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27 février 2017 1 27 /02 /février /2017 07:33

"Pyrrhon lui-même a souvent été présenté comme une sorte de sophiste, par exemple dans la légende qui nous le montre si incertain de l’existence des choses sensibles qu’il s’en va se heurter contre les arbres et les rochers, et que ses amis sont obligés de l’accompagner pour veiller sur lui. "

(Victor Brochard, Les Sceptiques grecs, Livre de Poche, 2002.)

Selon le philosophe Pyrrhon d’Elis (v. 365-275 av. J.C.) les réalités sont toutes aussi incertaines qu’indiscernables. Aussi nos sensations et nos jugements ne nous apprennent-ils ni le vrai ni le faux. Par conséquent, nous ne devons nous fier ni aux sens ni à la raison, mais demeurer sans opinion. Quelle que soit ce dont il est question, ce dont on parle, il faut l’affirmer et la nier à la fois, ou bien ni l’affirmer ni la nier.

La crise qui secoue l’Eglise est essentiellement due au “pyrrhonisme” qui s’est emparé des mentalités actuelles, y compris au sein du clergé.

Le “pyrrhonisme”, qui nie que la raison puisse atteindre la signification des réalités, débouche inévitablement sur une sorte d’illogisme qui fait le lit de ce que Benoît XVI appelait “la dictature du relativisme” : plus rien ne doit être considéré comme définitivement vrai. Tout doit demeurer dans l’ombre, dans la grisaille, dans l’incertitude, dans le subjectivisme. Tout doit dépendre des sentiments individuels, des besoins et des envies du moment, du contexte.

Dans l’Encyclique “Humani generis”, Pie XII avait enseigné que contre le pyrrhonisme qui caractérise l’esprit du monde moderne, il était nécessaire de reconnaître “l’authentique et exacte valeur de la connaissance humaine capable d’arriver à une vérité certaine et immuable.”

Dans la Constitution “Lumen gentium” de Vatican II, l’Eglise affirme, contre le pyrrhonisme, que par la lumière naturelle de la raison humaine nous pouvons connaître Dieu comme le principe et la fin de toute chose (LG, n.16). Cet enseignement sera repris et développé dans le “Catéchisme de l’Eglise catholique” (CEC, nn. 35 et ss.) qui doit beaucoup au Cardinal Ratzinger

Enfin, à travers la Constitution pastorale “Gaudium et spes”, l’Eglise condamne ceux qui enseignent ou admettent qu’il n’existe pas de vérité absolue et que, par conséquent, tout n’est que relatif : “On désigne sous le nom d’athéisme des phénomènes entre eux très divers. En effet, tandis que certains athées nient Dieu expressément, d’autres pensent que l’homme ne peut absolument rien affirmer de Lui. D’autres encore traitent le problème de Dieu de telle façon que ce problème semble dénué de sens.” (GS, n. 19 §2).

Aujourd’hui, le pyrrhonisme est largement introduit dans la mentalité catholique. Il conduit de nombreux fidèles - et parmi eux des membres éminents de la Hiérarchie - à penser que puisque l’esprit humain n’est pas capable d’appréhender la vérité une et immuable, l’Eglise ne doit plus être “monolithique” : elle ne peut que proposer “sa” vérité, mais à la condition de laisser chacun libre d’y faire des distinctions et des préférences en faisant appel à son jugement personnel.

Il faut donc s’interdire tout immobilisme qui conduirait à penser qu’un enseignement est définitif, que la doctrine est fixée, que la liturgie doit être célébrée dans le respect de règles objectives et stables qui en fixent le déroulement et en déterminent le sens.

Par la bouche d’un certain clergé postconciliaire, on a entendu dire que tout doit être relativisé et que, par conséquent, les évêques eux-mêmes doivent adapter et relativiser les enseignements de l’Eglise. Il s’agit là d’une grave défaillance de l’autorité pastorale qui conduit à ce qu’on puisse s’affirmer catholique tout en cultivant un scepticisme ouvrant sur d’infinies variations doctrinales, liturgique et morales considérées comme toutes aussi valables les unes que les autres. Dans ce mouvement, la morale “doit être vie, dynamique de vie et, à ce titre, soumise à une croissance intérieure qui écarte toute fixité”, disait le Cardinal Suenens en 1966.

Dans un tel contexte, il devient totalement impossible parler d’une “crise” de l’Eglise : comment pourrait-il y avoir crise quand il n’y a plus ni de mesures fixes ni d’instrument fiables pour discerner la foi de ce qui n’est pas la foi ? Comment pourrait-on parler de crise lorsque, dans des discours embrouillés, on arrive à prendre pour un enseignement clair ce qui, en fait, peut s’attacher à plusieurs idées opposées ?

Le “pyrrhonisme” engendre nécessairement le mobilisme dans tous les domaines : puisque plus rien ne doit avoir de stabilité et de signification, tout doit sans cesse être démoli et reconstruit, détruit et réinventé. Le “soyez fermes et immuables” de S. Paul (cf. 1Cor. 15) est alors remplacé par le “soyez mobiles et instables” de très nombreux clercs de l’Eglise postconciliaire. Les célébrations paroissiales doivent devenir l’outil qui favorise et entretient le “pyrrhonisme” dans l’esprit des fidèles : en remplaçant le sacré qui porte à l’universel par l’expression de l’émotivité (“C’était une belle messe” ; “A l’enterrement, on a écouté la chanson préférée de mamie”...) et en évacuant le Beau qui fixe le Vrai, les célébrations dites “liturgiques” (alors qu’elles ne sont plus guère que des “rencontres spirituelles”) aiguisent les sentiments individuels pour ne plus servir et véhiculer que le relativisme. Une messe ne doit donc plus être un acte d’Eglise stable qui transmet et signifie la Vérité permanente, mais une action privée et variable, sans cesse innovante, au cours de laquelle le célébrant - ou tout autre personne chargée de l’ “animation” - crée des formules vides et imagine des gestes sans rapports avec ceux de la Tradition. La liturgie perd son sens, comme le souligne le Cardinal Sarah, et dégringole au niveau d’une activité qui permettra au célébrant et à l’assemblée suiviste de se séparer de l’Eglise sans pour autant s’opposer ouvertement à elle. Ce qui est déjà le cas dans de très nombreuses paroisses.

On passe ainsi du “pyrrhonisme” au “mobilisme”, c’est-à-dire dans quelque chose qui n’est plus qu’un vague système de croyances déracinées de la foi catholique.

Dans ce “quelque chose” de radicalement nouveau, les célébrations recomposées, réinventées, sont présentées comme l’idéal du style nouveau que doivent avoir les messes (lesquelles se font maintenant sous des chapiteaux de cirques ou dans des salles de spectacles avec l’aval des évêques...), le but à atteindre étant d’induire les fidèles dans une religiosité qui, en dépréciant la raison et l’intelligence, interdit définitivement à l’homme de connaître Dieu et de s’approcher de Lui pour l’écouter nous parler dans le silence.

Nous sommes bien immergés dans cette Eglise du “pyrrhonisme” où les fidèles sont invités à ne plus réfléchir afin de pouvoir accepter sans sourciller n’importe quel chant, n’importe quelle nouveauté, n’importe quel discours, n’importe quelle bêtise liturgique ou catéchétique. Et dans cette Eglise “new look”, plus c’est gros et affligeant, mieux ça passe.

L'Eglise du “pyrrhonisme”
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G
Dictionnaire de la théologie contemporaine :<br /> "Bergoglianisme"<br /> <br /> "Une maladie spirituelle d'origine argentine trouvée pour la première fois au début du XXIe siècle et que l'on pensait être le résultat d'une localisation et d'une intensification de diverses souches du modernisme de la moitié du XXe siècle. Les premiers symptômes incluent l'iconoclasme institutionnel et rituel, l'incompréhension de la nature, des devoirs et des limites d’une fonction, les propos irresponsables en public, le népotisme incessant et la propension gratuite à insulter ses collaborateurs, ses fonctionnaires et son clergé.<br /> <br /> Si elle n'est pas traitée immédiatement, la pathologie avance rapidement vers l'hérésie. Les symptômes secondaires incluent un pastoralisme qui favorise l'hétéropraxie sacramentelle, les prétentions mégalomanes, le refus d'engager un dialogue substantiel, critique ou collégial avec ses collaborateurs ou de répondre avec clarté évangélique (Mt 5, 37) aux questions substantielles dûment posées, des épisodes d'extrême colère et d'agressivité vindicative envers les cadres inférieurs.<br /> <br /> Pour ceux dont la nutrition spirituelle est saine, le Bergoglianisme n'est normalement pas contagieux. Les personnes ayant des signes de modernisme sous toutes ses formes, ou ultramontanisme, sont à haut risque d'infection.<br /> <br /> Sous sa forme secondaire, le Bergolianisme est, sauf pour une intervention surnaturelle, spirituellement terminale."<br /> <br /> http://dieuetmoilenul.blogspot.fr/2017/01/dictionnaire-de-la-theologie.html
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