Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
9 février 2018 5 09 /02 /février /2018 08:40

Dans cette video postée sur son compte youtube Tatiana Ventôse aborde le discours d'une heure d'Émmanuel Macron à Davos le 24 janvier lors de ce forum économique mondial annuel qui réunit en Suisse les élites économiques mondiales qui se fixent l'objectif et les perspectives des années à venir. Ce n'est pas le chômage qui préoccupe Macron, c'est de "sauver le système".

Extrait

"Pour capter l'attention de l'auditoire, Emmanuel Macron a compris que c'était mieux de commencer par une blague sur les climato-sceptiques : cela fait toujours bien de se payer la tête de Donald Trump en bonne société.

Le premier tiers de l'heure du discours de Macron est en anglais. [Comme l'avait aussitôt relevé le site américain Quartz: "Emmanuel Macron est un président différent quand il parle anglais et pas français". En France quelques rares médias ont relevé que son discours en français n'était pas le même qu'en anglais. [1] Social en français, Emmanuel Macron devient libéral en anglais... [2] NdCR.]

Après cette blague, il commence son discours en disant que la mondialisation est en crise : 'La mondialisation aujourd'hui est en crise.'" Et il poursuit tout de suite avec le gros sabot du danger des nationalistes : 'Et j'ai dû me battre contre un parti nationaliste (aux présidentielles). Pourquoi ? Parce qu'il y avait de profondes craintes, un manque de compréhension de ce qu'est la mondialisation.' Au bout de deux minutes de discours on sait immédiatement où il va. C'est assez clair : la menace du nationalisme est très importante. Et il va pointer les différentes responsabilités dans la crise de mondialisation : 'D'abord, on n'a pas réussi à régler des problèmes : le chômage, le déficit public, la mauvaise croissance. Et cela n'est toujours pas réglé.' Donc, il le dit : ils ont mal géré. On se dit qu'il est en train de prendre en compte les véritables responsables des problèmes dans le monde actuel, politiques, économiques, sociaux, etc. On se demande s'il va annoncer qu'il va changer le modèle économique et social. Eh bien en fait non, puisque après il y a cela : 'Et parce que des gens proposaient de sortir de la mondialisation'. La mondialisation est 'en crise' (le chômage, la dette), mais c'est surtout la faute à ceux qui proposent de sortir de la mondialisation telle qu'elle est actuellement. La menace des méchants est latente dans tout le discours (manichéen et volontairement clivant. NdCR.) d'Emmanuel Macron. Et juste après, il va dire : 'Il faut qu'on montre que c'est plus juste pour les classes moyennes et laborieuses' que la mondialisation est bonne pour elles. Il ne s'agit pas de réellement changer les choses, de changer la manière dont le système fonctionne, mais plutôt de convaincre, voire de persuader les classes moyennes, les classes laborieuses, ces gens qui n'ont rien compris à la mondialisation, qui n'ont pas compris qu'elle était bonne pour eux. Parce que sinon, la menace des extrêmes, et tout ça... : 'Rendre la France plus innovante, plus compétitive, en vue de financer un système juste'. Il faut rendre la France plus compétitive pour la rendre plus juste. Là il y a une énorme contradiction. Cela n'est pas de la pensée complexe, c'est de la pensée contradictoire. Et on est bien obligé de noter une certaine ressemblance avec un certain livre de science-fiction 1984, où il y a tout le système de la double pensée et où les gens sont convaincus que 'La guerre c'est la paix, la liberté c'est l'esclavage, et l'ignorance c'est la force'. On ne voit pas la justice dans le fait de dz donner de l'argent à des gens qui en ont déjà beaucoup et d'en enlever à des gens qui n'en ont pas (Cf. Toute l'escroquerie du discours sur l'augmentation du pouvoir d'achat quand l'argent donné en plus d'un côté dans une désocialisation des heures sup est repris par une augmentation plus fortes des taxes sur le gaz, l'essence, le diesel et autres d'un autre côté.)

Et tous les discours  d'Emmanuel Macron en sont pleins de ces contradictions. La théorie du 'en même temps', dont lui-même se revendique dans ce discours, où en gros il dit tout et son contraire, et il met 'en même temps' au milieu et du coup, ça prend. Par magie, cela fait un truc qui relève de la pensée complexe et pas juste de dire tout et son contraire. (Ce qui dans l'Antiquité était déjà le propre des sophistes démocrates et amoraux dénoncés par Socrate.)

La suite est dans la même veine : il faut plus de protections, mais il faut enlever des lois parce que cela protège trop, il faut moins de lois et plus de consensus qui vienne des entreprises, donc cela veut dire que cela va être les gens les plus hauts placés dans les entreprises qui vont décider par 'consensus' quelle va être la loi dans leur entreprise. Il conclut tout cela en disant : 'France is back', 'la France est de retour'. De retour de quoi, ou de retour dans quoi d'ailleurs ? On ne sait pas, mais peu importe ! 

[...] Puis il poursuit son discours en français et ce qu'il dit ne semblerait pas déplacé dans la bouche d'un alter-mondialiste, d'un anticapitaliste, de quelqu'un qui voudrait sortir de l'Union européenne.Exemple: 'La croissance économique, ce n'est pas une finalité en soi'. Et (où il s'adresse aux élites) 'Cette recherche de croissance économique nous a parfois fait oublier ce que les peuples sont prêts à accepter pour l'obtenir.' On se demande alors est-ce qu'il va le dire : 'Nous les élites, nous les gens du système, on se plante depuis des décennies' ? 'On a fait croire que la croissance, cela concernait tout le monde. On disait que plus on aura de croissance et plus les problèmes allaient s'arranger. Cela n'est pas vrai, cette croissance est structurellement de moins en moins juste: il y a une concentration sur le 1% le plus riche qui se fait à chaque fois', a déclaré E. Macron. Les journalistes ont dû se dire : on ne comprend pas tout là, parce que c'est complètement contradictoire avec ce qu'il vient de dire en anglais ! Mais, en prenant la phrase isolée, on peut la prendre comme l'aveu de la part d'un des grands dirigeants mondiaux que la mondialisation telle qu'on la connaît s'est plantée, que les dirigeants que l'on connaît depuis quarante ans se sont plantés, le système s'est complètement planté. Mais en fait pour Emmanuel Macron, le problème n'est pas tant que la mondialisation soit injuste, ce n'est pas tant que le système ne profite pas à tout le monde, le problème est que cela emmerde le peuple et qu'il commence à le dire et que cela les menace... Macron dit tout simplement à ses collègues: les gars, cela commence à se voir, il va falloir que l'on fasse un tout petit peu mieux semblant parce que sinon cela va grave nous retomber sur le nez : 'Nous, on réfléchit ici de ces enjeux, mais à quelques dizaines de kilomètres d'ici, on a des gens qui croient fermement que la solution c'est la sortie de la globalisation', déclare Emmanuel Macron. Autrement dit, la menace c'est l'effondrement du système. 'Qu'il s'agisse de l'O.N.U., du F.M.I, de l'O.M.C., on a eu de plus en plus de gens qui ont attaqué des institutions en disant nous, nous reprenons en quelque sorte nos droits, on a notre propre approche, on crée des systèmes alternatifs.' Donc ici, le problème pour Emmanuel Macron, ce n'est pas que le F.M.I. ne fonctionne pas et laisse les marchés complètement dérégulés, le problème est que les gens attaquent et critiquent ce F.M.I. !

'Si je ne donne pas un sens à cette mondialisation, si je n'arrive pas à expliquer à ces gens qu'elle est bonne pour eux, ce seront les nationalistes, les extrêmes, ceux qui proposent de sortir de ce système qui gagneront'. Et voilà. Ceux qui veulent sortir de ce système sont des méchants et il faut les combattre. Lui-même est là pour sauver le système. Rien d'autre. Et il est là pour expliquer à ses collègues maîtres du monde qu'il va falloir faire un meilleur job parce que sinon le système s'effondre, et que, eux, vont s'effondrer avec le système. 'Et donc on ne peut pas être là simplement à trembler en disant c'est affreux quand des nationalistes, des extrêmes, ou des gens qui même parfois portent des messages terroristes, ou de repli sur soi dans certains autres pays, gagnent. Non.' Le but, pour empêcher ces méchants : il va falloir 'refonder un vrai contrat mondial. Si la part de ce contrat n'est pas intégrée dans le modèle des investisseurs, dans le modèle des banques, dans le modèle des entreprises, cela ne marchera pas.'

Macron a compris mieux que quiconque que c'est la possible fin d'un système qui se joue là. Mais cela ne veut pas dire qu'il pense qu'il faut qu'on change. Il veut simplement que le système survive. Les gens, là-dedans ne sont pris en compte que si cela représente un facteur de risque pour le système.

Dans son discours, Emmanuel Macron utilise le brouillard, la confusion (rappelons que l'ambiguïté, la confusion - le trouble dans le genre - n'est plus seulement un objectif, c'est un moyen, une méthode). Emmanuel Macron vend le même modèle qu'avant, juste d'une manière un peu plus intelligente que les politiques ne l'ont fait jusqu'à présent."

Notes

 

[1] http://www.huffingtonpost.fr/2018/01/25/a-davos-macron-ne-tient-pas-le-meme-discours-en-francais-quen-anglais-et-meme-les-americains-ne-sont-pas-dupes_a_23343098/

[2] https://francais.rt.com/france/47588-double-discours-davos-social-francais-devient-liberal-anglais

Partager cet article
Repost0

commentaires

dduBerry 09/02/2018 20:53

"il va falloir 'refonder un vrai contrat mondial. Si la part de ce contrat n'est pas intégrée dans le modèle des investisseurs, dans le modèle des banques, dans le modèle des entreprises, cela ne marchera pas.'" dixit Emmanuel Macron.

Une vision contraire : "UNE SOCIETE D'ORDRE SUPERIEUR NE DOIT PAS INTERVENIR DANS LA VIE INTERNE D'UNE SOCIETE D'ORDRE INFERIEUR" (c'est moi qui souligne) en lui enlevant ses compétences, mais elle doit plutôt la soutenir en cas de nécessité (...) en vue du bien commun". (art. 1883, toujours par l'Eglise catholique)
Le bien commun, et non celui de quelques-uns seulement !

dduBerry 09/02/2018 20:17

"Les gens, là-dedans ne sont pris en compte que si cela représente un facteur de risque pour le système."

Autrement dit, c'est le système qui est plus important que "les gens" pour Emmanuel Macron et consorts, ce qui est le propre des totalitarismes. Voici au contraire le point de vue de l'Eglise :
Catéchisme de l'Eglise catholique, sur "La personne et la société" :
art. 1880 : (...) " Par (la société ou la communauté), chaque homme est constitué "héritier", reçoit des "talents" qui enrichissent son identité et dont il doit développer les fruits. (...)
art. 1881 - Chaque communauté se définit par son but et obéit en conséquence à des règles spécifiques, mais "la personne humaine est et doit être le principe, le sujet et la fin de toutes les institutions sociales" (Gaudium et spes 24, § ".) (...)
1883 - La socialisation présente aussi des dangers. Une intervention trop poussée de l'Etat peut menacer la liberté et l'initiative personnelles. (...)
1884 - (...) Le comportement de Dieu dans le gouvernement du monde, qui témoigne de si grands égards pour la liberté humaine, devrait inspirer la sagesse de ceux qui gouvernent les communautés humaines. (...)