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26 octobre 2024 6 26 /10 /octobre /2024 11:04

De Sean Berube sur le roman Les Démons (1871) de Dostoïesvski (1821-1881) :

Peu de romans ont été aussi controversés que Les Démons de Dostoïevski. Les éditeurs ont censuré l'histoire - ils l'ont jugée ignoble et explicite. Dostoïevski a déclaré qu'elle était brutale, mais nécessaire. Voici ce qu'il a écrit, et pourquoi elle a été jugée trop dangereuse pour être imprimée.

 

Les Démons est le célèbre avertissement de Dostoïevski contre le nihilisme.

 

Il compare le nihilisme à un "démon" qui pousse l’humanité à la destruction

 

L'histoire se déroule dans un pittoresque village russe.

 

Tout est paisible au début, mais après l'apparition de deux nihilistes, des choses étranges commencent à se produire.

 

Les nihilistes — Piotr et Stavroguine — ont un objectif : Créer une révolution utopique.

 

Pour y parvenir, ils croient cependant qu’ils doivent détruire les chaînes "oppressives" de la société.

 

Cela signifie semer le chaos et le désordre par tous les moyens

 

Piotr organise un groupe révolutionnaire et ordonne à ses membres de commettre des crimes :

 

Le village est envahi par les vols et le vandalisme.

 

Ils détruisent également l’ordre social, perturbant les événements publics et se moquant ouvertement des fonctionnaires.

 

La méfiance s’installe, mais les choses ne font que commencer…

 

 

Leurs crimes gagnent en intensité: Pyotr répand des ragots, des mensonges et des rumeurs par le biais de lettres anonymes en ville.

 

Son groupe encourage le vice public comme l'ivresse et la luxure Ils profanent des icônes religieuses, font chanter les membres du village et préparent même des incendies criminels.

 

À la fin du roman, des atrocités à grande échelle sont commises, notamment :

- Des meurtres

- Des suicides multiples

- Des complots visant à commettre une tuerie

 

Le roman sombre se termine par une tragédie, mais les lecteurs attentifs remarquent qu'il manque quelque chose...

 

 

La pièce manquante concerne Stavrogin

 

Alors que Pyotr était un révolutionnaire dévoué, Stavrogin ne l'était pas Il soutenait le nihilisme, mais n'adhérait pas totalement à la révolution.

 

C'est comme s'il savait quelque chose qu'il ne nous disait pas.

 

Comme si quelque chose avait été omis...

 

 

Alors que Piotr apprécie le chaos du nihilisme, Stavroguine semble tourmenté par celui-ci.

 

Il s'accroche au mal, mais il est dégoûté par le mal, comme s'il avait une conscience coupable.

 

Étonnamment, les lecteurs n’ont jamais su pourquoi Stavroguine était si tourmenté…

 

 

Il s'avère que les éditeurs ont omis un chapitre entier sur Stavroguine. Le chapitre était crucial non seulement pour le comprendre, mais aussi pour comprendre les véritables horreurs du nihilisme.

 

Le chapitre, cependant, est ignoble Les éditeurs ont considéré qu'il s'agissait d'un "affront au peuple russe".

 

Dans ce chapitre censuré, Stavroguine rend visite à un prêtre et se confesse

 

Tout d'abord, il exprime son nihilisme: "Je ne connais ni ne ressens le bien et le mal. Je n'en ai pas seulement perdu le sens, mais je sais qu'ils n'existent pas non plus."

 

Le nihilisme a détruit son humanité...

 

 

Stavrogin énonce ensuite sa liste de crimes.

 

La liste est longue, mais un crime ressort comme une pure abomination, même pour les nihilistes les plus acharnés... (avertissement, explicite)

 

 

Stavroguine avoue avoir violé une enfant, l'avoir poussée au suicide et l'avoir écoutée mourir avec plaisir. Il dit : "J'aimais l'ivresse de la conscience tourmentante de ma propre bassesse."

 

C'est l'acte ultime du mal, mais Dostoïevski a écrit ce chapitre pour une raison spécifique...

 

 

Le point de vue de Dostoïevski - si vous êtes un nihiliste, TOUT est permis...

 

Il veut que vous vous sentiez écœuré, que vous compreniez vraiment à quoi ressemble un monde sans bien ni mal.

 

Mais la confession de Stavroguine est destinée à faire plus que nous horrifier. Elle révèle également ce que le nihilisme fait à votre âme.

 

 

La confession de Stavroguine révèle que ses crimes ont détruit sa capacité à ressentir: Il est engourdi, insomniaque et hallucine des démons.

 

Le seul sentiment qu'il connaît est le plaisir de s'avilir par le mal.

 

Son nihilisme est comme une dépendance à la drogue...

 

 

Le mal lui donne du plaisir, mais l'engourdit.

 

De plus en plus engourdi, il poursuit un mal plus grand pour un plaisir plus grand. Il s'enfonce dans une spirale sans fin jusqu'à ce qu'il "se détruise et se trahisse pour rien". Qu'advient-il de Stavrogin à la fin ? (spoilers)

 

 

A la fin, Stavroguine se confesse mais refuse de se repentir. Il s'accroche à ses habitudes, sa conscience le ruine et il se suicide...

 

Même si cette histoire est sombre, Dostoïevski n'était pas un nihiliste.

 

Il ne voulait pas que nous abandonnions l'espoir... mais où est l'espoir dans cette histoire ?

 

 

En tant que chrétien, Dostoïevski pense que tout le monde peut trouver la rédemption. Son histoire implique que même Stavroguine, s'il s'était repenti, aurait pu se racheter...

 

Dostoïevski veut nous faire comprendre comment trouver la rédemption dans un monde déchu: Il faut d'abord commencer par reconnaître le bien et le mal...

 

 

Le bien et le mal traversent tout le monde, y compris vous-même.

 

La clé, cependant, n'est pas seulement de reconnaître le mal, mais de se repentir (contrairement à Stavrogin). Le repentir ne vous aide pas seulement à vous pardonner, mais aussi à pardonner aux autres. Il précède la patience, l'amour et la rédemption personnelle.

 

 

La réponse aux maux du nihilisme est donc l'humilité : Reconnaître humblement le bien et le mal en chacun, se repentir et s'abandonner au bien.

 

Cette peur du mal, ou "crainte de Dieu", est le début de toute sagesse : c'est ce qui fait naître le véritable espoir et la rédemption dans un monde déchu...

Avec le nihilisme du wokisme et de la Cancel culture, un démon du XIXe siècle revient nous hanter
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