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21 octobre 2015 3 21 /10 /octobre /2015 20:50

Pour Roberto de Mattei dans Il Foglio du 20 Octobre 2015, la décentralisation de l'Eglise dont nous avons vu qu'elle signifierait la fin de l'Eglise catholique universelle du Christ (voir ici et ), aboutit au "schisme" de fait. Elle offense la foi et le sens commun. L'après-synode sera sans doute du même ordre que celui qui suivit Vatican II. Dissocier la doctrine et la pratique revient à enfoncer un coin entre la vérité et la vie.

Pour Roberto de Mattei, le schisme dans l'Eglise est "effectivement en train inexorablement de se produire"

(Roberto de Mattei de la Gazette du 20 Octobre, 2015) François a annoncé, le 17 Octobre, 2015, que se terminera le Synode sur la famille. Quelques jours après la fin des travaux, l'assemblée des évêques sera dans une impasse et la route pour sortir de celle-ci, serait pour le pape la décentralisation de l'Eglise (http://vaticaninsider.lastampa.it/documenti/dettaglio-articolo/articolo/sinodo-famiglia-44026/).

 

L 'impasse découle de la division entre ceux qui rappellent fermement le Magistère pérenne sur le mariage et les "novatores" qui renverseraient deux mille ans d'enseignement de l'Église, mais aussi la vérité de l'Evangile.

 

Une exception annulerait la valeur absolue et universelle de cette loi et cette loi si elle tombait, serait l'effondrement avec elle tout au long de la morale de l'Église. Ou le mariage est indissoluble ou non, et vous ne pouvez pas admettre une dissociation entre l'énonciation du principe et son application dans la pratique. Entre la pensée et les mots et entre les paroles et les actes, l'Eglise exige une cohérence radicale, la même qui a été témoin des martyrs à travers l'histoire.

 

Le principe selon lequel la doctrine ne change pas, mais change son application pastorale, introduit un coin entre deux dimensions inséparables du christianisme: la Vérité et la Vie. La séparation entre la doctrine et la pratique ne vient pas de la doctrine catholique, mais de la philosophie hégélienne et marxiste, qui inverse l'axiome traditionnel selon lequel agere sequitur esse (L'action suit l'existence, NdT).

 

L'action, en vue des innovateurs, précède l'être, l'expérience ne vit pas de la vérité, mais la crée.

Et "Tel est le sens du discours prononcé par le cardinal Christoph Schönborn commémorant le 50e anniversaire du Synode, le même jour où le pape François a parlé  (http://vaticaninsider.lastampa.it/documenti/dettaglio-articolo/articolo / synode-famille-44028 /). «La foi ne peut pas être représenté mais seulement témoin", a déclaré l'archevêque de Vienne, en réaffirmant la primauté du "témoignage" de la doctrine. Martyr, grec, signifie témoin, mais pour les martyrs témoin signifiait vivre la vérité, tandis que les innovateurs signifient trahir, réinventer l'expérience.

Le primat de la pratique pastorale de la doctrine devrait avoir des conséquences catastrophiques:

1) Le Synode "virtuel", comme il l'a été pour le Concile Vatican II, il est destiné à prendre le pas sur le réel. Le message médiatique qui accompagnera les conclusions du travail est plus important que le contenu des documents. La Relatio sur la première partie de l'Instrumentum Laboris de Circulus Anglicus C indique clairement la nécessité de cette révolution de la langue: "Comme le Concile Vatican II, ce Synode doit être une langue-événement, qui est plus que cosmétique."

2) Le post-synode est le plus important du synode, car il est auto-réalisation.  Le Synode, en fait, va confier la réalisation de ses objectifs à la pastorale. Si ce qui change n'est pas la doctrine, mais le ministère, ce changement ne peut avoir lieu dans le Synode, il doit avoir lieu dans la vie quotidienne du peuple chrétien et donc hors du Synode, après le Synode, dans la vie des diocèses et les paroisses de l'Eglise.

3) l'auto-réalisation du Synode se déroule au nom de l'expérience des Eglises particulières, c.-à-dire, la décentralisation  ecclésiastique. La décentralisation permet aux églises locales de faire l'expérience d'un certain nombre d'expériences pastorales. Mais si il n'y a pas une seule pratique conforme à la seule doctrine, cela signifie qu'elles y sont nombreuses et toutes dignes d'être testées. Les protagonistes de cette révolution dans la pratique, seront donc les évêques, les prêtres de la paroisse, les conférences épiscopales, des collectivités locales, chacun selon sa liberté et de sa créativité.

Il (le synode Ndlr) présente l'idée d'une Eglise "à deux vitesses" (Eglise à deux vitesses) ou, toujours pour utiliser la langue des eurocrates de Bruxelles, à "géométrie variable" (à géométrie variable). Face au même problème moral, nous allons nous ajuster différemment, selon l'éthique de la situation. L'église des "catholiques adultes", de langue germanique, appartenant au "premier monde" pourra passer "la vitesse supérieure", être le "témoin missionnaire"; à l'église catholique des "sous-développés", africaine ou polonaise, appartenant aux églises du deuxième ou troisième monde, sera accordée la "marche lente" de l'attachement à leurs traditions.

 

 

Rome resterait en arrière-plan, sans autorité réelle, avec une fonction unique d'"impulsion charismatique". L'Eglise serait dé-vaticanisée, ou plutôt, dé-romanisée. L'Eglise romano-centrique sera replacée par une église polyédrique ou polycentrique. L'image du polyèdre a souvent été utilisée par François "Le polyèdre - a-t-il déclaré -   est une unité, mais avec toutes les différentes parties; chacune a ses propres particularités, son charisme. Ceci est l'unité dans la diversité. Et de cette façon nous, chrétiens, faisons ce que nous appelons du nom d'œcuménisme théologique: nous essayons de faire en sorte que cette diversité soit plus harmonisée par l'Esprit Saint et devienne des unités" (Discours aux pentecôtistes de Caserta, 28 Juillet 2014). Le transfert des pouvoirs aux conférences épiscopales est déjà prévue par une étape de "Evangelii Gaudium", qui sont conçues comme des "sujets de pouvoirs spécifiques, y compris même avec une certaine autorité doctrinale authentique. La centralisation excessive, plutôt que d'aider, complique la vie de l'Église et son dynamisme missionnaire " (N. 32). Maintenant François stipule du "principe de collégialité" le résultat final de l'assemblage en cours.

 

Les anciennes hérésies du gallicanisme et du nationalisme ecclésiastiques ré-émergent à l'horizon. Ce dogme de foi, en fait, promulgué par le premier Concile du Vatican, la primauté de la compétence du Souverain Pontife, dans lequel réside l'autorité suprême de l'Eglise, de tous les pasteurs et tous les fidèles, indépendamment de tous les autres pouvoirs. Ce principe est la garantie de l'unité de l'Église: gouvernement d'union, l'unité de la foi, des sacrements uniques. La décentralisation est une perte de l'unité qui mène inévitablement à la scission. Le schisme est effectivement en train inexorablement de se produire lorsque face à un point central de référence, une unité de la politique, à la fois en termes de doctrine, de discipline et de pastorale, les Églises particulières, divisées sur la pratique, mais aussi sur l'enseignement qui vient de la pratique, sont inévitablement destinées à entrer en conflit et à produire des fractures, des schismes, des hérésies.

 

La décentralisation non seulement sape la primauté romaine, mais nie le principe de non-contradiction, selon lequel "l'on ne peut pas être, dans le même temps et sous le même rapport, être et ne pas être." C'est seulement dans le respect de ce principe que commence la logique et la métaphysique et que nous pouvons utiliser notre raison et connaître la réalité qui nous entoure.

 

Qu'advient-il si le Pontife romain renonce, même en partie, à exercer son pouvoir en le déléguant aux Conférences épiscopales ou aux évêques individuellement? Il arrive évidemment que vous créez une diversité de doctrine et de pratique, entre les conférences épiscopales et de diocèses et entre les diocèses. Ce qui sera interdit dans un diocèse, sera admis dans un autre et vice versa. Le concubin vivant sous le même toit pourra recevoir le sacrement de l'Eucharistie dans un diocèse et pas dans un autre. Mais le péché est ou n'est pas, la loi morale est la même pour tout le monde ou ne l'est pas. Et de deux choses l'une : ou le Pape a la primauté de juridiction et l'exerce ou quelqu'un d'autre gouverne, dans les faits, en dehors de lui.

 

Le pape admet l'existence d'un sens de la foi, mais il y a le sensus fidei des évêques, des prêtres, des simples laïcs, qui sont maintenant choqués par les extravagances qu'ils sentent dans la Salle du Synode.

 

Ces extravagances offensent le bon sens avant même que le sensus Ecclesiae des fidèles. François a raison quand il dit que le Saint-Esprit assiste non seulement le pape et les évêques, mais tous les fidèles (cf. Sur ce point Melchior Cano, De locis theologicis (Lib. IV, sect. 3, 117I). Mais le Saint-Esprit qui est l'esprit d'innovation guide l'Eglise, il est témoin infailliblement de sa tradition à travers la fidélité à la tradition, le Saint-Esprit parle encore aux oreilles des fidèles. Et aujourd'hui, comme à l'époque de l'arianisme, nous pouvons dire avec saint Hilaire "...Sanctiores aures Plebis quam corde sacerdotum ", "Les oreilles des fidèles sont plus saintes que les coeurs des prêtres" (Contra Arianos, vel Auxentium, n. 6, PL 10, col. 613). (Roberto de Mattei dans Il Foglio du 20 Octobre 2015)

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