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17 octobre 2015 6 17 /10 /octobre /2015 16:40

Dans une émission de KTO intitulée "Enjeux et espoirs du Synode sur la famille. Débat : l'Eglise doit-elle changer ?", publiée le 2 octobre, nous avions vu deux évêques, Mgr Vesco et Mgr Aillet, d'accord ensemble pour dire (en résumant leur pensée) que c'est la conscience qui est le critère de la communion sacramentelle. Mgr Aillet, évêque de Bayonne, Lescar, Oloron, déclarait en ce sens :

 

"Moi je n'ai pas le droit, je ne prétends pas avoir le droit de dire à quelqu'un que ce qu'il vit est nul et qu'il doit faire comme je lui dis. [...] En même temps je leur dis (aux divorcés remariés), je n'ai pas le droit de vous dire vous n'avez pas le droit de communier."

 

Un moment plus tard, il ajoutait :

 

"Je connais des couples divorcés remariés, qui n'ont pas pris la décision de vivre comme frère et soeur, et c'est pas moi qui leur dit qu'il faut. Ils sont sur un chemin."

 

Il ressort que les divorcés remariés (et tous les pécheurs, donc tout le monde, même les assassins) peuvent pécher et communier tant qu'ils veulent sans qu'un évêque même, un successeur des apôtres, ait "le droit" de leur dire "il faut" ou "vous ne pouvez pas (communier sacramentellement)".

 

Le fondement de cette nouvelle pastorale se trouverait dans la conscience de chacun qui deviendrait le critère de la communion sacramentelle en dehors de toute objectivité du péché. Le péché objectif ne compterait plus et n'empêcherait plus la personne de communier. Nous nous étions alors demandé : "au final, si c'est la conscience qui nous juge, à quoi bon l'Eglise ?" Nous dirions plutôt à présent : "si c'est la conscience qui devient notre boussole, à quoi bon l'Eglise ? Et nous pourrions ajouter : à quoi bon les prêtres ? A quoi bon l'eucharistie elle-même, ce pain de vie descendu du Ciel pour nous donner la vie ? Cela va très loin et il nous semble percevoir dans cette attitude comme un néo-pélagianisme, cette hérésie du IVe siècle qui donnant la primauté au libre-arbitre, professait que la liberté règlait les rapports entre l'homme et Dieu, qu'en quelque sorte l'homme pouvait déjà.. se sauver par ses propres forces, et que sa boussole n'était pas le Christ mais lui-même...

 

Aujourd'hui nous serions de nouveau devant une primauté de la conscience. Jeanne Smits, aujourd'hui sur son blog, évoque une "sacralisation de la conscience" , expression tout à fait pertinente.

 

Hier, 16 octobre, Mgr Blase Cupich, archevêque de Chicago qui a chaleureusement salué la proposition du cardinal Kasper de faciliter l’accès à la communion des couples divorcés et « remariés », reprenant l'idée du "chemin" de Mgr Aillet, a longuement expliqué que celle-ci s’inscrit à l'intérieur d'une riche analyse théologique et se comprend dans ce contexte (celui de l'inviolabilité de la conscience qu'il s'agirait d'accompagner) :

 

« Si des gens arrivent à une décision en bonne conscience, alors notre travail est de les aider à avancer et à respecter cela. La conscience est inviolable et nous devons le respecter lorsqu’ils prennent des décisions, et c’est ce que j’ai toujours fait », a déclaré Mgr Cupich.

 

On pourrait tout de suite objecter à ce prélat qu'on n'a pas à respecter une conscience dévoyée qui par exemple appellerait au meurtre. Et que si ce prélat s'interdit lui-même de dire à cette personne que sa conscience est dévoyée, s'il s'interdit de lui dire qu'elle ne doit pas et ne peut pas, au motif que sa conscience serait "inviolable", alors il devient co-responsable du mal qui en sort. Ne rien faire et ne pas empêcher cette conscience dévoyée de commettre un crime ou un délit, revient à commettre soi-même une infraction de droit pénal (la non-assistance à personne en danger, article 223-6 du code pénal). Pour sauver une personne ou un bien d'une agression extérieure, on a un droit et même une obligation d'empêcher cette agression par des moyens proportionnés (légitime défense). [1]

 

On voit que le droit positif français est bien plus réaliste que ne le sont les novateurs. Il y a chez ceux-ci comme un renversement de toutes les obligations morales et des interdits religieux mêmes. Un quitus à l'anarchie et la mort, en un lieu qui devrait être particulièrement défendu : notre âme. Est-ce là la mission que Notre Seigneur a assigné à son Eglise ?

 

Pour fonder son argumentation, Mgr Blase Cupich, a livré une anecdote sur une femme divorcée remariée, très éloignée de l’Eglise, qu’un prêtre de paroisse a fait communier le jour de l’enterrement de son fils suicidé : la femme en question s’est par la suite réconciliée avec l’Eglise, a obtenu la déclaration de nullité de son mariage et recommencé à pratiquer. La miséricorde ne fait pas suite à la conversion, mais la précède, a affirmé l’archevêque de Chicago. "Mais qui a jamais dit le contraire ?", demande justement Jeanne Smits dans son article. "Sans la miséricorde de Dieu, explique Jeanne Smits, comment le pécheur trouverait-il le moyen de l’implorer ?" "Mais la miséricorde n’est pas le pardon sacramentel, précise-t-elle : celui qui est offert à chacun par les mérites de la Passion du Christ, et qui suppose la reconnaissance des fautes, la contrition, la pénitence et le ferme propos de ne pas recommencer".

 

John Henry Westen de LifeSite a alors demandé à Mgr Blase Cupich, si l’idée d’accompagner les gens vers « le sacrement » dès lors qu’ils avaient clairement une indication de la conscience à cette fin s’appliquerait également aux couples gays au sein de l’Eglise, Mgr Cupich a indiqué, de manière affirmative :

 

« Je crois que les personnes gay sont eux aussi des êtres humains, et ils ont une conscience. Et mon rôle de pasteur est de les aider à discerner la volonté de Dieu en regardant l’enseignement moral objectif de l’Eglise, mais en même temps, à les aider à traverser une période de discernement afin de comprendre ce que Dieu les appelle à faire à ce moment précis. C’est pour tous. Je crois que nous devons nous assurer de ne pas catégoriser un groupe comme s’ils ne faisaient pas partie de la famille humaine, comme s’il y avait pour eux un ensemble de règles différent. Ce serait une grande erreur. »
 

Jeanne Smits ajoute que "connu pour ses prises de positions progressistes", Mgr Blase Cupich "fait partie des invités personnels du pape François au synode. Alors qu’il était encore évêque de Spokane, en 2011, il avait interdit à ses prêtres de prendre part aux veillées de prière bisannuelles « 40 Days for Life »."

Catholiques déboussolés entre conscience sacralisée et néo-pélagianisme

Le site Pro Liturgia aborde lui aussi le sujet :

 

Mgr Blase Cupich, Archevêque de Chicago invité personnel du Pape François au Synode, a déclaré à la presse que “la conscience personnelle est inviolable” et que, par conséquent, les couples “divorcés-remariés” qui décident en toute conscience qu’ils peuvent aller communier, peuvent aller communier. Quand les journalistes ont demandé à Mgr Cupich si son point de vue concernait aussi les homosexuels, il a répondu par l’affirmative. Du moment qu'ils ont bonne conscience...

Au cours de l’interview, l’Archevêque de Chicago a également dit qu’il était totalement d’accord avec les “propositions de Kasper” et que même il avait fait distribuer le livre du Cardinal Kasper intitulé “L’Evangile de la famille” à tous les prêtres de son diocèse.

Catholiques déboussolés entre conscience sacralisée et néo-pélagianisme

Source: Pro Liturgia, Actualité du 17 octobre 2015

Que penser de la "conscience" et du "chemin" dont nous parle les novateurs ?

 

Jésus est, lui, le chemin, la vérité et la vie (Jean, 14-6.) et non la conscience elle-même qui s'auto-contrôlerait en dehors de toute relation à Dieu et à autrui.

 

Un journaliste et écrivain italien, Francesco Agnoli, a eu hier une profonde réflexion et a justement écrit sur "La Nuova Bussola Quotidiana" que "si la doctrine de Kasper sur la communion des divorcés remariés passait, il faudrait non seulement effacer de l'Evangile les passages sur le mariage mais également en abolir l'esprit" :

 

« car nul ne va vers Dieu, qui est Amour et Unité, sinon à travers ses frères, ceux qui nous entourent. On ne va pas à l’autel du Dieu fidèle après avoir trahi la fidélité promise et due à ceux qui nous sont le plus proche : le conjoint et les enfants. Cela ne veut pas dire qu’en ne permettant pas la communion aux divorcés qui vivent comme mari et femme avec son partenaire, l’Eglise les abandonne et les considère comme perdus, chrétiennement parlant. Même s’ils vivent de façon contraire à l’enseignement de l’Evangile. Que faut-il faire alors ? Que les Pères synodaux réalisent donc, sans prendre de raccourci, que le chemin pris par le Christ, la route qui mène à la croix, n’est pas celle d’affirmer que le péché n’existe pas mais celle de mourir pour nous pécheurs.

 

Ce n'est en effet qu'en mourant à nous-même, à notre ego, que l'Esprit-Saint peut nous remplir, et ce n'est qu'alors que nous entrons dans le Royaume de Dieu que Jésus a préparé pour nous et que nous pouvons nous unir à lui. L'union sacramentelle au Christ ne se dissocie pas de l'union spirituelle. L'amour de Dieu d'abord, l'amour du prochain ensuite vont ensemble. Le chemin solitaire dont nous parle les novateurs est bien triste. Quel amour y a-t-il coupé de toute relation à son prochain et tourné essentiellement vers soi-même ?

C'est pourquoi celui qui mangera le pain ou boira le calice du Seigneur indignement, sera coupable envers le corps et le sang du Seigneur. Que chacun donc s'éprouve soi-même, et qu'ainsi il mange de ce pain et boive de ce calice.

1ere épitre de Saint Paul apôtre aux Corinthiens, chapitre 11, 27-29

Le Cardinal Marx souhaite lui aussi l'ouverture de la communion eucharistique aux divorcés remariés, en fondant cette ouverture "sur les bases de la théologie qui a permis Vatican II".

Nous écrivions récemment dans l'article "le pape laisse les catholiques inquiets. pourquoi?", qu'il y a quelque chose qui cloche dans l'Eglise enseignante qui n'ose plus enseigner, annoncer ce qui est bien et ce qui est mal, dire "il faut", et donc d'user de l'autorité que Dieu lui a confiée.

Dès lors, le Pape à qui le Christ a donné le pouvoir des clés, c'est-à-dire d'enseigner les nations, n'enseigne plus ("qui suis-je pour juger") et laisse les catholiques inquiets. Et derrière le Pape, les évêques, successeurs des apôtres, eux-mêmes n'usent plus de l'autorité qui leur a été confiée, n'osent plus dire aux personnes ce qui est bien, ce qui est mal, dire "il faut".

La destruction de l'autorité semble être une des caractéristiques majeures de l'"esprit du Concile" et d'une vision erronée de la "liberté religieuse", une immunité en droit de la personne contre toute contrainte extérieure en matière de religion (Dignitatis humanae) étendue jusque dans la conscience. Une conscience sacralisée devant laquelle la mission évangélique en quelque sorte s'arrêterait.

S'il y a un droit et même un devoir d'agir et de protéger les biens et les personnes en cas d'agression, qui pulvérisent toute immunité - "inviolabilité" de la conscience, à combien plus forte raison y a-t-il un droit et une obligation d'agir pour le salut de l'âme devant l'imminence d'un danger de mort éternelle ?

Notes

 

[1] Le droit pour empêcher une conscience dévoyée de commettre une infraction est donné par trois textes : l'article 73 du Code de Procédure Pénale ("Toute personne a qualité pour appréhender une personne qui commet un crime ou un délit et la conduire devant l'Officier de Police Judiciaire"); l'article 122-5/6 du Code pénal ("N'est pas pénalement responsable, la personne qui, devant une atteinte injustifiée envers elle-même ou autrui, accomplit dans le même temps un acte commandé par la nécessité de la légitime défense d'elle-même ou d'autrui, sauf s'il y a disproportion entre les moyens de défense employés et la gravité de l'atteinte"); et l'article 122-6 du CP fondant la présomption de légitime défense ("Est présumé avoir agi en état de légitime défense celui qui accomplit l'acte 1- pour repousser de nuit l'entrée par effraction, violence ou ruse dans un lieu habité, 2- pour se défendre contre les auteurs de vols ou de pillages exécutés avec violence.)

L'obligation d'agir est donnée par l'article 223-6 du Code Pénal fondant l'obligation d'assistance à personne en danger, sous peine de 7 ans de prison et 100.000 euros d'amende pour "non-assistance à personne en danger".

Pour un bien menacé par un sinistre (incendie, dégât des eux, gaz, etc.) il y a même une obligation de combattre le sinistre (article 223-7 du Code pénal) sanctionnée par deux ans de prison et 30.000 euros d'amende.

 

. Synode : deux théologiens dénoncent la fausse conception de la "conscience" dans l'instrumentum laboris

. Mgr Peta déclare que les fumées de Satan sont entrées dans le Synode

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commentaires

C
Selon Saint Thomas d'Aquin la conscience oblige, mais ce qu'il ajoute et que les modernes oublient c'est l'obligation, le devoir de se former une conscience droite et objective. Or nous assistons à la démission des pasteurs, par lâcheté, par fausse charité, par fausse miséricorde et par subjectivisme dont ils sont aussi imbus.
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