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5 août 2009 3 05 /08 /août /2009 18:41
La communauté chrétienne du Pakistan a annoncé, lundi 3 août, un deuil de trois jours après la mort de sept chrétiens tués samedi à Gojra dans la province du Pendjab par un groupe de musulmans qui accusait les chrétiens d'avoir blasphémé le Coran. Deux enfants, un frère et une soeur âgés de 6 et 13 ans, leurs parents et leur grand-père de 75 ans, sont mort carbonisés dans leur maison, à laquelle les assaillants ont mis le feu, ainsi qu'à une quarantaine d'autres habitations de chrétiens.

Le secrétaire général du Conseil oecuménique des églises,
Samuel Kobia, a adressé une lettre au président pakistanaisAsif AliZardari, lui demandant de mieux protéger les chrétiens dans le pays : "Les meurtres et la destruction de maisons auraient pu être évités sila police et les forces de sécurité avaient été vigilantes et pris des mesures à temps contre les groupes de militants islamistes qui ne cessent de menacer les autorités chrétiennes."

Le Pakistan est "en proie à une radicalisation de la persécution antichrétienne depuis le 11-Septembre. 'Le chrétien est assimilé avec l'ennemi voisin : les Etats-Unis, et au-delà, les Occidentaux, qui, pour les musulmans, sont forcément chrétiens.'"

Les chrétiens ont déjà subi de nombreuses persécutions. Ils dénoncent notamment une instrumentalisation contre leur communauté de la loi anti-blasphème pakistanaise, l'une des plus sévères dans le monde prévoyant la peine de mort.

L'évêque du diocèse de Karachi,
Sadiq Daniel, rejette l'accusation de blasphème : "Aucun acte de blasphème des versets du Coran n'a été perpétré à Gojra, cela ne viendrait à l'idée d'aucun chrétien."

Source :
LE MONDE | 05.08.09 | 14h11 Article paru dans l'édition du 06.08.09.

Pakistan. Les pogroms de l'islam "pur" frappent les chrétiens


Neuf morts dans un village mis à feu et à sang. C'est le dernier épisode d'une série d'agressions contre des gens qui ont pour seul tort de ne pas être musulmans. Dans le silence et l'indifférence du reste du monde.

par Sandro Magister

ROME, le 5 août 2009 – Ils ont lancé des pierres, incendié les maisons, poursuivi les fugitifs en tirant comme des fous. Bilan : neuf morts, dont sept portent le nom d’Hamid et font partie du même clan familial que le père Hussein Younis, franciscain. Parmi eux, deux enfants (dans la photo de Saqib Khadim : les cercueils). Leur seul tort : être chrétiens.

C’était au Pakistan, à Gojra, province de Faisalabad, au Penjab oriental. Il y a au Pakistan 1,3 million de catholiques et autant de chrétiens d’autres dénominations, sur une population totale de 160 millions d’habitants, presque tous musulmans. Mais l'intolérance contre cette minorité peu nombreuse, pauvre et pacifique, est désormais un fait constant qui, par moments, explose en agressions sanglantes.

La dernière est née d’une innocente fête de mariage entre chrétiens, à Koriyan, petit village près de Gojra. C’était le 30 juillet. Voici le récit du père Younis, interviewé par Lorenzo Cremonesi pour le "Corriere della Sera" du 3 août :

"Selon la coutume, à la fin de la cérémonie à l’église, les invités ont lancé aux mariés des fleurs, du riz, des pièces de monnaie pour leur souhaiter la prospérité, et des papiers portant des phrases amicales ou des prières. Le problème, c’est que des musulmans ont commencé à dire que les papiers étaient des pages arrachées du Coran, une offense très grave contre l'islam et encore plus grave actuellement, en ces temps de fanatisme. Très vite il y a eu des insultes, des accusations, des jets de pierres. Dans l’après-midi, plusieurs maisons avaient déjà été incendiées. Mais la violence la plus grave a eu lieu le samedi matin 1er août à Gojra, autour du quartier chrétien.

"Nous avons compté huit cars pleins d’extrémistes venus d’ailleurs. Des gens aux visages inconnus, armés jusqu’aux dents. Leur slogan était que nous, les chrétiens, avons la même religion que les soldats américains et que nous sommes donc des ennemis méritant la mort. D’abord ils ont lancé des pierres, puis ils ont répandu de l’essence et enfin ils ont utilisé des mitraillettes et des bombes. Ici, autour de moi, tout est brûlé, carbonisé. Le bilan des victimes aurait pu être beaucoup plus lourd si les chrétiens n’avaient pas fui tout de suite. Mes proches n’ont pas été assez rapides, ils ont été brûlés vifs, prisonniers des flammes".

L’évêque de Faisalabad, Joseph Coutts, également interviewé par le "Corriere della Sera", a fait le commentaire suivant :

"Il est clair que ces pogroms ont été organisés par des groupes qui, voulant bouleverser le Pakistan en plus de l'Afghanistan, font tout pour semer la violence. Ils ont commencé par des attentats dans les principales villes pakistanaises, maintenant ils passent aux attaques contre les chrétiens. Le plus grave, c’est qu’ils arrivent maintenant à mobiliser de grandes foules de fidèles contre nous. Je pense que c’est un phénomène alarmant, pire que les attentats isolés à la bombe dans les églises qui ont terrorisé les chrétiens depuis le début de la guerre en Afghanistan, en 2001".

L’évêque se rappelle au moins quatre pogroms antichrétiens qui ont mobilisé de larges masses de manifestants prêtes à recourir à la violence : "La première fois dans les années récentes, c’était en 1997, au village de Shanti Nagar. Huit ans plus tard, nouvelle attaque dans la petite ville de Sangla Hill. Le 30 juin, c’était au village de Bahmani Wala, dans la région de Kasur, pas très loin d’ici. Et maintenant ils ont incendié des dizaines de maisons à Koriyan et Gojra".

Le prétexte des violences et persécutions est presque toujours la loi 295 qui, au nom de la charia, menace de peines très lourdes, jusqu’à la prison à vie, ceux qui offensent le Coran ou Mahomet. "Le problème est que cette loi est utilisée de façon tout à fait arbitraire. Souvent il suffit de la parole d’un citoyen musulman pour faire incarcérer un chrétien sans aucune preuve concrète", poursuit Mgr Coutts. Le dernier procès s’est conclu le 17 avril, à Lahore, par l’acquittement de deux chrétiens âgés, James et Buta Masih. Innocents, ils avaient passé plus de deux ans en prison. On a calculé que, depuis 1986, cette accusation a frappé 982 chrétiens, dont 25 ont été assassinés par des musulmans fanatiques.

Après le dernier massacre, le premier ministre du Penjab, Shahbaz Sharif, a nommé une commission d’enquête et annoncé un dédommagement de 500 000 roupies, un peu plus de 4 000 euros, aux familles des victimes.

Le 6 juillet, une somme de 20 000 roupies avait été remise à chacune des 57 familles dont la maison avait été détruite lors du pogrom antichrétien du 30 juin à Bahmani Wala. Le versement a eu lieu en présence de trois prêtres catholiques et d’autres leaders chrétiens, devant l’église du village qui est utilisée par les diverses confessions.

Précédemment, l’Eglise catholique avait aussi subi des dommages dus à l'attentat suicide du 27 mai contre un bâtiment de police à Lahore. Celui-ci a été totalement détruit et il y a eu 35 morts. Mais des dégâts ont également affecté quatre bâtiments adjacents : la bibliothèque des Filles de Saint Paul et trois collèges catholiques.

En mars 2008, la cathédrale de Lahore avait aussi subi des dégâts à cause d’une bombe destinée à un bâtiment gouvernemental voisin.

Après le dernier pogrom, toutes les écoles catholiques du Pakistan ont été fermées pendant trois jours en signe de deuil.

A maintes reprises, les évêques et le nonce apostolique Adolfo Tito Yllana ont demandé aux autorités pakistanaises de défendre les minorités religieuses agressées. Ils sont convaincus que l’on est bel et bien en train de martyriser les chrétiens, pris comme "boucs émissaires" de la haine de musulmans fanatiques. Un courant musulman marginalisé comme "hérétique" et comptant environ 3 millions de fidèles, les Ahmadi, fait l’objet de pogroms analogues au Pakistan.

Dans un télégramme envoyé le 3 août à l’évêque de Faisalabad, Joseph Coutts, et signé du secrétaire d’état du Vatican, Benoît XVI a exprimé sa douleur "pour l'attaque insensée contre la communauté chrétienne de Gorjan", et le "massacre tragique d’enfants, de femmes et d’hommes innocents". Il a fait appel aux chrétiens du Pakistan pour qu’ils n’abandonnent pas leur effort visant à "construire une société qui, avec un sentiment profond de confiance en les valeurs humaines et religieuses, soit caractérisée par le respect mutuel entre tous ses membres".

Dans une interview à Radio Vatican, le nonce au Pakistan s’est déclaré "consolé par les mots de pardon d’un chrétien dont la maison a été incendiée et qui a dit : 'Espérons seulement que Dieu leur donne la lumière pour voir la juste voie'".

Le nonce a commenté : "Ces mots ont plus de force que toute homélie que je pourrais prononcer. On y trouve l’esprit chrétien qui est toujours présent chez ces gens qui souffrent".

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Pour une mise à jour permanente des informations venant du Pakistan, les deux agences suivantes sont d’excellentes sources :
Asianews.it
et
Ucanews.com
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Le télégramme du cardinal secrétaire d’état à l’évêque de Faisalabad :
ici
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SOURCE chiesa.espresso.repubblica.it via le Forum catholique
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commentaires

P
<br /> <br /> Courage, continuez, n'arrêtez pas. Je vais essayer de vous lire tous les jours.<br /> <br /> Il ne me reste plus qu'à priez pour eux.<br /> <br /> En Christ, <br /> <br /> <br /> <br />
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