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Christ Roi

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Horloge

25 avril 2020 6 25 /04 /avril /2020 16:11

Nous fêtons le centenaire de la canonisation de sainte Jeanne d'Arc. A cette occasion de traditionnelles fêtes johanniques à Orléans devaient se tenir du 26 avril au 17 mai, à Domremy, le 10 mai, et à Rouen le 17 mai. Mais le confinement général décidé par le gouvernement (le déconfinement pas prévu avant le 11 mai), supprime ces festivités. 

Voici en ces temps la narration de la délivrance d'Orléans, par l'historien Théophile Lavallée :

(Extrait de Théophile Lavallée, Histoire des Français, Depuis les temps des gaulois jusqu'à nos jours, tome deuxième, Les Valois, J. Hetzel, Libraire-éditeur, Charpentier Libraire-éditeur, Paris 1844, pp. 117-129)

 

 

Jeanne d'Arc  -Délivrance d'Orléans - Bataille de Patay - Sacre de Charles VII.

 

Au village de Domremy, dans le Barrois [1], vivait une jeune fille, nommée Jeanne d'Arc, née en 1409, de parents pauvres, vertueux et attachés au parti royaliste. Elle avait, disait-elle, depuis cinq ans, des visions dans lesquelles des saints lui ordonnaient d'aller délivrer Orléans et de mener le roi à Reims pour y être sacré. Dans l'opinion populaire, le roi était la personnification de la patrie; on le vénérait, on l'aimait; on le disait beau, doux, gracieux; on lui donnait toutes les vertus qu'il n'avait pas; on voulait le sauver malgré lui. Jeanne résumait en elle tous ces sentiments et ces idées du peuple Elle était belle, forte, simple, d'une piété exaltée, d'une vertu sans tache, ayant voué à Dieu sa virginité (1429, janvier).

 

Elle déclara sa mission à Baudricourt, capitaine de Vaucouleurs, qui d'abord la crut folle : "Il faut, lui dit-elle, que je soirs devers le roi avant la mi-carême, dussé-je user mes jambes jusqu'aux genoux pour y aller; car personne au monde, ni roi, ni ducs, ni aucun autre, ne peut relever le royaume de France; il n'y a de secours pour lui qu'en moi." Baudricourt finit par être touché de sa constance et de sa candeur. Deux gentilshommes crurent en elle : pleins de respect pour sa foi et sa vertu, ils offrirent de la mener au roi et de lui fournir un équipement d'homme d'armes. Malgré les larmes de ses parents, elle partit, en compagnie de son frère, des deux gentilshommes et de leurs serviteurs, au milieu des craintes et des bénédictions des habitants de Vaucouleurs. Il fallait faire cent cinquante lieues dans des provinces soumises à des Anglais, à travers mille bandes d'aventuriers qui couraient le pays; mais Jeanne ne craignait rien et elle arriva sans obstacle à Chinon (24 février). On la présenta au roi, qui lui fit subir de longues épreuves; mais les dégoûts, les répulsions, les moqueries de cette cour impie et débauchée ne firent rien sur elle; elle persista dans ses dires avec une simplicité pleine de sens. On ne cessa de la trouver ferme dans sa foi, pure dans ses moeurs, ardente pour sa mission : "Dieu a pitié de vous, dit-elle au roi, de votre royaume et de votre peuple. Et elle traita merveilleusement des manières de faire vider les Anglais hors du royaume, dont le roi et son conseil fust tout émerveillé;  car elle fut autant simple en toutes autres manières comme une pastourelle." [2] On la conduisit à Poitiers, où le parlement et l'Université siégeaient; théologiens et juristes l'interrogèrent, et furent étonnés de sa sagesse naïve : "ils ne trouvèrent en elle, disaient-ils, que humilité, virginité, dévotion, simplesse." [3] La surprise et l'admiration étaient universelles; la reine, la duchesse d'Alençon, toutes les femmes étaient en extase devant l'héroïne; les plus incrédules finissaient par se prosterner devant cette jeune fille si bonne et courageuse, si modeste et ardente. Tous ceux qui voyaient cette figure enthousiaste et gracieuse devenaient ses admirateurs; "et il n'y eut aucun qui l'eût ouïe qui ne dit en pleurant que c'étoit une créature de Dieu." [4] Elle ne s'attribuait aucun pouvoir miraculeux; mais elle ne doutait jamais de sa mission : "Mon fait, disait-elle, est un ministère." Saintement convaincue de l'avenir de notre belle patrie, elle disait simplement : "Je dois sauver la France." Après Dieu, la France était tout pour elle, ou plutôt elle confondait ces deux amours en un seul : guerroyer contre le saint royaume de France, disait(elle, c'est guerroyer contre le roi Jésus. [5]

 

La renommé de la Pucelle (c'est ainsi qu'elle se nommait elle-même) se répandit bientôt par tout le royaume; et le cœur de la France battit d'espoir et de confiance en Dieu. Le peuple se sentit renaître; il se reconnut dans Jeanne d'Arc, qu'il nommait "la Fille de Dieu, la fille au grand cœur;" [6] il n'eut plus que des regards et vœux pour elle. Ce fut l'opinion universelle dans le monde chrétien que la France, su rudement châtiée depuis cent ans, avait été regardée en pitié par le ciel, et que Jeanne allait faire des miracles. Les Anglais furent saisis de terreur; la confiance passe de leur camp dans celui des Français : que la Pucelle vînt du ciel ou de l'enfer, ils se crurent perdus. Orléans tressaillit de joie, et attendit la sainte fille.

 

On avait donné à Jeanne un état, c'est-à-dire une maison : un écuyer, deux pages, deux hérauts d'armes et un aumônier composaient cette maison, dont était chef Jean d'Authon, vieux gentilhomme et bon chevalier. Sa suite était de douze chevaux. Quant à elle, "elle étoit armée tout en blanc, une petite hache en sa main, montée sur un grand coursier noir, un gracieux page portant son étendard était ployé; son frère, tout armé comme elle, la suivoit." [7]

 

Son étendard était blanc, semé de fleur de lys, avec une figure du Christ et ces mots : "Jésus, Marie." Et elle portoit aussi gentiment son harnois que si elle n'eût fait autre chose tout le temps de sa vie." [8] On lui donna une petite armée qui devait faire entrer un convoi dans Orléans; l'amiral de Culant, le maréchal de Boussac, La Hire, etc., en faisaient partie. Après avoir remis un peu d'ordre et de dévotion dans cette troupe de soldats brutaux et licencieux, elle partit de Blois. Les Anglais, épouvantés à son approche, abandonnèrent leur bastide du midi et laissèrent passer le convoi; Jeanne renvoya sa troupe et entra seule dans Orléans (1429, 29 avril).

 

Jeanne entre à Orléans, Par J.-J. Scherrer, 1887.

 

 

Elle y fut reçue en triomphe : on se jetait à ses pieds, on baisait ses habits, on la regardait comme un ange de Dieu. Sa conduite ne se démentit pas : toujours pieuse et simple, courageuse et patiente, d'une pureté angélique au milieu des désordres de la guerre, humble, aimée et admirée de tous, même des chefs qui la conduisaient, car son affaire, à elle, c'était de se lancer dans la bataille, entraînant tout avec elle. La première à l'attaque, la dernière à la retraite, elle combattait avec humanité, écartant l'ennemi avec sang-froid de la lance ou de la hache. L'aspect du sang français la mettait hors d'elle-même : "Hélas ! disait-elle, jamais je n'ai vu le sang d'un Français sans que les cheveux se dressent sur ma tête." Les Anglais étaient pleins de troubles et de colère; en deux jours leurs bastides furent enlevées par Jeanne, qui reçut dans le combat deux blessures; le troisième jour, épouvantés du secours surnaturel qui rendait Orléans invincible, ils levèrent le siège en abandonnant leurs canons et leurs bagages, et se retirèrent à Jargeau et à Beaugency (8 mai).

 

La Pucelle alla à Tours, rendit compte de ses succès au roi et l'engagea à marcher sur Reims: dans son opinion comme dans celle du peuple, le sacre faisait la royauté, et elle n'appelait toujours Charles que le gentil dauphin : "Je ne durerai qu'un an, lui dit-elle; il me faut bien employer." Mais le voyage était difficile: il fallait traverser quatre-vingt lieues de pays occupé par les garnisons anglaises. On résolut de s'emparer des villes entre Loire et Seine, pour faciliter cette expédition aventureuse, faite sur la foi d'une pauvre fille. Quatre mille hommes commandés par le duc d'Alençon mirent le siège devant Jargeau. Richemont vint avec deux mille hommes pour se joindre à cette petite armée; malgré La Trémoille, qui voulait qu'on le combattit, il passa outre, arriva au camp français, et, par la médiation de Jeanne, obtint de rester. Jargeau fut prise d'assaut; la Pucelle y monta la première sur la brèche et fut encore blessée. Beaugency se rendit. Lord Talbot rassembla les garnisons anglaises et se mit en retraite sur Paris avec cinq à six mille hommes. La Pucelle fit décider qu'on marcherait sur lui et qu'on livrerait bataille. C'était une résolution hasardeuse, tant les Français étaient habitués à être vaincus; mais à la voix de Jeanne, ils se mirent à la poursuite des ennemis, les atteignirent à Patay, et se jetèrent sur eux avec fureur. Les Anglais furent mis en pleine déroute; deux mille cinq cents furent tués; Talbot resta prisonnier (1429, 18 juin). La bataille de Patay, bien que médiocre en elle-même, eut un grand retentissement : elle passa pour un miracle de Jeanne, qui décidément avait ramené la victoire dans les rangs français. Toutes les villes entre Seine et Loire se soulevèrent, et les débris des Anglais eurent grand'peine à gagner Corbeil.

 

Cette victoire ouvrait le chemin de Reims : les Anglais étaient terrifiés; Bedford, abandonné des Bourguignons, réduit à ses seules forces, voyait les villes du nord prêtes à se soulever; les gens du midi venaient en foule grossir l'armée royale. Mais Charles VII restait plongé dans l'inaction, et, conseillé par La Trémoille, qui ne voulait pas qu'il s'approchât de l'armée, il refusait de se mettre en marche. Jeanne vient à Gien et le supplia de se laisser conduire à Reims. Mais ce fut seulement quand Richemont et Culant eurent balayé d'ennemis le cours de la Loire, que, sur les instances réitérées de se serviteurs, et malgré La Trémoille, il se décida à partir. Toute sa noblesse l'accompagna : elle accourait en foule, ne voulant pas de solde; et plusieurs gentilshommes, qui "n'avoient de quoi s'armer, y alloient comme archers et coutilliers; car chacun avoit grande attente que par le moyen de Jeanne il adviendroit tout à coup beaucoup de biens au royaume de France." [9] Il n'y eut que le connétable à qui l'on fît défense de venir; il eut beau prier, disant qu'il ferait tout ce qu'il plairait au roi, "jusqu'à le baiser aux genoux;" Charles se souvenait de la mort de ses favoris: "J'aimerois mieux, dit-il, n'être sacré de ma vie que de l'être en sa présence." [10] Le connétable resta dans le Maine et l'Anjou à guerroyer contre les Anglais de la Normandie.

 

L'armée royale forte de douze mille hommes, se mit en marche (28 juin) à travers le pays ennemi, sans vivres, sans argent, sans retraite assurée; mais les Anglais, diminués de nombre par les défaites d'Orléans et de Patay, et inquiets du soulèvement des peuples, n'osèrent troubler sa marche. On arriva devant Troyes, qui se prépara à la résistance (9 juillet). L'armée royale, dénuée d'artillerie, était fort embarrassée, et l'on parlait déjà de retraite, quand la Pucelle promit de prendre la ville, et disposa tout pour l'assaut. A sa vue, les habitants de Troyes renvoyèrent leur garnison et se rendirent sous condition d'une amnistie complète. Enfin l'on arriva devant Reims : les habitants chassèrent leur garnison bourguignonne et ouvrirent leur portes. Le roi y entra en grande pompe, et, le lendemain, fut sacré. La Pucelle était près de l'autel, son étendard à la main; ses parents assistaient à son triomphe (17 juillet). Après la cérémonie, elle embrassa les genoux du roi et lui dit : "J'ai accompli ce que Dieu m'avoit commandé, qui étoit de lever le siège d'Orléans et de faire sacrer le gentil roi : je voudrois bien qu'il voulut me faire ramener auprès de mes père et mère à garder leurs brebis et bétail." Mais Charles et ses capitaines mettaient la plus haute importance à conserver l'héroïne qui excitait tant d'enthousiasme parmi leurs soldats : on refusa de la laisser partir. Dès lors elle n'eut plus la même foi en elle-même, et, en gardant toute son intrépidité, toute sa piété, tout son dévouement, elle se sentit inquiète et irrésolue.

 

Guerre de Charles dans le nord de la France - Attaque sur Paris - Retour du roi dans le Midi.

 

Bedford était dans une situation critique : au lieu de conquérir le midi, il ne songeait plus qu'à conserver le nord, qui remuait déjà à l'approche du roi, et d'où il tirait auparavant ses meilleurs soldats. Laon et Soissons avaient envoyé leur soumission à Charles; les bourgeois de Crécy, de Coulommiers, de Provins, de Château-Thierry, avaient chassé leurs garnisons. [...] A l'approche du roi, Compiègne et Beauvais se soumirent. Ces deux villes ouvraient le chemin de la Normandie : la Pucelle et Dunois pressèrent le roi d'enlever aux Anglais cette province, leur première conquête, le pays où leur puissance était la mieux établie, leur route vers l'Angleterre. Bedford, qui prévoyait déjà qu'il lui faudrait bientôt évacuer la France, voulait au moins conserver la Normandie : il s'avança jusqu'à Senlis pour fermer le chemin de Rouen à l'armée royale, et se retrancha dans une forte position. Les deux armées furent bientôt en présence et s'apprêtèrent à une grande bataille par de vives escarmouches; mais Charles, n'ayant pu attirer les Anglais en rase campagne, décampa et revint à Compiègne.

A l'approche du roi, plusieurs villes de la Normandie s'étaient soulevées; pendant que Bedford les ramenait à soumission, l'armée royale s'empara de Saint-Denis et menaça Paris. Les courtisans, qui voulaient éterniser la guerre, s'opposèrent à une attaque sur la capitale, où l'on n'avait pas des intelligences assez sûres. En effet, la ville, quoique lasse du joug des Anglais, n'était pas encore revenue de sa haine contre les Armagnacs, qui, disait-on, avaient résolu de la détruire de fond en comble; d'ailleurs, les chefs de la bourgeoisie et du parlement étaient de fougueux Bourguignons, qui avaient à craindre la vengeance des royalistes: ils excitèrent la populace à se bien défendre. [...] La Pucelle [...] emporta le boulevard; mais, blessée et arrêtée par le fossé, elle fut ramenée, malgré elle, en arrière par ses soldats (1429, 29 août).

Bedford arrivait en force; on décampa, et La Trémoille décida le roi à revenir sur la Loire: c'était, disait-il, pour favoriser les négociations entamées avec le duc de Bourgogne, et qui semblaient voisines d'une heureuse issue (12 septembre). Mais aussi l'on abandonnait la campagne au moment où le soulèvement de toutes les villes du nord allait décider le Bourguignon à faire la paix. Le commandement des troupes dans le nord fut laissé au comte de Saint-Denis, et le roi revint à Gien avec son armée. [11]

 

[...] Pendant ce temps, le roi fit attaquer les places de la Loire: Cône, La Charité, Saint-Pierre-le-Moutier furent enlevés aux Anglais par la valeur de ses capitaines et l'héroïsme de Jeanne d'Arc.

 

Jeanne d'Arc prisonnière.

 

[...] La guerre reprit au printemps. Les bourgeois étaient résolus à sauver la France malgré le roi : à Melun et à Louviers ils chassèrent les Anglais, et il s'engagea de tous les côtés une petite guerre de sièges et de châteaux. [...] Mais le duc de Bourgogne arriva, s'empara de plusieurs petites villes, et vint mettre le siège devant Compiègne, principale place des Français, et qui fut vigoureusement défendue. La Pucelle [...] fut prise par les soldats du sire de Luxembourg (1430, 24 mai). [...] Elle fut réclamée par l'inquisition et par l'évêque de Beauvais, Cauchon, l'un des plus cruels partisans des Anglais.

[...] Charles VII ne fit aucune démarche pour racheter l'héroïne. [...] engourdi dans les plaisirs, il semblait étranger à cette guerre atroce, où le peuple souffrait autant de ses amis que de ses ennemis; il ne s'émouvait point des sacrifices qu'on faisait pour lui, de l'énergie opiniâtre de ses villes, de la mort de ses capitaines, du sort qui attendait la pauvre fille qui lui avait mis la couronne sur la tête. La Trémoille prenait à tâche de le tenir dans l'oisiveté, dans l'ignorance, dans l'insouciance de tout; il éloignait ses meilleurs serviteurs, dissipait le trésor, laissait les soldats sans paye et les villes sans magistrats. [...] Mais le duc de Bourgogne [...] sa domination sur les Pays-Bas s'étendait de plus en plus; il prenait de plus en plus l'aspect d'un souverain étranger; de plus en plus il cessait de s'intéresser aux affaires de France. [...] Compiègne avait été réduite aux dernières extrémités, mais elle se défendait avec acharnement. [...] Les Bourguignons se débandèrent, le siège fut levé (1430, 28 oct.) et les Français s'emparèrent de plusieurs places de la Picardie. [...] Pendant ce temps, le sire de Barbazan, l'un des plus braves capitaines de Charles VII, battait près de Troyes une autre armée bourguigonne : il était maître de toute la Champagne.

 

Procès et Mort de Jeanne d'Arc.

 

Les Anglais étaient irrités de tant de revers : ils sentaient leur domination en France s'écrouler; Paris même se lassait d'eux. C'était Jeanne d'Arc la première cause de leurs défaites, c'était son apparition qui avait fait cesser leurs prospérités et excité l'enthousiasme patriotique des Français; ils demandaient sa mort avec fureur. [...] Ils croyaient que cette mort leur rendrait la victoire, et qu'ils montreraient au peuple, par sa condamnation, que ce n'était pas le ciel, mais l'enfer, que Charles VII avait pris pour auxiliaire. Le procès de la Pucelle commença devant l'évêque de Beauvais et Jean Magistri, vicaire de l'inquisiteur de France, assistés de plus de cinquante docteurs et conseillers (1431, 12 janv.) Ce fut un modèle d'iniquité et la honte du clergé, qui déploya contre la pauvre fille l'acharnement le plus infâme. "L'évêque et sa compagnie, dit l'historien du procès, ne se montrèrent pas moins affectés à faire mourir la Pucelle que Caïphe et les pharisiens à faire mourir Notre-Seigneur."[12] [...] On lui fit subir seize interrogatoires tortueux, subtils, impitoyables (21 fév. au 27 mars); on l'embarrassa des questions les plus ardues, les plus étrangers, les plus obscurément théologiques; on tronquait ses réponses, on les omettait, on forçait les greffiers à faire des faux. La sainte fille fut toujours admirables d'héroïsme, de piété, de raison, de modestie : on ne parvint pas à surprendre une erreur sur la foi à cette pauvre paysanne qui ne savait que ses prières; on ne parvint pas à tirer un désavoeu de cette femme, qui savait pourtant que sa persistance la mènerait à la mort; ses réponses étaient toujours sensées, naïves, sublimes, quelquefois railleuses : elles étourdissaient ses juges, surtout l'infâme évêque, à qui elle disait souvent : "Avisez bien ce que dites être mon juge, car vous prenez une grande charge." On lui fit jurer de dire tout ce qu'elle savait, espérant tirer d'elle des secrets du conseil de Charles VII : "Je vous dirai tout ce qui regarde mon procès, répondit-elle; mais il y a des choses que je ne vous dirai pas." Et comme on persistait : "Passez outre, ajouta-t-elle, cela n'est pas du procès : allez au roi, il vous le dira." Elle fit un appel au pape; Cauchon défendit au greffier, "de par le diable!" de faire mention de cet appel. [...] L'évêque lui demanda si elle savait être en la grâce de Dieu : [...] "si je n'y suis, répondit la sainte fille, Dieu m'y veuille mettre; et si j'y suis, Dieu m'y veuille tenir." [13] [...] Cependant le crime de sorcellerie fut écarté, et toute l'accusation porta sur son obstination à garder des vêtements d'homme et à ne pas se soumettre au jugement de l'Eglise, qui déclarait ses visions fausses et illusoires. Menaces, instances, promesses, tout fut employé pour la mener là. [...] "Tout ce que j'ai fait, disait-elle, j'ai bien fait de le faire. Je sais bien que les Anglais me feront mourir, croyant après ma mort, gagner le royaume de France; mais, fussent-ils cent mille Goddem de plus qu'à présent, ils n'auront pas ce royaume." [...] Et on lui écrit où elle promettait de ne plus porter d'habits d'homme, et déclarait qu'elle se soumettait au jugement de l'Eglise; puis on substitua à cet écrit une autre cédule, qu'on donna à signer à cette pauvre créature, qui ne savait pas lire, et dans laquelle elle se déclarait hérétique, sorcière et dissolue. "Vous voyez ce qu'elle avoue!", s'écria l'évêque; et les deux juges prononcèrent la sentence qui la condamnait à être mise "en chartre perpétuelle avec pain de douleur et eau d'angoisse (1431, 23 mai.)" A cette sentence, les Anglais, furieux, tirèrent leurs épées et voulurent tuer les juges : "Nous la retrouverons", leur dit l'évêque.

 

Jeanne fut conduite en prison et forcée de prendre des habits de femme. Mais là commença un nouveau supplice : des soldats voulurent lui faire violence; alors elle reprit ses habits d'homme, qu'on lui avait laissé à dessein. Les Anglais [...] la menèrent à l'évêque. Elle lui déclara qu'elle n'avait rien compris à son abjuration, et qu'elle aimait mieux mourir que de rester en prison. Cauchon, aussitôt, la déclara relapse et hérétique, et la livra au bras séculier pour être brûlée. [...] Aussitôt les soldats anglais se jetèrent sur elle et la traînèrent au bûcher (30 mai).Le peuple était indigné et pleurait; mais il contenu par la force. Jeanne se confessa, communia, demanda les prières des assistants; sa douceur, son calme, sa piété étaient tels que les Anglais eux-mêmes s'en montraient émus et stupéfaits; son faux confesseur perça la foule et se jeta à ses pieds en lui demandant pardon de ses perfidies. Sa mort ne démentit pas sa vie. Lorsque le feu était au bûcher, elle déclara hautement que sa mission venait de Dieu. 'Elle était dans les flammes, dit le prêtre qui l'assista dans son martyre; oncques ne cessa de résonner jusqu'à la fin et confesser à haute voix le nom de Jésus en implorant et invoquant sans cesse l'aide des saints et des saintes du paradis; et, en rendant son esprit à Dieu et inclinant la tête, elle proféra encore le nom de Jésus.' Ses cendres furent jetées dans la Seine.

 

Cette mort fit un mal infini à la cause anglaise. Elle accrédita la sainteté de Jeanne et la vérité de sa mission; elle accrut la haine contre ses ennemis qui s'étaient vengés si lâchement de leurs défaites. Leurs partisans même en furent émus, et les Bourguignons ne parlaient jamais de Jeanne que comme d'une femme merveilleuse et innocente. Il n'y eut pas une tentative de Charles VII pour sauver l'héroïne, pas une négociation, pas une menace, pas un regret pour elle !  [...] La mort de Jeanne d'Arc fut pourtant la rédemption de la France. La pauvre fille avait révélé au peuple ce qu'il était; elle avait allumé en lui le feu sacré; elle lui avait appris à souffrir, à se dévouer, à mourir pour la patrie ! C'est la renommée la plus touchante et la plus pure de l'histoire ! C'est l'être en qui le sentiment national a été le plus profond ! c'est la France elle-même, la France incarnée ! [14]

Sainte Jeanne d'Arc, les deux faces de la bannière

Sainte Jeanne d'Arc, les deux faces de la bannière

Notes

 

[1] Le duché de Bar était vassal de la couronne de France depuis l'an 1301 par un traité entre Philippe le Bel et Henri III, treizième duc de Bar. La famille de ces ducs, qui commence en 951, finit en 1419, par Louis Ier (cardinal de Châlons, successeur de son frère Edouard III, tué à Azincourt, qui laissa son héritage à René d'Anjou, petit-fils de sa soeur Yolande.

[2] Chronique de la Pucelle.

[3] Opinion des docteurs de Poitiers dans l'App. de Buchon, p. 405.

[4] Chron. de la Pucelle, p. 300.

[5] Lettre de Jeanne au duc de Bourgogne.

[6] Procès de la Pucelle, p. 99.

[7] Lettre de Gui de Laval, témoin oculaire.

[8] Chron. de la Pucelle, p. 302.

[9] Chron. de la Pucelle, p. 359.

[10] Chron. de Richemont, p. 283.

[11] A son retour il anoblit la famille d'Arc à perpétuité et lui donna le nom de Du Lys. Ses armes étaient : "Escu d'azur à deux fleurs de lys d'or, et une espée d'argent à la garde dorée, la pointe en haut, férue en une couronne d'or." (Lettres-patentes de Louis XIII en faveur de Charles et Luc Du Lys, fils d'un arrière-petit-fils de Pierre d'Arc, frère de Jeanne)

Blason de Jeanne d'Arc. "D'azur à une épée d'argent garnie d'or mise en pal et ferue dans une couronne royale du même, accostée de deux fleurs de lys aussi d'or."

 

[12] Procès, p. 40.  

[13] Procès, p. 68. 

[14] La mémoire de Jeanne d'Arc fut réhabilitée en 1456, par une commission d'évêques nommée par le pape Calixte III, à la sollicitation de la famille de la Pucelle (Voy. Raynaldi, t. VI, p. 77). De ses deux frères anoblis par Charles VII, l'aîné, Jean devint prévôt de Vaucouleurs; le cadet, Pierre, qui avait suivi Jeanne presque partout, fut créé chevalier, en 1443, par le duc d'Orléans, et continua à suivre la profession des armes. Cependant, il paraît que la famille d'Arc fut réduite à la pauvreté: un acte témoigne qu'en 1450 la ville d'Orléans donnait 3 livres par mois à la mère de Jeanne, "pour lui aider à vivre".

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Publié par Ingomer - dans Histoire