Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Christ Roi

  • : Christ Roi
  • : Blog d'informations royaliste, légitimiste, pour une France libre, indépendante et souveraine
  • Contact

Horloge

11 décembre 2023 1 11 /12 /décembre /2023 10:00
L'''inactivité hyperactive" : Par la prière et la vigilance, Dieu opère en nous par son énergie incréée (Grégoire Palamas)

[D]ans le domaine spirituel, les armes sont l'ascèse, la vigilance et la prière

 

Dans la pratique ascétique traditionnelle chrétienne, nous sommes appelés à combattre les puissances obscures dans notre propre cœur. Ce n’est pas métaphorique. Comme le disait saint Paul :

 

Car nous n'avons pas à lutter contre la chair et le sang, mais contre les princes, contre les puissances, contre les dominateurs de ce monde de ténèbres, contre les esprits mauvais répandus dans l'air. (Éphésiens 6:12)

 

Par la vigilance et la prière, nous ... désactivons toutes les puissances créées qui opèrent en nous, pour atteindre cet état que Grégoire Palamas appelait l'inactivité hyperactive, où c'est Dieu lui-même qui opère alors en nous par son énergie incréée.

C'est le mystère de la Croix, de cette mort vivifiante par laquelle la mort est vaincue. Et c'est exactement cette même croix qui fut l'objet de la vision de saint Constantin, lorsqu'il la vit au ciel lors de sa marche vers Rome, avant la bataille décisive, accompagnée des mots grecs en toutō nika – en cela, vaincre. C’est la bataille décisive, et si elle est gagnée, la guerre est déjà gagnée.

 

Source :

Justino Carneiro

https://arcaluinoe.info/en/blog/2023-09-09-p6dg0vzx/

via Nouveau Monde, Une métapolitique contre l'Antechrist

 

***

Note du blog Christ Roi. 

Grégoire Palamas (1296-1359), saint de l'Église orthodoxe, a développé dans sa pensée un adage des Pères, selon lequel Dieu s'est fait homme, pour que l'homme devienne Dieu. Il résume une longue tradition à laquelle il se veut fidèle et qui touche à une question fondamentale du christianisme, celle du salut ou de la déification de l'homme.

Les sources théologiques de Grégoire Palamas sont le Pseudo-Macaire (IVe - Ve siècle), le Pseudo-Denys (Ve - VIe siècle), Maxime le Confesseur (580-662), des auteurs qu’il apprécie fortement et cite constamment (Voir l'introduction de Jean Meyendorff à Grégoire Palamas, Défense des saints hésychastes, p. XXXIV et suivantes. Citons encore parmi les sources théologiques et spirituelles de Palamas : Evagre le Pontique (345-399), cité sous le pseudonyme de Nil, Jean Climaque (579-649), Isaac de Ninive (640-700), les Pères Cappadociens, Jean Chrysostome (344-407) et les maîtres de l'hésychasme byzantin du XIVe siècle.)

''Par l’économie de la grâce, il [Jésus] se sème lui-même en tous les fidèles, par la chair dont la composition dérive du vin et du pain, se mêlant aux corps des fidèles, afin que, par l’union avec l’immortel, l’homme devienne participant à l’incorruptibilité. Et Il donne ces choses par le pouvoir de la bénédiction, en reconstituant la nature des choses qui apparaissent [aux sens] à cette [nature immortelle].'' (Saint Grégoire de Nysse, Discours catéchétique, ch. 37, § 12, fin IVe siècle.)

Car il a été fait homme pour que nous puissions devenir Dieu ; et Il s'est manifesté par un corps afin que nous puissions recevoir l'idée du Père invisible ; et il a enduré l'insolence des hommes afin que nous puissions hériter de l'immortalité.

Saint Athanase, Sur l'Incarnation, 54.

Dieu s'est fait homme pour que l'homme devienne Dieu.

S. Augustin, Sermon 128 (P. L. 39, col. 1997)

Ces auteurs nous expliquent que Dieu transcende, surpasse, et est au-dessus du don déifiant qu’il fait à l’homme, de la divinité qu’il communique à ceux qui en sont dignes. Il dépasse ce don déifiant, parce qu’il en est l’origine, la source, la cause éternelle. Cette grâce déifiante est, tout comme Dieu, incréée et éternelle. Contrairement aux êtres vivants et au monde, aux créatures et à la création, cette grâce n’a pas de commencement dans le temps. Elle existe depuis toujours en Dieu.

Par les Pères, nous apprenons que cette grâce déifiante est une lumière, celle qui rayonne autour de Dieu, des anges, mais également des saints. Elle se manifeste aux hommes qui en sont dignes, hommes qui se sont le plus souvent longuement préparés à la recevoir, mais ils la reçoivent sans que l’on puisse dire que cette prédisposition, aussi méritoire soit-elle, est en quelque sorte la cause de leur illumination. L’être humain ne dispose d’aucun moyen automatique pour obtenir et laisser transparaître en lui cette lumière émanant de Dieu. C’est pourquoi elle est toujours une grâce, une faveur que Dieu fait à l’homme, sans que ce dernier ne connaisse le moment de sa manifestation.

Les Pères nous enseignent encore que cette lumière répand la joie en l’homme, une joie spirituelle, profonde, ineffable, qui est l’un des signes les plus manifestes de la présence de Dieu en l’homme (avec la paix. Ndlr.)

Cette lumière constitue la beauté du siècle à venir, du Royaume de Dieu, de la vie éternelle. Nous rejoignons ici l’accomplissement des mystères de l’Évangile dont parle Grégoire de Palamas, à savoir la manifestation finale et plénière de la gloire incréée, de la lumière éternelle. C’est là le signe de la présence de Dieu en tous les êtres auxquels il a donné la vie. C’est la transfiguration de toute la création. Le saint dans cette perspective eschatologique est celui qui dans l’Esprit appréhende déjà, ici et maintenant, mais pas encore complètement, cette réalité future. Et tous ceux qui se mettent à son écoute et suivent ses conseils en sont également les bénéficiaires (Tome hagioritique, Philocalie des Pères neptiques, Tome B, volume 3, p. 536 et suivantes.)

Il y a en réalité une triple distinction en Dieu : la Trinité, l’essence et les énergies (Grégoire Palamas, 150 chapitres physiques, théologiques, éthiques et pratiques, chap. 75 ; œuvre reprise dans la Philocalie des Pères neptiques, Tome B, volume 3, p. 508-509), mais ces distinctions n’affectent en rien son unité, car il n’y a qu’un seul Dieu trinitaire, vivant et agissant en son essence comme dans son énergie.

Dieu s’est révélé comme Trinité, Père, Fils et Esprit, mais aussi, et c’est paradoxal, comme un Dieu inaccessible en lui-même et pourtant partout et toujours accessible dans le don qu’il nous fait de lui-même, de sa propre vie. Ce paradoxe est le fondement de la théologie de Palamas, la distinction en Dieu entre son essence (οὐσία, ousia) imparticipable et son énergie (ἐνέργεια, enérgeia) participable, entre ce que Dieu est en lui-même, dès l’origine, sans les êtres créés par lui, et ce que Dieu est pour la création et les créatures, pour l’univers et les êtres vivants, les hommes en particulier, avec lesquels il veut depuis toujours entrer en relation.

L’essence de Dieu, en tant que cause transcendante de l’énergie, possède, résume et unifie en elle-même une multitude d’énergies, elle est capable de se multiplier sans se diviser en autant de réalités participables qu’il y a de participants (Triades 3,2, 24-25), que ce soit pour créer le monde dans toute sa diversité16 ou pour déifier les hommes prédisposés à la réception de la grâce. L’énergie incréée, comme activité de Dieu en dehors de lui-même, est absolument inséparable de l’essence, elle en procède et n’a pas d’existence autonome par rapport à elle. Puisque Dieu est indivisible, il est totalement présent dans chacune de ses énergies. Le moindre atome d’énergie nous donne donc accès à la totalité de Dieu et nous permet de le connaître et de le nommer (Triades 3,2, 10-11). Comme l’essence divine, dont elle provient et qu’elle nous manifeste, l’énergie est omniprésente, il n’y a pas par conséquent un seul endroit dans tout l’univers où l’on ne puisse la trouver et par elle Dieu lui-même. Enfin, cette énergie ne sera pleinement visible qu’à la fin des temps, comme rayonnement de Dieu en toutes choses. L’énergie divine, c’est au fond la communication que Dieu fait de lui-même, afin que d’autres êtres, les êtres créés, les êtres humains en particulier, puissent exister et bénéficier de sa vie en abondance. En ce sens, l’énergie incréée est un effet éternel de la bonté de Dieu à notre égard (Triades 3, 2,24).

L’homme, par lui-même, est incapable de se déifier. Il a besoin de l’activité de Dieu, de son intervention répétée dans l’histoire comme en témoigne l’Écriture, de l’incarnation du Fils et de la communication de l’énergie de l’Esprit. En sens contraire, l’activité salutaire de Dieu ne suffit pas non plus, car l’homme a été créé libre et Dieu se refuse à le contraindre même au salut, c’est tout à fait librement qu’il doit y consentir.

Il faut que l’homme veuille être sauvé et que Dieu veuille le sauver, il faut en l’homme une synergie de son activité et de celle de Dieu par le biais du don permanent de la grâce, de l’énergie, de l’Esprit répandu en lui. C’est uniquement par cette collaboration humaine et divine que les différents moyens deviennent salutaires pour l’homme

Par son irruption, le péché occasionne une mort de l’âme avant même celle du corps, un désordre psychique et une déchéance du corps. En effet, Palamas envisage le péché comme une altération de l’image de Dieu en l’homme, altération par laquelle l’homme devient incapable d’être à la ressemblance de son Créateur, de participer à la vie même de Dieu (Chapitres 39). Or, cette altération de l’image divine en l’homme est en réalité une dénaturation de son intelligence (νοῦς, noûs), comprise comme étant la faculté spirituelle la plus haute de l’âme, faculté qui permet à l’homme de connaître, de faire librement des choix et d’orienter toute sa vie en conséquence. Cette dénaturation a pour effet de priver l’homme d’une faculté qui était la sienne à l’origine, celle de voir Dieu et donc de s’unir à lui. Si par le péché l’homme perd cette ressemblance, la vie divine, et cette capacité visuelle de l’intelligence qui l’unissait à Dieu, il n’est pas pour autant abandonné à son sort. Il y a bien sûr toutes les interventions divines dans l’histoire biblique, mais il y a aussi et surtout la venue annoncée de Jésus-Christ. Pour Palamas, c’est précisément pour offrir la possibilité à l’homme de retrouver son état originel et plus encore par la déification, que le Verbe de Dieu s’est fait chair. En effet, par l’union hypostatique ou personnelle du Fils de Dieu à la nature humaine, celle-ci participe de nouveau et totalement à la vie divine. En s’incarnant, en devenant un homme à part entière, le Fils a pu unir notre humanité déchue à sa Personne divine et la restaurer en lui-même par la communication de sa propre divinité : ce qui est préfiguré dans la Transfiguration et accompli dans la Résurrection. Nous retrouvons en la Personne même du Christ cette collaboration humaine et divine pour le salut. Selon l’image de saint Paul, le Christ est le nouvel Adam, c’est-à-dire le nouvel homme, celui qui transmet non plus le péché et la mort, mais la vie même de Dieu, parce qu’il est Dieu lui-même. Comment fait-il cela ? Précisément par les mystères ou sacrements de l'Église, principalement le baptême et l’eucharistie, qui permettent une incorporation et une communion réelle au Corps déifié et déifiant du Christ, Corps qui contient la plénitude de la divinité et qui, selon Palamas, est la source de la lumière incréée, qui jaillit dans le cœur du croyant et illumine à nouveau son intelligence, ouvre à nouveau les yeux de l’âme pour contempler Dieu, si l’homme a foi en lui. Par les mystères ou sacrements, l’énergie de l’Esprit opère en nous, si nous le croyons et le voulons, ce que le Fils a accompli une fois pour toutes en lui-même, en sa propre chair pour nous. Dans cette perspective, l’Église, Corps du Christ, n’est donc rien de moins qu’une communauté d’hommes animée par la foi en Jésus-Christ et en voie de déification par la grâce ou l’énergie de l’Esprit.

Parmi ces moyens, il y a d’abord et avant tout les mystères ou sacrements de l’Église, principalement le baptême et l’eucharistie. Selon Grégoire, notre salut tout entier en dépend (Douze homélies pour les fêtes).

Le péché est perçu par Palamas comme un bouleversement du fonctionnement originel et naturel des puissances de l’âme, bouleversement par lequel ce n’est plus la partie raisonnable de l’âme (les facultés de connaissance, de jugement et de raisonnement) qui gouverne la partie passionnée (le désir et l’emportement), mais l’inverse. De cette façon, l’homme se détourne du bien, Dieu lui-même, et se laisse conduire par ses passions, comme la cupidité, l’ambition et la vanité, etc. Pour remédier à ce désordre psychique et corporel, le moine hésychaste recherche l’impassibilité (ἀπάθεια, apathéia), qui ne signifie nullement ici l’insensibilité (ou selon l'étymologie le fait de ne plus souffrir et donc ressentir), ou encore une mise à mort de la partie passionnée de l’âme, qui en soi est bonne, mais le rétablissement des forces psychiques dans leurs fonctions premières, celles d’avant la chute occasionnée par le péché dans l’âme. Ce retournement s’opère sous la direction de l’intelligence en synergie avec la grâce et permet à l’homme d’embrasser les vertus et les passions bienheureuses, d’acquérir de nouvelles et meilleures dispositions. Ce retournement offre la possibilité à l’homme d’accomplir progressivement les commandements évangéliques dans l’amour du prochain et de Dieu. Lorsque l’homme parvient à cet amour, il parvient selon Grégoire à un état proprement divin.

Palamas dira dans ce contexte : ‘’Par cette autorité (celle de l'intelligence en synergie avec la grâce), nous fixons sa loi à chaque puissance de l'âme et à chaque membre du corps ce qui lui convient : aux sens nous fixons l'objet et la limite de leur exercice ; cette œuvre de la loi s'appelle ‘tempérance’ ; à la partie passionnée de l'âme, nous procurons la meilleure manière d'être qui porte nom ‘amour’ ; et nous améliorons aussi la partie raisonnable (de l'âme) en rejetant tout ce qui empêche l'intellect de s'élever vers Dieu : cette partie de la loi, nous la nommons ‘sobriété’ (νῆψις, nêpsis). Celui qui a purifié son corps par la tempérance, celui qui, par l'amour divin, a fait de ses volontés et de ses désirs une occasion de vertu, celui qui présente à Dieu un esprit purifié par la prière, acquiert et voit en lui-même la grâce promise à ceux qui ont le cœur purifié.’’ (Triades 1, 2, 2. Traduction de Jean Meyendorff.)

La déification est une enhypostasie de l’énergie de l’Esprit, énergie qui est envoyée dans l’hypostase de l’homme pour y être contemplée en permanence. Par ce don déifiant permanent, la sagesse et la vie éternelle sont en l’homme sans être séparées de Dieu. Le saint acquiert par grâce un nouveau mode d’existence, par lequel sa personne est désormais composée d’un nouvel élément permanent qui vient s’ajouter à l’âme et au corps et qui est l’énergie incréée de l’Esprit. Si bien qu’on peut dire de lui, en raison de la présence de l’Esprit, qu’il est incréé par la grâce, qu’il est sans commencement ni fin. L’intégration de ce nouvel élément, devenu constitutif de la personne humaine dans la déification, n’a pas pour effet la suppression de notre humanité. En devenant Dieu, nous ne cessons pas d’être homme, psychique et corporel. Au contraire, pour Palamas, en devenant Dieu, nous devenons pleinement homme. Par la grâce divine, notre nature humaine est menée progressivement à sa perfection : l’âme peut dès à présent voir Dieu, être animée par sa sagesse et sa bonté, et le corps reçoit le gage de son incorruptibilité future, un avant-goût de la Résurrection.

Au terme de ce parcours, le saint hésychaste acquiert donc un nouveau mode de vie caractérisé par la présence permanente de l’énergie de l’Esprit en lui. Cette expérience est pour lui une initiation aux mystères évangéliques. Mais cette initiation n’est pas donnée pour lui seul. Le saint hésychaste sera respecté, il recevra la confiance et l’affection d’autres hommes, tous ceux qui viendront à lui pour être initiés à leur tour à ces mystères, jusqu’à ce que l’expérience de ces mystères eux-mêmes constitue pour eux l’initiation (Tome hagioritique)6. La paternité spirituelle, par laquelle un saint est capable de transmettre ce qu’il a lui-même reçu, y compris la grâce (Chapitres 121)58, à d’autres hommes qui suivent ses conseils et son enseignement, est primordiale dans ce contexte. C’est par elle que Palamas fut, dans cette chaîne de transmission spirituelle, le fils spirituel des maîtres de l’hésychasme byzantin, comme celui avant eux des Pères et de tous les saints de la littérature biblique.

L'union ineffable de Dieu et de l'âme (déification) se trouve également en Occident au XIVe siècle dans la "mystique rhénane" de Maître Eckhart et ses disciples Jean Tauler et le bienheureux Henri Suso (1295-1366).

 

Partager cet article
Repost0

commentaires