Union Européenne mais pas de la zone Euro. En fait, l’Union Européenne a existé avant la mise en place de l’Euro et si l’Euro disparaît, l’Union Européenne existera toujours. Si l’on compte depuis l’entrée en vigueur du Traité de Rome et de la Communauté Économique Européenne, nous avons vécu de 1958 à 1999, soit 41 ans, avec nos propres monnaies et nous avons construit l’Europe pendant ce temps. Rien ne justifie donc cette affirmation selon laquelle la fin de l’Euro serait la fin de l’UE. On voit que c’est un argument utilisé à dessin par des gens qui sont décidés à défendre l’Euro et qui, pour cela, sont prêt à jouer sur les peurs, voire même à les susciter. Dire que la fin de l’Euro provoquerait un éclatement de l’UE, et nous conduirait à la guerre en Europe n’a tout simplement pas de sens. C’est une injure à l’intelligence et à ce que l’on connaît de l’histoire, qu’il s’agisse de celle de la première guerre mondiale[4] ou la seconde[5].

 

Maintenant, il est aussi clair que l’UE n’est aujourd’hui pas satisfaisante, et qu’il faudra que cette dernière change de manière considérable ou qu’elle disparaisse. Tel est l’enjeu de ces prochaines années.

...
C’est la présence de la monnaie unique, et la crise qui en découle, qui constitue aujourd’hui en réalité la principale menace pour la stabilité européenne. Si les politiciens qui s’en vont par les chemins en criant que la mort de l’Euro impliquerait celle de l’UE étaient réellement préoccupés par la situation de l’Europe, ils s’entendraient rapidement pour dissoudre l’Euro dans le calme. Mais, en réalité, on voit que leurs préoccupations réelles sont tout autres. Ils veulent que l’Euro survive quelles qu’en soient les conséquences, parce qu’ils y trouvent leur intérêt, et pour cela ils sont prêts à mettre l’Europe à feu et à sang. Ils portent donc une responsabilité historique.

 

...

En fait, ce qui provoque la crise économique, et conduit au démantèlement progressif des conquêtes sociales acquises depuis 1945, c’est bien une partie de la réglementation européenne et surtout l’existence de l’Euro. On voit, en particulier en France et en Italie, la constitution d’un bloc politique autour de l’oligarchie dominante qui défend coûte que coûte l’Euro et les aspects les plus réactionnaires de l’Union Européenne tandis que se constitue progressivement, mais dans des conditions politiques particulières dans chaque pays, un autre bloc représentant les travailleurs et les couches populaires de la population qui est fortement opposé à l’Euro. On a vu circuler un sondage indiquant que désormais 49% des Italiens sont opposés à l’Euro[6]. En France aussi, en dépit du fait qu’il n’y a pas de sondage précis, on peut penser que plus de 40% de la population est désormais opposé à l’Euro.

 

Le principal problème, en tous les cas de mon point de vue qui est celui d’un homme se situant à gauche sur l’échiquier politique, aujourd’hui est que ce bloc populaire qui est opposé à l’Euro risque d’être hégémonisé par des forces de droite. Mais, désormais, ce risque me semble mineur par rapport à celui, bien plus grave, que fait peser le maintien de la zone Euro.

 

 

6- Pratiquement tous les pays européens sont touchés par la crise. Y a-t-il des différences entre les pays? Comment expliquer les mauvaises performances de l’ensemble de l’Union Européenne depuis 2008?

 

En fait, les performances économiques des pays de l’UE sont très divergentes. Certains pays ont de bonnes performances, comme la Grande-Bretagne et la Suède. Surprise, surprise, ces pays ne font pas partie de la zone Euro.

 

 

 Tableau 2

Taux de croissance du PIB à prix constants. Moyenne par période

 

Moyenne 2001-2011

Moyenne 2001-2007

Moyenne 2007-2011

Australie

3,1%

3,4%

3,1%

Canada

2,1%

2,6%

1,4%

Norvège

1,8%

2,3%

1,2%

Suède

1,8%

3,0%

0,5%

Suisse

1,7%

2,0%

1,6%

Royaume-Uni

1,6%

2,6%

0,4%

États-Unis

1,9%

2,4%

1,3%

Zone euro

1,1%

1,9%

0,4%

Total OCDE

1,8%

2,4%

1,1%

SOURCES : Base de données de l’OCDE. Pour 2011, estimations. Pour 2010, chiffres provisoires.

 

Par contre, au sein de la zone Euro, on constate que la croissance est faible, et même que certains pays, comme l’Espagne, la Grèce, le Portugal et même l’Italie, sont en récession. La divergence des résultats est impressionnante. 


Source et suite : http://russeurope.hypotheses.org/1930

 

Le 25 septembre 2012, Jacques Sapir avait expliqué sur Ria Novosti que François Hollande avait "toutes les chances de perdre son pari" d'inverser la courbe du chômage à la rentrée 2013 :

 

"Le second pari porte sur le chômage. François Hollande semble se résoudre à une forte montée de ce dernier en France. Mais, il espère que ceci ne sera que momentané. D’ailleurs, il a dit dans sa récente intervention sur la chaîne de télévision TF1 qu’il se donnait pour tâche d’inverser le mouvement du chômage à la rentrée de 2013. Le pari réside ici dans l’espoir que la conjoncture internationale s’éclaircira dès l’été 2013, et que la croissance hors de la Zone Euro tirera cette dernière de la trappe récessionniste dans laquelle elle s’est enfermée. D’ici là, François Hollande compte sur les emplois aidés pour apaiser une partie du malaise social qu’il sent monter.

 

Mais, si l’on regarde les autres régions économiques du monde, on voit que rien ne vient conforter ce second pari. La Chine se prépare à une longue période de récession, et probablement de troubles politiques. Il est exclu qu’elle puisse jouer le rôle de tracteur de l’économie mondiale. La même chose peut être dite de l’Inde, qui elle aussi semble bien engagée dans une période de récession. Quant aux États-Unis, l’assouplissement monétaire auquel se livre la Réserve Fédérale (le QE-3) devrait y stabiliser la situation, mais ne saurait permettre une relance que quelque importance. Les problèmes économiques des États-Unis sont structurels, et caractérisés par un investissement très faible et une désindustrialisation avancée.

 

Sur ce point également François Hollande a toutes les chances de perdre son pari. Non seulement nous n’assisterons pas à une stabilisation, voire une légère régression du chômage à partir de septembre ou d’octobre 2013, mais tout laisse penser qu’il continuera de monter."

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