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6 août 2008 3 06 /08 /août /2008 10:29

Hier, dans le petit hall d'honneur de l'Académie des sciences de Moscou, la foule s'est inclinée devant le cercueil de l'écrivain.

Le président russe Dmitri Medvedev
est arrivé mercredi au monastère Donskoï à Moscou pour assister aux funérailles de l'écrivain Alexandre Soljenitsyne.
Mardi, le Premier ministre russe Vladimir Poutine et des centaines d'anonymes ont rendu un dernier hommage au prix Nobel de littérature devant sa dépouille, lors d'une cérémonie d'adieux dans le hall d'honneur de l'Académie des Sciences dans la capitale russe.
Une présence très remarquée. Pas si souvent qu’un ancien membre du KGB rend hommage à un ancien dissident, exilé de Russie pendant vingt ans.
M. Poutine, qui a largement éclipsé le président Dmitri Medvedev dans l'hommage officiel depuis le décès de l'écrivain à l'âge de 89 ans, est entré un bouquet de roses rouges à la main qu'il a déposé devant le cercueil.
L'ancien président, qui affiche sa foi orthodoxe, s'est ensuite signé devant la dépouille mortelle, puis a embrassé la veuve de l'écrivain, Natalia Soljenitsyna, avec laquelle il s'est entretenu quelques instants.
"A travers sa vie et son oeuvre, Alexandre Soljenitsyne a grandement aidé la société à s'immuniser contre toute forme de tyrannie", a-t-il dit un peu plus tard dans une déclaration à la télévision russe. M. Poutine avait rendu plusieurs fois visite à l'écrivain pendant sa présidence (2000-2008), non sans susciter des grincements de dents parmi les anciens dissidents en raison de son passé d'officier du KGB.
«Alexandre Soljenitsyne écrivait quand tout le monde se taisait. Moi la première…», raconte Tatiana Akhseneva, 81 ans, ancienne archéologue à l'Académie des sciences qui se souvient d'avoir obtenu par l'un de ses collègues une copie interdite de L'Archipel du Goulag. «L'ouvrage se passait de main en main, sous le manteau. C'était dangereux. Nous étions habitués. Pendant toute ma jeunesse, passée dans un appartement communautaire, j'ai vu des amis, des voisins disparaître, être arrêtés… Tout le monde avait peur. Soljenitsyne, lui, n'a jamais hésité à dire ce qu'il voyait et pensait. Y compris plus tard lors de ses rencontres privées avec Vladimir Poutine…», assure Tatiana Akhseneva.
Les relations ambiguës de soutien mutuel entre l'ex-chef du Kremlin et l'écrivain sont cependant sujettes à débats. «Parmi les hommages officiels, dans les médias comme dans les déclarations de nos dirigeants politiques, les mots goulag et répression sont presque absents. Pourquoi ? Le KGB, c'est ce que Soljenitsyne a dénoncé toute sa vie…, proteste Natalia, 45 ans, professeur d'histoire qui préfère rester anonyme. Ce n'est pas vraiment un hasard car, à la télévision ces dernières années,
il y a une propagande rampante louant la Russie forte de l'époque stalinienne.»
En aparté, Natalia ne cache pas sa colère contre Vladimir Poutine, venu lui aussi hier s'incliner et déposer un bouquet de roses rouges devant le cercueil. «Tout un paradoxe : l'ancien espion du KGB devenu président faisait partie du système répressif soviétique que dénonçait Soljenitsyne», ­ironise Natalia.
Prix Nobel de littérature en 1970, Alexandre Soljenitsyne fut privé de sa citoyenneté soviétique en 1974 et expulsé d'URSS. Il vécut alors 20 ans en exil en Allemagne, en Suisse puis aux Etats-Unis, avant de revenir en Russie, en 1994, après la chute de l'URSS.

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commentaires

T
Si l'on se mettait à "regarder" le parcours "idéologique" de nos "gouvernants" ,ici, chez nous ,qui n'honorent que certaines "mémoires" ...,n'y aurait-il pas matière à gloser ? ...
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