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7 septembre 2020 1 07 /09 /septembre /2020 09:23

En s'appuyant sur l'histoire féodale médiévale qui a vu la destruction de la res publica, Aram Mardirossian, professeur agrégé des facultés de droit à l'Ecole de droit de la Sorbonne et directeur d'études à l'Ecole pratique des hautes études, établit dans Valeurs Actuelles du 27 août 2020, n° 4370, pp. 82-85, un lien entre ce qui s'est produit à l'époque des seigneurs du Moyen-Âge et les caïds d'aujourd'hui. Mais ce qui se produit aujourd'hui est "pire encore" :

"Pour la première fois, le système de la personnalité des lois et le processus de décomposition de la puissance frappent en même temps le pays."

Quand la république détruit la France

Quand la république détruit la France

 

Source: Valeurs Actuelles, n° 4370 du 27 août 2020, pp. 82-85

 

Aujourd'hui la République et plus encore les "valeurs républicaines" - resucée novlanguienne du droit-de-l'hommisme - sont devenues un véritable credo qu'égrènent tous ceux qui, avant d'être français, se considèrent comme "républicains". 

 

République versus res publica. Le choc des mots ou l'ironie de l'histoire. À Rome, la res publica constitue une entité supérieure à la personne de ses dirigeants, à la prospérité de laquelle tous doivent œuvrer. Elle exige la primauté de l'utilité commune sur les intérêts privés des gouvernants, mais aussi de la distantiation entre le principe d'autorité perpétuel et la personne qui exerce temporairement celle-ci. Si la res publica désigne classiquement l'État, sa traduction en "république" a fini par endosser une acception réductrice qui vise un type de régime politique. Or, depuis un demi-siècle, cette République et ses "valeurs" démolissent pan après pan la res publica, l'édifice millénaire que représente l'État, et in fine, détruisent la France.

 

[...] Dès la fin du IXe siècle, la généralisation du système féodal sanctionne la dislocation de la puissance publique carolingienne. [...] Les Capétiens vont, au prix d'un intense labeur d'un demi millénaire, forger l'État. [...] [L]a res publica, dès l'époque médiévale, la chose (appelée notamment corona, "couronne") existe avant le mot, qui, se généralise au XVIe siècle. Ainsi, l'État n'a pas fait la France à lui seul, mais il y a fortement contribué. Bientôt le royaume de Louis XIV devient la première puissance mondiale.

 

Et puis, les révolutionnaires, de façon sanglante, et Napoléon, de manière brutale, ont repris l'État capétien en l'arrachant à sa matrice chrétienne. La France ne se remettra jamais réellement de cette rupture paradigmatique. Et puis, les deux guerres mondiales ont fracassé l'Europe, et puis, le poison de la (dé)construction européenne a été insidieusement distillé, et puis des bouleversements démographiques ravageurs se sont enclenchés, et puis, la res publica a muté en "valeurs républicaines".  Le cycle millénaire qui avait débuté avec le relèvement capétien se clôt aujourd'hui dans une atmosphère de guerre civile. Ainsi, la situation de la France "républicaine" de 2020 paraît pire encore que celle de la Francie féodale. Pour la première fois, le système de la personnalité des lois et le processus de décomposition de la puissance frappent en même temps le pays. 

 

Il existe actuellement non pas plusieurs centaines de zones de non-droit, mais plutôt de territoires où s'appliquent d'autres normes que celles de la res publica française, en l'occurence, un mélange de loi islamique et de règles coutumières ethnico-culturelles et criminelles. Ce droit est imposé par des potentats locaux qui se considèrent comme l'unique autorité dans leur district et appréhendent l'État, et ses représentants comme une puissance étrangère hostile. Le recul de la res publica encourage ces groupes séparatistes à sortir de leurs quartiers pour braver son autorité jusqu'au coeur de sa capitale. Alors que le décret du 31 mai 2020 interdisait tout rassemblement de plus de dix personnes dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire, le 2 juin, une manifestation réunissait plusieurs dizaines de milliers de personnes pour "réclamer justice" après le décès d'Adama Traoré lors de son interpellation par les forces de l'ordre en 2016. Les manifestants prétendaient artificiellement lier leur cause à la mort de George Floyd tué lors d'une arrestation de la police aux États-Unis en mai 2020. Ces prétextes fallacieux dissimulent mal une démonstration de force orchestrée par des groupes sécessionnistes promoteurs d'un islam intégral mâtiné de racisme anti-français. Leur silence sur les meurtres récents d'un jeune homme à Sarcelles, ainsi que d'une gendarme et d'un chauffeur de bus dans le sud de la France - d'aucuns parlent d'"incivilités" - tient-il au fait que les trois victimes étaient blanches contrairement à leurs tueurs respectifs ? Ces séparatistes bénéficient d'un soutien inconditionnel du ban et de l'arrière-ban de l'extrême-gauche qui pense trouver là un nouveau prolétariat à encenser. Ces islamo-gauchistes et écologistes-pastèques ne saisissent pas que leurs "protégés" les manipulent, en usant au besoin de la taqiya, et, qu'en réalité, ils les exècrent en raison de leur athéisme.

 

En face [...] [p]ar la bouche de l'ancien ministre de l'Intérieur [Christophe Castaner. Ndlr.], il justifie ce renoncement de façon inconsidérée et suicidaire : "L'émotion mondiale [...] dépasse au fond les règles juridiques qui s'appliquent." Nul besoin d'être agrégé des facultés de droit pour comprendre qu'ici, le cher "État de droit" de tous les hérauts des "valeurs républicaines", cédera sa place, dans le sang, à la loi du plus fort. Inventif, il a également lancé un improbable "ovni" juridique en clamant qu'une suspension devait être systématiquement envisagée à l'encontre de tout policier ou gendarme sur lequel pèserait un soupçon avéré d'actes ou de propos racistes. Pour couronner le tout, ce même ex-ministre, a précisé qu'il était prêt à "s'agenouiller" pour "vaincre le racisme". Un peu comme le vassal qui, dans le cadre de l'hommage féodal, prête allégeance à son seigneur, sauf qu'en l'occurrence, ce dernier ne le relèvera pas pour lui donner l'osculum - le baiser sur la bouche - avant de se jurer loyauté mutuelle. Ici, il s'agirait plutôt de l'humiliation du dhimmi qui se soumet à son maître.

 

Un adage résume le comportement de l'État gangréné par les "valeurs républicaines" : "faible avec les forts, fort avec les faibles". Ainsi, les "gilets jaunes" authentiques - qui disparurent rapidement après leur récupération par les mouvements islamo-gauchistes - avaient été violemment réprimés par les forces de l'ordre qui, en même temps, laissaient les casseurs et autres racailles commettre librement leurs exactions. Les rares voyous interpellés bénéficiaient de l'indulgence infinie d'une justice largement contaminée, en ce domaine, par une idéologie laxiste mortifère. Puis, durant la véritable claustration médiévale que le pouvoir politique a brutalement imposée à la population - pour tenter de camoufler son incurie et ses mensonges face à la pandémie qui a frappé le pays - , les policiers ou les gendarmes, chapitrés par leur hiérarchie, se sont montrés impitoyables avec la population inoffensive. Malheur à celui qui avait oublié ou mal rempli son attestation de sortie : il était aussitôt frappé d'une amende de 135 euros. Pire, une minorité d'agents bornés n'ont pas hésité à verbaliser de façon imbécile, qui une dame de 79 ans simplement postée quelques minutes près de la fenêtre de l'hospice où dépérissait son mari de 93 ans; qui un homme muni d'une attestation dérogatoire de déplacement se rendant au chevet de son père mourant qu'il ne reverra jamais vivant ayant été contraint de rebrousser chemin. Mieux, sur dénonciation d'un voisin, des policiers armés pénétraient dans une église parisienne pour interrompre une messe non publique qui réunissait 7 personnes non sans verbaliser grossièrement le prêtre officiant. Au même moment, un préfet de police reconnaissait implicitement que les fidèles musulmans pouvaient se réunir entre voisins le soir pour la rupture du jeûne durant le mois de ramadan, tandis qu'un directeur départemental de la sécurité publique demandait aux forces de l'ordre de se tenir en retrait des "quartiers à forte concentration de population suivant le ramadan."

 

L'effondrement de l'État qui s'accélère autorise les nouveaux sombres sires et leurs sbires à s'affronter ouvertement. Le chaos qui a récemment frappé Dijon est archétypique. À la suite de l'agression de l'un des siens, la "communauté" tchétchène a entrepris de le venger, c'est-à-dire, tout simplement, d'appliquer son droit coutumier ethnico-religieux. Les agresseurs qui appartiennent à la "communauté" maghrébine sont originaires d'un des quartiers de la ville qu'ils tiennent en coupe réglée pour organiser leurs activités criminelles. Face à l'offensive tchétchène, les "seigneurs" locaux ont "naturellement" pris en charge la défense de leur territoire. Pendant plusieurs jours les deux "communautés" se sont affrontées, tandis que la puissance publique impuissante a laissé faire. La population dijonnaise, à commencer par celle qui vit dans le quartier disputé, a été totalement laissée à la merci des deux groupes lourdement armés. Puis le sreligieux ont pris les choses en mains et les "communautés" en guerre ont conclu un "armistice" à la mosquée ! De bien pires violences seraient survenues si l'un des deux camps n'avait été pas musulman, car là, il aurait fallu en sus donner une leçon aux infidèles. Cet épisode illustre parfaitement le fait, qu'aujourd'hui, plusieurs centaines de territoires codirigés par des caïds et des religieux se considèrent comme autonomes par rapport à la puissance publique, comme jadis les sires et châtelains. Mais le parallèle s'arrête là.

 

Cette fois, il n'y aura pas un Capétien pour restaurer - au besoin en utilisant la force de manière implacable, tel un Philippe le Bel - la res publica au nom du Christ. La Révolution a expulsé Dieu pour mettre l'homme à sa place, et depuis, la France déchristianisée n'en finit pas de se déliter. Désormais, à la tête du pouvoir séculier, se trouve un président de la République élu par le peuple. Et afin que les électeurs votent "correctement", la lessiveuse médiatrice essore intensément leur cerveau. Tout est fait pour promouvoir les "valeurs républicaines" destructrices de la res publica, et conséquemment, de la société française. Ici triomphe une vision suicidaire des droits de l'homme couplée à une idéologie mondialiste et européiste, l'ensemble étant promu par une oligarchie déracinée dont l'objectif est de faire de l'Europe une immense zone commerciale peuplée de consommateurs invertébrés, sans identité. Dès lors, le terrorisme des minorités s'exerce et il est aisé pour les groupes séparatistes de déboulonner les statues de Colbert et d'autres grands personnages du passé. L'objectif de ces conventicules "antiracistes", qui constituent en réalité le racisme incarné, est de détruire de fond en comble la France, ses symboles et son histoire, qu'ils haïssent.

 

Cette fois, il n'y aura ni Paix ni Trêve de Dieu. Les évêques actuels ne paraissent guère de la même trempe que leurs devanciers des temps féodaux. Il est vrai que les seigneurs médiévaux étant tous chrétiens, la plupart d'entre eux respectaient, bon gré mal gré, l'autorité morale de l'Église. On ne peut pas exactement dire la même chose s'agissant des sécessionnistes d'aujourd'hui.

 

Cette fois, la plupart des séparatistes ne cherchent pas seulement à s'octroyer pouvoir et richesse. Ils prétendent également agir au nom d'une religion qui veut prendre sa revanche pour, enfin, conquérir la France et l'Europe, après avoir essayé sans succès pendant près d'une millénaire, entre le VIIIe et le XVIIe siècle.

 

Cette fois, en raison de la démission ou de l'incapacité des bellatores et des oratores, ce qu'il reste de laboratores lucides ne semble pas avoir d'autres choix que de prendre les choses en main pour enrayer la balkanisation mortelle de la France. Une telle perspective paraît aussi effrayante qu'inexorable.

 

(Fin de l'article)

Note du blog Christ-Roi.

 

La res publica n'a pas attendu la république de 1792 ni celle de 1870 et encore moins celle de 1958 pour exister. En plein XVIe siècle, Jean Bodin a pu écrire ses Six Livres de la République (1576), en pleine monarchie de droit divin. 

La démocratie fondée sur la conviction que le corps politique est le produit des volontés de chacun, et portant jusqu'à l'incandescence l'idée d'une création de l'homme par lui-même, est vouée à étendre sans cesse les droits des individus. Elle contraint les hommes à vivre dans un monde d'individus inégaux, alors même qu'elle a posé en principe leur égalité. Elle se condamne donc à rendre sans cesse moins tolérable l'écart entre les promesses [...], les espérances qu'elle suscite et les accomplissements qu'elle offre...

Préface de Mona Ozouf dans François Furet, La Révolution française, Quarto Gallimard, Malesherbes 2007, p. XXI.

Dans le système hérité des principes contradictoires de 1789, il y a deux erreurs fatales qui conduisent à leur annulation dans la réalité de nos vies quotidiennes. 

 

La première erreur fatale, bien perçue par Mono Ozouf, consiste à organiser un système (la "démocratie") "sur la conviction que le corps politique est le produit des volontés de chacun, et portant jusqu'à l'incandescence l'idée d'une création de l'homme par lui-même" [Article 3 de la DDHC de 1789. Le principe de toute Souveraineté réside essentiellement dans la Nation. Et Art. 6. La Loi est l'expression de la volonté générale.] Cette première erreur conduit à la conséquence seconde qui est d'"étendre sans cesse les droits des individus", de contraindre "les hommes à vivre dans un monde d'individus inégaux, alors même qu'elle a posé en principe leur égalité." La démocratie ainsi organisée "se condamne [...] à rendre sans cesse moins tolérable l'écart entre les promesses [...], les espérances qu'elle suscite et les accomplissements qu'elle offre..." L'égalité des uns présuppose comme condition préalable l'inégalité économique et sociale des autres : c'est une belle réussite du marché, mais une impasse totale pour les principes de 1789.

 

Conclusion. Le principe de toute souveraineté ne réside pas essentiellement dans la Nation. Il y a effectivement des réalités spirituelles, physiques, naturelles..., en dehors de "la Nation", qui s'imposent à elle, et dont la nation doit tenir compte sous peine d'être totalitaire (exemple: les droits "inaliénables", "imprescriptibles" et "naturels" de l'article 2 de la DDHC de 1789 comme la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l'oppression : il serait faux de prétendre que la Nation leur serait supérieure en Souveraineté...) Un enfant de cinq ans s'en rendrait compte mais nos dirigeants, dont on se demande pour qui ils travaillent, non.

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