L'économiste Jacques Sapir a été victime de la presse des cloportes et d'une de ces cabales médiatiques que les libéraux savent monter de toutes pièces pour ruiner la carrière de contradicteurs un peu trop dérangeants.
Jacques Sapir a, notamment, expliqué pourquoi le blocus monétaire de Chypre (consistant à un braquage à main armée des dépôts bancaires des chypriotes) par la Banque centrale européenne révèlait la nature profondément tyrannique de l'Union européenne et la raison pour laquelle Mario Draghi pourrait un jour se retrouver devant un tribunal pénal international..., pourquoi la crise de légitimité de François Hollande pouvait conduire à une crise du régime, préconisé la sortie de la zone euro et décrit l'amélioration de l'économie russe sous Vladimir Poutine... Crime impardonnable...
Je ne sais si vous vous souvenez de ce personnage dans la pièce de Beaumarchais, le Barbier de Séville, don Basile. Il est devenu célèbre car il incarne la Rumeur et la Calomnie. Il est l’incarnation de la bassesse. Dans l’opéra tiré de cette pièce qu’écrivit Rossini l’air de la calomnie, chanté par Basile, est l’un des morceaux de bravoure.
Pourquoi cette tribune commence-t-elle par une référence à l’art lyrique ? Parce que Basile est aussi devenu un symbole, un nom commun, pour désigner, en France et ailleurs, ceux qui propagent les rumeurs et les calomnies. On se croit à l’abri mais, en réalité, nul ne l’est. Et c’est bien là tout le problème de la rumeur et de la calomnie :
« La calunnia è un venticello
Un’auretta assai gentile
Che insensibile, sottile,
Leggermente, dolcemente,
Incomincia, incomincia a sussurrar.
Piano, piano, terra terra,
Sottovoce, sibilando,
Va scorrendo, va scorrendo
Va ronzando, va ronzando
Nell’orecchie della gente ».
Sur le site de Radio-France Internationale (RFI) a été installé vendredi 7 juin un papier sur le divorce du couple Poutine, co-signé par Anya Stroganova et Thomas Bourdeau. Ce papier contient ce qu’il faut bien appeler des allégations mensongères me concernant :
« …des rumeurs courent concernant cette même fille, qui écrirait sa thèse à l’EHESS sous la direction bienveillante de Jacques Sapir, l’expert en économie russe et un proche de papa. »
On est frappé de ce que des journalistes (mais méritent-ils encore ce nom) fassent référence à une « rumeur » et utilisent le conditionnel. D’autant plus qu’il était des plus facile de vérifier, soit en m’appelant par courriel ou par téléphone, soit en appelant le secrétariat de l’EHESS, soit enfin en vérifiant (par internet) au fichier central des thèses. Il faut croire que l’on est bien fatigué quand on travaille à RFI, car rien de tout cela ne fut fait…Le duo de bras cassés décide de laisser courir la rumeur.
Et c’est là où il y a calomnie. De plus, elle prouve que ces deux « journalistes » n’ont aucune idée (et n’ont pas cherché à en avoir…) sur comment on s’inscrit en thèse. Une inscription signifie un dossier qui est expertisé par le conseil scientifique de l’EHESS. Et donc, si l’une des filles du Président Poutine avait décidé de s’inscrire en thèse, que ce soit sous ma direction ou sous celle de n’importe quel autre collègue, elle aurait dû en passer par là et tout le monde serait au courant.
Deuxième calomnie, plus subtile mais en réalité plus grave car elle porte atteinte à ma réputation d’enseignant chercheur, c’est l’utilisation du mot « bienveillant ». Que signifie-t-il si ce n’est que, par « amitié » pour son papa (le Président de la Russie) ou peut-être pour obtenir on ne sait quel avantage, je favoriserai un étudiant ? C’est une accusation grave de favoritisme, mais qui est portée sur ce ton mielleux et doucereux de la rumeur. Cette demoiselle « écrirait » donc une thèse et je la dirigerais de façon « bienveillante ». Allons, Madame et Monsieur, ayez le courage de vos opinions ! Dites que j’ai touché de l’argent, que j’ai demandé une position, que j’accepte sciemment de fausser ce qui est un diplôme d’État en l’échange d’un quelconque avantage. Ah, l’on se dit grand et pur quand on est journaliste, mais tout ceci est petit et méprisable !
Troisième allégation, je serai donc « un proche de papa », comprendre Vladimir Poutine. Et bien, au risque de décevoir bien des gens, il n’en est rien. Je ne suis pas non plus de ceux qui accablent Poutine. Je cherche avec honnêteté à établir ce qu’il a fait pour l’économie de la Russie. J’ai écrit, et je le maintiens, que son action a été plutôt positive. C’est aussi l’avis des collègues russes avec lesquels nous avons rédigé La Transition Russe, Vingt Ans Après ((Sapir J., (sous la direction de), La Transition Russe, Vingt Ans Après, (avec V. Ivanter, D. Kuvalin et A. Nekipelov), Éditions des Syrtes, Paris-Genève, 2012.)). Cela ne fait pas de moi un « proche », je ne dîne pas à chacun de mes séjours à Moscou au Kremlin.
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De cela, je tire deux leçons. La première, c’est que RFI est tombée bien bas. Colporter de telles âneries est le signe d’un média devenu officine de propagande.
Source et suite: http://russeurope.hypotheses.org/1347
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