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Christ Roi

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25 novembre 2025 2 25 /11 /novembre /2025 07:10

 

Par Matthieu Lavagna (apologète) YouTube

 

Dans un récent débat que j’ai eu avec le sédévacantiste Adrien Abauzit, ce dernier soutenait mordicus que le magistère de l’Eglise était toujours infaillible sur la foi et les mœurs et que les papes ne pouvaient jamais enseigner l’erreur dans le cadre de leur magistère. Or cela est faux. Le code de droit canonique précise bien qu’« aucune doctrine n’est considérée comme infailliblement définie sauf si cela est manifestement établi. » (canon 749, n°3), reprenant substantiellement le code de 1917 (accepté par les sédévacantistes) qui précisait déjà qu’« aucune chose ne doit être tenue pour déclarée ou définie dogmatiquement en l’absence de preuve manifeste » (1323 n°3)

 

Le Code exige donc qu’une « preuve soit manifeste » pour qu’un enseignement soit considéré comme dogmatique/infaillible. Il n’est évidemment pas question d’un simple passage d’une encyclique. Il faut que le pontife ait la volonté de définir quelque chose en matière de foi et de mœurs et d’obliger les fidèles à y adhèrer de manière irréversible.

 

Même avant le Concile Vatican II et après la définition dogmatique de l’infaillibilité pontificale au concile Vatican I, les théologiens les plus réputés de l’Eglise reconnaissaient que le pape pouvait parfois enseigner l’erreur dans le cadre de son magistère s’il ne parlait pas ex cathedra.

 

Franciscus Diekamp, grand théologien catholique allemand (1864-1943), professeur de théologie dogmatique à Münster écrivait par exemple dans son manuel de théologie dogmatique : « Ces actes non-infaillibles du magistère du pontife romain n’obligent pas à croire, et ne postulent pas une soumission absolue et définitive. Mais il est du devoir de chacun d’adhérer d’un assentiment religieux et intérieur à de telles décisions, en tant qu’elles constituent des actes du magistère suprême de l’Eglise, et sont fondées sur de solides raisons naturelles et surnaturelles. L’obligation d’y adhérer ne pourrait prendre fin que dans le cas, rarissime, où un homme, apte à juger cette question, après une analyse répétée et très fouillée de tous les arguments, parvient à la conviction qu’une erreur s’est glissée dans la décision » (Diekamp, Theol. dogm. man., vol. I, p. 72)

 

Benedict Heinrich Merkelbach, théologien moraliste dominicain (1871-1942), professeur à Louvain et à Rome expliquait lui aussi que

 

« quand l’Église n’enseigne pas avec son autorité infaillible, la doctrine proposée n’est pas de soi irréformable ; c’est pourquoi, si per accidens, dans une hypothèse qui est vraiment très rare, après un examen particulièrement attentif de la question, quelqu’un voit qu’il existe des motifs très graves pour refuser la doctrine ainsi proposée, l’on serait en droit, sans tomber dans la témérité, de suspendre l’assentiment intérieur [ … ] »(Merkelbach, Summa theol. mor., vol. 1, p. 601. )

 

Dominico Palmieri, théologien jésuite italien (1829-1909), auteur du « Tractatus de Romano Pontifice » enseignait également:

 

« Il s’agit également de savoir quel type d’obéissance est dû au Pontife romain qui enseigne quelque chose sur la doctrine de la foi ou qui s’y rapporte, lorsque cela n’est pas défini ex Cathedra, et quel type d’obéissance est dû aux sentences doctrinales des congrégations des cardinaux.

[…] On peut en effet discerner que le Pontife Romain ne parle pas à chaque fois ex Cathedra ; lorsqu’en effet il enseigne quelque chose, n’ayant cependant pas l’intention d’imposer l’obligation de la croire comme quelque chose devant être tenu par toute l’Église, s’il ne signifie pas qu’il le veut, alors on ne dit pas qu’il parle ex Cathedra, même s’il parle de doctrine au sujet de la foi ou de la morale. […] car, la certitude de l’infaillibilité n’existant pas, on remarque que l’erreur n’est pas impossible, et on remarque donc qu’il est possible que le contraire soit vrai. » (Dominico Palmieri SJ, 1891, Thesis XXXII, Scholion II De Romano Pontifice, 1891)

 

Dans cette lignée, Hugo Hurter, théologien suisse-autrichien (1832-1914), professeur de théologie dogmatique à Innsbruck remarque:

 

« Si des raisons graves et solides — surtout théologiques — se présentent à l’esprit d’un fidèle contre [les décisions du Magistère authentique, qu’il soit épiscopal ou pontifical], il lui sera permis de craindre une erreur, de donner son assentiment de manière conditionnelle, ou même de suspendre son assentiment. » (Hurter, Theologiae dogmaticae, 1:492)

 

Christianus Pesch, grand dogmaticien catholique (fin XIXᵉ début XXᵉ siècle) précise lui aussi :

 

« On doit donner son assentiment aux décrets des Congrégations romaines, tant qu’il n’est pas devenu positivement évident qu’elles se sont trompées. Puisque les Congrégations, en elles-mêmes, ne fournissent pas une preuve absolument certaine en faveur d’une doctrine donnée, il est permis, voire nécessaire, d’examiner les raisons de cette doctrine. Ainsi, il arrivera soit que cette doctrine soit progressivement reçue dans toute l’Église, atteignant de cette manière la condition de l’infaillibilité, soit que l’erreur soit peu à peu décelée. En effet, comme l’assentiment religieux dont il est question ne repose pas sur une certitude métaphysique, mais seulement sur une certitude morale et générale, il n’exclut pas toute suspicion d’erreur. C’est pourquoi, dès que surgissent des motifs suffisants de doute, l’assentiment doit être prudemment suspendu. Néanmoins, tant que de tels motifs de doute ne se présentent pas, l’autorité des Congrégations suffit pour obliger à donner son assentiment.

Les mêmes principes s’appliquent sans difficulté aux déclarations que le Souverain Pontife fait sans engager son autorité suprême, ainsi qu’aux décisions des autres supérieurs ecclésiastiques qui ne sont pas infaillibles. » (Pesch, Praelectiones dogmaticae, no. 521, 1:314–15)

 

Van Noort Théologien néerlandais (1861-1946), professeur de dogmatique à Warmond, écrit également dans son ouvrage monumental Dogmatic Theology :

 

«Il peut être utile d’ajouter quelques points concernant des opinions purement théologiques — des opinions relatives au pape lorsqu’il ne parle pas ex cathedra. Tous les théologiens admettent que le pape peut commettre une erreur en matière de foi et de morale lorsqu’il s’exprime ainsi : soit en proposant une opinion fausse sur une question encore non définie, soit en différant innocemment d’une doctrine déjà définie. Les théologiens ne s’accordent pas, toutefois, sur la question de savoir si le pape peut devenir un hérétique formel en s’obstinant dans une erreur sur une matière déjà définie. L’opinion la plus probable, suivie par Suarez, Bellarmin et bien d’autres, soutient que, de même que Dieu n’a jusqu’à ce jour jamais permis qu’une telle chose se produise, il ne permettra jamais qu’un pape devienne un hérétique formel et public. Néanmoins, certains théologiens compétents concèdent que le pape, lorsqu’il ne parle pas ex cathedra, pourrait tomber dans l’hérésie formelle. » (Dogmatic Theology, volume II : Christ’s Church, p. 294)

 

Lire: 

 

"Il y a eu, au cours de l’histoire de l’Eglise, des papes qui ont enseigné des hérésies" (Mgr René Henry Gracida)

 

Ludwig Ott, Théologien catholique allemand, professeur à Eichstätt, auteur du manuel incontournable « Fundamentals of Catholic Dogma » conclut:

 

« En ce qui concerne l’enseignement doctrinal de l’Église, il faut bien noter que toutes les affirmations de l’Autorité enseignante de l’Église sur les questions de foi et de morale ne sont pas infaillibles et, par conséquent, irrévocables.

 

Ne sont infaillibles que celles qui émanent des conciles généraux représentant l’épiscopat tout entier, ainsi que les décisions pontificales ex cathedra

 

La forme ordinaire et habituelle de l’activité enseignante du pape n’est pas infaillible.

 

En outre, les décisions des congrégations romaines (Saint-Office, Commission biblique) ne sont pas infaillibles. Néanmoins, elles doivent normalement être acceptées avec un assentiment intérieur fondé sur la haute autorité surnaturelle du Saint-Siège… Le silentium obsequiosum, c’est-à-dire le « silence respectueux », ne suffit généralement pas. Par exception, l’obligation d’un assentiment intérieur peut cesser si un expert compétent, après un examen scientifique renouvelé de tous les fondements, en vient à la conviction positive que la décision repose sur une erreur. »(Fundamentals of Catholic Dogma, p. 10)

 

L’existence d’un magistère pontifical non-infaillible n’est donc pas une « invention de Vatican II » mais existait bien avant chez les théologiens les plus réputés approuvés par Rome.

 

De tels ouvrages ont reçu l’approbation ecclésiastique et ont été largement utilisés pour la formation des prêtres et des théologiens à une époque où l’insistance de l’Église sur l’autorité doctrinale du pape était sans doute plus forte que jamais.

 

Source: https://www.youtube.com/watch?v=CngWLIVsY2I

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