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6 décembre 2020 7 06 /12 /décembre /2020 20:45
Célébrer le Christ ressuscité chaque dimanche

Car en six jours le Seigneur a fait le ciel, la terre, la mer et tout ce qu’ils contiennent, mais il s’est reposé le septième jour. C’est pourquoi le Seigneur a béni le jour du sabbat et l’a sanctifié.

Exode 20,11

Si, dans la première page de la Genèse, le "travail" de Dieu est un exemple pour l'homme, son "repos" l'est également: "Au septième jour, il chôma, après tout l'ouvrage qu'il avait fait" (Gn 2, 2). Le "repos" de Dieu ne peut être banalement interprété comme une sorte d'"inaction" de Dieu. En effet, l'acte créateur qui fonde le monde est de par sa nature permanent, et Dieu ne cesse jamais d'être à l'œuvre, ainsi que Jésus lui-même prend soin de le rappeler au sujet du précepte du sabbat: "Mon Père est à l'œuvre jusqu'à présent et j'œuvre moi aussi" (Jn 5,17). Le repos divin du septième jour n'évoque pas un Dieu inactif, mais il souligne la plénitude de la réalisation accomplie et exprime en quelque sorte la pause faite par Dieu devant l'œuvre " très bonne" (Gn 1,31) sortie de ses mains, pour porter sur elle un regard plein d'une joyeuse satisfaction: c'est un regard "contemplatif", qui ne vise plus de nouvelles réalisations, mais plutôt la jouissance de la beauté de ce qui a été accompli; un regard porté sur toutes les choses, mais en particulier sur l'homme, sommet de la création.

 

Le commandement du Décalogue par lequel Dieu impose l'observance du sabbat est, dans le livre de l'Exode, formulé de manière caractéristique: "Tu te souviendras du jour du sabbat pour le sanctifier" (Ex 20,8) Avant d'imposer quelque chose à faire, le commandement signale quelque chose dont il faut faire mémoire. Il invite à ranimer la mémoire de l'œuvre de Dieu, grande et fondamentale, qu'est la création. Cette mémoire doit vivifier toute la vie religieuse de l'homme pour déboucher sur le jour où l'homme est appelé à se reposer. Le repos revêt ainsi comme une valeur sacrée caractéristique: le fidèle est invité à se reposer non seulement comme Dieu s'est reposé, mais à se reposer dans le Seigneur, en lui remettant toute la création, par la louange, l'action de grâce, l'intimité filiale et l'amitié sponsale. [1]

 

Selon le témoignage concordant des Évangiles, la résurrection de Jésus Christ d'entre les morts eut lieu "le premier jour après le sabbat" (Mc 16, 2.9; Lc 24, 1; Jn 20, 1).

La foi de l’Eglise rappelle que "le premier jour de la semaine", Marie-Madeleine et d’autres femmes parmi les proches de Jésus vinrent au tombeau et celui-ci, dont la pierre était roulée, était vide. Un ange leur annonça que Jésus était ressuscité, bien vivant, il leur apparut (Matthieu 28,1-10). Chaque semaine nous rappelons cet évènement unique en fêtant le "jour du Seigneur", le dies dominica qui a donné le "dimanche".

Le dimanche est pour les chrétiens le jour où le Christ est ressuscité d’entre les morts, le jour où les disciples (femmes et apôtres) ont vu Jésus vivant. Il est facile de comprendre combien ce jour devient alors un jour sacré et prend la place du sabbat juif qui marquait la symbolique du repos divin (Exode 20, 11).

Il y a un devoir de rendre un culte public à Dieu.

Le Seigneur Dieu a enseigné au peuple hébreu ce troisième commandement du Décalogue : "Le septième jour est un sabbat, un repos complet consacré au Seigneur." (Ex 31,15 ; CEC 2168)

Ce passage biblique est repris dans la formule catéchétique : "Tu sanctifieras le jour du Seigneur " (Ex 20,8). Le sabbat est le signe de l’alliance de Dieu avec son peuple "esclave en Egypte et libéré par Dieu" (Deutéronome 5,15)

Ce jour-là est réservé au Seigneur pour faire mémoire de la création, de la libération de la servitude et aussi pour se reposer et se détacher des contraintes du travail. Il marque ce temps gratuit pour Dieu, comme Dieu après les six jours de la création s’est arrêté. Jésus rappellera que le sabbat "est fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat" (Marc 2,27)

Dans l’évangile Jésus sera souvent accusé de ne pas respecter la loi du sabbat, en particulier lorsqu’il accomplit des guérisons ou de sauver quelqu’un (Marc 3,4). Mais avec la résurrection du Christ, "le premier jour de la semaine" comme le rapportent les évangiles, ce "premier jour" rappelle la première création. Il est l’accomplissement du sabbat dans l’alliance nouvelle et il célèbre celui qui par sa mort et sa résurrection a fait "toutes choses nouvelles" (Apocalypse).

 

Si le troisième commandement de la loi donnée à Moïse (le Décalogue) dit : "Tu sanctifieras le jour du Seigneur", ce précepte est toujours actuel comme les autres commandements, il a été repris par l’Eglise qui en fait le premier dans l’exercice de la vie chrétienne réalisée : tout fidèle catholique est tenu de sanctifier le jour où l’on commémore la résurrection du Seigneur.

 

"De la vertu de religion, l’adoration est l’acte premier. Adorer Dieu, c’est le reconnaître comme Dieu, comme le Créateur et le Sauveur, le Seigneur et le Maître de tout ce qui existe, l’Amour infini et miséricordieux. 'Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et c’est à lui seul que tu rendras un culte' (Lc 4, 8) dit Jésus, citant le Deutéronome (6, 13)." (CEC 2096)

 

"L’adoration du Dieu unique libère l’homme du repliement sur soi-même, de l’esclavage du péché et de l’idolâtrie du monde." (CEC 2097)

 

"Il est juste d’offrir à Dieu des sacrifices en signe d’adoration et de reconnaissance, de supplication et de communion : 'Est un véritable sacrifice toute action opérée pour adhérer à Dieu dans la sainte communion et pouvoir être bienheureux'." (S. Augustin, civ. 10, 6). (CEC 2099)

 

"Mon sacrifice, c’est un esprit brisé..." (Ps 51, 19). Les prophètes de l’Ancienne Alliance ont souvent dénoncé les sacrifices faits sans participation intérieure (cf. Am 5, 21-25) ou sans lien avec l’amour du prochain (cf. Is 1, 10-20). Jésus rappelle la parole du prophète Osée : "C’est la miséricorde que je désire, et non le sacrifice" (Mt 9, 13 ; 12, 7 ; cf. Os 6, 6). Le seul sacrifice parfait est celui que le Christ a offert sur la croix en totale offrande à l’amour du Père et pour notre salut (cf. He 9, 13-14). En nous unissant à son sacrifice nous pouvons faire de notre vie un sacrifice à Dieu. (CEC 2100)

 

Comment pouvons-nous sanctifier le dimanche, en faire un jour "pour le Seigneur" ? Saint Jean-Paul II a bien donné les éléments pour vivre chrétiennement le dimanche dans sa lettre apostolique Dies Domini, publiée en 1998.

D’abord en plaçant au cœur de ce jour la participation à l’eucharistie. C’est une obligation pour tous les fidèles du Christ de "se rassembler pour entendre la Parole de Dieu et pour participer à l’eucharistie" (Vatican II, Sacrosanctum Concilium n°106). Aller à la messe et y participer est vital pour la vie de la foi. Dans chaque foyer la messe devrait être une joie vécue en famille, les enfants n’ont pas à s’y dérober et les parents ont le devoir d’exiger leur participation. Ils ont aussi à les conduire peu à peu à s’impliquer dans l’action liturgique, (par exemple servir la messe), à parler avec eux de la Parole de Dieu, à essayer de la mettre en pratique ensemble. Les jeunes parents peuvent, pendant les lectures, prendre en charge les plus jeunes pour un temps d’accueil autour de la Parole de Dieu. Les personnes âgées, éloignées d’une célébration, devraient être conduites par des paroissiens soucieux d’un minimum de fraternité. Et ceux qui ne peuvent bouger devraient être visités le dimanche au nom de la communauté (avec éventuellement le partage de la Parole et de l’eucharistie). C’est à ces signes que la messe dominicale se reconnaît comme lieu de sanctification.

Sanctifier le dimanche c’est aussi cultiver le don et la gratuité : don de son temps, de son argent (revaloriser le don fait à la quête qui est trop souvent ridicule, partager avec les plus démunis ou les malades le repas, une offrande, une visite…)

 

Le dimanche est, par excellence, le jour des œuvres de miséricorde.

C’est aussi le jour des loisirs mais où met-on le Seigneur dans ces activités ? Aujourd’hui les lois autorisent beaucoup de commerces à ouvrir le dimanche. Comme chrétien nous devons nous y opposer et nous abstenir de fréquenter les galeries marchandes ou les grandes surfaces. En le faisant nous sacrifions aux idoles actuelles et nous obligeons des personnes à travailler (forme moderne d’esclavage).

 

Chaque dimanche nous fait vivre la joie de Pâques. C’est un jour de fête. Nous sommes invités à prier davantage, à chanter les louanges du Seigneur, à nous retrouver pour célébrer l’eucharistie "source et sommet de notre vie de foi", à partager avec les plus faibles, les plus pauvres, à nous reposer et à… ne pas fatiguer les autres ! [2]

 

S'imaginer se sauver seul avec ses propres forces, sans la foi mise pratique, sans les sacrements et sans l'amour fraternel et communautaire est une désorientation diabolique.

 

En célébrant sa messe matinale, le 17 avril 2020, le pape François a ainsi mis en garde contre le danger d’une foi "virtualisée", sans la pratique des sacrements et sans la communauté.

En direct depuis la chapelle de la Maison Sainte-Marthe, le pape a médité dans son homélie sur "la familiarité" du chrétien avec le Seigneur : mais il s’agit d’une familiarité "toujours communautaire", a-t-il ajouté. "Oui, elle est intime, elle est personnelle mais en communauté. Une familiarité sans communauté, une familiarité sans le Pain, une familiarité sans l’Eglise, sans le peuple, sans les sacrements, est dangereuse. Elle peut devenir une familiarité – disons-le – gnostique, une familiarité seulement pour moi, détachée du peuple de Dieu. La familiarité des apôtres avec le Seigneur était toujours communautaire, signe de la communauté. Elle allait toujours avec le sacrement, avec le Pain. Je dis cela parce que quelqu’un m’a fait réfléchir sur le danger de ce que nous sommes en train de vivre en ce moment, de cette pandémie qui nous a conduits à tous communiquer même religieusement à travers les médias, à travers les moyens de communication ; même cette Messe, nous sommes tous en communication, mais pas ensemble, spirituellement ensemble… Il y a un grand peuple : nous sommes ensemble, mais pas ensemble. Le sacrement aussi : aujourd’hui vous avez l’Eucharistie, mais les personnes qui sont connectées avec nous n’ont que la communion spirituelle. Et ce n’est pas l’Eglise : c’est l’Eglise d’une situation difficile, que le Seigneur permet, mais l’idéal de l’Eglise est toujours avec le peuple et avec les sacrements. Toujours.

“Attention à ne pas virtualiser l’Eglise, à ne pas virtualiser les sacrements, à ne pas virtualiser le peuple de Dieu. L’Eglise, les sacrements, le peuple de Dieu sont concrets. C’est vrai qu’en ce moment nous devons faire cette familiarité avec le Seigneur de cette façon, mais pour sortir du tunnel, pas pour y rester. Et c’est la familiarité des apôtres : pas gnostique, pas virtualisée, pas égoïste pour chacun d’eux, mais une familiarité concrète, dans le peuple. La familiarité avec le Seigneur dans la vie quotidienne, la familiarité avec le Seigneur dans les sacrements, au milieu du peuple de Dieu. Ils ont fait un chemin de maturité dans la familiarité avec le Seigneur apprenons à le faire nous aussi. Dès le premier moment, ils ont compris que cette familiarité était différente de celle qu’ils imaginaient, et ils sont arrivés à cela. Ils savaient que c’était le Seigneur, ils partageaient tout : la communauté, les sacrements, le Seigneur, la paix, la fête." [3]

Sources:

 

[1] Dies Domini

[2] Cef Montauban

[3] François, La familiarité avec le Seigneur se vit en communauté et avec les sacrements, Zenit, 17 avril 2020

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