Le site internet du "Parcours Alpha" en français ( https://www.parcoursalpha.fr ) mentionne que "le Parcours Alpha est une série de sessions interactives pour exposer librement les bases de la foi chrétienne". La fiche wikipedia du Parcous Alpha indique : "L'association des Parcours Alpha (loi de 1901) propose de faire découvrir la foi chrétienne."
Pour ceux qui s'intéressent à la foi catholique, une remarquable émission en anglais a été réalisée par "Le Media de Saint Michel" (St Michael's Media) au sujet du "Parcours Alpha", dont nous entendons beaucoup parler dans nos paroisses et qui se propose de donner des enseignements catéchétiques sur la foi catholique.
Mais le "Parcours Alpha" est-il catholique ?
Saint Pierre dit qu'il y a un mode d'interprétation erroné de l'Écriture et que des personnes la font (2P 1,16), alors qu'aucune Écriture ne peut faire l'objet d'une interprétation privée, car ce n’est jamais par la volonté d’un homme qu’un message prophétique a été porté : c’est portés par l’Esprit Saint que des hommes ont parlé de la part de Dieu. (2P 1,20) :
"En effet, ce n’est pas en ayant recours à des récits imaginaires sophistiqués que nous vous avons fait connaître la puissance et la venue de notre Seigneur Jésus Christ, mais c’est pour avoir été les témoins oculaires de sa grandeur." (2P 1,16) "Car vous savez cette chose primordiale : pour aucune prophétie de l’Écriture il ne peut y avoir d’interprétation individuelle, puisque ce n’est jamais par la volonté d’un homme qu’un message prophétique a été porté : c’est portés par l’Esprit Saint que des hommes ont parlé de la part de Dieu." (2P 1,20-21)
Dans ces deux derniers versets, on voit clairement affirmer la nécessité d'interpréter l'Écriture selon la tradition apostolique. C'est la condamnation scripturaire du "libre examen" biblique des protestants, qui autorise chacun à interpréter l'Écriture à sa guise. Encore au XIXe siècle, les apologètes catholiques reprocheront au protestantisme cette notion de libre examen comme une de leurs vanités qui faisait que dans l'interprétation des Écritures ils n'écoutaient qu'eux-mêmes : A. M. Bensa, De ingenita protestantismi vanitate disputatio, dans : Revue de l’enseignement chrétien, tome troisième, Nîmes-Paris, 1854, p. 367 : « Si liberum examen protestanticum retines, cur eos vituperas qui in Scripturis interpretandis sibi unis auscultant ! ln hoc enim ipso consistit protestanticae huius libertatis natura ; ut privato quisque nostro iudicio in Bibliorum interpretatione auscultemus ».
Mais on trouve encore une autre condamnation du libre examen biblique (en dehors de la tradition apostolique), lorsque saint Philippe rencontrant un eunuque, haut fonctionnaire de Candace, reine d’Éthiopie, et administrateur de tous ses trésors venu à Jérusalem pour adorer, et qui lisait le prophète Isaïe, il demande à l'eunuque : "Comprends-tu ce que tu lis ?". L'eunuque lui répond : "Et comment le pourrais-je s’il n’y a personne pour me guider ? [...] Dis-moi, je te prie : de qui le prophète parle-t-il ?". Alors Philippe prit la parole et, à partir de ce passage de l’Écriture, il lui annonça la Bonne Nouvelle de Jésus. (Actes 8,27-35)
Le Parcours Alpha permet l'interprétation personnelle des Écritures et des bases de la foi chrétienne. C'est ce qu'il fait. Or l'interprétation privée vous conduit inévitablement à justifier vos opinions personnelles. Le Parcours Alpha vous permet de devenir "chrétien" sans changement (dans votre mode de vie), sans sacrifice, sans rien abandonner. Sans pénitence.
Quand Nicky Gumbel (Parcours Alpha) dit dans le premier clip : "La culpabilité c'est que tu te sens mal pour quelque chose que tu as fait". Non, la culpabilité c'est d'avoir fait quelque chose de mal. (Dans la pensée de Nicky Gumbel du Parcours Alpha) la culpabilité est se sentir mal, donc si vous ne vous sentez pas mal, vous n'êtes pas coupable. Un voleur qui volerait mais qui ne se sentirait pas mal, un assassin qui tuerait mais ne se sentirait pas mal, ne seraient pas coupables ? C'est le jargon sociologique et psychologique des 50 dernières années. C'est de la psychologie populaire avec un vernis de christianisme.

Il y a aussi une autre hérésie dans le tout dernier clip, quand on parle de "mots croisés", dans le sens d'énigmes, de pistes, des astuces et une réponse, mais cette réponse est obscurcie. Bienvenue dans le gnosticisme ! Le gnosticisme qui fut en fait la première hérésie condamnée par l'Église. L'hérésie du gnosticisme est même si ancienne dans l'Église que l'Évangile de Jean a été écrit spécifiquement pour le réfuter. Le gnosticisme est cette idée de la connaissance secrète où vous avez une connaissance que les autres n'ont pas, et c'est ainsi que vous êtes sauvé. C'est ce qui est poussé par Nicky Gumbel et le Parcours Alpha.
Conclusion
On doit retenir que les deux sources de la vérité sont :
(1) la tradition reçue des Apôtres,
(2) les Écritures canoniques (bibliques).
Avant que les Écritures ne soient mises par écrit, avant même qu'un premier canon biblique (les quatre évangiles et d'autres textes) ne soit fixé au IIe siècle par saint Irénée v. 180, et qu'à la même époque le canon de Muratori * fixe définitivement notre canon biblique, c'est par la bouche des Apôtres, et de leurs successeurs, qu'a été transmise la vérité sur Dieu et sur son Église.
On doit donc respecter et vénérer les deux à la fois, les Écritures et la tradition apostolique transmise par les Apôtres et leurs successeurs. C'est là l'unique règle de la foi qui permit de faire le départ entre les orthodoxes et les hétérodoxes (hérétiques) lors des premiers siècles du christianisme.
Un exemple de condamnation de groupes chrétiens interprétant librement les bases de la foi chrétienne a été donné par Saint Ignace d'Antioche, martyr, mort dévoré par les lions v. 116. Ce troisième évêque d'Antioche polémiqua durement contre les groupes chrétiens présents à Antioche et en Asie qui célébraient le samedi (sabbat) (Magn. 9,1) et non le jour de la Résurrection du Seigneur. Ils les accusaient de "judaïser" parce que ces groupes ne reconnaissaient pas l'autorité de l'évêque et menaient des activités ecclésiales en dehors de la présidence épiscopale. (Enrico NORELLI, La Naissance du Christianisme, Comment tout a commencé, traduit de l'italien par Vivian Dutaut, édition Gallimard, Folio Histoire, 2019, p. 212-213.)
En s'adressant aux nombreux protestants de bonne volonté, qui essaient sincèrement de trouver la vérité, et dont la vie a changé quand ils se sont convertis à la foi chrétienne, des gens qui essaient de se conformer davantage aux enseignements du Christ et d'éviter le péché grave, la bonne nouvelle pour eux tous qui sont à la recherche de la vérité, c'est qu'il existe un Magistère objectif : vous n'avez plus besoin de le faire vous-mêmes ! Plus besoin de vous battre sur votre propre piège, plus besoin d'essayer de comprendre ces passages difficiles..., de discerner "est-ce un péché ?", "est-ce pas un péché ?", "qui peut me dire si c'est un péché ?" Vous n'avez pas à vous battre avec cela, car nous avons un Magistère objectif qui a été officiellement donnée par Jésus, avec l'autorité de parler en son nom et auquel vous pouvez faire confiance !
Ainsi, le souci de la continuité, le souci de garder le dépôt de la foi (1 Tm 6,20 ; 2 Tm 1,14) et de le transmettre à d'autres générations (2 Tm 2), la transmission de la charge ecclésiastique (office) par les apôtres (Ac 1,20-24), le caractère collectif autant que solidaire des premières communautés chrétiennes (1 Th 4,6), le titre de "pasteurs", titre qui convient d’abord au Christ et que Jésus avait donné à Pierre (Jn 21, 15-17), l'interprétation de l'Écriture dans la tradition apostolique et la condamnation de l'interprétation privée (2 P 1,16-20; Ac 8,27-35), sont autant de traits particuliers de l'Église primitive.
* Dans "Jésus, le Jésus de l'histoire" (Fayard 2011, p. 583, note 24), Jean-Christian Petitfils cite les dernières recherches qui dateraient le Canon de Muratori "du IIe siècle", "et aurait été composé en Occident." (Voir E. FERGUSON, "Canon Muratori. Date and Provenance", Studia Patristica, vol. 17,2, Oxford 1982, p. 677-683; Philippe HENNE, "La Datation du Canon de Muratori", Revue biblique, janv. 1993, p. 54-75; J. VERHEYDEN, "The Canon Muratori. A Matter of dispute", in J.-M. AUWERS, H.J. DEJONGE, ed., The Biblical Canons, Betl, CLXIII, Leuven 2003, p. 485-556.)
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