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20 mai 2009 3 20 /05 /mai /2009 10:59

Le testament politique de Louis XVI retrouvé
Le Figaro
Jacques de Saint Victor
19/05/2009 | Mise à jour : 19:38

 

Le testament politique de Louis XVI retrouvé : "Français,... méfiez-vous des suggestions et des mensonges de vos faux amis, revenez à votre Roi" (Louis XVI)


"La dernière page du manuscrit, qui en compte seize en tout, racheté par un collectionneur français.
Louis XVI termine son message par ces mots : « Français, et vous surtout Parisiens, vous habitants d'une ville que les ancêtres de Sa Majesté se plaisaient à appeler la bonne ville de Paris, méfiez-vous des suggestions et des mensonges de vos faux amis, revenez à votre Roi, il sera toujours votre père, votre meilleur ami. Quel plaisir n'aura-t-il pas d'oublier toutes ses injures personnelles, et de se revoir au milieu de vous lorsqu'une Constitution qu'il aura acceptée librement fera que notre sainte religion sera respectée, que le gouvernement sera établi sur un pied stable et utile par son action, que les biens et l'état de chacun ne seront plus troublés, que les lois ne seront plus enfreintes impunément, et qu'enfin la liberté sera posée sur des bases fermes et inébranlables. A Paris, le 20 juin 1791, Louis.» (DR)

 

 
Avant de fuir en juin 1791, le roi de France avait rédigé un texte pour se justifier. Le manuscrit, qui avait disparu, a été découvert aux Etats-Unis... Il avait disparu depuis la Révolution française. Il se cachait dans une collection américaine où il vient d'être acquis par un Français, collectionneur de manuscrits anciens.

... [C]ette Déclaration à tous les Français, un manuscrit de seize pages in quarto, qui deviendra, selon la tradition historique, son «testament politique» (à ne pas confondre avec le testament qu'il rédigera dans la prison du Temple avant de monter sur l'échafaud et qui est plus personnel et moral). 


Dans ce texte ... Louis XVI entend exprimer sa conception politique la plus profonde. Au moment de le rédiger, il se sent libéré des contraintes, des faux-semblants et des réserves qu'il a toujours dû s'imposer depuis le début de la Révolution. Il déclare même, au moment de partir, qu'«une fois le cul sur la selle, il serait tout autre». Se voyant déjà loin de Paris et de l'Assemblée, il livre sa véritable conception des événements révolutionnaires, depuis la réunion des États généraux, et exprime son idéal politique, une monarchie constitutionnelle avec un monarque puissant.

C'est donc un texte d'une portée considérable. Dans sa biographie de Louis XVI, Jean-Christian Petitfils, insiste à juste titre sur son caractère essentiel pour bien comprendre l'évolution de la pensée du monarque : «La plupart des historiens, écrit Petitfils à propos de la déclaration royale, ne lui ont pas donné l'importance qu'elle mérite. Ils l'ont soit négligée, soit hâtivement lue et commentée» («Louis XVI», Perrin, 2005, p. 810.). Son contenu n'était en effet pas ignoré des savants, dans la mesure où le texte a été reproduit dans de nombreux documents parlementaires, notamment les Archives parlementaires (publiées sous le Second Empire), mais l'original avait disparu. C'est lui qui vient enfin d'être retrouvé. Il ne fait aucun doute qu'il s'agit du document authentique. ... Cette certitude est confirmée par des spécialistes de grand renom, comme Thierry Bodin, expert en autographes près la cour d'appel de Paris. Pour ce dernier, la paternité du document est évidente. «C'est la signature du roi et, surtout, il a été paraphé et signé par le président de l'Assemblée nationale, Alexandre de Beauharnais.» D'autant que la prise de Gérard Lhéritier est double. Il y a non seulement le document en lui-même mais un autre manuscrit de huit pages rédigées par le propre frère de Louis XVI, le comte de Provence, futur Louis XVIII.

[O]n ne sait pas comment le manuscrit a pu disparaître pour ensuite quitter le territoire. Son existence est signalée dans les années 1950, à l'occasion d'une vente Hennessy, mais le document original n'y figure pas. Puis on perd définitivement sa trace jusqu'à son acquisition aujourd'hui par la société Aristophil.

[L]a Déclaration fut... une des pièces à charge lors du procès du roi sous la Terreur. Ainsi, le rapport d'accusation, lu par Lindet le 10 décembre 1792 [Robert Lindet... "célibataire, franc-maçon, ami des livres...". Source : François PASCAL, L'économie dans la Terreur. Robert Lindet (1746-1825), Paris, Éditions SPM, 1999], à la Convention, le cite précisément et l'utilise pour prouver la duplicité du roi et ses mauvaises intentions. «C'était sans doute le Manifeste destiné à plonger la France dans les horreurs de la guerre civile, écrit Lindet. (…) Son Manifeste du 20 juin atteste ses intentions hostiles ; il voulait le renversement de l'État, puisqu'il ne voulait ni les lois, ni la Constitution qu'il avait juré de maintenir» («Moniteur», tome XV, p. 715.).

Indéniablement, cette Déclaration a contribué à poser Louis XVI en ennemi de la Révolution. Mais que dit précisément le texte ? En réalité, le roi est loin d'avoir rédigé un brûlot contre-révolutionnaire. Il ne se résout certes pas à l'abaissement de la monarchie. Il juge que les réformes de l'Assemblée et l'attitude des clubs, «calomniateurs et incendiaires», ont porté atteinte à «la dignité de la Couronne de France». Il s'en prend... au refus, par l'Assemblée, de lui accorder un droit de veto absolu (il n'est que «relatif»), au poids excessif des comités de la Constituante, notamment le Comité des recherches qui exerce, selon le roi, «un véritable despotisme plus barbare et plus insupportable qu'aucun de ceux dont l'histoire ait jamais fait mention» [prophétique!].


Le monarque n'avait jamais été aussi conciliant. Le roi critique aussi l'excessive décentralisation, la suppression de son droit de grâce, etc. Mais, sur le plan social, il se rallie pourtant à la révolution juridique de l'été 1789 ; il ne rejette plus l'abolition des ordres, comme dans sa Déclaration du 23 juin 1789. Il admet l'égalité civile et insiste même sur les réformes qu'il avait cherché à faire, notamment en 1787, en matière fiscale, afin que les privilégiés ne bénéficient plus d'exemptions indues. Il conclut, sur le ton de l'époque : «Français, et vous surtout Parisiens (…), revenez à votre roi ; il sera toujours votre père, votre meilleur ami

La rédaction du texte lui a pris à peu près quatre ou cinq mois de réflexion. Il y a travaillé seul, à l'insu de ses ministres, et il n'y associera son frère qu'à la dernière minute, le samedi 18 juin, comme en témoigne ce dernier. On sait comment tout cela finira. Son arrestation à Varennes va, comme le rappelle Mona Ozouf, se révéler fatale pour la monarchie («Varennes, la mort de la royauté (21 juin 1791)», Gallimard, 2008). La déclaration du roi se montrera bien incapable de lui sauver la mise. Bien au contraire. Le prestige de la monarchie sera pour jamais terni par cette équipée malheureuse [l'abbé Barruel, dans Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, 1797, nous révèle la cause secrète de cette "fuite manquée" : elle fut programmée et organisée par le franc-maçon LaFayette, ainsi que le lieu de son arrestation, afin de discréditer le roi et de s'en servir contre lui... Mais cela chut... L'historiquement correct ne vous le dira pas. Les "Mémoires" ont été réédité en deux tomes aux Editions de Chiré en 2005.]

[Les monumens publics pourraient manquer à l'Historien sur la conduite de La Fayette dans cette ciconstance. Bien des personnes ont voulu faire croire qu'il n'avait pas été prévenu du départ du Roi; voici la vérité des faits: Une femme Allemande mariée à un Français nommé Rochereuil, était attachée à la Reine en qualité de Porte-chaise d'affaires. Cette femme avait témoigné tant d'indignation & versé tant de larmes sur les horreurs des 5 & 6 octobre, que la Reine touchée de ces preuves d'attachement, lui donna sa confiance, la charge du soin de préparer les bouillons, & la logea au rez-de-chaussée de son appartement, dans une chambre qui communiquait à l'apaprtement qu'avait occupé M. le Duc de Villequier. Au commencement de juin, la Reine méditant son évasion, fit transporter dans une autre chambre la femme Rochereuil. Celle-ci soupçonna des projets; elle épia le Roi & la Reine. la confiance qu'on avait en elle, la mit à la portée de connaître exactement ce qui se méditait pour la fuite du Roi. le 10 juin, elle en dénonça les préparatifs à MM. de La Fayette, de Gouvion, & au Comité des recherches de l'Assemblée nationale... Elle eut avec eux onze conférences, dans l'espace de neuf jours. D'après ces dénonciations, M. de La fayette chargea treize Officiers de confiance, de faire toutes les nuits des patrouilles dans l'enceinte des Thuileries, avec l'ordre secret de favoriser l'évasion... Ses ordres furent donnés de même sur la route... Drouet fut prévenu du rôle qu'il avait à jouer... Tout le reste de la fatale journée de Varennes & de l'arrestation du Roi se conçoit aisément, si ce n'est cependant l'excès de cette insolence avec laquelle La Fayette usa de sa victoire, & des outrages qu'il fit essuyer à Louis XVI, en le ramenant dans sa prison des Thuileries.

"Une chose encore assez inconcevable, c'est que lorsque la Reine, instruite des trahisons de la femme Rochereuil, l'eut chassée, cette mégère eut encore la hardiesse de présenter un mémoire rédigé par un Député, pour rentrer au service de la Reine, & pour lui dire qu'elle n'avait pu mieux prouver sa reconnaissance & sa fidélité, qu'en empêchant Sa Majesté de suivre les conseils des Royalistes. - Ce mémoire fut remis par la Reine à M. Prieur, historiographe du département des affaires étrangères. - Quant à la dénonciation même, elle est précieusement conservée aux archives appelées 'nationales'..." Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, P. Fauche Libraire, Hambourg 1799, t. V, note p. 141-142). Source : Christ-Roi.net]


"[C]omme le remarque à juste titre Jean-Christian Petitfils, ce testament politique de Louis XVI prouve que le roi n'avait jamais été aussi conciliant. C'est ce triste paradoxe que met en évidence le document laissé à l'Assemblée : «Jamais Louis XVI n'avait été aussi proche de la Révolution qu'en fuyant la capitale. Sur la route de Varennes, il était devenu un souverain constitutionnel, à la recherche, hélas, d'une impossible Constitution» («Louis XVI», op. cit., p. 815.). De toute cette histoire tragique, il ne reste plus aujourd'hui qu'un seul témoignage, ce manuscrit oublié." 

***

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commentaires

j-paul 21/05/2009 08:07

MAGNIFIQUE!