Près de 2 millions de Français ont choisi de renoncer au petit écran.
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Un jour, on arrête. Les enfants s'en passent très bien. Les parents recommencent à lire.
Depuis cet été, Eric n'a pas replongé. Il se sent bien, moins fatigué, soulagé presque: il ne regarde plus la télé. Lui, l'accro de la famille, scotché à la lucarne les soirs de matchs... Le quadra parisien s'est lancé dans la rénovation de son appartement, sans penser à la suite: plus de prise, plus de télé. Pour sa femme, ce ne fut pas un choc, elle ne la supportait pas. Ses deux ados s'en passent très bien, ils ont investi dans un lecteur DVD. Mais lui? "Je n'y pense plus. J'ai recommencé à lire."
Chaque année, d'anciens JT-dépendants et autres séries-addicts décrochent aussi de leur canapé pour de nouvelles aventures. Comme Eric, près de 2 millions de Français ont zappé la télé et affirment s'en porter beaucoup mieux. Ils ne forment certes pas une majorité - plus de 97% de la population se grise encore des oeillades de Claire Chazal, entre autres, et près de quatre heures par jour en moyenne. Mais le temps passé devant le poste a diminué l'année dernière, chez les préados et les jeunes adultes notamment. Mieux, les abstinents ne se cachent plus, ils assument leur exotisme, jusqu'à partager leur expérience hors du commun via Facebook, des blogs ou des forums.
Pour la première fois, un chercheur, Bertrand Bergier, s'est penché sur les raisons de leur abstinence volontaire. Première surprise de son livre, Pas très cathodique. Enquête au pays des "sans-télé" (éditions Erès, 2010), ces ascètes ne sont pas des idéologues, ou des snobs; encore moins des marginaux. La plupart ont même biberonné aux dessins animés. Beaucoup sont d'anciens aficionados des chaînes hertziennes ou câblées. Enseignants, ouvriers, cadres, célibataires ou en couple, hommes, femmes, jeunes et vieux, ils ont viré leur cuti sans vraiment s'en rendre compte...
Poser le ficus sur la télé et l'arroser un peu trop
"Leur revirement est motivé par des raisons diverses, contradictoires et le plus souvent accidentelles", explique Bertrand Bergier, professeur à l'université catholique de l'Ouest. De fait, la grande majorité des sevrés cathodiques n'ont pas choisi les motifs ni l'heure de la rupture. Certains ont renoncé à la fiction du dimanche soir parce qu'ils n'aimaient "pas assez" la télé, trop occupés ailleurs. D'autres parce qu'ils l'aimaient trop, "saturés de documentaires animaliers", confesse un pénitent dans la trentaine. D'autres, encore, poussés par un proche. C'est la "stratégie de la plante verte" utilisée par l'épouse excédée: elle décide un beau jour de poser le ficus sur la télé familiale, l'arrose généreusement, jusqu'à griller tous les fusibles.
Alexandre, 23 ans, n'a pas attendu la scène de ménage pour jeter sa télécommande: il refuse haut et fort cet "instrument de manipulation mentale". Mais même pour les plus rebelles à l'emprise cathodique, l'élément déclencheur de la séparation est rarement prémédité. C'est, lors d'un ultime déménagement, le carton trop lourd qui rejoint la cave, le grenier ou la rue. L'ex-conjoint parti avec l'unique poste de la maison. Le nouveau qui préfère vivre sans. Voire une panne impromptue, un vol, un incendie qui provoque la pause finalement salutaire. Plus de la moitié des "no télé" ne sont d'ailleurs pas orthodoxes. Ils ne s'interdisent pas de la regarder chez des amis, en vacances ou à l'hôtel. Beaucoup sont même abonnés à Télérama, "histoire de rester dans le match", confie Pauline, deux enfants. Quelques-uns repiquent bien sûr, quand d'autres s'épanouissent en véritables cénobites. Un point commun les rassemble: pendant leur cure de désintox, tous prétendent profiter, mieux que personne, de leur temps de cerveau disponible.
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