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Christ Roi

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19 novembre 2022 6 19 /11 /novembre /2022 09:07
"Lorsque nous affirmons que le christianisme est d'un autre ordre que ce monde, cela ne revient pas à dire qu'il n'a aucun lien avec lui". "Le christianisme, école de sécession" (Abbé de Nedde)

Par l'abbé de Nedde (Fraternité sacerdotale Saint Pierre)

 

Extraits :

 

"'Mon Royaume n'est pas de ce monde'. En répondant ainsi à Pilate lors de son procès romain, le Christ affirme de manière incontestable quelle est la finalité ultime de l'être humain. Le Christ n'est pas seulement le Sauveur, Il est également le Verbe incarné, le Fils de Dieu qui vient révéler aux hommes leur destinée. Ils doivent donc œuvrer vers un but qui n'est pas dans ce monde : le Royaume des Cieux. Mais le corolaire immédiat d'une telle affirmation c'est qu'il nous faut affirmer 'le caractère antipolitique du Christianisme', pour reprendre l'expression de Jacques Ellul. Il ne s'agit pas d'une conception apolitique au sens où cela n'a aucun intérêt, non, le christianisme est antipolitique au sens où il s'intéresse d'abord et en premier lieu à la finalité ultime de l'être humain. Il relègue ainsi la politique à un autre ordre, subordonné et d'une valeur moindre. Cet enseignement sera constant dans l'Évangile. On voir d'abord Notre Seigneur rejeter la tentation de Satan qui veut lui offrir tous les royaumes de la terre. (Lc 4,8) On voit également le Christ refuser de répondre à la délicate question de l'impôt à César par cette formule extrêmement célèbre 'rendez à César ce qui appartient à César et à Dieu ce qui appartient à Dieu'. Mais on pourrait également noter l'attitude extrêmement sceptique du Christ vis-à-vis des zélotes (les activistes politiques de l'époque) mais également le rejet dans une même erreur des positions adverses des pharisiens et des sadducéens quant à la question de la collaboration avec l'envahisseur romain. Cette énumération non-exhaustive permet de comprendre que le christianisme est une permanente contestation de tout pouvoir politique, au sens où sa valeur est systématiquement relativisée. Le christianisme s'intéresse au royaume des cieux. Et cela permet d'entrée de jeu de placer la politique sur un autre terrain que celui du christianisme. 

 

"Mais le chrétien est appelé à vivre dans le monde, à une époque donnée avec ses avantages et ses difficultés. Et c'est dans ce monde qu'il va devoir obtenir son salut. C'est pourquoi lorsque nous affirmons que le christianisme est d'un autre ordre, qu'il n'est pas la même chose que les réalités de ce monde, que la politique, cela ne revient pas à dire qu'il n'a aucun lien avec lui. 'Le christianisme ne méprise pas le temporel', pour reprendre la formule de Charles Péguy qui fustigeait les chrétiens qui, parce qu'ils n'avaient pas le courage d'être du monde croyaient qu'ils étaient de Dieu.

 

"En promouvant un homme nouveau le christianisme doit être le ressort intérieur qui guide l'action temporelle de l'homme. Ainsi, il ne faut pas chercher dans notre religion des réponses immédiates à des questions politiques : cela n'est pas son objet. En revanche, nous trouverons dans notre religion les clés qui permettront à l'homme d'agir et de choisir le meilleur.

 

"Dans l'optique de ce colloque sur le thème de la sécession et de la reconquête, nous ne pouvons pas demander au christianisme de répondre simplement. Ce n'est pas lui qui va répondre, pas plus que le Christ n'a répondu à ses apôtres quant à l'attitude vis-à-vis des Romains. Nous n'avons jamais entendu parler de sécession, de rebéllion, de reconquête : ce sont des termes absents de l'Évangile. En revanche, le christianisme forge un type d'homme capable d'aborder cette question. Et c'est cela que je vous propose de rechercher. Puiser aux sources du message chrétien pour trouver l'inspiration d'un agir temporel conforme à la finalité ultime de l'être humain.

 

"Mais cela exige évidemment une purification. Nous devons purifier le christianisme de toutes les scories, subversions et déformations qu'il a subi, notamment quant à la question politique.

 

"... Je commencerai donc par des écueils et par une citation de Kierkegaard, pour montrer combien le christianisme a pu être subverti, lui qui disait : 'l'histoire témoigne que de générations en générations existe une classe sociale hautement respectée (il désigne les prêtres) dont le métier consiste à faire du christianisme le contraire de ce qu'il est.

 

"Je vais donc ici dénoncer deux erreurs générales quant au rapport du christianisme au politique.

 

(1) Et la première c'est une appropriation du christianisme par le champ politique. Il s'agit là d'une subversion d'une subversion parce que ce sur quoi il faut se fonder c'est sur le caractère subversif du christianisme. J'emprunte cette pensée à Jacques Ellul : 'le message du christ est forcément subversif à l'égard de tous les ordres sociaux, politiques, économiques, moraux et religieux, et le christianisme a lui-même été subverti au point de devenir l'exact contraire de son impulsion première.' Qu'est-ce que cela signifie ? Cela signifie que le christianisme ne peut pas s'accommoder d'un mode politique. Pourquoi ? Parce qu'il sera toujours mal à l'aise. Nous ne sommes pas à notre place totalement dans ce monde au sens où le rôle des chrétiens n'est pas de s'accommoder avec ce monde mais d'en dénoncer les travers et les injustices. 

 

"Ainsi, lorsque le christianisme s'accommode avec un régime, lorsque il finit de dénoncer l'injustice c'est qu'il s'est installé et embourgeoisé.

 

"Les formes d'appropriation au cours des siècles ont été nombreuses. Et aujourd'hui l'on arrive à un stade ultime où l'on arrive à tout faire dire à Jésus-Christ.

 

"Jésus-Christ est devenu un prétexte pour parler de tout et de n'importe quoi dans les églises, disait Divo Barsotti. Et je crois qu'aujourd'hui, même certains marxistes pourraient se revendiquer du Christ. N'est-il pas Lui, le fils d'un artisan, le représentant de la classe prolétaire en lutte contre la classe dirigeante ?

 

"Même les capitalistes ont réussi au siècle dernier, et surtout au siècle précédent, à justifier et à cautionner toutes les puissances économiques par le christianisme. À chaque fois la même erreur est répétée : c'est l'instrumentalisation du christianisme à des fins politiques. Mais elle se base sur une erreur bien plus profonde : celle qui consiste à vouloir chercher dans l'Évangile une message politique qui n'y est pas.

 

(2) La deuxième erreur générale consiste à légitimer son propre agir politique, ses propres décisions ou les pouvoirs politiques par le christianisme.

 

"Évidemment, il y a ici un écueil très grave parce que l'Évangile ne traite pas de ces questions. L'Évangile traite du Royaume des cieux. Et certes il arrive au Christ d'aborder des thématiques qui vont toucher la vie quotidienne des gens. La question de l'impôt en est une. Mais à chaque fois que le Christ traite de cette question, n'oubliez pas que comme toujours en politique il s'agit d'une situation concrète. L'envahisseur romain n'est pas l'envahisseur d'aujourd'hui. L'impôt d'hier n'est pas celui d'aujourd'hui. On ne peut pas se contenter de transposer la réponse du Christ, qui, elle, est universelle, mais qui quant aux choses politiques concerne bien le concret. Comme toujours en politique, la politique n'a as la valeur du christianisme. Et c'est toujours un danger de vouloir chercher dans l'Évangile des réponses immédiates à des problèmes politiques. On finit forcément par fabriquer une religion du livre en voyant dans la Bible un pur code civil qui nous dit quoi faire.

 

"... Le problème des deux erreurs dont je viens de parler est qu'elles ont fabriqué un chrétien d'un certain type avec trois écueils : j'évoquerai d'abord le chrétien fuyard, puis le chrétien collabo, et enfin le chrétien réactionnaire, ou conservateur.

 

"Le chrétien fuyard. Le chrétien ne peut pas fuir la réalité de ce monde. Le courage et la force sont partie des vertus qui, elles, font partie de notre patrimoine.

 

"Le deuxième écueil me semble beaucoup plus grave. Il s'agit de la collaboration, de la collusion avec le pouvoir politique. Évidement, cela peut vous paraître complètement illusoire ou étranger à votre vision, mais le christianisme s'est laissé berner bien des fois. Et la démocratie chrétienne a été le doux rêve de certains, une illusion totale (une impasse ? Note du blog Christ-Roi.) Jean Madiran a très bien résumé la chose en parlant des démocrates chrétiens : 'ils avaient voulu christianiser la démocratie, ils ont démocratisé l'Église !' Ils sont devenus aujourd'hui, et l'Église catholique en est témoin, les nouveaux prêtres jureurs. Je répondrais à ces prêtres collabos une phrase de Saint Loup : 'On n'a jamais vu un peuple redevenir libre par la mansuétude de son oppresseur. Ce n'est pas en étant gentil avec notre oppresseur qu'il finira par se convertir.'

 

"Le problème de la collaboration c'est qu'elle peut aboutir à une trahison beaucoup plus grave : soumission et reddition ne font pas non plus partie de notre vocabulaire.

 

"Nous vivons dans un monde libéral ou post libéral, où le compromis est l'essence de la société. Pourquoi ? Parce que c'est un marché. Donc tout se monnaye. Nous ne pouvons pas vivre dans ce compromis. Et je citerais ici Dominique Venner, qui lui, n'avait pas peur, il préférait se mettre tout le monde à dos que se mettre à plat ventre. Dans les revers, ne jamais se poser la question de l'inutilité d'un combat perdu. 

 

 

"À côté de ce chrétien falsifié, il y a le chrétien réactionnaire ou conservateur. Ici les notions sont complexes parce que dans le côté réactionnaire comme dans le côté conservateur, on pourrait trouver des aspects proches de nos idées. Mais ce que je veux surtout dénoncer ici c'est l'immobilisme des chrétiens. Cela se base sur un concept qui est celui de vouloir conserver ce qu'on aime. C'est un réflexe naturel à l'être humain. Lorsqu'il aime une chose, il n'aime pas en être privé. Et en temps de crise, il aura tendance à vouloir s'accrocher à ce qu'il aime, ne pas vouloir le quitter. Mais Robert Dun disait que 'toute forme de peur engendre une crispation et la crispation un vieillissement.' Cela finit forcément par un attachement excessif aux ruines d'un empire déchu qui se caractérise souvent chez les chrétiens par un slogan beaucoup trop répété : 'c'était mieux avant.' C'est une chose qui ne peut pas non plus faire partie de notre patrimoine. Cela entraîne souvent chez les chrétiens un combat purement réactionnaire, qui se contente de déplorer un passé aimé et de subir les agressions d'un État ou de groupes de plus en plus offensifs, et agressions après agressions, ils assistent au délitement d'un monde qui leur a plu. 

 

"... Alors après cette partie sur les écueils, j'aimerais vous engager sur une autre voie.

 

"Revenir au message foncier de l'Évangile et poursuivre une intuition : voir dans le christianisme une école de sécession. Pour cela, il nous faut changer de point de vue. Trop souvent nous luttons contre le temps et le progrès qui avance. Je vous propose donc de ne pas être contre le temps mais d'être hors du temps.

 

"... Le christianisme ne fonde pas une nouvelle appartenance au monde terrestre, il fonde une nouvelle appartenance au Royaume des Cieux. Et c'est bien la nature de l'homme, son identité qui fonde cette appartenance. Il n'y a donc pas de place pour le chrétien dans le monde et le Christ Lui-même n'a pas eu une pierre où reposer sa tête. (Mt 8,20

 

"Quelle sera le rôle du christianisme ? D'aider l'homme à trouver sa place ou à occuper la place qui est la sienne dans ce monde, cette place qu'il a par la nature. Et il le fera en dénonçant justement les injustices de ce monde.

 

"...Depuis cent ans on a vu un nombre incalculable de livres parus ou de publications sur la place du chrétien dans l'entreprise, la place du chrétien dans la société : plus on parle de la place du chrétien et plus il semble qu'elle a disparu totalement !

 

"Et bien les chrétiens qui veulent exister devraient se rappeler que ce n'est pas un signe de santé que d'être bien intégré dans une société malade. La place du chrétien, elle sera dans les cieux. Sur terre, il ne l'occupe pas par sa religion : sa religion va l'aider à l'assumer.

 

"C'est pour cela que nous ne pouvons pas en permanence chercher à exister et à nous battre en permanence contre ce qui arrive. Il faut être hors du temps.

 

"Être hors du temps, c'est une intuition que je reprends d'un célèbre dialogue de Robert Dun et Saint Loup. Lorsque les deux s'étaient rencontrés, ils évoquaient leurs combats passés et ce qui comptait et qui faisait qu'ils n'avaient pas changé et qu'ils étaient toujours actifs, c'était le caractère hors du temps de ce qu'ils étaient.

 

"... C'est là en fait le théorie du pouvoir spirituel. La sécession, c'est le fait de se retrouver hors du temps, retrouver son identité, ce qui va fonder ensuite l'agir politique. Et il me semble que le christianisme est une parfaite école de sécession intérieure."

 

(Fin de citation)

 

Source video: https://gloria.tv/post/rPxUZCtuNwhz196w7zFxkePAG

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