Si la Révolution a fondé une nouvelle société, tout à fait différente de ce qu'était l'ancienne, néanmoins la Révolution s'est montré incapable de fonder un régime politique stable et durable. Depuis 1789, nous avons eu quinze constitutions successives. Et peut-être d'ailleurs aurons-nous bientôt une seizième avec une VIe République.
Peinture historique romantique d'Eugène Delacroix (1830). Commémore la Révolution libérale de Juillet (28 juillet 1830)
aurons-nous une seizième constitution, et , le "barrage" à un Front national trop haut, un nouveau coup d'Etat ? Pour éviter un coup d'Etat classique, dur et violent, le système est bien capable en effet de procéder à des changements institutionnels en douceur, car la menace n'est pas celle de l'Etat islamique ni celle du chômage, mais celle du Front national qu'il s'agit d'empêcher de remporter des élections via les institutions actuelles. Cela a été par exemple avant les Régionales 2015 la vraie raison de la fusion des 22 régions en 13.
Lire : "Dans une France à 22 régions, le FN aurait conquis le Languedoc-Roussillon"
Et c'est tout le sujet des discussions actuellement dans la classe politico-médiatique mondialiste : constituer un "rassemblement" entre la "droite" et la "gauche" destiné à gouverner en faisant "rempart" au Front national ? Un "rassemblement" qui écarte 7 millions de Français.
Lire : Ce que l'histoire retiendra des Régionales 2015
Cette façon de faire reste tout de même très dangereuse pour la paix dans ce pays.
Hier, Jean-François Copé (Les Républicains) a proposé des "Etats généraux de la droite et du Centre, premier pas vers le sursaut français". Des Etats généraux" que l'auteur nous affirme "ouverts à tous les Français".
Première raison affichée : "Les résultats du premier tour des régionales ont fait l’effet d’un coup de tonnerre." Ca commence bien...
Puis arrive la vraie raison de ces "Etats généraux" : "la digue est près de céder. ... Bien sûr, les Français se sont mobilisés hier en nombre pour faire obstacle au Front National. Mais son score dans chacune des régions est demeuré stable et il a progressé en nombre de voix quasiment partout entre les deux tours."
La phrase "Les Français n’y croient plus et, avant tout, ne croient plus en la parole politique" n'arrive qu'après.
Et encore après : "Il faut dire la réalité que vivent des millions de Français : un chômage qui ne cesse d’augmenter, des impôts sans cesse plus élevés sans que le sort de chacun s’en trouve amélioré, un ascenseur social en panne, la peur du terrorisme, des quartiers dans lesquels les lois de la République sont bafouées…" Jean-François Copé conclut son baratin comme a pu le dire son collègue franc-maçon "Grand Orient de France" de la région Nord-Pas-de-Calais, Xavier Bertrand : "Ces élections régionales sont la dernière alerte."
Bref, on l'aura compris l'oligarchie s'active... Ce qu'elle n'a pas compris, c'est que les Français en ont assez des paroles, ils veulent des actes. Si donc des "Etats généraux" doivent être réellement convoqués, qu'on les convoque dans leur forme de 1789 (vote organique "par corps" et non plus individualiste "par tête", et vote avec mandats impératifs !) Chiche ?! Le vote "par tête" (1791) marque la naissance de l'oligarchie et inaugure le règne de l'argent. D'autre part, le vote "par tête" était inconnu des Français avant la Révolution de 1789 : il n'était connu que des Jacobins, c'est-à-dire une toute petite minorité. "En 1789, selon le mot de Camille Desmoulins, il n’y avait pas dix républicains avoués en France." (Jacques Bainville, Histoire de France)
Il faut évoquer ici le vice fondamental des institutions républicaines depuis 1792, qui est l'incapacité à fonder un régime politique stable sur la destruction de l'ancienne légitimité politique, ainsi que le problème récurrent d'une représentation faussée des Français, une démocratie détournée. Et des "Etats généraux" organisés dans le cadre de ce système-là ne changeront rien à ce vice fondamental et ne règleront pas les problèmes des Français.
On entend régulièrement la critique selon laquelle la démocratie est contournée, une illusion. Ceci engendre parmi le peuple une abstention massive, c'est une réalité, ainsi qu'une défiance de la "représentation" nationale.
Il s'agirait donc de corriger le problème récurrent de la légitimité politique introuvable dans la Volonté générale, et une représentation qui s'est dotée de la souveraineté à la place du peuple et celle du Roi qui l'incarnait dans les anciennes institutions de la France.
Dans le régime dit "représentatif" issu de la Révolution de 1789, les élus se sont dotés de mandats indirects. Indépendants de leurs commettants, ils se sont sont transformés en "représentants" de la nation, "chargés, nous dit François Furet, de la part véritablement royale du procès politique: élaborer par leur délibération collective la volonté nationale. Délibérer, légiférer, dire et incarner cette volonté,... telle est la vaste prérogative donnée par la Révolution - Assemblée constituante, Assemblée Législative, et Convention ensemble - ... à la 'représentation nationale', à l'abri de tout contrôle d'en-bas; si vaste que Carré de Malberg l'a analysée comme un 'absolutisme parlementaire' et Marcel Gauchet, plus récemment, comme un 'rousseauisme à représentants'." (F. Furet, préface in Patrice Gueniffey, Le Nombre et la Raison, La Révolution française et les élections, préface de François Furet, Editions de l'Ecole des Hautes Etudes en sciences sociales, Paris 1993, p. V-VI.)
, l'historien Patrice Gueniffey a expliqué que le vice congénital de la république depuis 1792 vient d'une
Pour le premier problème, l'instabilité de régimes qui ne tiennet pas, nous proposons de réinstituer la royauté traditionnelle en France, où le roi est doté "
Le roi redevient le Souverain (. Cette solution élimine le problème des coups d'Etat et des régimes successifs qui tentent de se légitimer les uns après les autres, sans jamais trouver de stabilité gouvernementale solide. Une solution où la légitimité politique est fondée sur un principe transcendant supérieur à la Volonté générale. Ce principe supérieur pourrait être idéalement à nouveau les , ou encore comme l'a proposé Philippe de Villiers récemment, les deux premiers murs porteurs (le caractère sacré de la vie, la filiation comme repère), autrement dit la loi naturelle.
Pour le second problème, celui de la représentation, nos lecteurs peuvent se reporter ici et là pour mieux comprendre la représentation organique telle qu'elle s'était pratiquée aux vrais Etats généraux de 1789.
L'abstention ne vient pas tant de l'absence d'une réelle offre politique (l'offre reste toujours la même dans le cadre de partis partageant tous les mêmes "valeurs" républicaines, c'est-à-dire les principes corrompus et dévoyés du vote et de la représentation) ou de la complexité ou de la lourdeurs des procédures électives mises en oeuvre, que d'une représentation faussée et une démocratie systématiquement contournée dès lors qu'elle ne va pas dans le sens de l'oligarchie parisienne (celles des Loges et des Clubs).
Comme nos lecteurs le savent, il y avait plus de "démocratie" avant 1789 qu'après.
" avant 1789 qu'après, car débarrassé de l'oligarchie.
Notes
[1] Etat d’urgence et article 16 : pourquoi Hollande veut-il réviser la Constitution ?, Le Monde.fr | 16.11.2015 à 22h01 • Mis à jour le 17.11.2015 à 07h52
[2] Patrice Gueniffey, La Politique de la Terreur, Essai sur la violence révolutionnaire, Fayard 2000, réed. Tel Gallimard, Mesnil-sur-l'Estrée 2003, p. 206. Et . La Révolution française et les élections, Paris, éd. de l'EHESS, 1993, p. 208-213.
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