Overblog Tous les blogs Top blogs Religions & Croyances
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
8 août 2020 6 08 /08 /août /2020 18:47

La souffrance expérimentée dans nos vies ne trouve aucune explication dans les différentes religions. Seule la religion catholique lui donne un sens et l'intègre dans l'économie de la Rédemption comme une opportunité de progresser dans l'amour.

La souffrance, chemin vers la perfection de la charité

Amour et souffrance sont en interaction: d'un côté, la souffrance pousse l'âme à produire des actes de confiance amoureuse en Dieu et la dispose à recevoir un accroissement de charité; d'un autre côté, celui qui aime accepte d'endurer des souffrances toujours plus grandes pour réparer ses fautes, prouver son amour, être configuré au Christ souffrant et s'unir au sacrifice rédempteur.

Par ailleurs, la charité est un don infus: il ne saurait être question de l'acquérir par nos forces naturelles. Néanmoins, l'homme, sous l'effet de grâces actuelles, peut et doit se disposer à recevoir et à faire fructifier ce don. Comment ? Dans ses Sermons sur les Dix commandements, Thomas retient deux moyens pour se préparer à obtenir la charité, à savoir l'écoute de la Parole de Dieu et la méditation des choses saintes, et deux moyens pour se disposer à son accroissement, à savoir l'éloignement du cœur des choses terrestres et une ferme patience dans les adversités. Nous avons déjà cité le passage relatif à la patience. Arrêtons-nous au détachement nécessaire à l'éclosion de la contemplation et de l'amour de Dieu : 

 

Le cœur ne peut pas se porter parfaitement vers des choses diverses. Pour cette raison, nul ne peut Dieu et le monde. Et c'est pourquoi plus notre esprit est éloigné de l'amour des choses terrestres, plus il est affermi dans l'amour de Dieu. [...] Quiconque veut donc nourrir la charité s'efforce de diminuer les cupidités. Or, la cupidité consiste à aimer atteindre ou obtenir les biens temporels. Le commencement de sa diminution est de craindre Dieu, qui seul ne peut être craint sans amour. C'est pour cette raison qu'ont été institués les ordres religieux, dans lesquels et par lesquels l'esprit est retiré des choses mondaines et corruptibles, et élevé vers les divines. (In decem  prec. serm. IV, éd, J.P. Torell).

 

Cet arrachement ne va pas sans souffrances, spécialement pour les religieux, ici mentionnés. Ceux-ci doivent en effet renoncer aux biens terrestres (vœu de pauvreté), aux affections humaines et à l'amour conjugal (vœu de chasteté), à leur volonté propre et à leur liberté d'action (vœu d'obéissance). mais vivre selon l'esprit des conseils évangéliques n'est pas moins exigeant et crucifiant pour ceux qui sont immergés dans les affaires du monde, dans la mesure où ils sont confrontés à des tentations plus pressantes et dépourvues des secours que procure la vie religieuse.

Si les souffrances occasionnées par le détachement et par les adversités disposent l'âme à recevoir un accroissement de charité en stimulant sa générosité et sa patience, en retour, l'âme veut prouver son amour pour Dieu et pour le prochain en se portant à des actions toujours plus ardues, en supportant des épreuves toujours plus pénibles, imitant en cela le Christ :

 

Nous devons donc l'imiter dans la dilection. Et il dit (Ep 5,2) : Marchez, c'est-à-dire progressez sans cesse [...] Et cela dans la dilection, parce que cette dilection est ce bien dans lequel l'homme doit toujours progresser et cette dette qu'il doit toujours payer. Rm 13,5 "Ne devez rien à personne, sinon de vous aimer mutuellement". [...] Et parce que, selon Grégoire "la preuve de l'amour se manifeste dans les œuvres" (Grégoire le Grand, Homélies sur l'Évangile, hom. 30, n°1), l'Apôtre ajoute : et s'est livré lui-même pour nous. [...] Ainsi, devons-nous nous sacrififer à Dieu spirituellement : "Le sacrifice [digne] de Dieu, c'est un esprit brisé" (Ps 51 [50], 19).

 

Dans son traité  La Perfection de la vie spirituelle, saint Thomas détaille trois étapes vers l'amour parfait du prochain, étapes qui correspondent à un renoncement de plus en plus important, car "plus intensément on aime une chose, plus facilement on méprise les autres choses à cause d'elle". Le premier degré de l'amour du prochain veut que l'on soit prêt à sacrififer ses biens extérieurs pour subvenir aux besoins des autres (Cf. 1 Jn 4,17). Le second consiste à exposer son corps à de rudes travaux (cf. 2 Th 3,8) ou encore à supporter tribulations et persécutions pour l'amour du prochain (cf. 2 Co 3,16). Le troisième, enfin, est de donner sa vie pour ses frères (cf. 1 Jn 3,16; Jn 15,13). L'âme parvient alors, moyennant la souffrance et le renoncement, à l'ultime perfection de l'amour, qui consiste à aimer comme le Christ lui-même nous a aimés (cf. Jn 13, 34), c'est-à-dire, précise le maître dominicain, d'un amour gratuit (prévenant), efficace (en bonnes actions) et droit (pour l'amour de Dieu, et non pour notre utilité ou notre plaisir).

 

Jean de la Croix (1542-1591)

Ainsi, l'amour véritable se traduit par des œuvres, ce qui implique nécessairement de notre part, compte tenu de notre nature humaine blessée par le péché, des efforts et des souffrances. Dans l'économie de la Rédemption, on ne peut parvenir à la perfection de la charité sans passer par la souffrance. Sur ce point Jean de la Croix est catégorique ; "Pour entrer dans les trésors de la sagesse, il faut passer par la porte: cette porte est la croix, et elle est étroite. Il en est peu qui désirent passer par cette porte, tandis qu'aspirer aux délices dont elle est la source est le propre du grand nombre." (Le Cantique spirituel B, str. 36, n°13, œuvres complètes, cit. p. 1412. Cf. aussi ID, La Vive Flamme d'amour A, str. 2, n° 21-26, p.. 1122-1125).

 

Telle est la voie que Jésus nous a tracée : il n'en est pas d'autre pour parvenir à la sainteté et à la béatitude du ciel. La souffrance n'est certes pas recherchée pour elle-même, mais elle est librement embrassée en tant qu'elle accompagne une oeuvre bonne ou qu'elle offre une opportunité de progresser dans l'amour. Ceux qui sont parvenus au sommet de la charité, les saints, nous en offrent un témoignage éloquent : leurs souffrances comme celles des autres deviennent des occasions privilégiées d'aimer toujours davantage.  (Teresa de Calcutta, J'ai pris Jésus au mot, Messages recueillis et commentés par José Luis Gonzales-Balado, Maranatha 28, Paris, Mediaspaul, Montréal, éd. Paulines, 1992, p. 144 : "La sainteté n'est pas un luxe réservé à quelques-uns; nous sommes tous appelés à être saints. Je crois que la sainteté seule est capable de dominer le péché, les tristesses et les souffrances des hommes, à commencer par les nôtres. Nous aussi, nous devons souffrir, mais la souffrance est un cadeau de Dieu si nous savons nous en servir correctement. La croix est inséparable de nos vies; sachons donc en remercier Dieu.")

 

Nous avons examiné jusqu'ici le rapport de la charité à la souffrance que l'on éprouve personnellement. Il nous faut désormais aborder l'attitude qu'inspire la charité vis-à-vis de la souffrance des autres.

Source: Père Robert AUGÉ, Osb, Dieu veut-il la souffrance des hommes ?, Du mystère à la contemplation, Artège, Lethielleux, Sed Contra, Paris 2020, pp. 772-775.

Partager cet article
Repost0

Articles RÉCents

  • Saint Henri II, empereur d'Allemagne (1014-1024)
    Saint Henri, roi d'Allemagne, puis roi d'Italie, dans Le Petit Livre des Saints, Éditions du Chêne, tome 2, 2011, p. 90-91. Saint Henri II, empereur d'Allemagne (973- 1024). Sixième et dernier empereur du Saint Empire romain germanique de la dynastie...
  • Saints Martyrs de Gorcum
    Les Saints Martyrs de Gorcum sont un groupe de 19 victimes de la Réforme protestante qui ont souffert le martyre pour la foi catholique près de la ville néerlandaise de La Brielle (ou Den Briel), quatre prêtres séculiers, quatorze religieux franciscains...
  • Saint Olivier Plunket, archevêque et martyr (1629-1681)
    Il naquit à l'époque où le gouvernement royal d'Angleterre dépossédait les Irlandais de leurs terres pour les donner aux Anglais protestants qu'il installait dans l'île catholique. Il eut vingt ans au moment où Cromwell noya dans le sang la révolte de...
  • Le journal officiel du Vatican affirme que Satan n'est pas mentionné dans la Genèse… donc, pas de péché originel ?
    Le journal du Vatican vient de remettre en cause l'un des fondements du christianisme : le péché originel. Un article paru dans L'Osservatore Romano le 4 juillet affirme que la Genèse ne mentionne ni Satan ni le péché originel. Cette analyse explique...
  • 11 Martyrs de Damas
    11 Martyrs de Damas, Martyrs franciscains et Frères Massabki Les Martyrs de Damas (+ 1860), constituent un groupe de huit franciscains et de trois laïcs syriens maronites, qui furent massacrés par des syriens druzes, en haine de la foi chrétienne, lors...
  • Saintes Martyres d'Orange († 1794)
    Sous la Révolution française furent arrêtées et rassemblées à la prison d'Orange, cinquante-deux religieuses du Vaucluse et de la région d'Avignon, accusées "d'avoir voulu détruire la République par le fanatisme et la superstition." Ce qu'elles vécurent...
  • Sainte Amandine de Hasselt
    Sainte Amandine de Hasselt, martyre (1872 - 1900) Née en Belgique, Pauline Jeuris se fit sœur Marie-Amandine, franciscaine, et partit en mission en Chine. Sa joie de vivre et sa bonté firent qu'on l'appela la "Vierge européenne qui rit toujours". Elle...
  • Saint Thibaud de Marly, abbé († 1247)
    Saint Thibaut offrant à Saint Louis et Marguerite de Provence un lys à onze branches (1776), Château de Versailles. Né Thibaud de Marly, apparenté aux Montmorency, il reçut une éducation toute militaire, quoique chrétienne. L'enfant manifesta, dès son...
  • Le pape nomme Christian Würtz nouvel évêque d'Eichstätt : il a soutenu les réformes du Chemin synodal
    Le pape a nommé Christian Würtz nouvel évêque d'Eichstätt. Un évêque "en pleine communion", "en règle", qui administre des sacrements "valides". >il a soutenu les réformes du Chemin synodal allemand > il a défendu l'ordination des femmes > le changement...
  • Dom Alcuin Reid, moine bénédictin : l’unité de l’Église mérite que "tout soit mis en œuvre" pour la préserver
    La récente déclaration du Saint-Siège concernant les consécrations épiscopales de la Fraternité Saint-Pie-X (FSSPX) continue de susciter des réactions au sein de l'Église. Dom Alcuin Reid, moine bénédictin, liturgiste et figure emblématique du mouvement...