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6 mai 2016 5 06 /05 /mai /2016 09:47

Fin de la « bataille » qui oppose depuis deux mois l'Angleterre et le Puy du Fou. Le Conseil des Arts britannique a indiqué ce jeudi qu'il renonçait à récupérer la relique de la Pucelle d'Orléans acquise par le parc vendéen le 26 février.

 

«Revenu en France, après six siècles d'exil, l'anneau de Jeanne d'Arc va finalement rester au Puy du Fou, a annoncé Nicolas de Villiers. Il fera l'objet d'une présentation provisoire cet été, puis il sera exposé dans un monument spécialement construit à l'extérieur du Grand Parc du Puy du Fou pour permettre à chacun d'admirer gratuitement ce trésor de l'Histoire de France

 

Porté par la Pucelle d'Orléans quand elle commandait les troupes françaises contre l'envahisseur britannique, récupéré à sa mort par les Anglais, racheté par des Français, réclamé par les Anglais, retenu par les Français, le modeste anneau de laiton de Jeanne d'Arc a connu une histoire mouvementée qui semble toucher à sa fin aujourd'hui.

 

À quelques jours à peine des fêtes qui se tiendront le 8 mai en l'honneur de la sainte, les Anglais renoncent définitivement à la relique.

 

Nicolas de Villiers avait acquis le bijou lors d'enchères à Londres le 26 février 2016 pour la somme de 376.833 euros, et l'avait rapporté en France, mais en ne demandant qu'après coup la licence d'exportation exigée par la loi. Arguant de cet oubli, le Conseil des Arts britannique l'avait sommé de rendre la relique dans les délais les plus brefs. La réponse de Nicolas de Villiers était ferme:

 

«Cet anneau est tout ce qu'il nous reste de Jeanne d'Arc. Il est absolument hors de question de le céder. Nous ne livrerons pas une deuxième fois la Pucelle d'Orléans aux Anglais».

 

Après un long bras de fer de deux mois, le Conseil des Arts vient de céder en remettant au Puy du Fou la pièce manquante pour que le transfert du bijou soit définitivement légal. «La bataille fut rude mais loyale.», concluent avec soulagement les représentants du parc vendéen dans un communiqué.

 

Le 14 avril, Nicolas de Villiers avait envoyé à la reine d'Angleterre une lettre que s'est procurée le Figaro. Au nom de «l'histoire commune» de le France et de l'Angleterre, il y suppliait Elisabeth II «que la relique de notre grande héroïne puisse demeurer dans notre pays et que les difficultés juridiques soient vite aplanies par son arbitrage». Il rappelle notamment que son «ancêtre la Reine Victoria avait manifesté le désir de restituer l'anneau à la France.» Nul ne saura si c'est cette missive qui a fait pencher la balance en faveur du Puy du Fou.

L'anneau de Jeanne d'Arc restera en France

 

Source: L'anneau de Jeanne d'Arc restera en France, Le Figaro, Par Marie-Amélie Blin Mis à jour le 06/05/2016 à 09:31 Publié le 05/05/2016 à 15:30

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Publié par Ingomer - dans Histoire
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27 avril 2016 3 27 /04 /avril /2016 19:26

Nous présentons ici le documentaire filmé d'Armel Joubert des Ouches pour Reinformation.Tv, "Révolution française : Silence sur le génocide", augmenté d'un certain nombre de citations des génocidaires, trouvées dans les ouvrages du professeur Xavier Martin consacrés à la "Révolution française".

Révolution française : silence sur le génocide vendéen

La France n'a pas commis de crime contre l'Humanité, la France n'a pas commis de génocide.

Nicolas Sarkozy, Discours du 9 mars 2007

Au moins 180.000 personnes déportées, tuées, assassinées. Des centaines de prêtres, des religieux, mais avant cela, pour la plupart, des paysans, car ce sont les paysans qui, les premiers, se révoltent contre la République naissante. 180.000, c’est le nombre minimum de victimes des guerres dites « de Vendée ». Il y aura aussi plus de 200.000 soldats républicains tués dans les combats.

 

La République construite dans le sang

 

Il y a 227 ans. Ce qu’on appelle, à tort, la Révolution française, éclate à Paris. Une manœuvre de quelques centaines de personnes au départ, afin de renverser la Monarchie.

En 1789, selon le mot de Camille Desmoulins, il n’y avait pas dix républicains avoués en France.

Jacques Bainville, Histoire de France

Les révolutionnaires parviennent à étendre les incidents au pays tout entier. Incidents qui se transforment peu à peu en guerre civile. Un bain de sang. Des milliers de familles sont victimes de la barbarie qui est en train de se mettre en place. En fait, c’est une idéologie nouvelle que Robespierre, Danton et d’autres sont en train d’imposer, par la force, au peuple de France. Parce que l’Eglise est persécutée (on impose aux prêtres la constitution civile du clergé) – les prêtres refusent de prêter serment. Parce qu’ils s’opposent à la levée en masse de 300.000 hommes que la Convention, le nouveau pouvoir en place à Paris, impose afin de combattre l’Autriche catholique, les Vendéens se révoltent.

 

Jean Jacques Rousseau et la tyrannie

 

« Si le peuple pense mal, il faut changer le peuple ».

 

C’est, en une phrase, toute la pensée de Rousseau. Il est indéniable que son « contrat social » comportait en germes le socialisme et la tyrannie qui se préparait dans le pays. Le 1er octobre 1793, la Convention décrète l’extermination « de toute la Vendée ».

Révolution française : silence sur le génocide vendéen

Il y aura le général républicain Turreau et ses colonnes infernales. Jean Baptiste Carrier et les noyades par millier. Il y aura aussi les massacres des Lucs-sur-Boulogne où 564 personnes, hommes, femmes, enfants seront assassinés par les Bleus des généraux Cordellier et Crouzat.

Massacre-aux-Lucs-sur-Boulogne--28-fevrier-1794-.jpg
 

Le 28 février 1794, aux Lucs sur Boulogne, 110 enfants âgés de moins de 7 ans furent massacrés. (Cf. Marie Auguste Huchet, "Le massacre des Lucs-sur-Boulogne et le martyrologue du curé Barbedette, 1983)

 

Les Républicains, une fois entrés dans le village, rassemblèrent la population devant l'église. Les villageois n'étaient guère en mesure de se défendre, la population comptait principalement des vieillards, des femmes, des enfants. Matincourt choisit de ne pas faire de quartier ; il souhaita que l'opération se fasse en économisant le plus de cartouches possibles. Les soldats firent entrer la population dans l'église jusqu'à ce que l'église s'avérant trop petite pour pouvoir contenir toute la population, les Républicains mirent leur baïonnette au canon, chargèrent et massacrèrent toutes les personnes restées à l'extérieur. Les portes de la chapelle furent refermées, emprisonnant les civils à l'intérieur. L'église fut incendiée et des tirs de canons provoquèrent son éboulement.

Le 28 février 1794, c'est le jour du grand massacre aux Lucs : le républicain Chapelain, marchant à la suite des assassins du général Cordelier, ceux-là même qui venaient de ravager la petite bourgade, notait dans son carnet-journal : « Aujourd'hui journée fatigante, mais fructueuse. Pas de résistance. Nous avons pu décalotter, à peu de frais, toute une nichée de calottins qui brandissaient leurs insignes du fanatisme. Nos colonnes ont progressé normalement. »

Le massacre des Lucs, ressemble au drame d'Oradour sur Glane. Dans la chapelle, plus de 500 noms sont gravés sur des plaques de marbre blanc. Ils furent brûlés vifs. Des familles entières ont péri. La chapelle Notre Dame du Petit Luc est un endroit bien émouvant, où chaque nom nous rappelle qu'en ces lieux l'homme s'est vautré dans l'ignominie. Et cette ignominie a vu la naissance de la république dite "française".

Les colonnes infernales avaient pour mission de détruire les rebelles et les soldats les poursuivaient à travers toute la campagne.

« J'ai fait fûreter les fossés, les haies et les bois. C'est là que je les ai trouvés blottis, tout a été passé par le fer. » (général Grignon, chef de la 1ère colonne).

Les gens qui étaient restés dans les villages n'étaient pas mieux traités : incendiés avec leurs maisons, ou fusillés, ou tués à coups de sabre et de baïonnettes, pour épargner la poudre et pour faire durer le plaisir.

Les tueurs étaient des tortionnaires qui coupaient des membres et des têtes, éventraient les victimes et les torturaient.

Il y aura enfin le massacre dans la forêt de Vezin, près de Chanteloup-les-Bois où seront tuées près de 2.000 personnes.

A chaque fois que les Français chantent la "Marseillaise", ils chantent leur propre élimination, puisque 80% des guillotinés étaient des petites gens.

 

La Révolution française ne fut par seulement une tentative d ‘« épuration » de la Vendée, mais une épuration d’une partie du peuple de France opposé à la République.

Ce qui constitue une République, c'est la destruction totale de ce qui lui est opposée.

Saint-Just à la Convention, 8 ventôse an II, 26 février 1794 : dans ses Oeuvres complètes, publ. A Kupiec et M. Abensour, Paris 2004, p. 659 ; et Arch. Parlem., 1ère série, t. 85, p. 517., col. 1.

Si nous nous purgeons, dit sous peu son collègue Garnier de Saintes, c'est pour avoir le droit de purger la France. Nous ne laisserons aucun corps hétérogène dans la République.

Garnier de Saintes aux Jacobins, 16 germinal an II, 5 avril 1794 : Aulard, La Société des Jacobins, Recueil de Documents..., t. 6, Paris, 1897, p. 47.

La Convention nationale est sublime dans ce moment ; elle vomit de son sein tout qui s'y trouve d'impur.

Couthon, Propos du 29 messidor an II, 17 juillet 1794 : cité de seconde main d'après M. Braconnier, notice « Couthon », dans A. Soboul, dir., Dictionnaire de la Révolution française, Paris, p. 310.

Purgeons, purgeons à jamais le pays de cette race infâme (…). Purgeons, mes amis, saignons jusqu'à blanc. » (Il faut) purger, saigner jusqu'au blanc cette génération vendéenne.

Francastel, Lettre des 22 et 20 décembre 1793 in Xavier MARTIN, Droits de l'Homme et la Vendée, éd. DMM, Bouère, 1995, p. 60.

Oui, nous devons l'avouer, nous faisons répandre beaucoup de sang impur, mais c'est par humanité, par devoir.

Lettre de Fouché à la Convention, 27 décembre 1793 : cité de seconde main d'après A. Gérard, op. cit., p, 25.

L'antidote pour contrer l'assassinat et le meurtre chanté à chaque Marseillaise, l'antidote pour repousser le maléfice de ce qui reste une louange et un chant du mal, c'est de prier et de réciter un Ave Maria, en exorcisme de l'esprit de la Révolution.

Les "décapitations [...] concernent pour 28% des paysans, pour 31% des artisans et des ouvriers, sans doute pour plus de 20% des marchands ... 8 à 9% des nobles, pour 6 à 7% des membres du clergé..."

René Sédillot, Le Coût de la Révolution française, Vérités et Légendes, Perrin, Mesnil-sur-l'Estrée 1984, p. 24

Lire: La république destructrice

 

Marseille et Lyon, mais aussi la Bretagne étaient entrés en résistance. Ils s’étaient battus pour Dieu et pour le Roi de France. Symbole de leur résistance, un cœur surmonté d’une croix rouge marqué de la devise « Dieu le Roy ».

Révolution française : silence sur le génocide vendéen
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21 avril 2016 4 21 /04 /avril /2016 06:01

Lors du Banquet Camelot du 25 juin 2015, Jean-Philippe Chauvin fait un bilan global du caractère antisocial de la république depuis son avènement.

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8 avril 2016 5 08 /04 /avril /2016 22:56
Le roi Arthur, star du futur plus grand parc d’attractions de Bretagne

La petite commune de Guipry-Messac pourrait accueillir, d’ici quelques années, un mix entre parc Astérix, Futuroscope et Puy du Fou, dédié aux légendes du roi Arthur.

 

Les légendes bretonnes racontent que le roi Arthur dormirait dans son château d’Avalon depuis l’an 535, attendant que sa terre natale ait besoin de lui pour sortir de son profond sommeil et dégainer Excalibur. Ce que ces légendes ne disent pas c’est qu’il pourrait ne rester que quelques années avant le réveil d’Arthur. Et que, loin d’Avalon, c’est à Guipry-Messac, petite commune entre Rennes et Redon, que le mythique roi de Bretagne pourrait faire son grand retour

 

Source et suite

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28 mars 2016 1 28 /03 /mars /2016 10:42

Louis XIV avait accordé à chaque foyer qui se fonderait à Fort-Mardyck (Dunkerque) un lopin de terre d’un demi-arpent d’ordonnance (2400m2 d’aujourd’hui).

Louis XIV avait accordé à chaque foyer qui se fonderait à Fort-Mardyck un lopin de terre d’un demi-arpent d’ordonnance (2400m2 d’aujourd’hui)

RICHESSE de L’ANCIEN REGIME

 

Ecoutons la citation de Pierre de Vaissière dans « Gentilshommes campagnards de l’Ancienne France » :

 

« L’exemple des bons vieux pères et prud’hommes romains, comme Cincinnatus, Attilius Collatinus, Scipion l’Africain et autre personnage de tel calibre qui, de leur charrue appelés aux armes, des armes s’en retournoient à la charrue ».

 

A la veille de la Révolution, la Féodalité ne subsistait plus que par quelques droits. Ces droits étaient considérés comme vexatoires par la paysannerie, dont la réussite sociale était incontestable. Dans la plupart des cas, ces droits n’étaient pas ou peu perçus. Le Duc de Cossé-Brissac disait à ses régisseurs :

 

« Vous ferez beaucoup de bruits, mais vous ne ferez de contrainte que dans les cas urgents et indispensables »

 

Pierre Gaxotte cite dans son livre « La Révolution Française », de nombreux cas de non paiements durant une trentaine d’années…

 

C’était surtout des sujets de tracasseries pour certains arrivistes nobliaux, hobereaux s’ennuyant et perdant du temps dans des procédures juridiques interminables. L’ancienne France était un enchevêtrement de droits et privilèges.

 

Albert Babeau parlait de « self-government » en étudiant le monde rural :

 

« 40 000 associations naturelles délibéraient sur leurs propres intérêts et choisissaient leurs agents ».

 

Certains paysans achetaient leurs terres et les cas n’étaient pas rares. La situation de beaucoup de nobles, à la veille de la Révolution, faisait plus pitié qu’envie, car leur puissance comme leur richesse s’étaient au fil du temps, considérablement réduite face à la bourgeoisie triomphante. A chaque critique désolante sur la France de jadis, nous trouvons des textes qui contredises ces généralisations hasardeuses de notre passé. On ne peut généraliser aucun jugement dans une France si diversifiée de part ses climats, ses sols, ses coutumes, ses lois et ses habitudes de vie. Nos ancêtres n’avaient pas la tristesse d’aujourd’hui, tout était occasion à rire et à chanter, écoutons Stevens :

 

« On dansait au Carnaval, aux fêtes publiques ; on dansait à la fauchaison, aux semailles, aux vendanges. En Novembre on se groupait pour « émoiser », et on dansait encore ; dames de châteaux, demoiselles, messieurs, paysans, paysannes domestiques, tous dansaient ensemble sans distinction de rang ou de naissance. Quand on ne pouvait plus danser, on chantait ; et il en était ainsi du Nord au Midi, de l’Est à l’Ouest. Heureux peuple ».

 

Comme le dit Frantz Funck Brentano dans son magnifique livre « L’Ancien Régime », véritable bible du pays jadis, on dansait aux villanelles, aux chansons, bourrées berrichonnes et auvergnates, sauteuses du Nivernais, gavottes du Dauphiné, branles de Bourgogne, farandoles de Provence, gaillardes , laitières, sabotières, rigodons…On le voit un peu dans le film « Chouan » ou paysans et nobles s’amusent ensemble dans l’Ouest profond… Qui n’avait pas connu l’Ancien Régime, n’avait pas connu la douceur de vivre (Talleyrand).

 

Les archives révèlent des banquets de mariage durant une semaine et le fait n’est pas rare…N’oublions pas que l’impôt rural, la Taille était fixée en fonction des signes extérieures de richesse et que ses collecteurs étaient des paysans choisis à tour de rôle, d’où l’intérêt de se plaindre et l’étalage de signes de pauvreté aux regards indiscrets…Il n’est pas rare que le seigneur campagnard, soit aussi pauvre que ses paysans, avec lesquels il vivait en parfaite harmonie. Il était d’ailleurs souvent soumis aux mêmes contraintes fiscales que ses paysans. J.Schmidt dans l’introduction à « Gentilshommes Campagnards » de Pierre de Vaissière :

 

« …Les gentilshommes campagnards sont proches de leurs métayers, de leurs ouvriers agricoles, de leurs journaliers et sortent souvent de leurs manoirs et de leurs gentilhommières, très différents des châteaux princiers, pour pousser eux-mêmes la charrue, la désembourber s’il le faut, discuter de la dernière moisson ou de la prochaine vendange, sans avoir le sentiment de déroger, sans non plus sombrer dans la démagogie ou le paternalisme : ils aiment simplement, dignement la terre, ce qu’elle produit, ses fécondités, ses générosités et se sentent de plain-pied avec ceux qui, comme eux, en vivent ».

 

LA MONARCHIE et la BUREAUCRATIE

 

« On ne peut faire un pas dans ce vaste royaume, sans y trouver des lois différentes, des usages contraires, des privilèges, des exceptions, des affranchissements d’impôts, des droits et des prétentions de toute espèce » disait Calonne.

 

Il nous est difficile d’imaginer aujourd’hui, après deux cent ans de fonctionnarisme triomphant et d’assistanat complet, l’état de la France libre d’alors. L’Etat Royal très puissant dans ses attributions propres ne pouvait en aucun cas déborder ses pouvoirs sans risque de contestations au moins aussi puissantes que lui dans ses fonctions. On arrivait à ce mélange exceptionnel d’autorité et de libertés dans cette imbrication de coutumes et lois diverses. Le bureaucrate socialisé détient aujourd’hui l’autorité. Ses pouvoirs sont arbitraires et suprêmes, inimaginables pour nos ancêtres imbus de libertés publiques et très attachés à leurs droits et privilèges acquis parfois au prix du sang. Actuellement, le pouvoir fonctionnarisé détient le droit de vous prendre vos biens, vos enfants, de percevoir plus que de raison, de contraindre votre femme au travail car votre salaire est insuffisant, au lieu de reconnaitre son droit au salaire maternel !, de vous envoyer à la mort sur le terrain du carnage par les guerres d’enfer issues de la Révolution (autrefois celles-ci étaient affaire de professionnels, limités dans le temps, avec des principes et bien codés).

 

Ce pouvoir fonctionnarisé est puissant et sans limite. Il est le vainqueur de l’Ancien Régime. Ecoutons Pierre Gaxotte :

 

« Il connait nos revenus et fait l’inventaire de nos héritages. Il sait si nous possédons un piano, une automobile, un chien ou une bicyclette. Il instruit nos enfants et fixe le prix de notre pain. Il fabrique nos allumettes et nous vend notre tabac. Il est industriel, armateur, commerçant et médecin. Il a des tableaux, des forêts, des chemins de fer, des hôpitaux et le monopole des téléphones. Il accapare la charité. Si nous appartenons au sexe masculin, il nous fait comparaître devant lui, nous pèse, nous mesure et examine le fonctionnement de notre cœur, de nos poumons et de notre rate. Nous ne pouvons faire un pas ou un geste sans qu’il en soit averti et sans qu’il trouve prétexte d’intervenir » (La Révolution Française).

 

Il n’y a rien de plus étranger à l’ancienne France que cette situation là. A chaque nouvelle province acquise, le Roi garantissait les droits et coutumes existants et ainsi ne dérangeait aucune organisation, habitude de vie et de pensée. Cette conception de vie, où l’on voit un Louis XV pensionner un inventeur d’explosifs terrifiants pour qu’il ne divulgue pas son arme de mort au risque de rendre la guerre inhumaine, nous surprend par son humanisme :

 

« Un joaillier grenoblois du nom de Dupré, inventa un feu grégeois qui eut un certain succès en 1759. Le Maréchal de Belle-Isle eut, après quelques expériences de bons résultats. Louis XV, par sentiment d’humanité, trouva que : « le génie de l’homme était trop inventif pour la destruction ».Le susnommé Dupré reçut une pension de 2000 livres et le cordon de saint-michel, après destruction complète de l’invention… »

 

Rappelons aussi ce que Louis XV enseignait à son Fils de Dauphin de France, lors de la bataille de Fontenoy en 1745 :

 

« Voyez ce qu’il en coûte à un bon cœur de remporter des victoires. Le sang de nos ennemis est toujours le sang des hommes, la vraie gloire est de l’épargner ».

 

On est loin de Hiroshima et Nagazaki au nom des démocraties et des Droits de l’Homme…

 

Voici un petit extrait de « Le matin des magiciens » de Louis Pauwels et Jacques Bergier ou il est question d’une mitrailleuse présentée à Louis XVI :

 

« Plus près de nous, en 1775, un ingénieur français, Du Perron, présenta au jeune Louis XVI, un «orgue militaire » qui, actionné par une manivelle, lançait simultanément vingt-quatre balles. Un mémoire accompagnait cet instrument, embryon des mitrailleuses modernes. La machine parut si meurtrière au Roi, à ses ministres Malesherbes et Turgot, qu’elle fut refusée et son inventeur considéré comme un ennemi de l’humanité.

 

A tout vouloir émanciper, nous avons aussi émancipé la guerre. Jadis occasion de sacrifice et de salut pour quelques-uns, elle est devenue la damnation de tous. »

 

Voilà comment Louis XVI, qui fut qualifié de « Tyran » par les révolutionnaires, considèrerait notre époque : comme « ennemi de l’humanité »

 

Nous sommes habitués au contraire, armé de la religion nouvelle des droits de l’homme et broyé par l’administration qui peut décider de nous envoyer dans les guerres ou plus rien d’humain n’existe (camp de la mort, massacres de femmes et enfants, destruction de cités…).

 

Situation inimaginable dans « l’obscur moyen-âge » sous l’aval d’un roi de France si cruel soit-il. Louis XIV disait :

 

« Sa Majesté promet et jure sur les Saints Evangiles qu’elle et ses augustes successeurs les tiendront et maintiendront bien et loyalement en tous et quelconques leurs privilèges, franchises et libertés, anciennes possessions, usages, coutumes et ordonnance, et généralement qu’Elle fera tout ce qu’un Prince et Comte Palatin de Bourgogne est tenu de faire. »

 

La Monarchie issue de la Féodalité unifia au fil du temps les pays et les hommes qui constituèrent la diversité Française. Ecoutons encore Pierre Gaxotte :

 

« Elargissez cet exemple, représentez-vous les provinces, les villes, les classes, les associations, les métiers, les offices, pourvus de chartes, de droits, de statuts, d’immunités de toute nature, et vous aurez une idée, de ce qu’était la France de Louis XV et de Louis XVI et de la manière dont pouvait s’y exercer la volonté royale. »

 

Il est toujours bon de sortir la vérité des archives afin de confronter les incohérences de la pensée dominante. Inlassablement nous montrerons le caractère indéniable de l’humanisme réel d’une institution ancrée dans l’inconscient collectif de notre peuple : Le caractère social de la monarchie à Dunkerque :

 

“…les heureuses conséquences sociales, par un privilège que Louis XIV avait octroyé aux habitants de Fort-Mardyck et qui s’était perpétué. Pour peupler ce nouveau port, le Roi-Soleil avait décidé que chaque foyer qui s’y fonderait recevrait en cadeau de mariage un lopin de terre d’un demi-arpent d’ordonnance (2400m2 d’aujourd’hui), prélevé sur les dunes, et où trouverait place sa chaumière et son jardin. Si bien que la Ligue du Coin de Terre aurait dû honnêtement se mettre sous le patronage du plus absolu de nos rois ! “

 

Notre jour viendra !

 

Frédéric Winkler

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8 mars 2016 2 08 /03 /mars /2016 16:09

Les Spartiates, ce peuple guerrier de la Grèce antique a disparu en laissant un héritage misérable. Ils pratiquaient l'eugénisme. L'écrivain Marcel Pagnol a mis en lumière pourquoi cette pratique eugéniste fut la cause de leur disparition.

La force physique est finalement bien peu de chose si elle n’est pas au service de l’intelligence et de la culture. Et la culture elle-même est vouée à disparaître si elle n’est pas mise au service de la religion ou d’un projet de nature religieuse, c’est-à-dire absolu, universel et définitif.

Hervé Ryssen, Les Spartiates étaient-ils un peu cons ?

Les Spartiates étaient-ils un peu cons ?

Les Spartiates étaient-ils un peu cons ?

 

Nous soumettons maintenant à votre jugement un très beau texte de Marcel Pagnol (1895-1974) qui constitue les deux dernières pages d’une petite nouvelle intutulée Les Secrets de Dieu. On négligera « l’antiracisme » des premières phrases. Marcel Pagnol écrivait en effet en un temps où l’Europe n’était pas confrontée à une invasion migratoire. Mais la critique de l’eugénisme est imparable.

 

« Un soir d’hiver, à la campagne, devant de flamboyantes bûches, je pensais tout à coup à Sparte, à ses lois, à ses moeurs, à son idéal. Ce fut une ville d’héroïques guerriers et de farouches patriotes, soucieux avant tout, comme Hitler, de la pureté et de la beauté de leur race.

 

Lorsqu’un enfant naissait, une commission d’experts venait donc l’examiner, dans la chambre même de l’accouchée. Les filles étaient estimées selon leur taille et leur poids, comme des juments poulinières. Les garçons devaient paraître capables de porter un jour le bouclier, le casque de bronze, et la lourde épée de fer. Soumis dès l’enfance à une discipline militaire, leur seul idéal était de mourir sur un champ de bataille, après avoir tué autant d’hommes que le permettaient les armes de ce temps. Quant aux enfants « réformés » par ce « conseil de révision », les vieux sages les emportaient sous le bras, et allaient les jeter dans un gouffre voisin, qui s’appelait le Barathre.

 

Finalement, cette race si belle, et si soigneusement épurée, que nous a-t-elle laissé ? Des noms de rois, auteurs de lois aussi sévères qu’un règlement pénitentiaire, des noms de généraux, dont les armées ne dépassèrent jamais les effectifs d’un régiment, des noms de batailles, dont la plus célèbre est le glorieux désastre des Thermopyles, et les murs effondrés d’une petite ville. Ces pierres éparses sous des ronces ne cachaient pas une Vénus, un Discobole, une Victoire ailée, mais un bouclier verdi, des casques fendus, des glaives amincis par la rouille du temps. Au centre d’un paysage quelconque, ces ruines anonymes ne sont pas dominées par un lumineux Parthénon, haut dans le ciel sur une Acropole, mais accroupies dans l’ombre au bord d’un trou.

 

Ces hommes furent des Grecs de la grande époque, à deux pas d’Athènes, mère de l’intelligence et des arts. Pourquoi leur héritage est-il si misérable ? C’est parce qu’ils ont sacrifié leurs poètes, leurs philosophes, leurs peintres, leurs architectes, leurs sculpteurs; c’est parce qu’ils ont peut-être précipité sur les rocs aigus, au fond du Barathre, un petit bossu qui était Esope, ou le bébé aveugle qui eût chanté à travers les siècles les Dieux et la gloire de leur patrie… Et parmi les trop pâles petites filles qui tournoyèrent un instant, frêles papillons blancs, à travers la nuit verticale du gouffre, il y avait peut-être les mères ou les aïeules de leur Phidias, de leur Sophocle, de leur Aristote ou de leur Platon ; car toute vie est un mystère, et nul ne sait qui porte le message; ni les passants, ni le messager. »

 

Tout cela pour vous dire que la force physique est finalement bien peu de chose si elle n’est pas au service de l’intelligence et de la culture. Et la culture elle-même est vouée à disparaître si elle n’est pas mise au service de la religion ou d’un projet de nature religieuse, c’est-à-dire absolu, universel et définitif.

 

Voilà. On espère que les thuriféraires de la Sparte héroïque (Identitaires, trous du Gud et autres skins à barbe) ne sont pas trop déçus, car le temps de la guerre approche, et les patriotes français devront bientôt faire front, tous ensemble… et dans le respect des hiérarchies naturelles.

 

Hervé Ryssen, Les Spartiates étaient-ils un peu cons ?

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27 février 2016 6 27 /02 /février /2016 07:26

D'une façon générale, si nous partageons et diffusions certaines analyses de certains intervenants expliquant la situation calamiteuse dans laquelle se trouve notre pays actuellement, ça ne signifie pas que nous cautionnons toutes leurs analyses ni toutes leurs solutions à adopter.

 

Nous rappelons que face à la volonté de détruire notre pays, la seule solution viable et honnête est le rétablissement de la Monarchie Catholique, représentée par le seul héritier des rois qui ont fait la France, son souverain légitime : Monseigneur Louis de Bourbon, duc d’Anjou, aîné des Capétiens, de jure Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Louis XX. Le reste n'étant que poudre aux yeux servant des intérêts plus que douteux.

La démocratie contre le peuple (Philippe Ploncard d'Assac)

"La démocratie contre le peuple" conférence de Philippe Ploncard d'Assac du 16 janvier 2016.

 

. 5 minutes pour comprendre l'illusion du vote

. Démocratie: les deux types de représentation politique

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15 février 2016 1 15 /02 /février /2016 10:32
Conférence de Marion Sigaut : Enquête à l'ombre des Lumières, Le mystère de Damiens – Vendredi 26 février 2016 – 18h ARRAS, Hôtel d'Angleterre

Conférence de Marion Sigaut : Enquête à l'ombre des Lumières, Le mystère de Damiens – Vendredi 26 février 2016 – 18h ARRAS, Hôtel d'Angleterre

 

suivi d'une séance de dédicace et d'un repas

 

Source: Alliance Royale Facebook

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10 janvier 2016 7 10 /01 /janvier /2016 06:45
Couronnement de la Vierge (Cathédrale de Poitiers)

Couronnement de la Vierge (Cathédrale de Poitiers)

Sous des badigeons du XVIIIe siècle, un trésor gothique a été mis à jour dans la cathédrale Saint-Pierre de Poitiers.

 

C’est un ensemble sans équivalent en France qui a été découvert dans la cathédrale de Poitiers : plus de 750 m2 de peinture médiévale étaient cachés sous un enduit postérieur. Le chantier de restauration encore en cours sera révélé aux yeux du public en mai 2016. 

Une découverte inédite… ou presque 

Tout a commencé lors des travaux initiés en janvier 2012 sur la voûte du transept sud de la cathédrale à la suite d’infiltrations d’eau. Les sondages réalisés avec l’ouverture de « 55 fenêtres » ont révélé la présence de peintures murales médiévales sous le badigeon XVIIIe. En janvier 2015, les travaux de dégagement de l’enduit sont lancés et coordonnés par un architecte en chef des monuments historiques. Or, ces travaux n’avancent pas aussi rapidement que prévu : le dégagement progresse d’un mètre carré par semaine et par personne ! Il s’agit en effet de retirer le badigeon avec un scalpel mais aussi de recoller la peinture ancienne au fur et à mesure à l’aide d’une seringue. La tâche est rendue difficile par le brossage et le grattage effectués au XVIIIe siècle afin que le nouvel enduit apposé à l’époque adhère le mieux possible à la pierre.

Il ne s’agit pas non plus d’une surprise totale puisque la présence d’un décor peint médiéval était mentionnée dans des sources écrites comme l’explique Anne Embs, conservatrice des monuments historiques de la région Poitou-Charentes, et que le décor avait déjà bénéficié de quelques sondages fragmentaires en 1990.

Des décors très bien conservés 

Les peintures murales (et non fresques comme cela est mentionné à tort dans de nombreux articles, et oui la technique diffère !) illustrent quatre grandes scènes :

  • Le Sein d’Abraham, soit la demeure des Justes après la mort et jusqu’à la résurrection
  • Le Couronnement de la Vierge, avec des éléments d’architecture de style gothique rayonnant visibles en dessous
  • Le Christ Juge entouré de la Vierge et de saint Jean
  • Un cortège d’anges tenant des couronnes 

 

Ces scènes sont entourées d’une pluie d’étoiles exécutée à l’aide de feuilles d’étain superposées avec une feuille d’or et d’argent. Les figures sont monumentales (environ 3 m de haut) et leur dessin raffiné est de grande qualité. On ne peut qu’admirer la fraîcheur des couleurs et la variété de la palette aux rares nuances de rose, vert, mauve et orange. D’après les analyses scientifiques, des pigments précieux ont été utilisés tels que le bleu azurite, le rouge de cinabre, et des feuilles d’or et d’argent.

Du point de vue stylistique, ces représentations sont à rapprocher du « style de saint Louis » (présent de 1250 au XIVe siècle), ce qui permet de dater les peintures du dernier tiers du XIIIe siècle, soit en pleine période du gothique rayonnant. Ce style est caractérisé par l’allongement des figures, de petites têtes, un véritable raffinement, et un trait linéaire et graphique. Cet ensemble peint est donc en parfaite corrélation avec les vitraux quasi contemporains.

L’opération de restauration de ce témoignage exceptionnel est chiffrée à 800 000 euros et financée par l’État. Le public doit encore attendre fin mai 2016 pour pouvoir découvrir ces peintures sans les échafaudages au sein de la cathédrale. Il semble cependant que l’édifice n’ait pas encore livré tous ses secrets. D’après de nouveaux sondages, d’autres peintures seraient présentes sur les voûtes du transept central…

 

Source: Découverte exceptionnelle de peintures murales médiévales dans la cathédrale de Poitiers, Aleteia, Marie Fournier, 9 janvier 2016

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15 décembre 2015 2 15 /12 /décembre /2015 09:14

Avant 1830, il n’y avait pas d’Algérie. Ce pays a été inventé par la France. Il était contrôlé par le régime ottoman sous le nom de "la Régence d'Alger". Il y avait la Côte des Pirates barbaresques, dont la réputation était excécrable dans toute la Méditerranée occidentale, à cause des raids sur les navires de voyageurs et de marchandises, des enlèvements d’hommes, de femmes et d’enfants réduits en esclavage par la Régence depuis le XVIe siècle. Voilà où commence cette histoire franco-algérienne, et les pays civilisés ont approuvé l’expédition de Charles X car elle sécurisait enfin une région où tout le monde craignait de naviguer depuis des siècles. Alger capitulait le 5 juillet 1830.

Ce documentaire video se propose de retracer la vie du conquérant de l'Afrique du Nord, Thomas Robert Bugeaud (1784-1849). "Cet homme d'action au caractère pragmatique" "qui vécut durant une période politique très instable", vit se succéder 8 régimes politiques différents (royauté, monarchie constitutionnelle, 1ère république, empire, monarchie constitutionnelle, monarchie de Juillet, 2e république, Second empire), et mit fin aux raids barbaresques en Méditerranée, aux enlèvements d'hommes, femmes et enfants réduits en esclavage.

Bugeaud s'accomoda des différents régimes toujours animé d'un seul but: être utile à la France. L'influence libérale anéantit totalement son oeuvre en Afrique du nord.

 

La conquête de l'Algérie - le Maréchal Bugeaud

L'équilibre politique opéré par l'institution des "bureaux arabes" créés par Bugeaud dans le but "d'améliorer le renseignement mais aussi de rendre une justice impartiale" et qui durant trois décennies défendit "régulièrement les intérêts arabes contre les européens" se termina, après la chute du Second empire (1870) par la proclamation de la 3e république (1875). Sous la pression des colons européens, les bureaux furent progressivement abandonnés par la IIIe république. La république mit fin à la politique arabe de Bugeaud et imposa les nouveaux principes philanthropiques démocratiques.

 

En 1880, Léon Hugonnet radical, acolyte de Jules Ferry déclara: “la grandeur de la France est indispensable au progrès de l’humanité. C’est pourquoi j’approuve une politique qui unira sous le drapeau français cent millions de défenseurs de la république ”.

Albert Bouyet au nom de la ligue des droits de l’homme, déclara : “Faire connaître aux peuples les droits de l’homme, ce n’est pas une besogne d’impérialisme, c’est une tache de fraternité ”.

Jules Ferry consacra le "droit supérieur" de la "race supérieure" de civiliser les autres : “C’était un devoir supérieur de civilisation qui légitimait le droit d’aller chez les barbares (sic)” “ La race supérieure (sic) ne conquiert pas pour le plaisir, dans le désir d’exploiter le faible, mais bien de le civiliser et de l’élever jusqu’à elle ”.
Et Léon Blum, d'ajouter : “Le droit et même le devoir des races supérieures (sic) est d’attirer à elles celles qui ne sont pas parvenues au même degré de culture.(Nouvelle Revue d'Histoire, N° 22, pages 40 et suivantes.)
 
Dans la bouche de Jules Ferry et de Léon Blum, inutile de traduire ce que ces mots veulent réellement dire... L'historien Philippe Conrad a résumé :
 
la mission civilisatrice de la France est mise en avant avec une référence très claire au langage des lumières. La France se plaçait ainsi dans l’héritage de 1789(Nouvelle Revue d'Histoire, N° 22, pages 39.)

 

La colossale énergie que la France a dépensée pour ces colonies, les milliers de sacrifices que les français ont consentis pour notre empire, tout cela était vain ou condamné à périr à plus ou moins long terme. Au-dessus de ces bonnes intentions, et des éminents sacrifices, il y avait la volonté de répandre la démocratie et les “Lumières” de 1789. L'Algérie fut alors administrée par des fonctionnaires civils, qui gouvernèrent largement au profit des européens, mais qui ne furent jamais acceptés par les indigènes comme le furent leurs vainqueurs militaires.

 

Le gouvernement libéral (maçonnique) de Juillet 1830 a annulé les bonnes dispositions prises par Charles X. Ce sont de tels faits qui ont fait dire au marquis de Roux, historien de la Restauration, la phrase suivante : "La Restauration a été le dernier gouvernement français qui ait compté parmi ses devoirs d’état l’appui à donner à l’Eglise pour le bien des âmes."  (“La Restauration”, Arthème Fayard, Paris, 1930, p 439.)

 

Aujourd'hui, après avoir expérimenté différemment les "Lumières" des philanthropes européens et la "civilisation" de la "race supérieure" (Jules Ferry) et face à des régimes corrompus, les pays d'Afrique du Nord (Maroc, Algérie, Tunisie, Libye) comme les pays occidentaux, sont sous la pression de l'"Etat islamique" (EI), un califat qui leur propose un messianisme concurrent, une sorte de retour aux sources.

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9 décembre 2015 3 09 /12 /décembre /2015 14:02

(Aux Etats généraux en 1789),

 

« depuis le plus petit village jusqu'à la capitale, tous les habitants de quelque état et condition qu'ils fussent participaient à l'exercice des droits politiques. Ils avaient le droit de concourir directement à la rédaction des cahiers, c'est-à-dire d'exposer leurs vues et leurs opinions sur toutes les affaires de l'Etat. Ils concouraient indirectement à l'élection des représentants de la nation : c'était le suffrage universel libre à plusieurs degrés. On était électeur, éligible sans aucune condition de propriété, de cens, de capacité. »

 

Antoine Claire Thibaudeau (1765-1854), député Conventionnel dans "Histoire des Etats généraux, et des institutions représentatives en France, depuis l'origine de la monarchie jusqu'à 1789", 1814.

Etats généraux et droits politiques en 1789 comparés à aujourd'hui

A comparer avec aujourd'hui où le gouvernement s'immiscant dans des élections régionales n'est pas loin de supprimer l'élection pour nommer lui-même les administrateurs locaux. Des administrateurs qui doivent suivre la ligne franc-maçonnique imposée depuis Paris ou être désistés.

 

(Lire: Grand Est : Masseret se maintient, le PS lui retire son investiture aux régionales, Le Parisien.fr, J.Cl. | 08 Déc. 2015, 13h37 | MAJ : 09 Déc. 2015, 02h10)

Etats généraux et droits politiques en 1789 comparés à aujourd'hui

Les communes au Moyen-Âge eurent des libertés très étendues, et constituaient de véritables petits Etats. Elles bénéficiaient de droits et privilèges qui feraient pâlir nos maires d'aujourd'hui.

Ecoutons François Guizot (1787-1874), homme politique et historien français :

 

Imaginons la venue d'un bourgeois du XIIe siècle ou du XIIIe, dans une de nos communes actuelles.

 

"Il s'enquiert, dit-il, de ce qui s'y passe, de la manière dont elle est gouvernée et du sort des habitants.

 

On lui dit qu'il y a hors des murs un pouvoir qui les taxe comme il lui plaît sans leur consentement, qui convoque leur milice et l'envoie à la guerre, aussi sans leur aveu. [1]

 

On lui parle des magistrats, du maire, et il apprend avec étonnement qu'ils ne sont pas nommés par les bourgeois de la ville. Il apprend que les affaires de la Commune ne se défendent pas dans la commune, qu'un fonctionnaire les administre de loin.

 

On lui dit que les habitants n'ont pas le droit de s'assembler, de délibérer en commun sur tout ce qui les touche."

 

Le bourgeois du XIIe siècle, habitué à toutes ses franchises, reste confondu. [2]

 

Mais la scène change, un Français du XIXe siècle pénètre dans une ville du Moyen Âge. Il se trouve dans une espèce de place forte, défendue par les bourgeois armés; ces bourgeois se taxent eux-mêmes, élisent leurs magistrats, jugent, punissent, s'assemblent pour délibérer sur leurs affaires. Tous viennent à ces assemblées. [3]

 

Lire : Le self-government rural ou la "démocratie" et des élections à la pluralité des voix dans chaque village (F. Funck-Brentano, La société d'Ancien Régime)


 Ils font la guerre pour leur compte contre leurs seigneurs; ils ont une milice; en un mot, ils se gouvernent eux-mêmes, ils sont souverains. Le Français du XIXe siècle n'en peut croire ses yeux."

 

(François Guizot, Histoire de France)

 

Extrait de la video "Chroniques de la Monarchie populaire" :

Notes

 

[1] La circonscription et la levée en masse décrétée par la Convention dite "nationale" de 1792 est à l'origine du soulèvement et de la révolte vendéenne qui sera écrasée dans le sang en 1793-94 par les "humanistes" : il fallait "purger la France" (Garnier de Saintes) du "sang impur", du "clergé", de la "noblesse" (Fouché), des récalcitrants. (Source: Xavier Martin, Régénérer l'espèce humaine, Utopie médical des Lumières, DMM, Mayenne, 2008. Extraits)

[2] Le terme bourgeois au XIXe siècle désigne les habitants du bourg.

[3] Il n'y avait pas d'abstention dans les élections médiévales parce que ces élections étaient organisées dans les corps réels de la société, contrairement à aujourd'hui où un pouvoir lointain, obscur et secret (franc-maçonnerie) dicte sa volonté, sans le consentement de la base.

 

Lire aussi : Des impôts dix fois supérieurs à ce qu'ils étaient avant 1789 !

"La fabrication de la légende noire du Moyen-Âge" par Claire Colombi

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4 décembre 2015 5 04 /12 /décembre /2015 19:35

Le professeur Xavier MARTIN, dans son ouvrage "Régénérer l'espèce humaine", cite quelqu'uns de nos humanistes philanthropes de la Révolution, dont les déclarations littéralement stupéfiantes, éclairent le contre-sens affligeant de malhonnêteté donné en ce moment au sujet de l'expression "qu'un sang impur abreuve nos sillons".

 

Il est bon de faire oeuvre de pédagogie. Face à la version tout aussi ridicule d'un "sang impur" désignant des étrangers et faisant de l'hymne républicain un hymne raciste et xénophobe, des désinformateurs et intoxicateurs répondent en tentant de présenter une "Marseillaise" expurgée de son sens premier, et que les enfants à l'école devraient apprendre. Cette interprétation, incohérente, prétend que le "sang impur" à la Révolution en 1792 serait non pas celui des "Rois conjurés" et des "traîtres" (les nobles, les "Brigands" Vendéens, les "récalcitrants" au nouveau régime), mais serait le sang des Patriotes eux-mêmes (par opposition au "sang pur" des nobles) qui, en quelque sorte, verseraient leur sang pour la Patrie. Ils iraient à la guerre en chantant : "pourvu que notre sang impur coule dans nos sillons !". Cette interprétation, en plus d'être ridicule, est mensongère. Décontextualisée, elle nous vient de nationaux souverainistes, qui oublient que le mot "purge" est passé, d'une manière choquante, du lexique médical au XVIIIe siècle, au lexique politique, pour aboutir au XXe siècle chez les communistes et les nazis à la justification des crimes politiques totalitaires.

 

Il ne faut pas croire que la véritable interprétation du "Sang impur" qui doive couler n'ait plus lieu ou ne soit plus de mise. A notre époque encore, il y a des humanistes parmi nous qui connaissent parfaitement le sens premier de l'expression "qu'un sang impur abreuve nos sillons" : Jean-Paul Sartre, qui regrettait que les révolutionnaires n'eussent "pas assez tué". (Nous citerons les déclarations de ce fou furieux un peu plus bas.) Jean-Paul Sartre ne croit, lui, pas du tout à l'explication du sang versé des Patriotes eux-mêmes. Sartre, c'est à notre époque, et c'est très proche. Il faut insister là-dessus. Car à tout moment les bourreaux peuvent revenir et justifier, à nouveau, leurs crimes par la nécessité de la purge. L'épée de Damocles de la Marseillaise "qu'un sang impur abreuve nos sillons", constitue donc encore aujourd'hui une véritable menace pour le Bien public, une menace qui plane toujours au-dessus de nos têtes. A tout moment, un gouvernement dépassé par des évènements graves, par exemple, peut être tenté de réactiver le sens premier de la Marseillaise, au nom du Peuple souverain, de la "république", de la "Patrie en danger", etc.

 

On relira donc avec profit les explications du professeur Xavier Martin, souvent empruntes d'ironie, au sujet de la "pulsion exterminatrice" qui se trouvait au coeur du projet révolutionnaire en 1792. Une pulsion qui animait les révolutionnaires qui voulaient éliminer le "virus aristocratique et sacerdotal", les récalcitrants, les "aristocrates", le "clergé", la "noblesse", les "ennemis de la Patrie", mais aussi les "égoïstes", les "lâches", les "traîtres" et les "fripons". Il s'agissait de les "purger du sol de la Patrie", d'éliminer de la Convention, tout ce qui s'y trouvait d'"impur". Et cela, pour notre bien, le bien du "Peuple" et de l'"intérêt public", "au nom de la Liberté". Le "sang impur" était répandu "par humanité" (Fouché) :

"Qu'un sang impur abreuve nos sillons" (suite)
Chapitre II La Révolution : un discours politique « chirurgicalisé »

 

Cannibalisme encouragé médicalement

 

La médecine est présente, dans l'atmosphère de la Révolution : elle l'est plus, à vrai dire, que les médecins eux-mêmes. Quelques-uns, c'est vrai, s'y sont distingués. Comment ne pas songer tout d'abord à Marat, lequel selon Vovelle tient « une place unique (…) comme théoricien du mouvement révolutionnaire » ? Effectivement, nul plus que lui sans doute n'est le symbole de la haine sanguinaire délirante en Révolution. Esprit non cloisonné – on allait presque dire : « pluridisciplinaire » - ce médecin ne craint pas d'effleurer au besoin la boucherie, lorsqu'il dit par exemple au sujet du nanti, dans les premiers mois révolutionnaires, que le nécessiteux « a droit de l'égorger et de dévorer ses chairs palpitantes. » Ce n'est pas un propos fugitif de beuverie : c'est consigné, dès le mois d'août 1789, dans son propre projet de « déclaration des droits de l'homme et du citoyen » [1]. Un droit fondamental de dévorer citoyennement des chairs d'hommes palpitantes : l'amorce est prometteuse. Il est permis de saliver.

 

Rééditer l'espèce humaine améliorée ?

 

[…] Est-il besoin de le préciser ? Assimiler l'entité sociale à un organisme ne peut qu'ouvrir la voie aux ressources lexicales de la science des maladies quant à l'expression des imperfections et dysfonctionnements du corps politique.

 

[…] Sans doute le pressent-on : l'assimilation révolutionnaire de la société à un organisme, en corrélation avec une approche de type médical matérialisante, n'est pas sans rapport avec la violence révolutionnaire. L'un des maîtres mots de la décennie – régénération – nous semble voué très spécialement à incarner ce phénomène. Le terme est porteur d'une forte charge de radicalité, en connexion avec l'aspect fondamental de table rase, donc de fondation, de refondation simplificatrice d'un donné social vétuste et complexe que va présenter, de façon notoire, le processus inauguré en 1789 [169], et puissamment accéléré en 1792. C'est de façon logique que l'esprit fondateur de la Révolution justifie la violence initiale, laquelle techniquement est nécessitée par un besoin fondamental de « déblaiement ». Adressant à Carrier l'arrêté du Comité de Salut public déterminant sa mission à Nantes, Hérault de Séchelles joint cet avis d'encouragement : « Nous pourrons être humains, quand nous serons assurés d'être vainqueurs. » [170]

 

[…] On a là, d'évidence, un élément majeur de la virulence révolutionnaire, et d'autant plus que l'intention qui la sous-tend ne saurait être qu'excellente. Raynal et Diderot en avaient prévenu : « Une nation ne se régénère que dans un bain de sang », c'était quelques lignes après avoir dit, d'un fondateur archétypal (ou re-fondateur) de société : « [C]'est un médecin qui tente la guérison d'un cadavre gangréné. » [175]

 

[…] Et Benjamin Constant ne s'estimera-t-il pas fondé, par l'expérience, à récapituler : « Le mot de régénération nous a poussés à tout détruire » ? [186] C'était pour le bien : « [L]es bourreaux qui coupaient le cou des enfants et des vieillards, les bénins spectateurs qui assistaient au guillotiner des femmes s'attendrissaient sur les progrès de l'humanité. » [187]

 

[…] On connaît l'expression suivante de Saint-Just : « Ce qui constitue une République, c'est la destruction totale de ce qui lui est opposée. » [197] Si nous nous purgeons, dit sous peu son collègue Garnier de Saintes, c'est pour avoir le droit de purger la France. Nous ne laisserons aucun corps hétérogène dans la République. » [198]

 

Couthon bientôt, membre au surplus du Comité de salut public, ne dit guère moins lorsqu'il préconise, pour l'accomplissement du régime nouveau, « la résolution d'exterminer tous ceux qui ne veulent pas de la République. » [199]

 

[…] Oui, la perspective régénératrice porte donc en elle – et fort heureusement c'est pour la bonne cause – une pulsion exterminatrice des récalcitrants.

 

Portrait de Marat par Joseph Boze (1793), musée Carnavalet.Selon le docteur Marat, « cinq ou six cents têtes abattues » auraient suffi fin 1789 ; un an plus tard, estimera-t-il, « il en faudrait abattre dix mille », bientôt cent mille si l'on diffère ; de toute façon, les « ennemis de la Patrie », il les faudra « extermine[r] jusqu'au dernier rejeton. » [201] Jusqu'au dernier rejeton, ce sera dit également en Vendée ; il s'agit bien ici de massacre d'enfants pour raison politique. On sait que Marat aura la sagesse d'en venir au souhait exterminateur de cinq à six cent mille têtes, palmarès idéal des « exécutions populaires ». Sans l'interférence de Charlotte Corday l'on se fût hissé en sa compagnie, assez probablement, à cinq ou six millions, et à ce rythme d'emballement l'espèce humaine à bref délai y fût passée, « retirés tous de dessus le globe », eût dit Manuel.

 

[…] Ce type d'achèvement, - l'extinction totale de la race humaine », - au moins pour la France, au moins par certains et par rhétorique, n'était pas loin d'être assumé. On connaît le mot splendide de Carrier sur l'opportunité de transformer la France en cimetière national : « Nous ferons un cimetière de la France plutôt que de ne pas la régénérer à notre manière, et de manquer le but que nous nous sommes proposé. » Ce trait plutôt martial d'un des grands visionnaires de la philanthropie, mis au grand jour par son procès [204], eut quelque audience.

 

[…] Saint-Just, quant à lui, pour qui « c'est l'indulgence qui est féroce », a l'élégance du détachement philosophique : « Peu importe que le temps ait conduit des vanités diverses à l'échafaud, au cimetière, au néant, pourvu que la liberté reste. » [206]

 

[…] C'est pour son bien que le corps politique est à purger, saigner, etc., à amputer de certaines des « petites vies particulières » qui le composent, lesquelles sont vues comme des menaces pour sa santé ou sa survie.

 

[…] D'autres orateurs à la Convention ou aux Jacobins, quelques citations : ce dont « il s'agit », c'est « de faire éprouver au corps politique la sueur immonde de l'aristocratie ; […] aristocratie qualifie ici un état d'esprit. [219] Ou bien ceci : « Le virus aristocratique et sacerdotal circule encore dans les veines de bien des hommes » ; ce sont des « contagieux qu'il faut séparer de la foule, de peur que [leur] mal ne devienne épidémique. » [220]

 

Joseph Fouché[…] Il se trouve que c'est sous la Terreur que le mot purge, médical, est étendu dans notre langue au politique, où la civilisation communiste, en surenchérissant sur celle des Jacobins, saura lui assurer une enviable fortune. On parle aussi à cette époque, de vomitif (ou d'émétique), pour viser bien sûr l'élimination, l'extermination des récalcitrants – ou de saignée, naturellement. Purge, émétique ? La charge de violence qui leste ces concepts trouve par exemple une admirable illustration dans tel propos de Fouché terrorisant la Nièvre. La République, telle qu'il la voit ? « Il ne doit entrer dans sa compostion que des éléments purs » (cette annonce est chimique). « Dans ses premiers moments de fermentation elle a déjà vomi […] le clergé et la noblesse, il lui reste encore à se purger des égoïstes, des lâches, des traîtres et des fripons. » [NdCR. En gros tout le monde !] [224] Vocables efficaces, adaptés à l'esprit du discours.

 

Portrait de Georges Couthon, par François Bonneville, Musée Carnavalet.Couthon s'émerveillera d'un vomissement civique : « La Convention nationale est sublime dans ce moment ; elle vomit de son sein tout qui s'y trouve d'impur. » [225]

 

[…] Du représentant en mission Francastel, cette gaillarde incitation pour fouetter le zèle des commis d'abattoir assumant en Vendée, sans lésine incongrue, l'oeuvre républicaine de régénération : « Purgeons, purgeons à jamais le pays de cette race infâme (…). Purgeons, mes amis, saignons jusqu'à blanc. », il faut, « purger, saigner jusqu'au blanc cette génération vendéenne ». [228] Ce ne sont pas la vaillance, ni les bonnes intentions, qui font défaut à ce philanthrope dévoré de zèle pour le bien public.

 

[…] Simple parenthèse : un médecin d'Auschwitz, confronté au souvenir du serment d'Hippocrate (par une détenue médecin elle-même), expliquait ceci : « Par respect pour la vie humaine, je pratique l'ablation des appendices purulents. » [236]

 

[…] « C'est par principe d'humanité » que Carrier « purge » la France des asociaux (donc sous-humains) du Bas-Poitou : il l'annonce en précisant fièrement qu'il fait massacrer « par centaines » les naïfs qui se rendent. [237]

 

Jean-Baptiste Carrier,estampe de François Bonneville,Paris, BnF, département Estampes et photographie, 1796.Fouché, de Lyon, en dit autant : « Oui, nous devons l'avouer, nous faisons répandre beaucoup de sang impur, mais c'est par humanité, par devoir. » [238] Fouché dit « par humanité » ; Carrier dit « par principe d'humanité » ; le médecin du camp (nazi) exprime-t-il autre chose lorsque disant éradiquer « un appendice purulent », il déclare agir « par respect pour la vie humaine » ?

 

[…] Notable précision : avec le recul, un autre « excellent coeur » et grande intelligence de la philosophie moderne, l'humaniste Jean-Paul Sartre, ne dissimulera guère certaine inclinaison à faire sien ce point de vue raisonnable : « [U]n régime révolutionnaire doit se débarrasser d'un certain nombre d'individus qui le menacent, et je ne vois pas là d'autre moyen que la mort. […] Les révolutionnaires de 1793 n'ont probablement pas assez tué », d'où « un retour à l'ordre, puis la Restauration » [241]. … [L]a dialectique de l'humaniste Jean-Paul Sartre est explicite et cohérente : il eût fallu qu'on massacrât plus ardemment sous la Terreur. 

 

Notes

 

[1] Marat, La Constitution ou Projet de Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, suivi d'un Plan de Constitution juste, sage et libre, Paris (fin août) 1789, rééd., dans les Oeuvres politiques, 1789-1793, t. 1, publ. J. De Cock et C. Goetz, Bruxelles, 1989, [p. 69-105], p. 74.

[169] Voir M. Ozouf, L'Homme régénéré, Essais sur la Révolution française, Paris 1989 ; et A. de Barecque, Le Corps de l'Histoire..., op. Cit., p. 166-194.)

[170] Hérault de Séchelles à Carrier, 29 septembre 1793 : lettre citée de troisième main d'après C.-L. Chassin, La Vendée patriote, t. 3, Paris 1894, reprint Mayenne, 1973, p. 559.

[175] Raynal, Histoire philosophique et politique des établissements du Commerce des Européens dans les deux Indes, 10 vol., Genève 1780-1781, t. 6 (1780), p. 21 et 20-21.

[186] B. Constant, De l'Esprit de Conquête et de l'Usurpation dans leurs rapports avec la civilisation européenne (ajout de juillet 1814), Paris 1986, p. 251.

[187] Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe (écr. 1811-1833), 4 vol., Lausanne, 1968, t. 4, p. 453 (passage écrit en 1833).

[197] Saint-Just à la Convention, 8 ventôse an II, 26 février 1794 : dans ses Oeuvres complètes, publ. A Kupiec et M. Abensour, Paris 2004, p. 659 ; et Arch. Parlem., 1ère série, t. 85, p. 517., col. 1.

[198] Garnier de Saintes aux Jacobins, 16 germinal an II, 5 avril 1794 : Aulard, La Société des Jacobins, Recueil de Documents..., t. 6, Paris, 1897, p. 47.

[199] Couthon aux Jacobins, 6 messidor an II, 24 juin 1794 : ibidem., p. 188.

[204] Témoignage de François Lamarie au tribunal criminel révolutionnaie, 21 frimaire an III, 11 décembre 1794 : Moniteur, n° 97, 7 nivôse an III, 27 décembre 1794, p. 401, col. 3. C'est ce que Carrier disait : « à qui voulait l'entendre ». « Carrier nie les faits, et répond par des injures. »

[206] Saint-Just à la Convention, 11 germinal an II, 31 mars 1794 : Arch. Parlem., 1ère série, t. 87, p. 638, col. 1.

[219] Aulard, La Société des Jacobins..., op. Cit. t. 6 (mars-novembre 1794), Paris 1897, p. 80-81, à la date du 28 germinal an II, 17 avril 1794.

[220] J.-B. Leclerc à la Convention, 18 décembre 1792 : Arch. Parlem., 1ère série, t. 55, p. 145, col.1.

[224] Fouché aux habitants de la Nièvre, 10 octobre 1793 : Arch. Parlem., 1ère série, t. 76, p. 686, col. 1.

[225] Propos du 29 messidor an II, 17 juillet 1794 : cité de seconde main d'après M. Braconnier, notice « Couthon », dans A. Soboul, dir., Dictionnaire de la Révolution française, Paris, p. 310.

[228] Lettre des 22 et 20 décembre 1793 : cf. notre livre Sur les Droits de l'Homme et la Vendée, éd. DMM, Bouère, 1995, p. 60.

[236] E. Klee, [Auschwitz. Die NS-Medizin une ihre Opfer, Francfort, 1997], La Médecine nazie et ses victimes (trad. O. Mannoni), s.l. (Actes Sud), 1999, p. 293 ; suite : « Les Juifs sont un appendice purulent sur le corps de l'Europe » (p. 293-294) (p. 424 : déposition d'Ella Lingens, 19 septembre 1960). - Napoléon, quant à lui, s'estimait fondé à appliquer aux Juifs la qualification de « masse de sang vicié » : cf. infra., p, 229.

[237] Lettre de Carrier à la Convention, 30 frimaire an II, 20 décembre 1793, lue à l'assemblée le 6 nivôse, 26 décembre ; Moniteur, n° 98, 8 nivôse, 28 décembre, (« à la une ») p. 393, col. 1 : « C'est par principe d'humanité que je purge la terre de la liberté de ces monstres. » « J'invite mon collègue Francastel à ne pas s'écarter de cette salutaire et expéditive méthode ». … - Sur la logique intellectuelle qui peut conduire la répression républicaine à méconnaître effectivement les qualités d'hommes et de citoyen chez les insurgés, ou à tendre à le faire, voir notre ouvrage Sur les Droits de l'Homme et la Vendée, Bouère, 1995 ; il s'articule intégralement sur cette problématique. - Sur tout cela voir également A. Gérard , « Par principe d'humanité... » La Terreur et la Vendée, Paris, 1999.

[238] Lettre de Fouché à la Convention, 27 décembre 1793 : cité de seconde main d'après A. Gérard, op. cit., p, 25.

[241] Interview de J.-P. Sartre, dans Actuel, 28 février 1973, p, 76, col. 2.

 

Xavier MARTIN, "Régénérer l'espèce humaine. Utopie médicale des Lumières (1750-1850) (Dominique Martin Morin édition, Mayenne 2008.)

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Publié par Ingomer - dans Histoire
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4 décembre 2015 5 04 /12 /décembre /2015 06:55

NdCR. De la même façon que leur régime satanique a démarré le 10 août 1792 par la suppression de la procession à la Vierge Marie le 15 août, et l'organisation volontaire de massacres destinés à créer un climat de terreur propice à la déclaration de leur "république" (Prises des Tuileries, Massacres de Septembre), à chaque fois qu'une Marseillaise est chantée, il faut contrer le maléfice en récitant un Ave Maria.

D'une façon générale, si nous partageons et diffusions certaines analyses de certains intervenants expliquant la situation calamiteuse dans laquelle se trouve notre pays actuellement, ça ne signifie pas que nous cautionnons leurs analyses sur la solution à adopter.

 

Nous rappelons que face à la volonté de détruire notre pays, la seule solution viable et honnête est le rétablissement de la Monarchie Catholique, représentée par le seul héritier des rois qui ont fait la France, son souverain légitime : Monseigneur Louis de Bourbon, duc d’Anjou, aîné des Capétiens, de jure Sa Majesté Très Chrétienne le Roi Louis XX. Le reste n'étant que poudre aux yeux servant des intérêts plus que douteux.

Naissance de la République – Une conférence de Marion Sigaut au Théâtre de la Main d'or (03/10/2015)

 

Source: Démocratie Royale

 

Merci à Marion Sigaut pour cette conférence qui fait le jour sur des pans entiers méconnus de l'histoire de la république, qui achèvent de discréditer définitivement ce régime politique sanguinaire né grâce à deux complots (prise des Tuileries le 10 août 1792) et Massacres de Septembre 1792.

 

Extrait :

 

"Fin 1788, le roi convoque les Etats généraux pour régler le problème de la dette publique (que la France a depuis que le roi a épuisé son budget suite à son aide aux insurgés américains dans la Guerre d'Indépendance des Etats-Unis. NdCR.), Etats généraux, c'est-à-dire les corps constitués représentant la nation française. Les Etats généraux se réunissent en mai 1789 à Versailles. La noblesse, ce sont ceux qui font la guerre, le clergé, ce sont ceux qui font la prière et assurent tous les services sociaux, et le Tiers-Etat, c'est le reste, c'est-à-dire tout le monde.

 

Et le 17 juin, les représentants du Tiers Etat se proclament 'Assemblée nationale Constituante', c'est-à-dire que ces gens ont été députés par leur paroisse, jusqu'au fin fond de la France, pour venir présenter aux Etats généraux les doléances de la population. Et, arrivés sur place, ils disent 'nous venons faire une nouvelle constitution'. Cela s'appelle un coup d'Etat. C'est-à-dire que ces gens n'ont pas reçu des Français du fin fond des campagnes ou de l'intégralité des villes leur demandant faites une nouvelle constitution. Ils n'ont pas mandat pour cela. 

 

Le 12 et 14 juillet, c'est-à-dire un petit mois après, des troubles éclatent à Paris, la Bastille est prise et elle est l'occasion de violences abominables. Les violences que déclenchent le mouvement révolutionnaire sont absolument insensées et inouïes. Le peuple parisien, le peuple de France n'a pas l'habitude de telles violences, c'est-à-dire des têtes coupées qu'on exhibe. Alors cela vous dit quelque chose les têtes coupées, les sauvages c'est toujours les autres. Mais non, là, c'est chez nous, à Paris. Et des témoignages affluent de gens qui sont absolument indignés... et offusqués (ce sera le début d'une longue indignation qui durera deux siècles jusqu'à aujourd'hui. NdCR.) de voir ce déchaînement de violences qu'ils n'attendaient pas.

 

C'est à ce moment-là qu'est fondée la Société des Amis de la Constitution. C'est-à-dire un club de pensée, une réunion de francs-maçons.

 

Le 14 juillet est l'occasion d'organiser à Paris une commune insurrectionnelle et une Garde nationale. Une Commune, c'est un gouvernement de Paris. Cette Commune de 1789 va représenter le 'gouvernement' de paris. Et la Garde nationale, ce sont les bourgeois en armes. On leur a donné un uniforme et des fusils et ce sont eux qui étaient chargés d'assurer l'ordre (14 juillet 1789).

 

Au mois d'Octobre, un second coup d'Etat a lieu. Une manifestation allant réclamer du pain au roi, part de Paris à Versailles, revient avec le roi. C'est une manifestation que l'on appelle le retour du boulanger, de la boulangère et du petit mitron. Le pain étant de plus en plus cher - et il le sera de plus en plus, cela sera certainement un des éléments clés des violences que cela déchaîne... -. 

 

"Je ne peux plus chanter la Marseillaise" : Marion Sigaut sur "la naissance de la république"

La manifestation ramène le roi, la reine et les enfants royaux des Tuileries à Paris (6 octobre 1789) et le roi est privé de son droit à participer à la confection des lois. Le roi était le législateur en son royaume jusqu'à cette date. A partir du moment où on l'a amené aux Tuileries, on peut dire qu'il est prisonnier et c'est un véritable second coup d'Etat.

 

Au mois de juillet 1790 est décrété la Constitution civile du Clergé. Cette constitution, c'est la soumission de l'Eglise à l'Etat. Cela n'a rien à voir avec la séparation de l'Eglise à l'état. Cette Constitution va dire que dorénavant les prêtres ne sont plus soumis à l'autorité de Rome, qui est l'autorité religieuse, mais à l'autorité de l'Assemblée et du gouvernement. C'est un renversement dramatique et beaucoup de sang va couler à cause de cela.

 

Le 20 juin 1791, le roi s'échappe des Tuileries pour essayer de retrouver une partie de son armée. Il est arrêté à Varennes. Il est ramené à Paris et suspendu de ses fonctions.

 

En juillet 1791, la Société des Amis de la Constitution, le club de pensée franc-maçon va se diviser entre Feuillants et Jacobins. Les Jacobins se sont installés dans un ancien couvent de Jacobins, rue Saint Honoré. Et c'est là que va se jouer et s'organiser 'la Révolution', le Club des Jacobins.

 

En août 1791 est élu une 'Assemblée nationale Législative'. Le roi l'accepte, il signe la nouvelle Constitution. Il dit je suis d'accord, puisque c'est cela que veut le peuple.

 

Lire : Des droits de l'Homme à la Terreur : lecture critique de la Constitution de 1791

 

Des élections ont lieu. Et dans cette élection, ne seront élus que les gens qui ont les moyens.

 

En mars 1792, l'Assemblée contraint le roi à prendre un ministère entièrement jacobin. Et parmi les ministres, on a un certain Roland, un certain Clavière et un certain Sevran, qui vont peser de tous leurs poids sur le gouvernement de Louis XVI.

 

Le 20 avril 1792, la France déclare la guerre à l'Autriche-Hongrie, c'est-à-dire l''Assemblée nationale' déclare la guerre à l'Autriche-Hongrie. Et cela n'est pas le roi qui a déclaré la guerre. On dit souvent, et on entend régulièrement que c'est le roi. Or, c'est bien l'Assemblée Législative qui a déclaré la guerre sur la pression du parti que l'on appellera plus 'Les Girondins'.

 

Jean-Marie Roland de la Platière, ministre du roi, était en 1787 à l'Académie de Lyon et il a proposé à la sortie de l'Académie devant un certain nombre de témoins qui étaient suffoqués, de produire de l'huile avec des cadavres des humains. Ses confrères lui demandent ce qu'il fait des ossements, il répond de l'acide phosphorique. Ses confrères, suffoqués, se tournent vers sa femme, Manon, essaient de voir s'il était sérieux, et rien du tout, il était sérieux.

 

Brissot, girondin bien connu, avait écrit en son temps, également avant la Révolution française :

 

'Les hommes peuvent-ils se nourrir de leurs semblables ? Les êtres ont le droit de se nourrir de toute matière propre à satisfaire leurs besoins. Les anthropophages qui ne sont point guidés par les institutions sociales ne font que suivre l'impulsion de la nature.' C'est eux qui vont renverser la Royauté !

 

[...] Les trois ministres harcèlent le roi pour qu'il sanctionne un décret de l'Assemblée qui veut qu'on déporte les prêtres réfractaires. Ceux-ci sont des prêtres qui refusent de se soumettre à la Constitution civile du Clergé, parce que c'est leur conscience. Le roi refuse, il oppose son veto. Le roi a encore le droit de veto. Et le roi refuse aussi de signer le décret qui consiste à mettre 20 000 fédérés (garde nationale) aux portes de Paris. Et les trois ministres sont tellement odieux que le roi renvoie les trois ministres. Manon Roland écrit une lettre que son mari signe, une lettre d'une violence insensée. C'est un véritable appel au meurtre contre le roi. 'Comment le roi ose-t-il mettre son veto ?'

 

Le 20 juin 1792, l'Assemblée reçoit 10 000 clubistes armés, au mépris des lois. L'Assemblée nationale n'a pas à recevoir des gens armés. ... La population parisienne est suffoquée par cette violence. Et en fait, on connaît une des sources de toute cette agitation, c'est le duc d'Orléans, qui se trouve être le cousin du roi, qui stipendie les agitateurs. Ce Philippe d'Orléans, qui deviendra Philippe Egalité et qui perdra la tête - mais ils l'a perdront tous, ou presque -, entretient l'agitation et c'est lui qui organise toutes ces émeutes. 

 

Le 22 juin, deux jours après les violences aux Tuileries, le roi envoie une très belle protestation. C'est du grand Louis XVI. Il dit :

 

'Le Roi n'a opposé aux menaces et aux insultes des factieux que sa conscience et son amour pour le Bien public. Le Roi ignore quel sera le terme où ils voudront s'arrêter, mais il a besoin de le dire à la nation française, que la violence, à quelque excès qu'on veuille la porter, ne lui arrachera jamais un consentement à tout ce qui est contraire à l'intérêt public. Comme représentant héréditaire de la nation française, il a des devoirs sévères à remplir, et s'il peut faire le sacrifice de son repos, il ne fera pas le sacrifice de ses devoirs. Dans l'état de crise où elles se trouvent, le roi donnera à toutes les autorités constituées l'exemple du courage et de la fermeté, en conséquence il ordonne à tous les corps administratifs et municipalités de veiller à la sûreté des personnes et des propriétés. Fait à Paris, le 22 juin 1792.'

 

Immédiatement après, des pétitions de partout en France arrivent de soutien au roi. A Paris, une pétition de 16 000 personnes est déposée chez 16 notaires. Le roi, à l'heure actuelle est désarmé, on lui a retiré sa Garde constitutionnelle de 1800 hommes depuis le mois de mai. Et le Commandant de cette Garde constitutionnelle a été envoyé à la Haute Cour à Orléans. On a créé une Haute Cour spécialement pour régler leurs comptes. On verra plus tard ce que sont devenus les malheureux envoyés à la Haute Cour à Orléans.

 

Pour la justification de la Garde constitutionnelle du roi, écoutons ce que disait Condorcet :

 

'Cette Garde manifestait une audace et un incivisme qui indignait et effrayait les citoyens. La haine de la Constitution et surtout celle de la Liberté et de l'Egalité était le meilleur titre pour y être admis.

 

Vous imaginez vous les Gardes constitutionnels cracher sur la liberté et l'égalité ? Qu'est-ce que c'est que ce délire ?

 

'L'Assemblée, poursuit Condorcet, fut forcée de dissoudre cette Garde pour prévenir les complots de contre-révolution dont ils ne manifestaient que trop d'indices'.

 

En d'autres termes, la Garde du roi était royaliste. Ben oui !

 

En fait l'Assemblée nationale traite avec les émeutiers de puissance à puissance. Les émeutiers font une partie de la loi, en tous les cas ils essayent et ils vont bientôt gagner.

 

Petion, maire de Paris (1791-1792), va voir le roi après l'émeute et il se comporte en gougnafier. Il parle en même temps que le roi et lui coupe la parole. Le roi lui dit : 'Est-ce me respecter que de rentrer chez moi armé, de briser mes portes, de forcer ma Garde. Ce qui s'est passé hier est un vrai scandale pour tout le monde.'

 

Petion est franc-maçon. Il est membre de la Loge des Neuf Soeurs des Amis réunis, et il est secrétaire de la Société philanthropique du duc d'Orléans, il se moque bien de ce que le roi lui raconte. Les Girondins répliquent qu'il s'agit d'un roi faussaire, indigne d'occuper le trône. On ne répond à la grandeur du roi que par des lazzis, des quolibets et des expressions de mépris.

 

Il ya eu des adresses de sympathie et de soutien de partout pour soutenir le roi. Des adresses hostiles vont commencer à arriver. On lit le 26, une adresse de Grenoble : 'Louis XVI a renvoyé trois ministres patriotes. Législateur, le Peuple est Souverain. Si Louis XVI ne veut pas être un avec la Nation, la Nation va se soulever toute entière et la Constitution à la main, elle s'écrira : Louis XVI, roi des Français, est déchu de la Couronne. On est encore en juin, Grenoble envoie après l'affaire du 20 juin, un appel à déchoir le roi de sa Couronne ? Parce qu'il a renvoyé des ministres ? Ecoutez bien. La lettre est datée du 19 juin et le veto du roi est du 18. Il faut six jours aller et six jours retour pour aller à Grenoble. Vous savez ce que c'est ces adresses ? Elles sont fabriquées au Club des Jacobins à Paris. Vous savez comment disait Voltaire ? 'Mentez, mentez...' Ces gens n'ont aucun scrupule.

 

Quelqu'un va essayer d'intervenir pour renverser la vapeur, c'est Lafayette, qui a été commandant de la Garde nationale pendant trois ans. Et là, s'il n'est plus à Paris, c'est qu'il est parti à la guerre, il est sur le front. C'est un franc-maçon lui aussi. Il a été entièrement d'accord avec tout ce qui s'est passé jusque-là. C'est un proche du duc d'Orléans, le 'Grand Maître du Grand Orient', et il avait essayé d'être maire de Paris quand il y eu des élections en novembre 1791. Alors pour vous donner une idée de ce qu'étaient les élections à la mairie de Paris en 1791, il y avait 200 000 inscrits, 12 000 votants. Lafayette a eu 3000 voix et Petion 9000. Il n'y avait que deux candidats, pareil qu'aujourd'hui. On ne vous présente que deux candidats, même si vous ne voulez pas voter pour eux. Donc le maire de Paris a été elu avec 4,5% des inscrits, soit 1,8% de la population (parisienne) ! Cela juste au passage pour vous donner une idée de ce qu'était déjà la 'démocratie' à l'époque.

 

Le 16 juin 1792, c'est-à-dire avant les émeutes du 20 juin, Lafayette a écrit à l'Assemblée nationale pour mettre en garde contre les Jacobins. Depuis le début il était d'accord, mais brusquement il a changé d'avis et a compris que les loups étaient lâchés et qu'on ne va plus tenir ce qui se passe.. Il écrit à propos des Jacobins :

 

'Cette Secte forme une corporation distincte au milieu du peuple français [1] dont elle usurpe les pouvoirs, en subjuguant ses représentants et ses mandataires. C'est là que dans les séances publiques l'amour des lois se nomme aristocratie et leur infraction patriotisme.'

 

C'est exactement ce qui se passe: vous n'êtes pas d'accord, vous êtes un aristocrate, et vous êtes d'accord, vous êtes un patriote. Et à partir de maintenant cela va être comme cela jusqu'à la fin.

 

Alors bien vu de la part de Lafayette, mais c'est un peu tard. Il a quand même soutenu ce mouvement-là pendant trois ans. La France a à présent 4 000 Clubs affiliés aux Jacobins. C'est un maillage. Le territoire est rempli de ces sections. [La France va devenir en 1793 un immense camp militaire, une caserne. NdCR.] Et le 29 juin à l'Assemblée nationale, Lafayette dit que l'Armée est indignée et veut qu'on respecte la Constitution. L'armée, il la commande, il est au front. Il vient à l'Assemblée nationale et il demande qu'on poursuive les responsables des violences du 20 juin. Parce que c'est des infamies. Parce qu'on ne peut pas laisser faire des choses pareilles. Il demande qu'on détruise les Jacobins, Secte qui envahit la Souveraineté nationale, tyrannise les citoyens, et dont les débats publics ne laissent aucun doute sur l'atrocité de ceux qui la dirigent. Des gens soutiennent Lafayette et s'écrient:

 

'Depuis quand des factieux de Paris s'imaginent-ils, à eux seuls, former le peuple français ? Qu'ils montrent les mandats par lesquels les 80 départements leur ont délégué leur pouvoir. La ville de Paris sera responsable du dépôt de l'acte constitutionnel, de la sûreté des représentants élus et du représentant héréditaire de la nation', c'est-à-dire le roi. Donc forts de ce soutien, que va-t-il se passer ? Rien. Et Lafayette s'en va, il retourne à l'armée. Et cela va s'arrêter là, tout ce qu'il a demandé ne sera absolument pas suivi d'effet.

 

La première fête de la Fédération, cela avait été le 14 juillet 1790. On avait réuni tous les fédérés qui étaient venus en grande pompe jurer fidélité et soutien à la constitution. Et en 1791, elle n'avait pas pu avoir lieu parce que le roi était parti à Varennes à ce moment-là (à l'instigation de Lafayette qui lui avait conseillé la fuite et le chemin de la fuite pour pouvoir mieux l'arrêter en chemin, selon les Mémoires de l'abbé Barruel en 1798. Un Lafayette qui donc entretemps, curieusement, change d'avis, change de camp et redevient royaliste. NdCR.).

 

Donc on propose d'organiser une seconde fête de la Fédération le 14 juillet 1792. Le moment est choisi après des émeutes, des rassemblements de fédérés de partout. Donc, cela va être l'occasion pour les Girondins de faire venir les fameux 20 000 hommes armés que le roi avait refusé d'installer aux portes de Paris.

 

Ils vont organiser la venue des Fédérés de partout grâce à leurs clubs. Et Mme Roland, elle, elle prépare la république carrément, avec ses amis Barbaroux et Servan. Barbaroux qui est un député de Marseille, écrit à son ami fédéré pour lui demander qu'il envoie '600 hommes qui sachent mourrir et des canons'. 

 

600 hommes et des canons. Que prépare-t-on à votre avis ? La démocratie !

 

Dont acte. La marche des Marseillais commence le 5 juillet avec des hommes de Toulon, de Nîmes, de Montpellier, d'Avignon, et de quelques autres villes. Et ces braves fédérés arrivent en chantant une certaine chanson, écrite ailleurs, qu'on va appelée la Marseillaise. Et bien non, les Marseillais qui arrivent ce n'est pas le 'peuple en marche'. Parce que en fait, Marseille, c'est un lieu, c'est un port, c'est tous les criminels vomis des prisons de Gênes, du Piémont, de Sicile, de l'Italie, de l'Espagne, de la Barbarie. Un député marseillais quand il apprend qui arrive, essaie d'avertir sur la qualité de ces brigands. Il dit: 'ce sont des spadassins, des suppôts des mauvais lieux. Tout fut trouvé bon et les véritables marseillais sont en petit nombre.' Les véritables Marseillais sont au front puisqu'ils sont partis à la guerre. Donc on fait venir sous le titre de 'Marseillais' la pègre, la pègre des ports du sud de la France. Les Marseillais arrivent à Paris le 30 juillet. Ils sont régalés par Santerre, et s'en prennent à des gardes nationaux parisiens et ils tuent un agent de change. C'est-à-dire qu'ils rentrent dans la ville, ils terrorisent les gens, et ils vont tenir Paris en coupe réglée pendant trois ans. 'Allons enfants de la Patrie', c'est eux. Je ne peux plus chanter la Marseillaise. Je l'ai chantée, vous ne pouvez pas savoir combien de fois, et encore il n'y a pas longtemps. Là maintenant que je sais cela, je ne peux plus.

 

Le 4 juillet, on vote un supplément à la constitution qui dit que 'la Patrie est en danger.' Cela veut dire que tous les citoyens qui sont en état de porter les armes sont en état d'activité permanente. Tout le monde doit être réquisitionné.

 

 

"Je ne peux plus chanter la Marseillaise" : Marion Sigaut sur "la naissance de la république"

Le 12 juillet, on lit une lettre de Marseille qui demande la république. Un député de Marseille monte à la tribune et dit que cette lettre est l'oeuvre de quelques factieux et non de la population marseillaise. Et bien les Fédérés qui sont dans la Tribune le huent et le forcent à se taire. Des députés protestent et disent que les tribunes tyrannisent l'Assemblée. Et on leur réplique :

 

'Il est bien étonnant que des membres de l'Assemblée bravent les Fédérés qui assistent à la Séance.'

 

Alors, qui fait la loi en France ?  Les 'Fédérés' 'Marseillais' dans les Tribunes ? C'est le début de la dictature de l'Assemblée nationale et de l'émeute. C'est le début de la dictature de celui qui crie le plus fort dans le groupe. C'est exactement comme cela que ça se passe. Et à ce moment-là, on instaure, puisque la 'Patrie est en danger', la permanence des sections. C'est-à-dire que les 'Sections' vont maintenant pouvoir délibérer à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit ! C'est-à-dire qu'à l'heure où les gens travaillent ou dorment, vous allez avoir des gens qui vont décider du salut de la France.

 

Paris a 48 sections. Ces sections se rassemblent dans les églises. Chaque assemblée a un président avec un vice-président et des secrétaires. Vous avez donc 48 petites assemblées législatives qui se réunissent, complètement délirantes, qui se rassemblent jour et nuit, dans Paris désormais. ... La démocratie est en marche.

 

... Brunswick est le commandant de la coalition anti-française. C'est également un franc-maçon. N'y voyez évidemment aucun rapport... Un Manifeste de puissances étrangères fait sur un ton menaçant, au nom du Roi, va perdre le roi. Si le roi demande à l'ennemi de faire peur à sa population, c'est le roi qui est coupable. C'est ce que veulent les Jacobins. Ils l'accusent en permanence de trahir et de saboter la défense nationale. Donc si le Manifeste de Brunswick arrive au nom du roi, il est bien évident que le roi est coupable. La reine le sait bien puisqu'elle écrit le 12 juillet à Fersen :

 

'On dit que les Jacobins de l'Assemblée attendent le Manifeste des puissances étrangères pour prendre un parti. On l'attendait cette semaine, on ignore qui a pu en retarder l'envoi.'

 

Elle trouve que cela ne vient pas assez vite. Le Manifeste de Brunswick est le texte d'un franc-maçon qui sert les francs-maçons jacobins. C'est clair. Il arrive à Paris le 30 juillet et il dit notamment :

 

'La ville de Paris et tous ses habitants seront tenus de se soumettre sur le champ et sans délai au roi. Si le chateau des Tuileries est forcé ou insulté, s'il est fait la moindre violence, le moindre outrage à Sa Majesté le Roi et à la Reine et à la famille royale, s'il n'est pas pourvu immédiatement à leur sûreté et à leur liberté, leur Majesté royale et impériale - c'est-à-dire d'Autriche et d'Allemagne -, en tireront une vengeance exemplaire et à jamais mémorable, en livrant la ville de Paris à une exécution militaire, et à une subversion totale.'

 

Qui va croire que le roi de Prusse et l'empereur d'Autriche ont pu autorisé une telle publication si ce n'est pas Louis XVI qui l'a demandée ? La boucle est bouclée. Mais le roi n'était pas au courant ! Ecoutez ce qu'il écrit :

 

'Il circule depuis quelques jours un écrit intitulé Déclaration du duc de Brunswick, Commandant des Armées combinées de l'empereur et le roi de Prusse. Cet écrit ne présente aucun des caractères qui pourrait nous en garantir l'authenticité, il n'a été envoyé par aucun de mes ministres dans les diverses cour d'Allemagne qui avoisinent le plus nos frontières. Cependant, sa publicité me paraît exiger de moi une nouvelle déclaration de mes sentiments et de mes principes. La France se voit menacée par une grande réunion de forces. Ceux qui savent ce que valent à mes yeux le sang et la fortune du peuple croiront à mes inquiétudes et à mes chagrins. Jamais on ne me verra composer sur la gloire et les intérêts de la Nation, ni recevoir la loi de l'étranger ou d'un parti. C'est à la Nation que je me dois. Je ne fais qu'un avec elle. Aucun intérêt ne saurait m'en séparer. Elle seule sera écoutée. Je maintiendrai jusqu'à mon dernier soupir l'indépendance nationale. Les dangers personnels ne sont rien auprès des malheurs publics. Un jour peut-être le peuple saura combien son bonheur m'est cher. Combien il fut toujours, et mon seul intérêt et mon premier besoin. Que de chagrins pourraient être effacés par la plus légère marque de son retour.'

 

Le peuple n'a pas à savoir cela. Le peuple est travaillé par l'Opinion et de la manière qu'on a dite.

 

Dès la parution du 'Manifeste', les Jacobins peuvent enfin prendre parti., réunir un certain nombre de bons citoyens pour tramer patriotiquement le siège des Tuileries.

 

... Le roi écrit le 31 juillet :

 

'Depuis plusieurs jours, la tranquilité publique est troublée dans la capitale et des actes de violence s'y répètent avec une scandaleuse impunité. Hier en particulier, pendant toute la journée, des vexations sans nombre ont été commises. Les propriétés, les personnes, rien n'a été respecté. Des citoyens ont été arrêtés, plusieurs ont été insultés, plusieurs ont été victimes des coups qui ont été portés dans les Champs Elysées. Et par un attentat à la liberté individuelle, plus inconcevable encore, deux citoyens ont été constitués prisonniers par des Marseillais et détenues en chartes privées dans cette même ville où les détentions arbitraires ont été justement placées au nombre des crimes que notre législation punit le plus sévèrement. Des heures se sont écoulées avant qu'ils ne soient remis entre les mains du Juge de Paix. Le roi n'a pu voir sans indignation les lois violées avec tant d'audace, sous les yeux du corps législatif et sous les siens. Son premier devoir est de garantir à chaque individu la liberté et la sûreté que la Constitution lui promet.'

 

Et bien ce n'est plus qu'un voeu pieux. Le roi peut bien écrire cela, ceux qui ont la responsabilité de l'ordre public s'en fichent. La Garde parisienne sait maintenant qu'elle n'a plus aucune protection et aucune justice à espérer de l'Assemblée, qui laissent les Marseillais faire la loi avec la violence qu'on vient de décrire.

 

Les Fédérés et les Marseillais ont donc la permission du maire de maltraiter, et de détenir arbitrairement, de blesser et de tuer qui il leur plaît. C'est le chaos.

 

Un courrier parvient au roi. Les Girondins lui offrent de s'associer à lui s'il rappelle Roland, Clavière et Sevran, Le roi dit non.

 

Le 3 août, le maire de Paris Petion s'adresse à la Commune. Il veut que le duc d'Orléans prenne la place du Roi. Pourquoi se gêner ? Lui, il ne parle toujours pas de république, il parle de remplacer un roi par un autre.

 

Le 4 août, la section du Bon-Conseil se réunit dans l'église Saint-Jacques-l’Hôpital (située à l'emplacement du no 133 actuel de la rue Saint-Denis. Cette section s’appela d’abord « section de Mauconseil » d’après le nom de l’ancien quartier de Mauconseil. En août 1792, le trouvant malsonnant, elle l’abandonna pour prendre celui de « Bon-Conseil ». NdCR.) La section réunie au nombre de plus de 600 citoyens, délibérant sur les dangers de la Patrie, considérant que Louis XVI a perdu la confiance de la nation et que les pouvoirs constitués n'ont de force que par l''Opinion', proclame : 'Unissons-nous tous pour prononcer la déchéance de ce roi cruel.' Alors, accoler 'cruel' à Louis XVI, c'est suffocant.

 

Cette section annonce que :

 

'si le 9 août, la déchéance n'est pas prononcée, les Patriotes des deux quartiers sonneront le tocsin et marcheront sur le château.'

 

Un citoyen prend la parole et dit qu'on a fraudé scandaleusement en signant pour les absents.

 

C'est la tyrannie du vote populaire qui fait dire ce que l'on veut du moment qu'on dit 'c'est populaire.'

 

Le 8 août, les Jacobins demandent un décret d'accusation contre Lafayette, pour avoir osé venir à l'Assemblée, le 29 du mois précédent dire qu'il fallait arrêter et fermer les Jacobins. Ce décret est rejetté massivement par 424 voix contre 206. Après la séance, les Fédérés, Marseillais et Brestois, pourchassent les députés qui ont voté contre. Ils les insultent, leur jettent de la boue et des pierres. Ils vont les insulter dans leurs domiciles qu'ils menacent d'incendier, et ils font mine de les égorger ou de les pendre. Terrorisés, ces députés sont presque tous absents à la séance du lendemain quand l'Assemblée se déclare 'permanente'. Ils envoient leur plainte par écrit et disent qu'ils vont en appeler à leurs électeurs. Et au moment où leurs plaintes sont lues à l'Assemblée, tout le monde rigole. Des députés demandent à ce moment-là qu'on fasse sortir l'Assemblée de Paris pour la protéger des émeutiers. C'est-à-dire qu'une Assemblée ne peut pas délibérer avec l'émeute dans les tribunes en permanence. Et là, c'est pas que dans les tribunes, c'est à la sortie également. C'est-à-dire que si vous avez le malheur à l'Assemblée de ne pas dire comme les 'Fédérés', vous êtes un 'aristocrate.' Deux Girondins s'opposent à la sortie de l'Assemblée de Paris pour la mettre ailleurs en disant : 'Il n'est pas vrai que des factions dominent les représentants du Peuple.'

 

Tous ces mouvements insurrectionnels sont dirigés par les Girondins, avec Petion et le Conseil général de la Commune. La force publique est sous les ordres immédiats de Petion.

 

La fin de la monarchie. On y est. Les Girondins ont lâché un monstre, mais qu'ils ne maîtrisent pas et dont ils commencent à avoir peur.

 Ils se rendent compte qu'une fois lâchée l'insurrection, ils peuvent très bien ne pas la maîtriser.

 

Le 7 août, juste avant le moment fatidique, ils envoient Petion à Robespierre et tenter d'arrêter une insurrection dont ils savent qu'il est l'âme. Petion lui dit : 'Je propose qu'on prononce d'abord la déchéance du roi par l'Assemblée.' Et Robespierre lui répond : 'Le Peuple et les Fédérés ne vous croient point. Tout se prépare à l'insurrection.

 

Mais c'est qui 'le peuple' dont parle Robespierre ?

 

En fait, quand Robespierre parle, c'est lui le peuple.

 

Donc, vous avez compris qu'on prépare l'insurrection. On va renverser le roi. On veut une 'Convention'. L'Insurrection est préparée et exécutée par un directoire secret des 'Fédérés', qui se réunit aux Jacobins.

 

Le directoire secret des Fédérés a extrait d'un comité central de 43 membres, 5 personnes, dont je ne vous donne le nom, car j'ai vu que c'était des inconnus qui resteront inconnus, mais ces 5 inconnus, on va leur adjoindre 10 personnes, dont un certain Cara (orthographe incertaine NdCR.), journaliste, un certain Fournier l'Américain, qui fera parler de lui, un certain Santerre, dont on a déjà entendu parlé et dont on entendra encore parler, et un certain Westermann, qui dans deux ans écrira :

 

'Il n'y a plus de Vendée. Elle est morte sous notre sabre libre, avec ses femmes et ses enfants. Je viens de l'enterrer dans les marais et dans les bois de Savenay, suivant les ordres que vous m'avez donnés. J'ai écrasé les enfants sous les pieds des chevaux, massacré des femmes, qui au moins pour celles-là n'enfanteront plus de brigands. Je n'ai pas un prisonnier à me reprocher. J'ai tout exterminé.'

 

Le Comité central décide de détourner le drapeau rouge. Le drapeau rouge est le signe de la loi martiale. D'après la loi, au seul signal du drapeau, tous les attroupements avec ou sans armes deviennent criminels et doivent être dissipés par la force. L'idée des révolutiutionnaires est de retourner ce drapeau rouge en disant :

 

'on proclame la loi martiale du Peuple souverain contre la rebellion du pouvoir.'

 

C'est-à-dire que c'est le roi qui est rebelle et on va hisser le drapeau rouge pour renverser la rebellion du pouvoir.

 

Une affiche est placardée dans Paris :

 

'Ceux qui tireront sur les colonnes du Peuple seront mis à mort sur le champ.' Ha oui ? Par qui ? Qui décide ?

 

Le directoire révolutionnaire des 'Fédérés' fixent à la nuit du 9 au 10 août le signal de l'insurrection et la dernière heure de la Monarchie.

 

Nous sommes le 9 au soir. Brissot propose au roi de lui faire quitter le royaume contre 12 millions en espèces. Si on compare les revenus d'une famille moyenne de l'époque et maintenant, il lui propose : Majesté, on vous fait sortir pour 300 millions d'euros. On ne sait pas si le roi l'aurait fait ou pas, mais ce que l'on sait, c'est qu'il ne les avait pas, c'est certain.

 

La Section du Théâtre français, rue de l'Ecole de Médecine, présidée par Danton, héberge le bataillon de Marseille. On leur distribue 300 cartouches par personne. La Garde nationale parisienne, elle, est encore royaliste.

 

Et vous savez comment on le sait ? Parce qu'un certain journaliste, Louis-Marie Prudhomme, personnage très intéressant, démarre la Révolution à fond avec les révolutionnaires pour devenir un des plus farouches dénonciateurs de toutes les atrocités commises. Il écrit (époque où il était encore très anti-monarchiste) :

 

"Dans les guinguettes des chansonniers glapissaient des complaintes niaises, mais attendrissantes sur le sort du tyran. J'ai vu, oui j'ai vu le buveur laisser tomber dans son vin une larme en faveur de Louis Capet. Cette complainte sur l'air du pauvre Jacques commence ainsi : 'Oh mon peuple, que t'ai-je fait ?' On en vend par milliers, elle fait oublier l'hymne des Marseillais."

 

C'est-à-dire que les Parisiens aiment encore le roi et un anti-royaliste comme Prudhomme est là pour le remarquer.

 

A 1 heure du matin (dans la nuit du 9 au 10 août), le tocsin sonne. Les ministres et le roi sont complètement désarmés. Et ils sont placés sous la sauvegarde du maire qui est l'allié objectif de l'émeute. 

 

La Garde nationale de Paris, dont on a dit qu'elle était encore royaliste, n'a plus depuis fin 1791 un commandant général. On leur donne un commandant nouveau tous les deux mois. Alors essayez d'avoir de la discipline des troupes avec un gars qui change tous les deux mois. Le commandant à ce moment-là s'appelle Mandat. Quand Mandat va chercher des cartouches, on lui refuse. C'est-à-dire que la Garde nationale n'a pas d'armes. Il n'y a plus de cartouches, on a tout donné aux Marseillais.

 

Les colonnes se mettent en marche à 6 heure du matin vendredi 10 août 1792. A 1 heure du matin, vous avez 192 délégués des sections qui se rendent à l'hôtel de Ville. Ces sections siègent de façon permanente, dans les églises. Par exemple, à la Section des Lombards qui siège à St Jacques de la Boucherie, la fameuse Tour St Jacques que l'on voit au Chatelet, il y a huit personnes qui ont délégué cinq commissaires. Et toutes les sections vont en faire autant. 192 sections, 192 délégués qui se présentent à la mairie de Paris à une heure du matin, ont été nommés par 400 personnes. Paris a 500 000 habitants. (Le complot républicain de la Nuit du 10 août a donc été réalisé par 0,08% de la population parisienne... NdCR.)  Ils arrivent devant la mairie et ils chassent les 192 membres de l'ancienne majorité. Cela s'appelle une Commune insurrectionnelle. L'insurrection est maîtresse, vous partez, nous prenons la place. Ils vont gouverner la France, ils ne vont pas que gouverner Paris. Cela s'appelle la 'permanence des sections' pendant que vous dormez.

 

Seuls Petion et Manuel seront conservés dans cette municipalité. Il y a un nouveau venu qui s'appelle Tallien et fera parler de lui plus tard. Et à 4 heure du matin, la Commune s'installe. C'est 'populaire'. On ne dit pas (encore) la démocratie, on dit que c'est la 'Volonté du peuple'. Et elle veut voir Mandat, le Commandant de la Garde nationale. Mandat est chez le roi. Alors on va le chercher. Il vient, on l'interroge, il s'approche du perron, et là il est massacré, à coups de piques, à coups de sabres, à coups de pistolets. Et devant son fils qui hurle, on jette son cadavre à la Seine.

 

A 7 heures du matin, les députés se retrouvent à l'Assemblée qui se trouvait à l'emplacement actuel de la rue de Rivoli, à 5 minutes à pieds du Chateau des Tuileries. Elle apprend que Mandat vient d'être massacré, elle ne bouge pas. Il va falloir un nouveau Commandant pour la Garde nationale : on a quelqu'un 'de très bien', c'est Santerre. Santerre est un brasseur qui fait de la bière, qui a de quoi aviner les gens qu'il manipule. Et c'est un affidé du duc d'Orléans. Il est nommé Commandant de la Garde nationale par acclamation. A 8 heures, le roi a compris qu'il n'a pas les moyens de la résistance. Il se rend au manège et il demande la protection de l'Assemblée. L'Assemblée nationale lui accorde sa protection. Et il entre avec sa femme et ses enfants. Et ils sont mis dans la 'loge du logographe', une loge au-desus de l'Assemblée sise au manège. Et à 8 heures, un coup de canon ébranle les vitres et l'assaut du Château est donné.

 

Description de cette image, également commentée ci-aprèsAlors qu'est-ce que l'Assaut des Tuileries ? Je ne vous donnerai pas le détail, parce que, à la fois, je ne voudrais pas me salir la bouche et de vous choquer par des descriptions trop crues de l'abomination. Ce que je peux vous dire, c'est que la prise des Tuileries a été d'une atrocité indicible contre la population du château. Une sauvagerie que l'imagination normale d'un être sain se refuse. On a pillé, on a tué, on a profané, hommes, femmes et même enfants ont été massacrés, brûlés vifs et mangés. Des actes de cannibalisme dans l'intérieur du château, dans les cuisines. Cela a été une abomination. On a bu du sang d'homme encore palpitant, on a arraché des coeurs d'hommes vivants. On a massacré jusqu'aux chiens. C'est une épouvante. L'assaut des Tuileries est une épouvante. Au son des hurlements des victimes de l'assaut, l'Assemblée législative a cru enfin être arrivé au terme de son projet, elle va gouverner la France avec un roi potiche. L'Assemblée croit qu'elle a gagné. Elle va décréter la suspension du roi, la convocation d'un Convention. Et, en fait, ses décrets sont prêts depuis des semaines. Tout cela est préparé, minutieusement. Les ministres sont déchus. on rappelle Roland, Sevran, et Clavière et en présence de la famille du roi entassée dans le logographe, on nomme un nouveau ministre de la justice, Danton. Et on décrète que le roi va être installé au Palais du Luxembourg où il attendra les décisions de la Convention, ce que 'le Peuple' va décider. Et le dauphin, qui doit avoir six, sept ans, aura pour gouverneur Petion.

 

... La famille royale va être gardée comme otage, et gardée par qui, par 300 'Marseillais'. Et qui dirige ? Ce n'est pas l'Assemblée. C'est la Commune insurrectionnelle, les 192 péquins nommés par 400. au cours de la nuit. La Commune donne les ordres et l'Assemblée, désormais, obéit. C'est une véritable dictature qui s'instaure, immédiate.

 

L'ancien Procureur du roi est devenu procureur de la Commune. La Commune, c'est l'Assemblée du Conseil général de la Commune et c'est un Tribunal. Petion est et reste maire de Paris. Le procureur de la Commune, c'est Manuel. Et il a un substitut qui s'appelle Billaud-Varenne. Le Conseil général de la Commune, c'est 144 officiers autour du maire qui discutent publiquement comme autour d'une Convention. Ils ont une espèce de gouvernement, il y a des tribunes, il y a des gens qui écoutent, qui applaudissent, et ce sont ces gens-là qui vont donner des ordres à l'Assemblée nationale. Marat, le fameux journaliste à qui la Commune achetait 10 000 exemplaires par jour, a son bureau à côté. Il est le journaliste officiel de la Commune.

 

Pour s'installer, les membres de la Commune ont besoin de leurs aises. Donc ils vont aller piller toutes les proriétés de l'Etat et de l'Eglise. Les meubles, les étoffes, l'argent, tout est bon... On pille les maisons des émigrés, on pille les églises, on leur enlève tous les objets de valeur. Tout est entassé dans les sales de la mairie et sera presque intégralement pillé, volé, disparu.

Il y aura une commission qui sera chargé des comptes, qui relèvera des soustractions, dilapidations, malversations, bris de scellés, violations de dépôts, infidélités. Et les gens qui étaient en charge de surveiller le dépôt, c'est-à-dire Servan, Marat, Panis, membres du Comité de Surveillance, et Tallien, préposé à la garde des Objets volés, seront nommés députés à la Convention...

 

Le 10 août, la Commune à l'Hôtel de Ville, mande Roland, ancien ministre de l'Intérieur, en ces termes :

 

'Monsieur le Commandant (Santerre), a été autorisé à faire chercher le ministre de l'Intérieur, et à défaut du ministre, à faire venir son premier commis.' C'est-à-dire que la Commune de Paris donne des ordres aux ministres.

 

Le soir même, la Commune insurrectionnelle ferme les portes de Paris. Et elle annonce le 11 au matin, que la sortie de la ville est provisoirement interdite. Cela veut dire que les députés de l'Assemblée législative ne peuvent pas sortir de Paris pour aller raconter à leurs mandats ce qui vient de se passer. Paris est coupée du reste de la France.

 

... Le 10 août au matin, le sieur Roland, grenadier du bataillon des Minimes, écrit à l'Assemblée pour demander la suppression de la procession ordonnée par le voeu de Louis XIII. Louis XIII avait ordonné que tous les ans à l'Assomption pour le 15 août, la France se mette en procession. C'est comme cela que ça se faisait à l'époque. Donc un sieur Roland (ce n'est pas l'autre Roland de la Platière) demande la suppression de la procession, l'Assemblée nationale décrète que l'édit de Louis XIII qui ordonne la procession est révoquée, sur la demande d'un citoyen. On appellait cela la 'Volonté du Peuple'.

 

... Le 16 août, quelqu'un vient dire à l'Assemblée qu''un grand nombre des effets précieux qui remplissaient autrefois les maisons royales ont disparu. Il y en avait beaucoup de meubles massifs en or et en argent, nous n'en avons trouvé aucun. Il est probable qu'ils ont été fondus, convertis en espèces et envoyés aux émigrés.' C'est-à-dire que la preuve, c'est l'absence de preuves. La preuve qu'il y en avait, c'est qu'il n'y en a plus. Ils faisaient déjà le coup avec les Jésuites. Quand les Jansénistes s'en prenaient aux Jésuites, ils disaient : il n'y a aucune preuve contre eux. Seuls eux sont capables de cacher des preuves à ce point-là. C'est donc bien la preuve que c'est eux... Cela, c'était dans l'affaire Damiens. On n'avait aucune trace de l'intervention des Jésuites dans cette affaire. Mais c'était eux, c'était la preuve que c'était eux... Ici, c'est la même logique. Cela s'appelle de la paranoïa. Une logique paranoïaque.

 

Le 17 août, on dénonce à l'Assemblée la ville de Sedan où on a fait prêter aux troupes le serment d'être fidèle à la nation, à la loi et au roi. On décrète la ville de Sedan en contre-révolution ouverte. Merlin déclare: 'Je demande à présent l'arrestation de tout le Conseil général de Sedan.' Cette proposition est décrétée. Et on fera pareil en Seine inférieure, en Ardennes, dans la Somme, la Moselle, dans la Haute-Loire. Qui n'est pas avec eux est contre eux. Si vous avez le malheur de vous dire fidèle au roi, attendez-vous au pire et il arrivera.

 

Le 17 août, on organise les élections au Tribunal correctionnel, par acclamations... Le même jour, la Commune prive de leurs droits civiques et déclare incapables de remplir aucune fonction, les signataires de la pétition contre l'insurrection du 20 juin. Des pétitions avaient été déposées pour soutenir le roi. Tous les signataires vont être déclarés incapables de remplir aucune fonction, c'est-à-dire qu'ils sont déchus de leur citoyenneté. Et tous ceux qui ont prêté serment à Lafayette.

 

Le 29 août, Danton propose de faire dans les sections un état de tous les citoyens nécessiteux qui sont propres au service militaire et de leur donner une paye. Tiens, tiens, qu'est-ce qu'ils préparent ? Le même jour on bat le tambour dans la rue pour annoncer que tous les citoyens absents de chez eux doivent rentrer et que toutes les maisons seront éclairées toute la nuit. Et que des 'visites domiciliaires' sont annoncées dans chaque quartier.

 

Et le 30 août, les prisons sont combles : on a passé la nuit à aller chercher les gens chez eux par des 'visites domiciliaires.' Le Conseil général de la Commune écrit: 'Il est arrêté que les prisons seront chargées de juger et d'examiner sous leurs responsabilités les citoyens arrêtés cette nuit.' Ah bon? Parce que maintenant les Sections vont être juges, cela va être des tribunaux ? On arrête les gens au milieu de la nuit sans leur dire pourquoi, pour les faire juger par les sections.

 

Le 31 août Tallien dit :

 

'Nous avons fait arrêter des conspirateurs. Et nous les avons mis entre les mains des tribunaux pour leur salut et celui de l'état. Nous avons fait arrêter les prêtres perturbateurs. Ils sont enfermés dans une maison particulière. Et sous peu de jour, le sol de la liberté sera purgé de leur présence.'

 

Se préparent ce que l'on va appeler 'les massacres de Septembre'.

 

On a rempli les prisons dans la nuit du 29 au 30 août.

 

Dimanche 2 septembre, au matin. Pierre Manuel, le procureur de la Commune fait fermer les barrières de la Ville. Personne ne sortira. Il réquisitionne les chevaux et fait donner les canons d'alarme. Les prisons sont bondées de politiques, de prêtres et de personnes arrêtées depuis le 10 août. Et les prêtres sont arrêtés à tour de bras. Manuel vient s'assurer en personne qu'on ne mélange pas les uns avec les autres. C'est-à-dire qu'il donne l'ordre de faire sortir les prisonniers pour dette et les prisonniers pour cause civile et militaire ou pour indiscipline. On va chercher dans les prisons les voleurs. Et à 14h30, que fait-on ? On lâche les assassins. Et commencent les Massacres de Septembre à l'Abbaye où se trouvent les prêtres. Et le soir, les massacres commencent au Châtelet où il n'y a que des prisonniers de droit commun. Il s'agit de tuer à coups de sabres, de piques, et de masses des centaines de gens désarmés. C'est une furie, une sauvagerie sans nom. Cela va durer cinq jours. Des flots de sang coulent des prisons. Bien heureux celui qui meurt du premier coup. Les mêmes scènes de barbarie, de cannibalisme et d'outrages qu'on avait vues aux Tuileries se répètent pendant 5 jours sur des civils désarmés et enfermés.

 

A Bicêtre, à l'Hôpital Général, lieu de renfermement des pauvres à l'intérieur duquel se trouve la prison de la prison. Bicêtre, c'est la prison des hommes. Ce sont les sectionnaires qui massacrent depuis le 2 septembre au soir jusqu'au 4 septembre dans l'aprés-midi.

 

Ecoutez bien, c'est très pénible à entendre, mais je crois qu'il faut dire ces choses-là. Un ancien garde de Bicêtre témoigne de ce que ces sauvages ont fait aux enfants de Bicêtre :

 

'Ils nous en ont tué trente-trois, les malheureux. Ils nous disaient les assomeurs : D'ailleurs nous l'avons pu le voir par nous-mêmes, ces pauvres enfants étaient bien plus difficiles à achever que les hommes faits. Vous comprenez, à cet âge, la vie tient bien. Ils nous en ont tué 33. On en avait fait des montagnes là dans ce coin, que l'on démolit à votre droite. Le lendemain, quand il a fallu les enterrer, c'était un spectacle à fendre l'âme. Il y en avait un qui avait l'air de dormir comme un ange du Bon Dieu. Tous les autres étaient horriblement mutilés.

 

Le lundi 3 (cela a commencé dimanche 2), les tueurs arrivent à la Salpêtrière, Hôpital général pour les femmes et les petites filles. Ils sont arrivés le soir, ont libérés les femmes qui leur plaisent ou qu'ils connaissent, et ils passent la nuit au dortoir des petites filles. Qu'est-ce que vous croyez qu'ils ont fait, pendant une nuit complète ? Un viol pédophile de masse, et le massacre des femmes a seulement commencé après. Et à la Salpêtrière, elles ont été assomées à mort.

 

Prudhomme, le fameux journaliste dont je vous ai parlé, très bien informé, vient voir Danton le 2 au matin, 4 heures avant le début des massacres. C'est donc bien que les massacres étaient programmés et qu'on savait qu'ils allaient arriver. Et Danton dit à Camille Desmoulins : 'Tiens, Prudhomme vient me demander ce qu'on va faire.' Camille Desmoulins dit à Danton:

 

'Tu ne lui as donc pas dit qu'on ne confondra pas les innocents avec les coupables ?' Ce qui prouve que c'est bien programmé.

 

Alors Danton lui explique qu'on allait procurer à ces coquins d'aristocrates qui sont prisonniers, des armes à feu et des poignards. A une heure indiquée de la nuit prochaine, on devait leur ouvrir les portes et ils se seraient répandus dans les différents quartiers pour égorger les femmes et les enfants des Patriotes qui partiront pour marcher. C'est-à-dire que Danton annonce qu'on va aller massacrer des gens qui s'apprêtaient à massacrer les Parisiens. Alors, essayez d'imaginer comment des gens qui sont enfermés dans des prisons peuvent sortir et aller massacrer qui que ce soit ?

 

Danton raconte cela à prudhomme, qui rien moins que naïf ne s'en laisse pas comter, et il demande que les autorités et les députés se répandent en ville pour appeler au calme. Parce que prudhomme n'a pas encore compris que c'est totalement organisé. Il croit que c'est simplement hors de contrôle au début.

 

Le 3 au matin, le Comité d'exécution dirigé par Marat rédige un appel qui sera contresigné par Danton:

 

'La Commune de Paris se hâte d'informer ses frères de tous les départements qu'une partie des conspirateurs féroces, détenus dans ses prisons a été mis à mort par le peuple.'

 

Alors les conspirateurs féroces : les petites filles de la Salpêtrière, et les petits garçons, les prêtres, les femmes, les voleurs ? Et mis à mort par qui ? Par 'le peuple' ? C'est 'le peuple' qui a commis les Massacres de Septembre ? On le dira !

 

'Actes de justice qui lui ont paru indispensables, pour retenir par la Terreur, les légions de traîtres cachés dans ses murs, au moment où il allaient marcher à l'ennemi et sans doute la Nation entière après une longue suite de trahison, qui l'ont conduite sur les bords de l'abîme, s'empressera d'adopter ce moyen si nécessaire de salut public. Et tous les Français s'écriront comme les Parisiens : Nous marchons à l'ennemi, mais nous ne laisseront pas derrière nous ces brigands, égorger nos enfants et nos femmes.'

 

C'est-à-dire que Marat, avec la signature de Danton lance un appel au meurte général de tous les prisonniers dans toute la France.

 

Qui a voulu et permis le massacre à l'arme blanche de 1500 civils captifs ? Ecoutons Robespierre qui dès le mois suivant d'octobre à la Convention, déclare :

 

'Avant d'abandonner leur foyer, leur femmme et leurs enfant, les vainqueurs des Tuileries veulent la punition des conspirateurs qui leur avaient été souvent promise. On courut aux prison, c'était un mouvement populaire, et non comme on l'a ridiculement proposé, la sédition partielle de quelques scélérats payés pour assassiner leurs semblables.'

 

He bien, monsieur Robespierre, ce n'est pas bien de mentir ! Robespierre savait très bien ce qu'il disait.

 

Il dira plus tard :

 

'L'univers, la postérité ne verra dans ces évènements que leur cause sacrée et leurs sublimes résultats. Vous devez les voir comme tels. Vous devez les juger non en juge de paix, mais en hommes d'état. Ne pensez pas que j'ai évoqué ces principes éternels parce que nous avons besoin de couvrir d'un voile quelques actions répréhensibles. Nous n'avons point failli. J'en jure par le trône renversé et par la république.'

 

Il le justifie a posteriori. Il justifie encore les mesures qui ont rempli les prisons et supprimé la presse royaliste. Ecoutez bien :

 

'Est-ce donc le Code criminel à la main qu'il faut justifier les précautions salutaires qui exigent le Salut public dans les temps de crise, amené par l'impuissance même des lois ? Que me reprochez-nous d'avoir briser illégalement les plumes mercenaires dont le métier était de propager l'imposture et de blasphémer contre la Liberté ?'

 

C'est-à-dire qu'on a supprimé la presse royaliste parce qu'elle blasphémait contre la liberté ! Ce n'est pas cinglé, cela ? Et il minimise l'horreur :

 

'On assure qu'un innocent a péri.'

 

1500 civils désarmés et au milieu un innocent...

 

'On ne sait plus à en exagérer le nombre sans doute. Mais un seul, citoyens, pleurez cette méprise cruelle, nous l'avons pleurée avant longtemps, mais que votre douleur ait un terme comme toutes les choses humaines. Gardons quelques larmes pour des choses plus touchantes.'

 

Petion est plus honnête. Il va le reconnaître, il va dire :

 

'Plusieurs de ces défenseurs de la Patrie croyaient que ces journées désastreuses et déshonnorantes étaient nécessaires, qu'elles purgeaient l'empire d'hommes dangereux, qu'elles portaient l'épouvante dans l'âme des conspirateurs et que ces crimes odieux en morale étaient utiles en politique'

 

Cela veut dire que cela a été préparé parce que c'était politiquement utile, politiquement correct.

 

Description de cette image, également commentée ci-aprèsCollot d'Herbois dira à propos de la journée du 2 septembre :

 

'Nous gémissons sur les maux particuliers produits, mais sans cette journée, la Révolution ne serait jamais accomplie. Sans le 2 septembre, il n'y aurait pas de Liberté, et il n'y aurait pas de Convention nationale.'

 

Et oui mesdames et messieurs, c'est comme cela qu'elle est venue la 'république' !

 

Jean-Louis Laneuville, Portrait de Barère (1794), Kunsthalle de Brême.Barrère :

 

'Cette journée dont il ne faudrait plus parler, car il ne faut pas faire le procès de la Révolution.' Ha bon ? 'présente aux yeux du vulgaire un crime car il y a eu violation des lois, mais aux yeux de l'homme d'état, elle présente deux grands effets : premièrement de faire disparaître ces conspirateurs que le glaive de la loi semblait ne pas pouvoir atteindre.' He bien oui, les prêtres, la Princesse de Lamballe, les femmes, les enfants, etc.

 'Et d'anéantir tous les projets désastreux enfantés par l'hydre du feuillantisme, du royalisme et de l'aristocratie qui levait sa tête hideuse.

 

Portrait de Marat par Joseph Boze (1793), musée Carnavalet.Marat a dit, au 30 aôut, c'est-à-dire deux jours avant, au cours d'une réunion qu'il fallait : 

 

'effrayer la Convention prête à se réunir, par un coup de vigueur capable de la faire trembler devant la Commune de Paris, et que l'on ferait, par ce moyen, marcher à son gré'

 

Il proposa tranquillement 'l'égorgement de prisonniers, dont selon lui, la mort délivrerait Paris d'autant d'ennemis de la 'république'.

 

Elle arrive la république, elle arrive...'L'évènement des 2 et 3 septembre a été uniquement provoqué par l'indignation du peuple qui a craint de se voir esclave de tous les traîtres qui ont si longtemps causé ses désastres et ses malheurs' Les gens enfermés dans les prisons.'Qui de vous messieurs ont osé me faire un crime d'avoir appelé sur les têtes coupables des scélérats la hâche des vengeances populaires ?

 

Et bien, les massacres de Septembre - c'est dit ici - ont été organisés pour terroriser les députés de la Convention. C'était un programme.

 

Les données incontestables de ces massacres :

 

1500 personnes ont été massacré à l'arme blanche pendant 5 jours par même pas 200 assassins, alors que Paris avait 50 000 gardes nationaux. Les massacres ont duré 5 jours pleins dans 9 prisons disséminées dans Paris. Un nombre considérable de détenus ont été mis en liberté sans raison apparente dans les deux jours précédents. Des listes de prisonniers avaient été remises à Danton juste avant. On a quantité de preuves que les massacreurs ont été rémunérés. Des factures, des quittances, des bons, des procès verbaux des sections. On a leur nom, leur profession et leur adresse sur les factures, les quittances qu'ils ont signées eux-mêmes. 200 personnes ont été payées à aller massacrer 1500 prisonniers. La république arrive !

 

'On va organiser des élections à la Convention.' Non, on ne va pas organiser des élections à la Convention, on est en train de les organiser. La convocation à la Convention date du 10 août. Elle dit que tout Français âgé de 21 ans vivant du produit de son travail et non domestique, va pouvoir être électeur. Il n'y a plus de citoyen actif ou passif, on se rapproche du suffrage universel masculin. Alors que dans les anciennes institutions, les femmes votaient. Là, elles ne votent plus. Mais c'est un suffrage indirect, c'est-à-dire que des assemblées primaires vont nommer des électeurs qui vont nommer des députés. Et bien ces élections se sont déroulées pendant les massacres de Septembre. C'est-à-dire que Paris était fermé, il fallait des passeports pour sortir. Vous avez compris à qui il fallait les demander... L'assemblée des députés par les électeurs s'est déroulée dans Paris dans la Salle des Jacobins. Le vote s'est déroulé à voix haute, par appel nominal, en présence du public, et pendant les massacres. Qui représente qui à cette Assemblée qu'on nomme Convention ? L'abstention sur le territoire de France a été de 90%. Alors que le mode de scrutin était élargi sur 7 millions de votants potentiels, seuls 700 000 se sont déplacés. Ces 700 000 vont élire 749 députés.

 

Le 20 septembre a lieu la 'Victoire de Valmy'. (L'agenda fait bien les choses NdCR...) Valmy, vous savez c'est le 'Vive la Nation' et les Sans-culottes qui se précipitent contre les Armées coalisées contre la France révolutionnaire. D'un côté, Dumouriez pour la France et de l'autre Brunswick. Et c'est la 'victoire du peuple sans-culotte contre les armées royales'. Vous avez entendu dire cela ? Et bien je vais vous expliquer un truc qu'on sait maintenant : Dumouriez et Brunswick étaient deux francs-maçons qui appartenaient tous les deux à l''Ordre de St Jean l'Evangéliste d'Asie et d'Europe'. C'est un nom ronflant d'une partie de la secte satanique issue du sabbataïsme frankiste qui prône l'ordre par le chaos et l'ordre par le mal pour le mal. La bataille de Valmy n'a pas eu lieu : Brunswick s'est retiré. C'est cela 'la victoire'. La république a été proclamée (le lendemain) le 21 septembre (1792) à l'unanimité. La Convention réunie avait rassemblé 200 députés sur 749. Les autres n'étaient pas encore arrivés. Le quorum (nombre minimal de membres d'un corps délibératif nécessaire à la validité d'une décision) n'était même pas atteint. La proclamation de la république est totalement illégale. 200 individus sous influence et sous une pression de Terreur, et ce n'est pas une terreur psychologique - le sang coulait dans les rues -, venaient d'abolir douze siècles de monarchie, 'au nom du Peuple'... C'est quoi les valeurs de la république au fait ? Connais plus !

Selon un commentaire de Marion Sigaut sur le site "Egalité & réconciliation", ses sources sur la naissance de la république sont :

 

Enquête sur le procès du roi Louis XVI, par Paul et Pierrette Girault de Coursac

Histoire des Girondins et les massacres de septembre, Granier de Cassagnac : https://books.google.fr/books?id=1d...

Histoire impartiale des révolutions en France, Louis-Marie Prudhomme.

Enfin les ouvrages d’Augustin Cochin.

Le régime a été sapé par les sociétés de pensée (la FM) et le plan était également international. l’Angleterre voulait notre destruction, le cousin du roi (Philippe d’Orléans) a mis toute son énergie à tout détruire.

La crise financière a fait le reste. Pendant TOUTE la révolution le peuple a eu faim. Sans discontinuer. Les riches se vautraient dans l’opulence, comme jamais avant.

 

Source: http://www.egaliteetreconciliation.fr/Naissance-de-la-Republique-Une-conference-de-Marion-Sigaut-36268.html

 

Notes

 

[1] Sophie Coignard a pu parler d'état dans l'Etat à propos de la franc-maçonnerie.

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2 décembre 2015 3 02 /12 /décembre /2015 09:24

Le professeur Roberto de Mattei nous alerte sur les évènements actuels dans l'Eglise et le monde, par le biais d'une parabole tirée de l'Histoire, le Sac de Rome par les troupes de Charles-Quint, en 1527.

Le sac de Rome, gravure de Martin van Heemskerck (1527).

Le sac de Rome, gravure de Martin van Heemskerck (1527).

Le Professeur Roberto de Mattei a écrit un article "Le Sac de Rome. Un châtiment miséricordieux" et qui a été traduit et publié par le site "Benoît-et-moi".

 

"Dans son dernier billet, Roberto de Mattei nous alerte sur les évènements actuels dans l'Église et le monde, par le biais d'une parabole tirée de l'Histoire, le Sac de Rome par les troupes de Charles-Quint, en 1527. Et il ne craint pas de parler de "châtiment divin".

J'ai personnellement été frappé de voir qu'avant les terribles événements du sac de Rome de 1527, "il y avait eu des avertissements comme, par exemple, un éclair de foudre tombé sur le Vatican".

Bien qu'il soit difficile de donner l'interprétation exacte d'un tel phénomène, nous sommes en droit de penser qu'il s'agit là d'un signe annonciateur de grands troubles et de la colère qui vient.

Voici donc le texte du Professeur de Mattei :



Le sac de Rome. Un châtiment miséricordieux

1er décembre 2015

"L'Eglise vit une époque d'égarement doctrinal et moral. Le schisme a explosé en Allemagne, mais le pape ne semble pas réaliser l'ampleur de la tragédie. Un groupe de cardinaux et d'évêques a préconisé la nécessité d'un accord avec les hérétiques. Comme il arrive toujours dans les pires heures de l'histoire, les événements se succèdent très rapidement.

Le dimanche 5 mai 1527, une armée descendue de Lombardie atteignit le Janicule. L'empereur Charles-Quint, rendu furieux par l'alliance politique du pape Clément VII avec son adversaire, le roi de France François Ier, avait envoyé une armée contre la capitale de la chrétienté. Ce soir-là, le soleil se coucha pour la dernière fois sur la beauté éblouissante de la Rome de la Renaissance. Environ 20 mille hommes, italiens, espagnols et allemands, dont les mercenaires lansquenets, de confession luthérienne, se préparent à prendre d'assaut la ville éternelle. Leur commandant leur avait donné la permission de piller. Toute la nuit, la cloche du Capitole sonna à la volée pour appeler les Romains aux armes, mais il était trop tard pour improviser une défense efficace. A l'aube du 6 mai, à la faveur d'un épais brouillard, les lansquenets se ruèrent à l'assaut des murs, entre Sant'Onofrio al Janicolo et Santo Spirito in Sassia (deux églises romaines). Les gardes suisses se rassemblèrent autour de l'obélisque du Vatican, décidés à rester fidèle à leur serment jusqu'à la mort. Les dernier d'entre eux furent sacrifiée sur l'autel de la basilique Saint-Pierre. Leur résistance permit au pape de prendre la fuite, avec quelques cardinaux. A travers le Passetto del Borgo, un passage reliant le Vatican au Chateau Saint-Ange, Clément atteignit la forteresse, seul rempart resté contre l'ennemi. Du haut des gradins le pape assista au terrible carnage commencé avec le massacre de ceux qui avaient afflué vers les portes du château pour trouver un abri, tandis que les malade de l'hôpital Santo Spirito in Sassia étaient truicidés à coups de lance et d'épée .

La licence illimitée de voler et de tuer dura huit jours et l'occupation de la ville, neuf mois. «L'enfer n'est rien en comparaison de l'aspect qu'a maintenant Rome», lit-on dans un rapport vénitien du 10 mai 1527, repoduit par Ludwig von Pastor.

Les religieux furent les principales victimes de la fureur des lansquenets. Les palais des cardinaux furent pillés, les églises profanées, des prêtres et des moines tués ou faits esclaves, les religieuses violées et vendues sur les marchés. On vit des parodies obscènes de cérémonies religieuses, des calices de messe utilisés pour s'enivrer parmi les blasphèmes, des hosties consacrées rôties dans des poêles et données en nourriture aux animaux, des tombeaux de saints violés, les têtes d'apôtres, comme celle de Saint André, utilisées pour jouer à la balle dans les rues. Un âne fut revêtu d'habits ecclésiastiques et conduit à l'autel d'une église. Le prêtre qui refusa de lui donner la communion fut mis en pièces. La ville fut outragée dans ses symboles religieux et dans ses souvenirs les plus sacrés.

Clément VII, de la famille des Médicis n'avait pas répondu à l'appel de son prédécesseur Adrien VI pour une réforme radicale de l'Eglise. Martin Luther répandait ses hérésies depuis dix ans, mais la Rome des Papes continuait à être immergée dans le relativisme et l'hédonisme. Les Romains, toutefois, n'étaient pas tous corrompus et efféminés, comme semble le croire l'historien Gregorovius. Ces nobles, tels Jules Vallati, Giambattista Savelli et Pierpaolo Tebaldi, qui, hissant une bannière avec l'enseigne "Pro Fide et Patria", opposèrent l'ultime résistance héroïque au Pont Sixte (pont sur le Tibre) ne l'étaient certes pas; pas non plus les élèves du Collège Capranica, qui accoururent et moururent au Pont Saint-Esprit pour défendre le pape en danger. A cette hécatombe l'institution ecclésiastique romaine doit le titre de "Almo". Clément VII se sauva et gouverna l'Église jusqu'en 1534, affrontant, après le schisme luthérien, celui anglican, mais avoir assisté sans pouvoir rien faire au pillage de la ville, fut pour lui plus dur que la mort elle-même.

Le 17 Octobre 1528, les troupes impériales abandonnèrent une ville en ruines. Un témoin oculaire, un Espagnol, nous offre un tableau terrifiant de la ville un mois après le sac: «A Rome, capitale de la chrétienté, aucune cloche ne sonne plus, aucune église n'est ouverte, on ne dit plus de messe, il n'y a plus ni dimanche ni jour de fête. Les riches boutiques des marchands servent d'écuries pour les chevaux, les plus splendides palais sont dévastés, de nombreuses maisons ont été incendiées, d'autres réduites en pièces, privées de portes et de fenêtres, les rues sont transformées en fumier. C'est l'horrible puanteur des cadavres: les hommes et les bêtes ont la même sépulture; dans les églises, j'ai vu des cadavres rongés par les chiens. Je ne trouve rien d'autre à comparer à cela, sauf la destruction de Jérusalem. Maintenant, je reconnais la justice de Dieu, qui n'oublie pas, même si elle vient tard. A Rome se commettaient ouvertement tous les péchés: sodomie, simonie, idolâtrie, hypocrisie, tromperie; c'est pourquoi nous ne pouvons pas croire que cela soit arrivé par hasard. Mais par la justice divine».

Le Pape Clément VII commanda à Michel-Ange le Jugement Dernier dans la Chapelle Sixtine comme pour immortaliser le drame que l'Église de Rome avait subi durant ces années,. Tous comprirent qu'il s'agissait d'un châtiment du Ciel. Il y avait eu des avertissements, comme [par exemple] un éclair de foudre tombé sur le Vatican et l'apparition d'un ermite, Brandano da Petroio, vénéré par les foules comme «le fou du Christ», et qui le jour du Jeudi Saint 1527, tandis que Clément VII bénissait la foule à Saint-Pierre, avait crié: «bâtard sodomite, pour tes péchés Rome sera détruite. Confesse toi et convertis toi, parce que dans 14 jours, la colère de Dieu s'abattra sur toi et sur la ville».

L'année précédente, fin août, les armées chrétiennes avaient été défaites par les Ottomans sur le champ de Mohács. Le roi de Hongrie Louis II Jagellon mourut dans la bataille et l'armée de Soliman le Magnifique occupa Buda. La vague islamique semblait inexorable en Europe.

Et pourtant, l'heure du châtiment fut, comme toujours, l'heure de la miséricorde. Les hommes d'église réalisèrent à quel point, follement, ils avaient poursuivi l'attrait du plaisir et de la puissance. Après le terrible sac, la ville changea profondément. La Rome jouisseuse de la Renaissance se transforma en la Rome austère et pénitente de la Contre-Réforme.

Parmi ceux qui souffrirent du Sac de Rome, figurait Gian Matteo Giberti, évêque de Vérone, mais qui résidait alors à Rome. Emprisonné par les assiégeants, il jura qu'il n'abandonnerait jamais sa résidence épiscopale, s'il était libéré. Il tint parole, retourna à Vérone et il se consacra avec toutes ses énergies à la réforme de son diocèse, jusqu'à sa mort en 1543. Saint-Charles Borromée, qui sera le modèle des évêques de la Réforme catholique s'inspirera de son exemple.

Etaient également à Rome Carlo Carafa et saint Gaétan de Thiene qui, en 1524, avaient fondé l'ordre des Théatins, un institut religieux raillé pour sa position doctrinale intransigeante et pour l'abandon à la divine Providence au point d'attendre l'aumône sans jamais la demander. Les deux co-fondateurs de l'ordre furent emprisonnés et torturés par les Lansquenets et échappèrent miraculeusement à la mort. Lorsque Carafa devint cardinal et président du premier tribunal de la Sainte Inquisition romaine et universelle, il voulut à ses côtés un autre saint, le père Michele Ghislieri, un dominicain. Les deux hommes, Carafa et Ghislieri, sous les noms de Paul IV et de Pie V, seront les deux papes par excellence de la Contre-Réforme catholique du XVIe siècle. Le Concile de Trente (1545-1563) et la victoire de Lépante contre les Turcs (1571) démontrèrent que, même dans les heures les plus sombres de l'histoire, avec l'aide de Dieu, la renaissance est possible:, mais aux origines de cette renaissance, il y avait eu le châtiment purificateur du Sac de Rome."

Source

via Le Forum catholique

Châtiment divin : un éclair avait frappé le Vatican
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29 novembre 2015 7 29 /11 /novembre /2015 12:14

Merci à Claire Colombi pour cette lumineuse conférence.

"La fabrication de la légende noire du Moyen-Âge" par Claire Colombi

L'historienne médiéviste Claire Colombi continue de lever le voile sur les mensonges bien établis au sujet de l'histoire de la France médiévale dans le cursus scolaire depuis le plus jeune âge.

Extrait :

 

"On va commencer le Moye Âge à la Chute de Rome en 476. On va mettre mille ans jusqu'à la fin du Moyen Âge, en 1453 : fin de la Guerre de Cent Ans, chute de Constantinople, découverte de l'Amérique (1492), et Prise de Grenade.

 

On va rentrer dans la 'période moderne' jusqu'à la Révolution française.

 

Et à partir de la Révolution française, on va appeler cela la 'période contemporaine'.

 

La 'Renaissance', au XVe et XVIe siècle.  C'est la période qui a vu la plus grande guerre civile de l'Europe entre catholiques et protestants, la folie de la chasse aux sorcières, et le plus grand génocide de l'histoire en terme de nombre avec la dévastation du continent américain, mais il continue à jouir quand même d'une image - dans le public -, d'un progrès en marche. Il n'y a que les historiens médiévistes qui ont écrit des livres pour dénoncer les mensonges sur toute la période.

 

Mon travail est inspiré de Régine Pernoud (1909-1998). Et notamment ses ouvrages 'Lumière du Moyen Âge, Beauté du Moyen Âge' (1ère éd. 1944), et 'Pour en finir avec le Moyen Âge' (1977). Ensuite, Jacques Heers (1924-2013), 'Le Moyen-Âge, une imposture' (1992). Et aussi les travaux qui avaient beaucoup inspiré Régine Pernoud, de Gustave Cohen (1879-1958), 'La Grande clarté du Moyen-Âge' (1943) - 'est pour cela que Régine Pernoud écrivit son livre 'Lumière du Moyen-Âge' - qui lui était un passionné d'art et de culture du Moyen-Âge.

 

L'idée que l'Antiquité a été oubliée est un mensonge d'une malhonnêteté d'un point de vue intellectuel. Les oeuvres des troubadours font constamment référence au bouillant Achille, à l'Illiade, ou à Alexandre le Grand. Et surtout ceux qui ont permis que cette transmission de la mémoire se fasse, c'est les copistes. qui ont écrit dans leurs scriptorium (Les scriptoria les plus célèbres sont ceux qui se sont développés à l'époque carolingienne et ont permis la transmission des textes de l'Antiquité classique, ouvrant la période appelée la "Renaissance carolingienne". Ndlr.)

 

Régine Pernoud écrit tellement bien que je ne peux pas passer par-dessus elle : 

... Pour trouver un véritable épanouissement de l'esprit français, une littérature pure et dépouillée de tout emprunt, il faut recourir au Moyen Âge. S'obstiner à ne rien voir au-delà de la Renaissance, c'est se mutiler de la plus authentique manifestation du génie de notre race. C'est, au surplus, ignorer une époque pendant laquelle, précisément, la civilisation des lettres françaises fut imitée dans toute l'Europe.

Aujourd'hui, on a évacué le Roman de Renart, les chansons de geste, telle que Roland de Roncevaux, Tristan et Iseut, le Roman de la Rose, les Romans Arthur et ce que l'on appelle la Matière de Bretagne, les poèmes de Rutebeuf (1230-1285) et de François Villon (1431-1463). En fait, la poésie chantée des Troubadours et des Trouvères. Elle était très complexe et très riche d'un point de vue de la forme. Ils avaient des formes fixes qu'on appelait virelais, rondeaux, avec des jeux de mots liés à l'homophonie, etc. Et à côté de cette complexité et de cette diversité, le sonnet, la forme poétique reine de la 'Renaissance', au XVI et XVIIe (Ronsard, par exemple) est vénérée pour sa simplicité, son élégance et son style épuré. Mais, techniquement, c'est un appauvrissement. Cette volonté d'épuration du style, d'un strict point de vue technique, est un appauvrissement.

 

(A la 'Renaissance', à propos de) cette idée de pureté originelle et de dévoiement culturel, ce qui s'est passé, c'est que cette manière de penser à été récupérée par des gens qui se sont dit 'on va revenir à la pureté originelle de l'Ancien Testament', et on va se débarrasser de tout cela, et en fait, c'est la Réforme protestante. C'est-à-dire que cette contestation culturelle devient une contestation religieuse.

Et c'est la Réforme protestante qui fantasme une lumière de l'Evangile qui se serait obscurcie.

 

De la même manière qu'on avait un 'humaniste' qui disait on avait un latin de Cicéron qui était magnifique et qui, au fil du temps, s'est perdu, les protestants arrivent derrière et disent on avait une lumière de l'Evangile qui était magnifique et la papauté a dit n'importe quoi et on a perdu le sens. Et donc, rappelez-vous la définition du dictionnaire (sur le Moyen Âge) 'hégémonie de l'Eglise'....

 

Donc, les protestants ont participé à cette dénonciation de la papauté.

 

Et, s'agissant de l'imprimerie inventée vers 1450, toutes les imprimeries privées, dans les trente ans qui viennent, tombent aux mains des protestants. Ils ont le pouvoir de la presse, et ils vont imprimer des pamphlets anticatholiques, des livres qui ont été interdits. Et vraiment, ils prennent le contrôle de l'information.

 

Et c'est pour cela qu'on a beaucoup d'écrits anti-Eglise de cette époque.

 

Ce n'est pas le peuple qui est contre l'Eglise, c'est les protestants qui tiennent la presse.

 

Tout ce qui nous est resté d'imprimé, c'était eux.

 

Et je pense qu'un des mensonges les pires, c'est ce qui concerne le 'Marteau des Sorcières' (Malleus Maleficarum), qui a été écrit par deux dominicains sur ordre du Pape et qui explique comment torturer les sorcières, il y a tout un passage sur le fait que les femmes portent le péché par rapport à Eve - enfin, c'est un livre assez abominable -, qui a servi aux juges laïques de la chasse aux sorcières.

 

Et on dit, il a été demandé par le Pape. Des dominicains l'ont écrit, c'est bien la preuve que l'Eglise est impliquée là-dedans.

 

Quand le Pape a lu cela, il a failli tomber dans les pommes, il a frappé le livre d'interdiction qu'on le publie. Et qui a continué, années après années à le publier ?

 

Ce sont les protestants.

 

C'est-à-dire que le Pape interdit (ces livres) et, aujourd'hui, on dit vous voyez c'est bien la preuve que le Pape était d'accord !...

 

Alors qu'on a les Bulles pontificales qui ont été réitérées.

 

C'est-à-dire que les papes successifs ont redit qu'ils ne voulaient pas que ce livre soit imprimé... Et de toutes façons les protestants continuaient à l'imprimer.

 

Et le fameux Keller (Cellarius) (1638-1707), qui a créé le terme de Moyen-Âge, c'était biensûr un luthérien convaincu, acharné, fanatique.

 

Et c'est à ce moment là d'ailleurs que l'idée d'un Moyen Âge se fixe d'un seul bloc.

 

Parce qu'on est bien d'accord, entre l'époque de Clovis et les Mérovingiens, puis l'époque de Charlemagne, l'avènement d'Hugues Capet en 987, les premières cathédrales (art "gothique", art français. Ndlr.) et la fin du Moyen Âge, on n'est pas du tout dans la même configuration. Mais eux, ils ne voient qu'une seule chose, c'est l'hégémonie de l'Eglise et le règne sans partage du Pape, donc de la chute de Rome jusqu'à ce que nous on arrive, pour sauver le monde (!), c'est un bloc inséquable: le 'Moyen Âge'.

 

Ensuite, les 'ténèbres du Moyen Âge' s'éclaircissent, grâce aux 'humanistes', et à la 'Réforme'.

 

Et donc, arrive la 'Raison', parce qu'avant, les gens ne raisonnaient pas. Et c'est donc les 'rationnalistes', les 'Lumières', qui arrivent sur l'Europe.

 

Pour Voltaire, l'histoire contient principalement des crimes de la folie et de la misère. Et il est nécessaire de connaître l'histoire (sous-entendu du Moyen-Âge), à seule fin de la mépriser. Cela, c'est dans ses essais.

 

Il faut qu'ils (les auteurs des 'Lumières') justifient le changement qu'ils exigent.

 

Pour qu'il y ait 'lumière', il faut qu'il y ait obscurité. Sinon, cela n'a pas de sens.

 

Et comme ils veulent des changements sociaux et économiques, il faut qu'ils les justifient. Donc, ils sont toujours en train de parler des 'abus', des anciennes manières de faire, des archaïsmes, pour justifier ce changement qu'ils veulent...

 

Et, il faut savoir que Voltaire a promu - énormément - Newton, il en parle dans ses Lettres. Et il oppose la nouvelle science face à l'esprit stupide, 'fanatique' et 'superstitieux'. Or, (le mot) 'supersitieux', depuis les protestants jusqu'aux 'Lumières', cela veut dire 'catholiques'. C'est la définition de l'époque... Ils veulent opposer les savants Newton, Gallilée, Copernic, contre l'Eglise qui les a pourchassé ou essayé de les faire taire.

 

(Au XVIIIe s.), le libéralisme économique et la montée de la bourgeoisie, c'est le credo des 'Lumières', qui trouvent leur inspiration en Angleterre, qui a déjà fait une espèce de révolution libérale.

 

CBastille--Prise-de-la-Bastille.jpgela prépare la 'Révolution française'. Les 'Lumières', les Encyclopédistes, attaquent violemment les institutions politiques et l'organisation sociale. Je vous lis un passage de Condorcet (1743-1794), dans lequel il y a tout : 

 

'L'Europe, écartelée entre la tyrannie sacerdotale et le despotisme militaire, attendait dans le sang et les larmes le moment où de nouvelles lumières lui permettraient de renaître à la Liberté, à l'Humanité et à la Vertu...'

 

Donc, là on a tout, le message est clair : la cible, le clergé et le noblesse (tyrannie sacerdotale, despotisme militaire), le message laissez la place à la bourgeoisie libérale.

 

Et l'objectif, c'est de prendre le pouvoir, c'est-à-dire d'abolir la société féodale, la division des trois ordres. Donc, là on sent bien la volonté d'un libéralisme économique, et de cette nouvelle classe écrasée entre le despotisme militaire et la tyrannie sacerdotale.

 

Et donc, c'est évidemment le mouvement des 'physiocrates', qui est porté par les 'Lumières', avec la volonté de la libre circulation des biens et des marchandises, la libéralisation du prix des grains (édit de Turgot en 1774) et le libéralisme économique.

 

Lire : Comprendre les Lumières : aux sources de la prolétarisation du monde ouvrier

 

Et de là va naître, ce qui, personnellement, est ma légende préférée sur le Moyen Âge : 'les gens ont faim...'

 

90% des gens vivent à la campagne. Vous avez les plus mauvais agriculteurs de l'histoire du monde. Parce que quand 90% de la population vit à la campagne, je ne sais pas comment on fait pour avoir faim. Parce que, évidemment, durant l'Antiquité, on n'avait pas faim. Le fait que les sénteurs faisaient cultiver leur champ par des esclaves, c'est la beauté de l'Antiquité romaine, et de l'Antiquité grecque, c'est-à-dire une partie au-dessus qui surnage sur un peuple d'esclaves : c'est intéressant. Donc, imaginer que les paysans français ont peu avoir faim tout le temps, c'est ridicule. Alors comment cela passe ? Cela passe par la ruse de la sémantique. Vous allez par exemple trouver des textes de moines ou de gens de l'époque qui disent 'et là ils n'avaient plus de pain et donc ils étaient obligés de manger des feuilles et des racines'. En fait l'être humain ne peut pas manger des feuilles, ni des écorces d'arbres car il ne digère pas la cellulose. Donc, les légumes du potager se divisent en deux, les légumes feuilles (les épinards, les choux), et les légumes racines (les carottes, les navets). Le paysan mangeait une délicieuse soupe de légumes avec des épinards et des carottes. Il ne mangeait pas les feuilles des arbres et les racines.

 

Democratie-medievale--un-monde-sans-fin-.jpgLe 'marché' au Moyen Âge, ce n'est pas le libéralisme économique et le marché. C'est ultra-réglementé.

 

Et les 'Lumières' préparent le terrain (à la dérèglementation Ndlr.).

 

Arrive la Révolution française, l'avènement du libéralisme économique.

 

Je vais vous parler particulièrement de la 'Nuit du 4 août' et de l'abolition des privilèges.

 

Puisque vous savez qu'on vivait dans un monde inique de 'privilèges' et que grâce à la 'Nuit du 4 août' on a aboli les privilèges...

 

Donc le 4 août 1789, le Club Breton, futur 'Club Jacobin', entre 18h et 2h du matin, a proposé et a obtenu la suppression des privilèges, la suppression de la dîme, et il a mis fin au système féodal. Et Il a voté la fin des corporations. Puis après les lois ont été votées plus tard. Le duc d'Aiguillon, deuxième fortune de France après le Roi, (membre de la loge "L’Olympique de la Parfaite Estime" du "Grand Orient de France". Ndlr.) propose l'abolition des droits seigneuriaux. Un hasard...

 

Et surtout, il veut qu'on puisse racheter ses droits. Mais le vicomte de Noailles propose d'abolir toutes les corvées, tous les droits seigneuriaux.

 

La Nuit du 4 août a été extrêmement préparée à l'avance par ce fameux 'Club Breton'. Mais ils ont emmené le public avec eux. Cela a été une espèce d'effervescence. Cela a été une espèce de folie : l'un 'on va abroger la dîme', l'autre 'on va empêcher au seigneur l'exclusivité du droit de chasse', etc.

 

Evidemment (cette mise en scène) avait été très bien préparée, mais ils avaient emmené l'Assemblée dans une espèce d'effervescence de 'la Liberté'. Nous allons nous libérer de toutes ces lois.

 

Alors (en fait), la France est débarrassée de toutes ses protections (ses 'privilèges'), elle va pouvoir entrer dans le monde libéral, capitaliste.

 

Le mot privilège vient du latin, il veut dire lois particulières. Il a été synonyme de liberté au moyen Âge, même à l'époque moderne. Le roi, quand il annexait une province (par exemple la Bretagne, ou même la Bourgogne), promettait de respecter ses privilèges, c'est-à-dire ses libertés, c'est-à-dire ses lois particulières, les coutumes, les droits immémoriaux de ses habitants. Le privilège empêchait cette espèce de centralisme jacobin, qui fait qu'aujourd'hui, en France, on parle tous la même langue. Et que toutes les lois sont partout pareilles. Alors que là, l'idée était que les Bretons avaient leurs lois, leurs droits particuliers, les Gascons avaient leurs droits particuliers, etc. Les Gascons étaient tellement fiers qu'ils avaient reçu l'autorisation de ne pas enlever leur chapeau en présence du roi. D'où l'expression 'fier comme un gascon.' C'est-à-dire que le roi respectait les droits et les coutumes locales, sans rien y changer.

 

Le Guen de Kerangal, un breton du 'Club Breton, raconte qu'au Moyen Âge, les serfs devaient passer les nuits à battre les étangs pour empêcher les grenouilles de troubler le sommeil de leurs voluptueux seigneurs. Donc, ils se mettent à inventer des espèces de coutumes seigneuriales. Et Régine Pernoud se demande avec beaucoup de malice qu'est-ce qui fait le plus de bruit, des grenouilles qui croassent, ou une armée de serfs en train de taper comme des malades avec des bâtons sur les étangs. La question reste ouverte...

Extrait:

 

"Par la suite, les auteurs du XIXe siècle vont justifier ce coup d'Etat. Et là, je ne peux pas manquer l'occasion de vous citer Michelet, dans son Histoire de la Révolution française :

 

Elle emportait cette nuit, l'immense et pénible songe des mille ans du 'Moyen Âge'. L'aube qui commença bientôt était celle de la 'Liberté'. Depuis cette merveilleuse nuit, plus de classes des Français, plus de provinces, une France.

 

Et Pierre Larousse dans son Grand Dictionnaire du XIXe siècle:

 

Il suffit d'un vote de constituants pour venger la nation de la tyrannie incessante de douze siècles. Tant il est vrai que le bonheur du peuple est facile à faire quand ceux qui le gouvernent s'occupent moins d'eux-mêmes que de lui.

 

Alors, peut-être que ces mensonges pouvaient encore fonctionner au XIXe, et même au début du XXe siècle, mais alors, moi ce qui va le plus me faire rire, c'est l'impôt au 'Moyen Âge'. Parce que si on va comparer l'impôt d'aujourd'hui et l'impôt du Moyen Âge, je prends n'importe qui sur un ring et on va comparer ! Parce qu'alors là, c'est magnifique.

"La fabrication de la légende noire du Moyen-Âge" par Claire Colombi

Donc : 'le paysan médiéval est taillable et corvéable à merci.' Vous êtes tous au courant. Et 'le peuple croule sous l'impôt.'

 

Alors souvent dans les manuels, même les manuels (d'aujourd'hui), j'ai enseigné, et on en parle en 5e, parce qu'on fait le 'Moyen Âge' :

 

'Cens, champart, taille, dîme, gabelle, mainmorte, formariage, banalités, tonlieux et biensur corvées en tous genres.'

 

Alors on va faire méthodiquement impôt par impôt. Le champart et le cens sont des loyers de la terre. Donc, est-ce que aujourd'hui vous comptez votre loyer dans votre impôt ? Je ne crois pas.

 

Lire: Des impôts dix fois supérieurs à ce qu'ils étaient avant 1789 !

 

Et le champart et le cens, c'est deux sortes de loyer différents. Le cens, c'est un loyer fixe, que vous allez payer par année, et le champart, c'est un pourcentage de la récolte. Et l'on pratique l'un ou l'autre. C'est-à-dire que certains pays sont en cens, d'autres en champart. Vous ne payez jamais le cens et le champart. C'est l'un ou l'autre. Donc, déjà, les mettre côte à côte c'est un mensonge, vous ne payez pas les deux.

 

La mainmorte et le formariage. La mainmorte, c'est un droit de succession. Aujourd'hui, on ne paye plus de droits de succession, vous êtes au courant ! 

 

Et le formariage, c'est une taxe qui est payée si un serf veut se marier avec un serf qui cultive la terre d'un autre seigneur. Donc vous ne la payez pas si vous vous mariez dans votre communauté et vous la payez une fois dans sa vie. Deux à la limite, si vous êtes veuf. Et c'est le principe est de ne pas morceller la terre.

 

Le tonlieu, c'est un péage. Donc, aujourd'hui, quand on se ballade sur les autoroutes et qu'on gare sa voiture au parking, on ne paye plus de péage, vous êtes au courant !

 

La banalité, c'est une taxe qui est liée au droit de banque que détient le seigneur. Donc le paysan payait une taxe pour utiliser le moulin, le pressoir, le four à pain. Donc inadmissible que quand vous utilisiez la machine de quelqu'un ou que vous lui demandiez service, on vous fasse payer. Aujourd'hui, cela n'a plus court !

 

Et le mieux du mieux, c'est la gabelle, impôt royal sur le sel d'abord et c'est ensuite devenu un impôt sur la consommation, comme le vin. Et elle née à l'époque moderne, elle ne concerne pas le Moyen Âge, mais cela ne dérange pas les auteurs de certains manuels de la rajouter aux impôts médiévaux.

 

Les deux seuls impôts directs sont donc la taille et la dîme.

 

La taille, c'est un sixième de la récolte de blé, ce qui fait 16% des revenus. Moi j'aimerais bien être taxé sur 16% de mes revenus (on est à 45% de taux de prélèvement obligatoire en 2013. Taux le plus élevé... des pays de l'OCDE... Ndlr.)

 

Et la dîme est payée pour assurer à l'Eglise un revenu en propre et la rendre indépendante. La dîme est payée en nature sur le blé. Si vous avez des animaux, cela ne vous concerne pas. Et là je vais citer Jacques Heers,

 

'le prélèvement ne s'appliquait pas à toutes les récoltes, mais principalement au blé. Il n'atteignait pas les 10%, loin de là. Cela dépend des provinces, puisque cela dépend des 'privilèges' (dont je vous ai parlé). Sur l'usage ensuite, outre l'entretien du clergé et l'exercice du culte, l'Eglise assumait alors une part notable de l'assistance publique, hôpitaux, hospices, maisons-dieu, aumônes, enfants abandonnés. Et l'enseignement dans les paroisses, les petites écoles.

 

Faut-il comparer  ces prélèvements à ceux d'aujourd'hui pour notre sécurité sociale, et nos système d'éducation ?'

 

On pourrait faire une petite comparaison, cela pourrait être intéressant.

 

François Hincker (1937-1998), qui est un historien marxiste de l'époque moderne, a essayé de faire une comparaison :

 

Utilisons un étalon artificiel mais qui a l’avantage d’être parlant. Les 25 millions d’habitants que compte probablement la France ont donc à payer 470 millions d’impôts, entre 18 ou 19 livres. À ce moment le salaire journalier d’un compagnon maçon à Paris se situe à un peu moins d’une livre. Ainsi un salarié moyen travaillerait un peu plus de sept jours, juste avant la Révolution française, pour payer ses impôts directs (taille, capitation et vingtième. Ndlr.), un peu plus de deux pour payer la gabelle, et un peu plus de neuf pour payer les autres impôts indirects.

 

Dix-huit jours de travail : c’était la contribution que la fiscalité française de l’Ancien Régime réclamait au travailleur. Qu’en est-il aujourd’hui ? Avec un taux moyen d’imposition de 56,9% (chiffre 2013), il faut 208 jours de travail pour payer en moyenne ses impôts directs sur l’année.

 

Donc, même s'il se trompe, et que maintenant ce n'est pas 20 jours, mais 40 jours et qu'on double son estimation, on est encore très très loin (des 208 jours !) Et alors il se demande si la Révolution française a servi à améliorer notre condition ?

 

Aujourd'hui, j'explique comment fonctionnent les mensonges, si vous mettez tous les impôts que doivent payer les gens en y ajoutant les impôts qu'on paye une fois dans sa vie, on peut dire n'importe quoi.

 

Donc, moi j'ai anticipé sur un manuel scolaire des années 2400 par exemple:

 

Le salarié de l'an 2000 était écrasé d'impôts : impôt sur le revenu, taxe foncière, taxe d'habitation, TVA, taxe sur les produits pétroliers, CSG, taxe sur l'alcool, le tabac, redevance télé, droits de successions, droits de donation, droits de mutation, timbres fiscaux des paiers officiels.

 

Dès qu'un salarié voulait faire quelque chose, il lui fallait un permis : permis de voiture, permis de chasse, permis bateau, très onéreux.

 

S'il voulait échapper à sa condition de salarié, devenir petit patron ou autoentrepreneur, il fallait payer la licence, les charges patronales, le RSI. Il fallait respecter tellement de normes étranges et arbitraires que notre salarié faisait faillite. L'assurance était obligatoire, en cas d'accident, mais aussi pour la maison, pour la voiture, sans oublier la complémentaire.

 

La IIIe République.

 

"Ma prétention est de vous montrer que l'égalité et l'éducation n'est pas une utopie, que c'est un principe, qu'elle est un droit incontestable et qu'en principe cette utopie, elle est apparente et dans l'ordre des choses possibles.' (Discours de Jules Ferry)

 

L'histoire de France et des Français, c'est celle de son 'affranchissement'. Nos ancêtres les Gaulois vivaient dans des huttes basses. (Cela) c'était dans un manuel de la IIIe république. Les Gaulois n'étaient pas assez intelligents pour faire des maison à leur taille. Et là un jour, il y en a qui a dit: et si on réhaussait la porte ?

 

Lire : Nos ancêtres les Gaulois - La Gaule, les origines de la France

 

Rousseau, dans La Nouvelle Eloïse disait :

 

'N'instruisez pas l'enfant du village, car il ne convient pas d'être instruit.'

 

Il répondait à Voltaire qui répondait à La Chalotais, qui avait écrit un texte intitulé 'Essai sur l'Education nationale' : 'Je vous remercie d'avoir prescrit l'étude chez les laboureurs. Moi qui cultive des terres, je vous présente requête pour avoir des manoeuvres, et non des clercs tonsurés. Il est à propos que le peuple soit guidé et non pas qu'il soit instruit. Il n'est pas digne de l'être...' Donc voilà, là on est vraiment dans les 'Lumières'.

 

En fait, les républicains inventent l'école et l'éducation pour tous : jusque-là on n'y avait pas pensé non plus. Et là, il y a vraiment une volonté, il faut instruire le peuple. Il y a un renversement qui se crée.

 

En 1882, les réformes Jules Ferry. Les francs-maçons, les libres penseurs, les anticléricaux, et les protestants libéraux sont à la barre. Le minsitre de l'Intérieur et des Cultes, c'est Ernest Constans, c'est un franc-maçon. Et Léon Say, au ministère des finances, c'est un protestant. Jules Ferry, franc-maçon du 'Grand Orient', 'Loge de la clémente Amitié', se marie sur le tard avec une calviniste. Jules Steeg, pasteur protestant de Libourne, deviendra ministre de l'Instruction publique en 1883. Ferdinand Buisson, pasteur protestant de Neuchâtel, est à la direction de l'Enseignement primaire. C'est lui qui en 1905 va réaliser les textes de séparation de l'Eglise et de l'Etat, et a créé la Ligue française des droits de l'homme. Et le troisième, Félix Pécaut, pasteur protestant, instructeur général de l'Inspection publique chargé par Ferdinand Buisson de fonder l'Ecole Normale supérieure des jeunes filles, qui va être dirigée par Jules Steeg. Ces trois pasteurs représentent le courant ultra-libéral, et sont tous les trois passés par la franc-maçonnerie. (Un hasard. Ndlr.) Et c'est eux qui mènent cette réforme, qui rédigent les textes. Et notamment l'arrêté du 27 juillet 1882 qui sont les programmes, et qui va exclure les congrégations religieuses et instauré la mainmise de l'état sur l'école.

 

Jules Steeg ne fait pas qu'être ministre et d'écrire la réforme : il écrit directements des manuels (d'histoire de France pour les écoliers). Notamment les manuels publiés par Fernand Nathan. C'est presque encore plus beau que Michelet. Je crois que là on a trouvé un concurrent sérieux :

 

'Depuis des siècles, écrit le pasteur protestant franc-maçon Jules Steeg, la France gémissait sous le joug des rois et des seigneurs. Ils étaient les maîtres et le peuple n'avait aucun droit. Il travaillait pour eux, il payait toutes les dépenses, il était foulé aux pieds, et souvent il mourait de faim. On disait de lui qu'il était taillable et corvéable à merci. C'est-à-dire que ses maîtres pouvaient lui imposer à volonté toutes les corvées et toutes les contributions inimaginables, qu'on appelait la taille, le cens, la gabelle, la dîme. Quand il ne voulait pas travailler pour le seigneur, on le battait et on le jetait en prison. Quand il ne pouvait plus payer les lourds impôts qui l'écrasaient, on vendait sa maison et ses outils. On jetait les pauvres gens dehors dans les bois où ils se nourrissaient d'herbes. Soumis à tous les caprices de ses maîtres, le peuple ne jouissait d'aucune liberté. Il ne pouvait ni suivre la religion qui lui convenait, ni diriger les affaires de la ville ou de son village, ni exercer les métiers qui lui convenait.'

 

Donc, là on a un concentré de poncifs de tout ce que je vous ai parlé depuis le début. Vous ête sur le Livre moral du Petit citoyen.

 

Paul Bert, qui était ministre de l'Education, juste avant lui, donc un confrère, libre penseur, franc-maçon, athée convaincu, lors de l'affaire des Congrégations, c'est-à-dire le moment où l'on a exclu les congrégations religieuses de l'enseignement (pour y enseigner la doctrine franc-maçonnique relativiste. Ndlr.), il présidait un banquet au Conseil général de l'Yonne, et portait un toast à la destruction des deux phylloxera, le phylloxera qui se cache sous la vigne et le phylloxera que l'on cache avec des feuilles de vigne (donc c'est biensûr l'Eglise catholique) : 'Pour le premier, nous avons le sulfure de carbone et pour le second, l'article 7 de la loi Jules Ferry ('les congrégations religieuses n'ont plus le monopole de l'Instruction'). S'il ne répond pas à notre attente, nous n'hésiterons pas à chercher un autre insecticide plus puissant pour sauver la France.'

 

Donc, le Moyen Âge, on ment sur lui et la république n'a que le choix entre mentir ou ne plus l'enseigner, ce qui est en train d'être le cas puisqu'il disparaît dans les programmes. les seules figures médiévales qui vont être sauvées, c'est Jeanne d'Arc, parce qu'il faut une héroïne, Saint-Louis qui rend sa justice sous un arbre. Et Charlemagne, parce qu'il ne faut pas le laisser aux Allemands qui nous ont déjà piqué l'Alsace et la Lorraine. 

 

Aix-la-Chapelle, capitale de l'empire francCes siècles de propagande ont porté leur fruit et aujourd'hui le Moyen Âge est synonyme de barbarie, et de terreur.
 
Et aujourd'hui, il y a encore quelque chose de pire qui se passe, les références culturelles sont oubliées. ... Il y a comme un voile, et à moins d'avoir été élevé dans une famille encore très catholique, c'est extrêmement difficile avec une formation classique, avec un bac classique en France, à moins d'avoir une passion, d'aller vers ça. Le Moyen Âge aujourd'hui est tombé dans l'oubli. Je vous rappelle que les siècles de Clovis et de Charlemagne ont disparu des programmes de 5e, et qu'on va plus jamais en reparler à un lycéen... Et donc, du mensonge, on est passé à son effacement progressif, mais pur et simple.
 
Donc, en plus de déraciner le peuple européen et celui de France en ce qui nous concerne, ce processus d'éradication, pour moi, est la preuve de la puissance radicale de la pensée médiévale. Il serait dangereux, aujourd'hui, pour le peuple de France, de se rappeler comment cela fonctionnait au Moyen Âge: que cette période 'sombre' était remplie de communautés villageoises qui décidaient par elles-mêmes, où les femmes pouvaient voter, que c'était une période de révoltes constantes. Une période d'équilibre des pouvoirs, avec une économie morale, où le bien commun prévalait sur le bien privé; une période où les paysans ne partaient pas à la guerre : moi je remercie toujours vivement (la république) d'avoir envoyer en pleine moisson toute la jeunesse de France se faire tuer dans les tranchées. Une période où le travail d'un homme nourrissait sa femme, ses enfants, et des grands-parents à charge. Une période où l'on se préoccupait du salut de son âme. Vraiment, oui je pense que c'est assez dangereux aujourd'hui de s'en rappeler. Et je pense que je vais finir par la merveilleuse phrase de Gustave Cohen, dont je vous ai parlé au début, qui écrivait :

Les ténèbres du Moyen Âge ne sont que celles de notre ignorance.

Gustave Cohen

La suite de la video est consacrée aux questions du public.

Notons:

 

39:00 Je ne sais pas si vous imaginez à quel point notre culture est méprisée à l'étranger (dans les élites anglo-saxonnes Ndlr.), par les élites anglaises (je ne parle pas des Anglais et des Américains du peuple). Encore une fois, tout ce qui émane du peuple, ce n'est pas bon...

 

40:45 (la Révolution "française") C'est vraiment un système de pillage et de folie. Il y a un mépris absolu de tout ce qui est populaire.

... Au Moyen Âge il y avait une culture du peuple pour le peuple. Aujourd'hui qui comprend l'art ?

 

43:50 Pour passer la loi de 1882, il a fallu (encore une fois) qu'ils suppriment les Jésuites, et qu'ils excluent les congrégations religieuses avant de pouvoir faire ce qu'ils voulaient...

 

44:50 ... Aujourd'hui les gens disent 'oui mais le peuple français ne se révolte pas'. Si, si ! Il s'est révolté. Il s'est révolté en 1789, et il s'est fait massacrer...

 

Ensuite, il s'est révolté en 1830, puis il s'est fait massacrer. Puis il s'est révolté sous la Commune, et il s'est fait massacrer. Et ensuite toute la jeunesse s'est faite envoyée en 1914 dans la Grande Guerre.

 

Donc, il y a un moment, il faut bien comprendre qu'il y a eu des résistants, il y a eu des révoltes, et on les a perdues successivement. Nous sommes des polytraumatisés de ce système. Alors j'entends, 'oui mais aujourd'hui on ne bouge pas'. Mais les dernières fois où on a bougé, on est mort."

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25 novembre 2015 3 25 /11 /novembre /2015 14:59
Aux origines du "dauphin", successeur des rois de France

Dans l'émission d'Europe 1 "Au Coeur de l'histoire", le 24 novembre, Franck Ferrand explique les origines du terme "dauphin" pour désigner le successeur d'un roi de France.

Blason"A l'origine, il y a un prénom, Delphinus, Dauphin, qui est un simple prénom et qu'on donnait comme deuxième prénom aux héritiers de deux petites régions, les comtes d'Albon-Viennois, dont les héritiers avaient pour second prénom ce prénom de Dauphin. Et c'est pour ça qu'on s'est mis à appeler ces deux régions le Dauphiné.

Or, le dernier dauphin du Viennois, Humbert II, est contraint de vendre ses seigneuries, et jusqu'au traité de Romans, le 30 mars 1349, par lequel il cède le dauphiné à Philippe VI, roi de France - il a toute sorte de difficultés financières -, et la Couronne de France récupère en 1349 cette région du Dauphiné, et il est dit dans le traité que ces terres vont devenir apanage du fils aîné du roi.

Donc, désormais, le fils aîné du roi devient 'dauphin' du Viennois. Et petit à petit on va oublier le 'du Viennois' et on dira tout simplement 'dauphin'. Et par homonymie, on se met à utiliser des dauphins héraldiques, tout à fait stylisés, pour désigner le fils du roi de France. Quand sous Louis XIV - vous savez que tout est grand (la Grande  Galerie, le Grand Canal, le Grand siècle) -, on va appeler le fils de Louis XIV, le 'Grand Dauphin'."

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25 novembre 2015 3 25 /11 /novembre /2015 12:20

Le discours du Prince pour la commémoration du tricentenaire de la mort de Louis XIV vient d'être publié sur VLR:

Discours du prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou, pour commémorer le tricentenaire de la mort du Roi Louis XIV (1715-2015)

lundi 23 novembre 2015.

 

Discours prononcé lors de la réception du lundi 23 novembre organisée pour commémorer le tricentenaire de la mort du Roi Louis XIV (1715-2015)

 

Chers Amis,

 

Alors qu’il y a quelques mois, nous apprenions qu’allait se tenir à Versailles la passionnante exposition Louis XIV et que nous organisions une soirée en hommage au grand roi, autour de la conférence qui nous a tant intéressés, personne n’imaginait que la France serait frappée par un acte d’une barbarie infinie.

 

La France frappée, et en particulier Paris, sa capitale. Paris, que le Comte de Chambord en 1870 alors que les ennemis étaient en son cœur qualifiait, de « la ville de Clovis, de Clotilde et de Geneviève, (...) la ville de Charlemagne et de Saint Louis, de Philippe Auguste et d’Henri IV, (...) la ville des sciences, des arts et de la civilisation ». L’ennemi, une nouvelle fois, est là !

 

Frappée au plus profond d’elle-même car, répétant un geste que les révolutionnaires connaissent bien, les assassins ont pris les jeunes pour cibles. Faire mourir des enfants, c’est aussi pour une part, tuer les parents. Alors, ne supportons plus le déni, donnons leurs sens aux événements et aux mots, parlons en vérité : ceux qui ont commis ces massacres sauvages sont des assassins et des barbares sans foi ni loi.

 

Ma compassion et mes prières vont à toutes les victimes et à leurs familles meurtries et j’adresse mes encouragements et félicitations aux forces de l’ordre et aux autorités judiciaires dont l’action dangereuse s’est révélée efficace ainsi qu’aux médecins et infirmières qui ont secouru et soigné, confrontés à des blessures de guerre bien inhabituelles pour eux.

 

Mais comme héritier des rois, comme héritier d’une tradition, ayant élevé au rang des principes intangibles de la politique, l’état de droit garanti par les lois fondamentales, je ne peux, comme vous tous, que ressentir au plus profond de moi la tragédie que représentent de tels actes perpétrés sur notre sol, perpétrés contre la France et les Français.

 

Évoquer cette tragédie en cette journée, où nous tenions à honorer le roi Louis XIV à l’occasion du tricentenaire de sa mort, apparait alors comme un vrai symbole, tant elle en est l’antithèse. En effet, qu’a voulu le roi, si ce n’est tendre vers le meilleur régime ? Le moins mauvais, en tout cas, sachant ce que sont les individus. Gouvernement d’équilibre entre Dieu et les hommes. Entre les égoïsmes de chacun et le bien commun pour tous. Entre tradition et progrès.

 

S’il fut un grand souverain, celui dont le professeur Jean Christian Petitfils nous a si bien parlé ce soir, c’est qu’il a découvert tôt dans sa vie, lorsqu’il a décidé de gouverner personnellement, ces principes qu’il s’est appliqué ensuite à mettre en œuvre. Pouvoir d’équilibre et de maîtrise du monde naturel comme des hommes ; du monde spirituel comme des institutions. Pouvoir pour ordonner la société comme un jardin à la française, c’est-à-dire lui donner du sens, mais aussi pour permettre aux Lettres et aux Arts d’acquérir leur plein épanouissement. Sa mort fut à l’image de sa vie comme Madame Saule l’a si bien évoqué dans la remarquable exposition qu’elle a montée à Versailles et qu’elle m’a fait visiter cet après-midi. Sa mort résume sa vie et la magnifie. L’astre a alors rejoint les cieux !

 

Mais celui que les hommes avaient peut-être jugé un peu vite, trop occupé de sa propre grandeur, ne la poursuivait pas pour lui-même mais pour la France dont il a fait un exemple donné au monde et un modèle de civilisation.

 

Or, n’est-ce pas le message que l’on attend actuellement ? Notre société a besoin de sens et de modèles auxquels se référer. Ne faut-il pas, une nouvelle fois, rappeler la phrase si prophétique de saint Jean-Paul II, « France qu’as-tu fait des promesses de ton baptême ? »

 

La France tient-elle toujours sa place ? Au fond d’elle-même peut-elle toujours dire qu’elle est un modèle à donner aux autres nations quand elle renie la vie, quand elle ne sait plus éduquer ses enfants, quand elle abandonne ses vieillards, quand elle baisse la garde alors que depuis près de 15 ans la menace était visible, quand elle oublie l’essentiel de son histoire et méprise la réalité au profit de l’idéologie ? Pour pouvoir être un modèle auquel le monde peut et veut adhérer, encore faut-il être exemplaire.

 

La France vient de montrer qu’elle était capable de l’être dans le malheur et lorsqu’elle est attaquée, en retrouvant une certaine union ainsi que réalisme et lucidité. Elle doit continuer à le montrer à l’avenir. Reprendre sa place de veilleur et de sentinelle dont la vocation est de protéger et de promouvoir ses idéaux puisés aux sources chrétiennes et ses valeurs nées de l’héritage gréco-romain et polies par quinze siècles d’histoire. « Ne l’oubliez pas, c’est du retour à ses traditions de Foi et d’honneur, que la grande nation, un moment affaiblie, recouvrera sa puissance et sa gloire », écrivait le Comte de Chambord toujours si pertinent dans ses jugements. C’est cette France que le monde attend et espère surtout quand les barbares sont à ses portes, prêts à répandre la mort, le désespoir, la ruine et la désolation.

 

Chacun à leur manière, Madame Saule et Monsieur Petitfils, à qui je tiens à redire tous mes remerciements, l’ont grandement montré. La première par l’exposition qu’elle offre à Versailles et qui j’en suis persuadé recevra de très nombreux visiteurs ; le second par ses talents d’historien et tous ses travaux dont la conférence de ce soir nous a donné un aperçu trop bref mais si convaincant.

 

La dynastie capétienne depuis les premiers temps, a toujours accompagné la France dans ses moments de gloires comme dans ceux d’épreuves : à Bouvines et à Rocroi, comme à Crécy et Malplaquet. Chaque fois, elle a apporté son message d’espoir. Incarnée dans une famille, elle sait, plus que tout autre, qu’il y a toujours une génération pour prendre la relève. Louis XIV laissant la France aux mains d’un enfant de 5 ans le savait. Son héritier incarnait la jeunesse du monde. La jeunesse de la France sans cesse renouvelée, celle qui porte notre avenir.

 

Par l’intercession de Saint Louis, protégeons notre pays et transmettons notre héritage à nos enfants.

 

Merci de m’avoir écouté.

Louis de Bourbon, duc d’Anjou

Source: Vive le Roy

Discours du prince Louis de Bourbon pour la commémoration du tricentenaire de la mort du Roi Louis XIV (1715-2015)

Merci à Marc M.

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11 novembre 2015 3 11 /11 /novembre /2015 11:28
11 novembre - In Memoriam - Louis XX Facebook

In memoriam. 11novembre – à Verdun.

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10 novembre 2015 2 10 /11 /novembre /2015 13:34
Jubilé de Saint Martin : les célèbrations commencent ce mardi à Tours

Les célébrations des 1700 ans de la naissance de Saint Martin de Tours ont commencé mardi 10 novembre 2015 par une procession dans les rues de la ville de Tours. Saint Martin est un des principaux saints de la chrétienté et le plus célèbre des évêques tourangeaux avec Saint Grégoire de Tours.

Martin est né dans l'Empire Romain, plus précisément à Savaria dans la province romaine de Pannonie (l’actuelle Hongrie), en 316. Il est mort à Candes, en Gaule, le 8 novembre 397.

Son père, originaire de Pavie (en Italie du Nord), est un officier supérieur chargé de l’administration de l’armée. En tant que fils de militaire, Martin suit son père au gré des affectations de garnison. A 15 ans, il entre à son tour, dans l’armée avec le grade de Circitor chargé de la ronde de nuit et d’inspecter les postes de garde et la surveillance de nuit de la garnison.

A 18 ans, alors qu'il est affecté en Gaule, un soir de l’hiver 338 à Amiens, il partage son manteau avec un déshérité transi de froid et la nuit suivante, le Christ lui apparaît en rêve vêtu de ce même pan de manteau. Le reste de son manteau, appelé « cape » sera placé plus tard, à la vénération des fidèles, dans une pièce dont le nom est à l'origine du mot : chapelle (cappella en italien, chapel en anglais, Kapelle en allemand).

En 356, Martin a quitté l'armée et rend visite à  l'Evèque de Poitiers Hilaire grand défenseur de la foi. Martin vient le rencontrer mais repart pour un long voyage de missionnaire, d'abord ses parents, sa mère se fera finalement baptisée, il passe par Milan et par Rome avant de revenir en Gaule. Il s'installe dans un ermitage à Ligugé dans la Vienne. en 371, sa réputation de faiseur de miracles attirent les tourangeaux à la recherche d'un Evèque. Martin prend à coeur sa nouvelle fonction mais veut aussi rester moine et fonde, à proximité de Tours, le monastère de Marmoutier.

Martin va poursuivre ses voyages missionnaires dans toute la Gaule et c'est à Candes sur Loire (aujourd'hui Candes Saint Martin) où il est appelé pour régler une querelle entre les clercs de l'endroit qu'il meurt en 397.

Le culte de Saint Martin se répand très vite au Ve et VIe siècles dans toute l'Europe. Charlemagne fit construire la Chapelle à Aix pour conserver l'autre pan du manteau de Saint Martin et les rois de France à partir du Xe siècle furent les abbés de la basilique tourangelle.

Saint Martin est aussi le patron de  Buenos Aires, Mayence, Utrecht, Rivière-au-Renard et Lucques, Martina Franca.

 

L'Année Saint Martin 2016

 

Plusieurs rendez vous sont prévus jusqu'en juillet 2017 pour célébrer les 1700 ans de la naissance de Saint Martin.


Des milliers de pèlerins sont attendus en Touraine au cours de l'année Saint Martin. Plusieurs itinéraires de pèlerinage seront proposés aussi bien à Tours, à Candes, ou encore à Langeais, Amboise autant de lieux que Martin a parcouru pour évangéliser les populations.

Cette année Saint Martin est officiellement inaugurée par le Maire de Tours, Serge Babary (Les Républicains), un Saint dit-il qui porte de fortes valeurs de solidarité, toujours d'actualité.

 tout au long de ces 18 mois, des rendez vous religieux et culturels célèbreront Saint Martin de Tours. Le Pape François n'a pas prévu de venir à Tours pour ces célébrations mais pourrait se rendre en Hongrie lieu de naissance de Martin.

Jubilé de Saint Martin : les célèbrations commencent ce mardi à Tours

Source : Jubilé de Saint Martin : les célèbrations commencent ce mardi à Tours, France Bleu, Par Marie-Ange Lescure, France Bleu Touraine mardi 10 novembre 2015 à 12:08

 

. Nos ancêtres les Gaulois - La Gaule, les origines de la France

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10 novembre 2015 2 10 /11 /novembre /2015 11:31
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1 novembre 2015 7 01 /11 /novembre /2015 07:28

Mise à jour le 10/02/2017

Cet article se propose de rapporter quelques faits historiques encore soigneusement cachés par les historiens officiels et l'histoire officielle républicaine héritée des clichés du Petit Lavisse.

LES CLICHES émis par Lavisse dans ses manuels d'histoire de France ont la vie dure. Image tirée de la Revue Dossier pour la Science, « Gaulois, qui étais-tu ? », n° 61 Octobre-Décembre 2008, p. 18

LES CLICHES émis par Lavisse dans ses manuels d'histoire de France ont la vie dure. Image tirée de la Revue Dossier pour la Science, « Gaulois, qui étais-tu ? », n° 61 Octobre-Décembre 2008, p. 18

Le manuel qui devait être dénommé "le petit Lavisse", paru en 1884, fit l'objet de dizaines et dizaines de rééditions, sans cesse remanié. "Nos ancêtres les Gaulois" y sont dépeints comme des barbares qui n'ont aucune unité..., aucune discipline. Le contraire des Romains. ... Le manuel scande l'apologie de la République, ... justifie la colonisation qui amène les sauvages à la civilisation, comme les Romains ont fait pour les Gaulois ! (Christian Goudineau, Le Dossier Vercingétorix, Babel, Lonrai 2009, p. 185-189.)

 

"Et en effet, il est étrange de constater le peu de curiosité que l'on a manifesté jusqu'à notre temps, envers nos ancêtres les Gaulois. En fait - et cela pendant plusieurs siècles - l'Université et en général les lettres ont délibérément ignoré le monde celtique. En dehors des pays anglo-saxons, on ne s'est intéressé aux Gaulois qu'à l'instant où l'on pouvait les appeler 'Gallo-Romains'; il était communément admis que la seule histoire digne de ce nom était celle de Rome et du monde antique, et le cliché des armées de Jules César apportant aux Gaulois le flambeau de la Civilisation persiste encore." [1]

 

Le druide dans la société gauloise Les historiens républicains comme Michelet (1798-1874) font débuter l'histoire de la "nation française" avec la Révolution dite "française", qui, pourtant, seule serait fidèle au modèle gaulois. Ils ne craignent pas de se contredire et d'énoncer une contre-vérité historique grossière. La contradiction : comment une nation née en 1789 peut-elle, en même temps, naître il y a deux mille ans ?... La contre-vérité historique et l'anachronisme : les Gaulois (Arvernes, Carnutes, Séquanes, Eduens, Bituriges, Parisii, Vénètes, etc.) ne vivaient pas sous une république "laïque", mais sous des monarchies électives, parfois héréditaires, où le clergé druidique était constitué en une "fédération de dignitaires" hiérarchisée (Camille Jullian), et où les druides représentaient pour les Gaulois ce qu'étaient pour le peuple romain pontifes et augures. "Les Gaulois n'eurent pas, tant s'en faut, l'esprit plus laïque que les Grecs et les Romains." (Camille Jullian) [2]

 

"Les pratiques religieuses mais également politiques s'abreuvaient d'une philosophie morale et d'une connaissance mythologique totalement contrôlées par la classe sacerdotale et les druides en particulier. Le caractère oral de ce savoir préservait évidemment un pouvoir qui était de nature aristocratique.... Les ministres du culte étaient de véritables fonctionnaires du sacré, pris en charge par la collectivité." (Jean-Louis BRUNAUX, Les Religions gauloises (Ve- Ier siècles av. J.-C.), Biblis Cnrs Editions, Paris 2016, p. 38; 69)

 

"S'ils n'ont guère écrit, ce n'était pas qu'ils en étaient intellectuellement incapables, ni qu'ils avaient rien à transmettre, mais qu'ils ne voulaient pas confier leur tradition à l'écriture pour des raisons qui ne manquaient pas de logique. [...] Bon nombre de nos belles légendes remontent jusqu'à ce vieux fonds celte de même qu'une bonne part de notre folklore : pèlerinages plus ou moins christianisés à des sources ou des pierres 'miraculeuses', fêtes équinoxiales ou solsticiales telles que feux de la Saint-Jean." (Claude STERCKX, La mythologie du Monde celtique, Poche Marabout, Allemagne 2014, p. 9-11.)

 

Retraçons rapidement les débuts de la guerre des Gaules avec Frantz Funck-Brentano. Vers l'années 62 av. J.-C. la pression des Germains sur le Rhin devenait de plus en plus forte. Arioviste, le chef de la coalition germanique s'empressa de répondre à l'appel des Séquanes établis dans la Franche-Comté actuelle, et qui supportaient impatiemment la domination des Eduens devenus la plus puissante nation de la Gaule depuis la chute de l'hégémonie arverne. Arioviste marcha au secours des Séquanes. Les Eduens furent vaincus. Arioviste commença par réclamer la Haute-Alsace.

 

Un druide éduen, Diviciac, vint alors à Rome où il multiplia les démarches. De leurs côtés, les Helvètes, population gauloise de Suisse, conduits par Orgétorix, quittaient leur pays pour venir en Gaule vers l'Océan. Ils passèrent le Jura, arrivèrent chez les Eduens. Les Eduens redoublèrent leurs plaintes à Rome. Jules César y gouvernait en qualité de proconsul. Il vit dans ce conflit l'occasion d'un succès qui le placerait d'emblée au-dessus de ses rivaux. Il se mit en marche pour intervenir, disait-il, en faveur des Eduens, "alliés de Rome", et en "protecteur des Gaulois" contre les Germains. Le début de la guerre des Gaules a été fixé au 28 mars 58 av. J.-C. César franchissant le col du Saint-Bernard dans les Alpes poursuivit les "400 000 Helvètes environ", femmes et enfants, leur infligea une défaite complète, et obligea ceux qui survécurent  à regagner leur pays. 

 

Après quoi, César se retourna contre les Suèves (les Germains d'Arioviste) qui descendaient la vallée de la Saône en menaçant la Provincia, province romaine (Gaule transalpine). La victorie de César, ici  encore, fut complète. Arioviste et ses Suèves s'enfuirent jusqu'au Rhin, où les Romains arrivèrent. Aux environs de Bâle, ce fut un égorgement formidable : soldats, femmes, enfants, vieillards, César fit tout tuer. Nombre de Germains se noyèrent en essayant de traverser le fleuve. Des peuplades germaniques qui sur la rive droite, attendaient le moment de passer le cours d'eau à leur tour, rétrogradèrent en désordre et se firent massacrer à leur tour en détail par les habitants des pays qu'ils traversèrent. Ces évènements se passent en 58 av. J.-C. Les Gaulois ne virent pas tout d'abord dans les Romains des ennemis, mais des auxiliaires plutôt contre leurs envahisseurs. Et quand ils eurent compris que les Romains ne visaient qu'à étendre leur Empire, encore que dans la plupart des cités de l'aristocratie, les riches se déclarèrent-ils pour César, la cause de l'indépendance trouvera son appui dans les masses populaires, dans la plèbe, le "commun".

Depuis deux siècles, les Gaulois n'avaient guère modifié leur pratique de la guerre; ils la faisaient encore en batailleurs primitifs, comme au temps d'Ambigat et de Sigovèse. Marcher droit à l'ennemi, sans précaution particulière... Ils partaient en guerre en troupes nombreuses, avec femmes et enfants. Vercingétorix conçut une manière de faire la guerre plus réfléchie, plus habile, adaptée aux moyens et aux ressources de l'adversaire. Mais il aura la plus grande peine d'emêcher ses soldats de courir sus à l'ennemi, aveuglément, de se précipiter à l'attaque en rangs serrés, au pas de courses, de manière à arriver haletants, épuisés, au contact de l'ennemi (les phalanges romaines) et sans précaution aucune.

 

Le Gaulois tenait à l'honneur de se présenter la poitrine nue face à l'ennemi. Il était armé, il est vrai, d'un bouclier qu'il prenait la précaution d'attacher fermement à son bras gauche par des courroies. Ce bouclier était très grand, montant à hauteur d'homme, mais fait de bois ou d'une cloiserie d'osier que les javelots romains transperçaient à la première attaque. Hérissé de javelots comme une pelotte d'épingles, le bouclier demeurait attaché au bras gauche du guerrier qui était obligé de s'en défaire et de demeurer sans protection. ... En face du Gaulois qui se présentait la poitrine nue, le soldat romain apparaissait vêtu de fer et de cuir.

 

César commença la conquête de la Gaule par le pays des Belges, renommés entre tous, avec les Arvernes, pour leur valeur guerrière. Les Belges semblent avoir compris le danger. Une de leurs peuplades cependant, les Rèmes (Reims) demeurèrent fidèles à l'alliance conclue avec les Romains. La campagne fut rude, dirigée par le meilleur lieutenant de César, Titus Labiénus. Elle se termina, sous la conduite de César lui-même, par la sanglante défaite des Nerviens (Hainaut) sur les bords de la Sambre.

 

On a pu diviser la guerre des Gaules en trois périodes :

 

- la première de 58 à 55 av. J.-C., est remplie d'entreprises désordonnées, sans entente commune: les Gaulois ne comprenaient pas encore, ils ne pouvaient pas encore comprendre que leur indépendance à tous était en jeu.

 

Par malheur, ce temps devait être horriblement mis à profit par les conquérants. La campagne de l'année 56 est occupée par la guerre en Armorique et en Aquitaine. Les peuplades de l'Ouest s'étaient levées sous l'impulsiona de l'active et énergique nation des Vénètes (Vannes). Les Vénètes étaient les maîtres de la mer. Ils faisaient du commerce avec l'Angleterre avec leurs grands navires dont le vent enflait les voiles de cuir. César et son lieutenant Brutus réalisèrent une marine pour combattre les Vénètes. Il trouva des rameurs de Provence et des auxiliaires chez les Celtes aquitains de la Saintonge et de la Vendée dont une rivalité ancienne avait fait les concurrents des Vénètes. Le tromphe de César fut complet. On massacra beaucoup de monde. Tous les sénateurs du pays furent égorgés; ce qui restait de la population fut mis en vente comme du bétail. "Cette forte et laborieuse nation des Vénètes, conclut Camille Jullian, dont les origines et la puissance remontaient aux hommes des domens, la plus ancienne et la plus originale de toute la Gaule, s'effondra dans l'esclavage et dans la mort", et la vie, maintenue en Armorique, s'y éteignit jusqu'au Moyen Âge.

 

Mais ces hauts faits devaient être surpassés par César lui-même en son expédition contre les peuplades du Rhin (quatrième campagne, 55 av. J.-C.), le proconsul marcha contre les Usipiens et les Teuctères qu'il trouva rassemblés en une foule où les femmes et les enfants étaient en grand nombre. Les chefs de la nation s'adressèrent à lui en termes émouvants. César répondit en les convoquant et les principaux de leur peuple dans son camp. Conviés à cette entrevue, Usipiens et Teuctères s'y rendirent. César fit entourer par ses soldats les chefs et notables usipiens et teuctères qui s'étaient fiés à lui, il les fit ligoter, sourd à leurs observations et à leurs prières, tandis que le gros de son armée attaquait la masse de leurs compatriotes privés de leurs chefs, la plupart désarmés. Femmes et enfants furent égorgés. Ceux qui prirent la fuite se trouvèrent coïncés dans l'angle que formait le confluent de la Meuse et du Rhin, où la cavalerie romaine, lancée à leur pousuite, put les tuer à plaisir. César avait remporté la plus belle de ses victoires. Il en écrit lui-même avec orgueil : "Les Romains délivrés d'une guerre si redoutable, où ils avaient en tête 430 000 ennemis - Oh oh ! - rentrèrent dans leur camp sans aucune perte." A Rome, Plutarque rapporte qu'au Sénat, Caton d'utique parla avec véhémence, flétrissant l'infamie commise et proposant de livrer César à l'ennemi pour apaiser les dieux... Mais on lui rit au nez et les sénateurs décrètèrent des fêtes et des sacrifices en l'honneur de ce nouveau triomphe.

 

César compléta cette attaque contre les Germains par une attaque contre la Grande-Bretagne, foyer du druidisme dont les flammes animaient les Gaulois. Il prétexta les secours dont les Armoricains recevaient des Bretons. Il s'embarqua à hauteur de Boulogne, refoula les Bretons au-delà de la région de Londres, mais il était sans grande ardeur en un pays où il n'y avait rien à piller. Plutarque a soin de le noter. César n'y fit pas grand profit, dit-il., "car on ne savait rien prendre ni gagner qui eût valeur, sur des hommes pauvres et nécessiteux, de quoi la guerre n'eut pas telle issue que César espérait." Aussi remit à la voile pour la Gaule, après avoir reçu des Bretons - un bon billet à La Châtre - leur acte de soumission et de fidélité enforcée de serments solennels.

 

- la deuxième période, des années 54 et 53 av. J.-C., devait être marquée par des mouvements pour l'indépendance de plus en plus imortants. Les crimes répétés des Romains finissaient par éveiller le sentiment national.

 

Nous sommes au temps de la grande curée. Non moins que la Gaule en Occident, les armées romaines se couvrent de gloire en orient. Suétone dit que César en Gaule "détruisait plus souvent les villages pour le pillage (ob praedam) qu'en punition de quelque tort." Il bourre les temples romains d'ex voto volés dans les sanctuaires gaulois pour se magnifier aux yeux des Romains.

 Avec la cinquième campagne de César, marquée par la seconde guerre de Belgique (54 av. J.-C.), nous entrons dans la deuxième période de la guerre des Gaules, celle où les Gaulois, violentés depuis quatre ans, dupés, volés, égorgés ou vendus comme esclaves en un des plus répugnants spectacles qu'ait offerts l'histoire de l'humanité, commencent à s'unir, autant qu'il leur était possible à cette époque, pour la délivrance de leur pays.

Les Romains coupaient les récoltes sur pied, livraient les villages aux flammes, femmes et enfants étaient égorgés, des villiards périrent dans les plus affreux supplices.

César voulait s'emparer d'Ambiorix, roi des Eburons, qui infligea une cinglante défaite aux légions romaines en 54 av. J.-C., peut-être dans la vallée du Geer (rivière de Belgique et des Pays-Bas, affluent de la Meuse.) Servi par des partisans, par les espions, par les agents qu'il entretenait dans le pays, il organisa une chasse à l'homme, sauvage, minutieuse, savante. Ambiorix s'était entouré de quatre compagnons fidèles, énergiques, ardents et rapides comme lui. En quelques semaines il passa avec son héroïque escorte à l'état de figure légendaire. "Tout fut détruit, écrit Aulus Hirtius, par le meurtre, le feu et le vol (rapinis)."

Et tandis qu'Ambiorix courait toujours, César ramena ses soldats à Reims, parmi les Rèmes, ses fidèles amis (septembre 54 av. J.-C.) (Jules César, Commentaires sur la Guerre des Gaules, Livre VIII, 24,25.)

Le pays était dévasté. César ne ménageait le blé et les fourrages que dans les régions où il pouvait en avoir besoin pour ses troupes et où il s'en emparait d'ailleurs. Certaines contrées furent saccagées à fond, deux et trois fois, voire quatre fois, comme le pays des Carnutes, la Beauce, les nombreuses villes prises d'assaut furent mises à sac, pillées, incendiées, la population égorgée ou réduite en esclavage, vendue comme du bétail. Le vol dans les temples et dans les demeures privées fut organanisé méthodiquement, avec une régularité digne de la grande administration romaine. Le proconsul des Gaules, certes, était un guerroyeur de génie,

 

"Mais les voleurs n'ont pas de place au Panthéon..."

 

Le vers est de Paul Déroulède. Il ne peut être question d'y laisser Jules César ! (Frantz Funck-Brentano, Les Origines, Librairie Hachette, 1925, p. 85-118)

 

Selon Plutarque, César aurait fait, entre 58 et 51, un million de morts, et réduit en esclavage un million de Gaulois.

Image illustrative de l'article Commentaires sur la Guerre des Gaules Les Gaulois se soulevèrent en 52 à l'initiative du généreux et grand roi des Arvernes, Vercingétorix, fils de Celtill, qui réussit à fédérer, unifier les tribus gauloises sous son sceptre, en dépit de leurs divisions proverbiales. Il venait de s'emparer de la royauté arverne au nom de la défense de la liberté gauloise (Bellum Gallicum, La Guerre des Gaules, Livre VII, 4.)

 

 

"Nos ancêtres les Gaulois", une civilisation millénaire

 

Les Proto-Celtes... sont en place vers 1000 av. J.-C

 

"Les Proto-Celtes... sont en place vers 1000 av. J.-C. ou peu après, de même que les Proto-Latins et les Proto-Germains, explique Karl Ferdinand WERNER. Tous ont un fond linguistique commun très large, fait non seulement de vocables, mais aussi de structures grammaticales.

Nos ancêtres les Gaulois - La Gaule, les origines de la France

Les civilisations décelables en Europe dans le courant du IIe millénaire doivent nécessairement correspondre aux 'ancêtres' de ces peuples, ou plutôt de ces populations à langue commune." [3]

Chose peu connue, si l'on fait le décompte des siècles sous lesquels l'Hexagone a vécu sous le régime politique de la monarchie, nous dépassons allègrement les deux millénaires et pouvons remonter aux frontières des temps préhistoriques. Il y avait en effet encore avant les Celtes, les Ibères et les Ligures dont les institutions étaient voisines et qui vivaient eux aussi sous la monarchie.

 

Régine Pernoud écrit que s'"il y a une date pour la fondation de Rome,... les Celtes se situent à l'intersection de la Préhistoire et de l'Histoire; entre eux et les peuplades qui ont élevé des monuments mégalithiques, ou même celles qui ont peuplé de dessins fantastiques les grottes de Lascaux, archéologues et historiens ne placent aucun jalon précis." [4]

 

Une apparition entre le deuxième et le troisième millénaire avant J.-C.

 

L'Europe celtique à l'âge du Fer (VIIIe - Ier siècle) par [Buchsenschutz, Olivier] "Compte tenu de la continuité entre les cultures archéologiques qui se succèdent dans le domaine nord-alpin depuis l'âge du Bronze final et l'âge du Bronze moyen, divers auteurs ont cru pouvoir faire remonter l'apparition des Celtes au deuxième millénaire. Pour d'autres, on peut la chercher dans les phénomènes complexes qui touchent le domaine nord-alpin au Chalcolithique, au troisième millénaire [Brun 2006]" [L'Europe celtique à l'Âge du fer (VIIIe-Ier siècles), sous la direction de Olivier BUCHSENSCHUTZ, Nouvelle Clio, PUF, Mayenne 2015, p. 78.] Un ouvrage qui confronte les sources classiques aux données les plus récentes de l'archéologie.

 

"La région nord-alpine qu'ils (les Celtes) occupent à la fin du dernier millénaire avant J.-C., exprimait déjà une homogénéité culturelle plus de 1500 ans auparavant. (Patrice BRUN, Princes et Princesses de la Celtique, Le premier Âge du fer en Europe, 850 – 450 av. J.-C., Collection des Hespérides, Editions Errance, Paris 1987, p. 15)

 

"Les premières mentions des 'Celtes' dans la littérature antique remontent à la fin du VIe siècle (Hécatée de Milet, Fragm. 53 à 58) et au Ve s. (Hérodote, Histoires). " (L'Europe celtique à l'Âge du fer (VIIIe-Ier siècles), sous la direction de Olivier BUCHSENSCHUTZ, ibid., p. 75.)

 

Les populations pré-celtiques, Ibères et Ligures

 

L'ensemble des hommes 'préceltiques' Ibères et Ligures "représente sans doute une part considérable dans la constitution génétique comme dans l'héritage culturel des populations postérieures", écrit K.F. Werner. [5]

Camille Jullian (1859-1933) estime que Ligures et Celtes ont parlé la même langue : selon lui, les Celtes étaient une tribu ligure qui fonda un Etat dans le domaine ligure.

Les Ligures ont occupé le bassin du Rhône tout entier. Quelques auteurs estiment que c'est de là qu'ils sont partis pour la conquête de la Haute-Italie puis, en 'Gaule', ils ont débordé sur les régions avoisinantes, dans les parties supérieures du bassin de la garonne et de la Seine. Auguste Longnon s'est même appuyé sur le nom de la Thiérache, dont la forme originelle serait Teorasca, pour étendre le domaine des Ligures jusqu'à la Mer du Nord.

L'habitation lacustre apparaît donc à l'âge de la pierre polie et s'étend, après l'âge du cuivre relativement court, jusque sur l'âge du bronze. Ce dernier s'ouvre vers le milieu du IIIe millénaire (environ 2500 av. J.-C.), pour finir vers le début du IXe siècle av. J.-C.

Plus nombreux et plus intéressants que les monuments funéraires creusés dans les grottes, apparaissent ceux qui s'élevaient au-dessus du sol, et souvent en des proportions grandioses : les dolmens (constructions funéraires mégalithiques préhistoriques), les menhirs (monolithe vertical) les cromlechs (alignements de monolithes verticaux). On a voulu en faire des monuments druidiques; mais on en trouve, et des plus importants dans des contrées où les druides n'ont jamais paru. Les mégalithes sont bien antérieurs aux Celtes et aux druides.

Poulnabrone dolmen in the Burren, County Clare, Ireland

Poulnabrone dolmen in the Burren, County Clare, Ireland

Menhir de Kerloas, Plouarzel (Finistère), plus grand menhir encore dressé de Bretagne

Menhir de Kerloas, Plouarzel (Finistère), plus grand menhir encore dressé de Bretagne

"Les menhirs seraient des piliers funéraires." (F. Funck-Brentano, Les Origines, ibid., p. 26.)

Nous sommes parvenus aux frontières des temps préhistoriques. Déjà nous avons cité un nom de peuple, les Ligures, auprès desquels viennent se placer les Ibères. Il est vrai que ces derniers, les historiens ne s'accordent guère. Le mot 'Ibère' désignerait, non une race, mais un Etat, l'empire de l'Ebre, nom que les Grecs encore lui auraient donné. Au début du Ve siècle (500-475 av. J.-C.), le royaume des Ibères, débordant les Pyrénées, se serait étendu en Languedoc jusqu'au Rhône. Bordeaux devient ibérique. L'euskarien, c'est-à-dire le basque, qui va s'accrocher avec la ténacité que l'on sait au flanc des monts, serait la langue des Ibères. La péninsule espagnole doit son nom - Ibérie - aux Ibères, nom d'origine grecque, et au Ier siècle av. J-C., un de leurs groupements, sous le nom d'Aquitains, occupait la région qui s'étend entre les Pyrénes et la Garonne, où les soldats de César les trouveront.

 

Quels que soient le caractère et le nom des populations diverses, Celtes, Ligures ou Ibères, il n'y a pas entre elles de divergences fondamentales : 'Nous retrouvons chez toutes des formes politiques et des superpositions analogues.' (C. Jullian) [6]

Nos ancêtres les Gaulois - La Gaule, les origines de la France

Les Celtes ont une origine d'Outre-Rhin. Plusieurs vagues vers l'Hexagone entre 1500 et 300 av. J.-C.

 

Les divers auteurs font venir les Celtes dans l'Hexagone par vagues successives d'un vaste territoire à cheval sur les deux rives du Rhin entre Alpes et Baltique, du Danube à la Bohême, en passant par le nord de l'Italie.

 

"C'est de là que, par deux fois, partent vers l'Ouest les hommes ("Proto-Celtes" Ndlr.) qui appartiennent à des civilisations dont l'empreinte sera profonde sur l'Hexagone : la civilisation des 'Tumulus de bronze' à l'âge du bronze moyen (1500 à 1100 av. J.-C. Ndlr.), et celle des 'Champs d'urne' à l'âge du bronze final (1200 à 700 av. J.-C. Ndlr.)

Les hommes des Champs d'urne occupent... des territoires autour du haut et du moyen Danube, qui seront ultérieurement ceux des Celtes.

Il est certain que la civilisation des 'Champs d'urne' a précédé et préparé au moins en partie les conditions dans lesquelles on trouvera celle des Celtes." [7]

 

"L'apparition dans l'Hexagone de populations parlant une langue celtique - et mentionnées chez les auteurs anciens depuis le milieu du premier millénaire avant J.-C. sous le nom de Celtes - coïncide ... avec l'apparition du fer dans cette partie de l'Europe. (vers - 800 av. J.-C. Ndlr.) La première grande civilisation européenne au nord du monde méditerranéen est, au IIIe siècle, une civilisation celtique, ... caractérisée par une domination parfaite du fer et de son emploi diversifié. [8]

 

"Par des réchauffements savamment dosés et par l'utilisation d'un noyau en fer pur, donc souple, on arriva à produire des épées moins larges et plus longues (115 à 120 cm au lieu de 80 à 90 cm) que les épées de bronze. Cet armement supérieur apparaît à partir du VIIIe siècle. ... Il s'agit là d'un évènement historique qui bouleverse l'équilibre des forces politiques, rend possible les exploits des Celtes et influence profondément les structures sociales.

 

C'est à partir du Ve et du IVe siècles, l'âge de l'expansion des Celtes

 

Les auteurs grecs anciens avaient des doutes sur l'origine antique des Gaulois. Selon Poseidonios d'Apamée, 'une partie de ce peuple était d'origine indigène mais que celle-ci s'était trouvée grossie de populations venant d'îles lointaines et de régions situées au-delà du Rhin, chassées de leur demeures par la fréquence des guerres et par les raz-de-marée'. L'auteur précise que ces théories étaient diffusées par les druides.

Une information que César a recueillie auprès des Rèmes donne le plus grand crédit à cette histoire druidique: il rapporte que

'la plupart des Belges étaient issus de chez les germains, qu'ils avaient franchi le Rhin autrefois.'

... Les druides conservaient la mémoire de ces faits remontant à plusieurs siècles." [9]

 

Ce second âge du fer, d'environ, 450 à 50 av. J.-C. est celui d'une civilisation celtique à travers l'Europe: il sera à l'origine ... d'une 'Gaule' largement celtisée." [10]

 

"La nation celtique ne pénétra d'ailleurs pas tout entière en 'Gaule'; une partie demeura sur la rive droite du Rhin qui se trouva ainsi celtique sur les deux rives, de même que les deux versants des Alpes étaient ligures, et ibériques les deux versants des Pyrénées. (Frantz FUNCK-BENTANO) [11]

Le "IVe siècle (av. J.-C.) marque l'apogée de l'Empire celte

 

C'est le second âge du fer dont nous avons parlé. Les Celtes ont conquis la Grande-Bretagne; ils ont conquis l'Espagne, moins les côtes de la Méditerranée, la 'France' entière à l'exception du bassin du Rhône, le Nord de l'Italie : ils règnent sur l''Allemagne' entière en exceptant les contrées du nord; ... leur domination est assurée sur le Moyen et sur le Bas-Danube, sur une partie de la Hongrie; en Silésie actuelle, elle s'étend jusqu'à Liegnitz; en Roumanie jusqu'à Isakscha; en Russie jusque sur le Bas-Dniester : un empire plus grand que celui de Charlemagne et que celui de Napoléon; un empire qui va du détroit de Gibraltar à la Mer noire, au temps où Alexandre de Macédoine s'engageait dans la conquête de l'Asie (334 av. J.-C.) ... En 283, les gaulois apparaîtront en Grèce (conduits par Brennos ou Brennus Ndlr.), où ils pilleront le trésor de Delphes (278); ils fonderont un Empire en Thrace, un autre en Phrygie et, à l'ouest de la Phrygie, dans la région qui a conservé leur nom, la Galatie." [12]

 

"Certains groupes celtiques purent atteindre, si l'on en croit Théopompe de Chios (né vers 378 av. J.-C.), vers le milieu du IVe siècle, les régions illyriennes dans les Balkans. La consolidation du nouveau pouvoir celtique dans la cuvette capatique est reflétée par la tradition selon laquelle les Celtes établirent des relations diplomatiques avec Alexandre le Grand en 335, alors stationné sur le Bas Danube." (L'Europe celtique à l'Âge du fer (VIIIe-Ier siècles), sous la dir. De Olivier BUCHSENSCHUTZ, ibid., p. 206.)

 

"L'invasion de la Macédoine et de la Grèce ne représente qu'une partie du flot celtique, ... ce fut surtout hors de la Grèce que la poussée gauloise laissa des traces durables. D'autres bandes en effet envahirent la Thrace, où un royaume celtique, dit royaume de Tylis (v. 280 Ndlr.), qui devait subsister jusque vers la fin du siècle, occupa une grande partie de l'ancien domaine de Lysimaque, et surtout l'Asie mineure occidentale." (Edouard WILL) [13]

Les invasions celtiques (en Gaule) se sont arrêtées au IIIe siècle av. J.-C.

 

Sur la frontière Nord-Est les Germains font sentir leur poussée. Déjà ils ont fait refluer en Gaule les Celtes qui s'étaient établis sur la rive droite du Rhin; après quoi ils ont passé le fleuve et ont multiplié leurs établissements dans les vallées de la Somme, de l'Oise, de l'Aisne, de la Moselle, se mélangeant aux indigènes pour constituer au nord de la Seine et de la Marne ce peuple distinct des Celto-Ligures et que l'on appela les Belges. (F. Frantz-Funck-Brentano, Les Origines, ibid., p. 77.)

 

"Le plus grand changement, et de loin, tient à ce que la pression des Germains, qui se déplacent lentement vers le sud (surtout depuis 300) oblige les Celtes à abandonner entre 250 et 120 av. J.-C. tous leurs territoires situés au nord d'une ligne qui va du delta du Rhin à la forêt de Thuringe. Ce n'est seulement qu'à l'ouest de la Weser qu'ils se maintiennent plus longtemps. Par exemple, bon nombre de Celtes, surpris par l'invasion de Belges ont préféré s'en aller vers l'Angleterre actuelle, où nous trouvons leur trace dans le Sussex, le Wessex et le Kent. Inquiets de la poussée des Belgae, les Parisii ont également quitté pour une part importante les rives de la Seine pour aller s'installer dans le Yorkshire actuel où l'on retrouve leur nom. On place le départ des Séquanes de la Seine vers la France-Comté à la même époque." (Karl Ferdinand WERNER, Les Origines, ibid.p. 147)

Carte de l'expansion celtique maximale au Ier s. av. J.-C.

Carte de l'expansion celtique maximale au Ier s. av. J.-C.

La "Gaule" : une définition romaine

 

Le mot se trouve pour la première fois dans un traité de Caton, Les Origines (deuxième quart du IIe siècle av. J.-C.). De Gallus, Galli, est venu le nom de la Gaule et des Gaulois.

 

Pour les Anciens, les trois dénominations, Celtes, Galates, Gaulois, étaient synonymes. Auguste Longnon (1844-1911) estime qu'originairement elles devaient désigner trois rameaux de la même race.

 

Jules César a appelé les Celtes, Galli, "gaulois", dans sa "Guerre des Gaules" (58-52 av. J.-C.)

 

Tandis que les Ligures étaient petits avec des cheveux bruns, les Celtes étaient grands, blonds; ils avaient le teint rose et clair. Les Celtes aux têtes blondes, écrit Claudien, 'fiers de leur haute stature méprisaient la petite taille des Romains' (J. César).

 

Frantz Funck-Brentano dans son livre Les origines propose cette répartition en 1925 :

 

"Que s'il fallait, parmi les races diverses dont s'est formée la nation française, chercher un type prédominant, c'est sans aucun doute chez les Ligures qu'il se trouverait et chez les autochtones, en admettant que les Ligures aient été eux-mêmes des immigrants. ... L'alliage pourrait peut-être se chiffrer très approximativement de la manière suivante : Dans la formation de la nation française seraient entrés 50% d'autochtones, Ligures et Ibères, 20% de Celtes, 5% de Latins, 16% de Germains, en y comprenant l'élément gothique, 4% de Normands et 5% d'éléments divers : Grecs, Basques, Sémites, Syriens, Africains...

 

..La langue des Celtes, pareille au Ligure, avait des rapports étroits avec l'ombro-latin. Des dialectes néo-celtiques se parlent de nos jours encore en notre Bretagne bretonnante, en Irlande, en Pays de Galles, en Haute-Ecosse et dans l'Île de Man, mais ces idiomes n'ont plus que des rapports éloignés ave ce que l'épigraphie a conservé du celte primitif. [14]

 

Karl Ferdinand WERNER confirme que "les Celtes ne bouleverseront pas notablement" le fondement ethnique de la population de Gaule pré-celtique : "la base biologique des populations de l'Hexagone était en place avant l'établissement et les dominations successives des Celtes, des Romains et des Francs." (Les Origines, ibid., p. 119.)

 

"Galli et son dérivatif Gallia ne sont point des termes 'gaulois', mais des mots latins." [15]
 

Tous les Gaulois sont des Celtes, mais tous les Celtes ne sont pas des gaulois

Nos ancêtres les Gaulois - La Gaule, les origines de la France

Le mot "Galli" se trouve pour la première fois dans un traité de Caton l'Ancien, intitulé Les Origines (deuxième quart du IIe siècle avant J.-C.), oeuvre en grande partie perdue mais dont on possède des fragments, qui raconte l'histoire ancienne des villes italiennes, en particulier Rome depuis sa fondation jusqu'à la préture de Servius Sulpicius Galba). De Gallus, Galli, est venu le nom de la Gaule et des Gaulois. (Frantz FUNCK-BENTANO, Les Origines, ibid.,p. 31.)

 

L'archéologue Jean-Louis Brunaux explique que "tous les Gaulois sont des Celtes, mais tous les Celtes ne sont pas des gaulois" ("Faut-il dite Celtes ou Gaulois ?, in Revue Dossier pour la Science, "Gaulois, qui étais-tu ?", n° 61 Octobre-Décembre 2008.) Tous les Celtes ne sont pas gaulois au sens sens géographique donné par César.

 

Il faut attendre les années 100 avant notre ère pour qu'un grand savant, géographe et astronome (grec Ndlr.), Poseidonios d'Apamée (135-51 avant notre ère) effectue un véritable travail de géographie physique et humaine de notre région. Il le fait d'autant mieux qu'il entreprend, le premier, un voyage en Gaule intérieure, même si celui-ci est limité au Languedoc et à la vallée de la Garonne. Il donne à la Gaule ses frontières naturelles, qui seront plus tard reproduites par César (100-44 avant notre ère) : les Alpes, la Méditerranée, les Pyrénées, l'Océan et le Rhin (voir carte ci-dessus. Ndlr.) Il en indique les différents peuplements, dont il évoque l'histoire. Au centre de la Gaule se trouve la Celtique, occupée par un peuple indigène très tôt hellénisé, les Celtes. Les autres peuples, sous l'influence civilisatrice des Celtes sont les Belges, de la loire (ou de la Seine pour César) au Rhin, et les Aquitains, au sud de la Garonne. Les Belges résultent d'un mélange entre les populations indigènes et immigrants du Nord et de l'Est du Rhin, arrivés au IVe et IIIe siècles avant notre ère. Les Aquitains sont des peuples riverains des Pyrénées, en partie d'origine ibère. Notons le renversement de perspective : pour Poseidonios, la Celtique est une partie de la Gaule, alors que dans l'usage actuel de ces termes, c'est la Gaule qui est une partie de la Celtique.

Poseidonios rapporte une légende grecque adoptée par les gaulois à propos de l'ethnogénèse du peuplement de la gaule. Héraclès, entré en Celtique après avoir vaincu le roi Géryon, s'unit à la fille de celui-ci, qui en conçut un enfant, Galatès. A l'âge adulte, ce fils devint roi à son tour. Il entreprit de vaincre et de civiliser les peuples à demi-sauvages et nomades entourant la Celtique. Il y parvint et leur octroya son nom, qui devint celui du pays tout entier, la "Galatia", autrement dit la Gaule. [16]

Vercingétorix. Source image : http://www.e-stoire.net/article-camille-jullian-vercingetorix-_-chap-ix-p-7-101168682.html

Vercingétorix. Source image : http://www.e-stoire.net/article-camille-jullian-vercingetorix-_-chap-ix-p-7-101168682.html

Les Francs Gaulois chez les humanistes

 

Après avoir démontré la fausseté de l'origine troyenne des Francs, les humanistes des XV et XVIe siècles développèrent une thèse originale peu connue : les Germains et les Celtes n'étaient que des Gaulois. Les Francs redevenaient dans leur opinion les descendants de Barbares germaniques qui avaient détruit, avec l'Empire romain, la culture, les arts et la civilisation de l'Antiquité.

 

Pendant les siècles qui précédèrent le mouvement humaniste, on ne parla guère des Gaulois. Le mot gaule resta d'usage courant, sans interruption depuis l'époque romaine. On l'employait surtout dans le domaine ecclésiastique, où il pouvait avoir un caractère officiel, par exemple à propos des conciles. Abbé de Saint-Denis et biographe du roi Louis VI, Suger parle au XIIe siècle de la Gallicana Ecclesia pour les questions ecclésiastiques.

 

Les humanistes donnèrent une actualité toute nouvelle aux notions de 'Gaule' et de 'Germanie'. Elles perdirent leur coloration ecclésiastique. Ces mots (Gallia, Germania) servirent aux adeptes du latin classique pour exprimer les notions de 'France' et d''Allemagne'. Cette identification est donc l'oeuvre des humanistes.

 

Vers 1510-1513, Jean Lemaire des Belges, historiographe officiel et poète humaniste, se fondait encore sur l'origine troyenne des Francs pour faire des Français, dans ses Illustrations de Gaule et singularitez de Troye, les égaux des Romains.

 

Des Francs aux Gaulois

 

Il y avait en fait un choix déchirant. Il fallait admettre ou bien une population gauloise supplantée par un peuple barbare (les Francs) ou bien l'existence de deux peuples au sein du royaume : les Gaulois vaincus et les Francs vainqueurs. Pour éviter ces deux éventualités, on lança une version palliative dont l'incroyable succès montre combien était ressentie la difficulté que nous venons de résumer: n'étant plus troyens, les Francs ne sont pas pour autant Germains. En vérité, ce sont des Gaulois qui ont quitté leur patrie, conquise par les Romains - ou avant même cette conquête -, selon quelques auteurs - et sont revenus triompher pour libérer leur pays de ces Romains. C'était là faire d'une pierre deux coups: venger l'humiliation de la défaite gauloise devant les Romains (sous Vercingétorix), éviter l'hypothèse de la soumission à l'envahisseur germanique, préserver l'unité de l'origine nationale - qui, pour la première fois est imaginée comme purement gauloise." (Karl Ferdinand WERNER, "Les Origines", p. 34-37)

 

"Les Francs ne seraient autres que des Gaulois qui, ayant fui la Gaule lors de la conquête romaine pour se réfugier en Franconie (région centrale d'Allemagne), seraient revenus quatre siècles plus tard pour la libérer des Romains." (Jean-Louis BRUNAUX, La Gaule, une Redécouverte, Histoire Documentation photographique, La Documentation française, mai - juin 2015, p. 5)

 

L'hypothèse des Francs Gaulois que l'on trouve chez les humanistes des XV et XVIe s., n'est pas complètement impossible si l'on se rappelle que les Proto-Celtes viennent d'une région située à cheval sur les deux rives du Rhin entre Alpes et Baltique.

Source image : http://www.la-croix.com/Sciences-et-ethique/Sciences/La-carte-de-l-installation-des-Celtes-2016-08-07-1200780564

Source image : http://www.la-croix.com/Sciences-et-ethique/Sciences/La-carte-de-l-installation-des-Celtes-2016-08-07-1200780564

Dans cette hypothèse les Germains deviennent des Celtes. La Celtique (keltike en grec) est un espace géographique correspondant à peu près à la Gaule (Gallia en latin) et peuplé, selon les Grecs, de « barbares » – c’est-à-dire d’hommes ne parlant pas le grec – dont les Celtes et, parmi ces Celtes, les Gaulois.

 

"Tous les Celtes ne sont pas des Gaulois. C’est César qui, lors de la conquête des Gaules, décide de n’attaquer que les Celtes situés à l’ouest du Rhin, bien qu’il y en ait aussi à l’est, les Germains occupant le nord." (Les Celtes, Européens sans le savoir, La Croix, Denis Sergent, le 07/08/2016 à 10h56 )

 

Historien allemand qui ne reconnaît pas l'existence d'une "nation gauloise", - et donc peu susceptible de parti pris, Karl Ferdinand WERNER écrit dans "Les Origines" :

 

"On voit donc comment l'histoire d'une nation, qui commence vraiment, selon Michelet, avec la Révolution, peut-être favorable au 'modèle gaulois' si celui-ci permet à cette nation nouvelle (en 1789 Ndlr.) de se reconnaître dans un lointain passé gaulois. Cela supposerait évidemment, pour être historiquement exact, que les Gaulois n'aient ni connu ni accepté la domination d'une aristocratie..." [17]

 

"La Révolution de 1830 apporte la consécration des honneurs officiels et populaires à l'ascendance gauloise des Français.

 

Le 'coq gaulois' est piqué sur les hampes des drapeaux sous un Louis-Philippe qui doit chercher la popularité cocardière plutôt que la légitimité du descendant de Clovis. ... L'expression 'Nos ancêtres les Gaulois' s'implante définitivement. Son contenu domine les manuels, la vague gauloise étant particulièrement forte entre 1871 et 1914 dans l'enseignement primaire, tandis que l'enseignement secondaire donne plus de place à l'apport de la civilisation romaine. La quête d'une identité si possible totale entre Gaulois et Français conduit l'historien Henri Martin à observer chez les Français des poumons plus importants et des entrailles plus réduites que chez les Allemands. Selon lui, ces caractéristiques correspondent certainement à celles des Gaulois et des Germains." [18]

 

Pour l'historien Henri Martin, auteur d'une Histoire de France, les Français sont "fils des Gaulois par la naissance et le caractère, fils des Romains par l'intelligence." (On a envie de dire merci pour l'intelligence des Gaulois ! Ndlr.) La manière dont les Français considèrent leurs origines en sera jusqu'à nos jours profondément marquée.

 

"Il fallut attendre la Révolution pour que l'ascendance gauloise des masses populaires fût clairement annoncée et assumée par un historien, constamment attaché au club des Jacobins, nommé en septembre 1792 à la Convention dite "nationale", qui se prononça lors du procès de Louis XVI, d’abord pour l’appel du peuple, avant de voter la mort sans sursis et sans appel, J.A. DULAURE dans son Histoire critique de la noblesse (1790) :

 

'Ah, malheureux peuple, vous étiez au pied des Barbares, dont les aïeux ont massacré vos ancêtres. Ils sont tous des étrangers, des sauvages échappés des forêts de la Germanie, des glaces de la Saxe... Il est probable qu'ils descendent d'un brigand.'

 

Et l'auteur de déclarer fièrement : 'Je suis de race gauloise...' [19]

 

A l'origine, les républicains sont donc des racialistes acharnés.

 

Cette remarque est importante tant on voit aujourd'hui leurs descendants spirituels renier ce qu'ils ont adoré hier, jusqu'à nier même qu'il y ait une nation française avant 1789... [20], un "peuple" français de souche... [21] Ou même "nos ancêtres les gaulois..." Pourtant, sans doute devrions-nous dire encore aujourd'hui à l'instar de J. A. Dulaure, nous sommes "de race gauloise" !

Nos ancêtres les Gaulois - La Gaule, les origines de la France

La nation gauloise préexiste à l'entité politique

 

Les historiens qui, aujourd'hui, ne reconnaissent pas l'existence d'une "nation" gauloise avancent pour appuyer leur thèse qu'il n'y avait pas en "Gaule" de cohérence politique, pas d'administration commune, pas de frontières, comme dans la "république" romaine à la même époque par exemple. Se servant du sens moderne du mot "nation", défini comme "groupe humain assez vaste qui se caractérise par la conscience de son unité et la volonté de vivre en commun" (Le Robert, Dictionnaire d'aujourd'hui)", ils avancent, à l'instar de Karl Ferdinand WERNER, que "César a donc créé la nation gauloise". Sous-entendu : auparavant elle n'existait pas.

 

Or, César n'a fait que placer arbitrairement la frontière entre Gallia et Germania sur le Rhin. "Peu lui importaient alors les Celtes qui peuplaient toujours l'Allemagne méridionale..." (K. F. WERNER) [22] Peu lui importait les Celtes peuplaient également toute la Germanie et l’arc nord-alpin.

 

Jean-Louis Brunaux dans Nos Ancêtres les Gaulois, est plus circonspect. Il explique que le concept de "nation" est "vague et fluctuant selon les époques."

 

Le premier sens (de la nation), le "sens ancien", "dont on peut reprendre la définition du Petit Robert : 'Groupe d'hommes auxquels on suppose une origine commune', correspond à une "représentation essentiellement ethnique." [23]

 

La nation n'implique pas la présence de frontières.

 

"La cité ne possède pas de territoire unifié mais des pagi. La cité est une structure souple pouvant absorber ou perdre un ou plusieurs pagi, accueillir de nouveaux peuples ou se séparer d'une part non négligeable de sa population (migrations). Les Celtes de ces périodes ne paraissent pas attachés à un territoire. Ces princes, rois, roitelets, offrent de multiples points de comparaison avec les basileis du monde homérique (armes exceptionnelles, chars d'apparat et véhicules pour se déplacer sur leurs terres, banquets)." (L'Europe celtique à l'Âge du fer (VIIIe-Ier siècles), sous la direction de Olivier BUCHSENSCHUTZ, Nouvelle Clio, PUF, Mayenne 2015, p. 282.)

 

« Les Celtes pratiquaient la colonisation de terres plus lointaines, déléguant à une partie de leur population, le soin de les conquérir en Italie, en Allemagne méridionale et en méditerranée orientale. » (Jean-Louis BRUNAUX, La Gaule, une Redécouverte, Histoire Documentation photographique, La Documentation française, mai - juin 2015, p. 09.)

 

Le Petit Larousse illustré 2007 ajoute le sens moderne de la nation héritée des Romains : c'est une "grande communauté humaine, le plus souvent installée sur un même territoire et qui possède une unité historique, linguistique, culturelle, économique plus ou moins forte."

 

La nation gauloise, bien qu'établie sur des territoires aux limites fluctuantes, répond à l'ensemble de ces définitions :

. une origine commune (Petit Robert), pas forcément installée sur un même territoire (sens ancien),

. qui possède une unité historique, linguistique, culturelle, économique" (sens moderne, Petit Larousse),

. et même qui se caractérise par la "conscience de son unité" au sens moderne (Le Robert, Dictionnaire d'aujourd'hui). La lutte pour l'indépendance sous Vercingétorix, le premier empire Gaulois de Sabinus en 69 après J.-C., le second empire gaulois de Postume en 260 ap. J.-C., ainsi que toutes les révoltes gauloises après la conquête de Jules César montrent assez combien le souvenir de l'unité était un sentiment suffisamment puissant pour soulever nos ancêtres.

 

La nation gauloise préexiste donc à la frontière fixée par César, ainsi qu'à l'entité politique, elle se caractérise par un peuple d'origine commune situé sur les deux côtés du Rhin, bien que divisé en diverses tribus, chacune sous l'autorité d'un chef particulier, le vergobret qui disposait de l'autorité royaleavec chaque année la réunion des druides dans un centre religieux commun, de même que la réunion chaque année d'un "Conseil de toute la Gaule" (voir plus bas)

 

Cette nation gauloise avait comme nous le verrons un même mode de vie, des traditions, des coutumes communes, une religion commune, des traits et caractères communs.

 

De la même façon qu'on ne voit pas comment on pourrait dire que la nation grecque n'existait pas au Ve siècle av. J.-C. du fait d'une guerre entre Athéniens (Ligue de Délos) et Spartiates (Ligue du Péloponnèse)..., on ne voit pas très bien pourquoi on pourrait dire des Gaulois qu'ils ne formaient pas une "nation" du fait de leurs divisions ?

 

Ou encore pourquoi dirait-on que la nation française n'existait pas au XIV et XVe siècle, du fait de l'opposition entre Armagnacs et Bourguignons, durant la Guerre de Cent Ans ?

 

Ou encore pourquoi ne dirions-nous pas, selon le même argument, que cette nation française n'existait pas non plus en 1789 du fait de la guerre civile, du génocide et de la Révolution qui fit deux millions de morts ?

 

Camille Jullian précise que les Celtes, "semblables encore en cela aux Grecs des temps de l'indépendance (et nos fameux basileis des temps homériques, Agamemnon et Priam), avaient le sentiment de leur unité morale, et ce sentiment survivait aux discordes intestines. Ils parlaient tous la même langue; ils portaient des noms formés de la même manière; ils adoraient quelques grands dieux, commun à toute leur race; les nations de la Gaule avaient des qualités et des défauts analogues, et leurs institutions politiques ne différaient pas sensiblement. Surtout, elles avaient le souvenir ou la persuasion d'une identité d'origine.

 

Si les rivalités entre peuplades empêchaient la cohésion politique, un vague instinct de conscience nationale maintenait le goût de l'unité", écrit Camille Jullian, dans Vercingétorix. (Editions mise à jour et préfacée par Paul-Marie Duval, Marabout Université, 1979, p. 26.)

 

Un centre politique commun : le "Conseil de toute la Gaule"

 

Outre un sanctuaire commun (voir plus bas), plus récemment, l'archéologue Jean-Louis BRUNAUX, a évoqué un "Conseil de toute la Gaule".

 

« Chaque année, écrit-il, un "Conseil de toute la Gaule" (Concilium totius Galliae) se réunissait et les élus de chacun des peuples y accordaient le principat (le leadership) à un peuple-patron. Cette assemblée, dont les pouvoirs paraissent avoir été limités, avait l'avantage de matérialiser un espace dont la nature était avant tout politique. » (Jean-Louis BRUNAUX, La Gaule, une Redécouverte, Histoire Documentation photographique, La Documentation française, mai - juin 2015, p. 07)

 

Une forme de fédéralisme

 

« Très tôt - au moins dès le IIIe siècle avant J.-C. -, les peuples prirent l'habitude de réunir leurs chefs et des délégués des différentes assemblées dans le "Conseil de toute la Gaule"... qui avait pour mission d'accorder à l'un d'entre eux ce que César nomme un "principat". ... En 52 avant J.-C., c'est lui qui décida la création d'une gigantesque armée confédérale. Mais le contrôle des accords, le respect des prérogatives de chaque population, l'arbitrage des conflits étaient délégués à une autre assemblée annuelle, celle des druides. » (Jean-Louis BRUNAUX, La Gaule, une Redécouverte, ibid.,, p. 11.)

 


... sous l'autorité d'un roi élu, chargé de fonctions exécutives :

 

 

 

« Ce pouvoir, le souverain le partage avec le sénat ou assemblée du peuple (publicum concilium des Cénomans), lequel se compose des représentants des clans et des hommes libres; le souverain est l'exécuteur des décisions du sénat / peuple. S'agissant des fonctions du roi, les sources sont peu explicites.

 

Chef militaire, le roi avait la faculté de convoquer l'assemblée et le conseil armée, prélude à toute opération belliqueuse. La royauté n'implique pas l'existence d'un royaume (frontières). La cité ne possède pas de territoire unifié mais des pagi, chacun irréductible. La cité est une structure souple pouvant absorber ou perdre un ou plusieurs pagi, accueillir de nouveaux peuples ou se séparer d'une par non négligeable de sa population (migrations). Les Celtes de ces périodes ne paraissent pas attachés à un territoire. ... Ces princes, rois, roitelets offrent de multiples points de comparaison avec les basileis du monde homérique.
 

 

Les modalités de désignation sont en revanche totalement inconnues. Si l'aval des grands était indispensable, une sanction plus populaire est vraisemblable [Brunaux 2004, 28-29]

 

L'épigraphie monétaire (Colbert de Beaulieu, Fischer 1998) confirme la survivance des anciennes charges avec l'identification d'un certain nombre de magistratures - Rex, Basileus, Vergobreto, Argantodan, Argantokomaterekos, Ulatus (Gruel 1989, 136) - jusqu'à la conquête romaine.

 

Quelques-uns de ces monnayages de cité sont identifiables par des légendes monétaires au nom du peuple (Volcae, Eburones), au nom du roi ou du vergobret. On a aussi quelques rares cas de mention de magistrats monétaires : arcantodan (Colbert de Beaulieu, Fischer 1998). » (L'Europe celtique à l'Âge du fer (VIIIe-Ier siècles), sous la dir. De Olivier BUCHSENSCHUTZ, ibid., p. 281-291)

 

L'importance et le souvenir de ce Conseil de toute la Gaule se révèlera encore en janvier 70 ap. J.-C. Alors que l'Empire des Gaules avait été proclamé par Classicus, Tutor et que Sabinus, autoproclamé "empereur des Gaulois" (Tacite, Histoires, IV, 67), vit certaines légions lui firent allégeance (69), le Congrès de Reims se prononça contre l'"empire gaulois", suite à un discours habile du général romain Cerialis qui, tel César, su instrumentaliser nos divisions, ainsi que la crainte de la domination germanique. (Tacite, Histoires, IV, 68-74.) 

 

Les traits physiques

Histoire du Peuple français, Publiée sous la Direction de L.-H. Parias, Préface de Edouard Herriot de l'Académie française, Des Origines au moyen-Âge (Ier siècle av. J.-C. - 1380), par REGINE PERNOUD, Nouvelle Librairie de France, F. SANT'ANDREA, Paris 1951

Histoire du Peuple français, Publiée sous la Direction de L.-H. Parias, Préface de Edouard Herriot de l'Académie française, Des Origines au moyen-Âge (Ier siècle av. J.-C. - 1380), par REGINE PERNOUD, Nouvelle Librairie de France, F. SANT'ANDREA, Paris 1951

Régine Pernoud précise que "l'étude des Celtes à l'époque de la Tène réserve une bonne surprise : il est impossible en effet de n'être pas frappé des traits de ressemblances évidents qui relient entre eux le peuple celte et le peuple français. Alors que dans d'autres pays le caractère de la population primitive a été complètement bouleversé par les invasions - c'est le cas par exemple pour la majeure partie de l'Angleterre (le pays de Galles excepté) après l'arrivée des Saxons - il semble que chez nous les apports successifs de populations aient à peine modifié le fond de notre race, tant nous pouvons nous reconnaître, reconnaître les Français d'aujourd'hui et plus encore ceux du Moyen Âge, dans les Celtes d'avant la conquête romaine", écrit-elle.

 

S'agissant des traits physiques, Régine Pernoud indique que "les auteurs antiques, du moins ceux qui comme Strabon, avaient assez voyagé pour connaître et des Celtes et des Germains, étaient surtout frappés par les différences physiques entre les deux races : 'Les Germains, dit-il, diffèrent quelque peu de la race celtique par une nature plus sauvage, une taille plus grande, une chevelure plus blonde. Ils s'en rapprochent par tout le reste, par l'aspect, les moeurs et les lois'... Et il suffit aussi de regarder ce que sont les peuples demeurés profondément celtes : les Irlandais, entre autres, pour comprendre que le type gaulois n'a rien à voir avec l'idée que l'on s'en fait généralement. Nos ancêtres devaient être de taille moyenne, cheveux châtains, yeux noisettes. Comme le dit Ferdinand Lot, si l'on veut savoir à quoi ressemblait un Gaulois, regardons-nous dans la glace", écrit encore Régine Pernoud. [24]

 

Les inventions

 

Loin des clichés du Petit Lavisse et de l'histoire républicaine, la nation gauloise est à l'origine d'un certain nombre d'inventions. Elle a inventé les vêtements moqués par Rome (le pantalon, le costume) et que Rome adopta ensuite, le savon, la fertilisation des terres par le marnage et le chaulage, "à l'étonnement stupide des Romains surpris qu'un peuple s'employât à 'engraisser la terre par la terre'" (F. Funck-Brentano, Les Origines, p. 68), la literie à matelas, la carroserie.

 

Les Gaulois prenaient leur repas assis devant des tables basses, et non pas couchés comme les Latins. Ils ont inventé le matelas. Ils dormaient sur des matelas de laine, alors que les peuples du midi ne connaissaient que les paillasses (R. Pernoud, Histoire du peuple français, ibid., p. 36.)

 

La nation gauloise disposait d'une verrerie très avancée : "les Gaulois étaient parvenus à des couleurs  d'une intensité et d'une limpidité incomparables et que notre temps se trouverait incapable de reproduire ...

 

On sait que c'est en France que les édifices religieux connaîtront les premières verrières où la lumière se filtera au jeu des plus vives couleurs; dans la France du XIIe siècle, l'art des vitraux connaîtra une magnificence et une perfection qu'aucune autre nation, aucun autre temps, ne pourront égaler. Les Gaulois appliquaient plus particulièrement leur technique verrière à la fabrication des bijoux, en imitation du corail et de l'ambre, de l'ambre fauve, du corail rouge si recherchés", écrit Funck-Brentano. [25]

 

S'agissant des méthodes de culture, elles sont déjà ce qu'elles devaient rester jusqu'à l'époque moderne ... des champs ouverts sur lesquels la culture se renouvelle tous les trois ans : une année de blé ou les autres céréales riches, la seconde année des céréales pauvres ou des plantes à racines, la terre restant en friche la troisième année. Les Gaulois ont inventé la faux pour récolter le foin, invention qui se répandra peu à peu dans tous les pays européens, la charrue à roues, la herse.

 

"Contrairement à ce qui se passait en territoire romain, la culture de la terre n'est pas faite par des esclaves, mais par des hommes libres. L'esclavage semble avoir été moins pratiqué chez les Celtes que chez les peuples méditerranéens", écrit Régine Pernoud dans un livre remarquable : "Histoire du peuple français, des Origines au Moyen Âge." [26]

 

"Les transports ne se faisaient pas à dos d'hommes. C'est l'honneur des Gaulois de n'avoir jamais considéré leurs semblables comme des bêtes de somme. Les transports se faisaient sur leurs charrettes à deux roues, ou à quatre roues, et qui ne se sont guère modifiées. ...La carrosserie des Gaulois étaient en renom parmi les Romains, au point que ceux-ci allèrent jusqu'à leur emprunter les principaux termes du métier." [27]

 

Les voies de communication, les routes seront élargies, renforcées par les Romains; mais elles ne feront que suivre les longs chemins gaulois, traversant le pays, reliant leurs capitales. Ces chemins gaulois n'ont pas été appréciés à leur juste valeur. Ils seront assez larges et assez fermes pour permettre à César de faire circuler ses armées et leurs impedimenta. Fleuves et rivières étaient franchis sur des ponts de bois. Les rivières étaient activement utilisées. [28] (Frantz FUNCK-BENTANO, Les Origines, Librairie Hachette, 1925, p. 66.)

 

Régine Pernoud explique que "les grandes routes gauloises sont d'ailleurs assez souvent des routes préhistoriques. Le commerce de l'étain par exemple, qui frayait sa voie à travers toute l'étendue de la Gaule avait lieu certainement avant l'époque de la Tène (ou second âge du fer de 450 av. J.-C. à 25 av. J.-C.) Aux premiers siècles av. J.-C., écrit-elle, quatre routes principales permettaient d'acheminer l'étaint des Îles britanniques nommées alors Îles Cassitérides, du nom grec de l'étain, jusqu'aux pays méditerranéens. (R. Pernoud, Histoire du peuple français, des Origines au Moyen Âge, Nvelle Librairie de France, Paris 1951, p. 40)

 

Les arts et métiers
 

L'ingéniosité. César ne peut s'empêcher, notamment lors du siège de Bourges, de reconnaître cette supériorité des Gaulois sur le Romain :

 

'A l'exceptionnelle valeur de nos soldats, écrit-il, les Gaulois opposaient toutes sortes de moyens. C'est une race d'une extrême ingéniosité et ils ont de singulières aptitudes à imiter ce qu'ils voient faire. A l'aide de lacets, ils détournaient les coups de nos faux et quand ils les avaient bien serrées dans leurs noeuds, ils les tiraient avec des machines à l'intérieur des remparts; ils faisaient écrouler notre terrassement en creusant des sapes, d'autant plus savants dans cet art qu'il y a chez eux de grandes mines de fer et qu'ils connaissent et emploient tous les genres de galeries souterraines'.


Il n'est donc pas exagéré d'attribuer à notre ascendance celtique la réputation dont n'a cessé de jouir l'ouvrier de France, - réputé partout le plus habile , - et aussi cette spécialité que constitue chez nous l'artisanat, l'objet d'art, depuis la tapisserie française jusqu'à la mode et aux articles de Paris.

Un archéologue, Olivier BUCHSENSCHUTZ, dans la revue Dossier pour la Science, explique que les Gaulois étaient d'excellents forgerons. Ils ont créé la faux, un outil spécifiquement européen pour récolter le foin, des fourreaux métalliques pour protéger le tranchant des épées... [29]

 

En agriculture, tandis que les Romains ne connaissaient encore que l'araire au soc fixe, péniblement tiré par l'esclave, les Gaulois, eux, avaient inventé la charrue à roues avec avant-train indépendant et coutre mobile. Ils se servaient de la herse, que tous les peuples européens ont adopté peu à peu... Ils furent ainsi les premiers à mécaniser l'agriculture, et Pline parle avec étonnement de leurs machines à faucher avec lesquelles ils coupaient les foins en un temps incroyable pour les Romains. Ils se servaient même de moissoneuses à dents de fer fixées à une grande caisse évasée où retombaient les épis coupés. (R. Pernoud, Histoire du Peuple français, p. 28)

 

Régine pernoud explique que les épées gauloises étaient remarquablement trempées et conçues pour frapper de taille mesuraient plus d'un mètre de long. Leurs javelots avaient aussi la réputation d'être excellents. ... Les Gaulois savaient aussi fabriquer les piques et les arcs qui servaient à leurs fantassins.

...Ce sont eux qui ont inventé la cotte de mailles, qui allait devenir d'une usage général chez les guerriers et le demeurer jusqu'au XIVe siècle, époque où les lourdes armures compliquées commencent à remplacer la cotte de mailles de l'époque féodale.

Il faut leur rapporter l'invention de l'argenture et celle aussi de l'étamage dont les conséquences se sont fait sentir de tous temps, puisque c'est l'étamage du cuivre qui permet de l'utiliser dans les usages domestiques.

Ils prenaient leur repas assis devant des tables basses, et non pas couchés comme les Latins. En revanche, ce sont eux qui ont inventé cette précieuse pièce de mobilier qu'est le matelas. Ils dormaient sur des matelas de laine, alors que les peuples du Midi ne connaissaient que les paillasses.

La céramique est longtemps restée chez eux assez grossière, mais à l'époque de la conquête romaine on voit se développer le goût pour la poterie peinte.

Les Gaulois ont également pratiqué le tissage. ... Ils semble qu'ils aient poussé très loin l'industrie textile et en aient fait un art véritable. Les textiles découverts dans les sépultures aristocratiques de l'Europe celtique révèlent un haut degré technique atteint par les Celtes au cours du premier âge du fer (VIIIe-Ve siècle), où  apparaît le métier vertical à quatre barres qui remplace le traditionnel métier à tisser vertical à deux barres hérité du Néolithique, le métier à tablettes, l'apparition de nouvelles sources de colorants, comme le kermès... A partir du IXe siècle avant notre ère, c'est grâce à cette évoluition du métier que les armures de tissage se diversifient. L'amure principale est le sergé, qui sert de base à d'autres armures dérivées, tels le chevron et le losange qui apparaissent au même moment. ... L'usage des textiles associés aux épées, apparu au début du IXe siècle avant notre ère, se perpétue tout au long du premier âge du fer. L'emballage des épées par tissu est indissociable des pratiques funéraires aristocratiques du premier âge du fer et se retrouve dans tous les types de sépultures d'Europe celtique. ... De nouvelles techniques, telle celle de la navette volante, où des fils de trame supplémentaires sont utilisés pour réaliser un motif au cours du tissage, sont observées à Hochdorf. ... En 1978, la découverte de la sépulture exceptionnellement bien conservée de Hochdorf, dans le Bade-Wurtemberg, en Allemagne du sud, a permis d'apprécier l'éventail des réalisations textiles au cours du VIe siècle avant notre ère. ... Les Celtes utilisaient des étoffes colorées avec des motifs géométriques (losanges, svastikas, etc.), à des fins vestimentaires et décoratives. De tels tissus ont été découverts da,s plusieurs sépultures princières. ... La plupart possèdent des traces de coloration bleue et rouge. [30]

 

Ils ont été les premiers, leur goût pour la couleur aidant, à fabriquer ces tissus que nous appelons écossais, précisément parce que l'usage s'en est conservé dans les régions demeurées en partie celtiques, et notamment en Ecosse. Ces larges plaids dont le goût est revenu sur le continent, ce sont en réalité les manteaux gaulois; César parle des manteaux tissés de couleurs diverses formant des carrés, sur lequels s'asseyaient les chefs et les nobles gaulois durant leurs conseils de guerre. Les rares tissus retrouvés dans les tombes gauloises attestent de leur fabrication.

... Il faut bien dire d'ailleurs qu'à côté du costume grec ou romain, le costume gaulois apparaît singulièrement adapté et pourrait être l'indice d'une civilisation beaucoup plus développée, si paradoxale que paraisse cette affirmation. Il est à la portée de n'importe quel primitif de se draper dans un tissu quelconque comme le faisaient les Grecs ou les Romains dans leurs toges. Alors que les Gaulois ont inventé toutes les pièces de vêtements caractéristiques de la civilisation occidentale: les braies ou pantalons - on les appelle encore brayes ou brayettes dans le Midi de la France - les justaucorps ou tuniques courtes fendues par devant et pourvues de manches et qui sont nos vestons actuels; enfin, les saies ou manteaux dans lequels ont peut se draper comme dans une pèlerine, ou que l'on agrafe sur la poitrine. ... Un empereur romain a même été surnommé Caracalla, qui était le nom de la blouse gauloise qu'il avait adoptée pour son usage personnel. C'est donc notre peuple qui, dans l'Antiquité a trouvé la meilleure façon de se vêtir, la plus adaptée aux besoins du corps, au point que leur vêtement est devenu celui de toute l'Europe.

D'autre part, les Gaulois étaient connus aussi parmi les peuples antiques pour être de parfaits cordonniers. Alors que la plupart des autres peuples ne connaissaient que la sandale, on leur doit l'invention du soulier montant ou galoche dont le nom atteste l'origine (c'étaient les 'chaussures gauloises' : gallicae).
... Et c'est à eux également que l'ensemble du monde civilisé doit cette invention inestimable: le savon. Les premiers, les Celtes ont connu la fabrication et l'usage du savon dont le nom même est d'origine gauloise (sapo). Ils le fabriquaient, si l'on en croit Pline, à l'aide d'une sorte de potasse extraite de la cendre végétale, et mélangée avec du suif. Encore un trait qui atteste l'extrême ingéniosité de notre race. Les Gaulois avaient d'ailleurs la réputation d'être extrêmement propres." [31]

 

'Le savon, dit Pline, inventé par les Gaulois aux cheveux rutilants.'" Les Gaulois "vendaient aux Romains le savon." [32]

 

"Les Gaulois sont propres sur eux, dit Ammien, soignant leurs longs cheveux, leurs longues moustaches, tombantes, la fraîcheur de leur teint. Ammien ajoute 'Vous ne trouverez pas chez eux, comme vous trouverez ailleurs, homme ou femme, pour pauvres qu'ils soient, en vêtements sales ou loqueteux !'" (F. Brentano, Les Origines, ibid., p. 69.) ... "Les villes étaient généralement bien tenues. On vantait la propreté gauloise." (F. Brentano, Les Origines, ibid., p. 148.)

Nos ancêtres les Gaulois - La Gaule, les origines de la France

"Le savon, une forme de dentifrice, des techniques avancées de tissage produisant des étoffes aux décors géométriques de différentes couleurs, l'émail sont d'autres innovations gauloises." (Jean-Louis BRUNAUX, La Gaule, une Redécouverte, Histoire Documentation photographique, La Documentation française, mai - juin 2015, p. 13.)

 

"Le dépôt fréquent dans les tombes de La Tène ancienne du rasoir et d'instruments de toilette, pincettes et scalptorium, puis, à partir de la Tène moyenne, de l'association de forces et de rasoirs, attestent l'importance des soins corporels." (Olivier BUCHSENSCHUTZ, L'Europe celtique à l'âge du Fer, VIIIe – Ier siècles, ibid., p., 234)

 

Les Transports. Les Gaulois construisent des attelages : "le mot 'char', qui est passé dans toutes les langues antiques, vient du celtique" (Revue Dossier pour la Science, « Gaulois, qui étais-tu ? », n° 61 Octobre-Décembre 2008, p. 22.)

 

"Pour bâtir leurs demeures, les Gaulois faisaient peu usage de la pierre : maçons malhabiles, écrit Frant Funck-Brentano, jusqu'à l'arrivée des Romains et médiocres carriers. Leurs dieux mêmes ne connaissaient guère les temples bâtis. (F. Brentano, Les Origines, ibid.,p. 62.)

 

Plus tard, sous les Gallo-Romains, ce sera différent. "Les temples consacrés à leurs dieux imitaient l'architecture grecque, ils l'imitaient à la Romaine, oeuvres d'écoliers habiles, attentifs, ayant sous les yeux de bons exemples, mais sans la délicate maîtrise du modèle, sans la flamme ni la vie de l'originalité. ... Avec les thermes, les monuments les plus importants de la ville était les arènes et les théâtres, édifices immenses disposés pour contenir des foules nombreuses, car les spectacles étaient gratuits. Tout le monde y était admis, jusqu'aux esclaves." (F. Brentano, Les Origines, ibid.,p. 142, 143.)

Religion, moeurs et coutumes particulières

"César définit les Celtes comme un 'peuple très adonné aux pratiques religieuses'. Et en effet le sens mystique paraît avoir été chez eux extrêmement développé.

Les prêtres en étaient les druides qui formaient une sorte de classe à part dans le peuple, bien que mêlés à toutes les activités de la vie courante. Ces druides subissaient une très longue formation qui s'étendait parfois sur vingt années d'études et, trait caractéristique, ils n'ont pas laissé d'écrit. ... Leur tradition se transmettait orlament.

La religion gauloise était spécifique. Dans les religions préhistoriques européennes en effet, la religiosité reposait essentiellement sur la croyance en des forces naturelles et associait l'environnement à la divinité dans une forme de panthéisme. L'arbre y avait par exemple une place spéciale. Or, dans la religion gauloise, cette religiosité primitive a disparu peu à peu de nos contrées pour laisser place à des religiosités plus élaborées. Ainsi, à la fin du IVe siècle avant .-C., les ensembles architecturaux ont succédé aux lieux remarquables (montagnes, grottes, sources, arbres, etc.), même si ces derniers peuplaient encore les poèmes et les chants qui envahissaient encore la mémoire des Gaulois :

"Les arbres et les cultes purement naturistes ont disparu à l'époque de La Tène (450-25 aV. J.-C.). Seuls des noms divins associés aux rivières et aux montagnes ont survécu. Les arbres ne sont plus chez les Gaulois un objet de culte comme ils le sont encore à la même époque chez les Germains." (Jean-Louis BRUNAUX, Les Religions gauloises (Ve- Ier siècles av. J.-C.), Biblis Cnrs Editions, Paris 2016, p. 92-93.)

 

L'écriture et l'usage des monnaies sont venus aux Gaulois, non des Romains, mais des Grecs, depuis Marseille, fondée vers 600 av. J.-C. (Funck-Brentato, Les Origines, ibid., p. 54, 55.) 

 

L'idée reçue "les Celtes ne connaissaient pas l'écriture" est fausse. L'usage de l'écriture est ancien : de Castelletto Ticino, Via Aronco, en Italie du Nord, provient une inscription celtique sur vase à boire datée du deuxième quart du VIème av. J.-C. ; elle est donc aussi ancienne que les plus vieilles inscriptions latines. Elle est gravée dans l'alphabet dit de Lugano, dérivé de l'alphabet nord-étrusque, qui a couramment servi aux Celtes d'Italie du Nord dès le VIème siècle. Plus tard, l'usage de l'écriture est devenu très courant de part et d'autre des Alpes. En Gaule intérieure, c'est souvent, en particulier à partir du IIème siècle av. J.-C., l'alphabet grec qui est employé par les Celtes pour transcrire leur langue.

 

"L'utilisation de l'écriture est attestée par des graffitis sur la céramique et par la découverte de styles (poinçons servant à l'écriture)" (Olivier Buchsenschutz, Sous l'oeil des archéologues, in Revue Dossier pour la Science, « Gaulois, qui étais-tu ? », n° 61 Octobre-Décembre 2008, p. 28.)

 

"A l'arrivée de César,... ils (les Gaulois) battaient monnaie, se servaient de l'écriture." (Funck-Brentato, Les Origines, ibid., p. 169.)

Inscription gauloise en alphabet grec, de Vaison-la-Romaine. Dédicace d'un nemeton (enclos sacré) à la déesse Belisama, IIème siècle av. J.-C.

Inscription gauloise en alphabet grec, de Vaison-la-Romaine. Dédicace d'un nemeton (enclos sacré) à la déesse Belisama, IIème siècle av. J.-C.

 

"Ce clergé des druides formait une société hiérarchisée. Les druides obéissaient à un chef unique détenant l'autorité suprême et qui à sa mort était remplacé par un autre chef désigné par élection. ils avaient auprès des peuples et des rois un double rôle social, comme magistrats et comme conseillers." (Régine Pernoud, Les Gaulois, 1957, Seuil, Collection Le Temps qui court, rééd. Editions du Seuil, Paris 1980, p. 36.)

 

En quoi consistait la doctrine des druides? On est certain qu'ils professaient les croyances en l'immortalité de l'âme. On en retrouve l'écho chez Lucain, qui mentionne l'existence d'un autre monde (orbe alio) où les âmes pourraient se mouvoir, alors que les autres auteurs (Posidonius, César, Diodore, Strabon et Ammien Marcellin)  laissent entendre que les âmes des trépassés reviennent sur terre (réincarnation). Le mort pourrait connaître différents destins suivant la vie qu'il a menée et la mort qu'il a connue. Les rites funéraires avaient aussi leur importance dans ces passages et ces cheminements. L'historien de la philosophie Diogène Laërce nous donne une idée révélatrice du contenu des préceptes moraux druidiques. "Ils disaient qu'il faut honorer les dieux, ne rien faire qui soit mal, s'exercer au courage." L'expression "ne rien faire de mal" sous-entend qu'il existe un tableau du bien et du mal et suggère que les idées de péché et de salut existaient chez les Gaulois. (Jean-Louis BRUNAUX, Les Religions gauloises (Ve- Ier siècles av. J.-C.), Biblis Cnrs Editions, Paris 2016, p. 100-102; 110). Pour le reste on ne sait que peu de choses, sinon que les druides maintenaient chez tous les peuples de race celtique une unité d'ordre religieux.

 

Lors de l'assemblée annuelle, c'était eux qui faisaient office de juges et qui immolaient les criminels. Lorsque les Romains après la conquête voudront détruire l'unité du monde celte, ils traqueront les druides et ce sont leurs sacrifices humains qui leur en fourniront le prétexte.

 

"La doctrine druidique... était un agrégat de croyances religieuses souvent archaîques et irrationnelles voisinant avec des théories beaucoup plus développées sur la vie, la mort et l'univers. ... Les arbres ne sont plus chez les Gaulois un objet de culte comme ils le sont encore à la même époque chez les Germains." (Jean-Louis BRUNAUX, Les Religions gauloises (Ve- Ier siècles av. J.-C.), ibid., p. 93.)


"Ils portaient des sortes de toges blanches, garantes de la pureté de leur âme, ils suivaient l'enseignement d'un maître, tout au long d'une période d'une vingtaine d'années, ils proscrivaient l'écriture.

 

Les druides sont également des théologiens; Eux seuls connaissent la nature des dieux. (Jean-Louis BRUNAUX, La Gaule, une Redécouverte, Histoire Documentation photographique, La Documentation française, mai - juin 2015, p. 24.)


Aux druides revenaient entre autres charges l'éducation de la jeunesse. Et il est remarquable que les Celtes aient été les seuls peuples antiques à confier ainsi à une classe spéciale la fonction d'éducation.

 

"Il existait une histoire indigène (orale), celle que les druides avaient consciencieusement compilée et qui faisait partie du savoir transmis à leurs élèves." (Jean-Louis BRUNAUX, La Gaule, une Redécouverte, ibid., p. 13)

Druides cueillant le gui au 6e jour de la nouvelle lune, Henri-Paul Motte, v. 1900

Druides cueillant le gui au 6e jour de la nouvelle lune, Henri-Paul Motte, v. 1900

"Les druides sont entourés du plus grand respect. Ils statuent en effet sur presque tous les différents publics ou particuliers." (Jean-Louis BRUNAUX, La Gaule, une Redécouverte, ibid., p. 25)

 

... Les dieux gaulois sont associés en triades : les noms de Teutatès, Hésus et Taranis apparaissent ainsi réunis, et l'on possède des sculptures représentant un dieu à trois têtes. Cf. En particulier les divinités tricéphales trouvées à Reims, aujourd'hui au Musée de Saint-Germain-en-Laye (Aisne), Dennevy, (Saône-et-Loire), au Faubourg Saint-Jacques, à Beaune et à Paris (Le dieu tricéphale gaulois, séance du 29 octobre 1875, Par Jean-Joseph De Wittesem, Académie des Inscriptions et Belles-Lettres Année 1875 Volume 19 Numéro 4, p. 336.)

Le dieu à trois têtes, IIe siècle ap. J-C. On trouve cette image dans le livre de Régine Pernoud, "Les Gaulois", avec cette légende : "Le dieu à trois têtes. IIe siècle ap. J.-C. Beaucoup plus tardive que la pièce précédente, cette stèle de pierre monte trois têtes semblables, mais distinctes et non fondues en une seule. L'influence de la sculpture romaine est ici très nette, encore qu'il s'agisse d'une triade celtique, et que le dieu à trois têtes porte le torque bouleté. Trouvée à Condat-sur-Trincou (Dordogne). Musée d'Aquitaine, Bordeaux."(R. PERNOUD, Les Gaulois, Seuil, Collection Le Temps qui court, rééd. Editions du Seuil, Paris 1980, p. 43.)

Le dieu à trois têtes, IIe siècle ap. J-C. On trouve cette image dans le livre de Régine Pernoud, "Les Gaulois", avec cette légende : "Le dieu à trois têtes. IIe siècle ap. J.-C. Beaucoup plus tardive que la pièce précédente, cette stèle de pierre monte trois têtes semblables, mais distinctes et non fondues en une seule. L'influence de la sculpture romaine est ici très nette, encore qu'il s'agisse d'une triade celtique, et que le dieu à trois têtes porte le torque bouleté. Trouvée à Condat-sur-Trincou (Dordogne). Musée d'Aquitaine, Bordeaux."(R. PERNOUD, Les Gaulois, Seuil, Collection Le Temps qui court, rééd. Editions du Seuil, Paris 1980, p. 43.)

Camille Jullian avait bien vu que ces triades pouvaient n'être qu'un triple aspect du même personnage. Pour Régine Pernoud, la religion celtique dépasse infiniment la mythologie gréco-latine que n'effleure aucun sens d'une transcendance divine, ou même l'ensemble des doctrines philosophiques et morales d'une sagesse tout humaniste, sur lequel vécurent les populations méditerranéennes. Elle s'apparentait beaucoup plus facilement à la religion biblique, puisque comme cette dernière, elle eut la prescience de l'immortalité de l'âme, et peut-être d'un dieu unique. (Régine Pernoud, Les Gaulois, 1957, Seuil, Collection Le Temps qui court, rééd. Editions du Seuil, Paris 1980, p. 45.)

 


Ce qui ressort surtout de l'ensemble de la mythologie gauloise, c'est la radicale incompatibilité avec la mythologie gréco-latine, son caractère mystique et l'incontestable sens surnaturel qui s'en dégage. Nous sommes loin avec les druides du paganisme grossier des Germains et de cette non moins grossière réduction des divinités aux hommes qui constitue la religion du monde classique. Il n'y a rien eu de comparable, en Occident, aux collèges druidiques et à leur doctrine. Plus qu'aucun autre peuple antique, les Gaulois vivaient dans une atmosphère toute imprégnée de pratiques religieuses. Aucun évènement : naissance, fiançailles, mariage, maladie et mort, chasse et guerre, arrivée et départ ne se passe sans l'assistance de la religion et le secours des dieux. Comme l'a écrit Jullian, la religion chez les Gaulois était 'à la fois une manière de vivre et une façon d'expliquer les choses'. C'est elle qui discipline le rythme des saisons, des mois, des jours.



Quant à l'importance de la religion dans la vie quotidienne des Gaulois, nous avons le témoignage unanime des écrivains antiques qui considéraient les Celtes comme les gens les plus religieux qui soient; "peuple très adonné aux pratiques relgieuses", dit César, et Strabon de son côté indique que les Celtes se caractérisent par leur piété. (Régine Pernoud, Les Gaulois, 1957, ibid, p. 38.)

 

Il est hors de doute que cette religion gauloise, si éloignée des simples marchandages dans lequels consistaient les rapports des Romains avec leurs dieux, a eu également son aspect barbare : rites sanglants et immolations de victimes humaines faisaient partie des cérémonies publiques. Souvent on sacrifiait ainsi les prisonniers de guerre ou les criminels, mais parfois aussi il s'agissait d'innocents offerts en sacrifice d'apaisement.

 

Ce qui confond d'imagination, c'est que ces mêmes druides, organisateurs de sacrifices atroces, étudiaient le mouvement des astres et la constitution des éléments, parlaient de la grandeur de l'univers, enseignaient une morale élevée, épurée, où dominait la plus noble croyance en l'immortalité de l'âme. Ils combattaient l'idolâtrie. (Frantz Funck-Brentano, Les Origines, Librairie Hachette, 1925, p. 36-39)

 

... La croyance en l'immortalité de l'âme était, dans la pensée des Gaulois, d'une intensité particulière. Elle était si vive que les Grecs et les Romains, qui cependant la partageaient, en était frappés. Ils lui attribuaient ce mépris de la mort qui faisait marcher les gaulois la poitrine découverte contre des ennemis casqués et cuirassés. Déjà aurait-on pu dire d'eux ce que les Italiens diront des gentilshommes français au temps de Louis XIII : 'Ils vont au combat comme s'ils devaient ressusciter le lendemain.'

 

Diodore de Sicile dit que les Gaulois méprisent la mort au point qu'ils se battent en duel et se tuent les uns les autres pour les causes les plus futiles : tels encore les gentilshommes français au temps de Louis XIII..

 

Un centre religieux

 

"Chaque année à date fixe, ils (les druides) tiennent leurs assises en un lieu consacré dans le pays des Carnutes qui passe pour occuper le centre de la Gaule", écrit César dans une page des Commentaires que la plupart des historiens ont cité (6.13).

 

Description de l'image Camille Jullian.jpg.Camille Jullian évoque un sanctuaire commun à toutes les tribus.
 
 
"Chaque année, à des jours solennels, les prêtres des tribus, ... les druides, se réunissaient en un lieu consacré pour y tenir leurs assises; et ce lieu était, comme je l'ai indiqué, sur la Loire, près de la forêt d'Orléans.
 
 
En apparence, ce n'était que concile et cénacle de prêtres : en réalité, c'était assemblée nationale, image et symbole de patrie. [...] Deux mille ans plus tard, lorsque les moines bénédictins voudront refaire l'unité intellectuelle et morale de cette Gaule devenue chrétienne, c'est au même endroit, à Fleury-sur-Loire, qu'ils installeront un puissant monastère et leurs plus célèbres écoles : car, là, diront-ils, on touche à la fois à la France, Aquitaine et Bourgogne. [...] Là où était le centre du pays, là s'assemblaient ses prêtres."
 
 
Dans le pays des Carnutes, deux villes sembleraient idiquées comme lieu des assemblées des druides: Chartres et Orléans. Or, les érudits n'ont pas encore résolu la question. Chartres a une cathédrale qui recèle une source, le Puits des Saints-Forts, située dans sa crypte à trente-trois mètres de profondeurs et qui passe pour avoir été voué dès l'Antiquité païenne à la Vierge qui doit enfanter. Mais d'autres raisons militeraient en faveur d'Orléans qui fut toujours le point de départ de ces sursauts de résistance qui ponctuent l'histoire du pays tout entier: qu'il s'agisse  de Vercingétorix, de Jeanne d'Arc ou de 1940, Orléans a toujours un rôle décisif. Un troisième lieu s'offre aux érudits: le lieu d'assemblée des Gaules n'aurait-il pas été Saint-Benoît-sur-Loire? Un lieu de culte important sur lequel fut implanté l'ancienne abbaye de Fleury-sur-Loire. (Régine Pernoud, Les Gaulois, 1957, ibid.p, 35.)

 

Camille Jullian, historien du début du XXe siècle, auteur d'une monumentale Histoire de la Gaule, a été à la Gaule ce que Régine Pernoud a été au "Moyen Âge". Il a mis fin à un certain nombre de clichés sur les Gaulois barbares incultes civilisés par les Romains..., qui n'avaient aucune "unité", dont le sol était "mal cultivé", avec un territoire où l'on ne "voyait presque point de routes et pas de villes", "le contraire des Romains" (Cf. le Petit Lavisse d'Ernest Lavisse, dit l'"Institueur national", dont les "manuels Lavisse", manuels de la IIIe république, ont été constamment réédités jusqu'en 1950, et ont donc déformé de multiples générations de professeurs, d’instituteurs et d’élèves en leur inculquant des contre-vérités historiques).

 

L'archéologue Christian Goudineau explique par exemple, qu'après la parution du Vercingétorix de Camille Jullian (1901) "seuls les quelques inévitables illuminés de service écriront encore d'invraisemblables sornettes, mais leur nombre diminuera considérablement" (C. Goudineau, Le Dossier Vercingétorix, Babel, Lonrai 2009, p. 218.)

 

Jullian a "fait justice du cliché des demi-sauvages ne rêvant que d'en découdre". Il a insisté sur leur organisation, leurs institutions, leur vie publique, qu'il compare à celles des cités grecques d'avant l'âge classique. .

.. Non la Gaule n'était pas barbare, oui, c'était une patrie (ou en tout cas, elle était prête à le devenir).

Oui, Vercingétorix a pris la tête d'un 'parti national', auxquels se sont opposés de malheureux chefs, complices ou dupes du proconsul. Il a perdu, la tête haute, mais les germes de son entreprise démontreraient plus tard leur fécondité. Le premier 'résistant'." (Christian Goudineau) [33]


Des caractères particuliers

Ce que les historiens soulignent surtout, c'est la hantise d'indépendance dont les Gaulois font preuve. C'est un peuple résolument individualiste. Alors qu'un peu partout dans l'Antiquité, mais surtout à Rome, la famille restait plus ou moins dépendante de la tribu la famille gauloise apparaît comme une entité bien déterminée et formée des seuls membres qui lui sont essentiels : père, mère, enfants. Les individus agissent en leur nom propre et en celui-là seul. Au point que des parents très proches par le sang peuvent se trouver complètement séparés ou ennemis dans l'action : ce fut le cas pour Vercingétorix qui est combattu à outrance par son oncle, le frère de son propre père. On n'eût jamais pu voir en Gaule ce que l'on vit à Rome: tous les hommes de la gens fabia se proposer pour partir en guerre contre une ville ennemie.

Importance de la femme. Les Celtes sont strictement monogames. La femme n'est pas regardée comme l'esclave, explique Régine Pernoud, mais comme l'associée de l'homme; elle paraît avoir joué dans la vie de son époux un très grand rôle.

 

Même dans les querelles, elle intervient à ses côtés et, s'il faut en croire Ammien, c'est un adversaire redoutable dont les poings s'abattent rapides et durs 'comme les engins de catapulte'.

 

Plutarque raconte même que les Gauloises intervenaient dans les Conseils où se décidaient la paix et la guerre et que l'on recourait à leur arbitrage dans les contestations avec les étrangers. [34]

 

Frantz Funck-Brentano indique que "les femmes vont et viennent librement, elles tiennent boutique : la parfumerie est leur spécialité. On entend parler haut, fortes en bec, les marchandes des quatre-saisons. ... On n'a pas encore de femmes avocats, mais on a des femmes médecins." (F. Funck-Brentano, Les origines, ibid., p. 148.)

 

Des femmes juges

 

"Alors que leurs femmes, s'avançant au milieu des armes et prenant en main leurs querelles, furent pour eux des arbitres et des juges si exempts de reproches qu'il naquit de là entre tous, et de cité à cité, de maison  à maison, une merveilleuse amitié." (Plutarque, Des vertus des femmes, VI, 6, cité in Jean-Louis BRUNAUX, La Gaule, une Redécouverte, Histoire Documentation photographique, La Documentation française, mai - juin 2015, p. 27.)

 

La femme sera exaltée sous les traits de la Mère de Dieu. (F. Funck-Brentano, Les origines, ibid., p. 41.)



Un trait qui va distinguer la société qui s'élabore, c'est la place qu'y tiendra la vie de famille. Cela, c'est nouveau; les affections familiales étaient à peu de choses près absentes des lettres comme de la mentalité antiques. Ce qui s'explique d'autant mieux que, du point de vue juridique, la famille dans l'Antiquité classique n'existait pas: dans le droit romain, elle tient tout entière dans la personnalité du père de famille, le pater familias, qui exerce un droit de propriété sur les membres dont elle se compose, femme, enfants, esclaves, comme sur ses biens meubles et immeubles, avec une autorité pratiquement presque illimitée.

 

En Gaule, la famille paraît avoir eu dès les premiers temps une existence véritable. La femme tient sa place aux côtés de l'homme jusque dans les combats et les liens de parenté sont vivants comme ils le seront dans les sociétés barbares, germaniques ou nordiques. 

 

Le premier écho de ces affections familiales dans la littérature, nous le trouvons chez le poète Ausone. ... Cette société du IVe siècle ap. J.-C., est imprégnée de christianisme; la vie de famille va s'en ressentir profondément, puisque la femme est considérée désormais comme l'égale de l'homme. [34]

 

La fidélité conjugale

 

"En dehors de leur réputation de beauté, de fécondité et de courage, les femmes de la Gaule ont souvent fourni aux moralistes du temps de remarquables exemples de fidélité conjugale", écrit Régine Pernoud.

 

"L'histoire en particulier de Sabinus et d'Eponine a été pour les générations antiques le modèle classique d'amour et du dévouement entre époux, et ce modèle n'était pas tiré d'un roman mais bien de la vie réelle: Eponine pendant neuf années partagea la vie sauvage de Sabinus recherché par les Romains pour rébellion et contraint de se cacher dans des cavernes dans lesquelles sa femme venait lui apporter de la nourriture; lorsqu'il fut découvert et condamné à mort, Eponine demande et obtint de mourir avec lui. [35]

 

"Les archéologues sont frappés du très grand nombre de stèles funéraires élevées en Gaule par l'époux ou l'épouse survivant à son conjoint disparu, et dont les inscriptions sont conçues dans les termes les plus touchants."

 

Le poète gaulois bordelais, sans doute chrétien, Ausone (IVe siècle), dont le père médecin s'exprime encore plus facilement en gaulois qu'en latin, a consacré toute une série de poèmes aux membres de sa famille. L'un des plus émouvants portraits qu'il trace est celui d'Attusia Lucana Sabina, sa femme : "J'ai parlé d'êtres chers selon les modes pieux du chant funèbre. Mais c'est à présent un chagrin, une torture, une plaie toujours vive, que je dois rappeler : la mort de mon épouse. Noble depuis ses bisaïeux, illustre depuis l'origine du sénat, Sabina s'est illustrée plus encore par les mérites de sa vie. C'est bien jeune, dans les premières années, que j'ai gémi sur toi qui m'as été si tôt enlevée, et voici que, veuf depuis 36 ans, je te pleure encore. Je ne pouis cicatriser ni endormir ma douleur: elle se ravive toujours comme si elle était nouvelle. D'autres reçoivent du temps un soulagement à leurs peines : ma blessure, elle, s'aggrave chaque jour."

 

De l'avis général, les Celtes étaient un peuple remarquablement doué sous le rapport de l'intelligence : 'Ils ont l'esprit pénétrant et non sans aptitude pour le savoir', remarqua Diodore de Sicile; et nous avons déjà vu comment leur ingéniosité forçait l'admiration de César.

Les Gaulois étaient très hospitaliers. ... Par contre, aucun de leurs récits ne permet de soupçonner que cette gaieté ait eu quelques rapport avec ce que nous appelons de nos jours des 'gauloiseries'. Cette réputation et l'emploi du terme dans ce sens sont totalement modernes et ne remontent pas au-delà du XIXe siècle; on les voit apparaître chez les auteurs de romans-feuilletons sans la moindre base dans la réalité.

 

"Les Gaulois avaient une conception de la nation qui mêlait droit du sang et droit du sol : on devenait gaulois en s'installant en Gaule, ce qu'avaient fait les Belges". [36]

Les Celtes s'excitent facilement à tout propos. Ils sont épris d'équité et Strabon, l'un des écrivains qui les connaissait le mieux, insiste sur la facilité avec laquelle ils s'associent pour venger une injustice. On trouve déjà chez eux cette sorte d'idéalisme qui fait que le peuple français est toujours prêt à partir en guerre pour l'Espagne ou pour la Pologne opprimées.

 

"Une âme généreuse." Chevaleresques, les Gaulois punissent le meurtre d'un étranger plus sévérement que celui d'un concitoyen; honnêtes, ils laissent ouvertes les portes de leurs demeures; mais très économes, écrit Strabon, - Diodore de Sicile dit "extrêmement avares." (F. Funck-Brentano, Les Origines, ibid., p. 53.)

Ce qu'ils aiment, ils l'aiment avec passion; ils sont enclins aux coups de têtes, aux accès de colère. Ainsi reproche-t-on aux Irlandais de nos jours d'avoir la tête près du bonnet. Chez eux les disputes s'élèvent fréquemment. Les bons repas auxquels ils se plaisent se terminent souvent en rixes et les querelles dégénèrent en combats. Le drame de Vercingétorix, c'est qu'il eut à lutter tout autant contre cet incurable défaut de ses compagnons d'armes que contre César et ses légions. ... Il avait réussi, pour la première fois, à obtenir que tous les peuples de Gaule fissent front commun devant l'envahisseur. La patience, la maîtrise de soi, étaient certainement, avec le sens de la cohésion, les qualités qui manquaient le plus aux Gaulois.

Les Gaulois étaient bons, d'abord simple et franc. La franchise celte était même dans l'Antiquitié une sorte de lieu commun comme on parlait de la mauvaise foi carthaginoise.


Ils étaient vantards et bavards; en toutes choses ils se montraient bruyants et exubérants; que ce soit dans la bataille, à table ou dans les assemblées, les chants et les cris se succédaient. ... Ils aimaient à parler d'eux-mêmes, de leurs exploits, et prenaient volontiers un ton farouche ou superbe. 'Dans leurs discours, dit Diodore de Sicile, la parole est brève, énigmatique, procédant par allusions et sous-entendus, souvent hyperboliques quand il s'agit de se grandir eux-mêmes et de rabaisser les autres. Ils ont le ton menaçant, hautain, tragique'. ... La place que tient chez eux la poésie, la rapidité avec laquelle se transmettent oralement les nouvelles, et surtout leur système d'éducation uniquement par voie orale, tout atteste l'importance de la parole chez les Gaulois.

 

L'éloquence des Gaulois. "Les Gaulois, dit Caton, ont deux passions : se battre et parler" (F. Funck-Brentano, Les Origines, ibid., p. 53.)

 

Les Gaulois en arrivent "à fournir aux Romains leurs meilleurs discoureurs : Domitius Afer, le maître de Quintilien, qui place son éloquence au-dessus de toute autre, était de Nîmes; Montanus était de Narbonnes, Julius Africanus, origainaire de Saintes.

 

... Tacite met sur les lèvres du représentant de leur éloquence en son dialogue des Orateurs: 'Vous cherchez la perfection et vous croyez qu'elle est signe de santé... Allons donc ! s'écrie le Gaulois de Tacite. Le véritable orateur vaut par la force, la gaîté, la vivacité, le luxe des mots et la variété des mouvements. N'être qu'en bonne santé littéraire est déjà signe de faiblesse: l'avocat n'est pas un gens-de-lettres, c'est un combattant.' 

 

Comme elles formaient des orateurs, les écoles gallo-romaines en arrivèrent à former des poètes, mais ceux-ci ne brilleront de leur plus vif éclat qu'au IVe siècle, avec Ausone et, au siècle suivant encore, avec Sidoine Apollinaire. Et par un paradoxe plein d'ironie, ce sera cette terre martyrisée par le divin Jules, au nom de Rome, qui donnera à Rome les derniers chants latins qui aient célébré sa gloire...

 

Mais ici encore le vice irrémédiable qui anémie cette littérature est le manque d'originalité." (F. Funck-Brentato, Les Origines, ibid., p. 153-154.)
 

Les Gaulois aiment la parure; ils prennent un soin extrême de leur corps et nous avons vu qu'ils sont soucieux de propreté au point d'avoir inventé le savon. Ils ont les cheveux teints, des bracelets d'or au cou, et des vêtements de couleur. ... Virgile dépeint le Celte 'la chevelure dorée, vêtu d'une tunique d'or, recouvert d'un manteau aux raies de mille couleurs, un collier d'or entourant son cou d'une blancheur de lait'. Le grand nombre de bijoux retrouvés dans les tombes, le soin avec lequel ils aimaient sertir le corail ou l'émail dans le cuivre, attestent ce goût de l'ornement qui demeurera tout à fait caractéristique de notre peuple, jusqu'à la fin du Moyen Âge et plus tard encore."

C'est Rome qui a ajouté au concept de "nation" le sens moderne d'une "volonté de vivre en commun et un gouvernement partagé"

 

Dans le sens premier de "nation", il est indéniable que les Gaulois soulevés à l'instigation de Vercingétorix avaient ensemble la conscience d'une unité ethnique, sociale, historique, culturelle et religieuse à défendre face au danger romain : la nation fédérée et décentralisée en quelque sorte préexistait à l'administration, à la frontière, au gouvernement "partagé" et à la "volonté de vivre ensemble", qui sont des concepts modernes.

 

Inversement, la romanisation constitue un retour en arrière et une régression terrible pour l'ascension de la jeune nation gauloise. Rome a aiguisé la concurrence entre les tribus, exacerbé leurs spécificités, les dotant de différences ethniques artificielles, joué des divisions pour régner...

 

Il fallut des siècles à la jeune civilisation gauloise pour se reconstituer.

 

Frantz Funck-Brentano l'explique très bien dans son ouvrage Les Origines. Il fallut "plus de dix siècles, et des malheurs inouïs, des catastrophes effroyables, une anarchie affreuse et des efforts sublimes", "tout un millénaire", pour que "la sève printanière d'un grand peuple" "remonte lentement, obstinément à l'air libre, au soleil, au vent, à la pluie qui font vivre, et y développer ses frondaisons",... une époque qu'il situe "au XIIe siècle." (p. ibid., 75; 114, 147). "La nation gauloise a gardé en elles, intactes, ses forces vives, et ses coutumes, et, du jour où elle pourra se mouvoir en liberté, elle déroulera, avec la magnificence que l'on sait, l'incomparable histoire de France." (ibid., p. 75)

 

"Selon la remarque de Camille Jullian, il faut descendre jusqu'aux plus beaux temps du Moyen Âge français, jusqu'aux XIIe-XIIIe siècles, pour retrouver une fièvre de bâtisse comparable à celle dont semblent avoir été dévorés aux II-IIIe siècles les Gallo-Romains" (ibid.p, 147.)

 

Pour étayer sa thèse selon laquelle il n'y a pas de "nation" gauloise, K. F. WERNER cherche la solution dans l'élément "patriotique". Pour les Gaulois, "la patrie", "c'est la tribu, devenue cité. D'une grande patrie de tous les Celtes, nul ne parle alors, pas même pendant les combats contre César".

 

K. F. WERNER ne confondrait-il pas "patrie" et "nation" ? La patrie suppose l'existence de frontières que ne possédaient pas les Celtes à cette époque pré-romaine, en effet. Cependant, si la patrie ne peut pas ne pas avoir de frontières, la nation si. 

 

A cette époque d'ailleurs, peu de nations avaient leur état constitué, avec des frontières bien délimitées, une cohérence politique établie. Pourtant est-ce à dire qu'elles n'existaient pas et ne jouaient aucun rôle dans la géopolitique de cette époque ? Est-ce à dire qu'hormis Rome, c'était le désert ? Camille Jullian fait observer que la conception d'une unité nationale n'apparaît chez aucun peuple de l'Antiquité. Une nation préexiste à l'entité politique et à la délimitation de frontières. C'est l'historiographie maçonnique ou maçonnisante qui prétend qu'en France, la nation est une construction de l'Etat et nie que la nation a préexisté à l'état. Cela lui permet de prétendre que la nation est née en 1789 avec la république, tout en affirmant que cette nation plonge ces racines en Gaule. (Bonjour la contradiction!)

 

Un exemple bien connu est la nation juive qui appela de ses voeux pendant deux mille ans la (re)création d'un état juif, cet état juif qui avait été définitivement anéanti par les Romains de l'empereur Hadrien, en 135 ap. J.-C. [37] Les Israélites durent attendre 1948 pour voir leur état de nouveau exister, avec des frontières physiques. Qui s'aventurera à leur dire qu'avant 1948, leur "nation" n'existait pas ? Pas grand monde...

 

Pourtant, deux poids deux mesures s'agissant de la France et des Français. Les républicains aujourd'hui nous expliquent de long en large, le plus sérieusement du monde, que la nation française aujourd'hui n'existe pas (ou plus !) Un journaliste représentant parfaitement cette mentalité, Yann Moix, dans l'émission de Ruquier "On n'est pas couché", prétend que le peuple français n'existe pas, que ce "peuple" est introuvable... Sa collègue, la journaliste d'I-télé, Léa Salamé, pour enfoncer le clou, demande au philosophe Michel Onfray ce qu'est un "français" ! Il faudra leur dire de lire nos auteurs dans cet article !

 

La monarchie gauloise

Au berceau de la royauté française, comme du temps de nos ancêtres les Gaulois,

le Roi franc était à l'origine élevé sur le Pavois.

Jean Favier, Charlemagne, Texto, Le Goût de l'histoire, lonrai 2013, p. 36-37.

Nos ancêtres les Gaulois - La Gaule, les origines de la France

Le roi sous la "Gaule" pré-romaine

C'était du souvenir de l'unité primitive que s'inspiraient les traditions ou les légendes indigènes. - Elles racontaient que la Celtique avait formé autrefois un seul royaume, et n'ayant qu'un souverain. Ce roi lui était donné par les hommes du Centre, les Bituriges: le chef qui commandait tous les Celtes siégeait au milieu même du pays. On conserva longtemps la mémoire d'un de ces rois, Ambigat.

Camille JULLIAN, La Gaule avant César, Editions du Trident, Paris 2012, p. 69.

« La royauté, souvent mentionnée par les auteurs antiques, reste méconnue (informations peu nombreuses, disparates et tardives). Les sources les plus anciennes ne sont pas antérieures au IIe s. (Polybe) et concernent en premier lieu la Cisalpine et la Galatie en Asie mineure. Polybe parle de hégoumenoi (II, 21, 4) pour désigner les chefs, de proestôtes (chefs), de basileis (rois). Tite-Live, un siècle plus tard, désigne les chefs par les vocables regulus (roitelet) (XXI, 29,6; XXIV, 42,8; XXV, 22,3/5; XXXIII, 36) et nobilis (imperatores nobiles, XXXI, 21,17).
 

La royauté, en recul dans la dernière période, reste mal connue. Le premier roi mentionné, Ambigat, renvoie à un passé mythique où un individu exerçait une souveraineté suprême sur l'ensemble de la Celtique (Tite-Live, V, 34).
 

La royauté celtique comportait différents degrés, comme en Irlande où il y avait toute une hiérarchie de rois échelonnés depuis celui de la tuath jusqu'au roi suprême de l'Irlande (Hubert 1932b, 232). » (L'Europe celtique à l'Âge du fer (VIIIe-Ier siècles), sous la dir. De Olivier BUCHSENSCHUTZ, ibid., p. 281-282; 284; 291)

 

"Rien, dans ces sociétés d'autrefois, ne ressemblait à des sujets tremblant sous un maître, à un tyran gouvernant à sa guise. Le despotisme y était inconnu. Au-dessus du père de famille était le devoir familial ; au-dessus du roi de tribu était l'Esprit de la tribu. Les êtres passaient, familles et tribus restaient. Idée ou principe s'imposaient aux volontés individuelles. Ce qui commande véritablement à ces hommes, ce n'est pas un chef, c'est la loi, qui est la même pour tous, aussi bien pour le chef que pour les autres. Un souffle de liberté et d'égalité anime ces hommes. Rappelons-nous la manière indépendante dont les grecs d'Homère parlent à leur rois : c'est un dernier écho de la tradition primitive des Indos-Européens." (Camille Jullian, De la Gaule à la France, Nos Origines historiques, Librairie Hachette, Paris 1922, p. 91-92)

 

"Les poètes gaulois racontaient que les deux conquérants de l'Europe avait été Bellovèse et Ségovèse, neveux du roi Ambigat (Ve siècle av. J.-C. Ndlr.) : ils s'étaient mis en route, l'un pour franchir les Alpes, l'autre pour traverser le Rhin, mais le roi Ambigat était resté en sa résidence du Berry pour gouverner les Celtes. [...] Ces courses triomphales n'étaient point inutiles au maintien de l'entente celtique. Elles contribuaient à former un esprit national. L'écho des victoires du Danube ou du Tibre revenait en Gaule, mêlé de rumeurs de miracles.

 

On racontait les hauts faits d'un Brennos, vainqueur de Rome (390 av. J.-C. Ndlr.) d'un autre Brennos, adversaire de l'Apollon de Grèce (279 av. J.-C.). Des hymnes et des poèmes naissaient sous les pas des conquérants; et c'était un ferment de plus pour accroître la cohésion du nom gaulois et soulever l'orgueil de ceux qui le portaient.

 

"La légitimité des princes était avant tout généalogique." (Jean-Louis BRUNAUX, Les Religions gauloises (Ve- Ier siècles av. J.-C.), Biblis Cnrs Editions, Paris 2016, p. 62.)

Brennus (IVe siècle av. J.-C.) Buste de Brennos provenant de la figure de proue du cuirassé Brennus, Musée national de la Marine.

Brennus (IVe siècle av. J.-C.) Buste de Brennos provenant de la figure de proue du cuirassé Brennus, Musée national de la Marine.

Brennus marcha sur Rome. L'affrontement entre les deux armées ennemies a lieu le 18 juillet -390 sur la rive gauche du Tibre, à l'endroit où se jette un modeste affluent, le ruisseau appelé Allia, (peut-être le Fosso Maestro, près de Marcigliana), qui donna son nom à la bataille (Bataille de l'Allia). L'armée romaine fut terrassée par l'armée gauloise, plus expérimentée et avide de vengeance. La défaite est si grave, que le 18 juillet (le Dies Alliensis) fut dès lors considéré comme un jour néfaste dans le calendrier romain. En proie à la famine, les assiégés finissent par négocier leur reddition contre rançon. La tradition rapporte que celle-ci est de 1000 livres d'or. Lors de la pesée de la rançon, les historiens rapporteront également que les Gaulois utilisent à cette occasion des poids truqués. Aux protestations romaines, Brennos répondra de manière éloquente en ajoutant son épée aux poids incriminés, se justifiant du droit des vainqueurs par la phrase « Vae Victis » (« Malheur aux vaincus »).

 

La prise même de Delphes sera, comme celle de Rome, sans lendemain; les Gaulois se retirent comme il s'étaient retirés après le sac de la Ville. Mais, par la suite, certains d'entre eux s'établiront au nord de la Macédoine, où ils fonderont la ville de Singidunum (ajourd'hui Belgrade); d'autres fondent en Thrace u nroyaume gaulois qui durera une centaine d'années; d'autres enfin s'établiront en Asie mineure (Turquie actuelle), aux confins de la Phrygie, et y organiseront le plus durable des établissements celtiques: l'Empire des galates dans lequel vont se perpétuer les peuples qui avaient pris part à l'expédition de Brennus: Tectosages, Trocmes et Tolitsoboï, qui chaque année envoient leurs délégués à une assemblée commune et possèdent un sanctuaire au nom bien celtique de Dunemeton. Ces Galates seront au début de l'ère chrétienne évangélisées par Saint Paul, et encore au IVe siècle à l'époque de Saint Jérôme, qui déclare que les Galates d'Asie Mineure emploient le même dialecte que les gaulois de la région de Trèves. Le parler celtique s'était conservé chez ce médecin qui fut le père du poète Ausone. [38]

  Bituitos - Roi des Arvernes au IIème siècle avant J.-C. Fils du roi Luernos, il fut vaincu par les Romains en 121 avant J.-C., mettant fin à la domination des Arvernes sur les peuples de la Gaule. Athénée dans le Banquet des sophistes parle d'un poète qui avait reçu du roi Bituit une bourse pleine d'or et avait alors improvisé un poème célébrant le souverain et sa générosité.  Strabon, Géographie, IV, 3: "Bituit, qui guerroya contre Maximus et Domitius, avait pour père, ce Luérius [Luernos] dont les richesses et le faste étaient si extraordinaires que, pour faire montre à ses amis de son opulence, il se promenait sur un char dans la campagne, en semant çà et là de la monnaie d'or et d'argent, que ramassaient les gens de sa suite."  Camille Jullian résume ainsi l'impression produite sur les Grecs par le royaume arverne: "Le charme des vers, l'ivresse des repas, le foisonnement de l'or, les tumultes des grandes assemblées et par-dessus tout l'apothéose d'un héros vivant, voilà ce qu'étalait aux yeux des étrangers la royauté de Luern et de Bituit, et pour tout cela, cette monarchie arverne fut l'expression la plus complète de la vie et de l'humeur gauloises."  Appien, Histoire Romaine, IV, 12 : "Sur le refus des Allobroges, ils envoyèrent une expédition commandée par Cneius Domitius. Au moment où le général quittait le territoire des Salyens, un ambassadeur de Bituit, roi des Allobroges [en réalité, des Arvernes], en somptueux équipage, vint au devant de lui : il était escorté de gardes richement vêtus et de chiens. Les barbares en ces contrées ont aussi une garde de chiens. Un poète suivait, qui dans une poésie barbare chantait le roi Bituit, puis les Allobroges, puis l'ambassadeur lui-même, leur naissance, leur courage et leurs richesses ; c'est même pour cela surtout que parmi les ambassadeurs ceux qui sont illustres emmènent avec eux des gens de cette sorte. Celui-ci demanda grâce pour les chefs des Salyens, mais sans rien obtenir."  Il ne s'agit pas d'un simple topos littéraire : certains deniers romains frappés en commémoration de leur victoire figurent Bituit en compagnie d'un chien. A rapprocher, peut-être, du nombre particulièrement élevé de crânes de chiens et de restes de canidés sur le sanctuaire de Corent, contemporain des règnes de Luern et de Bituit, qui a conservé la trace de leurs fastueux festins dont Posidonios se fait l'écho.  Florus, Histoire Romaine, III, 3: "On remarqua tout particulièrement dans le cortège triomphal leur roi Bituitus avec ses armes de diverses couleurs et son char d'argent, comme au jour du combat."  Tite Live, Periochae, 61: "Le consul Q. Fabius Maximus, petit-fils de Paul Émile, remporte une victoire sur les Allobroges et sur Bituitus, roi des Arvernes. Cent vingt mille hommes de l'armée de Bituitus furent taillés en pièces. Lui-même, étant parti pour Rome afin de satisfaire aux ordres du sénat, fut retenu et mis en surveillance à Albe, parce que son retour en Gaule paraissait dangereux. On ordonne aussi par un décret de saisir son fils Congennetiacus, et de l'envoyer à Rome."Source : http://www.arbre-celtique.com/encyclopedie/bituitos-bituit-2150.htm

Bituitos - Roi des Arvernes au IIème siècle avant J.-C. Fils du roi Luernos, il fut vaincu par les Romains en 121 avant J.-C., mettant fin à la domination des Arvernes sur les peuples de la Gaule. Athénée dans le Banquet des sophistes parle d'un poète qui avait reçu du roi Bituit une bourse pleine d'or et avait alors improvisé un poème célébrant le souverain et sa générosité. Strabon, Géographie, IV, 3: "Bituit, qui guerroya contre Maximus et Domitius, avait pour père, ce Luérius [Luernos] dont les richesses et le faste étaient si extraordinaires que, pour faire montre à ses amis de son opulence, il se promenait sur un char dans la campagne, en semant çà et là de la monnaie d'or et d'argent, que ramassaient les gens de sa suite." Camille Jullian résume ainsi l'impression produite sur les Grecs par le royaume arverne: "Le charme des vers, l'ivresse des repas, le foisonnement de l'or, les tumultes des grandes assemblées et par-dessus tout l'apothéose d'un héros vivant, voilà ce qu'étalait aux yeux des étrangers la royauté de Luern et de Bituit, et pour tout cela, cette monarchie arverne fut l'expression la plus complète de la vie et de l'humeur gauloises." Appien, Histoire Romaine, IV, 12 : "Sur le refus des Allobroges, ils envoyèrent une expédition commandée par Cneius Domitius. Au moment où le général quittait le territoire des Salyens, un ambassadeur de Bituit, roi des Allobroges [en réalité, des Arvernes], en somptueux équipage, vint au devant de lui : il était escorté de gardes richement vêtus et de chiens. Les barbares en ces contrées ont aussi une garde de chiens. Un poète suivait, qui dans une poésie barbare chantait le roi Bituit, puis les Allobroges, puis l'ambassadeur lui-même, leur naissance, leur courage et leurs richesses ; c'est même pour cela surtout que parmi les ambassadeurs ceux qui sont illustres emmènent avec eux des gens de cette sorte. Celui-ci demanda grâce pour les chefs des Salyens, mais sans rien obtenir." Il ne s'agit pas d'un simple topos littéraire : certains deniers romains frappés en commémoration de leur victoire figurent Bituit en compagnie d'un chien. A rapprocher, peut-être, du nombre particulièrement élevé de crânes de chiens et de restes de canidés sur le sanctuaire de Corent, contemporain des règnes de Luern et de Bituit, qui a conservé la trace de leurs fastueux festins dont Posidonios se fait l'écho. Florus, Histoire Romaine, III, 3: "On remarqua tout particulièrement dans le cortège triomphal leur roi Bituitus avec ses armes de diverses couleurs et son char d'argent, comme au jour du combat." Tite Live, Periochae, 61: "Le consul Q. Fabius Maximus, petit-fils de Paul Émile, remporte une victoire sur les Allobroges et sur Bituitus, roi des Arvernes. Cent vingt mille hommes de l'armée de Bituitus furent taillés en pièces. Lui-même, étant parti pour Rome afin de satisfaire aux ordres du sénat, fut retenu et mis en surveillance à Albe, parce que son retour en Gaule paraissait dangereux. On ordonne aussi par un décret de saisir son fils Congennetiacus, et de l'envoyer à Rome."Source : http://www.arbre-celtique.com/encyclopedie/bituitos-bituit-2150.htm

Du jour où il y eut un roi de guerre, conducteur de Celtes, les chefs des différentes tribus aspirèrent à ce titre, à être 'le roi des rois', et plus d'une fois on se combattit à qui le posséderait. Acquérir 'le principat de toute la Gaule' devint le rêve suprême de quiconque se sentit le désir de commander à des hommes. Mais, par cela seul qu'elle existait, cette ambition d'une royauté unique entretenait la suprématie de l'honneur convoité. Il appartint longtemps au chef des tribus du Berry, au roi des Bituriges, et nous venons de voir le fameux Ambigat, le Charlemagne celtique, vieillard puissant et sage, mais qui, à la différence de Charlemagne guerroyant aux côtés de son neveu Roland, demeure majestueux et immobile en son Palais, se bornant à donner à ses neveux le mot d'ordre pour conquérir le monde. Celui-là, évidemment, la légende l'a obscurci de ses nuages. Mais il est impossible de ne pas y reconnaître un grand fond de vérité, tout ainsi que la légende de Charlemagne n'empêche pas de croire à son existence et à son Empire", écrit Camille Jullian.

 

"Mais nous connaissons par l'histoire quelques-uns des rois de la Gaule qui régnèrent après lui, Luern et Bituit, dont l'autorité, dit-on, s'étendit au-dessus des Belges et des Celtes, jusqu'aux Pyrénées et jusqu'au Rhin. Ceux-ci étaient l'un le père, l'autre le fils: ce qui permit de supposer que les gaulois acceptèrent un instant une royauté héréditaire. Tous deux étaient des Arvernes, rois des Puys et de la Limagne en même temps que dictateurs militaires de la Gaule.

 

[...] Luern et Bituit, ... sont moins les maîtres d'un Empire que les symboles vivants et directeurs d'une unité nationale. Leur pouvoir ne sort pas des frontières de la Gaule, et ils l'exercent du centre même de cette Gaule.

 

Rome vainquit Bituit, ... et après cette défaite, elle coupa la Gaule en deux : comme territoire en annexant les terres du midi, Provence, Languedoc et Dauphiné; comme nation, en supprimant l'hégémonie arverne et en soutenant, à l'aide de son alliance, les prétentions des Eduens.

 

Le Sénat de Rome n'aimait point les grandes royautés: il y avait, entre elles et lui, incompatibilité d'ambitions. Les principaux obstacles à sa domination universelle lui vinrent des rois, Pyrrhus, Philippe, Antiochus, Persée, et en ce moment même Mithridate. Les aristocraties étaient moins dangereuses pour le Sénat : aucune n'avait des velléités conquérantes excessives. Ce fut sur elles que les chefs de Rome s'appuyèrent, aussi bien chez les peuplades gauloises qu'à Athènes ou à Capoue. ... Le régime aristocratique, çà et là, se substituait à la monarchie. (Camille Jullian, Vercingétorix, Editions mise à jour et préfacée par Paul-Marie Duval, Marabout Université, 1979, p. 43)

 

La guerre civile éclata entre les deux partis gaulois. Ils rivalisèrent de maladresse et de crédulité. Les uns se confièrent en des mercenaires germains, dont le chef, Arioviste, finit par réclamer la Gaule pour lui-même. Les autres se confièrent en un proconsul de Romes, Jules César, qui ne procéda pas autrement que bandit d'Outre-Rhin, mais qui, plus fort que lui, sut prendre la Gaule et la garder.

 

En vain l'héritier des chefs arvernes, Vercingétorix, réussit-il à soulever un instant toutes les cités contre Jules César. Il le vanquit devant Gergovie, la ville royale de ses aïeux. Mais il fut vaincu par le Romain devant Alésia, la cité sainte des Celtes. Alors, tout fut fini pour la Gaule."
 

"On a compté en Gaule quatre à cinq cents tribus, lesquelles se sont groupées en soixante-douze peuplades ou nations, d'après le calcul de César, laissant de côté la Narbonnaise. Ce fut donc une moyenne de quatre ou cinq, jusqu'à dix tribus, dont le groupement forma une peuplade.

 

Réunies en peuplades, les tribus n'en conservaient pas moins une certaines indépendance; chacune d'elles gardait son caractère propre, ses traditions, une vie commune sous la direction d'un chef particulier : tel pourra apparaître Ambiorix, au temps des guerres pour l'indépendance (Ier siècle av. J.-C.), chef de l'une des tribus qui composaient la peuplade des Eburons.

 
Ambiorix, roi des Eburons, peuple gaulois du nord de la Gaule qui infligea une cinglante défaite aux légions romaines en 54 av. J.-C.

Ambiorix, roi des Eburons, peuple gaulois du nord de la Gaule qui infligea une cinglante défaite aux légions romaines en 54 av. J.-C.

Et ces chefs de tribus conservaient leur pouvoir dans le cadre plus étendu de la peuplade ou nation : magistrats locaux avec droits de police. La réunion en formait une assemblée délibérante, un conseil, où l'on discutait des intérêts communs et prenait les décisions utiles à la peuplade ou nation. Cette assemblée sera appelée par les Romains le sénat de la cité. Les sénats des cités gauloises sont composés des chefs de clans ou grandes familles, chef des 'gestes' qui formaient la tribu; la réunion de plusieurs tribus, le plus souvent au nombre de quatre ou de cinq formant la cité. En temps de guerre, chacun de ces sénateurs, de ces chefs de clan ou de geste, marchera à la tête des siens - tel encore le baron féodal au XIe siècle. Au cours des luttes pour l'indépendance, on verra les six cents sénateurs Nerviens mourir les armes à la main, chacun d'eux au milieu des siens : au dire de César, il n'en survécut que trois. C'est le tableau que nous offrira, vers le XIe siècle, la chanson de Guillaume d'Orange.

 

A la tête de ces peuplades ou nations, constituées chacune par la réunion de plusieurs tribus, elles-mêmes composées de la réunion de plusieurs familles, se trouve placé, dans l'origine tout au moins, un chef commun, un prince, un roi, de caractère familial, patriarcal, et de caractère religieux.

 

La monarchie unique disparut généralement en Gaule sur la fin du IIe siècle av. J.-C. Les familles s'étant progressivement hiérarchisées par les liens de la clientèle, les chefs des familles principales constituèrent une aristocratie qui se débarrassa de la royauté.

 

Toutefois, plusieurs des nations gauloises, après s'être dépouillées de leur constitution monarchique n'en remirent pas moins leur gouvernement entre les mains d'un magistrat suprême, mais un magistrat élu, pour une année ou deux ans, nommé le vergobret. Le vergobret disposait de l'autorité royale; mais il ne pouvait pas, en matière de politique extérieure, ou quand il s'agissait d'une déclaration de guerre, se passer du conseil de la nation, du sénat.

 

Le vergobret était magistrat suprême, avec droit de vie et de mort. Il était le chef des armées, mais à la manière de notre Président de la république : il ne paraissait pas aux armées en guerre, laissant aux généraux le soin de les diriger.

 

L'on vit renaître en Gaule l'autorité royale, mais avec un caractère tout différent de celui de la monarchie patriarcale et religieuse du premier âge; elle prit les caractères de la tyrannie; ou bien le peuple renforça l'autorité du vergobret, ce qui revint au même, ou bien il se donna, plus simplement encore, un chef qu'il suivait sans titre déterminé.

 

Comme en Grèce, le gouvernement de l'aristocratie représentait la liberté; le gouvernement populaire incarnait la tyrannie; et ce fut ce dernier gouvernement qui constituera le parti de l'indépendance, le parti national. [39]

 

Comme les Bituriges, les Arvernes se gouvernaient par une royauté élective assistée d'un sénat : magistrature à vie avec autorité souveraine; royauté élective qui, en fait, devenait souvent héréditaire. Le roi des Arvernes, Luern et son fils Bituit, qui, après la mort de son père, fut roi également, ont laissé dans l'histoire une courte page mais un vif éclat. Ils vécurent au IIe siècle. Leur autorité s'étendit sur la Gaule presque tout entière. Ils auraient commandé aux Belges eux-mêmes. [40]

 

Rien, dans ces sociétés d'autrefois, ne ressemblait à des sujets tremblant sous un maître, à un tyran gouvernant à sa guise. Le despotisme y était inconnu. Au-dessus du père de famille était le devoir familial; au-dessus du roi de tribu était l'Esprit de la tribu. Les êtres passaient, familles et tribus restaient. Idée ou principe s'imposaient aux volontés individuelles. Ce qui commande véritablement à des hommes, ce n'est pas un chef, c'est la loi, qui est la même pour tous, aussi bien pour le chef que pour les autres. Un souffle de liberté et d'égalité agite ces hommes", écrit Camille Jullian dans De la Gaule à la France, Nos origines historiques. [41]

 

Milieu du Ier siècle, il y avait par exemple :

 

Adiatuanos, roi des Sotiates

 

Commios, roi des Atrébates et des Morins

 

Dumnorix, prince éduen, frère du druide Diviciacos

 

Epanactos, prince arverne

 

Litaviccos, prince éduen

 

Luctérios, lieutenant cadurque de Vercingétorixqui qui sera le dernier à résister avec le sénon Drappès en 51

 

Sédullos, vergobret des Lémovices

 

Tasgetios, roi des Carnutes

 

et biensûr Vercingétorix, fils de Celtill, le roi des Arvernes, que la faction patricienne (le parti pro-romain), avait fait brûler sur un bûcher pour sa prétention à la royauté. Son fils, né entre 82 et 74 av. J.-C., avait grandi portant au coeur le désir de la vengeance." Il est possible que l'oncle de Vercingétorix, Gobannitio, ait contribué à la sentence : il allait devenir un des gardiens de cette autorité des grands que son frère Celtill avait tenté de renverser.

 

Amédée Thierry, dans L'histoire des Gaulois depuis les temps les plus reculés (1828), explique que "Vercingétorix sut de bonne heure effacer, par des vertus et des qualités brillantes, la défiance et la défaveur imprimées sur sa famille; sa grâce, son courage le rendirent l'idole du peuple. [...] Gergovie, cette fois, ouvrit ses portes; Gobanitio et ses partisans furent chassés."

 

La majorité des tribus gauloises et généralement toutes les cités armoricaines répondirent à l'appel de Vercingétorix. On organisa d'abord un conseil suprême. Le conseil lui remit d'une commune voix le commandement de la guerre.

 

'Vercingétorix' était un nom propre, c'était bien celui du héros : il signifiait en celte 'grand roi des guerriers', et ce nom, qui a retenti et ne cessera de retentir à travers les siècles, resplendissait déjà comme un drapeau, comme une fanfare. 'Il semblait fait, dit l'historien Florus, pour inspirer l'épouvante.' [42]

Une langue gauloise commune, comprise "du Rhin à la Garonne"

 

"César, dans son récit de la guerre, montre des gaulois qui, bien qu'appartenant à des peuples très divers, communiquent parfaitement entre eux.

 

... Le gaulois rassemblait un ensemble de parlers plus ou moins distincts, des dialectes en quelque sorte, mais compréhensibles, avec plus ou moins d'efforts, par toute la population s'étendant du Rhin à la Garonne.

 

Notre langue, et contrairement aux idées reçues, a conservé beaucoup de mots gaulois. Ce sont surtout des termes qui concernent la nature, les animaux, les pratiques agricoles et certains outils. La plupart d'entre eux, à cause de leur usage intensif, ont résisté au latin et ont pris place dans les parlers régionaux où ils peuvent encore figurer. Mais ils ne sont plus mentionnés aujourd'hui dans les dictionnaires.

 

Enfin, la syntaxe du français, bien plus éloignée qu'on le dit habituellement de celle du latin, doit probablement beaucoup à la langue gauloise, moins rigide et formaliste." (Jean-Louis BRUNAUX, La Gaule, une Redécouverte, Histoire Documentation photographique, La Documentation française, mai - juin 2015, p. 62.)

Vercintérorix, Alésia. Au pied de la statue élevée à Vercingétorix sur les hauteurs d'Alise-Sainte-Reine, on a gravé ces paroles de César : "Unie, la Gaule défierait le monde."

Vercintérorix, Alésia. Au pied de la statue élevée à Vercingétorix sur les hauteurs d'Alise-Sainte-Reine, on a gravé ces paroles de César : "Unie, la Gaule défierait le monde."

Vercingétorix. "Son nom avait été cité, dès le XVIe siècle, dans certaines généalogies qui faisaient remonter au Déluge les ancêtres des Rois de France."

Les peuples qui prirent part à la guerre pour l'indépendance

 

Il importe de préciser les peuples qui prirent part à la guerre pour l'indépendance et que nous pouvons nommer la guerre de Vercingétorix : les Arvernes (Auvergne) et les Carnutes (pays de Chartres et d'Orléans), qui en furent les promoteurs.

 

Si Vercingétorix "a réussi à grouper les Celtes sous ses ordres, c'est parce que, depuis quatre générations, ils étaient habitués à voir, dans les chefs de l'Auvergne, les maîtres naturels de la nation gauloise". (Camille JULLIAN) [43]

Statère d’or à la tête de face frappé par les Carnutes. Date : Ier siècle av. J.-C.

Statère d’or à la tête de face frappé par les Carnutes. Date : Ier siècle av. J.-C.

Se joignirent à eux sans retard :

 

. les Parisii (Parisiens). Selon César (53 av. J.-C.), leur ville principale (oppidum) aurait été l'Île de Lutetia. Quelques érudits ont trouvé dans la racine par le sens de 'bateau'. Ainsi les Parisiens auraient été nommés les bateliers. A cette époque, l'Ïle de la Cité était déjà un lieu saint où les dieux gaulois et ceux des Romains plus tard faisaient bon ménage, Esus et ses grues, Cernunos et ses cornes n'effarouchaient pas en leur temple Castor et Pollux, qui leur souriaient du haut de leur constellation. Sur la rive gauche, gravissant la pente du mont de Lutèce (colline Saint Geneviève), c'était une agglomération d'édifices de tous genres, édifices publics, qu'un quartier peuple; réserve faite pour les logis et les ateliers des céramistes qui avaient fait ressembler le sol de la butte à une écumoire. Sur cette rive gauche, le forum parisien qui occupait l'espace compris entre le boulevard du Palais et la rue de la Cité actuesl (en 1925. Ndlr.), le théâtre sur l'emplacement du lycée Saint-Louis et les arènes, où elles sont toujours. L'empereur Julien habitait au Palais de justice dont la transformation fera la demeure de nos vieux rois. Un marché couvrait l'emplacement de la rue Soufflot; enfin un grand bâtiment aux fortes voûtes et dont les restes subsistent au square Cluny, semble avoir été un lieu de réunion où les membres du Collège des nautes ou bateliers patriciens discouraient de leurs intérêts, organisaient leurs fêtes corporatives. Les nautes qui donneront à la ville de Paris son écusson, paraissent remonter à l'époque de l'indépendance.

 

Au IIIe siècle, le nom de Lutèce disparut, du moins du langage officiel et du parler populaire car les lettrés ne l'oublieront jamais. La ville prit le nom du peuple auquel elle avait toujours commandé, Parisii, d'où est venu notre mot Paris. Pareille chose se produisit dans quarante cités. Ainsi Avaricum est devenu Bituriges, Bourges; Augusta est devenue Treveri, Trèves; Bellovaques, Beauvais; Rèmes, Reims; Lémoviques, Limoges; Carnutes, Chartres.

 

On pourrait y ajouter les Senons, Sens. C'est ainsi que la plupart des noms de peuples gaulois ont survécu jusqu'à nos jours. "Où que vous viviez, vous avez plus d'une chance sur deux de vous rattacher à un toponyme gaulois..."

La Celtica, à la fin du Ier siècle av. J.-C., après la conquête romaine, avec la mention des diverses peuplades gauloises

La Celtica, à la fin du Ier siècle av. J.-C., après la conquête romaine, avec la mention des diverses peuplades gauloises

. les Sénons (Sens). "Senon" en celtique signifie "ancien" et vient du mot gaulois senos qui a donné sen en brittonique et hen en breton moderne, avec le même sens. Se nommer "les Anciens" était une façon d'affirmer l'antériorité, une sorte de primature. Leurs voisins les Rèmes s'appelant eux "les Premiers".

 

. les Aulerques (Maine), ensemble de quatre peuples gaulois, dont trois sont voisins, établis entre la rive gauche de la Seine et la Loire.

 

. les Lémovices (Limoges), peuple gaulois provenant d'Europe centrale puis ayant migré dans l'actuelle région française du Limousin auquel ils ont donné leur nom ainsi qu'à la ville de Limoges.

 

. les Turons (Tours)

Bronze au bige frappé par les Turones. Date : 80-50 av. J.-C., Description revers : Bige lancé à droite, un guerrier debout, brandissant une lance de la main droite et tenant un bouclier de gauche, dans le char ; un pentagramme au-dessus de la roue du char ; légende sous la ligne d’exergue. Description avers : Tête de Vénus, diadémée à droite, légende devant le visage ; grènetis

Bronze au bige frappé par les Turones. Date : 80-50 av. J.-C., Description revers : Bige lancé à droite, un guerrier debout, brandissant une lance de la main droite et tenant un bouclier de gauche, dans le char ; un pentagramme au-dessus de la roue du char ; légende sous la ligne d’exergue. Description avers : Tête de Vénus, diadémée à droite, légende devant le visage ; grènetis

. les Andécaves (Angers)

 

. et les populations de la fédération armoricaine, dans les deux presqu'îles et sur la côte, entre l'embouchure de la Seine et de la Loire.

 

. les Pictons (Poitou) adhérèrent au mouvement, mais en partie seulement, la ville principale Limonum (Poitiers) restant attachée au parti des Romains.

 

. au sud de l'Auvergne, les Nitiobroges (Agenais), les Gabales (Gévaudan) et ceux des Rutènes (Rouergue) qui n'avaient pas été englobés dans la province romaine, donnèrent leurs concours, entraînés par les Cadurques (Quercy) qui se montrèrent en ces cantons les agents résolus de l'indépendance nationale.

Drachme “à la tête triangulaire frappé par les Cadurques. Date : IIe siècle av. J.-CDescription avers : Tête triangulaire à gauche ; le nez figuré par un triangle, avec un point cerclé en guise d'œil ; le tout dans un entourage de bâtonnets et arcs de cercles bouletés et liés ; un collier de perles à la base du cou et un fleuron devant le visage

Drachme “à la tête triangulaire frappé par les Cadurques. Date : IIe siècle av. J.-CDescription avers : Tête triangulaire à gauche ; le nez figuré par un triangle, avec un point cerclé en guise d'œil ; le tout dans un entourage de bâtonnets et arcs de cercles bouletés et liés ; un collier de perles à la base du cou et un fleuron devant le visage

La Gaule Belgique avait été décimée, ravagée par la guerre récente; elle était incessamment menacée par la pression germanique sur le Rhin : elle ne put se décider que tardivement et partiellement.

 

Les Bellovaques (Beauvaisis) se prononcèrent contre Rome mais ne voulurent pas suivre Vercingétorix. les Rèmes (Reims) et les Lingons (Langres) se déclarèrent pour les romains. 'Chez ces deux peuples, dit Jullian, la haine de l'indépendance était passée à l'état de vertu.'

 

Les Eduens ne cessèrent de balancer d'un parti à l'autre. Les Santons (Saintonge) se déclarèrent pour les Romains. Les Aquitains (Gascogne) demeurèrent neutres. La Narbonnaise enfin était à César et les Allobroges (Dauphiné) semblaient se résoudre à la suzeraineté romaine.

 

Frantz Funck-Brentano écrit :

 

"Vercingétorix fut donc loin d'avoir avec lui la Gaule entière, à peine en eut-il le tiers; généralement la partie correspondant au Nord-Ouest et au Centre, la Celtique proprement dite. Dans la partie même de la Gaule qui adhéra à la cause de l'indépendance, la faction aristocratique ne cessera de se montrer indifférente, voire hostile au jeune patricien salué par les éléments populaires de l'Auvergne; elle se montrera toujours prêtre à le trahir et le trahira souvent.

 

En dehors des Belges, des Armoricains et des Aquitains, et sans parler de la Narbonnaise, la Gaule s'était en effet divisée en deux grandes fédérations, dont l'une suivait les Arvernes (Auvergne) et l'autre les Eduens (Bourgogne); une division semblable, note Jullian, à celle qui avait partagé la Grèce entre Athènes et Sparte..., une division semblable à celle qui partagera la France des XIVe et XVe siècles entre Armagnacs et Bourguignons...; et dans chaque état la division se fragmentait à nouveau. Les cités qui suivaient la direction des Arvernes fournissaient des partisans aux Eduens et inversement.

 

Inversement à ce qui passa pendant la Guerre de Cent Ans, les Eduens représentaient le parti du patriciat, les meliores, ce que seront les Armagnacs sur la fin du XIVe siècle; les Arvernes le parti populaire, les minores, ce que seront les Bourguignons, le parti populaire avec ses 'tyrans' et ses foules impulsives; mais, contrairement à ce qui se produira dans la lutte contre les Anglais, ce sont les démocrates, dans la lutte contre Rome, qui représenteront le parti national. 

 

"Pas une seule fois Vercingétorix ne parla  ou ne combattit au nom des Arvernes, mais toujours au nom de la Gaule. Cette Gaule était sa vraie patrie et le mot sacré du ralliement de ses hommes. Dans ses heures d'espérance et d'enthousiasme, il eut la vision de la Gaule entière, levée contre l'étranger, ne formant qu'un seul corps, n'ayant qu'une seule volonté, unie et invincible, et, par la vertu de sa concorde, imposant à l'univers le respect de son droit et de sa liberté.

 

Vercingétorix proclame (se) unum consilium totius Galliae effecturum, cujus consensui ne orbis quidem terrarum possit obsistere. (De Bello Gallico, VII, 29"Unie, la Gaule défierait le monde." Je suis convaincu que César rapporte des paroles réellement prononcées. (Camille Jullian). [44]

"Notre patrie fût née plus tôt si Rome avait laissé la Gaule à ses rois et à la liberté" (Camille Jullian)

 

"La paix romaine nous a valu cinq siècles de veulerie plate, médicore, insignifiante, aux entiments incolores et rétrécis, à l'égoïsme stérile, cinq siècles d'imitation enfantine ou sénile, comme on voudra, d'où rien n'est sorti, d'où rien ne pouvait sortir.

 

... On répète que Rome a sauvé la Gaule des invasions germaniques, écrit Camille Jullian. Ce n'est point vrai. Tant que les proconsuls du Sénat ne se sont point présentés au delà des Alpes pour affaiblir et diviser les peuples, la Gaule d'Ambigat et de Bituit n'eut rien à craindre des Barbares d'Outre-Rhin. C'est Rome, à la fin, qui nous a livrés à eux, par la sottise criminelle de ses discordes, par la puérilité de ses rêves pacifiques, l'impéritie de son service aux frontières. [45]

 

Regardez, écrit Camille Jullian, dans quel état se trouvait le pays après trois siècles de règne latin : les villes détruites par les soldats ou les Germains, les champs en friche, la population réduite de plus de la moitié, partout la misère ou l'anarchie. Jamais la terre de France n'a été plus dévastée et plus malheureuse que sous les empereurs romains. [46]

 

Lors même que Rome était assiégée par Alaric en 410 ap. J.-C., elle était encore pleine de statues païennes, puisqu'on les dépouilla ou fondit pour financer la défense, vaine on le sait. Nulle part on ne vit de personnalité païenne défendre efficacement la société romaine contre les Barbares. Partout cette défense était assurée par les évêques qui seront ainsi les derniers représentants authentiques de la romanitas, de Saint Aignan à Orléans, à Saint Loup à Troyes, à Saint Sidoine Apollinaire en Auvergne, au pape Saint Léon à Rome.

 

Depuis Caracalla (début IIIe siècle) tous les sujets de l'empire sont citoyens romains; la carrière militaire en a perdu son principal avantage. Les empereurs essayèrent d'y remédier en rendant le métier militaire ... héréditaire et d'une hérédité que l'on ne pouvait récuser. Valentinien (365) décide que les fils de soldats seront soldats; mais la contrainte donne les résultats faciles à prévoir : les réfractaires recourent à tous les moyens pour échapper au service. Les recrues désertent. On doit les poursuivre, les traquer dans leurs repaires, rechercher et condamner ceux qui leur donnent asile... De jeunes gens se coupent le pouce de la main droite pour se mettre dans l'impossibilité de tenir une épée. [47]

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/3/3a/Milvbruck.jpg/290px-Milvbruck.jpgEt cependant, à considérer l'ensemble de l'empire romain, dans ce délabrement général..., c'est encore en Gaule que se trouve le plus de vie et de vigueur. Le vieux peuple gaulois, celto-ligure, explique Frantz Funck-Brentano, n'a pas disparu. Il vit toujours, humble et patient, tenace, opiniâtre. Il suffit à animer cette Gaule, sous sa carapace étrangère, d'une vigueur que les autres provinces de l'Empire ne connaissaient plus.

 

La Gaule a ses empereurs à elle (empereurs gaulois qui se considéraient néanmoins comme les authentiques empereurs de tout l'Empire romain. Ndlr.).

 

De cette terre féconde partira Constantin (bataille du Pont Milvius en 312 ap. J.-C., où les légions gauloises et chrétiennes permirent à Constantin de vaincre les légions païennes de Maxence. Ndlr.) pour proclamer le triomphe du Christianisme.

 

Pauvre Gaule mutilée par César et qui donne ses dernières forces au monde romain, foyer ultime de la culture latine. L'Italie et l'Espagne sont muettes, seule la Gaule chante encore en la langue de Virgile et d'Horace. Le mot célèbre appliqué à Rome et à la Grèce "Graecia capta ferum victorem cepit, peut être modifié : "La Gaule écrasée était le soutien de ses dominateurs." [48]

 

La religion du Christ sera la religion des humbles, des faibles, des pauvres. La femme y sera exaltée sous les traits de la Mère de Dieu. Aussi, dès l'arrivée du Christianisme en Gaule, les masses populaires, les masses actives de la nation lui donneront-elles leur sève et l'irrésistible puissance de leur foi.

 

"'Qu'on ne parle plus de génie latin, s'écrie Jullian, qu'on ne fasse pas de la France l'élève de ce génie. Elle vaut mieux.'"

 

... Ne nous y trompons pas : le christianisme, dans la Gaule du IVe siècle, c'est une révolution, beaucoup plus semblable qu'on ne le croirait à la Révolution de 89, écrit F. Funck-Brentano et fondée sur les mêmes principes, Liberté, Egalité, Fraternité. La violence en fut exclue, parce qu'elle ne fut pas conduite par des politiciens ambitieux, avides de pouvoirs et de biens; elle fut toute de foi, d'enthousiasme et de coeur. Loin de se faire par l'ambition, elle se fit par le dévouement, par la renonciation, par le sacrifice : saint Martin de Tours. [49]

 

C'est un étrange spectacle, écrit Camille Jullian, que celui de la Gaule à la fin du IVe siècle. D'un côté les contingents étrangers, qui forment les armées de l'Empire; de l'autre côté la société romaine, toute civile, on peut même dire intellectuelle, qui donne aux hommes d'étude la meilleure partie de la richesse et de l'autorité'; - mais cette autorité passait aux mains des évêques... La masse du peuple, ce qui vit, comme dit Jullian, en dehors de la culture latine, plèbe et paysans, le peuple gaulois, vient de se retrouver sous l'égide du Christianisme.

 

Camille Jullian, encore, le dit en termes parfaits:

 

'Rome après avoir privé la Gaule de son existence nationale, a aboli jusqu'aux oeuvres et au souvenir de son histoire. Elle l'a frappée dans son présent, elle l'a effacée dans son passé, elle l'a retardée dans ses destins naturels.

Mais la nature finit toujours par s'imposer aux hommes et les morts par se rappeler aux vivants.

Rome n'avait pas pu détruire les énergies propres à la Gaule ni celles qu'y avait fondés le travail incessant des générations disparues. Ces énergies vont se montrer et agir à nouveau lorsque l'empire romain s'affaiblira à son tour.'

 

Au IVe siècle, l'évêque a dans ses mains le seul pouvoir vraiment fort en Gaule, parce que ce pouvoir est le seul qui repose sur des assises populaires. Il dirige l'administration de la cité, rend la justice, assure le ravitaillement de la population. [50]

Une autre démonstration convaincra d'un seul coup d'oeil, tout esprit impartial. La comparaison de trois cartes : celle de l'extension territoriale du christianisme aux IIIe et IVe siècles, celle des invasions barbares, et celle de l'Empire romain chrétien d'Orient au VIe siècle. Ces cartes se trouvent aussi bien dans les Grands courants de Pirenne, dans la Méditerranée dirigée par Braudel, dans l'Histoire de l'Eglise par elle-même de Loew et Meslin, dans le Grand Larousse encyclopédique, etc.



On constate immédiatement, par la comparaison de ces cartes, que les invasions barbares ont pénétré l'Empire romain là où il n'était pas christianisé.
Les Francs par les bouches du Rhin; les Alamans, Suèves, Burgondes, Lombards par le Rhin moyen; les Vandales, Ostrogoths, Wisigoths et Alains par le Danube moyen. On constate aussi que les invasions barbares n'ont été bloquées qu'à l'Est, devant le Bosphore, l'Egée et l'Asie mineure, seule partie de l'Empire romain massivement chrétienne au IVe siècle.


On constate encore, revenant à l'ouest, que la seule contre-attaque victorieuse de l'Empire romain, contre les Barbares, celle débouchant d'Orient sous Justinien, au VIe siècle, rétablit la romanité seulement dans les zones de christianisme majoritaire. L'Italie y compris, la Vénétie d'Aquilée, la Tripolitaine, le Maghreb carthaginois et numide, l'Andalousie, et la portion du Rif qui lui fait face où, fait frappant, la romanité chrétienne, à Ceuta, subsistera exactement jusqu'à la conquête musulmane de l'Espagne. Ce cheminement de la reconquête romaine, atteignant des extrémités géographiques apparemment aberrantes (quelle distance de Ceuta à Constantinople!) est révélateur. Il répondait à un appel, était une croisade. A la fin de l'Empire, l'authentique et volontaire romanité est bien la romanité chrétienne.

La plus longue vie historique de la romanité est celle de sa partie toute chrétienne, l'Empire de Byzance, qui dure un millénaire de plus (Ve-XVe siècle) que celle de sa partie majoritairement païenne l'Empire d'Occident. Un Empire de Byzance profondément romain, jusque dans ce qui était a-chrétien, puisque nous lui devons la codification définitive du droit romain, cette essence a-chrétienne de Rome.


Que cet empire de Byzance fût de plus en plus grec tout en restant romain (les Ottomans appelaient les Byzantins les Roms), avec un sens du mystère, de la transcendance et de la joie eschatologique plus vivement présent que dans la chrétienté latine, très rationnelle, ne fait que renforcer encore la démonstration. La Grèce et Rome, ces deux colonnes de la tradition antique, peuplaient librement de leurs traditions particulières l'espace de la basilique chrétienne, leur commune demeure. [51]

 

A partir du IIIe siècle, les Francs firent leurs apparitions en Gaule. Ils se mélangèrent si bien aux indigènes qu'au IVe siècle, le mot Gaule a été remplacé par le mot Francia. La Table de Peutinger, carte géographique mentionnant le mot FRANCIA date de cette époque.

 

Conclusion

 

. Une patrie qui fût née plus tôt si Rome avait laissé la Gaule à ses rois et à la liberté.

. Des populations pré-celtiques, Ibères et Ligures, peuples voisins des Celtes et à la langue voisine.

. Les Celtes sont originaires d'Outre-Rhin, d'une région comprise au nord avec la Baltique et les Alpes au sud, des régions du moyen Danube, de la Mer Noire au Rhin, arrivèrent dans l'Hexagone au long des siècles par vagues successives entre 1500 et 300 av. J.-C., sous la poussée d'autres peuples, les "Germains", eux-mêmes peuples voisins des Celtes.

. La Gaule est une civilisation millénaire jusqu'à l'arrivée de César en 58 av. J.-C.. Cette civilisation a parfaitement maîtrisé le fer (épée en fer pur, second âge du fer d'environ 450 à 50 av. J.-C. qui a rendu possible les exploits militaires des Celtes), développé l'écriture, utilisé la monnaie, réalisé des inventions capitales pour le progrès de l'humanité : en agriculture (charrue à coutre, moisonneuse mécanique, grande faux, engrais), artisanat (épées en fer pur, fourreaux pour épées, verrerie, étamage, tissage, literie, invention des matelas de laine), habillement (invention des souliers montants ou gallicae.., invention du pantalon..), hygiène (invention du savon), transports (attelages, le mot "char" est passé dans toutes les langues antiques vient du celtique)...

. Les Gaulois avaient des caractères particuliers : l'éloquence, "les Gaulois ont deux passions : se battre et parler" (Caton); une âme généreuse, l'hospitalité envers les étrangers; l'altruïsme, les Gaulois sont épris d'équité. Strabon insiste sur la facilité avec laquelle les Gaulois s'associent pour venger une injustice. Régine Pernoud évoque l'idéalisme d'un peuple "toujours prêt à partir en guerre" pour les autres comme les Français "pour l'Espagne ou pour la Pologne opprimées."

. La nation gauloise a préexisté à l'entité politique. Bien que sans cohérence politique forte à partir du III-IIe siècle av. J-C., mais avec des frontières établies par le géographe grec Poseidonios d'Apamée dessinant déjà l'Hexagone (frontières de la France d'aujourd'hui, Alpes, Méditerranée, Pyrénées, Océan Atlantique, Rhin.)

. Les Celtes avaient "le sentiment de leur unité morale", "le souvenir ou la persuasion d'une identité d'origine" (Camille Jullian, Vercingétorix)

. La Gaule possédait une religion commune avant J.-C. (sanctuaire de Fleury-sur-Loire), une religion commune après J.-C.: le christianisme, religion des humbles, des faibles, des pauvres, religion des masses populaires, des forces vives et des masses actives de ce qui restait de l'Empire romain..., pour lui donner leur sève et l'irrésistible puissance de leur foi.

La femme y sera exaltée sous les traits de la Mère de Dieu.

Source image: Louis XX Facebook https://www.facebook.com/Louis.XX.de.Bourbon/posts/979379842124491

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Notes

 

[1] Régine Pernoud, Les Gaulois, 1957, Seuil, Collection Le Temps qui court, rééd. Editions du Seuil, Paris 1980, p. 5.

[2] Camille Jullian, Vercingétorix, Editions mise à jour et préfacée par Paul-Marie Duval, Marabout Université, 1979, p. 31.)

[3] Karl Ferdinand WERNER, Les Origines, Histoire de France sous la Direction de Jean Favier, tome 1, Fayard, Evreux 1984, p. 109.

[4] Régine Pernoud, Les Gaulois, ibid., p. 21.

[5] Karl Ferdinand WERNER, Les Origines, ibid., p. 20.

[6] Plusieurs pages de Frantz FUNCK-BENTANO, Les Origines, Librairie Hachette, 1925, p. 22, 23, 28 et 46.

[7] Karl Ferdinand WERNER, Les Origines, ibid., p. 111-112.

[8] Karl Ferdinand WERNER, Les Origines, ibid., p. 121.

[9] J.-L. BRUNAUX, Nos ancêtres les Gaulois, Editions du Seuil, Points Histoire, Villeneuve d'Asq 2012, p. 69.

[10] Karl Ferdinand WERNER, Les Origines, ibid., p. 122-124.

[11] Frantz FUNCK-BENTANO, Les Origines, ibid., p. 34.

[12] Frantz FUNCK-BENTANO, Les Origines, ibid.,, p. 50-51.

[13] Edouard WILL, Histoire politique du monde hellénistique (323-30 av. J.-C.), Editions du Seuil, Points Histoire, Manchecourt 2003, p., 106.

[14] Frantz FUNCK-BENTANO, Les Origines, ibid., p. 31, 32, 33.

[15] Karl Ferdinand WERNER, Les Origines, ibid., p. 151.

[16] Jean-Louis BRUNAUX, Faut-il dire celtes ou gaulois ?, in Revue Dossier pour la Science, « Gaulois, qui étais-tu ? », n° 61 Octobre-Décembre 2008, p. 12.

[17] Karl Ferdinand WERNER, Les Origines, ibid., p. 43.

[18] Karl Ferdinand WERNER, Les Origines, ibid., p. 43. Sur l'origine du "coq gaulois", l'historien allemand Karl Ferdinand Werner nous livre cette anedocte amusante : "Avant d'en parler, soulignons quelques enseignements tirés des recherches récentes sur la période hallstattienne (vers 1000 av. J.-C.)

[19] Jacques-Antoine Dulaure, cité in Karl Ferdinand WERNER, Les Origines, ibid., p. 42.

[20] « Historiquement, c'est la gauche qui a inventé la nation, en 1789 » (Manuel Valls, en déplacement à Forbach, mardi 8 octobre 2013.)

[21] "Il n'y a pas de peuple premier en France, il n'y a pas de Français de souche" (Eric Besson, ministre de l'Immigration lançant le "débat sur l'identité nationale" en novembre 2009 sur RMC.)

[22] Karl Ferdinand WERNER, Les Origines, ibid., p. 153.

[23] J.-L. BRUNAUX, Nos ancêtres les Gaulois, ibid., p. 63.

[24] Régine Pernoud, Histoire du Peuple français, ibid., chapitre "Le portrait du peuple français", p. 24-27.

[25] Frantz FUNCK-BENTANO, Les Origines, ibid.,p. 65.

[26] Histoire du Peuple français, Publiée sous la Direction de L.-H. Parias, Préface de Edouard Herriot de l'Académie française, Des Origines au moyen-Âge (Ier siècle av. J.-C. - 1380), par REGINE PERNOUD, Nouvelle Librairie de France, F. SANT'ANDREA, Paris 1951, p. 29.

[27] Frantz FUNCK-BENTANO, ibid.p. 65-66.

[28] Frantz FUNCK-BENTANO, Les Origines, ibid., p. 66.

[29] Olivier Buchsenschutz, Sous l'Oeil des archéologues, in Revue Dossier pour la Science, « Gaulois, qui étais-tu ? », n° 61 Octobre-Décembre 2008, p. 27.

[30] Christophe MOULHERAT, Les textiles des princes celtes, in Revue Dossier pour la Science, « Gaulois, qui étais-tu ? », n° 61 Octobre-Décembre 2008, p. 36-37.

[31] Histoire du Peuple français, Régine Pernoud, ibid., p. 38-39.

[32] F. Brentano, Les Origines, ibid., p. 65, 67.

[33] Christian Goudineau, Le Dossier Vercingétorix, Babel, Lonrai 2009, p. 201, 207

[34] Histoire du Peuple français, Régine Pernoud, ibid., p. 50.

[35] Histoire du Peuple français, Régine Pernoud, ibid., p. 50.

[36] Jean-Louis Brunaux, Faut-il dire celtes ou gaulois ?, in Revue Dossier pour la Science, « Gaulois, qui étais-tu ? », n° 61 Octobre-Décembre 2008, p. 12.

[37] De 132 à 135 ap. J.-C., eut lieu le dernier soulèvement juif contre l'occupation romaine, connu sous le nom de révolte de Simon Ben Koseba, dit Bar Kokhba ("fils de l'Etoite"), qui avait été pris pour le Messie politique d'Israël devant libérer les juifs. "Ben Koziba", "fils du mensonge"..., pour les sources chrétiennes. Ben Koseba persécuta les judéo-chrétiens (juifs christianisant) comme de mauvais juifs (Cf. J. DANIELOU, L'Église des premiers temps, des origines à la fin du IIIe s., Points Histoire, Tours 1999, p. 56.) Selon Dion Cassius, la révolte que ce pseudo "Messie" engagea prit des proportions considérables : "Les juifs du monde entier se soulevèrent et les rejoignirent et créèrent beaucoup d’ennuis aux Romains." Publius Marcellus, le gouverneur de Syrie, fit appel à la XXIIe légion d’Égypte, qui fut bientôt anéantie par les insurgés. Le théâtre des opérations se situa essentiellement en Judée. On n’a pas pu établir si Ben Koseba était parvenu à s’emparer de Jérusalem et à y rétablir le culte sacrificiel. Bar Kokhba, Nessi Israël ("prince d’Israël") frappa des monnaies à l’effigie du Temple, à la devise "An I de la liberté de Jérusalem", et Rabbi Aqiba, le chef spirituel révéré, le proclama "Roi-Messie". Selon les sources rabbiniques, l'empereur Hadrien en personne prit le commandement des troupes romaines et mena les opérations jusqu’à la chute de la cité forte de Bethar. En fait, rappelé de Bretagne, le général romain Julius Sévère vainquit les insurgés, qui se retranchèrent dans Béthar bientôt prise d’assaut. En 135, Bar Kochba, rabbi Akiba et leurs partisans (on parle de 500.000 hommes mais il s'agit sûrement d'une exagération) furent contraints à se retrancher dans la place forte de Bétar, près de Jérusalem, et y succombèrent après un très long siège. Le "Fils de l'Étoile" tomba lors de l'ultime combat, tandis que rabbi Akiba fut brûlé vif après avoir été longuement et horriblement torturé. Les pertes juives, considérables, s'élevaient à 580.000 morts, cinquante places fortes et 985 agglomérations juives détruites. Les Romains traquèrent les chefs spirituels afin d’interrompre la transmission de la Loi. L'empereur Hadrien édifia à la place de Jérusalem une cité grecque nommée "Aelia Capitolina", dédiée à Jupiter Capitolin et interdite aux juifs. Ce fut alors la diaspora des juifs qui s'établiront un peu partout dans le monde.

[38] Régine Pernoud, Les Gaulois, 1957, Seuil, Collection Le Temps qui court, rééd. Editions du Seuil, Paris 1980, p. 22 et 118.

[39] Frantz FUNCK-BENTANO, Les Origines, ibid., p. 47-49.

[40] Frantz FUNCK-BENTANO, Les Origines, ibid., p. 59.

[41] Camille JULLIAN, De la Gaule à la France, Nos Origines historiques, ibid., p. 91-92.

[42] Frantz FUNCK-BENTANO, Les Origines, ibid.,, p. 101.

[43] Camille Jullian, Vercingétorix, Marabout Université, 1979, p. 25

[44] Camille JULLIAN, De la Gaule à la France, Nos Origines historiques, ibid., p. 153.

[45] Frantz FUNCK-BENTANO, Les Origines, ibid.,, p. 118-119.

[46] Frantz FUNCK-BENTANO, Les Origines, ibid.,, p. 181.

[47] Frantz FUNCK-BENTANO, Les Origines, ibid.,, p. 180.

[48] Frantz FUNCK-BENTANO, Les Origines, ibid.,, p. 183.

[49] Frantz FUNCK-BENTANO, Les Origines, ibid.,, p. 189.

[50] Frantz FUNCK-BENTANO, Les Origines, ibid.,, p. 190.

[51] Jean DUMONT, L'Eglise au risque de l'histoire, préface de Pierre Chaunu de l'Institut, Editions de Paris, Ulis 2002, p. 47-52.

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26 octobre 2015 1 26 /10 /octobre /2015 17:34
"Valeurs de la république" : Marion Sigaut explique les Massacres de Septembre (1792)

Dans sa rubrique mensuelle pour Médias-Presse-Info, Marion Sigaut s'attaque aux mensonges colportés par les pseudo-historiens sur la Révolution Française. Dans sa ligne de mire, cette fois-ci, les Massacres de septembre. A bien réfléchir, Daesch et l'Etat Islamique passent pour de petits faiseurs devant les grands ancêtres inventeurs des droits de l'homme.

 

Marion Sigaut explique ce que raconte Jean Massin d'un évènement extraordinaire de la Révolution française,

 

"qui se passe au lendemain du 10 août (1792Ndlr.), c'est-à-dire au lendemain de la chute de la royauté et avant la proclamation de la république qui va avoir lieu le 21 septembre. Et cet évènement extraordinaire et absolument abominable, ce sont les "massacres de Septembre.

 

Voilà ce que nous raconte Jean Massin, il dit :

 

'Le 1er septembre, au Conseil général de la Commune, Robespierre affirme qu'il faut purger le sol de la Liberté des conspirateurs qui l'infectent.

 

Voilà au moins une chose qui est annoncée : il va falloir perpétrer des massacres. Cela signifie et c'est ce que Jean Massin va nous affirmer, qu'il existe un complot tramé dans les prisons, puisque le sol de la Liberté doit être purgé des conspirateurs. Voilà ce que nous dit Jean Massin de la préparation des Massacres de Septembre.

 

Je cite :

 

"Il faut dire que cette appréhension se justifie. Les prisons ont vu brusquement s'accroitre considérablement le nombre des détenus alors que les gardiens y étaient déjà en nombre insuffisants.

 

On pourrait au passage dire que le nombre considérable des détenus tient au fait que l'on a fait des raffles et que l'on a rempli les prisons. Et que les gardiens y étaient déjà en nombre insuffisants, cela c'est lui qui le dit, il ne nous donne pas de chiffre, il ne donne pas de sources.

 

Je reprends ma citation :

 

"Les prisonniers peuvent assez facilement communiquer avec l'extérieur, plus encore se réunir entre eux."

 

C'était drôlement sympa les prisons de la Commune de Paris ! Les prisonniers discutent et communiquent avec l'extérieur... On l'apprend, en tous les cas c'est lui qui le dit.

 

Je reprends :

 

"Il règne parmi eux une atmosphère invraisemblable, ils boivent ensemble à la santé de l'ennemi, ils festoient à la nouvelle des victoires prussiennes, ils promettent aux Patriotes un châtiment sanglant et exemplaires quand les Alliés entreront dans Paris.

 

Qu'est-ce que nous raconte Jean Massin ici ? Que les prisons étaient dirigées par les prisionniers qui y faisaient la loi ? Qu'est-ce qu'il raconte ? D'où il sort cela ?

 

Je reprends :

 

"Tout ceci transpire largement au dehors et il faut en tenir compte."

 

Et oui, dans les prisons les prisonniers complotent contre 'la Patrie', et il faut en tenir compte... Je reprends :

 

"La guerre de la contre-révolution contre la Révolution est vraiment une guerre à mort. Ni Robespierre, ni Marat, ni les autres n'étaient des hallucinés pour en avoir conscience."

 

Et voilà comment on avance des contre-vérités historiques ou en tout cas des fausses vérités historiques. Parce que pour avancer des choses comme celles-là, il faudrait à tout le moins citer des sources, donner des preuves, des arguments, et pas seulement des formules à l'emporte-pièce qui consistent à justifier par avance qu'on aille massacrer des gens, qu'on soupçonne des pires intentions alors qu'ils sont prisonniers, donc incapables d'agir.

 

Je reprends :

 

"Si Brunswick, traînant les immigrés, était entré à Paris, il y aurait eu autant de potences dans les rues que de croix sur les routes de Capoue à Rome après la défaite de Spartacus. Et les Suspects, prisonniers de la veille, n'auraient pas été les derniers à y accrocher les Patriotes."

 

Ah ben voilà... Si Brunswick était entré à Paris, les gens qui étaient en prisonniers n'auraient pas été les derniers à accrocher à des potences les têtes des Patriotes... Ce n'est pas comme cela que l'on fait de l'histoire monsieur Massin.

 

Je reprends :

 

"Avant de gémir sur le sort de Mme de Lamballe,

 

(qui était une amie de Marie-Antoinette, qui a été abominablement massacrée parmi les 1500 victimes des Massacres de Septembre.)

 

... Avant de gémir sur le sort de Mme de Lamballe, il vaut mieux réfléchir et réaliser de quel coeur la confidente et la complice de Marie-Antoinette, aurait applaudi du bout de ses doigts distingués, à la pendaison massive des Parisiens. ...

 

De quel droit ose-t-on parler comme cela au nom des morts? Avec des si, on peut refaire toute l'histoire. Et ce n'est pas comme cela que l'on écrit l'histoire. En tous les cas, ce n'est pas comme cela que je la conçois.

 

Je reprends les citations de Jean Massin.

 

"Les Massacres de Septembre devaient durer jusqu'au 4

 

(ils ont commencé le 2)

 

...et faire de 1000 à 1400 victimes."

 

Alors là monsieur Massin ce n'est pas sérieux. Les massacres ont duré du 2 au 9. De dimanche 2 à dimanche 9. Et pas de dimanche 2 à mardi 4. C'est faux. Et vous le savez puisque vous avez accès aux archives.

 

La version de Jean Massin a été relayée à l'époque par Le Moniteur. C'est-à-dire le journal des débats de l'époque, qui a écrit: 

 

"On a des preuves non équivoques du plus horrible complot contre la Liberté publique."

 

Et oui ! On n'a pas massacré simplement des prisonniers mais des gens qui complotaient. Et Le Moniteur dit qu'on a des preuves. Lesquelles ?

 

Je reprends :

 

"Pendant la nuit du 1er au 2 septembre, les prisons seraient ouvertes pour faire évader les conspirateurs."

 

On a des preuves que des gens allaient libérer les gens qu'on avait mis en prison ?

 

"... et que les autres détenus dont le nombre était considérable et auxquels on devait donner des armes, autant qu'il en serait possible, répandraient dans la ville, forceraient les corps de garde, désarmeraient les citoyens. Et réunis, quelques autres Brigants s'introduiraient dans les maisons pour piller et incendier."

 

On a donc fait des massacres préventifs... Les massacres de Septembre ont prévenu la population parisienne contre son massacre par les gens qui étaient en prison.

 

Alors laisson-là les délires de monsieur Jean Massin pour apprendre et pour dire que ce que l'on sait des Massacres de Septembre on l'a trouvé dans l'étude des Archives de la Commune de Paris, qui était à l'époque le gouvernement de Paris, puisque cela a été la dictature de la Commune de Paris sur l'ensemble du territoire. Les archives de la Commune de Paris ont malencontreusement été détruites pendant la deuxième Commune de Paris, celle de 1871. Or il se trouve qu'avant 1871 des chercheurs ont épluché à fond ces archives, et sont en mesure de dire que 235 égorgeurs embauchés par un comité spécial de la Commune de Paris, spécialement créé à cet effet. Le comité était surveillé par Pétion, maire de Paris, Manuel, procureur, Robespierre, dont il s'agit ici, Marat, de triste réputation, les officiers municipaux, et les juges de paix Panis et Sergent, 235 égorgeurs, ont été payés par le ministre de l'Intérieur, Roland (girondin) et par le ministre de la justice Danton (montagnard), pour massacrer dans les prisons au moins 1400 détenus. On a tué à l'arme blanche. Un batallion de 50 soldats mettant les égorgeurs en joue les aurait neutralisé en un quart d'heure. Pas un n'avait une arme à feu. On a leurs noms, on a leurs signatures sur les quittances qu'ils ont signé de leur salaire. Ils ont massacré des prêtres réfractaires, des soldats suisses rescapés de l'horreur du 10 Août, des galériens dont le pécule avait éveillé leur convoîtise. Des galériens... ils ont massacré et pillé des galériens. ... On a massacré les filles de joie et les voleuses de la Salepêtrière. ... Ils ont massacré des prisonniers arrêtés pour des petits délits correctionnels. Et à Bicêtre, ils ont massacré 30 enfants, 30 petits garçons qui étaient là à titre de correction ... ou bien était-ce les enfants de choeurs qui étaient destinés au service religieux de l'établissement.

 

Et vous savez ce que ces valeureux défenseurs de la République en danger, ou de la "Patrie en danger" ont fait avant d'aller massacrer des femmes ? ils sont rentrés dans les dortoirs des petites filles, et ils en ont fait un viol collectif pendant toute une nuit.

 

Vous savez ce que représente le sang de 1500 personnes ? Ca fait 7000 litres de sang,  7 mètres cubes. Un mètre cube multiplié par 7. Ce sang s'est répandu dans les rues de Paris. On a promené des têtes dans les rues de Paris. On a mangé de la chair humaine. On a bu du sang humain. On a violé, outragé, dépecé vivant, mutilé, tué de mort lente. Et heureux celui qui tombait du premier coup. Ceux qui ont vu les autres en réchapper et se faire massacrer disaient qu'ils priaient pour mourir le plus vite possible. Et ne pas subir les outrages que les autres ont subi.

 

Marion Sigaut termine ainsi cette video :

 

"La version de Jean Massin c'est celle de tous les adorateurs de la Révolution française. Les Massacres de Septembre ? Il fallait le faire. C'était nécessaire. La Patrie était "en danger"... En plus, ce n'était pas si grave, et c'est le peuple qui a agi de son propre mouvement, pour se protéger. La vérité ? C'est que ce fut une abomination, que cela a été préparé, voulu, planifié, organisé, surveillé, et payé. Le peuple a été tétanisé de terreur. Et les 'élections' à la convention [1], qui ont vu naître la république... se déroulaient en même temps. Elles ne sont pas belles les 'valeurs de la république' ?"

Notes

 

[1] Les élections" entre guillemets, vu que depuis le "élections" de juin 1791 qui se traduisirent par une forte abstention",  "les consultations organisées les années suivantes,... n'ont "jamais mobilisé plus du cinquième des électeurs." ... La promotion aux responsabilités se faisait "en circuit fermé" : les fonctionnaires peuplent les assemblées chargées d'élire les fonctionnaires. ... L'oligarchie née de ces pratiques n'était pas moins un démenti des attentes... On n'imaginait pas que l'élection puisse conduire à la formation d'une 'classe' politique distincte du reste de la société" (Patrice Gueniffey, Histoire de la Révolution et de l'Empire, Perrin, Collection Tempus, Paris 2011, p. 86-88).

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7 octobre 2015 3 07 /10 /octobre /2015 06:10
Michel Onfray: la fin de notre civilisation ?

Lors de la sortie de son livre Cosmos à la librairie Mollat le 27 avril 2015, on voit Michel Onfray se rebeller contre la politique de la gauche maçonnique tendance "Grand Orient de France" et décrire avec ironie le mutisme obligatoire des socialistes face aux dogmes et déviances de la "religion de la République" chère au franc maçon Vincent Peillon.

 

"Moi je ne suis pas comme vous un mouton" leur dit-il...

 

Video très intéressante de Onfray, même si le titre de la video ne correspond pas exactement au contenu : 

Michel Onfray critique le nihilisme :

 

"Le nihlisme c'est l'instant pur. C'est l'incapacité à lier le présent avec le passé et avec le futur.

 

Dès qu'aujourd'hui on veut lier le présent avec le passé, on est réactionnaire. Donc on est réac, donc on est facho, donc est vichyste, donc on est pétainiste. Et donc c'est Adof Hitler, donc la Shoah, donc on est à l'origine des six millions de morts.

 

Alors évidemment, et bien on a peur de dire qu'on aimerait bien revenir à une école où l'on apprenait à lire et à écrire. Par exemple, dès qu'on dit cela et qu'on est assimilé à Adolf Hitler, il y a un moment donné où on n'a pas forcément les épaules, quand on a trente ans. Aujourd'hui, cela va je les ai (les épaules). Donc oui, je suis hitlérien, je suis stalinien, je suis léniniste, je suis bolchévique, je suis sartrien - ha non pas ça ! -, ... mais je suis tout ça. Cela ne me fait plus peur comme cela pouvait me faire peur à une époque et je laisse les gens dire 'Onfray réactionnaire'. Cela me generait que Libération dise du bien de moi. Et ils en ont dit récemment, cela me fait un peu de peine. Donc je me dis ils deviennent 'réac' eux aussi, ou alors il va falloir qu'ils revoient leur jugement sur moi !

 

... Mais je me dis à un moment donné, si on a lu Fernand Braudel, et ce qui est mon cas, et qu'on ne s'est pas contenté de ses analyses sur la Méditerranée... on se dit que ce qui est intéressant chez Braudel c'est la longue durée. Et on se dit: nous sommes dans une longue durée qu'on ne saisit pas, parce qu'on est dans l'instant pur. C'est l'instant du tweet, c'est l'instant de l'info, un clou chasse l'autre. Il y a une information, le centre du monde c'est vous, mais demain ce n'est plus vous. Et puis le surlemain ce n'est plus celui qui faisait le centre du monde la veille, et puis etc. Et puis on a perdu la mémoire de tout cela.

 

Donc, celui qui dit le présent s'enracine dans le passé, il produit des effets dans le futur, c'est quelqu'un dont on dit 'mais vous ne seriez pas un peu réac vous?!' 'Vous voudriez faire de l'histoire, mais il y a un éternel présent et l'éternel présent c'est la vérité. C'est l'éternel présent de BFMTV, de toutes ces espèces d'images qui en permanence ne nous dit rien d'autre que 'il y a de l'image'. Et moi je dis non il n'y a pas que de l'image. L'image est enracinée, elle nous dit quelque chose. L'image provient d'un monde et l'image va vers un monde.

 

Et quand on voit cela et qu'on dit 'et si nous faisions un peu d'histoire', 'et si nous pensions l'instant non pas dans l'éternité, n'allons pas jusque-là, mais à une histoire de longue durée, de fait l'on arrive à la question de la civilisation. Question interdite quand on est un homme 'de gauche'. On n'a pas le droit. Si on commence à poser la question de la civilisation, ministère de l'identité, Vichy, Pétain, fasciste, nazi, Auschwitz, etc., et cela continue. Donc, c'est vrai que cela devient difficile.

 

Mais comme c'est tous les jours qu'on se fait insulter, il y a juste un moment donné où cela fait sourire. Et on se dit tant pis ... et je vais proposer une pensée de la civilisation, justement parce que nous sommes dans le nihilisme.

 

Tout le monde est d'accord, 'nous autres civilisations, nous savons que nous sommes mortelles', comme disait Paul Valéry et on ennuie même les lycéens avec des sujets de philo avec cette question-là. Donc tout le monde est d'accord, mais personne n'est d'accord. Parce que si vous dites que nos civilisations sont mortelles, vous dites : 'et la notre, est-ce qu'elle n'est pas mortelle ? Est-ce qu'elle ne serait même pas un peu mourante, moribonde, voire morte ?' Oh ! décliniste ? Vichy, Pétain, etc. Donc vous vous dites cela va devenir difficile, mais j'en ai fais mon pain quotidien, ce n'est pas mon problème. C'est leur problème. Mais moi je veux essayer de penser des choses qui me sidèrent. Et des choses qui me sidèrent c'est de penser que par exemple la gauche puisse nous dire aujourd'hui les femmes pauvres n'ont qu'à porter les enfants des riches et qu'on doit pouvoir pouvoir louer les utérus. Cela s'appelle de l'esclavage cela, de dire aux femmes 'vous allez louer vos ventres'. Les pauvresses-là, 'il n'y a plus de boulot, vous n'avez qu'à louez votre utérus aux riches'. Oh ! merci Pierre Bergé, même on vous donne une médaille ! Et récemment François Hollande luia donné je ne sais pas quel grade dans la légion d'honneur ! Et on se dit, 'mais si je suis de gauche il faut que je soutienne cela!', parce que si je ne soutiens pas cela ... Vichy, Pétain, ...etc. He bien non ! Je ne défends pas cela, je suis désolé. Mais moi qui suis de gauche je pense qu'il y a un autre destin pour défendre le ventre des femmes que de porter les enfants des riches.

 

... Donc, je dis si on veut penser le nihilisme, la place que nous occupons dans le nihilisme, si on veut penser la question de la civilisation, de la durée de notre civilisation, de l'existence même de notre civilisation (elle née quand ? elle croît comment ? elle devient grande quand ? A quelle époque ? Avec qui, avec quoi ? etc.) Douzième siècle. Prenez une carte de l'Europe et regardez le nombre des abbayes cisterciennes qui se créent au XIIe siècle, c'est extraordinaire, voilà une espèce de floraison sur la totalité de l'Europe. Et vous vous dites, ben oui, civilisation chrétienne. C'est moi l'athée qui vous le dit: notre civilisation est chrétienne. C'est même sidérant que l'on soit obligé de le dire ! Dire aujourd'hui 'notre civilisation est chrétienne' c'est tout de suite passer pour un fasciste, etc. Mais non ! C'est un fait. Et c'est un fait d'évidence. Et l'on construit quoi aujourd'hui ? Qu'est-ce qu'on construit aujourd'hui ? On n'arrive même pas à finir la Sagrada familia à Barcelone ! Vous vous dites on a un architecte qui a proposé une cathédrale, on ne parvient pas à la faire, elle n'est pas terminée, elle ne se termine pas. Le premier aujourd'hui qui a décidé d"installer un hypermarché avec une cinquantaine de magasins, il vous fait sortir cela su sol en six mois ?

 

Donc il y a des choses qui nous permettent effectivement de voir que notre civilisation s'effondre, est effondrée, ne va pas bien. Alors je ne le dis pas en disant 'soyons réactionnaires !, en restaurant un ordre ancien, c'était mieux avant, etc., etc.' Je dis juste qu'lil faut constater que les civilisations marquent leur époque dans un temps, dans une géographie, dans une histoire, et que cela disparaît. Il y a eu Sumer, Babylone, on a eu les Grecs, on eu les Romains, on a eu l'Europe. L'Europe, cela démarre avec Constantin, IVe siècle ap. J.-C., et cela s'effondre. Je ne vais pas donner le détail de Décadence, j'y travaille. Il y a des processus particuliers qui montrent quand, où, comment cela s'effondre. Et puis un moment donné où on voit effectivement que nous ne créons plus rien, nous ne produisons plus rien et que nous sommes dans un nihilisme généralisé. On écrit des romans à l'époque du 'nouveau roman' où Alain Robbe-Grillet nous dit 'pas de personnage, pas de psychologie, pas d'intrigue !' On nous fait de la musique avec ... du silence. Les 4 minutes 33 de silence de John Cage. On nous fait du cinéma sans image : Guy Debord. On nous fait de la peinture sans sujet, sans représentation, du monochrome: Klein ou Malévitch, Carré blanc sur fond blanc ! On nous fait de la poésie sans mots, le lettrisme d'Isidore Isou, etc.

 

Donc il y a eu effectivement, après 14-18, une espèce d'augmentation du nihilisme avec le surréalisme qui a joué ce rôle-là. Alors évidemment, si vous dites une chose comme cela, vous êtes tout de suite un 'réactionnaire'. Mais on voit bien comment cette invitation à tout détruire, de Tzara, dada, d'abord, puis ensuite de Breton, mais il y a eu aussi avant le futurisme et Marinetti, comment tout cela accompagne - cela ne produit pas mais cela accompagne -. On obéit au fameux Zeitgeist de Hegel, l'Esprit du temps, et on voit que notre civilisation est une queue de civilisation et que cela s'effondre." (Fin de citation)

Si on écoute bien ce que dit le philosophe, c'est la "civilisation" mercantile, matérialiste et nihiliste qui a chassé Dieu de la société qui est responsable de la chute de notre civilisation chrétienne. La seule solution se trouverait donc dans une redécouverte de ce qui a fait ce que nous sommes: le christianisme.

Catholiques, monarchistes et autres défenseurs du droit naturel ! impossible de survivre en démocratie sans s’instruire au préalable de cette technique de subversion de la pensée réaliste.

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30 septembre 2015 3 30 /09 /septembre /2015 19:21

Le Moyen Âge recèle des quantités d'informations, d'explications sur la France, sa création, son identité, ses racines monarchiques, catholiques, qui donnent une vraie profondeur à la France qui n'est pas un objet politique non identifié qui serait né il y a deux siècles.

Gilles Ardinat

La vérité sur l'Inquisition (Gilles Arnidat, Tv Libertés)

"Dans une époque qui souhaite déraciner les personnes, en faire des personnes hors sol", et afin de "se réapproprier notre passé collectif, qui est un passé glorieux, passionnant", Gilles Arnidat, agrégé de géographie qui enseigne à l'Université de Montpellier, aborde à partir de 32:25 dans la video ci-dessous, la question de l'Inquisition médiévale, "qui couvre la période des trois derniers siècles du Moyen Âge".

Extrait :

 

"L'Inquisition est un tribunal ecclésiastique d'exception.

 

Tribunal. C'est-à-dire que ce sont des juges avec une procédure relativement avancée (on le verra après) compte tenu des usages de l'époque; avec des assesseurs. Ce tribunal va émettre des jugements ecclésiastiques. C'est une création de l'Eglise. Il ne s'agit pas comme dans le cas de l'Inquisition espagnole au XVe, XVIe, XVIIe, XVIIIe siècle d'une création étatique. C'est quelque chose de plus ou moins supra-national qui a vocation à intervenir sur l'ensemble de la Chrétienté. Et c'est un tribunal d'exception, c'est-à-dire que cela va venir en complément de la justice ecclésiastique ordinaire. La Chrétienté est organisée en territoires, avec des évêques, des archevêques, toute une hiérarchie qui est une des caractéristiques de l'Eglise catholique.

Ce tribunal a été créé de manière progressive par un certain nombre de décrétales, c'est-à-dire des décisions papales qui vont d'abord dire qu'il fait une enquête et des preuves avant de condamner quelqu'un, et qui vont préciser ensuite que les laïques doivent être tenus à l'écart de ce jugement. Au début des années 1200 va se préciser ce tribunal qui va être, avec la constitution de 1231, complètement institutionnalisé. Donc une création progressive.

La vérité sur l'Inquisition (Gilles Arnidat, Tv Libertés)

Le but est de créer un tribunal qui soit indépendant de la justice locale. Et c'est pour cela que Rome va s'appuyer sur l'ordre des Dominicains, qui est créé en 1215.

La vérité sur l'Inquisition (Gilles Arnidat, Tv Libertés)

Les Dominicains sont un ordre de moines, marqué par son humilité, sa pauvreté, etc., très mobile.

 

L'objectif de ce tribunal est de lutter contre les hérétiques, c'est-à-dire les chrétiens dissidents (ceux qui remettent en question les dogmes NdCR.). Donc l'Inquition médiévale, contrairement à ce que l'on dit, a très peu persécuté de Juifs, de sorcières ou sorciers. la priorité, par exemple, c'était les cathares, ceux qui s'éloignaient de l'orthodoxie romaine.

 

Il faut rappeler que les procès en sorcellerie, c'est l'époque moderne. Une justice laïque rendue par les parlements et qui va principalement dégénérer dans le monde protestant, où il y aura le plus de procès de sorcières.

 

Le terme de légende noire de l'Inquisition désigne le récit extrêmement négatif et atroce qui a été fait de cette inquisition. Cette légende s'inscrit elle-même dans ce que j'appelle, moi, la légende noire du Moyen-Âge. Le but est de présenter le Moyen Âge comme une période d'obscurantisme, c'est-à-dire de régression intellectuelle formidable, dans une période d'dextrême violence, dont l'Eglise catholique serait la principale responsable. Donc on a une vision simplifiée, exclusivement à charge, visant à disqualifier toute une période et l'Inquition est un des épisodes les plus caricaturés.

 

Qui sont les auteurs de cette légende noire de l'Inquisition ?

 

Ce sont les penseurs des Lumières au XVIIIe siècle. Les Lumières, c'est un combat contre l'Eglise catholique. Et le plus emblématique étant Voltaire (16694-1778), génie littéraire incontestable, mais qui est aussi un militant politique. Et qui le dit clairement: le mensonge, la falsfication font partie de ses armes dans son combat. Et on sait dans Candide, ou dans d'autres prises de position, il a contribué à présenter l'Inquisition sous une version en effet, tout à fait effrayante. Et cette tradition des Lumières va être ensuite cultivée par tous les milieux anticléricaux, qu'ils soient protestants et surtout après, républicains.

 

Aujourd'hui, quelque soit leurs tendances, les historiens qu'ils viennent du marxisme, ou même des gens comme Pierre Chaunu (1923-2009), qui est protestant calviniste que l'on ne peut pas soupçonner d'être soudoyés, reconnaissent que cette légende noire est un mythe, mais un mythe dont l'efficacité est redoutable. Donc, c'est l'intérêt de cette émission, c'est de dire aux auditeurs que pratiquement plus aucun historien ne défend cette version-là, et que tous les historiens en utilisant la documentation très importante que les inquisiteurs ont produite montrent les caricatures que l'on retrouve par exemple dans les séries Inquisitio, ou Kaamelott. On voit aussi appraître Bernard Gui dans Le Nom de la Rose, un film qui reprend aussi un certain nombre d'idées reçues.

 

Il faut aussi rappeler le type de justice qui se pratiquait avant l'Inquisition : l'ordalie

 

Il faut remettre les choses dans leur contexte. Au Moyen Âge, on est encore dans des pratiques judiciaires qui nous paraissent aujourd'hui tout à fait farfelues, magiques, avec ce que l'on appelle les ordalies.

 

L'ordalie est une pratique qui visait à utiliser ce que l'on appelait le jugement de Dieu, c'est-à-dire que l'on va brûler une barre de fer jusqu'à ce qu'elle soit incandescente et l'on va demander à l'accusé, par exemple, de la prendre dans la main. On considère à cette époque que si Dieu veut protéger cette personne, il interviendra de façon miraculeuse. On soumet les accusés à des tortures. Et cette justice-là qui se met en place à partir du début du Moyen-Âge, liée à des pratiques apportées du monde germanique, et lié à la déliquescence du système juridique romain, va se maintenir pratiquement jusqu'au milieu du Moyen Âge par des juridictions laïques. L'Eglise a toujours réprouvé ces méthodes-là. Et l'inquisition ne pratiquera jamais les ordalies. Au contraire, il y a une volonté d'avoir une réelle procédure. Cela est un élément important. Parfois les étudiants en droit sont choqués de leurs premiers cours d'histoire du droit et que leur professeur leur expliquent que l'Inquisition a fortement contribué à l'édification de nos méthodes contemporaines. L'inquition a une postérité procédurale extrêmement forte jusqu'à aujourd'hui. L'Inquisition signifie étymologiquement l'enquête (inquisitio). C'est un progrès. L'Eglise et les décrétales en attestent, dit que "la rumeur ne suffit pas à faire condamner quelqu'un". C'est-à-dire qu'on va faire une enquête et il faut des preuves. Aujourd'hui, la procédure dite inquisitoire c'est une création de l'Inquisition de l'Eglise catholique. Cette procédure consiste à dire que l'institution judiciaire elle-même, peut mener une enquête, au nom du Bien commun, sans avoir nécessairement besoin d'une procédure dite accusatoire. La procédure accusatoire, c'est ce que le Moyen Âge avait comme norme jusqu'à la création de l'Inquisition. Cette procédure accusatoire nécessite qu'une tierce personne porte plainte. Il doit y avoir un plaignant identifié pour porter l'accusation. Et dans cette procédure, le juge n'est qu'un arbitre entre deux parties. La procédure inquisitoire, c'est l'institution elle-même qui peut porter les chefs d'accusation sans avoir besoin d'une tierce personne. Toute notre système judiciaire s'est inspiré de cette procédure inquisitoire avec une particularité concernant l'Angleterre. Le Roi d'Angleterre ne va pas accepter la présence de l'Inquisition sur son territoire et donc le droit anglais, à partir de ce moment-là, développe une spécificité puisqu'il veut conserver la tradition de l'époque qui est la procédure accusatoire. Et le droit anglo-saxon, dont on parle aujourd'hui, que l'on voit s'imposer avec les tribunaux d'arbitrage, le traité transatlantique, etc., l'une des spécificités qui expliquent cette évolution est que les rois d'Angleterre n'ont pas voulu de l'Inquisition.

 

La torture

 

La torture, que l'on appelle à l'époque la question, est une réalité de l'Inquisition qu'il ne faut pas nier. C'est une réalité qui se met en palce vingt ans après la création de l'Inquisition à une époque où toutes les justices laïques pratiquent massivement la torture, justice seigneuriale et justice royale comprise. Et cela durera chez nous jusqu'à Louis XVI qui abolira la torture.

 

Il faut savoir en outre, qu'au IXe siècle, la torture avait dors et déjà été condamnée par l'Eglise. Donc l'Eglise a toujours eu une certaine réticence. Et la torture va être autorisée en 1252 par une disposition papale mais d'une manière très codifiée, très réglementée. Ainsi, proportionnellement, les violences faites par les inquisiteurs, par rapport à celles qui étaient réalisées par les juges laïques étaient plutôt clémentes.

 

Ce n'est donc pas l'inquisition qui a créé ce mode interrogatoire et dans une certaine mesure elle est même en retrait par rapport à ce qu'était les pratiques courantes du temps. Sachant que pour tout ce qui est torture et exécution à mort, il y a ce que l'on appelle le bras séculier, c'est-à-dire que l'Eglise a recours aux chevaliers, aux autorités laïques locales, pour exécuter les sentences. Les moines dominicains dans le tribunal, n'étant pas autorisés à pratiquer ces violences.

 

Donc on a un débat contradictoire. Une possibilité pour l'accusés de produire des preuves et des témoins. C'est ce qui est notable, on peut se défendre. Et là il faut comprendre quel est l'objectif de l'Inquisition ? L'objectif de l'Inquisition n'est pas de condamner à tour de bras, mais de réintégrer les brebis égarées dans la foi catholique. Et les documents montrent que lorsque les inquisiteurs n'arrivent pas à cela, c'est un échec pour eux. Un inquisiteur compétent, il réintègre le maximum de monde dans l'Eglise.

 

 

La vérité sur l'Inquisition (Gilles Arnidat, Tv Libertés)

Ainsi, on a des chiffres pour le fameux Bernard Gui (1261-1331), qui a traité d'un certain nombre d'affaires sur Toulouse (qualifié à l'époque de nid d'hérétiques avec les cathares) et les condamnations représentent finalement une part tout à fait minoritaire. De 1208 à 1223, il a produit 930 sentences, dont nous avons des sources précises. Dans ces sentences, il y a 139 acquittements. Donc des personnes qui ont pu démontrer que les accusations d'hérésie étaient totalement infondées, qu'elles étaient catholiques et donc du coup il y a acquittement. Il  ya 286 peines religieuses, c'est-à-dire que la personne doit effectuer des pénitences, et en fonction du niveau d'hérésie cela pouvait être un pélerinage, voire une obligation de se croiser et de partir en Orient. Tout cela était gradué. Et puis dans les peines religieuses il y avait les fameuses croix jaunes, c'est-à-dire que la personne hérétique devait coudre sur ses vêtements une croix chrétienne jaune, d'une part pour être repérée par les Clercs et autres comme quelqu'un qu'il fallait particulièrement suivre sur le plan théologique et spirtituel, et puis c'était aussi une peine infâmante dans cette société chrétienne. Donc, des peines religieuses qui sont très nombreuses. Des peines d'emprisonnement: 307 peines. Et là aussi, l'Inquisition marque dans l'histoire du droit une avancée du point de vue de nos codes d'aujourd'hui. C'est que avant l'Inquisition, la peine d'emprisonnement n'existe pas dans la mentalité. C'est vrai dans le monde antique et dans le monde médiéval. Emprisonner les personnes pour une certaine période n'existait pas. C'est l'Inquisition qui a créé ce système-là. Donc notre système judiciaire doit beaucoup à ces tribu,aux ecclésiastiques. L'emprisonnement était appelé le mur. On va emmurer quelqu'un, contrairement à ce que dit la légende noire, on ne va pas le mettre dans un trou et lui mettre des briques devant lui jusqu'à l'asphyxie. Emmurer quelqu'un c'est l'enfermer dans une cellule. Alors les conditions de détention de l'époque sont très dures. C'était une peine très sévère. Néanmoins il y a deux niveaux d'emprisonnement, deux niveaux de murs. En quelque sorte, le mur le plus sévère c'est le mur étroit où la personne a un régime alimentaire et des conditions de vie très dures. Mais il y a également le mur large où la personne peut recevoir des visites de sa familles, sa famille peut apporter de la nourriture, etc. Et ce qui est surprenant, des autorisations de sortie pour aller à la messe le dimanche, pour les fêtes religieuses. Donc, des conditions de détention plus souples. Et là, cela dépend du niveau de gravité de l'hérésie. Ce système carcéral avant l'heure se met en place avec des principes qu'il y ait des peines à perpétuité, mais la documentation montre que pratiquement une peine sur deux était interrompue. Donc là, il y a une possibilité d'aménagement (de la peine). Ensuite, il y a 156 peines diverses qui vont de l'exhumation (pour un mort jugé hérétique), le pilori, l'exil, etc. Et donc, sur ces 930 sentences, Bernard Gui n'a pratiqué que 42 mises au bûcher, c'est-à-dire 4,5% des condamnés. Moins de 5%. Et ces proprotions se retrouvent sur l'ensemble des tribunaux dont on a une documentation sérieuse.

 

Et il faut replacer tout cela dans le contexte de l'époque. Ce qui montre à quel point les propos tenus par certains journalistes assimilant l'Inquisition à un totalitarisme de type contemporain pèchent complètement par anachronisme.

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24 septembre 2015 4 24 /09 /septembre /2015 19:19
Louis XIV - Roi de France, 1661 - Charles Le Brun - Jean de La Varende, Louis XIV, Éditions France-Empire, Paris 1958 - Château de Versailles

Louis XIV - Roi de France, 1661 - Charles Le Brun - Jean de La Varende, Louis XIV, Éditions France-Empire, Paris 1958 - Château de Versailles

Lettre ouverte à Louis XIV. Marie-Françoise Ousset, Guide-Conférencière de la Ville de Paris, fille du grand Jean Ousset, vient de nous faire parvenir sa "lettre ouverte à Louis XIV" à l'occasion du tricentenaire de sa mort. (Source: Lys de France Nicolas Chotard)

 

LETTRE OUVERTE A LOUIS XIV

Pour le 300ème anniversaire de sa mort

Cher Louis XIV,

 

Peut-être avez-vous été un peu contrarié de la manière dont la télévision a parlé de vous en ce premier septembre 2015. Bien sûr il y eut de magnifiques photos de Versailles mais, comme vous avez pu le constater, « la 2 » vous a fait passer une fois de plus pour un despote à la fois léger et cruel et s’est complu à évoquer l’homosexualité de votre frère, vos maîtresses, la licence des mœurs à la cour, les dragonnades, votre fistule mal placée, la gangrène de votre jambe. Elle a même déclaré péremptoirement que aviez inventé la perruque car vous étiez chauve (ce qui est complètement faux : votre père en portait déjà une et lança la mode en 1620 !). Comme cadeau d’anniversaire, c’était plutôt raté !

Ce n’est tout de même pas pour votre fistule que l’Europe entière a eu les yeux tournés vers vous, que l’empereur de Chine Kangxi essaya de vous ressembler en portant une perruque comme la vôtre, que votre siècle fut appelé « le Grand Siècle », qu’il fut même appelé « le siècle des saints » (il faut dire que St Vincent de Paul vous avait précédé !). Et si les ambassadeurs du Siam se sont prosternés devant vous, ce ne fût tout de même pas pour voir de plus près votre pied gangréné ! Votre règne avait été le plus brillant du monde ! 3 rois seulement en Europe ont été qualifiés de « Grand » : vous, Louis de Bourbon mort en 1342 et Louis 1er de Hongrie. Vous aviez reconstitué la France et, lorsqu’on annonça votre mort à la cour de Frédéric 1er, roi de Prusse il fut seulement dit : « Le roi est mort ». Tout le monde comprit qu’il s’agissait de vous et pas d’un autre roi. Vous les aviez tous éclipsés.

Pour vous consoler un peu, cher Louis XIV, permettez-moi donc de vous dire que beaucoup en France ont appris à vous aimer grâce à de nouveaux et très bons historiens.

Certes, vous avez un peu trop vite déclaré la révocation de l’Edit de Nantes, fait démolir les murs de Port-Royal des Champs mais nous savons que l’homme dur du régime fut Louvois. Les dragonnades c’est lui et lorsque vous avez appris les horreurs qu’il avait commises, vous avez devant lui jeté votre canne par la fenêtre en lui disant : « Autrement, je vous la cassais sur le dos » Il est vrai pourtant que les exactions ont continué. Mais on oublie de dire dans nos médias que le midi avait été mis à feu et à sang de 1621 à 1629 par les protestants. (F. Bluche).

Au lieu de donner une fois de plus la parole à ce Michel de Decker, toujours frétillant de joie lorsqu’il s’agit de raconter les petites bassesses des grands ; au lieu de couper trop vite la parole à l’excellent historien Jean-Christian Petitfils, la TV aurait pu rappeler que vous avez mis fin à 40 années de trouble ; vous avez laissé la France plus prospère, plus peuplée, mieux armée qu’elle ne l’était au début de votre règne. Vous avez aidé Vauban à construire, autour de la France, ce qu’il a appelé sa « ceinture de fer ».Vous avez reconstituée une force navale : de 9 vaisseaux de ligne en 1660, il y en eût 220 en 1680 dépassant ainsi de 45 unités la Royal Navy (Bluche). La France a pu ainsi mieux se protéger contre « les incursions continuelles des algériens sur les côtes du Languedoc et de la Provence… » car « il n’y avait personne qui n’eut à pleurer un parent massacré, un ami esclave ou une famille ruinée » (Cal Maury).

Vous avez acheté Dunkerque à l’Angleterre, vous vous êtes emparé facilement de Lille. Vous avez tenu tête à une quadruple alliance contre la France : Espagne, Autriche, Angleterre, Pays-Bas. Bien loin de parader au château de Versailles, vous fûtes un homme de terrain, inspectant les remparts, les bastions, inaugurant des canaux surveillant les travaux.

Pour cet anniversaire, la télé aurait pu citer la lettre que le nonce apostolique écrivit à Rome dès votre décès : « (Louis XIV) avait le talent de gagner le cœur de tous ceux qui avaient l’honneur de l’approcher…grande rapidité pour débrouiller les affaires les plus compliquées… il a fait fleurir l’ordre d’un bon gouvernement et étendu les sciences et les arts à travers tout le royaume ». Bien sûr, certains diront : c’est un prêtre et un ambassadeur, il se doit d’être indulgent et élogieux. Mais pourquoi alors n’a-t-on pas cité le très anticlérical Voltaire qui, dans son « Siècle de Louis XIV », reconnait que les amusements de la cour « étaient de perfectionner le goût, la politesse et… de faire des français la nation la plus policée du monde ». Ce Voltaire qui contribua beaucoup à la Révolution Française, écrit également : « Louis XIV (…) fit voir qu’un roi absolu qui veut le bien, vient à bout de tout sans peine. Il n’avait qu’à commander, et les succès dans l’administration étaient aussi rapides que l’avaient été ses conquêtes. C’était une chose véritablement admirable de voir les ports de mer, auparavant déserts, ruinés, maintenant entourés d’ouvrages qui faisaient leur ornement et leur défense, couverts de navires et de matelots… de nouvelles colonies, protégées par son pavillon, partaient de tous côtés pour l’Amérique ».

A ce propos bien peu savent que le mot « Louisiane » vient de Louis XIV et que le fleuve Mississippi s’appelait à l’époque « le fleuve Colbert ». Mais si vous avez eu, cher Louis XIV, des comptoirs, jamais vous n’avez voulu la mondialisation. Lorsqu’on vous a proposé être roi dans les Balkans, vous avez refusé (F. Bluche).

La TV aurait pu citer aussi le Mal de Berwick parlant de vous : « Il était l’homme de son royaume le plus poli … depuis la monarchie vous ne trouverez roi plus humain » « Il n’avait de fier en lui que l’apparence… dès qu’on voulait lui parler, son visage se radoucissait et il avait l’art de vous mettre à l’instant en pleine liberté avec lui. »

La TV aurait pu tout simplement vous donner la paroleciter les sages recommandations que vous avez écrites à votre petit fils, le roi d’Espagne. Citer aussi vos mémoires dans lesquelles vous expliquez que, si vous avez pris le soleil pour emblème, c’est par « le bien qu’il fait en tout lieu prodiguant sans cesse de tous côtés la vie, la joie et l’action » ou encore : « C’est par le travail qu’on règne. Il y a de l’ingratitude et de l’audace à l’égard de Dieu, de l’injustice et de la tyrannie à l’égard des hommes de vouloir l’un sans l’autre » ;

Certes, l’émission a montré que vous étiez un excellent danseur mais on aurait pu rappeler aussi que, sous votre règne, Pierre Beauchamp a eu l’idée de codifier les pas de danse et que, lorsqu’il s’agit de danse classique, encore de nos jours, on emploie des mots français dans le monde entier. On dit « échappée battues » ou « sauts de chat » à New-York comme à Pékin.

Il ne fallait pas, bien sûr, s’attendre à ce que «  la 2 » ait le courage de dire ce que Philippe Erlanger (haut-fonctionnaire et écrivain) a calculé, à savoir qu’en comptant les deux Trianons, sur un demi-siècle, Versailles n’a pas coûté plus cher qu’un porte-avion modernequ’il a coûté le prix du déficit de l’exposition universelle de Léon Blum en 1936 ou encore à peu près le prix d’une campagne électorale d’un Président de la République ! Cela aurait été pourtant amusant !

Heureusement, les images parlent mieux que les mots et les contredisent parfois. On a pu se demander, pendant cette émission, pourquoi un roi aussi despotique que vous, qui avait été entouré parfois à Versailles de 36.000 ouvriers (F. Bluche), avait voulu un château sans douve, sans protection avec, au rez-de-chaussée, uniquement des portes-fenêtres. Comment dit-on portes-fenêtres en anglais ? French windows.

On a pu se demander pourquoi un obsédé sexuel avait fait réaliser un jardin qui parle avant tout à l’intelligence jamais aux sens : pas de banquettes pour s’allonger, presque pas de bancs pour s’asseoir, pas de coins d’ombre, pas de salon de verdure pour se mettre à l’abri des regards indiscrets. On s’est demandé surtout comment « la 2 » avait pu dire que la ménagerie de Versailles ressemblait à un phallus alors que les gravures nous la montre octogonale entourée de cours en éventail pour les différents animaux.

Pour les jeunes qui n’aiment pas la France car ils ne la connaissent pas, on aurait pu montrer vos côtés anti-conformistes. Cela aurait changé un peu ! Leur dire, par exemple que vous fûtes toujours plus passionné par votre jardin que par l’intérieur de votre château. Que, voulant tout comprendre par vous-même, on vous a vu prendre les cisailles du jardinier pour couper des ifs à Versailles, que votre meilleur ami a sans doute été le jardinier André Le Nôtre. Vous le convoquiez tous les matins. Il osait vous embrasser et lorsqu’il fut très âgé, vous l’avez vous-même promené dans sa chaise roulante.

Pourquoi ne parle-t-on jamais de votre amour des enfants ? S’il y a autant de « marmousets » dans le parc de Versailles, c’est sur vos recommandations. Vous aviez peur qu’on y mette toujours plus de statues grecques. Nous avons conservé votre lettre disant « je veux de l’enfance répandue partout » et, à l’intérieur du château, c’est vous qui avez demandé, pour le « salon de l’œil de bœuf », une frise représentant des enfants. C’est d’ailleurs en allant voir les vôtres que vous avez fait la connaissance de Mme de Maintenon. Vous l’avez épousée à l’âge de 45 ans et vous lui êtes resté fidèle jusqu’à votre mort à 77 ans. Elle était pieuse, bigote dit-on à l’encan, mais vous n’avez pas eu peur d’épouser une femme qui était née à la prison de Niort car son père criblé de dettes y était emprisonné ; une femme qui eut une jeunesse misérable avant d’épouser le poète grabataire Scarron. Elle vous a peut-être dit que, pour gagner un peu d’argent, elle nourrissait en foin des chevaux et a même gardé des dindons …avant de garder les enfants que votre Majesté a eus de la Montespan ! (Cal Maury)

Si on avait voulu rétablir la vérité et sortir des poncifs on aurait pu dire tellement d’autres anecdotes amusantes qui vous auraient rendu plus familier à tous !

Vous avez été un grand roi peut-être parce que vous avez su écouter et regarder. Ecouter car dès votre plus jeune âge, Mazarin tenait à vous faire participer au Conseil. Et vous avez écrit dans vos mémoires que vous étiez heureux lorsque vous constatiez que les ministres prenaient la décision que vous aviez choisie dans votre petite tête d’enfant. Vous aviez une oreille excellente, ce qui vous a permis de choisir pour la cour les meilleurs musiciens de votre royaume : Campra, Lully Delalande. Vous aviez également un regard extraordinaire, « insoutenable » même a-t-on pu dire qui vous a permis de reconnaître autant les grands génies de votre époque qu’une erreur sur un champ de bataille, un défaut dans une statue, une dissymétrie dans les fenêtres du Grand Trianon ou dans la hauteur d’un jet d’eau.

Cher Louis XIV, merci pour la beauté que vous avez donnée à la France dans tous les domaines. Merci de nous avoir rendus fiers de notre pays. Vous saviez, sans doute, qu’aucune civilisation ne se détruit du dehors sans s’être détruite de l’intérieur.

Alors s’il vous plait, cher Louis XIV, là où vous êtes maintenant, au Paradis, faites-vous présenter un homme que vous apercevez sans doute au loin, dans le groupe des gens qui auraient donné leur vie pour sauver la France. Il a nom Jean Ousset. Vous devriez vous entendre avec lui. Dans votre brochure « Manière de montrer les jardins de Versailles », vous dites souvent : « il faut faire une pause pour considérer les fontaines, les bas-reliefs…les vases, les statues ». Vous employez pudiquement le terme « considérer » qui laisse entendre qu’il faut regarder attentivement et non pas vouloir admirer ou détester trop vite. Vous dites aussi très souvent dans cette brochure « on en fera le tour… on en fera le demi-tour ». Avec d’autres mots, Jean Ousset disait la même chose : « Il faut qu’une statue tourne, il faut tourner autour de l’œuvre d’art ».

Alors, avec lui, priez pour la France, dites à Jeanne d’Arc qu’elle vienne, d’une manière ou d’une autre, sauver la France une fois encore. Elle en meurt d’envie, elle, qui voulait tant continuer à se battre ! Son cœur est toujours ici, quelque part au fond de la Seine. Si Dieu n’a pas voulu qu’il brûle, vous pensez bien que ce n’est pas pour qu’il soit avalé par un poisson ou qu’il parte dans la Manche se rapprochant ainsi des côtes anglaises ! Son cœur est toujours chez nous, dans la Seine, c’est évident. Peut-être le retrouvera-t-on un jour.

Merci d’avance de tout ce que vous pourrez faire encore pour nous et veuillez agréer, cher Louis XIV, l’expression de ma respectueuse admiration.

 

Marie-Françoise OUSSET

Humour !

 

Le tricentenaire de la mort de Louis XIV coïncidait avec la rentrée scolaire et son nouveau programme d'histoire dans lequel le Roi-Soleil a disparu.
Sur les réseaux sociaux, cet événement a été relayé avec humour   

Lettre ouverte à Louis XIV

Source: Lys de France (Nicolas Chotard)

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