Archevêque de Bordeaux, Évêque de Bazas,
"[N]ous voyons aujourd’hui s’exprimer une autre conception de la laïcité. Réactivant un vieux laïcisme de combat qui s’était exprimé lors de la Troisième République contre l’Église catholique, un certain nombre de partisans de cette laïcité militante demandent l’exclusion des religions et des expressions religieuses de « l’espace public ». Pour eux, les religions sont souvent synonymes de fanatisme, de volonté de puissance et de violence. À défaut de les voir disparaître, ils veulent les cantonner dans l’espace clos des convictions personnelles et des lieux de culte. L’espace public doit être aseptisé, exempt de toute référence religieuse. La moindre manifestation religieuse sera taxée de « prosélytisme ». La République ne connaîtra que des citoyens dont on ne veut pas prendre en compte l’appartenance religieuse éventuelle. Parfois, on militera pour aider ce citoyen à prendre des distances vis-à-vis de sa propre appartenance communautaire. Cette perspective n’était pas absente dans la Charte de la Laïcité que le ministre Vincent Peillon avait élaborée pour les établissements d’enseignement en France.
Nous avons eu récemment deux exemples révélateurs de cette exclusion du religieux. Quand des chrétiens coptes ont été décapités en Libye, les responsables français ont tu volontairement cette appartenance chrétienne pour ne parler que de « citoyens égyptiens » ; la RATP à Paris a voulu interdire la mention « Pour les chrétiens d’Orient » sur des affiches annonçant un spectacle en leur faveur, prétextant un respect de la laïcité dans l’espace public, avant de revenir sur cette décision devant le tollé que cette interdiction avait suscité.
[...] Disons-le tout net. Cette laïcité de peur et de défiance n’est pas la nôtre. Notre société n’est pas laïque. Si l’État est laïc, la société française ne l’est pas. Elle est diverse, pluraliste, traversée par de multiples courants de pensée. Chacun a le droit de pouvoir exprimer ses convictions dans le respect de l’ordre public. Pourquoi un défilé syndical, une manifestation des gays et lesbiens seraient vus comme l’expression d’un droit d’expression légitime et pas une manifestation ou une procession religieuse ? Pourquoi le « droit au blasphème » serait-il admis dans l’espace public et non pas l’expression légitime des différentes religions ? [1]
Un exemple caricatural de ce deux poids deux mesures de la laïcité vient de se rencontrer dans le refus d'une école de laisser entrer une jeune fille coupable de porter une jupe "trop longue", décision soutenue par la ministre de l'"Education" "nationale" Najat Vallaud-Belkacem [2] dans ces termes : "la direction du collège de Charleville-Mézières, dans les Ardennes, a fait preuve de "discernement" pour juger du caractère "prosélyte" de l'attitude d'une élève, Sarah, alors qu'elle portait une longue jupe noire". A deux reprises, nous dit-on, l'établissement a refusé à la jeune fille de 15 ans de se rendre en cours, considérant la jupe comme un signe religieux ostentatoire... Deux poids deux mesures lorsque cette même ministre a soutenu la "journée de la jupe" le 16 mai 2014, opération homosexualiste LGBT consistant à encourager des garçons à porter... une jupe... (voir ici, ici et là)
Notes
[1] Réflexion du cardinal Jean-Pierre Ricard, publiée dans le numéro d'Avril 2015 du journal Église catholique en Gironde
http://bordeaux.catholique.fr/vie-du-diocese/mgr-ricard/catecheses/mais-de-quelle-laicite-parle-t-on via http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=777383
[2] Jupe "trop longue": Najat Vallaud-Belkacem soutient la décision du collège, LEXPRESS.fr avec AFP, publié le 30/04/2015 à 10:51 , mis à jour à 10:52
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