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21 juillet 2026 2 21 /07 /juillet /2026 06:20
Marie Co-Rédemptrice, l'enseignement de saint Jean-Paul II

Dans l'enseignement de Wojtyła, la signification de la corédemption de Marie est profondément liée à la fécondité de toute souffrance vécue avec le Christ et pour lui. Le pape polonais a employé à plusieurs reprises le terme de corédemptrice, nous léguant une doctrine d'une grande richesse.

 

.Catéchisme 12.07.2026

 

Nous avons vu ce qui est "arrivé" à la Co-Rédemptrice dans le Magistère des papes antérieurs à Vatican II, à commencer par Léon XIII. Selon certains auteurs, Vatican II a marqué un tournant (pour une fois...) entre une présence quelque peu excessive de la co-rédemption de Marie dans le Magistère et une présence plus discrète et équilibrée, marquée, par exemple, par l'omission délibérée du terme "Co-Rédemptrice".

Le pontificat de saint Jean-Paul II a bouleversé ce cadre théorique ; le pape polonais n’était pas seulement le pape de Marie en général, mais aussi celui de la Médiatrice, et plus particulièrement de la Corédemptrice, titre qu’il a remis au goût du jour et pour lequel il a proposé une doctrine approfondie. Il convient de souligner le contexte dans lequel, pour la première fois de son pontificat, il a réintroduit ce titre si controversé : un discours prononcé à l’occasion de la fête de la Nativité de Marie en 1982, adressé aux malades. Dans l’enseignement de Jean-Paul II, la signification de la corédemption de Marie est profondément liée à la fécondité de toute souffrance vécue avec le Christ et pour lui. Marie se présente comme la première et unique coopératrice de l’œuvre de Rédemption, s’associant à l’immolation de son Fils par sa souffrance très pure et nous obtenant ainsi les grâces du salut. Sa corédemption unique et irremplaçable est comme un manteau ouvert, accueillant les sacrifices des souffrances de ses enfants, qui participent ainsi, chacun à leur manière et selon leur propre mesure, à leur propre salut et à celui de leurs frères et sœurs. Un Rédempteur, une corédemptrice qui lui est associée, une immense multitude de collaborateurs.

Le 31 janvier 1985, le Pape prononça une homélie mémorable au sanctuaire équatorien de Guayaquil, dans laquelle il enseigna clairement le rôle actif et immédiat de Marie dans la Rédemption. Le "oui" prononcé à Nazareth "trouve une importance particulière au Calvaire", car là, "spirituellement crucifiée avec le Fils", "elle s’est unie au sacrifice du Fils qui visait à fonder l’Église ; son cœur maternel a pleinement partagé la volonté du Christ de “rassembler en un seul corps tous les enfants dispersés” (Jn 11, 52). Ayant souffert pour l’Église, Marie méritait de devenir la Mère de tous les disciples de son Fils." La corédemption et la maternité spirituelle de tous les disciples du Fils sont des vérités intimement liées, de sorte que quiconque affirme que Marie est la Mère de l’humanité ne peut nier l’acte maternel fondamental, c’est-à-dire la corédemption.

Deux mois plus tard, la même année, Wojtyła réaffirma, cette fois devant des jeunes, que Marie est "Co-Rédemptrice" en raison de sa participation au sacrifice du Christ. Et il n'hésita pas à employer ce titre à plusieurs reprises. Mais plus que sa fréquence d'utilisation, c'est sa contribution à la doctrine qui constitue un héritage inestimable pour l'Église.

Nous constatons que le principe d’association et l’identification de la Femme du premier et du dernier livre des Saintes Écritures avec Marie sont affirmés, en pleine harmonie avec les papes précédents (voir ici et ici ) : "[…] levons les yeux vers Marie, la Femme qui fut associée de manière unique à l’œuvre de réconciliation de l’humanité. Selon le dessein du Père, le Christ devait accomplir cette œuvre par son sacrifice ; mais une Femme devait lui être associée, la Vierge Immaculée, qui se dresse ainsi devant nous comme le modèle suprême de coopération à l’œuvre du salut." Une coopération "à un niveau subordonné" au Fils, mais néanmoins "réelle et exigeante" (Audience générale , 5 mai 1983).

 

Dans l’Angélus de la solennité du Saint-Sacrement en 1983 , le Pape a rappelé qu’à chaque célébration de l’Eucharistie, mémorial du sacrifice du Christ, l’association de Marie à ce sacrifice est de nouveau présente : "Marie, la Première rachetée, la Mère de l’Église, a pris une part active à cet unique sacrifice. Elle s’est tenue près du Crucifix, souffrant profondément avec son Fils unique ; elle s’est associée à son sacrifice avec un cœur maternel ; elle a consenti avec amour à son immolation : elle s’est offerte, avec lui, au Père." Il est remarquable que le fait d’être la Première rachetée ne soit pas perçu comme contradictoire avec son statut de Corédemptrice.

Au contraire, la rédemption préventive, qui fait de Marie l’Immaculée Conception (par anticipation) et qui est "le premier effet radical de l’œuvre rédemptrice du Christ" (Angélus , 8 décembre 1983), a été conçue par Dieu "afin de mieux nous servir" (Audience générale, 7 décembre 1983). "La plénitude de la grâce lui a permis d’accomplir parfaitement sa mission de collaboration à l’œuvre du salut : elle a donné la plus grande valeur à sa coopération au sacrifice." Jean-Paul II, avec une grande simplicité et une grande assurance, répond à l’une des principales objections à la vérité de Marie Corédemptrice : si elle est Corédemptrice, alors elle n’avait pas besoin de la Rédemption du Christ. Le Pape renverse l’objection : elle est Corédemptrice précisément parce qu’elle a été la première rachetée, rachetée de cette manière singulière exprimée par le dogme de l’Immaculée Conception. La préservation du péché, fruit du sacrifice du Christ, a été voulue précisément pour qu'elle puisse coopérer pleinement à la rédemption de tous les hommes, participant pleinement à l'acquisition des grâces rédemptrices, précisément grâce à son immaculéeté et à sa plénitude de grâce.

Cette participation a été exprimée avec une force particulière dans l'encyclique Salvifici doloris. Comme nous l'avons souligné en introduction, une caractéristique de la mariologie du pape polonais est précisément la conception de la souffrance corédemptrice de Marie comme modèle auquel toute souffrance humaine doit s'inspirer et auquel nous devons nous unir. Insistant sur la présence de Marie au pied de la croix, le pape enseigne que son ascension avec son Fils au Calvaire indique "une participation très particulière à la mort rédemptrice du Fils", atteignant dans la souffrance "un sommet dont les hauteurs sont déjà difficiles à imaginer d'un point de vue humain, mais assurément mystérieuses et surnaturellement fécondes pour le salut universel". Et il poursuit : "Témoin de la Passion du Fils par sa présence et participante par sa compassion, Marie, la Très Sainte, a apporté une contribution singulière à l’Évangile de la souffrance, accomplissant d’avance l’expression paulinienne citée au début. Elle possède en effet des qualités très particulières pour pouvoir prétendre “accomplir dans sa chair – comme déjà dans son cœur – ce qui manque aux souffrances du Christ”" (n° 25).

C'est un texte extraordinaire qui souligne l'immense différence entre la manière dont Marie accomplit l'enseignement de Paul et celle de tout autre être humain, tout en en marquant la continuité. Marie est la première créature à vivre l'"Évangile de la souffrance" et la seule à le vivre en tant que Corédemptrice, car elle seule est pleine de grâce, immaculée, Mère de Dieu. Mais elle ouvre, pour ainsi dire, la voie à chaque être humain racheté pour accomplir en lui-même ce qui manque aux souffrances du Christ. Il serait impossible de recenser tous les discours où saint Jean-Paul II a abordé, d'une manière ou d'une autre, le thème de Marie Corédemptrice. Cependant, outre ceux déjà cités, d'autres discours méritent d'être mentionnés. À dimanche prochain.

 

Cf. https://lanuovabq.it/it/maria-corredentrice-linsegnamento-di-san-giovanni-paolo-ii

Marie Co-Rédemptrice, l'enseignement de saint Jean-Paul II (Deuxième partie)

 

Entre septembre 1995 et novembre 1997, Wojtyła a consacré soixante-dix catéchèses à la Vierge Marie. En particulier, le 9 avril 1997, il a structuré l'ensemble de la catéchèse pour expliquer que Marie est Co-Rédemptrice, en tant que coopératrice singulière, unique et irremplaçable dans la Rédemption.

 

Catéchisme 19/07/2026

 

Nous poursuivons (et concluons) l'analyse commencée dimanche dernier du magistère de saint Jean-Paul II sur la coopération de Marie à l'œuvre de Rédemption. Il s'agit d'un enseignement complet, que le pape polonais a largement développé dans ses encycliques, discours et catéchèses. Parmi ces dernières, il convient de rappeler les soixante-dix catéchétiques consacrées à Notre-Dame, de septembre 1995 à novembre 1997, qui contiennent l'ensemble de l'enseignement du pape sur le mystère marial, y compris des passages qui abordent explicitement notre sujet.

Lors de l' audience générale du 25 octobre 1995, Wojtyła choisit d'expliquer le "lien entre la maternité de Marie et la Rédemption", en se référant à Lumen Gentium 53, qui associe les titres de Mère de Dieu et de Mère du Rédempteur. Au cours de cette importante audience, Jean-Paul II retraça le cheminement historique de l'Église vers une compréhension toujours plus profonde du mystère marial. Initialement centrée sur sa maternité divine et sa virginité perpétuelle, l'attention de l'Église, dès le Moyen Âge, se porta de plus en plus sur "une compréhension plus profonde de la présence de Marie dans l'histoire du salut", menant ainsi la mariologie à son plein épanouissement christologique. C'est en relation avec le Christ que la réflexion théologique sur Marie comme Mère de Dieu avait mûri (aboutissant au dogme proclamé à Éphèse), et c'est également en relation avec le Christ que la réflexion théologique sur son rôle dans la Rédemption s'épanouit au deuxième millénaire.

Le Pape retrace le développement historique lent mais constant qui va de Jean le Géomètre à Bernard de Clairvaux, jusqu'au culte de Notre-Dame des Douleurs. Il propose à nouveau un texte du Mariale qui souligne la "douloureuse naissance" du Calvaire, par laquelle Marie "est devenue la mère spirituelle de tout le genre humain" ; en effet, "dans son sein chaste, elle a conçu, par compassion, les enfants de l'Église" (Q. 29, § 3). Marie nous engendre à la vie de grâce et est ainsi véritablement notre Mère, lorsqu'elle nous engendre dans la douleur du Calvaire ; une idée que le Pape tient à souligner est présente dans LG 61, qui établit un lien entre Marie, notre "Mère dans l'ordre de la grâce », et sa coopération « d'une manière très particulière à l'œuvre du Sauveur".

Moins d'un an plus tard, le 29 mai 1996, le Pape consacra une audience à l' Immaculée Conception, "l'ennemie irréconciliable du serpent et de sa descendance », annoncée en Genèse 3,15 et manifestée à nouveau par le signe de la Femme revêtue de soleil (Apocalypse 12,1). Confirmant la légitimité d'une interprétation individuelle du texte de l'Apocalypse (sans exclure l'interprétation collective), le Pape associa les « douleurs et l'angoisse de l'enfantement" (Apocalypse 12,2) à la « naissance de la communauté des disciples » que Marie, la Très Sainte, a vécue au pied du Calvaire, soulignant une fois encore qu'il n'y a pas d'authentique maternité spirituelle de Marie envers tous les hommes sans reconnaître la corédemption. L'assemblée a conclu en insistant sur le parallèle entre la Chute et la Rédemption : "Le parallèle établi par Paul entre Adam et le Christ trouve son accomplissement dans celui entre Ève et Marie : le rôle de la femme, essentiel dans le drame du péché, l'est également dans la rédemption de l'humanité […]. Il était juste que, comme le Christ, le nouvel Adam, Marie, la nouvelle Ève, ne connaisse pas le péché et soit ainsi plus apte à coopérer à la rédemption." L'éminente sainteté de Marie semble, selon le Pape, être ordonnée à son rôle de nouvelle Ève dans la Rédemption, maintenant la « différence substantielle » entre elle et le Christ : "Le Christ est entièrement saint en vertu de la grâce qui, dans son humanité, découle de la personne divine ; Marie est entièrement sainte en vertu de la grâce reçue par les mérites du Sauveur."

Le 2 avril 1997, le Pape commenta le texte de Jean 19, 25 à la lumière des LG 57-58. "La compassion de Marie" ne se limite pas à la dimension affective, mais exprime sa "volonté de participer au sacrifice rédempteur et d’unir sa propre souffrance maternelle à l’offrande sacerdotale de son Fils". Le Pape souligna également que "son consentement à l’immolation de Jésus ne constitue pas une acceptation passive, mais un authentique acte d’amour, par lequel elle offre son Fils comme victime expiatoire des péchés de toute l’humanité". Il s’agit donc d’une coopération immédiate et active, ce qu’exprime précisément le titre de Corédemptrice, précisant "qu’en s’associant à son sacrifice, elle demeure subordonnée à son divin Fils". On peut noter que le magistère des Papes, tout en affirmant clairement que Marie est véritablement active dans l’œuvre de la Rédemption, l’est dans la mesure où elle est associée au Christ et subordonnée à lui.

Une semaine plus tard, le 9 avril 1997, Jean-Paul II consacra sa catéchèse à la coopération unique de Marie à la Rédemption ; « unique » pour souligner la différence entre sa corédemption et celle à laquelle chaque chrétien est appelé. Le pape entendait ainsi répondre à ceux "qui craignaient que Marie ne soit placée sur le même plan que le Christ", dissipant tout malentendu, puisque « l’enseignement de l’Église souligne clairement la différence entre la Mère et le Fils dans l’œuvre du salut, illustrant la subordination de la Vierge, en tant que coopératrice, à l’unique Rédempteur ».

 

Mais il convient de souligner une autre différence : celle de la coopération de Marie au salut par rapport à celle de tous les autres chrétiens. Appliqué à Marie, le terme « coopérateur » prend un sens particulier. La coopération des chrétiens au salut intervient après l’événement du Calvaire, dont ils s’engagent à répandre les fruits par la prière et le sacrifice. La participation de Marie, en revanche, a eu lieu pendant l’événement lui-même et en qualité de mère ; elle s’étend donc à l’œuvre salvifique du Christ dans son intégralité. La coopération de Marie est ainsi immédiate, pendant l’événement du Calvaire, et non après ; et elle consiste en une coopération à l’acquisition même de toutes les grâces : "Elle seule a été associée de cette manière à l’offrande rédemptrice qui a mérité le salut de tous les hommes. En union avec le Christ et soumise à lui, elle a collaboré pour obtenir la grâce du salut pour toute l’humanité."

Le Pape n'aurait pu mieux exprimer la coopération immédiate et active dès le premier acte de la Rédemption, qui constitue précisément le sens du titre de Co-Rédemptrice. Curieusement, ce titre ne figure pourtant pas dans le texte. Nous avons cependant reçu le témoignage d'une personne présente à cette audience, qui a confirmé que Wojtyła a employé le terme "Co-Rédemptrice" à trois reprises, terme qui, dans la version écrite, a été ultérieurement modifié par le terme plus neutre de "coopératrice". En effet, à la relecture des deux citations précédentes, on constate que ces paragraphes ont été construits précisément pour expliquer le terme "Co-Rédemptrice".

Le troisième texte en question semble être le suivant : "Le rôle particulier de coopératrice joué par la Vierge est fondé sur sa maternité divine [...]. Même si l’appel de Dieu à collaborer à l’œuvre du salut concerne tout être humain, la participation de la Mère du Sauveur à la Rédemption de l’humanité représente un événement unique et irrépétable." Ici aussi, la clarification finale concernant le caractère "unique et irrépétable" de la participation de Marie à la Rédemption prend tout son sens si elle vise à préciser son rôle particulier de Corédemptrice, car c’est précisément ce terme (et non celui de coopératrice) qui indique une spécificité ; de plus, il exige une explication détaillée du Pape, puisqu’il a fait l’objet d’une controverse.

En effet, les trois autres fois où le terme "coopératrice" apparaît (dont une dans le titre), il est toujours accompagné de la précision "de la Rédemption". Ainsi, le Pape a élaboré toute une catéchèse pour expliquer que Marie est Corédemptrice, en tant que coopératrice singulière, unique et irremplaçable dans la Rédemption, car elle seule était associée au Christ dans le premier acte de la Rédemption, à savoir sur le Calvaire, dans l’acquisition des grâces, offrant son Fils en sacrifice pour le salut de toute l’humanité.

 

Cf. https://lanuovabq.it/it/maria-corredentrice-linsegnamento-di-san-giovanni-paolo-ii-ii-parte

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