La Bible nous dit que dans Matthieu 23:2-3 Jésus commande : "Les scribes et les pharisiens enseignent dans la chaire de Moïse. Donc, tout ce qu’ils peuvent vous dire, faites-le et observez-le." Donc, Jésus ordonne personnellement l'obéissance à la tradition orale extra-biblique des hommes qu'il vient de réprimander.
Saint Paul ajoute : "Ainsi donc, frères, tenez bon, et gardez ferme les traditions que nous vous avons enseignées, soit de vive voix, soit par lettre." (2 Thess 2:15)
Parmi ces concepts théologiques et enseignements oraux non explicitement détaillés dans la Bible, nous trouvons (liste non exhaustive) :
-la Trinité;
-l'Assomption de Marie;
-son Immaculée Conception;
-la croyance en l'Eucharistie, la Présence réelle;
-le Purgatoire;
-les rites sacramentaux;
-des prières (Sub tuum praesidium - Les chrétiens ont prié Marie avant de prier le Credo de Nicée -);
-le signe de croix lui-même; les livres lus lors des liturgies du nouveau sacrifice;
-le jeûne eucharistique; les fêtes et coutumes liturgiques; la manière d'administrer le sacrement du baptême : des textes anciens comme la Didachè (Ier siècle), la Tradition apostolique d'Hippolyte (IIIe siècle) en donnent des aperçus, bien qu'ils ne soient pas exhaustifs.
-L'attribution de l'évangile dit de Luc (anonyme dans son texte) à Luc lui-même, compagnon de Paul, provient de la tradition orale primitive qui inclut des éléments oraux transmis au sein des communautés chrétiennes avant d'être consignés par écrit. La première mention explicite de Luc comme auteur apparaît chez Irénée de Lyon vers 180 dans son ouvrage Contre les hérésies, qui affirme que Luc a rédigé l'évangile. Cela sera repris par d'autres Pères de l'Eglise comme Clément d'Alexandrie, Tertullien et Origène qui se fondent sur cette tradition orale antérieure à tout écrit "biblique". Les manuscrits les plus anciens comme le "Papyrus 75" (fin IIe-début IIIe s.) incluent déjà le titre "évangile selon Luc", indiquant que l'attribution était établie dans la tradition manuscrite.
-De même, l'attribution de l'Évangile de Marc à Marc (souvent identifié comme Jean Marc, compagnon de Pierre) repose principalement sur la tradition orale des premiers chrétiens, telle que rapportée par les Pères de l'Église au IIe siècle. L'Évangile lui-même est anonyme : le texte ne mentionne pas son auteur. L'attribution provient d'une tradition relayée par Papias de Hiérapolis vers 120-130 ap. J.-C., qui cite un "ancien" (peut-être l'apôtre Jean) affirmant que Marc, interprète de Pierre, a consigné par écrit les enseignements oraux de l'apôtre Pierre, tels qu'il s'en souvenait, sans ordre chronologique. Papias insiste sur le fait que Marc n'a pas entendu Jésus directement, mais a fidèlement retranscrit ce qu'il a entendu de Pierre, soulignant ainsi une transmission orale initiale.
Cette tradition est corroborée par d'autres sources anciennes, comme Irénée de Lyon (vers 180 ap. J.-C.), qui décrit Marc comme le disciple et interprète de Pierre, ayant mis par écrit sa prédication après son départ. Clément d'Alexandrie et d'autres Pères de l'Église reprennent cette idée, indiquant que Marc a rédigé l'Évangile à la demande des auditeurs de Pierre à Rome, pour préserver ses enseignements oraux.
Les chercheurs modernes notent que cette attribution émerge au IIe siècle, sans preuve écrite antérieure, et repose sur des rapports oraux potentiellement sujets à erreur (Papias est connu pour des inexactitudes). Elle pourrait avoir été formalisée pour lier l'Évangile à une figure apostolique et le distinguer d'autres textes, comme l'Évangile de Pierre apocryphe. Ainsi, bien que consignée par écrit par Papias et ses successeurs, l'origine de cette attribution est fondamentalement orale, issue des traditions transmises au sein des communautés chrétiennes primitives.
-les livres bibliques "deutérocanoniques" de l'Ancien Testament qui faisaient partie de la Septante utilisée par les apôtres et citée dans le Nouveau Testament et ont été reconnus par les conciles anciens comme ceux de Rome (382), Hippone (393), et Carthage (493) et l'usage liturgique apostolique :
1. Tobie (Tobit)
2. Judith
3. Sagesse
4. Ecclésiastique (Siracide ou Sagesse de Ben Sira)
5. Baruch (incluant la lettre de Jérémie)
6. 1 Maccabées
7. 2 Maccabées
Auxquels s'ajoutent des sections aux livres d'Esther, Daniel (Prière d'Azarias, Cantique des trois jeunes gens, Suzanne, et Bel et le dragon)
Ces livres et sections n'étaient et ne furent pas inclus dans le canon hébreu (formé entre le IIe et le Xe siècle) utilisé plus tard par les protestants. Mais leur inclusion dans le canon catholique repose sur la tradition apostolique orale liturgique et écrite, transmise par les apôtres et leurs successeurs, et confirmée par l'Eglise. Ainsi, les apôtres et les premiers chrétiens utilisaient la Septante et les Pères de l'Eglise tels que Irénée, Cyprien et Augustin les citaient comme Ecriture sans distinction.
Les livres du Nouveau Testament qui ont été reçus dans le canon de la Bible dans la tradition catholique et orthodoxe grâce aux traditions orales apostoliques sont appelés "antilegomena" (disputés). Ils font l'objet de débats dans l'Église primitive quant à leur authenticité apostolique et leur inspiration, et leur inclusion finale repose sur la Tradition apostolique qui inclut les transmissions orales, les témoignages des Pères de l'Église, l'usage liturgique et la reconnaissance progressive par les communautés chrétiennes guidées par l'Esprit Saint.
Contrairement aux livres "homologoumena" (universellement acceptés dès le début, comme les quatre Évangiles, les Actes et la plupart des épîtres pauliniennes), les antilegomena ont davantage dépendu de la Tradition orale pour confirmer leur lien apostolique et leur autorité, comme en témoignent les conciles anciens (Hippone en 393, Carthage en 397) et les écrits des Pères comme Athanase, Jérôme et Augustin.
Ces principaux livres antilegomena sont au nombre de 7 :
1. Hébreux (attribué à Paul ou son entourage via la Tradition, malgré des doutes sur l'auteur)
2. Jacques
3. 2 Pierre
4. 2 Jean
5. 3 Jean
6. Jude
7. Apocalypse (Révélation)
Ces livres n'étaient pas universellement reconnus au départ (par exemple, l'Apocalypse a été contestée pour des raisons doctrinales, et Hébreux pour son style), mais la Tradition apostolique orale et écrite, transmise par les apôtres et leurs successeurs, a permis à l'Église de les accepter comme inspirés. Les Pères de l'Église comme Irénée et Origène les citaient, et leur usage dans les églises apostoliques a confirmé leur statut. En revanche, les livres homologoumena (comme Matthieu, Marc, Luc, Jean, Actes, les 13 épîtres de Paul, 1 Pierre et 1 Jean) étaient déjà largement acceptés sur la base de leur origine apostolique évidente, bien que l'ensemble du canon repose ultimement sur la Tradition ecclésiale.
Les traditions non écrites reçues par les apôtres du Christ et transmises de génération en génération incluent des doctrines comme la Trinité ou la nature du Christ, l'Assomption de Marie, son Immaculée Conception, la croyance en l'Eucharistie corps et sang du Christ, le culte des saints, des reliques, leur intercession, le Purgatoire; les conciles œcuméniques et synodes, les décisions des sept premiers conciles (dont Nicée en 325 ou Chalcédoine en 451), la liturgie et les pratiques ecclésiales, les rites sacramentaux, les prières, les fêtes et les coutumes liturgiques (comme le signe de croix, le jeûne eucharistique) incarnent ces traditions orales, transmises par la pratique apostolique; des textes anciens comme la Didachè (sur le baptême trinitaire) ou la Tradition apostolique d'Hippolyte (IIIe siècle) en donnent des aperçus, bien que non exhaustifs; l'auteur de l'Évangile de Luc comme étant Luc lui-même vient de la tradition orale.
La Bible n'est pas tombée du ciel reliée en cuir. L’Église catholique est responsable de la canonisation de l’Ancien et du Nouveau Testament. Les évêques de l'Église catholique, guidés par le Saint-Esprit, ont discerné le canon au IVe siècle. Sans l'Église, vous ne sauriez même pas quels livres en font partie...
Les livres deutérocanoniques étaient largement utilisés dans la liturgie et la tradition de l'Église primitive, particulièrement dans la Septante (traduction grecque de l'Ancien Testament), et des figures comme saint Augustin (354-430) les considéraient comme inspirés, bien que des débats existaient (par exemple, saint Jérôme, traducteur de la Vulgate, exprimait des réserves mais les inclut dans sa traduction). Les conciles régionaux de Rome en 382 avec le "Décret de Damase" (liste reprise dans le "Décret de Gélase" au VIe siècle), Hippone (393) et Carthage (397, 419) avaient déjà inclus ces livres dans leurs listes canoniques.
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Conclusion
Catéchisme de l'Eglise catholique n° 76 et suivants:
"La transmission de l’Évangile, selon l’ordre du Seigneur, s’est faite de deux manières :
-Oralement " par les apôtres, qui, dans la prédication orale, dans les exemples et les institutions transmirent, soit ce qu’ils avaient appris de la bouche du Christ en vivant avec Lui et en Le voyant agir, soit ce qu’ils tenaient des suggestions du Saint-Esprit " ;
-Par écrit " par ces apôtres et par des hommes de leur entourage, qui, sous l’inspiration du même Esprit Saint, consignèrent par écrit le message de salut " (DV 7).
... continuée dans la succession apostolique
77 "Pour que l’Évangile fût toujours gardé intact et vivant dans l’Église, les apôtres laissèrent comme successeurs les évêques [Cf. Épitre aux Corinthiens 44 de S. Clément de Rome, 3e Pape après S. Pierre, épître datée de 95 ap. J.-C.] auxquels ils ‘transmirent leur propre charge d’enseignement’ " (DV 7). En effet, "la prédication apostolique, qui se trouve spécialement exprimée dans les livres inspirés, devait être conservée par une succession ininterrompue jusqu’à la consommation des temps." (DV 8). 78 Cette transmission vivante, accomplie dans l’Esprit Saint, est appelée la Tradition en tant que distincte de la Sainte Écriture, quoique étroitement liée à elle. Par elle, " l’Église perpétue dans sa doctrine, sa vie et son culte et elle transmet à chaque génération tout ce qu’elle est elle-même, tout ce qu’elle croit " (DV 8). "L’enseignement des saints Pères atteste la présence vivifiante de cette Tradition, dont les richesses passent dans la pratique et la vie de l’Église qui croit et qui prie." (DV 8). 79 Ainsi, la communication que le Père a faite de Lui-même par son Verbe dans l’Esprit Saint, demeure présente et agissante dans l’Église : " Dieu qui parla jadis ne cesse de converser avec l’Épouse de son Fils bien-aimé, et l’Esprit Saint, par qui la voix vivante de l’Évangile retentit dans l’Église et par elle dans le monde, introduit les croyants dans la vérité tout entière et fait que la parole du Christ habite en eux avec abondance." (DV 8).
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