Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
27 avril 2014 7 27 /04 /avril /2014 15:51

South-Stream.jpg

Malgré que la Russie offre aux européens un prix du gaz moins cher que le projet alternatif américain dévastateur pour l'écologie, le Parlement européen a adopté le 17 avril une résolution préconisant  l'arrêt de la construction du gazoduc South Stream. 

La crise en Ukraine masque mal une volonté américaine de détruire l'approvisionnement en gaz de l'Europe par la Russie (Northstream à travers la Baltique pour arriver directement en Allemagne, Southstream par la Mer Noire, la Bulgarie, la Serbie, la Grèce et la Hongrie pour déboucher soit en Italie soit en Autriche).

 

En 2012, un article d'Asia Times traduit par Pepe Escobar montrait que les élites anglo-étatsuniennes étaient encore toute saisies d’épouvante au souvenir du légendaire discours de de Vladimir Poutine en 2007, à Munich, dans lequel le président russe critiqua le gouvernement de George W. Bush pour son projet impérial, obsessionnellement unipolaire, « au moyen d’un système qui n’a rien de commun avec la démocratie » et pour son viol permanent des « frontières nationales presque partout dans le monde ».  Poutine avait rendu publique sa feuille de route. L’essentiel : non à la guerre en Syrie ; non à la guerre en Iran ; non aux « bombardements humanitaires » et aux « révolutions de couleur  », et tout cela intégré dans un nouveau concept : « Instruments illégaux du pouvoir soft ». Pour Poutine, le Nouvel Ordre Mondial conçu par Washington n’a pas d’avenir. Ce qui compte c’est « le principe consacré de la souveraineté des États ».

Mais le coeur de l’affaire c’était l’intégration de l’Eurasie. Les atlantistes en furent fous de rage lorsqu’il investit toutes ses forces dans la coordination d’une « puissante union supranationale » qui pourra «devenir un des pôles du monde actuel et un lien efficient entre l’Europe et la dynamique zone Asie-Pacifique ». La feuille de route opposée ce fut la doctrine « Cap vers le Pacifique  » d’Obama et d’Hillary. Poutine pariait sur le Gazoduquistan. Il a pris la tête, presque en solitaire, de la résurrection de la Russie en tant que mégagrande puissance énergétique (le pétrole et le gaz représentent les deux tiers des exportations de la Russie, la moitié du budget fédéral et 20 % de son PIB). Même si la Russie représente au moins 30 % des approvisionnements mondiaux de gaz, sa production de gaz naturel liquide (GNL) représente moins de 5 % du marché mondial. La Russie ne se situe même pas parmi les dix premiers producteurs mondiaux. Poutine fera aussi tout pour consolider le gazoduc South Stream qui peut finir par coûter 22 milliards de dollars (l’accord des actionnaires est déjà signé entre la Russie, l’Allemagne, la France et l’Italie. Si South Stream l’emportait, son concurrent, le gazoduc Nabucco, serait « mis échec et mat »; importante victoire russe contre la pression de Washington et contre les bureaucrates de Bruxelles.

En 2012, après l’interminable diabolisation de Poutine et la myriade de tentatives de délégitimiser les élections présidentielles en Russie, certains secteurs très puissants des élites washingtoniennes et angloétatsuniennes étaient fous de rage. Ils savaient que Poutine serait un négociateur extrêmement coriace sur tous les fronts. Ils savaient que Moscou appliquerait une coordination de plus en plus étroite avec la Chine : pour éliminer les bases militaires permanentes de l’OTAN en Afghanistan, pour soutenir l’autonomie stratégique du Pakistan, pour s’opposer au bouclier antimissiles, pour s’assurer qu’il n’y aurait pas d’agression contre l’Iran.

 

Dans le contexte actuel de la crise en Ukraine, le Parlement européen a adopté jeudi 17 avril une résolution préconisant l'arrêt de la construction du gazoduc South Stream. La Bulgarie, très dépendante du gaz russe a vivement protesté en indiquant qu'un projet «stratégique prioritaire» ne devait pas être «sacrifié pour des raisons politiques»... Vendredi 4 avril, le parlement bulgare a même dopté en première lecture un projet de loi permettant de soustraire partiellement le gazoduc South Stream à l'application des normes du Troisième paquet énergie de l'UE sur son territoire national. 

 


Une éventuelle suspension par l'Union européenne du projet de gazoduc South Stream, destiné à distribuer du gaz russe à l'Europe en contournant l'Ukraine, ne va pas affecter sa mise en oeuvre, a déclaré vendredi 18 avril le ministre russe de l'Energie Alexander Novak.


Ukraine: les eurodéputés proposent l'arrêt du projet South Stream

 

... South Stream. Ce gazoduc doit assurer à partir de 2015 l’approvisionnement des Européens en contournant l’Ukraine. La moitié des importations européennes en provenance de Russie passe par le territoire ukrainien. Mais les crises énergétiques de 2006 et 2009 entre Moscou et Kiev ont poussé l’Union a trouvé de nouvelles routes du gaz.

Le gazoduc South Stream est l’un des projets majeurs de l’Union européenne pour diversifier ses routes d’approvisionnement en hydrocarbure. L’Europe développe depuis plusieurs années différents plans pour éviter de se retrouver à nouveau dans le costume de la victime collatérale d’une crise énergétique.

Les chiffres résument à eux seuls l’ampleur du projet South Stream. Le gazoduc sera long de 2 400 km, il acheminera le gaz russe vers les pays membres via la mer Noire. Il traversera la Bulgarie, la Hongrie avant de rejoindre l’Autriche. Une fois a plein régime d’ici 2018, South Stream pourra transporter 63 milliards de mètres cube de gaz, soit 15% de la consommation européenne.

L’enjeu énergétique est donc majeur pour l’Union. Mais il est aussi très politique car ce gazoduc est bien souvent l’objet de tensions entre les Vingt-Huit et la Russie. Afin de ne pas dépendre uniquement de l’énergie russe, l’Union a ouvert son « corridor gazier sud-européen » a d’autres projets. Dans les prochaines années, le gazoduc transadriatique livrera ainsi aux Etats membres du gaz en provenance d’Azerbaïdjan.

Cette solution alternative déplaît à la Russie. Mais cette concurrence n’est pas encore effective. La première pierre de ce transadriatique n’est même pas encore posée. 

 

http://scd.rfi.fr/sites/images.rfi.fr/files/aef_image/344Projet_Pipeline_South_stream_et_Nabucco_0.png

 

Tracés des gazoducs via l'Europe du Sud : South Stream en bleu et Nabucco en rouge, ce dernier a été abandonné. Wikipédia

 

Le consortium South Stream regroupe, outre le géant gazier russe Gazprom, l'Allemand Wintershall, filiale de BASF, l'Italien ENI et le Français EDF.

 

Source: http://www.rfi.fr/europe/20140418-ukraine-eurodeputes-proposent-arret-projet-gazoduc-south-stream-russie-union-europeenne/

 

South Stream doit relier la Russie à la Bulgarie via la mer Noire en contournant l'Ukraine, principal pays de transit du gaz russe, avant de poursuivre vers la Grèce et l'Italie, la Serbie, la Hongrie, la Slovénie et l'Autriche.

 

Source: http://www.romandie.com/news/Une-suspension-par-lUE-du-projet-de-gazoduc-South-Stream-naffectera-pas-sa-mise-en-oeuvre_RP/469522.rom

 

La Russie assure un tiers de tous les hydrocarbures indispensables à l’UE, et Bruxelles ne va pas creuser sa propre tombe, sont persuadés les experts.

 

Source: http://french.ruvr.ru/2014_03_11/L-UE-cherche-de-nouvelles-sanctions-a-imposer-a-la-Russie-8459/

 

Sur fond d’échec du projet Nabucco et de l’accroissement des livraisons de gaz naturel russe les experts annoncent un affermissement des positions du consortium russe Gazprom sur le marché européen et de bonnes perspectives pour le géant gazier.


Source: http://french.ruvr.ru/news/2014_02_26/Le-projet-South-Stream-se-trouve-dans-sa-phase-active-2454/

 

Pendant que le Parlement européen adopte une résolution préconisant l'arrêt de la construction du gazoduc South Stream,  la Grande-Bretagne envisage les achats directs du gaz russe... (26 mars 2014)

 

Gaz-russe.jpg

Gazprom devait achever en 2013 les négociations sur la réduction des prix du gaz avec le groupe français GDF. Malheureusement pour les Français, ces baisses de prix du gaz ne semblent toujours pas à l'ordre du jour.

 

L’Hexagone tourne plutôt au gaz norvégien et algérien. Gaz algérien que la France paye d’ailleurs très cher en raison des contrats passés avec l'Algérie et entre l'Algérie et les Etats-Unis qui lui sont très peu favorables... Le groupe algérien Sonatrach, lié à Gaz de France par 4 contrats de vente/achat portant sur un volume global de 10,24 Gm3/an, est un fournisseur important pour Gaz de France, puisque le gaz algérien représente environ 25% de ses approvisionnements en gaz. Les exportations algériennes représentent 10% de la consommation en gaz de l'Europe. Le dernier contrat en date signé en 2013 entre l'Algérie et les Etats-Unis, entre la compagnie algérienne Sonelgaz et le groupe américain General Electric (GE), prévoit que les deux groupes réaliseront en partenariat un complexe industriel de fabrication de turbines à gaz en Algérie pour un investissement de 200 millions de dollars. Le gaz coûte aujourd’hui 2,5$/MBtu aux USA, et les Etats-Unis paye leur gaz six fois moins cher que la vieille Europe où le produit fossile est indexé majoritairement sur les cours du pétrole, cette indexation étant de plus en plus remise en cause. 


Ainsi, l’Italie et l’Espagne qui importent chacun un tiers de leur gaz depuis l’Algérie, cherchaient en 2013 à réorienter leur approvisionnement en gaz vers de nouvelles sources, dont le niveau des prix est plus approprié à leur économie en crise.


En 2009, les USA, qui étaient jusqu’ici grand importateur de gaz, ont devancé les plus grands producteurs de gaz, à l’instar de la Russie, grâce à la «révolution» que représente le gaz non conventionnel, un gaz emprisonné dans la roche qu’on appelle aussi le «gaz de schistes», dont l'exploitation développée aux Etats-Unis permet d’exploiter un nouveau genre de gaz qu’on trouve dans des couches rocheuses qu’on peut extraire moyennant une technologie se basant sur le fractionnement de la roche en utilisant beaucoup d’eau. Les USA, qui étaient un marché important pour les pays exportateurs de gaz, sont aujourd’hui un important pays exportateur de gaz qui a devancé en 2009 la Russie en termes de production, grâce à ce gaz non conventionnel.


http://cdn.ruvr.ru/2014/03/26/1502471247/9s_nadejdoi.jpgMercredi 26 mars, Obama a déclaré à l'issue du sommet USA-UE que les autorités américaines étaient disposées à autoriser les exportations du gaz naturel en quantités suffisant à satisfaire les besoins quotidiens de l'Europe.  Pour ce faire les Etats-Unis et l'Europe devraient dépenser des dizaines de milliards de dollars (contre 22 à 25 milliards de dollars pour South Stream). Pour les Etats-Unis il faudrait construire une infrastructure et une flotte pour acheminer le gaz liquéfié en Europe, tandis que cette dernière devrait créer une infrastructure pour acceuiller les navires et le gaz liquéfié. Si les Etats-Unis et l'Europe acceptent ces dépenses, le prix du gaz américain sera au moins comparable, voire supérieur, à celui du gaz russe.


Energie bon marché contre pollution prolongée : aux Etats-Unis, le dilemme relatif à l’exploitation des gaz et pétrole de schiste n’a tourmenté ni les industriels ni les pouvoirs publics. Extraites par fracturation hydraulique (injection sous pression d’un mélange d’eau, de sable et de détergents destinés à fissurer la roche pour en chasser le gaz), grâce à la technique du forage horizontal (qui permet de fouailler plus longuement la couche géologique voulue), ces ressources ne s’obtiennent qu’au prix d’une pollution massive de l’environnement. Mais leur exploitation aux Etats-Unis a entraîné la création de plusieurs centaines de milliers d’emplois et offre l’avantage d’une énergie abondante et bon marché. 

 

 Vladimir Poutine se rendra en mai à Pékin, avec les représentants de grands conglomérats industriels, tel que Gazprom, Rosneft, Novatek et Rusal, pour la signature de contrats énergétiques portant non seulement sur la fourniture de gaz, par oléoducs terrestres, de pétrole par mer, mais également sur l’exploitations de gisements à Sakhaline et en Sibérie orientale. Conjointement à ces contrats, sera étudiée, la coopération russo-chinoise dans l'industrie houillère, en particulier sur l'exploitation conjointe de gisements de houille, sur les travaux de sous-traitance, les livraisons d'équipements, la construction de centrales électriques à proximité des mines de charbon et la possibilité de fournitures supplémentaires d'électricité à la Chine, via des lignes à haute tension. La Russie et la Chine ont également convenu d'accélérer la construction d'une raffinerie et d'une usine pétrochimique à Tianjin. Le message est clair : la Chine a les moyens et les besoins de s’offrir la quasi-totalité de la production énergétique russe actuelle… Pourquoi la Russie continuerait-elle à fournir en gaz, des pays qui lui crachent systématiquement dans la main qu’elle leur tend ?


Mardi 22 avril, se posant en fournisseur incontournable de l'UE, Gazprom a déclaré envisager d'étendre à l'Autriche son gazoduc South Stream. "Nous avons accepté la proposition du côté autrichien d'explorer les possibilités de construire un gazoduc en Autriche", a indiqué Gazprom dans un communiqué. "Gazprom augmentera ses exportations de gaz vers l'Europe, y compris grâce aux projets Nord Stream et South Stream, ainsi qu'à la réalisation des projets de gaz naturel liquéfié en mer Baltique et dans l'Extrême-Orient. Cela permettra de satisfaire la demande accrue de gaz en Europe et de livrer des volumes de gaz supplémentaires au marché de la région Asie-Pacifique", a indiqué le groupe dans ce communiqué.

 

 

 

 

. Gaz russe: des prix bientôt réduits pour Gaz de France (3 septembre 2013)

. Pour comprendre la problématique ukrainienne, suivez le gazoduc

Partager cet article
Repost0

commentaires