On sert tous un roi — la question est : lequel ? Dans le cadre de la Conférence "Royauté du Christ : une réponse oubliée à nos crises ?" - Conférence SETH Talk – Royauté du Christ 12 novembre 2025, à l’Espace Bernanos (Paris 9ᵉ), en partenariat avec France Catholique, plusieurs intervenants ont abordé le thème du Christ Roi dans nos sociétés.
Thomas Schmitz, président d'Ichtus, association qui propose des formations pour les laïques catholiques en vue de s'impliquer dans la société civile en s'appuyant sur la doctrine sociale de l'Eglise a rappelé l'oeuvre revigorante de Jean Ousset, "Pour qu'il règne", "parce qu'elle nous prévient du mauvais virus qui circule chez les catholiques, le "virus de la neutralité", une "usurpation de la laïcité."
"Ce virus, dit-il est le neutralisme, le virus de la neutralité". "En effet, au nom de la 'laïcité', le Christ est éjecté du champ social, du champ politique, du champ économique, et n'a plus droit de cité. Et au nom de la 'laïcité', ses ennemis nous font douter de la Royauté sociale du Christ. Et ce poison est un vrai piège et une menace. Et nos adversaires enfoncent le clou en agitant l'épouvantail de la théocratie. Ce qui va susciter chez beaucoup de catholiques la conviction que la royauté du Christ est spirituelle et surtout que son royaume n'est pas de ce monde et qu'au fond il a peu à voir avec ce monde et surtout à voir avec nos âmes et que face au risque théocratique, finalement la laïcité est notre 'bien commun'.
Il faut alors absolument dénoncer ce leurre de la neutralité et du neutralisme.
Jean Ousset le dit sans ambages dans Pour qu'Il règne' :
'La neutralité est impossible."
Pourquoi ?
Dans la méditation des 'deux étendards' de S. Ignace, il y a simplement deux camps, il n'y en a pas trois. Il y a le camp du bon capitaine, et il y a le camp du prince de ce monde. Il y a le bien contre le mal, et le neutre n'est pas une catégorie morale.
On voit d'ailleurs où cette neutralité a mené nos sociétés: à des lois 'sociétales' iniques, et on l'a vu au 19e et 20e siècle à un déferlement du mal quand Dieu est éjecté de nos sociétés.
[Note du Blog Christ-Roi. L'exemple économique est une illustration parfaite montrant que la neutralité est impossible :
Le libéralisme ou l'erreur sur la liberté
"La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 fait partie de notre bloc constitutionnel. Elle consacre une liberté limitée par le principe de réciprocité à l'article 4. 'La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l'exercice des droits naturels de chaque homme n'a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la loi.' De fait, les constituants fabriquèrent une loi qui contrevint immédiatement à cet article, celle de la liberté illimitée de la vente et de la circulation des grains, le 29 août 1789. En consacrant le droit de propriété comme naturel, cette loi niait frontalement la réciprocité puisqu’elle conduisait les uns à s’enrichir, les autres à s’appauvrir, dans une dissymétrie qui n’allait qu’en s’aggravant, si aucun contrôle n’était introduit. Deux conceptions de la liberté coexistent ainsi dans la même séquence historique, et fondent en fait deux manières de vivre en société : dans un état de guerre permanente de tous contre tous par cette loi qui favorise le libéralisme économique ou dans un état civil de liens réciproques utiles selon l’article 4 de la Déclaration des droits. Ces deux conceptions de la liberté sont en débat pendant la Révolution française et le sont encore aujourd’hui, car les bornes prévues dans la Constitution dépendent de fait des lois, qui sont mobiles. Lors de la période révolutionnaire, les ouvriers pensaient avoir une liberté d'association, c'est-à-dire la reconnaissance des compagnonnages pour fixer les salaires. Mais quand, en avril 1791, les charpentiers de Paris se mettent en grève, la municipalité leur rétorque que «la liberté doit exister pour tout le monde, même pour les maîtres», libres donc de fixer à leur guise les salaires. Ils formèrent alors une Union fraternelle des ouvriers qui décréta que le prix de la journée ne devait pas être inférieur à 50 sous, et ils demandèrent à la municipalité d'arbitrer entre eux et les employeurs. La municipalité refusa et déclara que les salaires devaient être décidés de gré à gré, et sans tiers, entre employeurs et employés. C'est alors que l'Assemblée vota, le 14 juin 1791, la loi Le Chapelier, une des lois les plus hostiles aux ouvriers jamais promulguée. … Pour Le Chapelier, «il ne doit pas être permis à tous les citoyens de certaines professions de s'assembler pour leurs prétendus intérêts communs». L'Assemblée s'achemine vers l'interdiction de toute pétition adressée au nom d'une profession, toute délibération cherchant à fixer un prix ou un salaire. En déclarant ces manières d'agir contraires à la liberté et donc à la Déclaration des droits, elle livre les ouvriers au bon vouloir de leurs employeurs. … Dès 1789, les promoteurs de ce libéralisme économique guerrier ont également promulgué une loi martiale qui permettait de disperser les rassemblements par la force. … Après trois sommations, la garde nationale, l’armée ou la gendarmerie pouvaient recevoir l’ordre de tirer. Le mouvement populaire était ainsi criminalisé par l’association de la loi martiale et de la loi Le Chapelier.'' (Sophie Wahnich, directrice de recherche en histoire et science politique au CNRS, équipe Transformations radicales des mondes contemporains de l’IIAC de l’EHESS. Libération, Publié le 15/03/2016)
Le libéralisme philosophique qui se présente comme la doctrine de cette liberté, n'est ... que la systématisation d'une incompréhension de cette notion fondamentale.
... 'la liberté' conçue comme la capacité de l'homme à faire ce qu'il veut sans en être empêché par qui que ce soit ou par quoi que ce soit (loi divine ou autre). Louis Blanc de Saint-Bonnet oppose à cette erreur la philosophie classique, qui, postulant que les choses et les êtres ont une nature, considère qu'être libre consiste pour chaque homme à devenir ce qu'il est par nature ou à retrouver cette nature perdue, car les philosophes grecs, comme les théologiens catholiques, pensent que l'homme n'est pas né parfait. Ce que nie la philosophie du moi en écartant l'idée d'un ordre objectif. Blanc de Saint-Bonnet pose alors la question: l'homme a-t-il une loi ou peut-il la créer lui-même?
... En une formule thomiste, Blanc de Saint-Bonnet appelle liberté la capacité de se mouvoir dans le bien. ''La liberté humaine,... est la faculté de faire le bien alors qu'on a la possibilité de faire le mal. ... Mais de ce que l'homme pourra choisir le mal, il ne s'en suit aucunement qu'il ait le droit de le faire. ... Voici le fait. Dieu impose sa loi à la nature, et il la propose à l'homme. La liberté est donc... le pouvoir qu'a l'homme d'accomplir sa loi. ... [L]e pouvoir d'accomplir de soi-même sa loi n'est point le droit de la violer ... : interprétation qui serait digne du néant, d'où nous sommes, et non de l'être que Dieu veut en faire sortir!'' (Louis Blanc de Saint-Bonnet, L'infaillibilité, p. 262-263).
Thomas Schmitz poursuit :
"Jean Ousset le rappelle : Jésus-Christ a une royauté de droit sur nos sociétés, sur toutes les sociétés terrestres. Il est un monarque de droit et nous voulons oeuvrer de plus en plus pour qu'il devienne un monarque de fait. C'est ce que nous demandons dans la prière du Notre Père : "Que ton règne vienne sur la terre comme au ciel".
"Quel les angoissés de la 'théocratie' se rassurent, cette Royauté sociale du Christ n'a pas pour but de nous donner un gouvernement composé de cardinaux ou d'évêques. Pourquoi ? Parce que la laïcité est une invention chrétienne. Elle vient du Christ lui-même ! Elle est intrinsèque au christianisme. Et le Christ dans sa sagesse, dans cette phrase 'Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu' nous apprend à distinguer l'ordre temporel et l'ordre spirituel. Le Christ Roi laisse la main aux césars. Il ne surtout pas remplacer César, mais il ne veut pas que César le remplace non plus, et s'affranchisse de Lui.
"C'est pour cette raison qu'il faut que nos sociétés se réancrent dans le bien et la loi naturelle, et qu'il nous faut nous opposer à cette usurpation de la laïcité par les sociétés de pensée et les mouvements athée.
"Nous avons les droits d'auteur de la laïcité. Le Christ est souverain, le Christ règne, mais il ne gouverne pas les sociétés, il ne les administre pas."
(Fin de citation)
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