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24 octobre 2015 6 24 /10 /octobre /2015 19:52

Contrairement à ce qui avait été annoncé par "La Croix" le 20 octobre", à savoir que "la plupart des propositions pastorales les plus ouvertes aux situations familiales irrégulières n’ont pas été retenues" mardi 20 octobre, nous apprenons ce soir dans un article de Jean-Marie Guénois pour le Figaro, intitulé "Le Synode s'achève sur une victoire importante pour le pape François", que les évêques au Synode à Rome sur les questions du mariage et de la famille ont voté à plus des deux tiers requis, tous les articles du document final, dont l'article 85 qui porte sur l'admission des divorcés "remariés" à la communion sous certaines conditions. 

L'article 85 du document final des évêques du Synode portant sur l'admission des divorcés "remariés" a été voté à une majorité des deux tiers

"Les évêques réunis en Synode à Rome depuis trois semaines sur les questions du mariage et de la famille ont voté à plus des deux tiers requis, tous les articles du document final qui, si le pape François le confirmait, pourrait ouvrir, au cas par cas, la communion pour les divorcés-remariés.

Ce vote marque une victoire importante du pape réformateur après le refus, l'an passé, lors de la première session du même synode, d'une partie des évêques, d'avancer vers cette ouverture en direction des divorcés-remariés.

L'article 85 du document portait sur l'admission des divorcés remariés à la communion et sous certains conditions. Sur les 94 articles c'est celui qui a reçu le moins de suffrages - avec 178 votes pour et 80 votes contre - mais qui passe toutefois la majorité des deux tiers, fixée à 177 voix pour 265 votants.

Sans être le sujet central de cette assemblée mondiale d'évêques, la question des divorcés-remariés en a été le sujet le plus brûlant et le plus disputé.

Loin d'un feu vert pour toutes les situations, c'est la proposition des évêques allemands qui a fini par emporter l'adhésion d'au moins les deux tiers du synode même si l'opposition à cette évolution a été très puissante pendant tout le temps des débats. Et le demeurera, en particulier de la part des épiscopats africains et polonais.

Le groupe germanophone a en effet proposé de mettre au point une série de «critères» pour évaluer - sous la responsabilité de l'évêque local - l'histoire de chaque couple de divorcés remariés qui seraient réellement motivés pour accéder aux sacrements de l'Eglise. Ensemble ils pourraient décider de leur admission à la confession et à la communion. Il s'agirait, à chaque fois, insiste-t-on à Rome, l'œuvre d'un «discernement» spécifique.

Le synode a donc transmis officiellement au pape ce «document final» et il reste à François la charge de décider de la mise en œuvre de cette nouvelle pastorale de l'Eglise qui contient toutefois de profonds germes de divisions au sein des communautés", note Jean-Marie Guénois... "[I]l ne fait pas de doute que François ira dans le sens de cette ouverture puisqu'il l'a souhaitée. Le pape pourrait s'exprimer dans une «lettre apostolique» ou une «exhortation post synodale» ou sous une autre forme, il est souverain dans la modalité, qui pourrait être publiées au cours de «l'année jubilaire de la miséricorde» qu'il va ouvrir à Rome le 8 décembre 2015 pour aider l'Eglise à changer sa culture.

 

Extraits:

N° 84 (voté à 187 voix, 72 contre, majorité à 177)

«Les baptisés qui sont divorcés-remariés civilement doivent être davantage intégrés dans les communautés chrétiennes selon les différentes modalités possibles, en évitant toute occasion de scandales. La logique de l'intégration est la clé de leur accompagnement pastoral, parce que, non seulement nous savons qu'ils appartiennent au Corps du Christ et à l'Eglise mais ils peuvent en avoir une expérience joyeuse et féconde. Ils sont baptisés, ils sont frères et sœurs, l'Esprit Saint conserve en eux, des dons et des charismes pour le bien de tous. Leur participation peut s'exprimer en différents services ecclésiaux: il importe donc de discerner comment les différentes formes d'exclusions actuellement pratiquées dans le domaine liturgique, pastoral, éducatif, et institutionnelles, peuvent être dépassées. Ils doivent, non seulement, ne pas se sentir excommuniés, mais ils peuvent vivre et mûrir comme des membres vivants de l'Eglise, la ressentant comme une mère qui les accueille toujours, qui prend soin d'eux avec affection et les encourage sur le chemin de la vie et de l'Evangile. Cette intégration est nécessaire pour le soin et l'éducation chrétienne de leurs enfants, qui doivent considérées comme les plus importants. Pour la communauté chrétienne, prendre soin de ces personnes n'est pas un affaiblissement de la propre foi et du témoignage sur l'indissolubilité du mariage, au contraire, l'Eglise exprime sa charité, par ce soin»

N°85 (voté à 178 voix, 80 contre, majorité à 177)

extrait

«(…) il est du devoir des prêtres d'accompagner les personnes intéressées sur la voie du discernement selon l'enseignement de l'Eglise et des orientations de l'évêque. Lors de ce processus, il sera utile de procéder à un examen de conscience, à travers des moments de réflexions et de pénitence. Les divorcés remariés devront se demander comment ils se sont comportés vis-à-vis de leurs enfants quand l'union conjugale est entrée en crise ; s'il y a eu des tentatives de réconciliation ; quelle est la situation du partenaire abandonnée, quelles conséquences a, la nouvelle relation, sur le reste de la famille et sur la communion des fidèles, quel exemple cette situation offre aux jeunes qui doivent se préparer au mariage. Une réflexion sincère peut renforcer la confiance dans la miséricorde de Dieu qui ne peut être niée à personne»

«(…) tout en soutenant une norme générale, il est nécessaire de reconnaître que la responsabilité vis-à-vis d'actions ou décisions précises, n'est pas la même dans tous les cas. Le discernement pastoral, tout en tenant compte de la conscience honnêtement formée de la personne, doit tenir compte de ces situations. De même, le conséquences des actes accomplis, ne sont pas nécessairement les mêmes dans tous les cas»

N° 86 (voté à 190 voix, 64 contre, majorité à 177)

«Le parcours d'accompagnement et de discernement oriente ces fidèles vers la prise de conscience de leur situation devant Dieu. La discussion avec le prêtre, au for interne, concourt à la formation d'un jugement correct sur ce qui empêche la possibilité d'une plus grande participation à la vie de l'Eglise et quant aux pas qui peuvent la favoriser et la faire croitre. Compte tenu du fait qu'il n'y pas de gradualité dans la loi, ce discernement ne pourra jamais faire abstraction des exigences de vérité et de charité de l'Evangile, proposées par l'Eglise. Pour que cela advienne, il faudra que soient garanties les conditions nécessaires d'humilité, de discrétion, d'amour de l'Eglise et de son enseignement, dans la recherche sincère de la volonté de Dieu et dans le désir d'atteindre à la réponse la plus parfaite qui soit».[1]

 

 

Nous entrons à présent, via l'église décentralisée "à deux vitesses", dans les diocèses, "inexorablement dans le schisme", de fait, comme l'a expliqué le professeur de Mattei, dans Il Foglio le 20 octobre. Une époque qui marque la fin de l'universalité de l'Eglise, votée par les chefs mêmes de l'Eglise qui étaient chargés de défendre la catholicité. (voir ici et )

 

"Les Églises particulières, divisées sur la pratique, mais aussi sur l'enseignement qui vient de la pratique, sont inévitablement destinées à entrer en conflit et à produire des fractures, des schismes, des hérésies", écrit Roberto de Mattei. Une époque où la décentralisation sapera non seulement la primauté romaine, mais niera le principe de non-contradiction. Une époque où le post-synode sera plus important que le synode lui-même, car il est auto-réalisation comme l'a pu l'être le concile Vatican II qui se voulut être une langue-évènement. Il s'en est suivi dans les années 70 un "esprit du Concile" qui dépassa la lettre du concile pour finir dans "beaucoup de confusion", écrit Benoît XVI, et dans la liturgie, "a souvent porté à des déformations .... à la limite du supportable". [2]

En France, l"esprit du Concile" comme auto-réalisation s'est emparé de nombreuses paroisses pour les conduire dans le schisme avec le Concile, lui-même, le Magistère de l'Eglise et les enseignements des derniers papes, Paul VI, Jean-Paul II et Benoît XVI. L'association pour la promotion de la liturgie latine (Pro Liturgia) créée en 1988 qui demande l'application des décisions prises à la suite du concile Vatican II et des enseignements magistériels ultérieurs, en dresse régulièrement l'inventaire.

 

Quid de Thomas More, qui a choisi de renoncer à sa vie, tout comme l'évêque John Fisher de Rochester parce qu'ils contestaient à Henri VIII le droit "d'accommoder" l'indissolubilité de son mariage ? L'Eglise catholique les a canonisés. Faudra-t-il les "dé-canoniser"?

 

Sources

 

[1] Le Synode s'achève sur une victoire importante pour le pape François, Le Figaro, Par Jean-Marie Guénois Mis à jour le 24/10/2015 à 20:34 Publié le 24/10/2015 à 19:20

[2] Le terme est de Benoit XVI dans sa lettre aux évêques accompagnant la publication du Motu Proprio du 7 juillet 2007, libéralisant la messe saint Pie V, liturgie romaine antérieure à la réforme de 1970.

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Add. 23h35. La traduction des paragraphes qui ont recueilli le moins de signatures... sur les « divorcés remariés » en attendant l'officielle se trouve sur Le Blog d'Yves Daoudal :

 

« Tout en soutenant une règle générale, il faut reconnaître que la responsabilité face à certains actes ou certaines décisions ne sont pas les mêmes dans tous les cas. Le discernement pastoral, tout en tenant compte de la conscience bien formée de la personne, doit assumer ces situations. Les conséquences des actes ne sont pas nécessairement les mêmes dans tous les cas. »

« Le processus d’accompagnement et de discernement oriente ces fidèles vers la prise de conscience de leur situation devant Dieu. L’entretien avec le prêtre, au for interne, contribue à la formation d’un jugement correct sur ce qui fait obstacle à la possibilité d’une plus pleine participation à la vie de l’Eglise et de mesures qui peuvent la favoriser et la faire grandir. »

 

Oh non, on ne dit pas que les « divorcés remariés » peuvent communier, mais on ne voit pas de quoi d’autre il peut s’agir, au terme de l’entretien en conscience au for interne…

Cette irruption du « for interne » était la dernière cartouche du clan Kasper. Elle figure donc dans le texte. Ils ont gagné, même s’il reste à l’expliciter, mais ça ce sera le travail du pape, en relation avec la décentralisation de l’Eglise synodale…

On manipule sournoisement les mots « discernement », « conscience », « for interne » et l’on retourne à la fin des années 60, quand les « théologiens » qui bataillaient contre Humanae vitae avaient brandi le « for interne » pour expliquer que l’on pouvait passer outre l’interdiction de la contraception. L’idée était de Bernhard Häring, et elle a été reprise au synode explicitement comme venant de Bernhard Häring. Lequel ne peut pas savourer sa victoire, puisqu’il est mort en 1998. (Fin de citation)

En septembre, deux théologiens, le Dr David S. Crawford, professeur associé de théologie morale et de loi de la famille de l’Institut pontifical Jean-Paul II à Washington et le Dr Stephan Kampowski, professeur d’anthropologie philosophique à l’Institut pontifical Jean-Paul II à Rome, ont publié un texte sur le blog anglophone First Things pour dénoncer la fausse "conception" de la conscience dans l'Instrumentum laboris, le document de travail du synode. Ils soulignaient qu'« en matière de morale, la “voix” de Dieu ne dit pas une chose à une personne et une autre à une autre personne, et elle ne parle jamais contre une norme objective enseignée par l’Église. »

 

Le texte, dense et important, des deux collaborateurs de l’Institut Jean-Paul II, a reçu le soutien de très nombreux spécialistes, universitaires et religieux, connus et reconnus dans le domaine de la bioéthique et de la morale.

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Mis à jour 25/10/2015

 

Le Vaticaniste Sandro Magister invite à la prudence: le rapport de synthèse du Synode mentionne "le discernement et l'intégration" dans l'Eglise des divorcés remariés civilement mais sans que le mot "communion" n'apparaisse une seule fois.

Autre paradoxe: la solution adoptée n'est qu'une synthèse des solutions déjà mises en œuvre par les deux papes précédents: il s'agit d'une reprise du concept de "discernement des situations" de Familiaris Consortio de Jean-Paul II (qui excluait l'accès à la communion) et du cas du Fors interne de Benoit XVI qui parlait des cas douteux des mariages contractés (nullité éventuelle) sans la foi mais qui excluait tout recours à l'épikeia concernant le fors interne et proposait que le thème soit développé ultérieurement.

L'accès aux sacrements des divorcés remariés fait singulièrement défaut dans le rapport final du Synode, ce qui est sans doute le signe d'un compromis. Dans tous les cas c'est le pape qui aura le dernier mot.

http://magister.blogautore.espresso.repubblica.it/…/i-divo…/

 
L'article 85 de la Relatio a été adopté à un vote près ce samedi soir. En réalité il s'agit du "discernement et de l'intégration" de l'Eglise des divorcés remariés…
magister.blogautore.espresso.repubblica.it
 

La Libre publie un article assez équilibré mais laconique sur les conclusions du Synode:

 

"Le synode propose de lever certaines interdictions qui frappent les divorcés remariés dans leur service "liturgique, pastoral, éducatif et institutionnel", et propose à chacun de mener un "chemin de discernement", à travers un "examen de conscience" sous la supervision d'un prêtre."

Aucune trace d'invitation à la communion, donc mais une proposition d'intégration dans la vie de l'Eglise.

 
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