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23 juin 2026 2 23 /06 /juin /2026 22:14

Le 13 avril 2026, lors de son voyage en Algérie, le pape Léon XIV visitant la Grande mosquée d'Alger a déclaré : ''Je vous remercie pour cette réflexion et pour ces paroles, si importantes lors de cette visite, d’un lieu qui représente l’espace qui appartient à Dieu, un espace divin, sacré, où tant de personnes viennent pour prier, pour trouver la présence du Très-Haut, de Dieu, dans leur vie.''

 

Relisez attentivement: ''un espace divin et sacré. ... la présence de Dieu.'' Or une mosquée est un lieu religieux qui nie ouvertement la Très Sainte Trinité et la divinité du Christ. Il nous faut ici comprendre précisément ce qui se passe. Car pour un catholique, ces mots soulèvent un problème majeur. Si la mosquée est véritablement un ''espace sacré et divin" où Dieu est présent au même titre que dans une église (dans le Tabernacle) alors quelle importance revêt le fait d'être chrétien? Voilà la question que le relativisme religieux a toujours attendu. C'est le coeur du problème. Car si toutes les religions mène également à Dieu, alors la croix, le martyre et la mission même de l'Eglise perdent tout leur sens. Et c'est précisément pourquoi, deux mois plus tard un cardinal a dû intervenir.

 

Le 22 juin 2026, le cardinal George Koovakad, Préfet du Dicastère pour le Dialogue interreligieux, a fait une déclaration claire : les gestes du pape dans les lieux non chrétiens, a-t-il dit doivent être compris comme des actes symboliques de rencontre et de dialogue". Mais il ajoute ensuite la phrase qui change tout : "non pas pour nier l'unicité du Christ ni pour approuver toutes les croyances religieuses de manière égale." Cette phrase n'est pas qu'une simple formule de politesse diplomatique, c'est une limite. Koovakad rappelle également un enseignement de Jean-Paul II après Assise: les croyants de religions différentes ne peuvent pas 'prier ensemble' au sens propre du terme. Prier côte à côte, c'est bien, prier 'ensemble' comme s'il s'agissait du même Dieu et de la même prière, c'est mal. Cette nuance fait toute la différence entre respect et confusion. Car c'est un point que beaucoup refusent d'admettre : respecter quelqu'un ne signifie pas approuver ses croyances. On peut aimer un musulman tout en sachant que sa religion ne mène pas au Christ.

 

La déclaration de Koovakad constitue donc une rectification. Un cardinal de haut rang redéfinit les frontières doctrinales après que les propos du pape les aient ébranlées. Il réaffirme précisément ce que l'Eglise a toujours enseigné. Le problème n'est pas sa réaction, mais le fait qu'elle ait été jugée nécessaire. Car la doctrine à ce sujet est on ne peut plus claire. En l'an 2000 la déclaration Dominus Iesus signé par le Cardinal Ratzinger l'a réaffirmé avec force: ''Jésus-Christ est l'unique Sauveur universel. Il n'est pas un chemin parmi d'autres, Il est le seul. D'autres religions peuvent contenir des éléments de vérité et de bonté [des semina verbi ou semences du Verbe (Ad gentes 11 et 15). Ndlr.] mais elles ne constituent pas des voix de salut au même titre que l'Eglise. Réfléchissez à la différence; dans une église catholique, dans le Tabernacle la Présence réelle et tangible de Jésus-Christ est palpable [Dieu s'est fait chair.] Dans une mosquée, aussi sincère que soit la personne qui prie, cette présence est absente. Affirmer cela n'est pas de l'arrogance, c'est simplement la foi catholique. Confondre les deux n'est pas un dialogue authentique. Confondre les deux, c'est de l'indifférentisme, l'idée qu'en fin de compte une religion en vaut autant qu'une autre. L'Eglise s'est toujours élevée contre cette erreur. 

 

Pie XI dans l'encyclique Mortalium animos a condamné l'idée même que les religions seraient des chemins différents mais équivalents vers Dieu.

 

Pour Benoît XVI en 2009 le dialogue interreligieux au sens strict n'est pas possible. ... Un 'vrai dialogue' interreligieux impliquerait de 'mettre sa propre foi entre parenthèse', ce qui 'n'est pas possible'. Et dans une lettre aux Conseils pontificaux de la culture et pour le dialogue interreligieux, en date du 3 décembre et publiée le 9 décembre 2010 par le Saint-Siège, Benoît XVI a précisé les critères d’un dialogue ''authentique'' : il doit éviter de ''céder au relativisme et au syncrétisme'' et être animé ''d’un respect sincère pour les autres et d’un généreux esprit de réconciliation et de fraternité''.

 

Une question plane sur toute cette affaire. Pourquoi un pape utiliserait-il des mots qu'un de ses cardinaux devraient ensuite corriger? Il pourrait s'agir d'une simple marque de chaleur diplomatique, d'une courtoisie excessive envers les hôtes. Une autre possibilité plus sérieuse est qu'elle dissimule une vision: toutes les religions en fin de compte aspirent au même Dieu.

 

Il ne nous appartient pas de lire dans les pensées. Mais il nous appartient de constater les faits. Et le fait est qu'une fois de plus une ambiguïté est venue d'en haut et que quelqu'un d'autre a dû la dissiper. Et ce n'est même pas la première fois. En avril dernier, lors du même voyage en Afrique, des gestes et des propos similaires avaient déjà suscité la polémique.

 

C'est un problème récurrent. Le croyant lambda ne lit pas les clarifications du cardinal Koovakad. Il entend le pape dire : 'Espace sacré. Dieu est présent". Et il n'en tire qu'un seul message : tout se vaut. Et c'est précisément là que tout se joue. Non pas dans les salles de cour de théologie, mais dans l'esprit d(un jeune homme qui, en entendant ces mots se demande: alors, pourquoi devrais-je rester catholique? Et c'est précisément ce que la Tradition ne peut accepter. Non par mépris pour les musulmans, ou qui que ce soit d'autre, mais par amour de la vérité, et finalement par amour pour eux.

 

Car si nous croyons véritablement que le Christ est le seule Chemin, alors le geste le plus charitable n'est pas de dire à un musulman que sa mosquée est ''sacrée'' mais de souhaiter qu'il rencontre lui aussi le Christ.

 

La véritable charité ne sème pas la confusion, la véritable charité discerne et proclame [sans négliger]. Seuls ceux qui au fond d'eux-mêmes ne croient plus à la vérité à proclamer gardent le silence. Paradoxalement c'est pour cela qu'il faut être reconnaissant au cardinal Koovakad. Il a rappelé à tous que le dialogue n'est pas un renoncement au Christ. C'est faire connaître le Christ, avec respect, même là où il n'est pas encore connu.

 

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