Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
15 juillet 2018 7 15 /07 /juillet /2018 07:27
Jean-Louis Harouel, Droite-Gauche : ce n'est pas fini

Dans l'entretien de novembre 2017 donné à Sputnik autour de son essai, "Droite-gauche, ce n'est pas fini" (DDB, 2017), Jean-Louis Harouel, professeur agrégé des Facultés de droit et spécialiste de la sociologie de la culture, explique que le clivage "droite - gauche, ce n'est pas fini". La droite est l'héritière du christianisme et la gauche de la gnose et du millénarisme.

Concernant le titre du livre d'Alain de Benoist, "Le moment populiste, droite - gauche c'est fini" (Pierre-Guillaume de Roux, 2017),

 

"le parallélisme inversé de nos titres et sous-titres, explique Jean-Louis Harouel, est le fruit des circonstances et certainement pas l'effet de ma volonté. Ce livre, j'y travaille depuis quatre ou cinq bonnes années. J'y ai accumulé des matériaux qui m'ont servi à publier entretemps 'Les Droits de l'Homme contre le peuple' (DDB 2016), mais ce projet est très vieux. Il s'agit d'une enquête sur les conséquences politico-sociales du facteur religieux, que j'ai même commencé il y a quinze ans, en partant d'une intuition de Jean Fourastié [qui dans ses ouvrages, écrit à plusieurs reprises, qu'il établit un lien entre notre religion, le christianisme, et le progrès scientifiques, technique, économique et social. Idées qui ont conduit Jean-Louis Harouel à publier en 2012 le "Le vrai génie du christianisme". NdCR.

 

Mon titre 'Droite-gauche ce n'est pas fini', poursuit Jean-Louis Harouel, ce n'est pas une réponse à Alain de Benoist. Ce qui m'a donné l'idée de ce titre, c'est le titre d'un numéro de l'hebdomadaire Marianne, il y a peut-être maintenant un an et demi, qui disait 'droite - gauche, c'est fini : chiche.' Et j'avais trouvé que c'était un titre accrocheur.  Et j'ai proposé ce livre à l'éditeur et le temps que la publication se fasse, j'ai constaté qu'il y avait la publication se fasse, j'ai constaté qu'il y avait le livre d'Alain de Benoist dont le sous-titre semblait être la réponse anticipée à mon propos. Donc en réalité je ne me suis pas du tout centré sur lui pour lui répondre. 

[...] Donc, à propos d'Alain de Benoist, nos démarches ne sont pas placées au même niveau, et si je m'étais placé au même niveau (que lui), j'aurais probablement défendu la même thèse. C'est-à-dire qu'il n'est pas possible, sur un mode descriptif, de faire véritablement un descriptif des idées de droite et de gauche, tellement il y a eu de chassés croisés.

[...] En revanche, moi je pense y arriver parce que je ne cherche pas du tout à faire un descriptif des idées de droite et de gauche, mais je définis les idées de droite et de gauche à partir de leur généalogie."

Jean-Louis Harouel traite la gauche de secte, car, selon lui, aujourd'hui la gnose (du grec gnosis, connaissance) est triomphante. Il se réfère à des hérésies du christianisme (la gnose) pour expliquer l'émergence de la gauche. Chesterton avait dit à propos des idées modernes qu'il s'agissait d'"idées chrétiennes devenues folles". Mais pour Jean-Louis Harouel, bien que dans des livres anciens il ait cité cette formule, "ce n'est pas tout à fait vrai, parce que ces idées sont peut-être folles, mais elles n'ont jamais été tout à fait chrétiennes puisque dès le départ elles ont été hérétiques."

 

On peut en effet désigner par gnose, les hérésies du christianisme primitif.

 

"Les racines mentales, affectives de la gauche, plongent dans deux grandes hérésies qui remontent aux premiers temps du christianisme : la gnose et le millénarisme.

La gnose, ce sont des sectes dont l'enseignement a pour conséquence de prôner une image de l'homme-dieu, de l'homme divinisé, parce que nous dit la gnose, il y a le bien et le mal (c'est très manichéen); le bien c'est la lumière, le mal c'est la matière. La lumière est divine, la matière c'est le mal. Elle (la matière) est sans valeur, elle est à détruire. Les gnostiques rejettent l'idée de la Création, considérée comme bonne dans la Bible (Genèse). Pour eux, la Création est mauvaise, ce n'est pas l'oeuvre d'un dieu bienfaisant, mais l'oeuvre du diable", explique jean-Louis Harouel.

 

"Quand on regarde les thèmes de la gnose et du gauchisme sociétal, on est frappé par des tas de coïncidences, comme le refus de la transmission de la vie, la récusation de toutes les règles de la vie en société (la haine de la famille, la haine de la propriété, la haine du mariage), l'anomie - je dirai même l'antinomisme -, ou le refus de toutes règles, de toutes normes; l'affirmation illimitée du moi. On peut rattacher à cela, l'apologie du divorce, l'avortement érigé en norme sociale; le refus même du réel, puisque le réel c'est la matière et que la matière est méprisable, donc le réel n'est pas important, ne compte que l'esprit : cela donne le 'mariage homosexuel', le transgenre, tout ce que l'on veut. L'esprit décide, la matière ne compte pas.

Autre exemple: la gnose a une prédilection pour les déviants, les criminels et les ennemis : notre justice actuelle n'est-elle pas justement marquée par une préférence pour les déviants et les criminels, voire les ennemis ?... On pourrait me répondre que ce ne sont que des coïncidences. Or il se trouve qu'il y a à travers l'histoire de la pensée occidentale un certain nombre d'auteurs importants qui se sont réclamés à gauche de la gnose, et je pense en particulier à un grand situationniste, un maître à penser de mai 68, Raoul Vaneigem, un auteur de très haute culture, qui s'est explicitement réclamé de la gnose, et qui dans son livre 'Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations', qui a été l'un des livres fondateurs de mai 68, Vaneigem se réclame des gnostiques anciens, et surtout des gnostiques médiévaux, ceux que l'on appelait les 'frères du libre-esprit', et il cite tout un passage des frères du libre-esprit, dans lequel ils expliquent que la propriété n'existe pas, qu'on prend ce que l'on veut, que l'on se sert, et si quelqu'un essaie de vous en empêcher, on le tue !

 

Le journaliste de Sputnik qui interroge Jean-Louis Harouel, cite un passage du livre concernant ces "frères du libre-esprit", mouvement gnostique du XIIIe siècle : 

 

"L'homme libre a parfaitement raison de faire tout ce qui lui procure du plaisir. Que le monde entier soit détruit et périsse, plutôt qu'un homme libre s'abstienne de faire une seule action que sa nature le pousse à accomplir."

 

"Pour la gnose, poursuit Jean-Louis Harouel, la procréation, [...] donner naissance à des êtres humains était la pire des monstruosités car on réenfermait dans la matière, qui est le mal, des parcelles de lumière qui sont divines."

 

"La gnose a repris les évangiles et Jésus, mais en donnant une image de Jésus très différente des évangiles canoniques. [...] Pour la gnose, la mission de Jésus était de venir révéler aux hommes qu'ils sont dieu, de nature divine. Et à partir du moment où un homme prend conscience qu'il est de nature divine, tout lui est permis, la morale ordinaire, les conventions et règles de la vie sociale ne comptent pas : tout lui est permis, il est l'homme-dieu. Et tout le romantisme français (au XIXe siècle) - Lamartine, Hugo, etc. - plonge dans la gnose. Victor Hugo, par exemple était obsédé de métempsychose (la réincarnation). Il était imprégné de l'idée de tout - et que l'on retrouve actuellement paradoxalement dans le culte du monde extérieur et des animaux -. 

 

Le journaliste résume la pensée de l'auteur : "le millénarisme et la gnose ont été sécularisés. La religion a été remplacée par une religion de l'humanité et des droits de l'Homme."

 

"Le millénarisme, autre hérésie chrétienne, poursuit J.-L. Harouel, c'est l'idée du paradis matériel sur la terre. Et très vite, dans la pensée millénariste au Moyen-Âge et dans la pensée moderne, il a été entendu que ce 'paradis' serait communiste. D'où des révolutions, des séditions, et à chaque fois, le paradis communiste, comme la Guerre des Paysans en Allemagne, les Anabaptistes de Munster, les Taborites de Bohême au XVe siècle : à chaque fois le petit paradis communiste se transforme en petit enfer. Sans surprise."

 

A contrario, le christianisme est l'origine des attitudes de droite, [qui trouvent leurs racines dans le christianisme orthodoxe]

"Par exemple: le christianisme a toujours refusé l'utopie. Or, la gnose et le millénarisme sont des utopies.

L'utopie, à partir du XVIe siècle, c'est le nom savant du millénarisme. Le christianisme a mis l'accent sur le refus de l'utopie, la sécurité, la justice, la paix. Au Moyen-Âge, le roi jurait devant l'Église la paix. Il jurait d'assurer la paix aux habitants du royaume. C'est-à-dire d'assurer leur sécurité et d'assurer une justice exacte. Le christianisme a mis l'accent sur un équilibre entre les intérêts du groupe, la défense légitime des intérêts du groupe, l'identité du groupe, et en même temps, il n'y a pas de divinisation du groupe, ou de ses intérêts. Sinon on tomberait dans l'utopie et la religion séculière. [...] Et le libéralisme minimal, c'est-à-dire la liberté d'entreprise est tout à fait compatible avec le christianisme. Et cette liberté d'entreprise s'est même développé pendant deux millénaires dans ce terreau chrétien, où l'idée de la propriété était déjà valorisée. 

À cela sont venues se greffer des doctrines aussi bien économiques que sociétales qui sont un libéralisme qui n'a plus rien à voir avec le christianisme mais qui relèverait davantage de la gnose.

Par exemple, ce qui est gnostique c'est de considérer que l'individu est l'humanité en général, et ce qui est conforme au christianisme c'est de considérer qu'il y a des individus, il y a l'humanité, et il y a des groupes intermédiaires.

Et à propos d'un certain nombre de grands libéraux, on se rend compte que dans une logique chrétienne, il font tout à fait la place aux groupes intermédiaires sans renier pour autant l'humanité. J'en donnerai pour exemple Adam Smith, qui est actuellement un des maîtres à penser du libéralisme intégral. Et pourant, si on lit bien Adam Smith, qui était partisan de la libre entreprise et partisan et du libre-échange, on constate qu'il mettait un certain nombre de réserves et de limitations conformes aux intérêts de la nation, aux intérêts de sa nation. Par exemple, les Actes de navigation, législation anglaise [législation protectionniste votée à partir de 1651 par le parlement anglais, pendant le mandat républicain de Cromwell, visant à financer la construction d'une marine de guerre, et à affaiblir les colonies de la Barbade, des Bermudes et de la Virginie, contrôlées par l'opposition royaliste], qui réservait aux Anglais le commerce avec les colonies anglaises. Et cela, Adam Smith, se comportant en patriote écossais, se prononce dans les années 1760 tout à fait en faveur du maintien des Actes de navigation, parce que ces Actes de navigation, pendant la première moitié du XVIIIe siècle, ont fait la fortune de Glasgow. Parce qu'avec l'unité du Royaume-Uni, et l'instauration du Royaume-Uni, les ports écossais ont été admis à ce monopole anglais et du commerce avec les colonies anglaises. Et Adam Smith n'allait certainement pas critiquer une législation règlementariste qui avait fait la fortune de sa patrie. Donc il y a chez Adam Smith même, ce point que si une production nationale est défavorisée par un facteur social ou fiscal par rapport à la concurrence étrangère, il faut introduire un droit à l'entrée des produits étrangers concurrents, etc..."

Partager cet article
Repost0

commentaires