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13 janvier 2019 7 13 /01 /janvier /2019 12:59

Et si l'ouverture du "Grand débat national" n'était qu'une énième imposture pour... fermer le débat ? Macron en effet emploie la triangulation, qui en communication politique signifie prendre et s'approprier les mots et les concepts des adversaires pour faire l'exact inverse. Macron annonce un grand débat national ? Attendez-vous à la fermeture du débat ! Explications :

"Grand débat national" : Au moment de l'ouverture du "Grand débat national", la secrétaire d'état Marlène Schiappa annonce sa fermeture

Au sujet de la cagnotte de soutien au boxeur Christophe Dettinger, qui a reconnu avoir frappé un gendarme lors de l'acte 8 des "Gilets jaunes" (cagnotte fermée moins de 48 heures après son ouverture), Marlène Schiappa, secrétaire d'État à l'égalité entre les hommes et les femmes, a fait sienne la théorie du complot en déclarant, au micro de Bfmtv (video) : "je crois que là, nous devons poser la question pour savoir, qui finance, qui soutient, qui est complice de ces violences graves ? Réussir à collecter plus de 120 000 euros en 24 à 48 heures, cela veut dire qu'il y a derrière des gens qui financent, et qui sont complices de ces violences. Il ne faut rien laisser passer." Nous avons là un exemple significatif de complotisme républicain. 

 

Source: https://www.huffingtonpost.fr/2019/01/10/cagnottes-marlene-schiappa-soupconne-les-puissances-etrangeres-au-vu-de-la-position-de-litalie_a_23639004/

 

La tendance des professionnels de la politique à dénoncer un complot est ancienne. Depuis 1789, cette tendance à voir des complots ourdis par l'étranger vise à discréditer l'opposant politique. En 1789, « Le fantasme du "complot aristocratique" envahit très vite l'espace du discours révolutionnaire. [...] [I]l suffit de considérer le flot ininterrompu des dénonciations qui sont adressées au Comité des recherches de l'Assemblée constituante (Pierre Caillet, Comité des recherches de l'Assemblée nationale 1789-1791, Inventaire analytique de la sous-série D XXIX bis, Paris, Archives nationales, 1993.) [...]. Il convient de préciser que cette frénésie dénonciatrice témoigne autant de l'irruption de l'esprit révolutionnaire que de la persistance de cette mentalité traditionnelle déjà évoquée et accoutumée à incriminer des conspirateurs. » (Patrice Gueniffey, La Politique de la Terreur, Essai sur la violence révolutionnaire, Fayard 2000, réed. Tel Gallimard, Mesnil-sur-l'Estrée 2003, p. 64.) 

 

En 1792 la république du soupçon « ArgusSurveillantsDénonciateursSentinelles et Aveugles clairvoyants » (Patrice Gueniffey, La Politique de la Terreur, Essai sur la violence révolutionnaire, Fayard 2000, réed. Tel Gallimard, Mesnil-sur-l'Estrée 2003, p. 70) repose tout entière et seulement dans l'exercice du soupçon. 

 

« L'idéologie révolutionnaire est à la recherche d'auteurs, de responsables, d'un ou plusieurs "individus" à désigner. » (Lucien Jaume, Le Discours jacobin et la démocratie, Fayard, Saint-Amand-Montrond 1989, note 65, p. 170.) 

 

« La recherche et la dénonciation nominale des ennemis de la Nation ou du Peuple n'a pas été le propre des Jacobins; il s'agit d'une conduite généralisée dès le début de la Révolution... » (Lucien JaumeLe Discours jacobinibid., p. 192.) 

 

« L'imaginaire du complot remplit une autre fonction encore. La crainte du "complot aristocratique" est en effet le vecteur par lequel la nation se constitue. [...] La nation [révolutionnaire. NdCR.se définit par ce qu'elle rejette; elle prend forme matérielle, consistance et réalité, à travers la mobilisation qu'entraînent les rumeurs sur les complots qui le menacent. » (Patrice Gueniffey, La Politique de la Terreur, Essai sur la violence révolutionnaire, Fayard 2000, réed. Tel Gallimard, Mesnil-sur-l'Estrée 2003, p. 65.) 

 

Au sujet du "grand débat national"..., lancé lundi 14 janvier par le président Macron, et censé permettre à toutes et à tous de débattre de questions essentielle (sic), une fois de plus la république se définit par ce qu'elle rejette. Marlène Schiappa, a donc tranquillement déclaré au micro de Bfmtv, qu'il y aurait des sujets interdits (les référendums sur le "mariage pour tous", l'"avortement", la "peine de mort") : "Je crois, déclare-t-elle, que ce grand débat, il faut s'en saisir dès lors que les kits seront mis à disposition sur le site du grand débat. Maintenant, moi, j'ai des lignes rouges. [...] Au-delà d'être secrétaire d'état, je suis progressiste. Ce n'est pas un mot en l'air ce mot progressisme. Cela veut dire que l'on défend les valeurs du progrès et les acquis qui ont été conquis de haute lutte pendant les dernières années, donc je suis fermement opposée à tous référendums sur la question du mariage pour tous, parce que sinon où va-t-on ? Cela veut dire que l'on va avoir derrière quoi ? Un référendum pour interdire l'avortement ? On va revenir sur les acquis de Simone Veil ? On va avoir un référendum pour rétablir la peine de mort ? Et puis quoi aussi pendant qu'on y est, le droit de cuissage ?" (Notons ici la fake new du gouvernement sur le "droit de cuissage" qui est une légende qui a été démontée par les historiens médiévistes comme Jacques Heers dans "Le Moyen-Âge, une imposture". Ndlr.)

 

"[...] Dans le cadre de la république en marche, poursuit Marlène Schiappa, je vais m'occuper des questions de la démocratie. Je crois que nous devons réfléchir ensemble pour davantage et mieux faire participer les citoyennes et les citoyens de la république française à la démocratie représentative. Donc toutes les propositions seront étudiées. Il faut s'emparer de ce débat. Il faut en parler. Mais il y a des lignes rouges. On ne peut pas faire n'importe quoi. [...] On ne fera pas de référendum pour remettre en cause le mariage pour tous," conclut Marlène Schiappa.

 

En somme, la démocratie dont va s'occuper Marlène Schiappa est une démocratie de rejet de tout ce qui ne correspond pas aux intérêts et vues de l'oligarchie jacobine. Cette "démocratie" ne représente en rien les citoyens mais seulement les intérêts opaques d'une oligarchie déconnectée des volontés du peuple réel. Au moment de l'ouverture du "grand débat national", une secrétaire d'état se charge d'annoncer la fermeture du débat !

 

 

Marlène Schiappa n'est pas la seule à fermer le Grand débat. Mercredi dernier, 9 janvier, le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, a déclaré que « l'IVG, la peine de mort et le mariage pour tous "ne sont pas sur la table" du grand débat national et "il n'est pas question" de revenir sur ces "avancées conquises de haute lutte". » (Le Figaro, Griveaux: IVG, mariage pour tous et peine de mort exclus du grand débat)

Par ailleurs, alors que les citoyens attendaient des réponses politiques aux manifestations des "Gilets jaunes", le gouvernement n'a qu'offert le visage d'un gouvernement autoritaire fermé et remettant en question le droit de manifester. Le Premier ministre a en effet annoncé une "loi anti-casseurs" avec un fichier à l'image de celui du fichier anti-hooligans.

Un membre du Bureau de la LDH, Arié Alimi, avocat au barreau de Paris, a réagi, au micro de Bfmtv, en mettant à l’amende le gouvernement. Ce qui est assez rare pour être souligné : "En fait, il n'y a pas que le fichier qui est prévu par cette loi qui a été adoptée par le Sénat, il y a [...] les interdictions de manifester par l'autorité administrative. Ces interdictions de manifester reposent sur des critères assez vagues, à savoir le simple fait de pouvoir causer un trouble à l'ordre public, et puis ces personnes qui ont fait l'objet d'une interdiction de manifester figureraient [...] dans un fichier. Ces dispositions me semblent totalement contraires au droit constitutionnellement garanti de manifester, et elles correspondent à des lois qui avaient déjà été annulées par François Mitterand en 1970 et annulées par François Mitterand devenu président de la république, tout simplement parce que ce sont des lois qui sont rétrogrades, qui ne peuvent pas être appliquées dans la mesure qu'elles font que le gouvernement peut décider de qui va pouvoir aller dans une manifestation, ses opposants politiques. Nous sommes comme en Russie si ce texte était adopté, avec une possibilité laissée au souverain, au président de la république, au Premier ministre d'empêcher des opposants politiques de manifester."

 

L'avocat Arié Alimi a également recadré Marlène Schiappa au sujet de la condamnation de la cagnotte en soutien du boxeur : "Je ne vois pas le problème qu'il y aurait avec la légalité de cette cagnotte. En revanche, je m'étonne des propos qui viennent d'être tenus par Madame Schiappa à votre antenne, puisque si je ne m'abuse, elle est scandalisée par le fait que l'on puisse apporter une cagnotte pour des frais de justice d'une personne qui va être jugée, ou placée en garde à vue. Je rappelle que ces propos peuvent être qualifiés d'anti-républicains, d'anti-démocratiques, parce que remettre en cause le libre choix de l'avocat et les modalités de paiement des honoraires qui sont également des principes constitutionnellement garantis, c'est ce qui fait l'état de droit, c'est ce qui fait qu'une personne puisse avoir droit à être défendue, qu'elle est présumée innocente. Et ce que j'entends dans les propos de Marlène  Schiappa et du gouvernement c'est une véritable attaque contre l'intégralité des libertés, mais également contre la possibilité d'avoir un avocat, contre les droits de la défense. Je suis absolument scandalisé par ce type de propos parce que c'est une attaque en règle tant sur le droit de manifester que sur les droits de la défense dans ce type de manifestation, qui est menée actuellement par le gouvernement."

CONCLUSION

 

Macron annonce un grand débat national ? Attendez-vous à la fermeture du débat.

La république est une oligarchie franc-maçonnique.

Jamais les oligarques n'adopteront un outil politique qui pourrait remettre en question la domination des 1% sur le reste de la société, les 99%.

Si un référendum sur le RIC en toutes matières et révocatoire devait être organisé, les "progressistes" s'arrangeront pour que les moyens de son application soient contrôlables (seuil minimum de citoyens; sujets autorisés, d'autres interdits...) et (on ne sait jamais) résultats neutralisables.

La liberté du prisonnier de se promener le long des quatre murs et coins de sa cellule.

 

Point de vue d'un autre avocat : 

Gilet jaune et avocat : «Dans ce pays règne une dictature»

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