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13 janvier 2016 3 13 /01 /janvier /2016 11:35
"Gustave Flaubert et le Grand Orient de France" (Olivier Roney)

Dans la video « Gustave Flaubert et le Grand Orient » (à partir de 10:04), Olivier Roney, interrogé par Eric van Den Baivère de la Librairie "Notre Dame de France", au sujet du premier tome de son ouvrage sur « Flaubert et le Grand Orient de France », retrace rapidement une histoire, peu connue, celle des liens entre le pouvoir et la franc-maçonnerie en France depuis Louis XV, liens toujours aussi puissants sans jamais que l'exigence démocratique ne puisse réellement contrôler qui fait quoi (inexistence de toute déclaration d'appartenance à la franc-maçonnerie devant la dite "représentation" du peuple ou "Parlement")

Il ne faut pas s'étonner aujourd'hui des conséquences concrètes du verrouillage politique réalisé par la franc-maçonnerie sur la vie des Français, en termes de diminution de nos droits et libertés, de trucages des votes, de mépris des voeux réels du peuple, d'accroissement des écarts de richesses et des inégalités, de disparition de la culture, d'augmentation de l'illetrisme, de la baisse du niveau scolaire au palmares mondial, de l'ascenseur social en panne (enquête PISA), de dévoiement des valeurs et des principes millénaires qui ont fondé la France, ainsi qu'en terme de "changement de civilisation" souhaité par les élites oligarchiques [1], afin que la consommation tourne au mieux et conduise le peuple au "bonheur".

Extrait:

 

"Louis XV entre en conflit avec la Couronne d'Angleterre quant à la Succession de la Couronne d'Autriche. Cette lutte politique entre la France et l'Angleterre va, au bout du compte, faire que Louis XV va interdire une maçonnerie, qui est une maçonnerie anglaise et qui s'appelait la 'Grande Loge de France'. Pourquoi ? Parce qu'il s'est aperçu qu'il y avait à travers cette maçonnerie anglaise des attaques du royaume de France qui avaient été mises en place. On retrouve cet épisode dans le livre d'Alexandre Dumas, Joseph Balsamo (1853). Malgré tout, le système maçonnique étant un système de contrôle du peuple, il a été favorable à la reconstruction d'une franc-maçonnerie 'française' (les guillemets sont de nous. Ndlr.) et cette maçonnerie française va s'appeler le 'Grand Orient de France'.

Alors qui va diriger le 'Grand Orient de France' ? C'est tout simplement les cousins. C'est la Cour de Versailles. C'est les Montmorency-Luxembourg, le duc d'Orléans, Saint-Simon. Grâce à ce réseau qu'il reconstruit avec ses cousins, il va pouvoir contrôler et être informé de ce qui se passe dans le pays, maîtriser le royaume. A partir de là on peut se poser la question de la vraie utilité de la maçonnerie pour le pouvoir.

Et on a un autre épisode très intéressant, (celui) des manigances du duc d'Orléans, quand Louis XVI arrive au pouvoir, qui, jaloux, va essayer de donner un coup de coude à son cousin pour prendre sa place... Sauf que cela ne se passe pas très bien,... et il va utiliser la franc-maçonnerie pour déstabiliser le pays.

Alors, c'est vrai que Louis XVI, à cette époque, n'était pas très vigilant de ce qui se passait. Cela a donc donné carte blanche au duc d'Orléans pour déstabiliser le pays. Sauf que cela a dérapé. Et l'on est arrivé au moment de la Terreur, où les bourgeois et les aristocrates se sont retrouvés eux-mêmes très rapidement sous le couperet de la guillotine (dans un processus bien défini par l'historien Patrice Gueniffey reprenant le concept de "radicalisation cumulative du discours" à Hans Mommsen dans "Le National-Socialisme et la société allemande, Paris, Fondation de la Maison des sciences de l'homme, 1997, p. 67-99. Ndlr.) [2]

 Ce qui a d'ailleurs décidé Talleyrand à en finir avec Robespierre. Talleyrand, c'est un franc-maçon, un des principaux dirigeants du 'Grand Orient de France' à cette époque et il va s'organiser pour en finir avec Robespierre. Donc, la franc-maçonnerie (après l'avoir ouverte: 80% des guillotinés était des petites gens. Ndlr.) va mettre un terme à la Terreur et tout, doucement, reconstituer le tissu social qui avait été en quelque sorte malmené.

On arrive avec Bonaparte. De nouveau, qui va être à la tête du 'Grand Orient de France' ? Son frère. Puis, sous Napoléon III, qui encore une fois sera 'Grand Maître du Grand Orient de France' ? Lucien Murat, un cousin de Napoléon III. Et comme cela ne se passe pas très bien avec Murat, il va le remplacer par un Maréchal, le Maréchal Magnan, qui n'étant pas maçon, va être 'initié' en 48 heures et nommé d'office 'Grand Maître du Grand Orient de France'...

Arrive -ce qui est le plus étonnant-, au moment de la Commune, on nous fait croire que la franc-maçonnerie s'est levée avec le peuple pour organiser une révolution. Mais c'est faux, parce que nous avons à ce moment-là, sous Thiers (2e président de la IIIe république 1871-1873), un 'Grand Maître du Grand Orient de France', qui s'appelle Laribière, qui au moment de la Commune s'est tout de suite rangé aux côtés de Thiers, puisque de toutes façons, c'est Thiers qui tenait la franc-maçonnerie. Et les malheureux dissidents francs-maçons qui sont restés sur les barricades, ceux qui n'ont pas été tués par les balles des soldats, ont été dénoncés et livrés à Thiers, qui les aura par la suite faite exécuter ou déporter. Donc la franc-maçonnerie à cette époque-là, a été contre la Commune et aux côtés de Thiers dans cette guerre civile.

Et l'on s'aperçoit au bout du compte, que la franc-maçonnerie et l'Etat, c'est la même chose.

L'affaire des fiches qui aura lieu au début du XXe siècle, nous montre le fonctionnement de la franc-maçonnerie. Comment ça marche ? Vous avez des loges, à partir de là des travaux, des travaux qui remontent, arrivent dans les mains de celui qui dirige (un président, un empereur, un roi). A partir de là, des actions politiques vont être menées pour conserver la stabilité du pays (ou au contraire précipiter le chaos.. Ndlr.). Donc, la franc-maçonnerie a toujours été un instrument du pouvoir. A partir de là, on peut aussi démystifier cette idée de complot maçonnique, puisque la franc-maçonnerie, c'est l'Etat.

[Ndlr. Rappelons tout de même que si des francs-maçons ont pu être royalistes au XVIII et XIXe siècles, la tête de la franc-maçonnerie au XVIIIe, elle - les Illuminés de Bavière qui l'ont infiltrée -, avait pour but final le renversement de toute autorité qui ne soit pas maçonnique et le renversement immédiat (notamment) de la monarchie française, et de son alliance entre le trône et l'autel, pour y substituer l'alliance du trône et de la franc-maçonnerie. Lire l'ouvrage jamais contredit (dans ses témoignages) de l'abbé Barruel, "Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme" (1798), dont vous trouverez ici des extraits significatifs.]

Et c'est parce que Flaubert va être confronté à cela, qu'il va avoir du souci, parce que quand il écrit "Le Candidat" (1874), il attaque le pouvoir. [Add. Ndlr. C'est à cette époque que l'auteur sera confronté aux pires manigances orchestrées par les Franc-Maçon de la très célèbre république des frères. Aujourd'hui on ne peut que constater, avec stupeur, que la censure autour de l'œuvre de Flaubert perdure, derrière le masque de l'élitisme, par cette même obédience, le Grand Orient de France. Source]

 

... (Et depuis) c'est toujours la même histoire. Et aujourd'hui, il y a deux tendances au 'Grand Orient de France', la tendance proche de Bartolone (Ndlr. Voir ici et .) et la tendance proche de Hollande. Il y a les hollandistes et les barteloniens. Et bien évidemment c'est la mouvance hollandiste qui tient le 'Grand Orient de France', puisque Daniel Keller est proche du président la république.

 

Encore une fois, on est sur le même schéma.

 

(Dans Le Candidat), Flaubert attaque l'hypocrisie, la sournoiserie des politiciens. En 1874, à un an de l'amendement Wallon (Ndlr. qui définit la nature du régime politique comme une "république"), Flaubert met directement en cause le système. Il continuera jusqu'à quelques mois avant sa mort, puisqu'à ce moment-là, Zola songeait à un journal et il voulait avec Maupassant, écrire un certain nombre d'articles, dont le thème était "les tyrans du XIXe siècle".

Il (Flaubert) mettait en cause les grands responsables, qui étaient les hommes de finance. Il attaquait les élus, mais aussi ceux qui les financent. De cette dernière partie de son travail, il dira en montrant du doigt la maison Rothschild : 'Les misérables sus sommés -les Rothschild- ont fait verser plus de larmes que Waterloo et Sedan.' Donc là, il est en confrontation directe avec cette bourgeoisie rouennaise - donc les grands financiers qui sont chapotés par Rockefeller et Rothschild -, le 'Grand Orient de France' étant, entre guillemets, racheté par ces grandes puissances financières.

Alors naturellement, cela lui a causé un certain nombre de problèmes financiers qui le pousseront jusqu'à la ruine. On peut aller jusqu'à se poser la question de savoir si on l'a pas un peu aidé."

"Puisque Flaubert meurt dans la misère, en 1880", précise Eric van Den Baivère.

Olivier Roney a présenté son livre "Gustave Flaubert et le Grand-Orient de France" sur Tv-Libertés, dans l'émission Perles de Culture, présentée par Anne Brassié :

Extrait (à partir de 12:28):

 

"Au milieu du XIXe siècle, on est confronté à un phénomène qu'ils appellent le phénomène des Contre-Lumières, cela signifie que la franc-maçonnerie n'a plus véritablement de volonté spirituelle, mais prend fondamentalement une dimension économique. Et donc ce sont les industriels qui s'emparent de ce réseau (de la franc-maçonnerie) pour instaurer une forme d'emprise sociale. Et la franc-maçonnerie à ce moment-là devient politique. Et donc à l'époque (on est après la guerre de 1870), avec le pétrole, on a à la tête de la franc-maçonnerie des hommes d'affaires qui sont très puissants.

 

Anne Brassié, citant Flaubert dans le livre d'Olivier Roney, explique que "le constat de Flaubert est très violent" :

 

"De temps à autres, dans les villes, j'ouvre un journal. Il me semble que nous allons rondement, nous dansons non pas sur un volcan, mais sur la planche d'une latrine qui m'a l'air passablement pourrie. La société prochaine ira se noyer dans la merde de 19 siècles et l'on gueulera raides."

 

Olivier Roney explique alors qu'à ce moment-là (fin XIXe siècle),

 

"la culture, ce n'est pas bien. Il faut surtout ne pas parler de culture. Donc, pas de latin, pas de grec. Il faut que les gens restent suffisamment stupides et abrutis pour pouvoir bien consommer. Aujourd'hui, on est dans cette situation-là, et on peut se retrouver dans la phrase de Gustave Flaubert." (Fin de citation)

Dans un entretien à BTLV, Olivier Roney explique :

 

"C'est l'Oligarchie qui décide de contrôler la connaissance, qui décide de dire ceci ou de ne pas dire cela.

 

...On est carrément là-dedans, et à Rouen, encore une fois, oui. Parce que là, quand moi j'ai présenté une exposition sur le voyage en Egypte au Musée Flaubert, dès que j'ai commencé à m'intéresser à la franc-maçonnerie de Gustave Flaubert, alors là, cela a été une omerta totale, interdit de subvention ou de quoique ce soit.

Il y a aussi un maillage politique fabiusien qui vous empêche de bosser même pour la petite ville du coin parce que le maire est socialiste et qu'ils sont tous pour un et tous pourris... On est verrouillé."

Notes

 

[1] "C'est une réforme de société et on peut même dire une réforme de civilisation", a déclaré Christiane Taubira, le 7 novembre 2012, dans un entretien publié dans "Ouest France", à propos du projet de loi sur l'ouverture du mariage et de l'adoption aux couples homosexuels. Source: "Mariage homosexuel: "une réforme de civilisation" pour Christiane Taubira", Publié le 07-11-2012 à 11h40

[2] "La 'Révolution' échappe en effet à toute définition stable. Elle est la promesse vague de liberté et de bonheur qui ouvre un espace infini aux spéculations. Il ne peut exister sur ces questions (d'ordre métaphysique, Ndlr.) aucune définition qui fasse autorité. Sitôt formulée, toute définition de la révolution s'expose à la concurrence d'autres définitions qui en approfondiront la nature et en radicaliseront les objectifs. Là réside le moteur de la dynamique révolutionnaire qui, d'outrance en surenchère dans la définition des fins et le choix des moyens, conduit inexorablement à travers un processus de radicalisation cumulative du discours, à la violence." (Patrice Gueniffey, La Politique de la Terreur, Essai sur la violence révolutionnaire, Fayard 2000, réed. Tel Gallimard, Mesnil-sur-l'Estrée 2003, p. 230.)

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