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24 février 2016 3 24 /02 /février /2016 06:50
Du Brexit à l'Eurexit ?

D'après un sondage YouGov publié vendredi 5 février par The Times, les partisans d'une sortie de l'Union européenne devancent de neuf points ceux qui prônent le maintien de la Grande-Bretagne au sein du bloc communautaire. 45% des Britanniques sont favorables à une sortie de l'Union alors que 36% disent vouloir y rester. Le Royaume Uni n’est pas devenu eurosceptique voire europhobe avec la crise des migrants. Le fonctionnement actuel de l’Union Européenne plongée dans cette double crise économique et migratoire, a accentué l’hostilité d'une partie des britanniques et du parti conservateur vis-à-vis de l’Europe. La situation économique de la Grande Bretagne est meilleure que dans la zone euro. Avec un taux de chômage qui a 5% est moitie moins qu'en France et une croissance économique a 2,2% doublement supérieure à la croissance française, on comprend bien que les Britanniques ne peuvent pas avoir une image très positive de l'Europe. [1]

 

Sur son site, l'économiste Charles Gave explique malgré tout que le referendum organisé le 23 juin en Grande-Bretagne sera l'occasion de voir une nouvelle campagne de la "peur" menée par les "milieux dits « d’affaires »" si le vote négatif l'emportait. Un vote instrumenté par les "partisans de l'euro" "fort bien représentés par le Financial Times, de façon générale", qui avaient utilisé les mêmes arguments pour essayer de "forcer la Grande-Bretagne à rejoindre la monnaie commune" ("la City allait voir son influence s’écrouler puisque la Grande Bretagne n’étant pas dans l’Euro, le marché de l’Euro irait automatiquement s’installer à Francfort ou à Paris, ce qui serait très dommageable pour les institutions financières Britanniques. On sait ce qu’il en advint…").

 

La campagne de la peur est menée par ceux qui "se précipitent à Davos chaque année et correspondraient chez nous à  messieurs Attali, Duhamel, Minc ou Bernard Henri-Levy dont chacun reconnait la remarquable capacité à ne faire que des erreurs et à se tromper tout le temps." Et alors même que l'UE n'est pas une construction démocratique mais technocratique ("Il n’y a pas de séparation des pouvoirs puisque la Commission détient à la fois le Pouvoir législatif et exécutif alors qu’elle n’est élue par personne").

 

Résumant "le choix" qui est donné au peuple britannique comme non pas le choix "pour ou contre l'Europe", mais un choix "pour ou contre la démocratie", l'auteur omet toutefois de préciser que la soit-disant "démocratie" représentative et parlementaire britannique inventée "depuis la magna carta imposée à Jean sans Terre" n'est pas elle-même une démocratie mais une oligarchie aux mains des banquiers de la City.

 

Le texte de Charles Gave a le mérite toutefois de rappeler que "les institutions Européennes n’ont JAMAIS respecté les souverainetés nationales puisqu’elles ont été créées pour les détruire" !

 

Le referendum britannique marquera l'affrontement entre deux oligarchies européennes rivales, une plus continentale européiste, fédérale et transatlantique et une plus souverainiste et confédérale, toutes les deux fortement liées l'une à l'autre.

 

La nouveauté est que sur le continent, (jusqu'ici) chaque tentative de s'émanciper de l'UE, chaque vote contre l'oligarchie européiste fédérale a été contourné. Charles Gave le rappelle très bien :

 

On se souvient du referendum sur la Constitution Européenne que la France et la Hollande ont rejeté pour se les voir imposer par un traité quelque temps après.

 

On se souvient aussi des Irlandais qui avaient voté non à l’Euro et qui furent invités à voter à nouveau jusqu’à ce qu’ils  acceptent l’Euro de guerre lasse, pour s’entendre dire ensuite qu’ils ne pourraient jamais plus en sortir.

 

On se souvient du vote des Grecs, immédiatement trahis par Tsipras dont on se demande combien il a touché pour trahir ses électeurs aussi rapidement.

 

Comme l’a dit fort clairement le ministre des finances Allemand « il n’y a pas de sortie démocratique des institutions européennes». On ne saurait être plus clair : c’est ce que disait Brejnev aux Tchèques ou aux Polonais en 1968, en mettant en avant sa théorie de la « Souveraineté limitée »

 

 

 

Lire: 5 minutes pour comprendre l'illusion du vote

 

C'est donc au tour de la Grande-Bretagne de se prononcer.

Et l'on pourra vérifier si le vote y est davantage respecté, ou non.

 

On peut dors et déjà dire que si le referendum aboutissait à un brexit et que le vote était respecté, le projet fédéraliste anti-souverainiste de l'UE sera fortement atteint et pourrait, rapidement, s'écrouler tel un chateau de cartes.

 

C'est la raison pour laquelle toute l'oligarchie continentale, qui depuis des années a misé sur le projet fédéraliste de l'Europe cède tout au Premier ministre britannique.

 

David Cameron, partisan d'un maintien de la Grande-Bretagne dans l'UE, a en effet obtenu tout ce qu'il voulait. En matière d'immigration, il a obtenu une clause de sauvegarde de sept ans sur certaines aides sociales pour les nouveaux migrants, qui permet de limiter les versements selon une échelle graduelle. Un système sera également mis en place pour indexer les allocations familiales au niveau de vie du pays où vivent les enfants. Cela s'applique aux nouveaux demandeurs mais peut être étendu aux bénéficiaires actuels à partir de 2020. En matière de souveraineté, il s'est assuré d'une exemption pour le Royaume-Uni sur "l'Union toujours plus étroite", qui doit être inscrite dans les traités si l'opportunité de leur remaniement se présentait. Le "carton rouge" est présent sous condition d'une alliance de 55% des votes alloués aux parlements nationaux, ce qui le rend compliqué en pratique. Sur le principe de subsidiarité, Cameron a indiqué qu'il prévoyait de prendre de nouvelles mesures pour protéger la souveraineté britannique. En matière de gouvernance économique, Cameron revendique avoir obtenu des protections pour la City contre toute discrimination des pays utilisant la monnaie unique, estimant que l'UE reconnaissait "pour la première fois" qu'elle avait plusieurs monnaies. Mais le vocabulaire du texte reste vague: les institutions de l'Union "faciliteront la coexistence entre plusieurs perspectives". Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a de son côté insisté que l'accord n'accordait aucun veto à Londres en matière de décision. En matière de compétitivité et de libre-échange, Cameron s'est vu accordé moins de charges administratives, la libre-circulation du capital, des biens et des services: une partie qui n'a jamais été vraiment problématique, la "compétitivité" étant une priorité de la Commission Juncker... [3]

 

En fin de compte, que s'est-il passé? Karine Bechet-Golovko l'explique :

 

La Grande Bretagne n'a jamais caché que l'UE l'intéresse dans son volet économique, permettant de lever les entraves nationales à la circulation des biens, des capitaux et des personnes, surtout lorsque ces personnes sont des hommes d'affaires. Le volet politique n'intéresse pas du tout le pays qui se voit comme une nation souveraine et entend le rester, quant au volet social il n'entre simplement pas dans sa conception de la gouvernance. Au Conseil européen, D. Cameron a obtenu que sa vision politique soit consacrée. Mais qu'elle ne le soit que pour la Grande Bretagne. Et c'est ici que le bât blesse.

 

Que la Grande Bretagne se batte pour défendre ses intérêts, c'est normal. Que les autres pays européens ne le fasse pas est problématique. Au nom d'une construction "européenne", qui ne porte d'européen plus que le nom. La Grande Bretagne a obtenu le droit de rester un état, au prix des autres états qui se sont écrasés pour sauver une structure qui ne correspond plus au projet pour lequel elle avait été créée. L'UE a bradé l'intérêt des états européens continentaux pour sauver son existence. Et l'on retrouve cette scission historique entre pays européens continentaux et anglo-saxons à nouveau se dresser devant nous.

 

L'UE se replie sur l'Europe continentale qu'elle continue à affaiblir, à destructurer, à "désétatiser". Ce territoire qui va devoir se débrouiller avec les crises économiques, sociales, les immigrés. Et la Grande Bretagne, protégeant la City de son corps, va pouvoir regarder à distance, aider l'UE à se développer, à créer ce Super-état européen, monstre désarticulé sans colonne vertébrale, le tout en gardant un accès facilité au marché, en protégeant ses institutions étatiques, sans lesquelles aucune société ne peut prospérer.

 

Il ne reste qu'une voie: "l'Eurexit". Mais avoir le droit d'être un état, aujourd'hui, ça se mérite. Et l'Europe continentale vient d'abdiquer ce droit. [4]

 

Un mouvement politique italien prône l'Eurexit qui favorise la sortie de l'euro comme monnaie unique.

 

Notes

 

[1] Brexit en hausse dans les sondages : pourquoi les Britanniques ne vivent pas la crise de l’Europe sur le même mode que nous, Atlantico, 7 février 2016

[2] Brexit ou pas Brexit?, Institut des Libertés, Par Charles Gave, 22 février, 2016

[3] Ce que David Cameron voulait et ce qu'il a obtenu dans l'accord avec l'UE, AFP, Publication: 20/02/2016 09h06 CET Mis à jour: 20/02/2016 09h53)

[4] Le Conseil de toutes les lâchetés: du Brexit à l'Eurexit, Russie Politics, 21 février 2016

 

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commentaires

Cadoudal 24/02/2016 08:24

"lever les entraves nationales à la circulation des biens, des capitaux et des personnes," Tout est là ce fut le motif fondamental de la Révolution "française" qui perdure. C'est le libéralisme libertaire des suppôts de Mammon.