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24 décembre 2017 7 24 /12 /décembre /2017 13:25

La crèche de Noël du Vatican a été critiquée comme une "crèche des ténèbres" "offensante et blasphématoire" "sans fondement et inspiré par le Diable en personne" (sic). Cette crèche met en scène les oeuvres de miséricordes nécessaires pour faire son salut (un cadavre qu’on met au tombeau, un homme nu qu’il faut vêtir, un homme blessé qu’il faut soigner). D'aucuns ont cru voir dans l'homme nu l'influence du lobby LGBT ! Tout ce qui est excessif est insignifiant. L'on sait que dans la religion catholique, les oeuvres sont nécessaires pour faire son salut et cette crèche ne fait que rappeler cette vérité.

14 Mes frères, si quelqu’un prétend avoir la foi, sans la mettre en œuvre, à quoi cela sert-il ? Sa foi peut-elle le sauver ?
[...] 17 Ainsi donc, la foi, si elle n’est pas mise en œuvre, est bel et bien morte. [...] 24 l’homme devient juste par les œuvres, et non seulement par la foi.

Jacques 2:14-24

Lorsque Saint François de Sales s'entretint avec le protestant Théodore de Bèze, il lui demanda: "Pouvez-vous ignorer la raison pour laquelle Notre-Seigneur Jésus-Christ, en l’évangile de saint Matthieu, enseignant à ses Apôtres ce qu’il voulait qu’ils crussent du dernier Jugement, ne fait point de mention des péchés commis, mais dit tant seulement qu’il condamnera les mauvais parce qu’ils n’auront pas fait les bonnes œuvres. Voici ces paroles : "Allez, maudits, au feu éternel, qui est préparé au diable et à ses anges ; car j’ai eu faim, et vous ne m’avez point donné à manger…" Et le reste... (Mt 25:42-43) ? Théodore de Bèze ne put rien répondre (Vie de saint François de Sales, d’après Mgr Francis Trochu, t. 1, p. 462 à 465.)

Même si à titre personnel je ne suis pas très fan de cette crèche de Noël (beaucoup préfèrent les crèches traditionnelles empruntes d'un mélange de simplicité et d'émerveillement enfantin), certains peuvent aimer l'accent réaliste de cette crèche et y trouver une raison de croire. Cependant, il s'y trouve des éléments critiquables comme la tête des anges exprimant un air effrayé. Dans cette expression, on peut songer aux gargouilles dans nos cathédrales qui n'étaient guère plus attirantes. On comprend que les démons puissent être effrayés, mais pourquoi les anges ? Il y a aussi le mage noir Balthazar amenant de l'or (signification de la royauté) mais qui semble vouloir repartir dans la direction opposée. Enfin, la Vierge Marie et Saint Joseph sont placés au milieu de la scène sans qu'on les puisse vraiment distinguer. On eut pu les faire dominer la scène ou les mettre à part de manière à mettre l'accent sur l'Incarnation, signification de Noël (Dieu avec nous).

 

Le site Pro Liturgia revient ce dimanche sur cette crèche en livrant l'analyse du Père Dwight Longenecker. Le problème avec ce genre de crèche est l'accent mis sur les oeuvres au détriment de la foi, au risque de tomber dans un néo-pélagianisme :

Crèche 2017 du Vatican : crèche pélagienne ?

Dimanche, 24 décembre 2017. Le problème de la crèche de la place Saint-Pierre du Vatican

Excellente analyse du Père Dwight Longenecker.

 

« Il n’est pas question pour moi me joindre au chœur des catholiques prudes qui ont, sur la crèche du Vatican, un jugement négatif. Les gens grommellent contre l’homme nu, vêtu par un acte de miséricorde. D’autres s’effraient du mort que l’on prépare pour l’enterrer parce que cela ressemble à une scène de film d’horreur.

Comme tant de choses dans l’Eglise catholique, nous avons déjà vu tout cela ! Les corps nus de la fresque de Michelange dans la chapelle Sixtine ne plaisaient pas au peuple. Et vous pouvez voir quantité de nudités partielles ou de scènes horribles dans beaucoup d’œuvres d’art catholiques : David qui tient la tête tranchée de Goliath ; Yaël qui cloue au sol, avec un piquet de tente, la tête de Sisera... Tout de même : l’image centrale de notre foi n’est-elle pas celle un homme nu torturé, exposé aux regards et cloué au gibet ?

Je ne m’offusque pas de la nudité ni du côté sordide. Je fais abstraction du fait que c’est du mauvais art - de fade et médiocre facture. Les personnages sont gauches et empruntés. Cela ressemble à une de ces scènes dans un musée de cire de troisième catégorie. Vous pourriez dire : « Allons ! C’est cela le catholicisme. Nous sommes habitués au kitsch ». D’accord, mais le Vatican pourrait faire mieux.

Il y a un autre problème encore : ils ont projeté, sur la scène de la Nativité, leur petite leçon habituelle. C’est typique de la conscience sociale de pacotille des années 70. Cela me rappelle les églises où on mettait du sable dans les bénitiers pendant le carême ou ces gens bien inspirés qui, pour Pâques, préparaient des montages avec des briques et du fil barbelé au lieu de fleurs, pour nous rappeler les prisonniers, ou encore ces dessins de Noël où Marie et Joseph sont représentés comme des hippies SDF.

Mais le véritable problème (que personne d’autre ne semble avoir perçu) n’est pas la nudité, le sordide ou l’art douteux - ni même le triste prêchi-prêcha. C’est la théologie.

Un des principaux problèmes dans l’Eglise d’aujourd’hui est ce que j’appelle le néo-pélagianisme.

Le pélagianisme est la conception selon laquelle on peut gagner son entrée au ciel par de bonnes œuvres. Le néo-pélagianisme est aussi appelé d’un autre nom : “l’évangile social”. Il réduit le message surnaturel chrétien à la formule : « Mettons-nous tous ensemble pour faire du monde un endroit meilleur, soyons gentils les uns pour les autres et donnons une chance à la paix ».

Certes, les œuvres de miséricorde corporelle sont importantes et, théologiquement, on peut dire qu’elles découlent naturellement de la nativité du Christ. Parce que le Christ a pris une forme corporelle, nous nous appliquons aux œuvres de miséricorde corporelle. Parce qu’il a pris un corps humain, nous prenons soin des corps humains autour de nous. Parce qu’il est entré dans ce monde fait de matière, la matière a de l’importance.

Je comprends tout cela ; mais une scène de la Nativité n’est pas un tableau des œuvres de miséricorde corporelle.

La Nativité du Vatican me dérange parce qu’elle donne la place centrale aux bonnes œuvres plutôt qu’à l’Incarnation. En fait, les bonnes œuvres dans la scène de la Nativité noient la Nativité elle-même, prennent le pas sur la Nativité et la relèguent au second plan.

Les bonnes œuvres sont littéralement à l’avant-plan. La Nativité du Christ, Fils de Dieu et fils de la Vierge Marie, est à l’arrière-plan.

La plus grande tentation dans le christianisme d’aujourd’hui est de rendre l’Eglise acceptable pour le monde en s’attachant aux bonnes œuvres plutôt qu’à l’Evangile de Jésus-Christ. Nous oublions tranquillement le message d’une humanité perdue et pécheresse, éloignée de Dieu et qui a besoin de rédemption. Nous lui substituons une religion d’entr’aide, une religion qui rend le monde meilleur. On pourrait penser que ce n’est qu’une question de marketing. Les gens pensent qu’il est plus attractif et facile de vendre une religion qui consiste à être gentil plutôt qu’une religion qui prêche la nécessité du repentir et de la foi.

C’est certes une partie du problème. Mais le véritable problème est encore plus grave.

Les hommes d’Eglise remplacent une religion de la grâce par une religion des œuvres, parce qu’ils ne croient plus que la rédemption et le salut soient nécessaires. Et ils ne croient plus que le repentir, la rédemption et le salut soient nécessaires parce qu’ils sont universalistes. Ils pensent qu’à la fin, tout le monde ira au ciel.

Ainsi, soyons logiques. Si tout le monde à la fin doit aller au ciel, à quoi peut donc encore servir de parler de péché, d’enfer, de repentir et de foi en Jésus-Christ ? Rien de tout cela n’a d’importance, si tout le monde va au ciel à la fin.

Et, par conséquent, ce qu’il subsiste de la religion chrétienne, c’est d’être gentil, de prêcher une sorte de message doucereux qui dit que chaque nuage a sa frange d’or, qu’il faut regarder le côté ensoleillé de la vie ! Résolvons le problème du changement climatique si nous le pouvons.

Et donc, tout cela me rappelle ce mauvais spectacle son et lumière qui fut projeté sur la façade de Saint-Pierre voici quelque temps et qui tournait exclusivement autour du climat et de l’écologie.

Tout cela est beau et bon. Loin de moi de vouloir jouer les trouble-fête et de m’opposer au sauvetage des pandas : mais quand donc allons-nous reconnaître ce faux Evangile pour ce qu’il est, le bannir, le condamner, nous rappeler la foi chrétienne ?

Quand commencerons-nous à prêcher la nécessité de nous repentir de nos péchés et de croire au Fils de Dieu incarné, mort pour racheter le monde ? »

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commentaires

D
"Réveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi d'entre les morts, et le Christ t'illuminera" (Ephésiens 5, 14)
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D
La crèche est bien à l'image de l'enseignement pape François : innovante, et provocante simplement parce qu'elle sort des habitudes et des sentiers battus. Elle met l'accent sur les oeuvres, et non sur l'Incarnation, ce qu'on peut lui reprocher. Mais n'interpelle pas ainsi les Chrétiens sur le véritable sens de l'avènement du Christ ? Ne leur rappelle-t-elle pas, avec la foi, la nécessité des actes ? Ne nous rappelle-t-elle pas que le Christ veut créer en nous un homme nouveau, qui rompt avec nos habitudes ? ("Réveilles-toi, ô toi qui dors...")
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