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6 avril 2012 5 06 /04 /avril /2012 09:33

En 1930, vingt ans avant que ne soit créée la Communauté européenne du charbon et de l’acier, première organisation posant les bases du développement actuel de l’Union européenne, Edouard Herriot, ancien président du Conseil, fait l’apologie d’une future gouvernance européenne, un « Conseil des ministres européens » lui apparaissant comme l’étape nécessaire destiné à « réaliser un ordre nouveau », et promet chômage et révolution « si l’Europe ne s’organise pas dans l’ordre social et économique ».

[Ndlr. Entre les deux guerres, la franc-maçonnerie est représentée par des hommes tels qu’Édouard Herriot, Léon Blum ou Vincent Auriol.]

 

Si la Communauté européenne du charbon et de l’acier, embryon de l’Union européenne actuelle, vit le jour en 1950, l’objectif visant à mettre en place une Fédération européenne dont on affirme alors qu’elle laissera chaque nation souveraine, était parfaitement défini au moins vingt ans auparavant.

Dans son numéro de janvier 1930, le magazine l’Illustréa propose à ses lecteurs une interview de l’ancien président de Conseil Edouard Herriot, qui aborde « La question des Etats-Unis d’Europe » et revient sur la tentative d’Aristide Briand de mettre sur pied un pan d’Union fédérale européenne en septembre 1929. Voici cette interview :

Edouard Herriot
Edouard Herriot

« Dès qu’elle fut lancée, l’idée des Etats-Unis de l’Europe fut très discutée, ce qui est le sort de toutes les idées vivantes. Une partie de la presse allemande réagit violemment, invoquant l’hostilité certaine de l’Angleterre et de l’Amérique, et le système des murs constitué par les barrières douanières. Tandis que, par contre, la Gazette de Voss accueillait cet espoir avec bienveillance en déclarant, avec juste raison, qu’à la base de cette union durable des peuples européens, il fallait d’abord l’entente franco-allemande.

« Certains journaux anglais publièrent des articles vraiment révélateurs. Par exemple, le Daily Express protesta vivement contre toute idée de Fédération européenne qui comprendrait l’Angleterre, pour la raison que l’Empire britannique doit former une unité économique complète, plus forte que l’Amérique ou que l’Europe. Le premier résultat du discours de M. Aristide Briand [plusieurs fois président du Conseil, il forma 11 gouvernements et occupa ce poste pour la dernière fois du 29 juillet au 22 octobre 1929] fut donc de provoquer certaines crises d’impérialisme. La thèse du Daily Express se trouva confirmée par plusieurs grands quotidiens anglais.

« M. Briand convoque alors ses collègues d’Europe au déjeuner que l’on sait, le déjeuner historique du 9 septembre [déjeuner à l’Hôtel des Bergues à Genève avec les délégués des 27 Etats européens membres de la Société des Nations. Le 5 septembre précédent, il avait annoncé devant l’Assemblée générale de la Société des Nations, au nom du gouvernement français et en accord avec Stresemann, ministre des Affaires étrangères allemand, un projet d’union européenne, s’exprimant notamment ainsi : « Je pense qu’entre des peuples qui sont géographiquement groupés, comme les peuples d’Europe, il doit exister une sorte de lien fédéral. Ces peuples doivent avoir à tout instant la possibilité d’entrer en contact, de discuter de leurs intérêts communs, de prendre des résolutions communes. Ils doivent, en un mot, établir entre eux un lien de solidarité qui leur permette de faire face, au moment voulu, à des circonstances graves si elles venaient à naître »].

...

« Enfin, comment ne pas voir les admirables effets qui résulteraient d’une Fédération européenne dans l’ordre intellectuel ? Sans être pessimiste, il est certain qu’un jour viendra où rien ne ressemblera plus à un highlander d’Ecosse qu’un pâtre du Tyrol ou des Carpates. Nous les verrons s’habiller à l’Européenne et dépêcher leur travail quotidien entre deux séances de radio. Nous arriverons ainsi à l’homme-type ou à l’Européen-type et à la suppression de la littérature et des arts populaires.

... « La lutte contre les douanes sera aussi terrible que la lutte contre le militarisme. J’entends être réaliste : je sais combien il a fallu d’années pour créer le Zollverein allemand. Je crois donc qu’il faudra procéder peu à peu et qu’une active collaboration franco-allemande devrait être à l’origine de l’œuvre nouvelle. Je me contenterai, pour ma part, de voir constituer, au début, un organisme permanent de travail en commun, qu’il ne serait pas impossible d’appeler Conseil des ministres européens. La Pan-Europe est une étape essentielle sur la route de la Paix, réclamée à la fois par les masses et par les élites », conclut Edouard Herriot.

 

Source: http://www.france-pittoresque.com/spip.php?article5251

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commentaires

A
La volonté de créer les "Etats-Unis d'Europe" s'est manifestée au moins dès Napoléon. Voir "La conjuration antichrétienne", de Mgr Delassus.
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