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26 septembre 2019 4 26 /09 /septembre /2019 10:59
L’Eglise a-t-elle enseigné le mépris de la femme ?

Il est nécessaire, une bonne fois pour toutes, de déconstruire le discours fumeux, très en vogue depuis plusieurs années, selon lequel l’Eglise aurait depuis des siècles enseigné le mépris de la femme et sa relégation loin des domaines les plus importants de la vie de l’Eglise. Ce discours, qui n’est que la traduction d’une idéologie de pacotille portée par des personnes en rupture profonde avec la Tradition de l’Eglise ainsi qu’avec la réalité historique, sert aujourd’hui à réclamer l’ordination diaconale - et plus tard sacerdotale - de femmes, sur le modèle de ce que l’on peut voir dans certaines confessions protestantes qui, elles ne connaissent pas le sacerdoce.

Il s'avère que ce discours repose sur des préjugés historiques dont il n'est pas difficile de démontrer la fausseté. Loin d'enseigner leur mépris, la Tradition a toujours respecté et promu les femmes, et ce dès les débuts du christianisme. Dès les commencements de l’histoire de l'Eglise, les saintes femmes martyres sont vénérées par l’Eglise primitive au même titre que les hommes. Ainsi, le Canon romain de la Messe (ou Prière eucharistique numéro 1), qui remonte dans ses grandes lignes au IVe siècle, invoque l’intercession, en plus de la Vierge Marie, de pas moins de sept femmes saintes ayant vécu dans les tous premiers siècles de l’Eglise.

Durant les premiers siècles, les chrétiens n’ont jamais vu aucun inconvénient à ce que des femmes jouent un rôle important et soient par la suite canonisées. Ainsi en est-il, par exemple, de sainte Geneviève, dont la force de caractère permit à Paris d’éviter le saccage par les Huns qui sévissaient en Europe occidentale. Visiblement, les chrétiens de cette époque n’ont pas eu besoin du féminisme contemporain pour considérer sainte Geneviève comme un personnage de premier plan et de l’élever à la gloire des autels. Même chose au Moyen-Age, époque où les femmes avaient bien plus de liberté que ce que lui accordera l’époque moderne à ses débuts. On connaît, entre autres, le prestige et la sainteté d’Hildegarde de Bingen (XIIe siècle) déclarée docteur de l’Eglise par Benoit XVI, ainsi que le rôle prépondérant de Blanche de Castille, mère de Saint-Louis, rôle très politique qui visiblement n’a choqué personne au XIIIe siècle. Il y aurait également beaucoup à dire du rôle de tout premier plan assumé, au XIVe siècle, par sainte Catherine de Sienne, elle aussi docteur de l’Eglise, et qui joua un rôle décisif dans le retour des papes d’Avignon à Rome. De même il ne semble pas que l’Eglise de la très catholique Espagne du XVe siècle ait trouvé quoi que ce soit à redire du règne personnel de la non moins catholique reine Isabelle, qui n’était pas précisément l’incarnation de la faiblesse et de la « tolérance » au sens actuel du terme. Et ainsi de suite...

Toutes ces femmes de premier plan, tout en jouant un rôle actif dans l’Eglise de leur temps, ont vécu dans une fidélité totale à la Tradition de l’Eglise, et il ne serait venu à l’idée d’aucune d’entre elles de réclamer le sacerdoce pour les femmes. Au contraire, pour ces grandes saintes, toute crise de l’Eglise est essentiellement une crise spirituelle, et c’est donc bien dans ce domaine, et non dans la revendication de « droits à », qu’il faut trouver des pistes de renouveau de l’Eglise.

On sait aujourd’hui que le fameux « concile » au cours duquel l’Eglise se serait posé la question de savoir si les femmes ont une âme s’avère être une légende forgée par les auteurs anti-chrétiens du XVIIIe siècle, un tel concile n'ayant tout simplement jamais existé. De même, on oublie bien souvent que le phénomène de « chasses aux sorcières » est inexistant au Moyen-Age et qu’il a été un phénomène moderne dans le contexte de la Renaissance et essentiellement, d’ailleurs, dans des régions acquises au protestantisme. Enfin, les féministes actuels accusent bien souvent l’Eglise d’avoir développé le culte marial uniquement afin d’imposer l’image d'une femme certes mise sur un piédestal, mais uniquement afin de la cantonner à un rôle secondaire de maîtresse de maison effacée et soumise. Mais dans ce cas, que dire alors du très discret et très silencieux saint Joseph, qui pour le coup, est l’incarnation même de l’effacement derrière la figure de Marie et de la soumission à la volonté divine ?

Il est certes probable qu’effectivement il y ait eu, à certaines époques de l’histoire, une certaine forme de misogynie au sein du clergé ; mais affirmer que l’Eglise a enseigné le mépris de la femme durant vingt siècles est un discours qui ne tient tout simplement pas la route, tant sur les plans historique que théologique. C'est plutôt le contraire qui est vrai.

Enfin, il faut rappeler que le diaconat comme le sacerdoce sont bien des ministères (reposant sur une configuration ontologique intimement liée à la masculinité du Christ), c’est-à-dire qu’ils sont des services « in persona Christi » de la communauté ecclésiale et du sacerdoce baptismal, comme le rappelle le catéchisme de l’Eglise catholique ; il n’y a donc certainement pas de « droit au sacerdoce », pas plus qu’il n'existe de « droit au diaconat » auquel telle ou telle catégorie de fidèles baptisés pourrait prétendre. La question du sacerdoce conférée à des femmes est contraire à toute la Tradition chrétienne depuis les temps apostoliques, comme l’a rappelé de manière définitive S. Jean-Paul II.

Quand à un « diaconat féminin » compris comme un ministère ordonné, tous les « comités Théodule » mis en place ces dernières années dans le but d’en justifier la réintroduction à notre époque se sont heurtés à l’absence totale de la moindre trace historique allant dans ce sens. Il serait donc bon que les catholiques cessent de se laisser intimider par ce discours - même lorsqu’il a sa source dans un bureau du Vatican - qui relève bien plus de l’idéologie et de l’inculture théologique de notre époque que d’un véritable esprit de foi et de fidélité à l’Eglise.

Le XIVe siècle, par bien des aspects, ressemble au nôtre : époque troublée, crise de l’Eglise, risques de schisme... A l’époque, l’Eglise a pu s’en sortir et a finit par connaître un nouvel essor. Il est vrai que les chrétiens du XIVe siècle avaient, eux, sainte Catherine de Sienne. De quelle grande chrétienne contemporaine pourrions nous nous enorgueillir, nous autres chrétiens du XXIe siècle... à part Christine Pedotti, bien entendu ?

 

S.N.

 

Source: Pro Liturgia, Actualité du lundi 23 septembre 2019

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commentaires

C
ceux qui réclament un sacerdoce féminin ne vont pas à la messe actuelle. pourquoi les écouter ?

les "églises" protestantes qui pratiquent le ministère pas les femmes ont les même problèmes de
pratique dominicale qui s'effiloche.
quelles leçons ont elles à donner ?
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