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9 octobre 2015 5 09 /10 /octobre /2015 11:08

Nous disions avant-hier que la "brèche" ouverte dans laquelle s'engouffrent tous les groupes de pression au Synode était comme "une porte grande ouverte vers une explosion des divorces". Tout se passe en effet comme si les novateurs ouvraient la boîte de Pandore, boîte contenant tous les maux de l'humanité qui ne feraient qu'aggraver les problèmes. Des convertis venus du protestantisme répondent aux novateurs favorables entre autres à la distribution de la communion aux divorcés remariés, en les avertissant que leurs novations, ne respectant pas la vérité, ne feront qu'aggraver les souffrances qu'elles pétendaient alléger.

 

Les novateurs seront-ils à l'écoute ? Leurs oreilles entendront-elles ? Rien n'est moins sûr.

Synode: des convertis venus du protestantisme répondent aux novateurs

« Respectez l’enseignement du Christ ». Les convertis écrivent aux pères synodaux

Une centaine de convertis au catholicisme lancent un plaidoyer et appelent le synode à l'audace. [1]

 

Adressée au Pape et aux pères du synode disciples du cardinal Kasper favorable à la distribution de la communion aux divorcés remariés, la « Lettre ouverte au synode de plus de 100 convertis » les appelle à « maintenir les enseignements du Christ sur le caractère indissoluble du mariage avec la même fidélité, le même entrain et le même témoignage courageux dont l’Église catholique a fait preuve tout au long de son histoire ».

 

 

Les signataires y expliquent que l’enseignement de l’Église sur le mariage et la sexualité, qui est désormais critiqué jusqu’en son sein, était précisément ce qui les avait aidé à se tourner vers l’Église, surtout à l’heure où elle constituait un rempart face à une société qui commençait à rejeter ces vérités.

 

C’est la discipline envers les divorcés et remariés qui est particulièrement visée. Les propositions de certains pères, selon eux, ne répondent pas « à la véritable crise de la famille » qui sous-tend le divorce, la contraception, la cohabitation, et le mariage homosexuel. En conclusion, les signataires espèrent que leur témoignage mettant à l’honneur la force des enseignements de l’Église renforcera les pères.

 

Margaret McCarthy, de l’Institut d’études sur le mariage et la famille, et organisatrice de l’initiative, s’est lancée après avoir pris conscience de l’importance du mariage et du divorce dès les prémisses du christianisme : même les disciples étaient scandalisés, estimant qu’il « valait mieux ne pas se marier ! ».

 

Mais l’enseignement de Jésus rend le mariage attractif grâce au « cachet d’éternité » qu’il lui confère, car il nous aide à cheminer vers Dieu. Il en va de même pour le désir d’enfant des premiers chrétiens, et de leur haute considération envers la femme et la création, qui se différenciait nettement des croyances et pratiques des païens. « De nombreux convertis ont été attirés par la ténacité de l’Église sur les questions en lien avec l’existence humaine incarnée pour des raisons de rigueur morale mais aussi, et surtout, car cela exprimait tout l’attrait du Christ, le Verbe fait chair. »

 

Cette lettre a été signée par plus de 130 personnes converties à l’âge adulte, dont de nombreux pasteurs venus du protestantisme !

 

Parmi les signataires, on peut retrouver Frank Beckwith, philosophe. Ce dernier, qui se dit « reverti » puisqu’après avoir quitté l’Église à 14 ans, il y est revenu attiré par l’enseignement de l’Église (on les appelle aussi « Born again », ndlr). Il s’inquiète : « Même si le synode n’a pas le pouvoir ecclésial lui permettant de changer l’enseignement catholique en la matière, il est susceptible de présenter au monde un langage prêtant à confusion, tant et si bien que la prochaine génération de catholiques risque d’être privée de la connaissance et de l’expérience de l’enseignement de l’Église dans toute sa richesse ».

 

Pour Mark Regnerus, sociologue auteur d’études sociologiques sur les enfants au sein de foyers homosexuels et signataire de la lettre, « sans miséricorde, nous serions tous perdus, car la vérité est pour nous un défi, surtout dans ce domaine. La vérité, sans miséricorde, est cruelle, mais la miséricorde qui ignore sciemment la vérité est tout aussi cruelle et dépourvue de sens ». Enfant, il a été élevé dans le presbytérianisme. C’est après avoir lu un résumé de la Théologie du Corps de Jean Paul II qu’il a eu une « véritable prise de conscience ». Il dit s’être senti embarrassé par des traditions trop légères, et des pensées simplistes ou individualistes sur chacun de des points visés par l’ouvrage de saint Jean-Paul II : « Cela a été pour moi un véritable enseignement, et continue de l’être ».

 

Les 100 convertis disent leur « surprise » au sujet des propositions visant à permettre l’accès des divorcés « remariés » à l’Eucharistie, soulignant : « Nous ne voyons pas comment ces propositions peuvent faire autre chose que de contredire la doctrine catholique sur le mariage elle-même ».

 

Ils reconnaissent qu’ils auraient tous rejeté tout ou partie de cet enseignement au cours de leur vie antérieure, mais que c’est précisément en constatant les « dommages » causés par « les conceptions populaires autour de la sexualité humaine, et pendant que certaines de nos communautés commençaient à céder à la culture dominante… et ses tendances croissantes au gnosticisme » qu’ils ont commencer à se douter que l’Eglise pouvait bien avoir raison.

 

« Pour peu populaire qu’il fût souvent, l’enseignement de l’Eglise sur les réalités de la vie nous est devenu étrangement attirant. Et avec le temps, nous avons été convaincus qu’il exprime la vérité la plus profonde sur nous-mêmes, une vérité qui est à la fois bonne et belle, quel que soit son caractère exigeant. Ce sont même la « certitude et la confiance » affichées par l’Eglise en ce domaine, malgré « l’opposition hostile » du monde, qui les ont persuadés qu’ils y « trouveraient la vie du Christ, tel qu’Il est réellement ». C’était le signe que « l’Eglise était le lien le plus sûr vers Jésus-Christ Incarné ».

 

« Spécialement en ce qui concerne le corps humain, nous avons compris que le caractère radical de ce qu’affirme le chrétien – que Dieu le Fils a assumé toute chair en Lui-même – était en jeu. » Il a révélé à l’humanité ce qu’elle signifie, et « Il a apporté quelque chose de nouveau à cette même humanité, en lui donnant, miséricordieusement, une part dans sa propre fidélité à l’Eglise ».

 

« Ce n’est donc pas par accident que les chrétiens des premiers temps ont été attirés par l’Eglise par l’humanité radieuse de ceux qui suivaient le Christ, par exemple à travers leurs attitudes spécifiques à l’égard des femmes, des enfants, de la sexualité humaine et du mariage. Et ce n’est pas un hasard si, pour les mêmes raisons, nous avons nous aussi été attirés par l’Eglise bien des siècles plus tard. »

 

« Nous sommes reconnaissants de voir que l’on se penche sur un problème qui cause de tels graves dommages à des époux et des épouses, à leurs enfants, et à la culture en général » – les 100 signataires de l’appel font part de leur inquiétude face aux propositions de Kasper par rapport à l’accès à la communion.

 

Les signataires reprochent aux novateurs de capituler devant un problème qu'ils prétendent résoudre : « Non seulement les changements de la discipline de l’Eglise souhaités par certains sont incapables de répondre au défi auquel nous sommes confrontés, mais ils nous semble qu’ils capitulent devant le problème qu’ils prétendent résoudre. »

 

« Nous ne voyons pas non plus comment de telles innovations pourraient être pastorales ou miséricordieuses. Quelles que soient leurs bons sentiments, les réponses pastorales qui ne respectent pas la vérité ne peuvent qu’aggraver les souffrances qu’elles prétendent alléger. Nous ne pouvons nous empêcher de penser aux époux abandonnés et à leurs enfants. Si nous pensons aux générations à venir, comment de tels changements pourraient-ils promouvoir chez les jeunes une appréciation de la beauté de l’indissolubilité du mariage ? »

 

La longue liste des signataires se trouve sur le site d’Aleteia en anglais. Beaucoup de noms seront peu connus des francophones, mais les parcours méritent un coup d’œil. On y trouve entre autres également, John Finnis, professeur émérite d’Oxford, Scott Hahn et son épouse Kimberly (auteurs de Rome Sweet Home), et Austin Ruse et son épouse (de C-Fam). [2]

« Profondément stupide », la proposition de changer la discipline de la communion, témoigne également un ancien anglican le P. Hunwicke. « Et voilà que refait surface la suggestion profondément stupide que la discipline actuelle de l’Eglise refusant la communion aux “divorcés remariés” puisse être remplacée (évidemment sur le seul plan individuel), par (cela va sans dire) une période très dure de discipline pénitentielle, suivie de la réadmission » : l’ironie du P. John Hunwicke, ancien anglican, n’est pas seulement d’apparence. Il explique sur son blog que l’Eglise anglicane a parcouru ce chemin. « Ennuyeux ». Et extrêmement mal avisé.
 

Synode: des convertis venus du protestantisme répondent aux novateurs

Le P. Hunwicke est un ancien professeur de latin, de grec et de littérature à Lancing College ; il était également chef des études de théologie dans ce prestigieux pensionnat anglican, et chapelain assistant. Il a exercé en paroisse et chargé de recherche à Oxford. Une « tête »… Converti, il est aujourd’hui incardiné dans l’Ordinariat personnel de Notre-Dame de Walsingham. Son blog, dit-il, exprime ses opinions personnelles, mais il s’efforce de s’exprimer de manière conforme au magistère, et prie à cette fin.

 

Dans sa note du 6 octobre, il s’exprime précisément en faveur du magistère pérenne par une mise en garde vécue.
 
« Nous avons essayé de mettre en place tout cela dans l’Eglise d’Angleterre. Je me souviens qu’à l’époque j’ai été ordonné à la prêtrise dans les années 1960, ceux qui étaient impliqués dans un “second mariage” où l’un des partenaires avait déjà validement épousé quelqu’un d’autre, étaient censés faire l’objet d’une exclusion disciplinaire de la sainte communion pendant six mois.
 
« C’est resté lettre morte. Ni les évêques ni le clergé de paroisse n’étaient prêts à prendre le risque de la fureur… pardon, la Blessure… de ceux qui étaient invités à se soumettre à une telle discipline.
 
« Croyez-moi : nous avons essayé de mettre en œuvre ces idées dans l’Eglise d’Angleterre et elles se sont révélées n’être qu’une petite étape préliminaire vers l’acceptation automatique de toutes les unions de facto. »
 

 
Comme le note le bloggeur Bruno M. sur Infocatolica, « les Propositions Nouvelles et Innovantes® » brandies pour « toucher les personne » ne sont ni « nouvelles » ni « innovantes » : il ne s’agit que d’un « ennuyeux recyclage des mesures prises par les anglicans il y a des dizaines d’années ». « Outres cassées pour un vin transforme en vinaigre »…
 

Le P. Hunwicke écrit :
 
« Nous avons désormais une Eglise d’Angleterre où un évêque “catholique”, l’un des chefs de file de la ruée Forward in Faith (“Avançons dans la foi”) qui est restée dans cette Eglise, qui, lui-même divorcé, a “épousé” une femme divorcée d’un prêtre. Et il reste à son poste, assurant son ministère auprès de ceux qui sont censés avoir obtenu un bon “deal” qui leur permet de rester dans l’Eglise d’Angleterre et d’y “fleurir” dans la pleine intégrité “catholique”. »
 
L’Eglise d’Angleterre, faut-il le rappeler, prétend être restée dans la fidélité à la foi catholique…
 

 
Le P. Hunwicke poursuit :
 
« Avec une bonne dose d’aide de la part du vieil Adversaire, cette bonne vieille Eglise d’Angleterre a atteint, il y a des décennies, l’endroit exact où vous prétendez conduire l’Eglise catholique. Je suis d’accord pour dire que c’est drôlement sensé de votre part de suivre l’exemple et l’enseignement de l’Eglise d’Angleterre si c’est bien là que – avec la même aide auguste – vous êtes déterminé à aller.
 
« Mais vous me semblez être : 1. d’une naïveté consternante en ne vous rendant pas compte de la destination vers laquelle, de fait, vous vous dirigez ; 2. d’une arrogance antipathique dans la mesure où vous imaginez que vous êtes les premiers à jamais avoir eu ces Brillantes Nouvelles Idées ; 3. totalement bornés en ce que vous n’avez pas remarqué qui les a façonnées, et où. »
 
Le P. Hunwicke, qui est donc prêtre de l’Eglise catholique, se révèle quant à lui d’une remarquable charité dans ce dernier paragraphe. Car la naïveté, l’arrogance et le manque de discernement qu’il leur attribue impliqueraient une course inconsciente vers le précipice. Plût à Dieu qu’il en fût ici, mais ils ne sont tout de même pas nés de la dernière pluie. [3]

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