Exil fiscal : l'ex-cadre de la banque suisse Reyl a transmis une liste de personnalités à la justice (LeParisien.fr)
C'est la liste dont tout le monde parle depuis des semaines. L'ex-cadre de l'établissement financier suisse Reyl et Cie et témoin majeur dans l'enquête sur l'affaire Cahuzac, Pierre Condamin-Gerbier, a déclaré aujourd'hui avoir transmis hier à la justice française une liste de personnalités ayant détenu un compte en Suisse.
- «La liste et les éléments d'informations dont j'ai fait état dans les médias depuis quelques semaines a été transmise hier, dans sa grande majorité, à la justice française», a dit cet après-midi Pierre Condamin-Gerbier devant la commissions d'enquête sur l'affaire Cahuzac.
Devant les députés, Pierre Condamin-Gerbier a refusé de dévoiler le nom des personnes pouvant figurer sur cette liste, estimant qu'elle était désormais du seul ressort de la justice, et que des «gens sont juges et parties à l'intérieur du Parlement».
L'ancien cadre de la banque Reyl a affirmé en juin devant des sénateurs disposer d'une liste «d'une quinzaine» de noms d'ex-ministres ou d'actuels ministres détenteurs d'un compte en Suisse, estimant que Jérôme Cahuzac n'était qu'un «fusible».
- «Il s'agit de dossiers techniques et vu la sensibilité de certains des noms inclus, les praticiens ont fait preuve d'une volonté d'obscurité importante et donc l'écheveau pour les enquêteurs est très complexe. Il a donc fallu faire un travail qui continue de mise en relation, de consolidation, de liens de ces informations pour qu'elles soient exploitables par la justice», a expliqué Pierre Condamin-Gerbier, assurant qu'il aimait peu le terme de listes.
Concernant l'affaire Cahuzac, le financier a estimé que la demande d'entraide du fisc français à la Suisse avait été mal formulée. La Suisse avait répondu fin janvier au fisc français que Jérôme Cahuzac n'avait pas détenu d'avoirs chez UBS en Suisse entre 2006 et 2010. L'hypothèse principale est que le compte de l'ancien ministre du Budget a été ouvert en 1992 dans l'agence UBS de Genève, puis les fonds auraient été transférés à la fin des années 1990 chez Reyl avant d'être déplacés en 2009 à Singapour, par Reyl, chez Julius Baer.
- «Du fait du déménagement du compte de Suisse à Singapour, et comme semblait-il la France ne s'intéressait à l'époque qu'à l'élément suisse de ce dossier, et que ce compte était bien parti avant le 31 décembre 2009, je pense que M. Cahuzac a eu une certitude intellectuelle sur le fait qu'on ne trouverait rien», a ajouté Pierre Condamin-Gerbier.
- Concernant l'attitude du fisc français, «il n'y a pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir», a estimé le financier.
Une information judiciaire a été ouverte fin mai pour «blanchiment de fraude fiscale» visant l'établissement Reyl, à la suite des déclarations de Pierre Condamin-Gerbier, entendu comme témoin dans l'enquête Cahuzac, faisant état de contribuables français ayant des avoirs chez Reyl. Elle a été confiée aux juges Renaud Van Ruymbeke et Roger Le Loire, qui conduisent déjà l'enquête Cahuzac.
La semaine dernière, Jérôme Cahuzac avait été auditionné par cette même commission. Il avait dédouané le président de la République François Hollande et le Premier ministre Jean-Marc Ayrault, comme ses collègues du gouvernement, assurant n'avoir dit «la vérité à personne».
- Un document de la banque Reyl prouve que Cahuzac n'est pas le seul politique à posséder un compte en Suisse (14 juin 2013)
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