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29 novembre 2015 7 29 /11 /novembre /2015 12:14

Merci à Claire Colombi pour cette lumineuse conférence.

"La fabrication de la légende noire du Moyen-Âge" par Claire Colombi

L'historienne médiéviste Claire Colombi continue de lever le voile sur les mensonges bien établis au sujet de l'histoire de la France médiévale dans le cursus scolaire depuis le plus jeune âge.

Extrait :

 

"On va commencer le Moye Âge à la Chute de Rome en 476. On va mettre mille ans jusqu'à la fin du Moyen Âge, en 1453 : fin de la Guerre de Cent Ans, chute de Constantinople, découverte de l'Amérique (1492), et Prise de Grenade.

 

On va rentrer dans la 'période moderne' jusqu'à la Révolution française.

 

Et à partir de la Révolution française, on va appeler cela la 'période contemporaine'.

 

La 'Renaissance', au XVe et XVIe siècle.  C'est la période qui a vu la plus grande guerre civile de l'Europe entre catholiques et protestants, la folie de la chasse aux sorcières, et le plus grand génocide de l'histoire en terme de nombre avec la dévastation du continent américain, mais il continue à jouir quand même d'une image - dans le public -, d'un progrès en marche. Il n'y a que les historiens médiévistes qui ont écrit des livres pour dénoncer les mensonges sur toute la période.

 

Mon travail est inspiré de Régine Pernoud (1909-1998). Et notamment ses ouvrages 'Lumière du Moyen Âge, Beauté du Moyen Âge' (1ère éd. 1944), et 'Pour en finir avec le Moyen Âge' (1977). Ensuite, Jacques Heers (1924-2013), 'Le Moyen-Âge, une imposture' (1992). Et aussi les travaux qui avaient beaucoup inspiré Régine Pernoud, de Gustave Cohen (1879-1958), 'La Grande clarté du Moyen-Âge' (1943) - 'est pour cela que Régine Pernoud écrivit son livre 'Lumière du Moyen-Âge' - qui lui était un passionné d'art et de culture du Moyen-Âge.

 

L'idée que l'Antiquité a été oubliée est un mensonge d'une malhonnêteté d'un point de vue intellectuel. Les oeuvres des troubadours font constamment référence au bouillant Achille, à l'Illiade, ou à Alexandre le Grand. Et surtout ceux qui ont permis que cette transmission de la mémoire se fasse, c'est les copistes. qui ont écrit dans leurs scriptorium (Les scriptoria les plus célèbres sont ceux qui se sont développés à l'époque carolingienne et ont permis la transmission des textes de l'Antiquité classique, ouvrant la période appelée la "Renaissance carolingienne". Ndlr.)

 

Régine Pernoud écrit tellement bien que je ne peux pas passer par-dessus elle : 

... Pour trouver un véritable épanouissement de l'esprit français, une littérature pure et dépouillée de tout emprunt, il faut recourir au Moyen Âge. S'obstiner à ne rien voir au-delà de la Renaissance, c'est se mutiler de la plus authentique manifestation du génie de notre race. C'est, au surplus, ignorer une époque pendant laquelle, précisément, la civilisation des lettres françaises fut imitée dans toute l'Europe.

Aujourd'hui, on a évacué le Roman de Renart, les chansons de geste, telle que Roland de Roncevaux, Tristan et Iseut, le Roman de la Rose, les Romans Arthur et ce que l'on appelle la Matière de Bretagne, les poèmes de Rutebeuf (1230-1285) et de François Villon (1431-1463). En fait, la poésie chantée des Troubadours et des Trouvères. Elle était très complexe et très riche d'un point de vue de la forme. Ils avaient des formes fixes qu'on appelait virelais, rondeaux, avec des jeux de mots liés à l'homophonie, etc. Et à côté de cette complexité et de cette diversité, le sonnet, la forme poétique reine de la 'Renaissance', au XVI et XVIIe (Ronsard, par exemple) est vénérée pour sa simplicité, son élégance et son style épuré. Mais, techniquement, c'est un appauvrissement. Cette volonté d'épuration du style, d'un strict point de vue technique, est un appauvrissement.

 

(A la 'Renaissance', à propos de) cette idée de pureté originelle et de dévoiement culturel, ce qui s'est passé, c'est que cette manière de penser à été récupérée par des gens qui se sont dit 'on va revenir à la pureté originelle de l'Ancien Testament', et on va se débarrasser de tout cela, et en fait, c'est la Réforme protestante. C'est-à-dire que cette contestation culturelle devient une contestation religieuse.

Et c'est la Réforme protestante qui fantasme une lumière de l'Evangile qui se serait obscurcie.

 

De la même manière qu'on avait un 'humaniste' qui disait on avait un latin de Cicéron qui était magnifique et qui, au fil du temps, s'est perdu, les protestants arrivent derrière et disent on avait une lumière de l'Evangile qui était magnifique et la papauté a dit n'importe quoi et on a perdu le sens. Et donc, rappelez-vous la définition du dictionnaire (sur le Moyen Âge) 'hégémonie de l'Eglise'....

 

Donc, les protestants ont participé à cette dénonciation de la papauté.

 

Et, s'agissant de l'imprimerie inventée vers 1450, toutes les imprimeries privées, dans les trente ans qui viennent, tombent aux mains des protestants. Ils ont le pouvoir de la presse, et ils vont imprimer des pamphlets anticatholiques, des livres qui ont été interdits. Et vraiment, ils prennent le contrôle de l'information.

 

Et c'est pour cela qu'on a beaucoup d'écrits anti-Eglise de cette époque.

 

Ce n'est pas le peuple qui est contre l'Eglise, c'est les protestants qui tiennent la presse.

 

Tout ce qui nous est resté d'imprimé, c'était eux.

 

Et je pense qu'un des mensonges les pires, c'est ce qui concerne le 'Marteau des Sorcières' (Malleus Maleficarum), qui a été écrit par deux dominicains sur ordre du Pape et qui explique comment torturer les sorcières, il y a tout un passage sur le fait que les femmes portent le péché par rapport à Eve - enfin, c'est un livre assez abominable -, qui a servi aux juges laïques de la chasse aux sorcières.

 

Et on dit, il a été demandé par le Pape. Des dominicains l'ont écrit, c'est bien la preuve que l'Eglise est impliquée là-dedans.

 

Quand le Pape a lu cela, il a failli tomber dans les pommes, il a frappé le livre d'interdiction qu'on le publie. Et qui a continué, années après années à le publier ?

 

Ce sont les protestants.

 

C'est-à-dire que le Pape interdit (ces livres) et, aujourd'hui, on dit vous voyez c'est bien la preuve que le Pape était d'accord !...

 

Alors qu'on a les Bulles pontificales qui ont été réitérées.

 

C'est-à-dire que les papes successifs ont redit qu'ils ne voulaient pas que ce livre soit imprimé... Et de toutes façons les protestants continuaient à l'imprimer.

 

Et le fameux Keller (Cellarius) (1638-1707), qui a créé le terme de Moyen-Âge, c'était biensûr un luthérien convaincu, acharné, fanatique.

 

Et c'est à ce moment là d'ailleurs que l'idée d'un Moyen Âge se fixe d'un seul bloc.

 

Parce qu'on est bien d'accord, entre l'époque de Clovis et les Mérovingiens, puis l'époque de Charlemagne, l'avènement d'Hugues Capet en 987, les premières cathédrales (art "gothique", art français. Ndlr.) et la fin du Moyen Âge, on n'est pas du tout dans la même configuration. Mais eux, ils ne voient qu'une seule chose, c'est l'hégémonie de l'Eglise et le règne sans partage du Pape, donc de la chute de Rome jusqu'à ce que nous on arrive, pour sauver le monde (!), c'est un bloc inséquable: le 'Moyen Âge'.

 

Ensuite, les 'ténèbres du Moyen Âge' s'éclaircissent, grâce aux 'humanistes', et à la 'Réforme'.

 

Et donc, arrive la 'Raison', parce qu'avant, les gens ne raisonnaient pas. Et c'est donc les 'rationnalistes', les 'Lumières', qui arrivent sur l'Europe.

 

Pour Voltaire, l'histoire contient principalement des crimes de la folie et de la misère. Et il est nécessaire de connaître l'histoire (sous-entendu du Moyen-Âge), à seule fin de la mépriser. Cela, c'est dans ses essais.

 

Il faut qu'ils (les auteurs des 'Lumières') justifient le changement qu'ils exigent.

 

Pour qu'il y ait 'lumière', il faut qu'il y ait obscurité. Sinon, cela n'a pas de sens.

 

Et comme ils veulent des changements sociaux et économiques, il faut qu'ils les justifient. Donc, ils sont toujours en train de parler des 'abus', des anciennes manières de faire, des archaïsmes, pour justifier ce changement qu'ils veulent...

 

Et, il faut savoir que Voltaire a promu - énormément - Newton, il en parle dans ses Lettres. Et il oppose la nouvelle science face à l'esprit stupide, 'fanatique' et 'superstitieux'. Or, (le mot) 'supersitieux', depuis les protestants jusqu'aux 'Lumières', cela veut dire 'catholiques'. C'est la définition de l'époque... Ils veulent opposer les savants Newton, Gallilée, Copernic, contre l'Eglise qui les a pourchassé ou essayé de les faire taire.

 

(Au XVIIIe s.), le libéralisme économique et la montée de la bourgeoisie, c'est le credo des 'Lumières', qui trouvent leur inspiration en Angleterre, qui a déjà fait une espèce de révolution libérale.

 

CBastille--Prise-de-la-Bastille.jpgela prépare la 'Révolution française'. Les 'Lumières', les Encyclopédistes, attaquent violemment les institutions politiques et l'organisation sociale. Je vous lis un passage de Condorcet (1743-1794), dans lequel il y a tout : 

 

'L'Europe, écartelée entre la tyrannie sacerdotale et le despotisme militaire, attendait dans le sang et les larmes le moment où de nouvelles lumières lui permettraient de renaître à la Liberté, à l'Humanité et à la Vertu...'

 

Donc, là on a tout, le message est clair : la cible, le clergé et le noblesse (tyrannie sacerdotale, despotisme militaire), le message laissez la place à la bourgeoisie libérale.

 

Et l'objectif, c'est de prendre le pouvoir, c'est-à-dire d'abolir la société féodale, la division des trois ordres. Donc, là on sent bien la volonté d'un libéralisme économique, et de cette nouvelle classe écrasée entre le despotisme militaire et la tyrannie sacerdotale.

 

Et donc, c'est évidemment le mouvement des 'physiocrates', qui est porté par les 'Lumières', avec la volonté de la libre circulation des biens et des marchandises, la libéralisation du prix des grains (édit de Turgot en 1774) et le libéralisme économique.

 

Lire : Comprendre les Lumières : aux sources de la prolétarisation du monde ouvrier

 

Et de là va naître, ce qui, personnellement, est ma légende préférée sur le Moyen Âge : 'les gens ont faim...'

 

90% des gens vivent à la campagne. Vous avez les plus mauvais agriculteurs de l'histoire du monde. Parce que quand 90% de la population vit à la campagne, je ne sais pas comment on fait pour avoir faim. Parce que, évidemment, durant l'Antiquité, on n'avait pas faim. Le fait que les sénteurs faisaient cultiver leur champ par des esclaves, c'est la beauté de l'Antiquité romaine, et de l'Antiquité grecque, c'est-à-dire une partie au-dessus qui surnage sur un peuple d'esclaves : c'est intéressant. Donc, imaginer que les paysans français ont peu avoir faim tout le temps, c'est ridicule. Alors comment cela passe ? Cela passe par la ruse de la sémantique. Vous allez par exemple trouver des textes de moines ou de gens de l'époque qui disent 'et là ils n'avaient plus de pain et donc ils étaient obligés de manger des feuilles et des racines'. En fait l'être humain ne peut pas manger des feuilles, ni des écorces d'arbres car il ne digère pas la cellulose. Donc, les légumes du potager se divisent en deux, les légumes feuilles (les épinards, les choux), et les légumes racines (les carottes, les navets). Le paysan mangeait une délicieuse soupe de légumes avec des épinards et des carottes. Il ne mangeait pas les feuilles des arbres et les racines.

 

Democratie-medievale--un-monde-sans-fin-.jpgLe 'marché' au Moyen Âge, ce n'est pas le libéralisme économique et le marché. C'est ultra-réglementé.

 

Et les 'Lumières' préparent le terrain (à la dérèglementation Ndlr.).

 

Arrive la Révolution française, l'avènement du libéralisme économique.

 

Je vais vous parler particulièrement de la 'Nuit du 4 août' et de l'abolition des privilèges.

 

Puisque vous savez qu'on vivait dans un monde inique de 'privilèges' et que grâce à la 'Nuit du 4 août' on a aboli les privilèges...

 

Donc le 4 août 1789, le Club Breton, futur 'Club Jacobin', entre 18h et 2h du matin, a proposé et a obtenu la suppression des privilèges, la suppression de la dîme, et il a mis fin au système féodal. Et Il a voté la fin des corporations. Puis après les lois ont été votées plus tard. Le duc d'Aiguillon, deuxième fortune de France après le Roi, (membre de la loge "L’Olympique de la Parfaite Estime" du "Grand Orient de France". Ndlr.) propose l'abolition des droits seigneuriaux. Un hasard...

 

Et surtout, il veut qu'on puisse racheter ses droits. Mais le vicomte de Noailles propose d'abolir toutes les corvées, tous les droits seigneuriaux.

 

La Nuit du 4 août a été extrêmement préparée à l'avance par ce fameux 'Club Breton'. Mais ils ont emmené le public avec eux. Cela a été une espèce d'effervescence. Cela a été une espèce de folie : l'un 'on va abroger la dîme', l'autre 'on va empêcher au seigneur l'exclusivité du droit de chasse', etc.

 

Evidemment (cette mise en scène) avait été très bien préparée, mais ils avaient emmené l'Assemblée dans une espèce d'effervescence de 'la Liberté'. Nous allons nous libérer de toutes ces lois.

 

Alors (en fait), la France est débarrassée de toutes ses protections (ses 'privilèges'), elle va pouvoir entrer dans le monde libéral, capitaliste.

 

Le mot privilège vient du latin, il veut dire lois particulières. Il a été synonyme de liberté au moyen Âge, même à l'époque moderne. Le roi, quand il annexait une province (par exemple la Bretagne, ou même la Bourgogne), promettait de respecter ses privilèges, c'est-à-dire ses libertés, c'est-à-dire ses lois particulières, les coutumes, les droits immémoriaux de ses habitants. Le privilège empêchait cette espèce de centralisme jacobin, qui fait qu'aujourd'hui, en France, on parle tous la même langue. Et que toutes les lois sont partout pareilles. Alors que là, l'idée était que les Bretons avaient leurs lois, leurs droits particuliers, les Gascons avaient leurs droits particuliers, etc. Les Gascons étaient tellement fiers qu'ils avaient reçu l'autorisation de ne pas enlever leur chapeau en présence du roi. D'où l'expression 'fier comme un gascon.' C'est-à-dire que le roi respectait les droits et les coutumes locales, sans rien y changer.

 

Le Guen de Kerangal, un breton du 'Club Breton, raconte qu'au Moyen Âge, les serfs devaient passer les nuits à battre les étangs pour empêcher les grenouilles de troubler le sommeil de leurs voluptueux seigneurs. Donc, ils se mettent à inventer des espèces de coutumes seigneuriales. Et Régine Pernoud se demande avec beaucoup de malice qu'est-ce qui fait le plus de bruit, des grenouilles qui croassent, ou une armée de serfs en train de taper comme des malades avec des bâtons sur les étangs. La question reste ouverte...

Extrait:

 

"Par la suite, les auteurs du XIXe siècle vont justifier ce coup d'Etat. Et là, je ne peux pas manquer l'occasion de vous citer Michelet, dans son Histoire de la Révolution française :

 

Elle emportait cette nuit, l'immense et pénible songe des mille ans du 'Moyen Âge'. L'aube qui commença bientôt était celle de la 'Liberté'. Depuis cette merveilleuse nuit, plus de classes des Français, plus de provinces, une France.

 

Et Pierre Larousse dans son Grand Dictionnaire du XIXe siècle:

 

Il suffit d'un vote de constituants pour venger la nation de la tyrannie incessante de douze siècles. Tant il est vrai que le bonheur du peuple est facile à faire quand ceux qui le gouvernent s'occupent moins d'eux-mêmes que de lui.

 

Alors, peut-être que ces mensonges pouvaient encore fonctionner au XIXe, et même au début du XXe siècle, mais alors, moi ce qui va le plus me faire rire, c'est l'impôt au 'Moyen Âge'. Parce que si on va comparer l'impôt d'aujourd'hui et l'impôt du Moyen Âge, je prends n'importe qui sur un ring et on va comparer ! Parce qu'alors là, c'est magnifique.

"La fabrication de la légende noire du Moyen-Âge" par Claire Colombi

Donc : 'le paysan médiéval est taillable et corvéable à merci.' Vous êtes tous au courant. Et 'le peuple croule sous l'impôt.'

 

Alors souvent dans les manuels, même les manuels (d'aujourd'hui), j'ai enseigné, et on en parle en 5e, parce qu'on fait le 'Moyen Âge' :

 

'Cens, champart, taille, dîme, gabelle, mainmorte, formariage, banalités, tonlieux et biensur corvées en tous genres.'

 

Alors on va faire méthodiquement impôt par impôt. Le champart et le cens sont des loyers de la terre. Donc, est-ce que aujourd'hui vous comptez votre loyer dans votre impôt ? Je ne crois pas.

 

Lire: Des impôts dix fois supérieurs à ce qu'ils étaient avant 1789 !

 

Et le champart et le cens, c'est deux sortes de loyer différents. Le cens, c'est un loyer fixe, que vous allez payer par année, et le champart, c'est un pourcentage de la récolte. Et l'on pratique l'un ou l'autre. C'est-à-dire que certains pays sont en cens, d'autres en champart. Vous ne payez jamais le cens et le champart. C'est l'un ou l'autre. Donc, déjà, les mettre côte à côte c'est un mensonge, vous ne payez pas les deux.

 

La mainmorte et le formariage. La mainmorte, c'est un droit de succession. Aujourd'hui, on ne paye plus de droits de succession, vous êtes au courant ! 

 

Et le formariage, c'est une taxe qui est payée si un serf veut se marier avec un serf qui cultive la terre d'un autre seigneur. Donc vous ne la payez pas si vous vous mariez dans votre communauté et vous la payez une fois dans sa vie. Deux à la limite, si vous êtes veuf. Et c'est le principe est de ne pas morceller la terre.

 

Le tonlieu, c'est un péage. Donc, aujourd'hui, quand on se ballade sur les autoroutes et qu'on gare sa voiture au parking, on ne paye plus de péage, vous êtes au courant !

 

La banalité, c'est une taxe qui est liée au droit de banque que détient le seigneur. Donc le paysan payait une taxe pour utiliser le moulin, le pressoir, le four à pain. Donc inadmissible que quand vous utilisiez la machine de quelqu'un ou que vous lui demandiez service, on vous fasse payer. Aujourd'hui, cela n'a plus court !

 

Et le mieux du mieux, c'est la gabelle, impôt royal sur le sel d'abord et c'est ensuite devenu un impôt sur la consommation, comme le vin. Et elle née à l'époque moderne, elle ne concerne pas le Moyen Âge, mais cela ne dérange pas les auteurs de certains manuels de la rajouter aux impôts médiévaux.

 

Les deux seuls impôts directs sont donc la taille et la dîme.

 

La taille, c'est un sixième de la récolte de blé, ce qui fait 16% des revenus. Moi j'aimerais bien être taxé sur 16% de mes revenus (on est à 45% de taux de prélèvement obligatoire en 2013. Taux le plus élevé... des pays de l'OCDE... Ndlr.)

 

Et la dîme est payée pour assurer à l'Eglise un revenu en propre et la rendre indépendante. La dîme est payée en nature sur le blé. Si vous avez des animaux, cela ne vous concerne pas. Et là je vais citer Jacques Heers,

 

'le prélèvement ne s'appliquait pas à toutes les récoltes, mais principalement au blé. Il n'atteignait pas les 10%, loin de là. Cela dépend des provinces, puisque cela dépend des 'privilèges' (dont je vous ai parlé). Sur l'usage ensuite, outre l'entretien du clergé et l'exercice du culte, l'Eglise assumait alors une part notable de l'assistance publique, hôpitaux, hospices, maisons-dieu, aumônes, enfants abandonnés. Et l'enseignement dans les paroisses, les petites écoles.

 

Faut-il comparer  ces prélèvements à ceux d'aujourd'hui pour notre sécurité sociale, et nos système d'éducation ?'

 

On pourrait faire une petite comparaison, cela pourrait être intéressant.

 

François Hincker (1937-1998), qui est un historien marxiste de l'époque moderne, a essayé de faire une comparaison :

 

Utilisons un étalon artificiel mais qui a l’avantage d’être parlant. Les 25 millions d’habitants que compte probablement la France ont donc à payer 470 millions d’impôts, entre 18 ou 19 livres. À ce moment le salaire journalier d’un compagnon maçon à Paris se situe à un peu moins d’une livre. Ainsi un salarié moyen travaillerait un peu plus de sept jours, juste avant la Révolution française, pour payer ses impôts directs (taille, capitation et vingtième. Ndlr.), un peu plus de deux pour payer la gabelle, et un peu plus de neuf pour payer les autres impôts indirects.

 

Dix-huit jours de travail : c’était la contribution que la fiscalité française de l’Ancien Régime réclamait au travailleur. Qu’en est-il aujourd’hui ? Avec un taux moyen d’imposition de 56,9% (chiffre 2013), il faut 208 jours de travail pour payer en moyenne ses impôts directs sur l’année.

 

Donc, même s'il se trompe, et que maintenant ce n'est pas 20 jours, mais 40 jours et qu'on double son estimation, on est encore très très loin (des 208 jours !) Et alors il se demande si la Révolution française a servi à améliorer notre condition ?

 

Aujourd'hui, j'explique comment fonctionnent les mensonges, si vous mettez tous les impôts que doivent payer les gens en y ajoutant les impôts qu'on paye une fois dans sa vie, on peut dire n'importe quoi.

 

Donc, moi j'ai anticipé sur un manuel scolaire des années 2400 par exemple:

 

Le salarié de l'an 2000 était écrasé d'impôts : impôt sur le revenu, taxe foncière, taxe d'habitation, TVA, taxe sur les produits pétroliers, CSG, taxe sur l'alcool, le tabac, redevance télé, droits de successions, droits de donation, droits de mutation, timbres fiscaux des paiers officiels.

 

Dès qu'un salarié voulait faire quelque chose, il lui fallait un permis : permis de voiture, permis de chasse, permis bateau, très onéreux.

 

S'il voulait échapper à sa condition de salarié, devenir petit patron ou autoentrepreneur, il fallait payer la licence, les charges patronales, le RSI. Il fallait respecter tellement de normes étranges et arbitraires que notre salarié faisait faillite. L'assurance était obligatoire, en cas d'accident, mais aussi pour la maison, pour la voiture, sans oublier la complémentaire.

 

La IIIe République.

 

"Ma prétention est de vous montrer que l'égalité et l'éducation n'est pas une utopie, que c'est un principe, qu'elle est un droit incontestable et qu'en principe cette utopie, elle est apparente et dans l'ordre des choses possibles.' (Discours de Jules Ferry)

 

L'histoire de France et des Français, c'est celle de son 'affranchissement'. Nos ancêtres les Gaulois vivaient dans des huttes basses. (Cela) c'était dans un manuel de la IIIe république. Les Gaulois n'étaient pas assez intelligents pour faire des maison à leur taille. Et là un jour, il y en a qui a dit: et si on réhaussait la porte ?

 

Lire : Nos ancêtres les Gaulois - La Gaule, les origines de la France

 

Rousseau, dans La Nouvelle Eloïse disait :

 

'N'instruisez pas l'enfant du village, car il ne convient pas d'être instruit.'

 

Il répondait à Voltaire qui répondait à La Chalotais, qui avait écrit un texte intitulé 'Essai sur l'Education nationale' : 'Je vous remercie d'avoir prescrit l'étude chez les laboureurs. Moi qui cultive des terres, je vous présente requête pour avoir des manoeuvres, et non des clercs tonsurés. Il est à propos que le peuple soit guidé et non pas qu'il soit instruit. Il n'est pas digne de l'être...' Donc voilà, là on est vraiment dans les 'Lumières'.

 

En fait, les républicains inventent l'école et l'éducation pour tous : jusque-là on n'y avait pas pensé non plus. Et là, il y a vraiment une volonté, il faut instruire le peuple. Il y a un renversement qui se crée.

 

En 1882, les réformes Jules Ferry. Les francs-maçons, les libres penseurs, les anticléricaux, et les protestants libéraux sont à la barre. Le minsitre de l'Intérieur et des Cultes, c'est Ernest Constans, c'est un franc-maçon. Et Léon Say, au ministère des finances, c'est un protestant. Jules Ferry, franc-maçon du 'Grand Orient', 'Loge de la clémente Amitié', se marie sur le tard avec une calviniste. Jules Steeg, pasteur protestant de Libourne, deviendra ministre de l'Instruction publique en 1883. Ferdinand Buisson, pasteur protestant de Neuchâtel, est à la direction de l'Enseignement primaire. C'est lui qui en 1905 va réaliser les textes de séparation de l'Eglise et de l'Etat, et a créé la Ligue française des droits de l'homme. Et le troisième, Félix Pécaut, pasteur protestant, instructeur général de l'Inspection publique chargé par Ferdinand Buisson de fonder l'Ecole Normale supérieure des jeunes filles, qui va être dirigée par Jules Steeg. Ces trois pasteurs représentent le courant ultra-libéral, et sont tous les trois passés par la franc-maçonnerie. (Un hasard. Ndlr.) Et c'est eux qui mènent cette réforme, qui rédigent les textes. Et notamment l'arrêté du 27 juillet 1882 qui sont les programmes, et qui va exclure les congrégations religieuses et instauré la mainmise de l'état sur l'école.

 

Jules Steeg ne fait pas qu'être ministre et d'écrire la réforme : il écrit directements des manuels (d'histoire de France pour les écoliers). Notamment les manuels publiés par Fernand Nathan. C'est presque encore plus beau que Michelet. Je crois que là on a trouvé un concurrent sérieux :

 

'Depuis des siècles, écrit le pasteur protestant franc-maçon Jules Steeg, la France gémissait sous le joug des rois et des seigneurs. Ils étaient les maîtres et le peuple n'avait aucun droit. Il travaillait pour eux, il payait toutes les dépenses, il était foulé aux pieds, et souvent il mourait de faim. On disait de lui qu'il était taillable et corvéable à merci. C'est-à-dire que ses maîtres pouvaient lui imposer à volonté toutes les corvées et toutes les contributions inimaginables, qu'on appelait la taille, le cens, la gabelle, la dîme. Quand il ne voulait pas travailler pour le seigneur, on le battait et on le jetait en prison. Quand il ne pouvait plus payer les lourds impôts qui l'écrasaient, on vendait sa maison et ses outils. On jetait les pauvres gens dehors dans les bois où ils se nourrissaient d'herbes. Soumis à tous les caprices de ses maîtres, le peuple ne jouissait d'aucune liberté. Il ne pouvait ni suivre la religion qui lui convenait, ni diriger les affaires de la ville ou de son village, ni exercer les métiers qui lui convenait.'

 

Donc, là on a un concentré de poncifs de tout ce que je vous ai parlé depuis le début. Vous ête sur le Livre moral du Petit citoyen.

 

Paul Bert, qui était ministre de l'Education, juste avant lui, donc un confrère, libre penseur, franc-maçon, athée convaincu, lors de l'affaire des Congrégations, c'est-à-dire le moment où l'on a exclu les congrégations religieuses de l'enseignement (pour y enseigner la doctrine franc-maçonnique relativiste. Ndlr.), il présidait un banquet au Conseil général de l'Yonne, et portait un toast à la destruction des deux phylloxera, le phylloxera qui se cache sous la vigne et le phylloxera que l'on cache avec des feuilles de vigne (donc c'est biensûr l'Eglise catholique) : 'Pour le premier, nous avons le sulfure de carbone et pour le second, l'article 7 de la loi Jules Ferry ('les congrégations religieuses n'ont plus le monopole de l'Instruction'). S'il ne répond pas à notre attente, nous n'hésiterons pas à chercher un autre insecticide plus puissant pour sauver la France.'

 

Donc, le Moyen Âge, on ment sur lui et la république n'a que le choix entre mentir ou ne plus l'enseigner, ce qui est en train d'être le cas puisqu'il disparaît dans les programmes. les seules figures médiévales qui vont être sauvées, c'est Jeanne d'Arc, parce qu'il faut une héroïne, Saint-Louis qui rend sa justice sous un arbre. Et Charlemagne, parce qu'il ne faut pas le laisser aux Allemands qui nous ont déjà piqué l'Alsace et la Lorraine. 

 

Aix-la-Chapelle, capitale de l'empire francCes siècles de propagande ont porté leur fruit et aujourd'hui le Moyen Âge est synonyme de barbarie, et de terreur.
 
Et aujourd'hui, il y a encore quelque chose de pire qui se passe, les références culturelles sont oubliées. ... Il y a comme un voile, et à moins d'avoir été élevé dans une famille encore très catholique, c'est extrêmement difficile avec une formation classique, avec un bac classique en France, à moins d'avoir une passion, d'aller vers ça. Le Moyen Âge aujourd'hui est tombé dans l'oubli. Je vous rappelle que les siècles de Clovis et de Charlemagne ont disparu des programmes de 5e, et qu'on va plus jamais en reparler à un lycéen... Et donc, du mensonge, on est passé à son effacement progressif, mais pur et simple.
 
Donc, en plus de déraciner le peuple européen et celui de France en ce qui nous concerne, ce processus d'éradication, pour moi, est la preuve de la puissance radicale de la pensée médiévale. Il serait dangereux, aujourd'hui, pour le peuple de France, de se rappeler comment cela fonctionnait au Moyen Âge: que cette période 'sombre' était remplie de communautés villageoises qui décidaient par elles-mêmes, où les femmes pouvaient voter, que c'était une période de révoltes constantes. Une période d'équilibre des pouvoirs, avec une économie morale, où le bien commun prévalait sur le bien privé; une période où les paysans ne partaient pas à la guerre : moi je remercie toujours vivement (la république) d'avoir envoyer en pleine moisson toute la jeunesse de France se faire tuer dans les tranchées. Une période où le travail d'un homme nourrissait sa femme, ses enfants, et des grands-parents à charge. Une période où l'on se préoccupait du salut de son âme. Vraiment, oui je pense que c'est assez dangereux aujourd'hui de s'en rappeler. Et je pense que je vais finir par la merveilleuse phrase de Gustave Cohen, dont je vous ai parlé au début, qui écrivait :

Les ténèbres du Moyen Âge ne sont que celles de notre ignorance.

Gustave Cohen

La suite de la video est consacrée aux questions du public.

Notons:

 

39:00 Je ne sais pas si vous imaginez à quel point notre culture est méprisée à l'étranger (dans les élites anglo-saxonnes Ndlr.), par les élites anglaises (je ne parle pas des Anglais et des Américains du peuple). Encore une fois, tout ce qui émane du peuple, ce n'est pas bon...

 

40:45 (la Révolution "française") C'est vraiment un système de pillage et de folie. Il y a un mépris absolu de tout ce qui est populaire.

... Au Moyen Âge il y avait une culture du peuple pour le peuple. Aujourd'hui qui comprend l'art ?

 

43:50 Pour passer la loi de 1882, il a fallu (encore une fois) qu'ils suppriment les Jésuites, et qu'ils excluent les congrégations religieuses avant de pouvoir faire ce qu'ils voulaient...

 

44:50 ... Aujourd'hui les gens disent 'oui mais le peuple français ne se révolte pas'. Si, si ! Il s'est révolté. Il s'est révolté en 1789, et il s'est fait massacrer...

 

Ensuite, il s'est révolté en 1830, puis il s'est fait massacrer. Puis il s'est révolté sous la Commune, et il s'est fait massacrer. Et ensuite toute la jeunesse s'est faite envoyée en 1914 dans la Grande Guerre.

 

Donc, il y a un moment, il faut bien comprendre qu'il y a eu des résistants, il y a eu des révoltes, et on les a perdues successivement. Nous sommes des polytraumatisés de ce système. Alors j'entends, 'oui mais aujourd'hui on ne bouge pas'. Mais les dernières fois où on a bougé, on est mort."

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25 novembre 2015 3 25 /11 /novembre /2015 14:59
Aux origines du "dauphin", successeur des rois de France

Dans l'émission d'Europe 1 "Au Coeur de l'histoire", le 24 novembre, Franck Ferrand explique les origines du terme "dauphin" pour désigner le successeur d'un roi de France.

Blason"A l'origine, il y a un prénom, Delphinus, Dauphin, qui est un simple prénom et qu'on donnait comme deuxième prénom aux héritiers de deux petites régions, les comtes d'Albon-Viennois, dont les héritiers avaient pour second prénom ce prénom de Dauphin. Et c'est pour ça qu'on s'est mis à appeler ces deux régions le Dauphiné.

Or, le dernier dauphin du Viennois, Humbert II, est contraint de vendre ses seigneuries, et jusqu'au traité de Romans, le 30 mars 1349, par lequel il cède le dauphiné à Philippe VI, roi de France - il a toute sorte de difficultés financières -, et la Couronne de France récupère en 1349 cette région du Dauphiné, et il est dit dans le traité que ces terres vont devenir apanage du fils aîné du roi.

Donc, désormais, le fils aîné du roi devient 'dauphin' du Viennois. Et petit à petit on va oublier le 'du Viennois' et on dira tout simplement 'dauphin'. Et par homonymie, on se met à utiliser des dauphins héraldiques, tout à fait stylisés, pour désigner le fils du roi de France. Quand sous Louis XIV - vous savez que tout est grand (la Grande  Galerie, le Grand Canal, le Grand siècle) -, on va appeler le fils de Louis XIV, le 'Grand Dauphin'."

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25 novembre 2015 3 25 /11 /novembre /2015 12:20

Le discours du Prince pour la commémoration du tricentenaire de la mort de Louis XIV vient d'être publié sur VLR:

Discours du prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou, pour commémorer le tricentenaire de la mort du Roi Louis XIV (1715-2015)

lundi 23 novembre 2015.

 

Discours prononcé lors de la réception du lundi 23 novembre organisée pour commémorer le tricentenaire de la mort du Roi Louis XIV (1715-2015)

 

Chers Amis,

 

Alors qu’il y a quelques mois, nous apprenions qu’allait se tenir à Versailles la passionnante exposition Louis XIV et que nous organisions une soirée en hommage au grand roi, autour de la conférence qui nous a tant intéressés, personne n’imaginait que la France serait frappée par un acte d’une barbarie infinie.

 

La France frappée, et en particulier Paris, sa capitale. Paris, que le Comte de Chambord en 1870 alors que les ennemis étaient en son cœur qualifiait, de « la ville de Clovis, de Clotilde et de Geneviève, (...) la ville de Charlemagne et de Saint Louis, de Philippe Auguste et d’Henri IV, (...) la ville des sciences, des arts et de la civilisation ». L’ennemi, une nouvelle fois, est là !

 

Frappée au plus profond d’elle-même car, répétant un geste que les révolutionnaires connaissent bien, les assassins ont pris les jeunes pour cibles. Faire mourir des enfants, c’est aussi pour une part, tuer les parents. Alors, ne supportons plus le déni, donnons leurs sens aux événements et aux mots, parlons en vérité : ceux qui ont commis ces massacres sauvages sont des assassins et des barbares sans foi ni loi.

 

Ma compassion et mes prières vont à toutes les victimes et à leurs familles meurtries et j’adresse mes encouragements et félicitations aux forces de l’ordre et aux autorités judiciaires dont l’action dangereuse s’est révélée efficace ainsi qu’aux médecins et infirmières qui ont secouru et soigné, confrontés à des blessures de guerre bien inhabituelles pour eux.

 

Mais comme héritier des rois, comme héritier d’une tradition, ayant élevé au rang des principes intangibles de la politique, l’état de droit garanti par les lois fondamentales, je ne peux, comme vous tous, que ressentir au plus profond de moi la tragédie que représentent de tels actes perpétrés sur notre sol, perpétrés contre la France et les Français.

 

Évoquer cette tragédie en cette journée, où nous tenions à honorer le roi Louis XIV à l’occasion du tricentenaire de sa mort, apparait alors comme un vrai symbole, tant elle en est l’antithèse. En effet, qu’a voulu le roi, si ce n’est tendre vers le meilleur régime ? Le moins mauvais, en tout cas, sachant ce que sont les individus. Gouvernement d’équilibre entre Dieu et les hommes. Entre les égoïsmes de chacun et le bien commun pour tous. Entre tradition et progrès.

 

S’il fut un grand souverain, celui dont le professeur Jean Christian Petitfils nous a si bien parlé ce soir, c’est qu’il a découvert tôt dans sa vie, lorsqu’il a décidé de gouverner personnellement, ces principes qu’il s’est appliqué ensuite à mettre en œuvre. Pouvoir d’équilibre et de maîtrise du monde naturel comme des hommes ; du monde spirituel comme des institutions. Pouvoir pour ordonner la société comme un jardin à la française, c’est-à-dire lui donner du sens, mais aussi pour permettre aux Lettres et aux Arts d’acquérir leur plein épanouissement. Sa mort fut à l’image de sa vie comme Madame Saule l’a si bien évoqué dans la remarquable exposition qu’elle a montée à Versailles et qu’elle m’a fait visiter cet après-midi. Sa mort résume sa vie et la magnifie. L’astre a alors rejoint les cieux !

 

Mais celui que les hommes avaient peut-être jugé un peu vite, trop occupé de sa propre grandeur, ne la poursuivait pas pour lui-même mais pour la France dont il a fait un exemple donné au monde et un modèle de civilisation.

 

Or, n’est-ce pas le message que l’on attend actuellement ? Notre société a besoin de sens et de modèles auxquels se référer. Ne faut-il pas, une nouvelle fois, rappeler la phrase si prophétique de saint Jean-Paul II, « France qu’as-tu fait des promesses de ton baptême ? »

 

La France tient-elle toujours sa place ? Au fond d’elle-même peut-elle toujours dire qu’elle est un modèle à donner aux autres nations quand elle renie la vie, quand elle ne sait plus éduquer ses enfants, quand elle abandonne ses vieillards, quand elle baisse la garde alors que depuis près de 15 ans la menace était visible, quand elle oublie l’essentiel de son histoire et méprise la réalité au profit de l’idéologie ? Pour pouvoir être un modèle auquel le monde peut et veut adhérer, encore faut-il être exemplaire.

 

La France vient de montrer qu’elle était capable de l’être dans le malheur et lorsqu’elle est attaquée, en retrouvant une certaine union ainsi que réalisme et lucidité. Elle doit continuer à le montrer à l’avenir. Reprendre sa place de veilleur et de sentinelle dont la vocation est de protéger et de promouvoir ses idéaux puisés aux sources chrétiennes et ses valeurs nées de l’héritage gréco-romain et polies par quinze siècles d’histoire. « Ne l’oubliez pas, c’est du retour à ses traditions de Foi et d’honneur, que la grande nation, un moment affaiblie, recouvrera sa puissance et sa gloire », écrivait le Comte de Chambord toujours si pertinent dans ses jugements. C’est cette France que le monde attend et espère surtout quand les barbares sont à ses portes, prêts à répandre la mort, le désespoir, la ruine et la désolation.

 

Chacun à leur manière, Madame Saule et Monsieur Petitfils, à qui je tiens à redire tous mes remerciements, l’ont grandement montré. La première par l’exposition qu’elle offre à Versailles et qui j’en suis persuadé recevra de très nombreux visiteurs ; le second par ses talents d’historien et tous ses travaux dont la conférence de ce soir nous a donné un aperçu trop bref mais si convaincant.

 

La dynastie capétienne depuis les premiers temps, a toujours accompagné la France dans ses moments de gloires comme dans ceux d’épreuves : à Bouvines et à Rocroi, comme à Crécy et Malplaquet. Chaque fois, elle a apporté son message d’espoir. Incarnée dans une famille, elle sait, plus que tout autre, qu’il y a toujours une génération pour prendre la relève. Louis XIV laissant la France aux mains d’un enfant de 5 ans le savait. Son héritier incarnait la jeunesse du monde. La jeunesse de la France sans cesse renouvelée, celle qui porte notre avenir.

 

Par l’intercession de Saint Louis, protégeons notre pays et transmettons notre héritage à nos enfants.

 

Merci de m’avoir écouté.

Louis de Bourbon, duc d’Anjou

Source: Vive le Roy

Discours du prince Louis de Bourbon pour la commémoration du tricentenaire de la mort du Roi Louis XIV (1715-2015)

Merci à Marc M.

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11 novembre 2015 3 11 /11 /novembre /2015 11:28
11 novembre - In Memoriam - Louis XX Facebook

In memoriam. 11novembre – à Verdun.

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10 novembre 2015 2 10 /11 /novembre /2015 13:34
Jubilé de Saint Martin : les célèbrations commencent ce mardi à Tours

Les célébrations des 1700 ans de la naissance de Saint Martin de Tours ont commencé mardi 10 novembre 2015 par une procession dans les rues de la ville de Tours. Saint Martin est un des principaux saints de la chrétienté et le plus célèbre des évêques tourangeaux avec Saint Grégoire de Tours.

Martin est né dans l'Empire Romain, plus précisément à Savaria dans la province romaine de Pannonie (l’actuelle Hongrie), en 316. Il est mort à Candes, en Gaule, le 8 novembre 397.

Son père, originaire de Pavie (en Italie du Nord), est un officier supérieur chargé de l’administration de l’armée. En tant que fils de militaire, Martin suit son père au gré des affectations de garnison. A 15 ans, il entre à son tour, dans l’armée avec le grade de Circitor chargé de la ronde de nuit et d’inspecter les postes de garde et la surveillance de nuit de la garnison.

A 18 ans, alors qu'il est affecté en Gaule, un soir de l’hiver 338 à Amiens, il partage son manteau avec un déshérité transi de froid et la nuit suivante, le Christ lui apparaît en rêve vêtu de ce même pan de manteau. Le reste de son manteau, appelé « cape » sera placé plus tard, à la vénération des fidèles, dans une pièce dont le nom est à l'origine du mot : chapelle (cappella en italien, chapel en anglais, Kapelle en allemand).

En 356, Martin a quitté l'armée et rend visite à  l'Evèque de Poitiers Hilaire grand défenseur de la foi. Martin vient le rencontrer mais repart pour un long voyage de missionnaire, d'abord ses parents, sa mère se fera finalement baptisée, il passe par Milan et par Rome avant de revenir en Gaule. Il s'installe dans un ermitage à Ligugé dans la Vienne. en 371, sa réputation de faiseur de miracles attirent les tourangeaux à la recherche d'un Evèque. Martin prend à coeur sa nouvelle fonction mais veut aussi rester moine et fonde, à proximité de Tours, le monastère de Marmoutier.

Martin va poursuivre ses voyages missionnaires dans toute la Gaule et c'est à Candes sur Loire (aujourd'hui Candes Saint Martin) où il est appelé pour régler une querelle entre les clercs de l'endroit qu'il meurt en 397.

Le culte de Saint Martin se répand très vite au Ve et VIe siècles dans toute l'Europe. Charlemagne fit construire la Chapelle à Aix pour conserver l'autre pan du manteau de Saint Martin et les rois de France à partir du Xe siècle furent les abbés de la basilique tourangelle.

Saint Martin est aussi le patron de  Buenos Aires, Mayence, Utrecht, Rivière-au-Renard et Lucques, Martina Franca.

 

L'Année Saint Martin 2016

 

Plusieurs rendez vous sont prévus jusqu'en juillet 2017 pour célébrer les 1700 ans de la naissance de Saint Martin.


Des milliers de pèlerins sont attendus en Touraine au cours de l'année Saint Martin. Plusieurs itinéraires de pèlerinage seront proposés aussi bien à Tours, à Candes, ou encore à Langeais, Amboise autant de lieux que Martin a parcouru pour évangéliser les populations.

Cette année Saint Martin est officiellement inaugurée par le Maire de Tours, Serge Babary (Les Républicains), un Saint dit-il qui porte de fortes valeurs de solidarité, toujours d'actualité.

 tout au long de ces 18 mois, des rendez vous religieux et culturels célèbreront Saint Martin de Tours. Le Pape François n'a pas prévu de venir à Tours pour ces célébrations mais pourrait se rendre en Hongrie lieu de naissance de Martin.

Jubilé de Saint Martin : les célèbrations commencent ce mardi à Tours

Source : Jubilé de Saint Martin : les célèbrations commencent ce mardi à Tours, France Bleu, Par Marie-Ange Lescure, France Bleu Touraine mardi 10 novembre 2015 à 12:08

 

. Nos ancêtres les Gaulois - La Gaule, les origines de la France

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10 novembre 2015 2 10 /11 /novembre /2015 11:31
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26 octobre 2015 1 26 /10 /octobre /2015 17:34
"Valeurs de la république" : Marion Sigaut explique les Massacres de Septembre (1792)

Dans sa rubrique mensuelle pour Médias-Presse-Info, Marion Sigaut s'attaque aux mensonges colportés par les pseudo-historiens sur la Révolution Française. Dans sa ligne de mire, cette fois-ci, les Massacres de septembre. A bien réfléchir, Daesch et l'Etat Islamique passent pour de petits faiseurs devant les grands ancêtres inventeurs des droits de l'homme.

 

Marion Sigaut explique ce que raconte Jean Massin d'un évènement extraordinaire de la Révolution française,

 

"qui se passe au lendemain du 10 août (1792Ndlr.), c'est-à-dire au lendemain de la chute de la royauté et avant la proclamation de la république qui va avoir lieu le 21 septembre. Et cet évènement extraordinaire et absolument abominable, ce sont les "massacres de Septembre.

 

Voilà ce que nous raconte Jean Massin, il dit :

 

'Le 1er septembre, au Conseil général de la Commune, Robespierre affirme qu'il faut purger le sol de la Liberté des conspirateurs qui l'infectent.

 

Voilà au moins une chose qui est annoncée : il va falloir perpétrer des massacres. Cela signifie et c'est ce que Jean Massin va nous affirmer, qu'il existe un complot tramé dans les prisons, puisque le sol de la Liberté doit être purgé des conspirateurs. Voilà ce que nous dit Jean Massin de la préparation des Massacres de Septembre.

 

Je cite :

 

"Il faut dire que cette appréhension se justifie. Les prisons ont vu brusquement s'accroitre considérablement le nombre des détenus alors que les gardiens y étaient déjà en nombre insuffisants.

 

On pourrait au passage dire que le nombre considérable des détenus tient au fait que l'on a fait des raffles et que l'on a rempli les prisons. Et que les gardiens y étaient déjà en nombre insuffisants, cela c'est lui qui le dit, il ne nous donne pas de chiffre, il ne donne pas de sources.

 

Je reprends ma citation :

 

"Les prisonniers peuvent assez facilement communiquer avec l'extérieur, plus encore se réunir entre eux."

 

C'était drôlement sympa les prisons de la Commune de Paris ! Les prisonniers discutent et communiquent avec l'extérieur... On l'apprend, en tous les cas c'est lui qui le dit.

 

Je reprends :

 

"Il règne parmi eux une atmosphère invraisemblable, ils boivent ensemble à la santé de l'ennemi, ils festoient à la nouvelle des victoires prussiennes, ils promettent aux Patriotes un châtiment sanglant et exemplaires quand les Alliés entreront dans Paris.

 

Qu'est-ce que nous raconte Jean Massin ici ? Que les prisons étaient dirigées par les prisionniers qui y faisaient la loi ? Qu'est-ce qu'il raconte ? D'où il sort cela ?

 

Je reprends :

 

"Tout ceci transpire largement au dehors et il faut en tenir compte."

 

Et oui, dans les prisons les prisonniers complotent contre 'la Patrie', et il faut en tenir compte... Je reprends :

 

"La guerre de la contre-révolution contre la Révolution est vraiment une guerre à mort. Ni Robespierre, ni Marat, ni les autres n'étaient des hallucinés pour en avoir conscience."

 

Et voilà comment on avance des contre-vérités historiques ou en tout cas des fausses vérités historiques. Parce que pour avancer des choses comme celles-là, il faudrait à tout le moins citer des sources, donner des preuves, des arguments, et pas seulement des formules à l'emporte-pièce qui consistent à justifier par avance qu'on aille massacrer des gens, qu'on soupçonne des pires intentions alors qu'ils sont prisonniers, donc incapables d'agir.

 

Je reprends :

 

"Si Brunswick, traînant les immigrés, était entré à Paris, il y aurait eu autant de potences dans les rues que de croix sur les routes de Capoue à Rome après la défaite de Spartacus. Et les Suspects, prisonniers de la veille, n'auraient pas été les derniers à y accrocher les Patriotes."

 

Ah ben voilà... Si Brunswick était entré à Paris, les gens qui étaient en prisonniers n'auraient pas été les derniers à accrocher à des potences les têtes des Patriotes... Ce n'est pas comme cela que l'on fait de l'histoire monsieur Massin.

 

Je reprends :

 

"Avant de gémir sur le sort de Mme de Lamballe,

 

(qui était une amie de Marie-Antoinette, qui a été abominablement massacrée parmi les 1500 victimes des Massacres de Septembre.)

 

... Avant de gémir sur le sort de Mme de Lamballe, il vaut mieux réfléchir et réaliser de quel coeur la confidente et la complice de Marie-Antoinette, aurait applaudi du bout de ses doigts distingués, à la pendaison massive des Parisiens. ...

 

De quel droit ose-t-on parler comme cela au nom des morts? Avec des si, on peut refaire toute l'histoire. Et ce n'est pas comme cela que l'on écrit l'histoire. En tous les cas, ce n'est pas comme cela que je la conçois.

 

Je reprends les citations de Jean Massin.

 

"Les Massacres de Septembre devaient durer jusqu'au 4

 

(ils ont commencé le 2)

 

...et faire de 1000 à 1400 victimes."

 

Alors là monsieur Massin ce n'est pas sérieux. Les massacres ont duré du 2 au 9. De dimanche 2 à dimanche 9. Et pas de dimanche 2 à mardi 4. C'est faux. Et vous le savez puisque vous avez accès aux archives.

 

La version de Jean Massin a été relayée à l'époque par Le Moniteur. C'est-à-dire le journal des débats de l'époque, qui a écrit: 

 

"On a des preuves non équivoques du plus horrible complot contre la Liberté publique."

 

Et oui ! On n'a pas massacré simplement des prisonniers mais des gens qui complotaient. Et Le Moniteur dit qu'on a des preuves. Lesquelles ?

 

Je reprends :

 

"Pendant la nuit du 1er au 2 septembre, les prisons seraient ouvertes pour faire évader les conspirateurs."

 

On a des preuves que des gens allaient libérer les gens qu'on avait mis en prison ?

 

"... et que les autres détenus dont le nombre était considérable et auxquels on devait donner des armes, autant qu'il en serait possible, répandraient dans la ville, forceraient les corps de garde, désarmeraient les citoyens. Et réunis, quelques autres Brigants s'introduiraient dans les maisons pour piller et incendier."

 

On a donc fait des massacres préventifs... Les massacres de Septembre ont prévenu la population parisienne contre son massacre par les gens qui étaient en prison.

 

Alors laisson-là les délires de monsieur Jean Massin pour apprendre et pour dire que ce que l'on sait des Massacres de Septembre on l'a trouvé dans l'étude des Archives de la Commune de Paris, qui était à l'époque le gouvernement de Paris, puisque cela a été la dictature de la Commune de Paris sur l'ensemble du territoire. Les archives de la Commune de Paris ont malencontreusement été détruites pendant la deuxième Commune de Paris, celle de 1871. Or il se trouve qu'avant 1871 des chercheurs ont épluché à fond ces archives, et sont en mesure de dire que 235 égorgeurs embauchés par un comité spécial de la Commune de Paris, spécialement créé à cet effet. Le comité était surveillé par Pétion, maire de Paris, Manuel, procureur, Robespierre, dont il s'agit ici, Marat, de triste réputation, les officiers municipaux, et les juges de paix Panis et Sergent, 235 égorgeurs, ont été payés par le ministre de l'Intérieur, Roland (girondin) et par le ministre de la justice Danton (montagnard), pour massacrer dans les prisons au moins 1400 détenus. On a tué à l'arme blanche. Un batallion de 50 soldats mettant les égorgeurs en joue les aurait neutralisé en un quart d'heure. Pas un n'avait une arme à feu. On a leurs noms, on a leurs signatures sur les quittances qu'ils ont signé de leur salaire. Ils ont massacré des prêtres réfractaires, des soldats suisses rescapés de l'horreur du 10 Août, des galériens dont le pécule avait éveillé leur convoîtise. Des galériens... ils ont massacré et pillé des galériens. ... On a massacré les filles de joie et les voleuses de la Salepêtrière. ... Ils ont massacré des prisonniers arrêtés pour des petits délits correctionnels. Et à Bicêtre, ils ont massacré 30 enfants, 30 petits garçons qui étaient là à titre de correction ... ou bien était-ce les enfants de choeurs qui étaient destinés au service religieux de l'établissement.

 

Et vous savez ce que ces valeureux défenseurs de la République en danger, ou de la "Patrie en danger" ont fait avant d'aller massacrer des femmes ? ils sont rentrés dans les dortoirs des petites filles, et ils en ont fait un viol collectif pendant toute une nuit.

 

Vous savez ce que représente le sang de 1500 personnes ? Ca fait 7000 litres de sang,  7 mètres cubes. Un mètre cube multiplié par 7. Ce sang s'est répandu dans les rues de Paris. On a promené des têtes dans les rues de Paris. On a mangé de la chair humaine. On a bu du sang humain. On a violé, outragé, dépecé vivant, mutilé, tué de mort lente. Et heureux celui qui tombait du premier coup. Ceux qui ont vu les autres en réchapper et se faire massacrer disaient qu'ils priaient pour mourir le plus vite possible. Et ne pas subir les outrages que les autres ont subi.

 

Marion Sigaut termine ainsi cette video :

 

"La version de Jean Massin c'est celle de tous les adorateurs de la Révolution française. Les Massacres de Septembre ? Il fallait le faire. C'était nécessaire. La Patrie était "en danger"... En plus, ce n'était pas si grave, et c'est le peuple qui a agi de son propre mouvement, pour se protéger. La vérité ? C'est que ce fut une abomination, que cela a été préparé, voulu, planifié, organisé, surveillé, et payé. Le peuple a été tétanisé de terreur. Et les 'élections' à la convention [1], qui ont vu naître la république... se déroulaient en même temps. Elles ne sont pas belles les 'valeurs de la république' ?"

Notes

 

[1] Les élections" entre guillemets, vu que depuis le "élections" de juin 1791 qui se traduisirent par une forte abstention",  "les consultations organisées les années suivantes,... n'ont "jamais mobilisé plus du cinquième des électeurs." ... La promotion aux responsabilités se faisait "en circuit fermé" : les fonctionnaires peuplent les assemblées chargées d'élire les fonctionnaires. ... L'oligarchie née de ces pratiques n'était pas moins un démenti des attentes... On n'imaginait pas que l'élection puisse conduire à la formation d'une 'classe' politique distincte du reste de la société" (Patrice Gueniffey, Histoire de la Révolution et de l'Empire, Perrin, Collection Tempus, Paris 2011, p. 86-88).

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7 octobre 2015 3 07 /10 /octobre /2015 06:10
Michel Onfray: la fin de notre civilisation ?

Lors de la sortie de son livre Cosmos à la librairie Mollat le 27 avril 2015, on voit Michel Onfray se rebeller contre la politique de la gauche maçonnique tendance "Grand Orient de France" et décrire avec ironie le mutisme obligatoire des socialistes face aux dogmes et déviances de la "religion de la République" chère au franc maçon Vincent Peillon.

 

"Moi je ne suis pas comme vous un mouton" leur dit-il...

 

Video très intéressante de Onfray, même si le titre de la video ne correspond pas exactement au contenu : 

Michel Onfray critique le nihilisme :

 

"Le nihlisme c'est l'instant pur. C'est l'incapacité à lier le présent avec le passé et avec le futur.

 

Dès qu'aujourd'hui on veut lier le présent avec le passé, on est réactionnaire. Donc on est réac, donc on est facho, donc est vichyste, donc on est pétainiste. Et donc c'est Adof Hitler, donc la Shoah, donc on est à l'origine des six millions de morts.

 

Alors évidemment, et bien on a peur de dire qu'on aimerait bien revenir à une école où l'on apprenait à lire et à écrire. Par exemple, dès qu'on dit cela et qu'on est assimilé à Adolf Hitler, il y a un moment donné où on n'a pas forcément les épaules, quand on a trente ans. Aujourd'hui, cela va je les ai (les épaules). Donc oui, je suis hitlérien, je suis stalinien, je suis léniniste, je suis bolchévique, je suis sartrien - ha non pas ça ! -, ... mais je suis tout ça. Cela ne me fait plus peur comme cela pouvait me faire peur à une époque et je laisse les gens dire 'Onfray réactionnaire'. Cela me generait que Libération dise du bien de moi. Et ils en ont dit récemment, cela me fait un peu de peine. Donc je me dis ils deviennent 'réac' eux aussi, ou alors il va falloir qu'ils revoient leur jugement sur moi !

 

... Mais je me dis à un moment donné, si on a lu Fernand Braudel, et ce qui est mon cas, et qu'on ne s'est pas contenté de ses analyses sur la Méditerranée... on se dit que ce qui est intéressant chez Braudel c'est la longue durée. Et on se dit: nous sommes dans une longue durée qu'on ne saisit pas, parce qu'on est dans l'instant pur. C'est l'instant du tweet, c'est l'instant de l'info, un clou chasse l'autre. Il y a une information, le centre du monde c'est vous, mais demain ce n'est plus vous. Et puis le surlemain ce n'est plus celui qui faisait le centre du monde la veille, et puis etc. Et puis on a perdu la mémoire de tout cela.

 

Donc, celui qui dit le présent s'enracine dans le passé, il produit des effets dans le futur, c'est quelqu'un dont on dit 'mais vous ne seriez pas un peu réac vous?!' 'Vous voudriez faire de l'histoire, mais il y a un éternel présent et l'éternel présent c'est la vérité. C'est l'éternel présent de BFMTV, de toutes ces espèces d'images qui en permanence ne nous dit rien d'autre que 'il y a de l'image'. Et moi je dis non il n'y a pas que de l'image. L'image est enracinée, elle nous dit quelque chose. L'image provient d'un monde et l'image va vers un monde.

 

Et quand on voit cela et qu'on dit 'et si nous faisions un peu d'histoire', 'et si nous pensions l'instant non pas dans l'éternité, n'allons pas jusque-là, mais à une histoire de longue durée, de fait l'on arrive à la question de la civilisation. Question interdite quand on est un homme 'de gauche'. On n'a pas le droit. Si on commence à poser la question de la civilisation, ministère de l'identité, Vichy, Pétain, fasciste, nazi, Auschwitz, etc., et cela continue. Donc, c'est vrai que cela devient difficile.

 

Mais comme c'est tous les jours qu'on se fait insulter, il y a juste un moment donné où cela fait sourire. Et on se dit tant pis ... et je vais proposer une pensée de la civilisation, justement parce que nous sommes dans le nihilisme.

 

Tout le monde est d'accord, 'nous autres civilisations, nous savons que nous sommes mortelles', comme disait Paul Valéry et on ennuie même les lycéens avec des sujets de philo avec cette question-là. Donc tout le monde est d'accord, mais personne n'est d'accord. Parce que si vous dites que nos civilisations sont mortelles, vous dites : 'et la notre, est-ce qu'elle n'est pas mortelle ? Est-ce qu'elle ne serait même pas un peu mourante, moribonde, voire morte ?' Oh ! décliniste ? Vichy, Pétain, etc. Donc vous vous dites cela va devenir difficile, mais j'en ai fais mon pain quotidien, ce n'est pas mon problème. C'est leur problème. Mais moi je veux essayer de penser des choses qui me sidèrent. Et des choses qui me sidèrent c'est de penser que par exemple la gauche puisse nous dire aujourd'hui les femmes pauvres n'ont qu'à porter les enfants des riches et qu'on doit pouvoir pouvoir louer les utérus. Cela s'appelle de l'esclavage cela, de dire aux femmes 'vous allez louer vos ventres'. Les pauvresses-là, 'il n'y a plus de boulot, vous n'avez qu'à louez votre utérus aux riches'. Oh ! merci Pierre Bergé, même on vous donne une médaille ! Et récemment François Hollande luia donné je ne sais pas quel grade dans la légion d'honneur ! Et on se dit, 'mais si je suis de gauche il faut que je soutienne cela!', parce que si je ne soutiens pas cela ... Vichy, Pétain, ...etc. He bien non ! Je ne défends pas cela, je suis désolé. Mais moi qui suis de gauche je pense qu'il y a un autre destin pour défendre le ventre des femmes que de porter les enfants des riches.

 

... Donc, je dis si on veut penser le nihilisme, la place que nous occupons dans le nihilisme, si on veut penser la question de la civilisation, de la durée de notre civilisation, de l'existence même de notre civilisation (elle née quand ? elle croît comment ? elle devient grande quand ? A quelle époque ? Avec qui, avec quoi ? etc.) Douzième siècle. Prenez une carte de l'Europe et regardez le nombre des abbayes cisterciennes qui se créent au XIIe siècle, c'est extraordinaire, voilà une espèce de floraison sur la totalité de l'Europe. Et vous vous dites, ben oui, civilisation chrétienne. C'est moi l'athée qui vous le dit: notre civilisation est chrétienne. C'est même sidérant que l'on soit obligé de le dire ! Dire aujourd'hui 'notre civilisation est chrétienne' c'est tout de suite passer pour un fasciste, etc. Mais non ! C'est un fait. Et c'est un fait d'évidence. Et l'on construit quoi aujourd'hui ? Qu'est-ce qu'on construit aujourd'hui ? On n'arrive même pas à finir la Sagrada familia à Barcelone ! Vous vous dites on a un architecte qui a proposé une cathédrale, on ne parvient pas à la faire, elle n'est pas terminée, elle ne se termine pas. Le premier aujourd'hui qui a décidé d"installer un hypermarché avec une cinquantaine de magasins, il vous fait sortir cela su sol en six mois ?

 

Donc il y a des choses qui nous permettent effectivement de voir que notre civilisation s'effondre, est effondrée, ne va pas bien. Alors je ne le dis pas en disant 'soyons réactionnaires !, en restaurant un ordre ancien, c'était mieux avant, etc., etc.' Je dis juste qu'lil faut constater que les civilisations marquent leur époque dans un temps, dans une géographie, dans une histoire, et que cela disparaît. Il y a eu Sumer, Babylone, on a eu les Grecs, on eu les Romains, on a eu l'Europe. L'Europe, cela démarre avec Constantin, IVe siècle ap. J.-C., et cela s'effondre. Je ne vais pas donner le détail de Décadence, j'y travaille. Il y a des processus particuliers qui montrent quand, où, comment cela s'effondre. Et puis un moment donné où on voit effectivement que nous ne créons plus rien, nous ne produisons plus rien et que nous sommes dans un nihilisme généralisé. On écrit des romans à l'époque du 'nouveau roman' où Alain Robbe-Grillet nous dit 'pas de personnage, pas de psychologie, pas d'intrigue !' On nous fait de la musique avec ... du silence. Les 4 minutes 33 de silence de John Cage. On nous fait du cinéma sans image : Guy Debord. On nous fait de la peinture sans sujet, sans représentation, du monochrome: Klein ou Malévitch, Carré blanc sur fond blanc ! On nous fait de la poésie sans mots, le lettrisme d'Isidore Isou, etc.

 

Donc il y a eu effectivement, après 14-18, une espèce d'augmentation du nihilisme avec le surréalisme qui a joué ce rôle-là. Alors évidemment, si vous dites une chose comme cela, vous êtes tout de suite un 'réactionnaire'. Mais on voit bien comment cette invitation à tout détruire, de Tzara, dada, d'abord, puis ensuite de Breton, mais il y a eu aussi avant le futurisme et Marinetti, comment tout cela accompagne - cela ne produit pas mais cela accompagne -. On obéit au fameux Zeitgeist de Hegel, l'Esprit du temps, et on voit que notre civilisation est une queue de civilisation et que cela s'effondre." (Fin de citation)

Si on écoute bien ce que dit le philosophe, c'est la "civilisation" mercantile, matérialiste et nihiliste qui a chassé Dieu de la société qui est responsable de la chute de notre civilisation chrétienne. La seule solution se trouverait donc dans une redécouverte de ce qui a fait ce que nous sommes: le christianisme.

Catholiques, monarchistes et autres défenseurs du droit naturel ! impossible de survivre en démocratie sans s’instruire au préalable de cette technique de subversion de la pensée réaliste.

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30 septembre 2015 3 30 /09 /septembre /2015 19:21

Le Moyen Âge recèle des quantités d'informations, d'explications sur la France, sa création, son identité, ses racines monarchiques, catholiques, qui donnent une vraie profondeur à la France qui n'est pas un objet politique non identifié qui serait né il y a deux siècles.

Gilles Ardinat

La vérité sur l'Inquisition (Gilles Arnidat, Tv Libertés)

"Dans une époque qui souhaite déraciner les personnes, en faire des personnes hors sol", et afin de "se réapproprier notre passé collectif, qui est un passé glorieux, passionnant", Gilles Arnidat, agrégé de géographie qui enseigne à l'Université de Montpellier, aborde à partir de 32:25 dans la video ci-dessous, la question de l'Inquisition médiévale, "qui couvre la période des trois derniers siècles du Moyen Âge".

Extrait :

 

"L'Inquisition est un tribunal ecclésiastique d'exception.

 

Tribunal. C'est-à-dire que ce sont des juges avec une procédure relativement avancée (on le verra après) compte tenu des usages de l'époque; avec des assesseurs. Ce tribunal va émettre des jugements ecclésiastiques. C'est une création de l'Eglise. Il ne s'agit pas comme dans le cas de l'Inquisition espagnole au XVe, XVIe, XVIIe, XVIIIe siècle d'une création étatique. C'est quelque chose de plus ou moins supra-national qui a vocation à intervenir sur l'ensemble de la Chrétienté. Et c'est un tribunal d'exception, c'est-à-dire que cela va venir en complément de la justice ecclésiastique ordinaire. La Chrétienté est organisée en territoires, avec des évêques, des archevêques, toute une hiérarchie qui est une des caractéristiques de l'Eglise catholique.

Ce tribunal a été créé de manière progressive par un certain nombre de décrétales, c'est-à-dire des décisions papales qui vont d'abord dire qu'il fait une enquête et des preuves avant de condamner quelqu'un, et qui vont préciser ensuite que les laïques doivent être tenus à l'écart de ce jugement. Au début des années 1200 va se préciser ce tribunal qui va être, avec la constitution de 1231, complètement institutionnalisé. Donc une création progressive.

La vérité sur l'Inquisition (Gilles Arnidat, Tv Libertés)

Le but est de créer un tribunal qui soit indépendant de la justice locale. Et c'est pour cela que Rome va s'appuyer sur l'ordre des Dominicains, qui est créé en 1215.

La vérité sur l'Inquisition (Gilles Arnidat, Tv Libertés)

Les Dominicains sont un ordre de moines, marqué par son humilité, sa pauvreté, etc., très mobile.

 

L'objectif de ce tribunal est de lutter contre les hérétiques, c'est-à-dire les chrétiens dissidents (ceux qui remettent en question les dogmes NdCR.). Donc l'Inquition médiévale, contrairement à ce que l'on dit, a très peu persécuté de Juifs, de sorcières ou sorciers. la priorité, par exemple, c'était les cathares, ceux qui s'éloignaient de l'orthodoxie romaine.

 

Il faut rappeler que les procès en sorcellerie, c'est l'époque moderne. Une justice laïque rendue par les parlements et qui va principalement dégénérer dans le monde protestant, où il y aura le plus de procès de sorcières.

 

Le terme de légende noire de l'Inquisition désigne le récit extrêmement négatif et atroce qui a été fait de cette inquisition. Cette légende s'inscrit elle-même dans ce que j'appelle, moi, la légende noire du Moyen-Âge. Le but est de présenter le Moyen Âge comme une période d'obscurantisme, c'est-à-dire de régression intellectuelle formidable, dans une période d'dextrême violence, dont l'Eglise catholique serait la principale responsable. Donc on a une vision simplifiée, exclusivement à charge, visant à disqualifier toute une période et l'Inquition est un des épisodes les plus caricaturés.

 

Qui sont les auteurs de cette légende noire de l'Inquisition ?

 

Ce sont les penseurs des Lumières au XVIIIe siècle. Les Lumières, c'est un combat contre l'Eglise catholique. Et le plus emblématique étant Voltaire (16694-1778), génie littéraire incontestable, mais qui est aussi un militant politique. Et qui le dit clairement: le mensonge, la falsfication font partie de ses armes dans son combat. Et on sait dans Candide, ou dans d'autres prises de position, il a contribué à présenter l'Inquisition sous une version en effet, tout à fait effrayante. Et cette tradition des Lumières va être ensuite cultivée par tous les milieux anticléricaux, qu'ils soient protestants et surtout après, républicains.

 

Aujourd'hui, quelque soit leurs tendances, les historiens qu'ils viennent du marxisme, ou même des gens comme Pierre Chaunu (1923-2009), qui est protestant calviniste que l'on ne peut pas soupçonner d'être soudoyés, reconnaissent que cette légende noire est un mythe, mais un mythe dont l'efficacité est redoutable. Donc, c'est l'intérêt de cette émission, c'est de dire aux auditeurs que pratiquement plus aucun historien ne défend cette version-là, et que tous les historiens en utilisant la documentation très importante que les inquisiteurs ont produite montrent les caricatures que l'on retrouve par exemple dans les séries Inquisitio, ou Kaamelott. On voit aussi appraître Bernard Gui dans Le Nom de la Rose, un film qui reprend aussi un certain nombre d'idées reçues.

 

Il faut aussi rappeler le type de justice qui se pratiquait avant l'Inquisition : l'ordalie

 

Il faut remettre les choses dans leur contexte. Au Moyen Âge, on est encore dans des pratiques judiciaires qui nous paraissent aujourd'hui tout à fait farfelues, magiques, avec ce que l'on appelle les ordalies.

 

L'ordalie est une pratique qui visait à utiliser ce que l'on appelait le jugement de Dieu, c'est-à-dire que l'on va brûler une barre de fer jusqu'à ce qu'elle soit incandescente et l'on va demander à l'accusé, par exemple, de la prendre dans la main. On considère à cette époque que si Dieu veut protéger cette personne, il interviendra de façon miraculeuse. On soumet les accusés à des tortures. Et cette justice-là qui se met en place à partir du début du Moyen-Âge, liée à des pratiques apportées du monde germanique, et lié à la déliquescence du système juridique romain, va se maintenir pratiquement jusqu'au milieu du Moyen Âge par des juridictions laïques. L'Eglise a toujours réprouvé ces méthodes-là. Et l'inquisition ne pratiquera jamais les ordalies. Au contraire, il y a une volonté d'avoir une réelle procédure. Cela est un élément important. Parfois les étudiants en droit sont choqués de leurs premiers cours d'histoire du droit et que leur professeur leur expliquent que l'Inquisition a fortement contribué à l'édification de nos méthodes contemporaines. L'inquition a une postérité procédurale extrêmement forte jusqu'à aujourd'hui. L'Inquisition signifie étymologiquement l'enquête (inquisitio). C'est un progrès. L'Eglise et les décrétales en attestent, dit que "la rumeur ne suffit pas à faire condamner quelqu'un". C'est-à-dire qu'on va faire une enquête et il faut des preuves. Aujourd'hui, la procédure dite inquisitoire c'est une création de l'Inquisition de l'Eglise catholique. Cette procédure consiste à dire que l'institution judiciaire elle-même, peut mener une enquête, au nom du Bien commun, sans avoir nécessairement besoin d'une procédure dite accusatoire. La procédure accusatoire, c'est ce que le Moyen Âge avait comme norme jusqu'à la création de l'Inquisition. Cette procédure accusatoire nécessite qu'une tierce personne porte plainte. Il doit y avoir un plaignant identifié pour porter l'accusation. Et dans cette procédure, le juge n'est qu'un arbitre entre deux parties. La procédure inquisitoire, c'est l'institution elle-même qui peut porter les chefs d'accusation sans avoir besoin d'une tierce personne. Toute notre système judiciaire s'est inspiré de cette procédure inquisitoire avec une particularité concernant l'Angleterre. Le Roi d'Angleterre ne va pas accepter la présence de l'Inquisition sur son territoire et donc le droit anglais, à partir de ce moment-là, développe une spécificité puisqu'il veut conserver la tradition de l'époque qui est la procédure accusatoire. Et le droit anglo-saxon, dont on parle aujourd'hui, que l'on voit s'imposer avec les tribunaux d'arbitrage, le traité transatlantique, etc., l'une des spécificités qui expliquent cette évolution est que les rois d'Angleterre n'ont pas voulu de l'Inquisition.

 

La torture

 

La torture, que l'on appelle à l'époque la question, est une réalité de l'Inquisition qu'il ne faut pas nier. C'est une réalité qui se met en palce vingt ans après la création de l'Inquisition à une époque où toutes les justices laïques pratiquent massivement la torture, justice seigneuriale et justice royale comprise. Et cela durera chez nous jusqu'à Louis XVI qui abolira la torture.

 

Il faut savoir en outre, qu'au IXe siècle, la torture avait dors et déjà été condamnée par l'Eglise. Donc l'Eglise a toujours eu une certaine réticence. Et la torture va être autorisée en 1252 par une disposition papale mais d'une manière très codifiée, très réglementée. Ainsi, proportionnellement, les violences faites par les inquisiteurs, par rapport à celles qui étaient réalisées par les juges laïques étaient plutôt clémentes.

 

Ce n'est donc pas l'inquisition qui a créé ce mode interrogatoire et dans une certaine mesure elle est même en retrait par rapport à ce qu'était les pratiques courantes du temps. Sachant que pour tout ce qui est torture et exécution à mort, il y a ce que l'on appelle le bras séculier, c'est-à-dire que l'Eglise a recours aux chevaliers, aux autorités laïques locales, pour exécuter les sentences. Les moines dominicains dans le tribunal, n'étant pas autorisés à pratiquer ces violences.

 

Donc on a un débat contradictoire. Une possibilité pour l'accusés de produire des preuves et des témoins. C'est ce qui est notable, on peut se défendre. Et là il faut comprendre quel est l'objectif de l'Inquisition ? L'objectif de l'Inquisition n'est pas de condamner à tour de bras, mais de réintégrer les brebis égarées dans la foi catholique. Et les documents montrent que lorsque les inquisiteurs n'arrivent pas à cela, c'est un échec pour eux. Un inquisiteur compétent, il réintègre le maximum de monde dans l'Eglise.

 

 

La vérité sur l'Inquisition (Gilles Arnidat, Tv Libertés)

Ainsi, on a des chiffres pour le fameux Bernard Gui (1261-1331), qui a traité d'un certain nombre d'affaires sur Toulouse (qualifié à l'époque de nid d'hérétiques avec les cathares) et les condamnations représentent finalement une part tout à fait minoritaire. De 1208 à 1223, il a produit 930 sentences, dont nous avons des sources précises. Dans ces sentences, il y a 139 acquittements. Donc des personnes qui ont pu démontrer que les accusations d'hérésie étaient totalement infondées, qu'elles étaient catholiques et donc du coup il y a acquittement. Il  ya 286 peines religieuses, c'est-à-dire que la personne doit effectuer des pénitences, et en fonction du niveau d'hérésie cela pouvait être un pélerinage, voire une obligation de se croiser et de partir en Orient. Tout cela était gradué. Et puis dans les peines religieuses il y avait les fameuses croix jaunes, c'est-à-dire que la personne hérétique devait coudre sur ses vêtements une croix chrétienne jaune, d'une part pour être repérée par les Clercs et autres comme quelqu'un qu'il fallait particulièrement suivre sur le plan théologique et spirtituel, et puis c'était aussi une peine infâmante dans cette société chrétienne. Donc, des peines religieuses qui sont très nombreuses. Des peines d'emprisonnement: 307 peines. Et là aussi, l'Inquisition marque dans l'histoire du droit une avancée du point de vue de nos codes d'aujourd'hui. C'est que avant l'Inquisition, la peine d'emprisonnement n'existe pas dans la mentalité. C'est vrai dans le monde antique et dans le monde médiéval. Emprisonner les personnes pour une certaine période n'existait pas. C'est l'Inquisition qui a créé ce système-là. Donc notre système judiciaire doit beaucoup à ces tribu,aux ecclésiastiques. L'emprisonnement était appelé le mur. On va emmurer quelqu'un, contrairement à ce que dit la légende noire, on ne va pas le mettre dans un trou et lui mettre des briques devant lui jusqu'à l'asphyxie. Emmurer quelqu'un c'est l'enfermer dans une cellule. Alors les conditions de détention de l'époque sont très dures. C'était une peine très sévère. Néanmoins il y a deux niveaux d'emprisonnement, deux niveaux de murs. En quelque sorte, le mur le plus sévère c'est le mur étroit où la personne a un régime alimentaire et des conditions de vie très dures. Mais il y a également le mur large où la personne peut recevoir des visites de sa familles, sa famille peut apporter de la nourriture, etc. Et ce qui est surprenant, des autorisations de sortie pour aller à la messe le dimanche, pour les fêtes religieuses. Donc, des conditions de détention plus souples. Et là, cela dépend du niveau de gravité de l'hérésie. Ce système carcéral avant l'heure se met en place avec des principes qu'il y ait des peines à perpétuité, mais la documentation montre que pratiquement une peine sur deux était interrompue. Donc là, il y a une possibilité d'aménagement (de la peine). Ensuite, il y a 156 peines diverses qui vont de l'exhumation (pour un mort jugé hérétique), le pilori, l'exil, etc. Et donc, sur ces 930 sentences, Bernard Gui n'a pratiqué que 42 mises au bûcher, c'est-à-dire 4,5% des condamnés. Moins de 5%. Et ces proprotions se retrouvent sur l'ensemble des tribunaux dont on a une documentation sérieuse.

 

Et il faut replacer tout cela dans le contexte de l'époque. Ce qui montre à quel point les propos tenus par certains journalistes assimilant l'Inquisition à un totalitarisme de type contemporain pèchent complètement par anachronisme.

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24 septembre 2015 4 24 /09 /septembre /2015 19:19
Louis XIV - Roi de France, 1661 - Charles Le Brun - Jean de La Varende, Louis XIV, Éditions France-Empire, Paris 1958 - Château de Versailles

Louis XIV - Roi de France, 1661 - Charles Le Brun - Jean de La Varende, Louis XIV, Éditions France-Empire, Paris 1958 - Château de Versailles

Lettre ouverte à Louis XIV. Marie-Françoise Ousset, Guide-Conférencière de la Ville de Paris, fille du grand Jean Ousset, vient de nous faire parvenir sa "lettre ouverte à Louis XIV" à l'occasion du tricentenaire de sa mort. (Source: Lys de France Nicolas Chotard)

 

LETTRE OUVERTE A LOUIS XIV

Pour le 300ème anniversaire de sa mort

Cher Louis XIV,

 

Peut-être avez-vous été un peu contrarié de la manière dont la télévision a parlé de vous en ce premier septembre 2015. Bien sûr il y eut de magnifiques photos de Versailles mais, comme vous avez pu le constater, « la 2 » vous a fait passer une fois de plus pour un despote à la fois léger et cruel et s’est complu à évoquer l’homosexualité de votre frère, vos maîtresses, la licence des mœurs à la cour, les dragonnades, votre fistule mal placée, la gangrène de votre jambe. Elle a même déclaré péremptoirement que aviez inventé la perruque car vous étiez chauve (ce qui est complètement faux : votre père en portait déjà une et lança la mode en 1620 !). Comme cadeau d’anniversaire, c’était plutôt raté !

Ce n’est tout de même pas pour votre fistule que l’Europe entière a eu les yeux tournés vers vous, que l’empereur de Chine Kangxi essaya de vous ressembler en portant une perruque comme la vôtre, que votre siècle fut appelé « le Grand Siècle », qu’il fut même appelé « le siècle des saints » (il faut dire que St Vincent de Paul vous avait précédé !). Et si les ambassadeurs du Siam se sont prosternés devant vous, ce ne fût tout de même pas pour voir de plus près votre pied gangréné ! Votre règne avait été le plus brillant du monde ! 3 rois seulement en Europe ont été qualifiés de « Grand » : vous, Louis de Bourbon mort en 1342 et Louis 1er de Hongrie. Vous aviez reconstitué la France et, lorsqu’on annonça votre mort à la cour de Frédéric 1er, roi de Prusse il fut seulement dit : « Le roi est mort ». Tout le monde comprit qu’il s’agissait de vous et pas d’un autre roi. Vous les aviez tous éclipsés.

Pour vous consoler un peu, cher Louis XIV, permettez-moi donc de vous dire que beaucoup en France ont appris à vous aimer grâce à de nouveaux et très bons historiens.

Certes, vous avez un peu trop vite déclaré la révocation de l’Edit de Nantes, fait démolir les murs de Port-Royal des Champs mais nous savons que l’homme dur du régime fut Louvois. Les dragonnades c’est lui et lorsque vous avez appris les horreurs qu’il avait commises, vous avez devant lui jeté votre canne par la fenêtre en lui disant : « Autrement, je vous la cassais sur le dos » Il est vrai pourtant que les exactions ont continué. Mais on oublie de dire dans nos médias que le midi avait été mis à feu et à sang de 1621 à 1629 par les protestants. (F. Bluche).

Au lieu de donner une fois de plus la parole à ce Michel de Decker, toujours frétillant de joie lorsqu’il s’agit de raconter les petites bassesses des grands ; au lieu de couper trop vite la parole à l’excellent historien Jean-Christian Petitfils, la TV aurait pu rappeler que vous avez mis fin à 40 années de trouble ; vous avez laissé la France plus prospère, plus peuplée, mieux armée qu’elle ne l’était au début de votre règne. Vous avez aidé Vauban à construire, autour de la France, ce qu’il a appelé sa « ceinture de fer ».Vous avez reconstituée une force navale : de 9 vaisseaux de ligne en 1660, il y en eût 220 en 1680 dépassant ainsi de 45 unités la Royal Navy (Bluche). La France a pu ainsi mieux se protéger contre « les incursions continuelles des algériens sur les côtes du Languedoc et de la Provence… » car « il n’y avait personne qui n’eut à pleurer un parent massacré, un ami esclave ou une famille ruinée » (Cal Maury).

Vous avez acheté Dunkerque à l’Angleterre, vous vous êtes emparé facilement de Lille. Vous avez tenu tête à une quadruple alliance contre la France : Espagne, Autriche, Angleterre, Pays-Bas. Bien loin de parader au château de Versailles, vous fûtes un homme de terrain, inspectant les remparts, les bastions, inaugurant des canaux surveillant les travaux.

Pour cet anniversaire, la télé aurait pu citer la lettre que le nonce apostolique écrivit à Rome dès votre décès : « (Louis XIV) avait le talent de gagner le cœur de tous ceux qui avaient l’honneur de l’approcher…grande rapidité pour débrouiller les affaires les plus compliquées… il a fait fleurir l’ordre d’un bon gouvernement et étendu les sciences et les arts à travers tout le royaume ». Bien sûr, certains diront : c’est un prêtre et un ambassadeur, il se doit d’être indulgent et élogieux. Mais pourquoi alors n’a-t-on pas cité le très anticlérical Voltaire qui, dans son « Siècle de Louis XIV », reconnait que les amusements de la cour « étaient de perfectionner le goût, la politesse et… de faire des français la nation la plus policée du monde ». Ce Voltaire qui contribua beaucoup à la Révolution Française, écrit également : « Louis XIV (…) fit voir qu’un roi absolu qui veut le bien, vient à bout de tout sans peine. Il n’avait qu’à commander, et les succès dans l’administration étaient aussi rapides que l’avaient été ses conquêtes. C’était une chose véritablement admirable de voir les ports de mer, auparavant déserts, ruinés, maintenant entourés d’ouvrages qui faisaient leur ornement et leur défense, couverts de navires et de matelots… de nouvelles colonies, protégées par son pavillon, partaient de tous côtés pour l’Amérique ».

A ce propos bien peu savent que le mot « Louisiane » vient de Louis XIV et que le fleuve Mississippi s’appelait à l’époque « le fleuve Colbert ». Mais si vous avez eu, cher Louis XIV, des comptoirs, jamais vous n’avez voulu la mondialisation. Lorsqu’on vous a proposé être roi dans les Balkans, vous avez refusé (F. Bluche).

La TV aurait pu citer aussi le Mal de Berwick parlant de vous : « Il était l’homme de son royaume le plus poli … depuis la monarchie vous ne trouverez roi plus humain » « Il n’avait de fier en lui que l’apparence… dès qu’on voulait lui parler, son visage se radoucissait et il avait l’art de vous mettre à l’instant en pleine liberté avec lui. »

La TV aurait pu tout simplement vous donner la paroleciter les sages recommandations que vous avez écrites à votre petit fils, le roi d’Espagne. Citer aussi vos mémoires dans lesquelles vous expliquez que, si vous avez pris le soleil pour emblème, c’est par « le bien qu’il fait en tout lieu prodiguant sans cesse de tous côtés la vie, la joie et l’action » ou encore : « C’est par le travail qu’on règne. Il y a de l’ingratitude et de l’audace à l’égard de Dieu, de l’injustice et de la tyrannie à l’égard des hommes de vouloir l’un sans l’autre » ;

Certes, l’émission a montré que vous étiez un excellent danseur mais on aurait pu rappeler aussi que, sous votre règne, Pierre Beauchamp a eu l’idée de codifier les pas de danse et que, lorsqu’il s’agit de danse classique, encore de nos jours, on emploie des mots français dans le monde entier. On dit « échappée battues » ou « sauts de chat » à New-York comme à Pékin.

Il ne fallait pas, bien sûr, s’attendre à ce que «  la 2 » ait le courage de dire ce que Philippe Erlanger (haut-fonctionnaire et écrivain) a calculé, à savoir qu’en comptant les deux Trianons, sur un demi-siècle, Versailles n’a pas coûté plus cher qu’un porte-avion modernequ’il a coûté le prix du déficit de l’exposition universelle de Léon Blum en 1936 ou encore à peu près le prix d’une campagne électorale d’un Président de la République ! Cela aurait été pourtant amusant !

Heureusement, les images parlent mieux que les mots et les contredisent parfois. On a pu se demander, pendant cette émission, pourquoi un roi aussi despotique que vous, qui avait été entouré parfois à Versailles de 36.000 ouvriers (F. Bluche), avait voulu un château sans douve, sans protection avec, au rez-de-chaussée, uniquement des portes-fenêtres. Comment dit-on portes-fenêtres en anglais ? French windows.

On a pu se demander pourquoi un obsédé sexuel avait fait réaliser un jardin qui parle avant tout à l’intelligence jamais aux sens : pas de banquettes pour s’allonger, presque pas de bancs pour s’asseoir, pas de coins d’ombre, pas de salon de verdure pour se mettre à l’abri des regards indiscrets. On s’est demandé surtout comment « la 2 » avait pu dire que la ménagerie de Versailles ressemblait à un phallus alors que les gravures nous la montre octogonale entourée de cours en éventail pour les différents animaux.

Pour les jeunes qui n’aiment pas la France car ils ne la connaissent pas, on aurait pu montrer vos côtés anti-conformistes. Cela aurait changé un peu ! Leur dire, par exemple que vous fûtes toujours plus passionné par votre jardin que par l’intérieur de votre château. Que, voulant tout comprendre par vous-même, on vous a vu prendre les cisailles du jardinier pour couper des ifs à Versailles, que votre meilleur ami a sans doute été le jardinier André Le Nôtre. Vous le convoquiez tous les matins. Il osait vous embrasser et lorsqu’il fut très âgé, vous l’avez vous-même promené dans sa chaise roulante.

Pourquoi ne parle-t-on jamais de votre amour des enfants ? S’il y a autant de « marmousets » dans le parc de Versailles, c’est sur vos recommandations. Vous aviez peur qu’on y mette toujours plus de statues grecques. Nous avons conservé votre lettre disant « je veux de l’enfance répandue partout » et, à l’intérieur du château, c’est vous qui avez demandé, pour le « salon de l’œil de bœuf », une frise représentant des enfants. C’est d’ailleurs en allant voir les vôtres que vous avez fait la connaissance de Mme de Maintenon. Vous l’avez épousée à l’âge de 45 ans et vous lui êtes resté fidèle jusqu’à votre mort à 77 ans. Elle était pieuse, bigote dit-on à l’encan, mais vous n’avez pas eu peur d’épouser une femme qui était née à la prison de Niort car son père criblé de dettes y était emprisonné ; une femme qui eut une jeunesse misérable avant d’épouser le poète grabataire Scarron. Elle vous a peut-être dit que, pour gagner un peu d’argent, elle nourrissait en foin des chevaux et a même gardé des dindons …avant de garder les enfants que votre Majesté a eus de la Montespan ! (Cal Maury)

Si on avait voulu rétablir la vérité et sortir des poncifs on aurait pu dire tellement d’autres anecdotes amusantes qui vous auraient rendu plus familier à tous !

Vous avez été un grand roi peut-être parce que vous avez su écouter et regarder. Ecouter car dès votre plus jeune âge, Mazarin tenait à vous faire participer au Conseil. Et vous avez écrit dans vos mémoires que vous étiez heureux lorsque vous constatiez que les ministres prenaient la décision que vous aviez choisie dans votre petite tête d’enfant. Vous aviez une oreille excellente, ce qui vous a permis de choisir pour la cour les meilleurs musiciens de votre royaume : Campra, Lully Delalande. Vous aviez également un regard extraordinaire, « insoutenable » même a-t-on pu dire qui vous a permis de reconnaître autant les grands génies de votre époque qu’une erreur sur un champ de bataille, un défaut dans une statue, une dissymétrie dans les fenêtres du Grand Trianon ou dans la hauteur d’un jet d’eau.

Cher Louis XIV, merci pour la beauté que vous avez donnée à la France dans tous les domaines. Merci de nous avoir rendus fiers de notre pays. Vous saviez, sans doute, qu’aucune civilisation ne se détruit du dehors sans s’être détruite de l’intérieur.

Alors s’il vous plait, cher Louis XIV, là où vous êtes maintenant, au Paradis, faites-vous présenter un homme que vous apercevez sans doute au loin, dans le groupe des gens qui auraient donné leur vie pour sauver la France. Il a nom Jean Ousset. Vous devriez vous entendre avec lui. Dans votre brochure « Manière de montrer les jardins de Versailles », vous dites souvent : « il faut faire une pause pour considérer les fontaines, les bas-reliefs…les vases, les statues ». Vous employez pudiquement le terme « considérer » qui laisse entendre qu’il faut regarder attentivement et non pas vouloir admirer ou détester trop vite. Vous dites aussi très souvent dans cette brochure « on en fera le tour… on en fera le demi-tour ». Avec d’autres mots, Jean Ousset disait la même chose : « Il faut qu’une statue tourne, il faut tourner autour de l’œuvre d’art ».

Alors, avec lui, priez pour la France, dites à Jeanne d’Arc qu’elle vienne, d’une manière ou d’une autre, sauver la France une fois encore. Elle en meurt d’envie, elle, qui voulait tant continuer à se battre ! Son cœur est toujours ici, quelque part au fond de la Seine. Si Dieu n’a pas voulu qu’il brûle, vous pensez bien que ce n’est pas pour qu’il soit avalé par un poisson ou qu’il parte dans la Manche se rapprochant ainsi des côtes anglaises ! Son cœur est toujours chez nous, dans la Seine, c’est évident. Peut-être le retrouvera-t-on un jour.

Merci d’avance de tout ce que vous pourrez faire encore pour nous et veuillez agréer, cher Louis XIV, l’expression de ma respectueuse admiration.

 

Marie-Françoise OUSSET

Humour !

 

Le tricentenaire de la mort de Louis XIV coïncidait avec la rentrée scolaire et son nouveau programme d'histoire dans lequel le Roi-Soleil a disparu.
Sur les réseaux sociaux, cet événement a été relayé avec humour   

Lettre ouverte à Louis XIV

Source: Lys de France (Nicolas Chotard)

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17 septembre 2015 4 17 /09 /septembre /2015 11:13

Les coupeurs de têtes de l'Etat islamique ont de glorieux ancêtres :

Devoir de mémoire: 17 septembre 1793, Promulgation de la loi des suspects

17 septembre 1793, Promulgation de la loi des suspects qui inspirera les lois staliniennes.

Durant l'année qu'à durée la Terreur, 500 000 suspects ont été arrêtés et 300 000 de plus furent placés en résidence surveillée. [1]

 

Source: Louis XX facebook

(En 1793) Quand le peuple s'est soulevé pour secouer le joug de ceux qui avaient mis à bas le roi et l'Eglise, on les a massacrés.

Marion Sigaut, Auxerre, mars 2013

Notes

 

[1] Jean Tulard, in Histoire et Dictionnaire de la Révolution française.

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13 septembre 2015 7 13 /09 /septembre /2015 22:12

Le côté épique, chevaleresque marqua encore Marignan comme le dernier épisode d'une chanson de geste.

Louis Fontaine, Le Sang et la Gloire, Des hommes et des batailles qui ont fait la France, Editions de Paris 2003, p. 199.

La Bataille de Marignan, Fragonard

La Bataille de Marignan, Fragonard

La bataille de Marignan, les 13 et 14 septembre 1515 marque une victoire de l'artillerie française supérieure qui commence à jouer un rôle déterminant dans la conduite des guerres. Décrite par les contemporains comme une victoire du Chevalier de la Croix, un nouveau Constantin, grâce au Maréchal de La Palice (qui donnera naissance, bien malgré lui, aux lapalissades) [1] et du Chevalier Bayard qui adoube chevalier François, à 20 ans, sur le champ de bataille.

 

Les Suisses étaient de rudes soldats et François Ier put être fier de les avoir mis en fuite, après une bataille de 2 jours. Il y gagna une ré-annexion éphémère du Milanais (jusqu'en 1522), et une réconciliation avec le pape à Bologne : le premier Concordat (1516) qui durera jusqu’à la Révolution de 1789. Le roi seul a autorité pour désigner les évêques et les abbés dans son royaume. Charge au pape ensuite de les confirmer. Ceci constituait une infraction au principe de la liberté religieuse de l'Eglise et, de ce point de vue, plaçait l'Eglise de France sous la tutelle du roi, dans une situation guère différente de celle d'aujourd'hui. [2] Les évêques ne dépendaient désormais que d'eux-mêmes et se montraient très solidaires. C'est le début de l'esprit gallican de l'Eglise-qui-est-en-France, qui reconnaît le pape mais n'applique pas son magistère.

 

Le roi de France gagna aussi l’estime de ceux qu’il avait battus avec une Paix perpétuelle qui fut signée à Fribourg avec les cantons suisses en 1516. De part et d’autre, exemple presque unique dans l’histoire, le pacte a été observé, jamais cette paix ne s'est trouvée rompue. Les Suisses se mêleront même au service des rois de France jusqu'à la Révolution française. Marignan est l'acte fondateur de la légendaire neutralité suisse.

François Ier armé chevalier par Bayard, par Louis Ducis, 1817

François Ier armé chevalier par Bayard, par Louis Ducis, 1817

Le roi-chevalier

 

Avant de l'adouber Bayard proteste !

 

- Sire, celui qui est couronnée et oint de l'huile sainte, Roi d'un tel royaume et Fils aîné de l'Eglise est par lui-même le premier des chevaliers !

 

Mais sur l'insistance de François, il sort son épée et, alors que le roi porte encore sa cotte de fer, Bayard l'adoube en le frappant à l'épaule droite du plat de son arme :

 

- Pour quels motifs désirez-vous entrer dans l'ordre ?

- Pour le service de Dieu, la défense de la veuve et de l'orphelin.

 

Le relevant, Bayard alors embrasse son souverain. Désormais pour l'Histoire et jusqu'à nos jours, François Ier restera le roi-chevalier.

 

La bataille

 

En quelques jours, il lui fait franchir les Alpes au col de Larches. Exploit remarquable pour l'époque avec une telle armée équipée d’une formidable artillerie de 120 pièces. L’artillerie est l’atout numéro un, c’est la première d’Europe. Il arrive devant Milan avec toute son armée, ses adversaires négocient. Le roi pense avoir satisfaction sans combattre. Brusquement le 13 septembre, les Milanais sortent de la ville et enfoncent l’armée royale. Le plus gros de leurs troupes est formé de la meilleure infanterie du monde, celle des Suisses, qui louent leurs services comme mercenaires. Ces derniers attaquent les lansquenets bavarois qui protègent l'artillerie. Les trois carrés de piquiers (7 000 à 8 000 hommes par carré) les font plier mais le roi vient les soutenir. Le chevalier Bayard, se bat avec une grande bravoure. Son cheval est tué sous lui. Il se remet en selle aussitôt ; les brides sectionnées, sa seconde monture s'emballe et l'entraîne vers les rangs suisses. Mais il se sauve à temps et regagne son camp à travers les vignes. Les troupes tiennent jusqu'à minuit, puis le combat s'arrête. Au petit matin du 14, le combat reprend. L'artillerie française commandée par le sénéchal d'Armagnac fait des ravages mais l'aile gauche de l'armée du roi commandée par le duc d'Alençon, fléchit. L'arrivée des renforts vénitiens alliés des Français ont raison des Suisses. Ils quittent le champ de bataille de Marignan, abandonnant 20 000 morts et prisonniers. François Ier est fait chevalier sur le champ de bataille par Pierre du Terrail, seigneur de Bayard. Le Milanais est reconquis. La ligue des princes italiens se défait.

 

La bataille de Marignan, à l'aube du règne de François Ier, est devenue un symbole de la gloire du roi. [4]

François Ier est ce monarque emblématique de la Renaissance française qui est le fil conducteur de cette création, qui porte le nom donné par les italiens aux troupes françaises durant les guerres d’Italie : « Furia Francese ».

Louis XII et Anne de Bretagne laissèrent un héritage musical très riche à François Ier. En 1515, la Cour de France possèdait de solides institutions musicales qui seront renforcées par ce nouveau roi qui y vit un outil politique indispensable pour présenter au monde la grandeur et la puissance de sa cour.

 

Par sa victoire à la bataille de Marignan François va acquérir renommée et gloire dès le début de son règne, et impulser à la cour de France un nouvel élan artistique et intellectuel. [5]

 

Sous François Ier, la France échapera à l'hégémonie de l'Empire germanique. [6]

Notes

 

[1] http://www.herodote.net/13_septembre_1515-evenement-15150913.php

[2] Depuis 1921 le Vatican consulte le gouvernement français sur les nominations d'évêques. (Sébastien Gué, La France et ses relations avec le Saint-Siège, 1958-1969, Relations internationales 2/2005, n° 122, p. 33-46). Le nonce apostolique à Paris soumet les nominations d'évêques de plein droit, et d'évêques coadjuteurs au ministère des affaires étrangères... Toutefois, les objections du gouvernement ne peuvent avoir qu'un caractère politique et non religieux.

[3] Louis Fontaine, Le Sang et la Gloire, Des hommes et des batailles qui ont fait la France, Editions de Paris 2003, p. 198-199.

[4] http://www.histoire-france.net/batailles/marignan

[5] http://lebanquetduroy.com/programmes/...

[6] Jacques Bainville, Histoire de France.

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31 août 2015 1 31 /08 /août /2015 13:19

Mis à jour le 5 octobre 2015.

300e anniversaire de la mort de Louis XIV

Louis XIV, Roi de France et de Navarre, Louis le Grand, roi guerrier, le Roi-Soleil, protecteur des Arts, est né le 5 septembre 1638 à Saint-Germain-en-Laye et est mort le 1er septembre 1715 à Versailles. Son règne de 72 ans est le plus long de l’Histoire de France. Il est l'un des plus longs d’Europe, avec celui de François-Joseph de Habsbourg et, peut-être, si Dieu lui prête vie, avec celui d’Élisabeth II.

Nous commémorons cette année le tricentenaire de la mort du Grand Roi.

Comme l'explique Georges Michel,

 

"Louis XIV n’avait que cinq ans lorsqu’il devint roi, mais il assuma en outre le pouvoir personnellement durant 54 années, presque onze quinquennats… Osons un anachronisme et imaginons un souverain qui serait monté sur le trône en 1943 et mourrait cette année après avoir dirigé d’une main ferme le pays de 1961 à nos jours. Cela est évidemment inconcevable. Réalise-t-on, par exemple, que durant ces 72 ans, de 1943 à 2015, une petite cinquantaine de ministres de la Justice se sont relayés place Vendôme quand Louis XIV, au cours de son règne, ne connut que cinq chanceliers de France ?" [1]

Cette comparaison montre un des avantages principaux de la monarchie : la continuité dans une politique à long terme (hormis les plans maçonniques qui sont, eux, prévus sans concertation et sans association, à long terme, la république change de politique à chaque nouvelle mandature...) et donc les économies budgétaires substantielles que permet la monarchie. Aujourd'hui par exemple, il a été calculé que sur dix ans, la Couronne britannique coûte 390 millions d'euros, soit moins d’un tiers du coût d'un président en France. Un rapport confidentiel de l'Inspection Générale de l'Administration (IGA) a même révélé, selon Le Parisien, que la "démocratie" a "un coût important" pour une efficacité politique "limitée" et que le "dispositif d'organisation des élections" "ne facilite pas la participation à la vie démocratique". [2]

 

 

 

 

La démocratie a un coût important pour une efficacité politique limitée (Le Parisien, 20 novembre 2014) Source : http://www.leparisien.fr/flash-actualite-politique/presidentielle-et-legislatives-de-2012-l-organisation-a-coute-604-millios-d-euros-20-11-2014-4307443.php

La démocratie a un coût important pour une efficacité politique limitée (Le Parisien, 20 novembre 2014) Source : http://www.leparisien.fr/flash-actualite-politique/presidentielle-et-legislatives-de-2012-l-organisation-a-coute-604-millios-d-euros-20-11-2014-4307443.php

Le pouvoir sous la monarchie française est conçu du haut en bas de la société [3], comme un service dont le détenteur (le roi) est le gérant, cependant que dans la république, la toute puissance théorisée du pouvoir du peuple n'est jamais qu'un transfert de pouvoir à une une oligarchie dont le but est de se servir.. Voilà, notamment, pourquoi je suis royaliste !

 

«  Cette façon louis-quatorzienne de sans cesse inviter à servir, suivre le détail des services, honorer les bons serviteurs, permet de tenir en haleine ou faire rivaliser de zèle tous ceux dont l'Etat a besoin. Les souverains étrangers admirent et envient le résultat obtenu, qui fait de Louis XIV le monarque le mieux obéi (le plus bravement et le plus intelligemment) de l'Europe. » [4]

300e anniversaire de la mort de Louis XIV

Le roi est "facile d'accès".

 

 

"S'il est un caractère singulier de cette monarchie, écrit Louis XIV lui-même, c'est l'accès libre et facile des sujets au prince"; et, dans ses célèbres Instructions pour le Dauphin: "Je donnai à tous mes sujets sans distinction la liberté de s'adresser à moi, à toute heure, de vive voix et par placets." (Louis XIV, cité in F. Funck-Brentano, Membre de l'Institut, Ce qu'était un Roi de France, Librairie Hachette 1940, p. 110)

 

"Le roi de France - écrit en 1603, l'ambassadeur vénitien Angelo Badoer, - quand il est en représentation, donne une plus haute idée de sa grandeur que ne le fait le roi d'Espagne; mais, hors d'apparat, il est le monarque le plus affable du monde." 

"Cette grande familiarité, note Michel Suriano, rend, il est vrai, les sujets insolents, mais aussi fidèles que dévoués..." Opinion que confirme Robert Dallington, Secrétaire de l'Ambassadeur anglais auprès de Henri IV :

 

"Les rois de France sont affables et familiers - plus qu'il ne convient, écrit le diplomate anglais; mais c'est la coutume du pays." (F. Funck-Brentano, Membre de l'Institut, Ce qu'était un Roi de France, Librairie Hachette 1940, p. 109.)

 

L'historien Funck-Brentano écrit encore dans L'Ancien Régime, qu'"on entrait dans le palais du roi comme dans un moulin" :

 

"En leurs célèbres dépêches, les ambassadeurs vénitiens constatent que nulle personne n'est exclue de la présence des monarques français et que les gens de la classe la plus vile pénètrent à leur gré dans les pièces du caractère le plus intime, au point dit l'Italien, que quand on veut traiter avec le prince d'une question importante, il faut parler à voix basse pour ne pas être entendu.

 

"C'est ainsi que s'exprime, en 1561, Michel Suriano. Il ajoute: "Les Français ne désignent pas d'autre gouvernement que leur Roi. De là vient l'intimité qui règne entre le monarque et ses sujets. Il les traite en compagnons".

 

"En 1577, un autre ministre vénitien Jérôme Lippoùano: "Pendant le dîner du roi de France, presque tout le monde peut s'approcher de lui, et lui parler comme il le ferait à un simple particulier".

 

"On entrait dans le palais du roi comme dans un moulin. Les étrangers ne cessent pas d'en exprimer leur surprise...

 

"J'allais au Louvre, écrit Locatelli en 1665, 'Je m'y promenai en toute liberté, et traversant les divers corps de garde, je parvins enfin à cette porte qui est ouverte dès qu'on y touche, et le plus souvent par le roi lui-même. Il vous suffit d'y gratter et l'on vous introduit aussitôt. Le roi veut que tous ses sujets entrent librement'. [5]

 

Une cohue turbulente et bruyante de gens de toutes sortes de conditions

 

"La maison du roi devenait une place publique. Le premier venu s'y comportait librement. Un chacun y était chez lui... C'était, du matin au soir, une cohue turbulente et bruyante de gens de toutes sortes de conditions" (Frantz Funck-Brentano, L'Ancien Régime, Les Grandes études Historiques, Librairie Arthème Fayard, Paris 1926, p. 239).

 

La demeure royale reste ouverte à tout venant

 

"Il en fut d'ailleurs au palais de Versailles comme à Paris. La demeure royale reste ouverte à tout venant.

 

"'Nous passâmes, écrit Arthur Young qui en est tout surpris, à travers une foule de peuple et il y en avait plusieurs qui n'étaient pas trop bien habillés'" (Frantz Funck-Brentano, L'Ancien Régime, Les Grandes études Historiques, Librairie Arthème Fayard, Paris 1926, p. 240).

 

Versailles finissait par être envahi par des mendiants

 

"[...] le palais de Versailles finissait par être envahi par des mendiants qui y accrochaient le monde et tendaient la main comme dans la rue" (Frantz Funck-Brentano, ibid., p. 240).

 

Il était facile de souper avec Sa Majesté

 

"Un Allemand, le docteur Nemeitz, écrit de son côté: 'Il était facile de voir souper Sa Majesté. Elle recevait à table toute sa famille et, à moins qu'il n'y eût déjà trop de monde, ce qui arrivait parfois, on était admis... D'ailleurs on pouvait toujours être admis quand on arrivait de bonne heure ' Fréquemment, entre le roi et les assistants, les gens du peuple, la conversation s'engageait, toute familière. On en trouve trace dans les lettres de Mme de Sévigné] et dans les Mémoires de Saint-Simon.

 

"Le public était plus particulièrement admis au "grand couvert" qui avait lieu régulièrement tous les dimanches et - ce qui est à noter - les jours de fêtes dans la famille royale. Celle-ci se trouvait alors réunie tout entière, y compris les princes du sang. Louis XIV s'astreignit à dîner en public jusqu'aux derniers jours de sa vie, jusqu'au 24 août 1715 - il devait mourir le 1er septembre..." (Frantz Funck-Brentano, ibid., p. 241).

 

"Sous Louis XV, les Parisiens, les provinciaux viendront assister au repas du roi pour admirer sa prestance, son élégance, mais plus encore son adresse à faire sauter le haut de la coque d'un oeuf, prestement du revers de sa fourchette!

 

"Attention! le roi va manger son oeuf!"

 

"[...] Au dessert, le roi offrait à toutes les dames présentes des fruits et des glaces. En 1772, une jeune Genevoise, Rosalie de Constant, vient assister au grand couvert. 'On offrit écrit-elle, les glaces du dessert aux dames qui étaient là pour voir. Je les trouvai bien bonnes' (Frantz Funck-Brentano, ibid., p. 241).

On avait organisé des manières d'omnibus pour transporter à Versailles les Parisiens qui désiraient aller voir le monarque

 

"Pour transporter à Versailles les Parisiens qui désiraient aller voir le monarque, on avait organisé des manières d'omnibus, appelés, les uns, des "carabas" et les autres "des pots de chambre" (Frantz Funck-Brentano, ibid., p. 241).

 

"Chacun, dit Retif de la Bretonne, - ceux mêmes qui ne l'avaient jamais vu - considérait le roi comme une connaissance intime.

 

"Les évènements qui concernent le roi et la reine, sont pour la France entière des évènements de famille. La maison du roi est au propre la 'maison de France'" (Frantz Funck-Brentano, ibid., p. 241).

 

Le roi était demeuré dans la pensée populaire, instinctivement, le père auprès duquel on cherche soutien et abri

 

"Issu du père de famille, le roi était demeuré dans la pensée populaire, instinctivement, et sans qu'elle s'en rendît compte, le père auprès duquel on cherche soutien et abri. Vers lui, à travers les siècles, les regards s'étaient portés en cas de besoin. Et voici que, brusquement, cette autorité patronale est renversée. Et c'est parmi le peuple de France, un malaise, un effroi, vague, irréfléchi. Oh! les rumeurs effrayantes: les brigands!... et le père n'est plus là! La 'Grande peur' est la dernière page de l'histoire de la royauté en France. Il n'en est peut-être pas de plus touchante, de plus glorieuse pour elle; il n'en est pas où apparaisse mieux le caractère des relations qui, traditionnellement, s'étaient établies entre elle et le pays" (Frantz Funck-Brentano, L'Ancien Régime, Les Grandes études Historiques, Librairie Arthème Fayard, Paris 1926, p. 255).

 

Alors que sous l' "absolutisme", tout Français pouvait aller souper chez le Roi, discuter avec lui, manger et boire si l'envie l'en prenait, aujourd'hui il faut une demande écrite, dans les plus belles formes, et avec les plus belles circonlocutions, pour avoir une "chance" d'obtenir un rendez-vous avec Sa Majesté le Président de la République... et encore pas pour manger avec lui, et dans un rendez-vous vite expédié. Comme quoi, la vraie "démocratie" n'est peut-être pas celle qu'on dit, ni là où on pense... La Révolution a sévi; un autre monde a vu le jour.

 

ImpotsLa France sous Louis XIV a une administration moderne, un régime d'impôts bien rodé (aujourd'hui, selon une étude de l'Institut Coppet, les impôts sont dix fois supérieurs à ceux qu'ils étaient en 1789), une politique économique sobre et rationnelle qui interdit la pratique de l'usure au plan particulier mais aussi au plan national, et qui ne permet donc pas l'endettement indéfini des comptes publics, enfin un système de recrutement militaire efficace :

 

«  En ce pays et en ce temps où nul homme - même le paysan pauvre - n'est corvéable à merci, en ce temps et ce pays où personne n'accepterait l'idée d'un service national obligatoire, les meilleurs sont censés répondre présent à toute réquisition, voire devancer l'appel du Roi et de l'Etat. » [6]

 

« L'absolutisme se révèle, par nature, un régime limité et tempéré, certainement pas la matrice d'un pouvoir totalitaire. Ce n'est pas lui qui parviendra à imposer la fiscalisation généralisée de la population, la conscription obligatoire, la levée en masse et le concept de guerre totale. » [7]

 

Pour l'historien Jean-Christian Petitfils « l'image du paysan français écrasé d'impôts par un pouvoir tyrannique » ne tient pas, il s'agit d'

« une légende inventée par l'historiographie du XIXe siècle à partir des stéréotypes révolutionnaires. En 1715, le contribuable français payait en moyenne deux fois et demie moins d'impôts que son homologue britannique. A cette date, en effet, la pression fiscale représentait un équivalent de 0,70 hectolitre de grain de froment pour la France contre 1,62 de l'autre côté de la Manche. La monarchie absolue, par conséquent, fut moins oppressive fiscalement que la monarchie représentative et tempérée à l'anglaise." [8]

 

« [L]a fiscalité de l’Ancien Régime n’était [donc] pas si atroce qu’on le croit, et, à tout prendre, si nous le croyons, des comparaisons avec notre époque devraient nous faire frémir. Mais voyons plutôt les mots de François Hincker, qui nous aide à faire cette comparaison dans son livre sur l’impôt sous l’Ancien Régime : Utilisons un étalon artificiel mais qui a l’avantage d’être parlant. Les 25 millions d’habitants que compte probablement la France ont donc à payer 470 millions d’impôts, soit chacun entre 18 ou 19 livres. À ce moment, le salaire journalier d’un compagnon maçon à Paris se situe à un peu moins d’une livre. Ainsi un salarié moyen travaillerait un peu plus de sept jours pour payer tailles, capitations et vingtièmes, un peu plus de deux pour payer la gabelle, et un peu plus de neuf pour payer les autres impôts indirects. Dix-huit jours de travail : c’était la contribution que la fiscalité française de l’Ancien Régime réclamait au travailleur.

Les salariés français travaillent jusqu'au 26 juillet pour financer les dépenses publiques, Le Figaro, Home ECONOMIE Impôts, Par Marie Visot Mis à jour le 26/07/2013 à 13:20 Publié le 24/07/2013 à 20:05 Source : http://www.lefigaro.fr/impots/2013/07/24/05003-20130724ARTFIG00498-les-salaries-francais-travaillent-jusqu-au-26juillet-pour-financer-les-depenses-publiques.php

Les salariés français travaillent jusqu'au 26 juillet pour financer les dépenses publiques, Le Figaro, Home ECONOMIE Impôts, Par Marie Visot Mis à jour le 26/07/2013 à 13:20 Publié le 24/07/2013 à 20:05 Source : http://www.lefigaro.fr/impots/2013/07/24/05003-20130724ARTFIG00498-les-salaries-francais-travaillent-jusqu-au-26juillet-pour-financer-les-depenses-publiques.php

Qu’en est-il aujourd’hui ? Avec un taux moyen d’imposition de 56,9 % (chiffre 2013), il faut pas moins de 208 jours de travail pour payer en moyenne ses impôts de l’année. De quoi se demander si la Révolution française a servi à améliorer notre condition, et s’il ne serait pas temps d’en produire une nouvelle. » [9] [Voir notre article du 25 juillet 2013 : Les salariés français travaillent jusqu'au 26 juillet, "jour de libération fiscale et sociale", pour financer les dépenses publiques. Ce qui n'est rien d'autre qu'un retour à l'esclavage!]

 

S'agissant de l'ascenseur social, la promotion au mérite, à la vertu et au service rendu était de mise. Chacun des textes d'anoblissement par Louis XIV « comporte un préambule, qui sonne comme un concert de trompettes. Au début des lettres de février 1677, anoblissant Charles Guillot de la Motte, maréchal de camp, trente-six ans de service, se trouve la formule exemplaire suivante :

 

"Comme les récompenses que nous accordons au mérite et à la vertu sont d'autant plus considérables qu'outre qu'elles rendent un témoignage public de notre justice et de la satisfaction que nous avons des services de ceux que nous en gratifions...."

 

... Elle contient, derrière un style quelque peu emphatique, toute la doctrine louis-quatorzienne de l'émulation au service, de la récompense du mérite, des conditions d'accès à l'élite officielle. » [10]

Louis XIV, le créateur de l'école obligatoire

 

« Théoriquement "l'école date de Louis XIV et non de Jules Ferry [11]; à cette réserve près que nombre de paroises n'ont toujours pas leur classe, et que les sanctions prévues par le roi contre les parents non coopératifs restent lettre morte.

Les mesures de Louis XIV en faveur des petites écoles ont cependant porté leurs fruits: dans le diocèse de Montpellier, certains archipresbyérats comptent en 1715 80% de paroisses dotées d'école. Deux doyennés seulement (Cournonterral et Brissac) sont à moins de 60%. » [12]

L'enseignement secondaire est de haut niveau. L'usage du latin, d'un latin parlé comme une langue vivante, et la compétition des grands instituts (jésuites, oratoriens, doctrinaires) - facteur d'émulation - y sont pour beaucoup. Dans les grands collèges, on enseigne les humanités, mais on forme aussi les futurs serviteurs du Roi. Les mathématiques appliquées, l'art des fortifications, l'escrime, l'équitation, la danse, l'héraldique parfois, vous font un gentilhomme préparé à la vie nobles et aux contraintes de l'état militaire.

Les frères des écoles chrétiennes de Jean-Baptiste de la Salle, dont les premières écoles fonctionnent vers 1680, portent à la perfection une pédagogie simplifiée. La Salle déclasse d'autorité le latin. Dans les classes des frères, on apprend d'abord à prier puis à lire en français. Le latin ne fait son apparition que lorsque l'élève prononce et ponctue très bien son français.

L'édit d'avril 1695 et la déclaration du 13 décembre 1698, interviennent, qui portent obligation d'établir au moins une école élémentaire par paroisse. Cette instruction est liée au catéchisme catholique, imposé d'autorité aux enfants des "nouveaux convertis". C'est donc un règlement religieux, et plus précisément antiprotestant, qui fonde l'école généralisée, cent quatre-vingt trois ans avant que Jules Ferry n'impose l'école obligatoire, gratuite et laïque.

La création de l'institution de l'école elle-même remonte à la Réforme carolingienne de Charlemagne.

Louis XIV, Roi-Soleil, Protecteur des Arts

 

Poursuis, Ô Grand Colbert, à vouloir dans la France des Arts que tu régis établir l'excellence.

Molière, cité in François Bluche, Louis XIV, Fayard, Paris 2002, p. 232.

Lorsque, vingt ans avant l'installation de sa cour à Versailles, un roi de vingt-trois ans prend un soleil pour emblème, il n'imagine évidemment pas que le surnom ambigu de Roi-Soleil lui sera toujours attaché et toujours reproché.

Loin d'être symbole païen, le soleil royal est d'abord l'image du droit divin, de la délégation divine des pouvoirs.

Fortement amarré au catholicisme de la Contre-Réforme, immunisé contre toute déviation païenne, le thème solaire monarchique n'en annonce pas moins, comme les Mémoires de Louis XIV, ce qu'on appellera cent ans plus tard le despotisme éclairé.

Si le roi ne se prend en aucune façon pour Dieu [13], ses artistes le représentent sous ses vêtements et dans les attitudes que l'on prête aux héros antique ou aux dieux de l'ancien Panthéon. Ici, le souverain Thésée, Hercule ou Persée; là, il est Apollon. ... Encenser le nouvel Apollon, c'est en même temps féliciter Huygens et Cassini, Perrault et Mansart, Le Nôtre et Jean Racine. [14]

Le fameux style français, en général baptisé classique, semble à bien des auteurs n'être qu'un cas particulier de cette obsession de l'ordre qui, vers 1660, après les remous de la Fronde, a saisi presque tout le royaume. C'est un style régulier, sans monotonie, noble sans sécheresse, logique sans abstraction, royal sans inhumanité, humain sans vulgarité, et dont Versailles demeure l'exemple le plus spectaculaire. [15]

Selon l'excellente formule de M. Pierre Verlet,

 

« on s'accordera à penser que Louis XIV, en nous donnant Versailles, a enrichi la France... Les dépenses du Grand Roi ont valu à l'univers un château que personne n'oserait ne pas admirer. » [16]

image: Versailles,_Le_château_de_Versailles_en_1668.jpg

Versailles, Le château de Versailles en 1668

Philippe Erlanger (haut-fonctionnaire et écrivain) a calculé, à savoir qu’en comptant les deux Trianons, sur un demi-siècle, Versailles n’a pas coûté plus cher qu’un porte-avion moderne, qu’il a coûté le prix du déficit de l’exposition universelle de Léon Blum en 1936 ou encore à peu près le prix d’une campagne électorale d’un Président de la République. (Lettre ouverte à Louis XIV. Marie-Françoise Ousset)

 

Louis XIV et l'indépendance économique

 

 

Alors que pendant des siècles l’Ancien Régime avait préservé jalousement le droit de l’Etat de battre monnaie et le privilège exclusif d’en garder le bénéfice, la République démocratique a abandonné pour une grande part ce droit et ce privilège à des intérêts privés. Ce n’est pas là le moindre paradoxe de notre époque.

Maurice Allais, Prix Nobel d'Economie in L'impôt sur le capital et la réforme monétaire, p. 187

Le "droit divin" a longtemps été le rempart à l'Oligarchie et aux maîtres de la monnaie. Au "Moyen Âge", le droit canonique de l'Eglise catholique interdisait formellement de prêter de l'argent avec intérêt. Ce concept avait déjà été édicté par Aristote et saint Thomas d'Aquin. L'intérêt était contraire à la raison et à la justice. En accord avec les règles de l'Eglise au "Moyen Âge", l'Europe a interdit les intérêts sur prêts de monnaie et qualifait ce délit d'"usure". Ce délit et cette interdiction "de droit divin" fondait l'économie française jusqu'à la Révolution française où les banques prirent le pouvoir et l'Empire de Napoléon où la Banque dite "de France" fut créée en 1800 sur injonction des banquiers.

 

En comparaison, on sait que de nos jours, nos gouvernants ne sont en général que des hommes de paille derrière lesquels se tiennent les vrais tireurs de ficelles, eux-mêmes manipulés par d’autres personnages occupant des échelons supérieurs:

 

« Il y a dans tout pouvoir démocratique (…) une oligarchie cachée, à la fois contraire à ses principes et indispensable à son fonctionnement », relevait le célèbre historien François Furet dans Penser la Révolution française (p. 241).

 

En 1889, déjà, René de la Tour du Pin écrivait :

 

 « Le siècle actuel porte la marque de l’usure et mérite d’en conserver le nom. » (R. de la Tour du Pin, Vers un Ordre social chrétien, p. 71.)

 

Et dans l'encyclique Quadragesimo Anno (1931), Pie XI avertissait le monde des deux conséquences du pouvoir discrétionnaire des maîtres de l’argent sur l’économie :
 

- la « déchéance du pouvoir politique (…) tombé au rang d’esclave et devenu le docile instrument (…) de toutes les ambitions de l’intérêt ».

- l’ « internationalisme ou impérialisme international de l’argent, funeste et exécrable, pour lequel là où est la fortune, là est la patrie ».

 

Cette double caractéristique des temps modernes (développement de l’usure, domination de l’économie et de la politique par la dette et donc les puissances d'argent) a été reconnue aussi bien par des hommes de finance et des hommes politiques que par des doctrinaires de ces deux disciplines. Elle tranche avec la saine pratique dite pourtant de "droit divin" qui, précisément, évitait de soumettre le politique à l'Argent..

Louis le Grand, Roi conquérant, roi guerrier

Un prince a autant besoin de conquérir les coeurs de ses sujets que les villes

Furetière

Nous devons considérer le bien de nos sujets bien plus que le nôtre propre.

Louis XIV

Si le royaume de Louis XIV est déjà - notamment grâce à Henri IV, Richelieu, Mazarin - beaucoup plus homogène, plus uni, mieux gouvernable que les autres pays européns, il n'est, bien entendu, ni étatisé, ni vraiment encore centralisé. Nos pères ne l'auraient pas supporté. Le roi ne l'a pas véritablement voulu. Ses intendants y eussent perdu beaucoup de leur pouvoir. [17]

 

« Le même roi Louis XIV, qui n'a jamais dit : "L'Etat, c'est moi", a écrit : "L'intérêt de l'Etat doit marcher le premier" (1679), puis dit, sur son lit d'agonisant : "Je m'en vais, mais l'Etat demeurera toujours." » [18]

 

De Munster (1645) à Nimègue (1678), le royaume s'est agrandi, provisoirement (le Trournaisis, la Lorraine, Philippsbourg, Brisach, Pignerol) ou définitivement (Artois, Alsace, Flandre, Franche-Comté, Hainaut français, Roussilon)

 

Nouvelle-France sous Louis XIV

Nouvelle-France sous Louis XIV

Outre-Mer, Louis XIV dirige la Nouvelle-France, ce territoire aujourd'hui devenu anglo-saxon aux Etats-Unis : Canada, Louisiane.

L'explorateur Samuel de Champlain (1567-1635) poursuit la cartographie de l'Amérique du Nord que Jacques Cartier (1491-1557) avait explorée et cartographiée le premier, baptisant le vaste territoire du Golfe du Saint Laurent le Canada. Il fut le premier à naviguer sur les Grands Lacs. Etablissant des relations de confiance avec les Hurons, les Montagnais et Algonquins, il fut le Père de la "Nouvelle-France", le fondateur de la ville de Québec.

René-Robert Cavelier de la Salle (1643-1687) descendit le Mississipi en 1682, du Lac Michigan jusqu'au Golfe du Mexique..., découvrant ainsi tous les territoires situés entre la vallée du Saint-Laurent et le delta du Mississipi, nommant cet immense territoire "Louisiane" en l'honneur du Roi de France Louis XIV.

Depuis notre plus tendre enfance, on interdit aux francophones de se souvenir que la découverte des grands espaces, les aventures et les grands exploits ont été aussi réalisés en français.

Charles-Xavier DURAND, "La Nouvelle Guerre contre l'intelligence III. Un nouveau Programme pour la conscience", éditions François-Xavier de Guibert (2002)

Le roi recherche l'unité. De cette unité, la religion catholique est alors le ciment. La fierté d'être devenu Français reste un phénomène rare. [19]

 

"Les guerres de Louis XIV ont coûté cinq cent mille hommes. Elles ont rapporté dix provinces et un empire. Celles de la Révolution et de l'Empire feront tuer, du seul côté français, quelque quinze cent mille soldats sans modifier véritablement nos frontières. ... Entre 1914 et 1917, nous échangerons douze cent mille soldats tués contre un nombre égal d'Alsaciens et de Lorrains. Ces comparaisons sont cruelles; mais sans elles on ne saurait juger équitablement l'actif et le passif du Grand siècle." [20]

 

A sa mort, Louis XIV laisse une France agrandie : La France de 1715 est plus grande, plus forte : avant la révolution aucun pays étranger ne s’enhardira à l’envahir. Voici les acquisitions définitives :

Lorraine avec ses trois évêchés Metz, Toul, Verdun. 1648

Alsace 1648-1681-1697

Roussillon 1659

Cerdagne 1659

Franche-Comté 1674-1678

Artois 1659

Dunkerque 1662

Flandre wallonne avec Lille 1668

Principauté d’Orange (1713)

Comté de Nice (1713)

 

En dépit des concessions faites à Utrecht (1713), la France détient outre-mer la Nouvelle-France, un domaine beaucoup plus vaste que l’ensemble des possessions coloniales anglaises à la même époque. Philippe d'Anjou, petit-fils de Louis XIV, est reconnu roi d'Espagne. Il sera à l'origine de l'actuelle monarchie espagnole des Bourbons d'Espagne dont un des représentants, le duc d'Anjou, Louis Alphonse de Bourbon, chef de la Maison aînée des Bourbons, est le permier successible à la couronne de France

 

A quelque distance la France possède ou commence de posséder deux escales importantes sur la route de l’extrême-Orient : les Mascareignes – île Bourbon (1649) et île de France (1715) – facilitent la liaison avec les Indes orientales ; là s’activent nos premiers comptoirs : Pondichéry (1660-1697), Chandernagor, Mazulipatam, Calicut (1701).

 

Napoléon Bonaparte visitant un jour le tombeau de Jean-Jacques Rousseau à Ermenonville, — alors propriété du comte Stanislas de Girardin, qui rapporte la chose dans son Journal et Souvenirs [21], fit soudain cette remarque :

 

Napoleon-copie-3.jpg« Il aurait mieux valu, pour le repos de la France, que cet homme-là [Jean-Jacques Rousseau Ndlr.] n'eût jamais existé.

 

— Et pourquoi, citoyen consul ? lui dis-je.

 

— C'est lui qui a préparé la Révolution française.

 

— Je croyais, citoyen consul, que ce n'était pas à vous à vous plaindre de la Révolution.

 

— Eh bien, répliqua-t-il, l'avenir apprendra s'il n'eût pas mieux valu, pour le repos de la terre, que ni Rousseau ni moi n'eussions jamais existé.

 

...Et il reprit d'un air rêveur sa promenade. »

 

Comme une chandelle qui s'éteint

 

« La gangrène continuait sa progression inexorable. Fallait-il amputer ? Le roi consentant, mais il était bien tard.

 

"Mareschal, n'avez-vous pas là des rasoirs ? Coupez! Et ne craignez rien." Les chirurgiens venus de Paris avaient les larmes aux yeux.

"Me sauvera-t-on la vie? demanda Louis.

"Il y a peu d'apparence", soupira Mareschal.

"Eh bien, il est inutile que vous me fassiez souffrir!" Il préférait mourir en repos.

 

Pénétré de l'imminence de sa fin, se détachant sans regret du néant de toute grandeur humaine, Louis XIV témoigna dans les trois derniers jours la plus parfaite humilité, offrant au Rédempteur ses souffrances, en expiation, disait-il, de ses péchés, dans l'unique espérance de la miséricorde divine.

Le samedi 31 août, vers onze heures, on récita la prière des agonisants. Mêlant sa voix à celles des prêtres et des moines, Louis, visage livide et yeux fermés, répéta plusieurs fois les paroles de l'Ave Maria : Nuc et in hora mortis ("Maintenant et à l'heure de notre mort"). La vie se retirait lentement.

 

"Ô mon Dieu, venez à mon aide, âtez-vous de me secourir!" Telles furent ses dernières paroles.

 

Il entra dans le coma et expira doucement le lendemain, comme une chandelle qui s'éteint.

 

Le 2 septembre, la Parlement de Paris, réuni en séance extraordinaire avec les Princes du Sang, les ducs et pairs, ... proclama Philippe d'Orléans régent de France sans aucune entrave. En remerciement, ces messieurs de la magistrature retrouvaient en plénitude leur droit de remontrance, dont ils firent un détestable usage tout au long du siècle [pour s'opposer à toute réforme d'égalité de l'impôt. Cf. Les révolutions françaises, Sous la Direction de Frédéric Bluche et Stéphane Rials, Fayard, Mesnil-sur-l'Estrée 1989, chapitre "La pré-Révolution 1788-1789, rédigé par Jean-Marie Harouel. Ndlr.], empêchant, jusqu'à l'explosion finale, la monarchie de se réformer et de se moderniser. Un monde s'achevait, un nouveau commençait à poindre... [22]
 

Le rayonnement de la France de Louis XIV a été bien défini par Victor Hugo :

 

Louis XIV, ce n'est pas le génie dans le maître, mais le génie autour du maître, ce qui fait le roi moindre peut-être, mais le règne plus grand. Quant à moi, qui aime les choses réussies et complètes, j'ai toujours eu une sympathie profonde pour ce brave et magnifique prince si bien né, si bien venu, si bien entouré, roi dès le berceau et roi dans la tombe; vrai monarque dans la plus haute acception du mot... étoile polaire de tout un siècle qui, pendant soixante-douze ans, en a vu tourner majestueusement autour d'elle toutes les constellations.

Victor Hugo cité in F. Funck-Brentano, Louis XIV, Librairie Hachette, Paris 1938, p. 3.

Notes

 

[1] George Michel, L’agonie de Louis XIV, Boulevard Voltaire, 16 août 2015

[2] Présidentielle et législatives de 2012: l'organisation a coûté 604 millios d'euros, Le Parisien, 20 Nov. 2014, 09h54

[3] A comparer avec la manière dont la démocratie était pratiquée au "Moyen Âge" en plein XIIIe siècle chez nous, "dans chaque village" (he oui Attali !...) au plus près des individus et de leur contrôle.

[4] François Bluche, Fayard, Paris 2002, p. 467.

[5] Frantz Funck-Brentano, L'Ancien Régime, Les Grandes études Historiques, Librairie Arthème Fayard, Paris 1926, p. 237-238.

[6] François Bluche, Louis XIV, ibid., p. 455.

[7] Jean-Christian Petitfils, Louis XIV, Collection Tempus, La Flèche 2006, p. 148.

[8] Jean-Christian Petitfils, Louis XIV, ibid., p. 704-705.

[9] Le « Lien légitimiste » n° 54 en 2013, Comparaisons 1675-2013

[10] François Bluche, Louis XIV, ibid., p. 470.

[11] Jean de Viguerie, L'Institution des enfants, L'éducation en France, XVIe-XVIIIe siècles, Paris 1978, cité in François Bluche, Louis XIV, Fayard, Paris 2002, p. 494.

[12] François Furet et Jacques Ozouf, Lire et écrire. L'alphabétisation des Français de Calvin à Jules Ferry, Paris 1977, cité in François Bluche, Louis XIV, Fayard, Paris 2002, p. 494.

[13] Cela change des socialistes aujourd'hui en France qui prétendent changer même de civilisation avec la loi Taubira établissant le soit-disant "mariage" homosexuel, sans concertation avec les Français ni association.

[14] François Bluche, Louis XIV, ibid., p. 236.

[15] François Bluche, Louis XIV, Fayard, Paris 2002, p. 259.

[16] Pierre Verlet, Le Château de Versailles, Paris 1985.

[17] François Bluche, Louis XIV, ibid., p. 476-477.

[18] François Bluche, Louis XIV, ibid., p. 900.

[19] François Bluche, Louis XIV, ibid., p. 484.

[20] François Bluche, Louis XIV, ibid., p. 842.

[21] Revue bleue, 8 mai 1875, p. 1075; et 26 janvier 1878, p. 711.

[22] Le grand coucher du Soleil, 1er septembre 1715, Par Jean-Christian Petitfils in Les Derniers Jours des Rois, Sous la Direction de Patrice Gueniffey, Perrin Le Figaro Histoire, p. 225-226.

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25 août 2015 2 25 /08 /août /2015 17:30
Louis IX, le roi qui soutint l’œuvre intellectuelle des dominicains

L’Église et la France fêtent le saint roi Louis IX le 25 août. L’année du 800e anniversaire de la naissance des Frères Prêcheurs, un rapprochement historique s’impose : la naissance de saint Louis en 1214, entre l’arrivée des dominicains à Toulouse en 1215 et à Paris en 1217. Les relations entre le roi mendiant et les Frères Prêcheurs furent très étroites. Le roi soutînt en particulier l’œuvre intellectuelle de cette “communauté nouvelle” de l’époque.

 

L’ORDRE des Prêcheurs naît en France à Fanjeaux (1206) puis à Toulouse (1215), et s’installe à Paris en 1217. La vie de saint Louis correspond donc avec le développement de l’Ordre en France, qu’il va contribuer à favoriser, en finançant largement la construction de couvents et d’églises des Prêcheurs, en particulier de 1230 à 1260.

 

À la mort de saint Louis, on compte quelques 100 couvents dominicains, surtout dans les grandes villes, répartis dans les deux Provinces de France et de Provence — saint Louis est d’ailleurs le premier roi de France à régner effectivement sur le Sud de la France actuelle, en particulier sur la région de Carcassonne, berceau de l’Ordre (traité de Melun en 1229).

 

Les Prêcheurs servirent sans réserve les justes ambitions du saint roi, mais Louis, qui compte de nombreux dominicains parmi ses proches, n’est pas en reste, et il favorise l’Ordre à de nombreuses reprises.

Une alliance au coeur de l’Université de Paris

 

Portrait d'Hugues de Saint-Cher par Tommaso da Modena

En implantant leur studium à Paris, qui est alors la ville universitaire la plus importante d’Europe, les frères sont au coeur intellectuel, économique et religieux du royaume.

 

De son côté, saint Louis se réjouit de pouvoir compter sur une élite de prédicateurs et de professeurs pour former la population de sa capitale à la religion et aux bonnes moeurs. Il sait que le prestige de son royaume tient pour une part à l’Université de Paris et aux grands maîtres mendiants qui y enseignent : Albert le Grand, Thomas d’Aquin, Hugues de Saint-Cher pour les Prêcheurs, Jean de Parme, Alexandre de Halès, Bonaventure pour les Mineurs, entre autres.

 

Le soutien du roi dans la querelle contre les séculiers

 

L’insertion des ordres mendiants dans l’Église et dans l’université surtout ne s’est pas effectuée sans conflit, notamment avec les séculiers. En février 1252, l’université prend la décision que désormais les ordres religieux n’auront droit qu’à une seule chaire par ordre sur les douze possibles. Les dominicains sont directement visés, qui possèdent déjà deux chaires, et révèle la méfiance croissante des séculiers vis-à-vis des ordres mendiants dans le cadre de l’université.

 

Au printemps suivant, éclate une grève universitaire, pour protester contre des sévices infligés par la maréchaussée aux étudiants. Or les ordres mendiants refusent de s’associer à cette grève, ce qui est très mal perçu par les séculiers qui considèrent que c’est un coup de poignard dans le dos, et les mettent au ban de l’université. On fait appel au pape Innocent IV, qui demande la réinsertion des mendiants, mais l’université refuse et publie une encyclique hostile aux mendiants.

 

Pour défendre sa cause, l’université envoie à Rome le maître séculier Guillaume de Saint-Amour, dont l’argumentation se développe en trois points : les ordres mendiants court-circuitent la hiérarchie traditionnelle de l’Église et détournent par leur présence une part des bénéfices normalement afférents au clergé séculier ; au plan universitaire, les frères sont accusés de privilégier leurs constitutions aux statuts de l’université ; enfin et surtout, les ordres mendiants sont accusés d’hérésie, en raison de la mise en circulation d’un opuscule d’un obscur franciscain justifiant l’existence des ordres mendiants par une argumentation d’inspiration joachimite (l’essor des ordres mendiants serait la preuve de l’avènement de l’âge de l’Esprit).

 

Le Pape, probablement ébranlé par le plaidoyer de Guillaume de Saint-Amour, publie la bulle Et sit animarum, où il réduit les privilèges des ordres mendiants (pas dans le cadre universitaire mais ecclésialement). Les frères réagissent par des neuvaines, ce qui a pour effet la mort du Pape dans les quinze jours… Son successeur annule la bulle et exige la réintégration des mendiants dans l’université. Les séculiers, dès lors, sont furieux.

 

Le conflit atteint son paroxysme pendant l’hiver 1256, et passionne l’opinion publique parisienne. Il y a des mouvements de foule, on empêche les étudiants d’aller suivre les cours au Couvent Saint-Jacques, on essaie de tuer à l’arbalète le prieur de Saint-Jacques, au point que le roi Louis est obligé d’envoyer la troupe pour protéger les frères. C’est le moment choisi par Guillaume de Saint-Amour pour publier son Du péril des temps derniers.

 

Une théologie de la vie religieuse

 

Son argumentation est simple : les ordres mendiants n’entrent dans aucune des deux catégories traditionnelles de clercs que sont les curés et les moines ; pour autant, ils ressemblent davantage à des moines, et dans ce sens ne doivent pas enseigner (dolere non docere) ; il estime également que le pape n’a pas juridiction pour imposer aux Églises locales d’autoriser l’enseignement des mendiants ; de même, la mendicité est indigne des moines, qui doivent gagner leur pain par le travail manuel. En réponse, Bonaventure publie en 1956 un traité De perfectione vita evangelica, puis Thomas publie son Contra impugnantes. S’esquisse là les débuts d’une théologie de la vie religieuse.

 

Ce qui intéresse directement notre sujet, c’est le rôle de saint Louis, au-delà de la protection armée des frères, et notamment lors de la leçon inaugurale de Thomas d’Aquin. Car lorsqu’en 1256 le pape condamne le De periculis de Guillaume de Saint-Amour, qui est contraint à l’exil, cela tient beaucoup à l’influence de Louis. Son affection pour les ordres mendiants est réelle, mais il est également personnellement concerné : en effet, les prédications enflammées de Guillaume de Saint-Amour s’en prennent aussi au roi Louis en pointant du doigt son entourage de frères mendiants, qualifiés de vagabonds égoïstes empêchant le roi de gouverner et faisant de lui un vagabond également.

 

Dès lors, Louis s’implique fortement en poussant le pape à agir en faveur des frères. Mais cela a été un prétexte de plus pour critiquer la collusion entre le roi de France et les mendiants, désormais appuyée sur des faits incontestables. Rutebeuf notamment, écrit dans sa Complainte de Constantinople (1262) que l’argent récolté pour la croisade ne sert qu’à doter les couvents de mendiants, lesquels ont désormais rang supérieur aux rois, aux prélats, et aux comtes, et que l’humilité prêchée par les Frères ne servait qu’à maintenir le Royaume dans leur entière sujétion.

 

Mécène de l’activité intellectuelle de l’Ordre

 

Le roi Louis a largement contribué au financement de la construction des nombreux couvents dominicains qui fleurissent durant son règne. Les moyens financiers mis au service des frères les ont fait déroger à la volonté de saint Dominique, qui préconisait des églises pauvres (basses, en briques, sans ornements), mais ils ont accepté cette évolution car elle permettait l’accueil de très nombreux fidèles pour venir écouter la prédication des Frères, finalité de l’Ordre.

 

De plus, saint Louis leur confiait régulièrement la responsabilité de sanctuaires importants ou d’églises de centre-ville, qui étaient autant d’opportunités pour l’annonce de l’Évangile [1]. Les couvents de Rouen, Mâcon, Jaffa, Compiègne, Béziers, Carcassonne et Caen ont été financés directement par le roi, de même que les travaux d’agrandissement du couvent Saint-Jacques à Paris. On sait qu’il faisait également livrer des aumônes en nature –des harengs au couvent Saint-Jacques, à en croire Guillaume de Tocco, biographe de saint Thomas d’Aquin-. En échange de tous ces bienfaits, saint Louis demande aux Frères de prier pour lui, et de venir prêcher devant sa cour (même si le prédicateur le plus régulier au Palais fut sans doute Bonaventure).

Description de cette image, également commentée ci-après

Vincent de Beauvais

Mais saint Louis n’a pas favorisé la vie intellectuelle de l’Ordre uniquement en finançant ses murs et sa subsistance. Il y a plus directement contribué en plusieurs occasions, notamment au travers de son amitié avec le frère Vincent de Beauvais (1190-1264). Ce dernier, né à Beauvais vers 1190 et entré dans l’Ordre vers 1218, devint sous-prieur du couvent de Beauvais vers 1225 puis arrive à Paris au couvent Saint-Jacques, où il mourra. Son grand oeuvre, suscité ou encouragé par saint Louis, c’est son encyclopédie universelle. Cela correspond à ce qu’on sait de Louis IX : peu porté sur les subtilités de la théologie spéculative, mais aimant le savoir autant qu’un roi peut le faire, en tant qu’il est utile au salut.

 

Par ailleurs, le projet encyclopédique répond à la fois à une vogue du temps et à l’ambition du roi, qui est de mettre de l’ordre en tout ce qui dépend de lui. Saint Louis s’est d’ailleurs intéressé de près à la rédaction de l’encyclopédie par Vincent de Beauvais et son équipe (principalement des frères de Saint-Jacques, mais aussi des religieux d’autres ordres), finançant les recherches, et intervenant à l’occasion pour que la dynastie capétienne soit présentée sous un jour favorable.

 

De l’argent bien dépensé

 

On sait également par Geoffroy de Beaulieu, confesseur et premier biographe du roi, dominicain, que saint Louis, impressionné par le soin apporté par les Sarrasins à leurs bibliothèques, « conçut de faire transcrire à ses frais, à son retour en France, tous les livres de l’Écriture Sainte, utiles et authentiques, qu’on pourrait trouver dans les bibliothèques de diverses abbayes pour que lui-même et des hommes lettrés ainsi que des religieux ses familiers puissent les étudier pour leur propre utilité et celles de leurs proches. À son retour, il réalisa son dessein et fit construire à cet effet un lieu approprié et bien défendu. Ce fut la salle du trésor de sa Sainte-Chapelle où il rassembla la plupart des originaux d’Augustin, d’Ambroise, de Jérôme, de Grégoire et les livres d’autres auteurs orthodoxes. Quand il en avait le loisir, il aimait y étudier et permettait volontiers aux autres d’y étudier [2] ».

 

Pendant sa vie et surtout après sa mort par son testament, saint Louis lègue une partie de ces livres au couvent de Saint-Jacques.

 

Aux critiques sur l’argent dépensé par Louis pour les ordres mendiants, ce dernier répondait : « Mon Dieu ! Comme je crois cet argent bien dépensé pour tous ces frères si éminents qui du monde entier confluent vers ces couvents parisiens pour étudier la science sacrée et qui, y ayant puisé, s’en retournent dans le monde entier pour la répandre pour l’amour de Dieu et le salut des âmes [3] ! » Cette anecdote, rapportée par Geoffroy de Beaulieu, dit bien l’esprit dans lequel saint Louis a financé la vie intellectuelle de l’Ordre.

 

Fr. Jean-Thomas de Beauregard op, est religieux de la province dominicaine de Toulouse. Extrait d’un article à paraître dans Liberté politique n° 67, automne 2015.

 

[1] Outre le couvent Saint-Jacques et son église, à Paris, on peut mentionner la basilique de Saint-Maximin destinée à accueillir les pèlerins venus se recueillir devant les reliques de Ste Marie-Madeleine. C’est le neveu du roi, Louis d’Anjou, qui fit venir les Frères et finança la construction de la basilique. Saint Louis lui-même y vint en pèlerinage.

[2] Geoffroy de Beaulieu, Vita, p. 15.

[3] Ibid, p. 11. ***

 

 

Source : Louis IX, le roi qui soutînt l’œuvre intellectuelle des dominicains, Liberté politique, Article rédigé par Jean-Thomas de Beauregard, op, le 24 août 2015

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25 août 2015 2 25 /08 /août /2015 14:47
Chanas: Le retour de Napoléon 1er

La commune de Chanas (Isère) prépare une grande journée sous le signe de l’empereur franc-maçon pour les journées du patrimoine en septembre. Le dimanche 20 septembre, le village vivra à l’heure napoléonienne et parmi les manifestations, un flash mob de quadrille - du nom du fleuron des bals impériaux- et mêlant les costumes du XIXe et du XXIe siècles est programmé. En préambule à cette journée, le 12 septembre, la garde impériale de Dijon donnera un concert.

 

Source: Chanas - Le retour de Napoléon Ier, Le Dauphine, Publié le 25/08/2015 à 12:17

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21 août 2015 5 21 /08 /août /2015 12:21
Mexique: découverte d’un mur de crânes humains

Un mur de crânes humains datant de l’Empire aztèque a été mis au jour par des archéologues mexicains près du centre historique de la ville de Mexico, annonce l’Institut national d'anthropologie et d'histoire du Mexique (INAH).

Composé de chaux, de sable et de gravier volcanique, le mur de 34 m de longueur a été découvert à 2 m de profondeur dans la rue Guatemala. Malgré l'état de ruine de l'édifice, la partie centrale abritant des crânes humains disposés en forme de cercle est bien conservée.

Selon Raoul Barreres, le coordinateur du programme archéologique, le mur nommé Tzompantli ("Mur des Crânes") date de la fin du XVe — début XVIe siècle. Certains historiens supposent que le mur faisait partie de l'ancienne capitale de l'empire aztèque, Tenochtitlan, détruite par les conquistadors espagnols sous les ordres d'Hernán Cortés.

A présent, les archéologues en charge des fouilles ont déjà retrouvé 35 crânes appartenant pour la plupart à des hommes. Quant à leur origine, les chercheurs émettent l'hypothèse que ces crânes humains sont ceux des prisonniers de guerre sacrifiés.

Originellement vers l'an 1200 après J.C., les aztèques exposaient sur des murs, à la vue des habitants de la cité, les têtes des prisonniers et des victimes des sacrifices, une série de pieux pointus sur lesquels on embrochait les têtes sanglantes des ennemis. Enfilées les unes à côté des autres sur de longues traverses en bois, elles se décomposaient à l'air libre.

Source: Mexique: découverte d’un mur de crânes humains, Sputnik,11:04 21.08.2015

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14 août 2015 5 14 /08 /août /2015 18:29
En Auvergne, des archéologues font une découverte majeure sur les Gaulois

Ce genre de découverte archéologique montrant une économie gauloise évoluée n'est pas de trop pour tordre le cou aux derniers fantasmes sur les rustres Gaulois chasseurs de sangliers au casque à corne civilisés par les Romains:

 

"C'est le plus gros ensemble jamais trouvé en France et une découverte majeure pour la compréhension du mode de fonctionnement de l'économie gauloise, qui n'est pas du tout rudimentaire comme on pouvait le supposer il y a une centaine d'années", a déclaré Matthieu Poux, professeur d'archéologie à l'université Lyon-2 et responsable des fouilles, confirmant une information du Monde.
Longtemps considérés par les historiens comme un peuple plus ou moins barbare, notamment en raison de la vision qu'en avait les Romains, les Gaulois bénéficiaient en réalité d'une économie très évoluée. C'est ce que vient appuyer cette découverte, comme le souligne Matthieu Poux:
"C'est une économie qui dégage des surplus, que l'on stocke et que l'on échange. Il y a un circuit de stockage et de redistribution des ressources et ce genre de découverte nous permet de faire des bonds de géant dans la compréhension de ces mécanismes".  [1]

En décidant d’aller creuser le sous-sol du Lac-du-Puy, l’équipe de chercheurs du chantier de fouilles archéologiques de Corent, dans le Puy-de-Dôme, s’attendait à quelque découverte, sans savoir de quelle nature. Le choix ne doit rien au hasard : cette dépression humide – un ancien étang de taille moyenne – se situe à 300 mètres à peine du site de Corent. Là se dressait très probablement la capitale des Arvernes, une grande cité gauloise qui occupait une colline au bord de l’Allier, à huit kilomètres du champ de bataille de la fameuse Gergovie.

"On a immédiatement vu se dessiner des ronds de terre, espacés d’un mètre de façon très homogène, témoigne Matthieu Poux, professeur à l’université Lyon-II et responsable des fouilles de Corent. On en a coupé un ou deux à la pelle mécanique, ce qui a fait apparaître la forme évasée caractéristique d’un silo à récoltes, puis un autre et un autre encore. Sur moins de 10 % de la superficie du lac, nous en avons déjà trouvé 125. C’est colossal."

Selon les estimations que Le Monde dévoile jeudi 13 août, le site pourrait compter un millier de silos environ (entre 600 et 1 500), de profondeurs variables, mais implantés régulièrement dans un sol argileux. D’un volume d’à peu près un mètre cube, chacun avait la capacité de stocker de 500 kilos à 1,5 tonne de céréales : de quoi conserver durablement des centaines de tonnes de grains à la fois. Un tel aménagement représente un imposant chantier de génie civil pour des Gaulois ayant vécu à l’âge de fer. « Sous chaque silo, on observe un creusement comme si on avait réalisé un petit puits de forage pour vérifier que la couche d’argile était suffisante », précise Matthieu Poux.

Les archéologues savent que cette installation ne servait déjà plus à l’époque romaine. Elle avait été comblée et recouverte : des débris de céramiques en surface en attestent. Mais ils ne peuvent dater cette découverte avec plus de précision pour l’heure.

"Les fosses ont pu être creusées au début de l’âge de fer, entre 750 et 450 avant J.-C. ou bien entre 150 et 50, lorsque l’agglomération de Corent occupait tout ce plateau de 50 hectares, y compris le centre de stockage donc, ou encore entre les deux", expose M. Poux. [2]

La découverte témoigne du caractère particulièrement avancé de la société gauloise avant sa conquête par les légions romaines. C'est une découverte de taille sur les Gaulois, et qui vient écorner un peu plus l'image surannée du guerrier brutal et rustre. [...] Une trouvaille inédite, et qui invite à repenser la complexité et l'efficacité de l'économie gauloise, ainsi que le révèle Le Monde. Fouillé depuis 2001, le site est déjà bien connu des chercheurs ; plusieurs siècles avant notre ère s'y dressait une importante agglomération occupée par les Arvernes, une puissante confédération de tribus parmi la soixantaine de peuplades qui occupaient la Gaule avant la conquête romaine en -52 avant Jésus-Christ.

«Une telle découverte était totalement inattendue», s'enthousiasme auprès du Figaro Matthieu Poux. «Les grains de pollen conservés dans cette cuvette peuvent apporter des indices précieux sur les environnements anciens», explique Matthieu Poux. Mais très vite, les chercheurs tombent sur une série de cercles de terre colorée, indiquant que le lac était déjà vide à l'époque du fer, et surtout que son sol a été creusé par l'homme. «En coupant ces ronds à la pelle, on s'est rendu compte qu'il s'agissait de silos creusés dans le sol», explique Matthieu Poux. Au total, 125 cavités de ce type, disposées très régulièrement dans une terre argileuse, et pouvant contenir entre 200 kg et plus d'une tonne de céréales, ont été dégagées. «Mais il pourrait y en avoir entre 600 et 1500», relève l'archéologue qui salue également l'ingéniosité des Gaulois: «Les silos se resserrent vers le haut, sans doute pour faciliter leur fermeture et limiter les infiltrations. Avec la fermentation, l'oxygène restant est rapidement consommé. C'est le principe du Tupperware!». [3]

Pour l'archéologue, le principe de ces silos est "ingénieux": "creusées dans un sol argileux, pratiquement imperméable à l'eau et à l'air, les fosses étaient remplies à ras bord de blé, orge ou seigle, puis obturées hermétiquement". Chacune pouvait contenir "entre un quintal et une tonne de céréales", portant la capacité du site "à plusieurs centaines de tonnes".

Un ingénieux système d'"emballage sous vide".

Ce système d'"emballage sous vide" permettait de conserver les céréales "plusieurs mois, voire plusieurs années". "Elles ont peut-être été stockées là pour soutenir un siège ou à proximité d'une grande place de marché ou alors c'était un surplus exceptionnel", a estimé M. Poux. Les parois des silos étaient recouvertes d'une couche de charbon montrant que ces installations ont été stérilisées au feu, "afin d'être utilisés plusieurs fois". [4]

 

Sources :

 

[1] Archéologie: une centaine de silos à grains gaulois découverts en Auvergne, LEXPRESS.fr avec AFP , publié le 14/08/2015 à 09:28 , mis à jour à 10:40

[2] Découverte d’un méga-site gaulois de silos à grains en Auvergne, LE MONDE | 13.08.2015 à 06h44 • Mis à jour le 13.08.2015 à 14h14 |

[3] En Auvergne, des archéologues font une découverte majeure sur les Gaulois, Le Figaro, Par Romain David Mis à jour le 14/08/2015 à 18:46 Publié le 14/08/2015 à 17:45

[4] Auvergne: découverte d'un important site archéologique gaulois, BfmTv, 14/08/2015 à 10h53

 

 

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Publié par Ingomer - dans Histoire
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13 août 2015 4 13 /08 /août /2015 13:17

Imprégnée de Jean-Jacques Rousseau et du libéralisme, [...] la loi Le Chapelier [...] interdit, pour quasiment la totalité du siècle suivant, toute manifestation, toute grève et toute constitution de syndicats. [...] La loi va provoquer [...] une aggravation importante des inégalités et l’isolement définitif d’un ouvrier rendu, par la loi, incapable de défendre ses droits.


Loi Le Chapelier, loi liberticide

Au XVIIIème siècle, l’économie politique triomphe. Soudainement focalisés sur les questions de la productivité et du calcul, un certain nombre d’esprits enclenchent le processus qui conduira au « désenchantement du monde[1] ». Le libéralisme est à l’œuvre et avec lui son corollaire obligé, le libre-échangisme : désormais, c’est le marché, et lui-seul, qui doit dicter sa loi issue de la seule rencontre de l’offre et de la demande dans un contexte général de concurrence favorisée. Car c’est de la fameuse « main invisible » que, désormais, découleront les orientations des comportements. Jean-Jacques Rousseau prône ainsi l’initiative individuelle, le marché et la propriété privée ; Diderot, la division du travail dans les manufactures. Pour Turgot, l’artisanat est en déclin et la modernisation de l’économie passe par le développement de grandes entreprises et de l’emploi ouvrier ; la société industrielle moderne n’est plus qu’entrepreneurs et ouvriers : « toute entreprise de trafic ou d’industrie exige le concours de deux espèces d’hommes ; d’entrepreneurs qui font les avances des matières premières, des ustensiles nécessaires à chaque commerce ; et de simples ouvriers qui travaillent pour le compte des premiers, moyennant un salaire convenu. Telle est la véritable origine de la distinction entre les entrepreneurs ou maîtres et les ouvriers ou compagnons, laquelle est fondée sur la nature des choses[2] ». Et la grande entreprise revendique la liberté d’entreprendre. Influencés par ce libéralisme du siècle des lumières, les révolutionnaires de 1789 veulent rompre définitivement avec l’Ancien Régime. Cette volonté va se traduire, d’une part, par le décret d’Allarde des 2-17 mars 1791 qui supprime les corporations en vue de faciliter la concurrence et permettre aux ouvriers de créer leur propre entreprise. Les privilèges attribués à une profession doivent, en effet, disparaître car ils entravent la liberté d’entreprendre. Et, d’autre part, par son prolongement, la loi Le Chapelier des 14-17 juin 1791.

 

 

 

Dès le début de la révolution, les coalitions ouvrières, associations occasionnelles de défense des droits, manifestent de manière de plus en plus virulente pour obtenir des augmentations de salaires et de meilleures conditions de travail. Les charpentiers, surtout, réclament un salaire journalier minimum. Ils ont élaboré une sorte de contrat collectif et demandent à la municipalité de Paris de le faire accepter par leurs employeurs. La municipalité refuse et réclame l’intervention de l’assemblée constituante. C’est dans ce climat agité que le 14 juin 1791 s’engagent, devant cette même asssemblée, les débats qui précèderont l’adoption de la loi dite Le Chapelier, du nom de son rapporteur, avocat Rennais au parlement de Bretagne puis député aux États généraux de 1789, présidant l'assemblée lors de la nuit du 4 août. « Il n’y a plus de corporation dans l’État ; il n’y a plus que l’intérêt particulier de chaque individu et l’intérêt général[3]». Ainsi en décide la loi les 14-17 juin 1791. Désormais, en France, les assemblées professionnelles sont interdites. Proscrivant le régime général d'exercice collectif des métiers ouvriers (les corporations), ainsi que toutes les réglementations sociales particulières, et par conséquent le régime de dérogation des manufactures privilégiées, cette loi réduit à néant les corps et communautés de métiers, laissant la place à l’individualisme et la cristallisation des rapports sociaux en un affrontement entre les ouvriers et leurs patrons, affrontement qui tournera de façon dramatique, à l’avantage des seconds. Inspirée par Rousseau et le libéralisme, la loi Le Chapelier détruit des libertés fondamentales entraînant des effets désastreux. Conduisant à son abrogation, ces effets, plus d’un siècle après, n’ont, cependant, pas complètement disparu.

 

I Les motifs d’une loi « révolutionnaire » au contenu liberticide

 

Imprégnée de Jean-Jacques Rousseau et du libéralisme, la loi Le Chapelier présente le paradoxe suivant que de provoquer la destruction de libertés fondamentales.

 

A/ Une inspiration Rousseauiste et libérale

 

Rejetant les corps intermédiaires, pourtant chers à Montesquieu, et se situant dans le droit fil de la nuit du 4 août 1789, la loi affirme en son préambule qu'il « n'est permis à personne d'inspirer aux citoyens un intérêt intermédiaire, de les séparer de la chose publique par un esprit de coopération ». Très fortement inspirée de Rousseau, la loi reprend d’ailleurs des passages entiers du Contrat social dans l'exposé de ses motifs. Toute coalition doit être perçue comme une déformation et, dans certains cas, une perversion de la volonté générale qui ne doit rencontrer aucun obstacle sur sa route. Entre le citoyen et l’Etat, rien n’existe ! Car, dès lors qu’il existe des corps intermédiaires, ceux-ci constituent autant de coins enfoncés dans l’indivisible association volontaire que représente la Nation. Seul compte l’intérêt général auprès duquel les intérêts particuliers ne doivent prospérer. En effet, « quand le peuple suffisamment informé délibère, les citoyens n'avaient aucune communication entre eux, du grand nombre de petites différences résulterait toujours la volonté générale, et la délibération serait toujours bonne[4] » écrit J-J. Rousseau. « Mais quand il se fait des brigues, des associations partielles aux dépens de la grande, la volonté de chacune de ces associations devient générale par rapport à ses membres, et particulière par rapport à l'Etat : on peut dire alors qu'il n'y a plus autant de votants que d’hommes ; mais seulement autant que d'associations. Les différences deviennent moins nombreuses et donnent un résultat moins général. Enfin, quand une de ces associations est si grande qu'elle l'emporte sur toutes les autres, vous n'avez plus pour résultat une somme de petites différences, mais une différence unique ; alors il n'y a plus de volonté générale, et l'avis qui l'emporte n'est qu'un avis particulier[5]». Il importe, pour bien obtenir l'énoncé de la volonté générale qu'il n'y ait pas de société partielle dans l'Etat et que chaque citoyen n'opine que d'après lui. Pour garantir la défense des droits des citoyens, il faut donc briser les liens qui les unissent les uns aux autres. Par conséquent, il faut anéantir les associations. Car l’Etat est la seule association possible et, en tant que tel, l’Etat ne doit permettre la constitution d’aucun autre groupement que lui-même. Dès lors, il est indispensable d’empêcher les ouvriers de se regrouper pour mieux défendre leurs intérêts et cela peut être obtenu en abolissant purement et simplement le droit d’association des travailleurs. Au final, l’essence de cette loi est bien liberticide. Et que l’on ne vienne pas arguer des nécessités du temps, de la présence d’un mouvement contre-révolutionnaire ou d’un autre motif plus ou moins louable d’apparence, il n’est pas, il ne peut pas être dans l’essence d’une loi de détruire une liberté. C’est pourtant ce que fait la loi Le Chapelier qui piétine la liberté d’association, liberté publique s’il en est, droit de l’homme par excellence pourtant affirmé par la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, aujourd’hui constitutionnellement garantie.

 

B/ Un contenu liberticide

 

La loi Le Chapelier n’a, ni plus ni moins, pour but de détruire la constitution française (Art. 1). D’emblée, apparaît l’esprit de la loi qui est celui de «table rase », propre aux révolutionnaires français, pourtant soigneusement vilipendé par la suite par un Portalis, chargé par un Bonaparte devenu Napoléon d’écrire un corps de lois civiles appelées à devenir la constitution d’une France qu’il fallait reconstruire après la dévastation des guerres internes et extérieures qui l’a meurtrirent. Il faut tout détruire, tout faire disparaître, ne rien laisser subsister dans la démesure d’une obsession de « néantisation » du passé, de régénération du présent. Le changement est à l’excès, l’esprit révolutionnaire à l’emballement. Les chevaux ont reçu le fouet au sang et le fiacre est lancé dans une course folle dont à ce moment-là, plus rien ne peut l’arrêter. Et comme les corporations sont présentées comme étant « une des bases fondamentales la constitution française » maintenant à abattre, il faut, naturellement, les anéantir également. La loi est donc radicale dans son contenu : il s’agit de faire disparaître «toutes espèces de corporations des citoyens du même état ou profession » (Art. 1 de la loi), d’interdire de défendre leurs « intérêts communs » que la loi qualifie d’ailleurs de « prétendus » tant elle s’en défie (Art. 2). Et d’ailleurs, au-delà, l’expression même de ces intérêts devient interdite, car nulle et irrecevable par les autorités de la république. Ainsi, « il est interdit à tous les corps administratifs ou municipaux de recevoir aucune adresse ou pétition pour la dénomination d'un état ou profession, d'y faire aucune réponse ; et il leur est enjoint de déclarer nulles les délibérations qui pourraient être prises de cette manière, et de veiller soigneusement à ce qu'il ne leur soit donné aucune suite ni exécution ».( Art. 3.). De même, les citoyens d'un même état ou d’une même profession, les entrepreneurs, les ouvriers et compagnon ne pourront « se nommer ni président, ni secrétaires, ni syndics, tenir des registres, prendre des arrêtés ou délibérations, former des règlements » en la matière » (Art. 2).

 

Quel motif justifie donc une interdiction aussi violente ? L’instauration du libéralisme économique, bien sûr, libéralisme qui, seul, est conforme à cette nouvelle constitution que les révolutionnaires entendent vouloir pour la France. Et c’est au nom des principes de liberté et de la constitution que sont déclarées « inconstitutionnelles, attentatoires à la liberté et à la déclaration des droits de l'homme » et, par voie de conséquence, « nulles », les délibérations des citoyens attachés aux mêmes professions, arts et métiers, les délibérations, ou les conventions « tendant à n'accorder qu'à un prix déterminé le secours de leur industrie ou de leurs travaux » (Art. 4). Tout cela paraît parfaitement logique, la lutte contre les monopoles et les ententes semblant justifier parfaitement que les corporations ne puissent plus demeurer le réceptacle de ces pratiques anticoncurrentielles. Et pour s’assurer qu’elle soit bien respectée, la loi prévoit un impressionnant dispositif coercitif. Les corporations étant interdites, il sera, de même, « défendu de les rétablir de fait, sous quelque prétexte et quelque forme que ce soit » (Art. 1). Toutes les délibérations, les conventions des citoyens relatives aux prix sont nulles et « les corps administratifs et municipaux seront tenus de les déclarer telles ». Les auteurs, chefs et instigateurs, qui les auront provoquées, rédigées ou présidées, seront cités devant le tribunal de police, à la requête du procureur de la commune, condamnés chacun à une peine de 500 livres d'amende ainsi que d’une suspension pendant un an de l'exercice de tous leurs droits et de l’interdiction d’entrée dans toutes les assemblées primaires (Art. 4). Ils sont aussi écartés de tous les ouvrages publics et tous les corps administratifs et municipaux devront faire respecter cette interdiction « à peine par leurs membres d'en répondre en leur propre nom » (Art. 5). Les sanctions s’aggravent en cas de revendication par affichage. Les peines sont alors d’une amende de 1000 livres et de trois mois de prison (Art. 6). Les menaces ou violences contre les ouvriers usant de la liberté accordée par les lois constitutionnelles au travail et à l'industrie, sont qualifiés de crimes et sont punis « suivant la rigueur des lois, comme perturbateurs du repos public » (Art. 7). Et pour finir les attroupements que la loi qualifie, d’ailleurs, de séditieux risquent la dispersion par la force, leurs auteurs étant punis avec toute la rigueur de la loi et les émeutiers qui sont qualifiées de criminels, sont condamnés comme « perturbateurs du repos public » (Art 7 et 8). Désormais seront donc proscrits toutes les organisations ouvrières, notamment les corporations des métiers, les associations ouvrières, le compagnonnage mais également les rassemblements paysans et les pétitions au nom d’une profession, les délibérations destinées à fixer les prix ou les salaires, le tout sous peine de sanctions particulièrement lourdes pour des individus qui, dans leur quotidien, trouvent à peine de quoi vivre. En somme, la loi Le Chapelier interdit le rétablissement des corporations, interdit les associations professionnelles et la formation de coalitions ; elle interdit, pour quasiment la totalité du siècle suivant, toute manifestation, toute grève et toute constitution de syndicats. Elle supprime le droit de coalition pour le remplacer par un délit du même nom, gravement sanctionné. Mais ignorante des réalités du monde du travail et à l’opposé de ses objectifs annoncés, la loi va provoquer, au contraire, une aggravation importante des inégalités et l’isolement définitif d’un ouvrier rendu, par la loi, incapable de défendre ses droits. Et ses effets en seront désastreux.

 

II Les effets désastreux d’une loi aujourd’hui abolie

 

A/ la destruction de l’apprentissage et de la formation

 

Avant la révolution, la formation est prise en charge par les corporations. Avec la disparition des corporations du fait de la loi Le Chapelier, disparaît aussi la formation. Contrairement à bon nombre de pays européen, la république décide de séparer l’entreprise et l’enseignement technique. Privant les enfants et les adolescents de la protection que leur accordaient les statuts issus des corporations, ceux-ci se retrouvent isolés, face à un employeur qui n’est plus préoccupé que par son intérêt et celui de son entreprise et peut se retrouver aveuglé. Dans ce contexte, l’apprentissage n’est plus régi que par un contrat individuel conclu entre l’apprenti et son maître d’apprentissage. Les résultats en seront dévastateurs et la situation dégénèrera en une crise de l’apprentissage qui perdure encore aujourd’hui. En clair, la loi Le Chapelier et le décret d’Allarde, en supprimant les corporations, provoquent la remise en cause de l’apprentissage qui ne cessera de se dégrader tout au long du XIXème siècle, laissant place à l’esclavage des enfants jusque dans les années 1880. Le contrat d’apprentissage a disparu et ne réapparaîtra qu’en 1851 avec la première loi sur l’apprentissage, et encore, de manière balbutiante. Ce n’est qu’avec la loi du 4 juillet 1919, dite loi Placide Astier, que l’apprentissage s’organisera véritablement avec plus de 40 000 apprentis.

 

Quant à la formation et en dépit des incantations de Condorcet[6], le droit à la formation sera absent pendant toute la première moitié du XIXème siècle. Limitée à quelques initiatives (1815, classes d’adultes de Guizot ; 1819, création du C.N.A.M. ; 1825, création d’un cours de géométrie et de mécanique à destination des chefs et sous-chefs d’ateliers ; 1831, apparition de cours d’adultes dans les mairies de Paris), la formation a presque totalement disparu. Pourtant, au XIXème siècle, les innovations techniques sont majeures et entraînent des bouleversements dans l’organisation et les techniques de travail. Le chemin de fer apparaît puis l’industrie chimique, gazière, la production pétrolière et, plus tard, la construction automobile. Dans ces conditions, l’adaptation des ouvriers à l’évolution de leur travail est indispensable et urgente. Elle est pourtant inexistante. La spécialisation est absente, la qualification demeure faible, la dépendance à l’égard de la machine est totale. La sécurité se dégrade considérablement : l’usine est insalubre, la machine dangereuse, les produits toxiques, les ouvriers livrés à eux-mêmes. Les maladies et accidents professionnels se multiplient. Et parallèlement, la santé est au travail est complètement négligée, passée sous silence, peu étudiée, reléguée au néant par la question devenue centrale de la productivité. Dès sa création en 1802, le Conseil de salubrité de Paris témoigne d’une infernale indifférence à l’égard des affections qui frappent les ouvriers. Dans ces conditions, nulle information, ni encore moins prévention. L’ouvrier est aux prises avec des conditions de travail dont, la plupart du temps, il est soigneusement tenu dans l’ignorance de la dangerosité ; notamment dans la chapellerie, la dorure sur métaux tellement exposée aux ravages du mercure ou encore dans l’industrie de la céruse accusée de provoquer la sinistre colique du plomb. Le primat de la productivité à court terme, l’intérêt pour le développement économique et ses formidables promesses d’enrichissement mais aussi la méfiance à l’égard des dires des ouvriers et le mépris ou l’indifférence à leur endroit l’emportent. Et si la mauvaise santé des ouvriers, que l’on finit par ne plus pouvoir ignorer, finit par être abordée, c’est sous l’angle seulement de ses causes sociales et non professionnelles[7]. Devant cette dégradation constante des conditions de travail, il faudra attendre la loi du 8 novembre 1892 pour voir érigées des mesures en matière de sécurité au sein des établissements faisant travailler des femmes et des enfants et celle, fameuse, du 9 avril 1898 portant sur la responsabilité des employeurs dans les accidents du travail liés à la multiplication des machines ainsi qu’à la concentration des hommes dans des locaux inadaptés. La théorie des risques bâtie par les juristes de droit civil est une réponse bien tardive à l’exploitation dangereuse de la force de travail des hommes et en tout cas, toujours pas de nature à empêcher Coupeau, distrait par sa fille Nana, de tomber de son toit sous les yeux de son épouse Gervaise en invoquant Dieu d’une voix étouffée[8]…

 

B/ La condition terrible des ouvriers

 

Supprimant toutes les communautés d'exercice collectif des professions, la loi Le Chapelier a pour effet de détruire les guildes, corporations et groupements d'intérêts particuliers, mais aussi, du même coup, les usages et coutumes de ces corps. A la suite de la mise en place massive d’un prolétariat industriel, caractéristique de l’évolution sociale du XIXème siècle, les rapports entre les patrons et les ouvriers sont profondément modifiés. Le contrat qui unit l’employeur au salarié ne connaît aucune définition légale et, devenu tout-puissant, le patron peut alors, s’il l’entend, opprimer l’ouvrier et cela d’autant plus facilement que ce dernier est isolé par une loi qui le prive de toute capacité d’action et de réaction pour faire entendre ses revendications et se défendre. Au lieu d’atténuer les effets de la révolution industrielle, la loi va, au contraire, en augmenter les effets, dévastateurs en matière sociale. Aggravant la loi martiale, la loi Le Chapelier criminalise le mouvement ouvrier, livré maintenant à l’oppression croissante d’un certain patronat.

 

Rencontrant une opposition grandissante, la loi soulèvera, certes, la désapprobation de l’opinion mais aucunement celle des membres à l’Assemblée, trompée d’emblée par l’argumentaire de Le Chapelier ; celui-ci n’hésitera pas, en effet, à présenter les mouvements ouvriers luttant contre l’augmentation du prix de la journée pour tous dans une même branche professionnelle comme animés de la volonté de restaurer les corporations ; constituant, dès lors, autant de menaces pour l’ordre public, tout droit d’action sociale devait leur être enlevé : "plusieurs personnes ont cherché à reconstituer les corporations anéanties ainsi parle Le Chapelier, en formant des assemblées d'arts et de métiers (...). Le but de ces assemblées (...) est de forcer les entrepreneurs de travaux, les ci-devant maîtres, à augmenter le prix de la journée de travail, d'empêcher les ouvriers et les particuliers qui les occupent dans leurs ateliers de faire entre eux des conventions à l'amiable, de leur faire signer sur des registres l'obligation de se soumettre au taux de la journée de travail fixé par ces assemblées et autres règlements qu'elles se permettent de faire. On emploie même la violence pour faire exécuter ces règlements : on force les ouvriers de quitter leurs boutiques, alors même qu'ils sont contents du salaire qu'ils reçoivent. Il n'y a plus de corporations dans l'Etat, conclut-il, il n'y a plus que l'intérêt particulier de chaque individu et l'intérêt général. Il n'est permis à personne d'inspirer aux citoyens un intérêt intermédiaire, de les séparer de la chose publique par un esprit de corporation". Dès la naissance, le débat est faussé et la cause est acquise sans résistance. Seule une question, celle de Gaultier-Biauzat, viendra troubler cette tacite unanimité : « je pense que ce projet est de trop haute importance pour qu’il puisse être adopté à l’instant même, et je crois convenable que l’Assemblée se donne le temps de la réflexion...un simple renvoi à la séance de demain. Par exemple, à la simple lecture qui vient d’être faite du décret, j’ai cru entrevoir quelques discordances entre l’article qui interdit des assemblées de personnes qui se trouveraient avoir la même profession et les décrets constitutionnels sur la liberté de tenir des assemblées. Sans doute, les individus de même profession ne doivent jamais se coaliser ; mais s’ils se rencontrent en société (...) Je désirerai qu’on ne porte pas atteinte à la liberté qu’on a de s’assembler quelquefois. » Question à laquelle Le Chapelier coupera court immédiatement, toujours au prétexte tronqué de l’urgence et du danger : « il serait très imprudent d’ajourner le projet de décret que nous vous présentons, car la fermentation est aussi grande dans les villes de province qu’à Paris, et il est très important qu’il soit très rapidement adopté. Je crois que nous ne pouvons pas mettre trop de célérité pour éclairer les citoyens. » Bien évidemment, la proposition est immédiatement repoussée par l’Assemblée qui décide l’examen immédiat article par article et c’est presque sans discussion que tous les articles de la loi seront adoptés.

 

Pourtant, Marat dont on connaît le mot : « Nous sommes à Paris vingt mille ouvriers qui ne nous laisserons pas endormir par la bourgeoisie », dénonce « les employeurs qui ont enlevé à la classe innombrable des manœuvres et des ouvriers le droit de s’assembler pour délibérer en règle sur leurs intérêts[9] ». Leur but est bien d’ « isoler les citoyens et les empêcher de s’occuper en commun de la chose publique ». Car désormais, seuls les entrepreneurs sont valorisés, procurateurs de ce travail qui permet à l’ouvrier, à peine, de vivre. La liberté du commerce et de l’industrie est totale et ne rencontre plus de limite, instituant, notamment, le droit d’exploiter les manufactures sans réglementation. Les résultats en seront déplorables. De l’aveu même de l’Institut CGT d’histoire sociale, dont pour le moins que l’on puisse dire, on ne peut douter d’accointance quelconque avec la pensée monarchiste, les conséquences de la loi Le Chapelier seront immenses et graves : «une masse croissante de travailleurs va connaître les ravages de la paupérisation qui se développe dans le sillage de la grande industrie, alors qu’elle subit les terribles conséquences de la Loi Le Chapelier. Celle-ci, en frappant d’interdit toute coalition ou association, a considérablement freiné le développement des structures organiques capables de médiatiser les aspirations à la solidarité collective, alors même que les rapports sociaux sont considérablement bouleversés. » Et encore, « pour les ouvriers, les fruits de la Révolution sont amers. La conception de la liberté du travail imposée par les Constituants a sensiblement déséquilibré les rapports entre les patrons et les ouvriers. Ces derniers, désormais privés de toute structure d’entraide ou de résistance, sont à la merci de tous les dérèglements du marché du travail ». L’oppression est sans limite. Emblématique de cette situation est la situation sociale effrayante des enfants de ce XIXème siècle, pourtant souvent dénommé comme étant celui des progrès, traversant une société enorgueillie des lumières. Quelques rappels suffiront à décrire l’innommable traitement infligé à ceux qui sont les plus faibles parmi les plus faibles : à ce siècle et dès l'âge de 4 ans, l’usine exploite les enfants aux travaux que les machines ne peuvent exécuter à cette époque. Le travail est encouragé par les patrons : les enfants sont de petite taille, ils sont habiles et surtout rémunérés trois à quatre fois de moins que leurs parents dont, bien souvent, les salaires ne sont déjà pas suffisants pour vivre. Les conditions de travail de ces enfants sont inhumaines. Ce n’est qu’en 1841 que la loi du 22 mars interdit le travail des enfants de moins de huit ans et doit limiter la journée de travail à huit heures pour les 8-12 ans ainsi qu’à douze heures pour les enfants de 12 à 16 ans. Le travail de nuit (9 heures du soir-5 heures du matin) est interdit aux moins de 13 ans et pour les plus âgés, deux heures comptent pour trois. Jusqu’en 1851 en France, la journée de travail d’un enfant peut, en toute légalité, dépasser 12 heures. Le 24 avril 1874, une enquête parlementaire s’ouvrira sur les conditions de travail en France qui débouchera, en 1874, sur la création de l’Inspection du travail, chargée de veiller au respect des lois sociales et sur la promulgation d’une loi interdisant le travail des enfants de moins de 12 ans. Et pourtant, jusqu’en 1891, la durée maximum de travail dépasse 10 heures quotidiennes à 13 ans, 60 heures hebdomadaires entre 16 et 18 ans et les enfants pourront légalement exécuter des travaux dangereux jusqu’au décret du 21 mars 1914. Les droits des salariés reculent de manière considérable : ainsi, le 21 mars 1804, l’article 1781 du Code civil stipule qu’en cas de litige sur le salaire, la parole du maître l’emporte sur celle de l’ouvrier devant les tribunaux : l’infériorité légale de l’ouvrier face à l’employeur est consacrée par la loi. Si, le 18 mars 1806, les premiers conseils de prud’hommes sont créés, en revanche, les ouvriers n’y sont pas admis. Exclus de la sphère judiciaire, les ouvriers sont rejetés dans l’illégalité, contraints et forcés. Car, dans le même temps, cette loi provoque, dès 1800, la formation de ligues privées de défense, appelées syndicats, et des grèves, qu'elle permet de réprimer pendant presque tout le XIXe siècle. Entre 1825 et 1862, on dénombrera près de 10 000 ouvriers emprisonnés pour faits de grèves dont plus d’une centaine seront condamnés à plus d’un an de prison[10]. Et loin d’emboîter le pas à la sévérité d’un législateur davantage préoccupé d’ordre et de paix publics que de justice sociale, l’analyse des décisions rendues montre des magistrats compréhensifs et témoignant plutôt d’une indulgence à l’égard d’ouvriers égarés, voire d’une sensibilité certaine à l’égard de la dureté de leur condition et de la légitimité de leurs demandes.

 

Comme si cela ne suffisait pas, la loi sera complétée par toute une série de textes : la loi des 26-27 juillet-3 août 1791 sanctionnant les attroupements contre la liberté du travail et de l’industrie ; le décret du 29 nivôse an II autorisant l’arrestation des ouvriers coalisés. Le 12 avril 1803, la loi sur la réglementation du travail dans les manufactures et les ateliers renouvelle l’interdiction des coalitions ouvrières. Le 1er décembre 1803, le livret ouvrier permettant à la police et aux employeurs de connaître la situation exacte de chaque ouvrier. Tout ouvrier voyageant sans son livret est réputé vagabond et condamné comme tel. De son côté, le délit de coalition est réaffirmé dans les articles 414 et 415 du Code pénal de 1810. Toute coalition ouvrière tendant à la cessation du travail ou à la modification des salaires est réprimée très sévèrement. Le 15 mars 1849, une nouvelle loi est votée contre les coalitions ouvrières et patronales. Par ailleurs, les coopératives ouvrières, développées à partir de 1834, sont considérées (hormis une brève période sous la Deuxième République, en 1848) comme des coalitions jusqu'à la loi du 24 juillet 1867 sur les sociétés, qui leur reconnaît un statut légal. En février 1810, l’Empire dotera la France d’un nouveau Code pénal lequel contiendra notamment en ses articles 414 et 415 la répression du délit de coalition. La deuxième République ne sera pas plus tendre puisque si la loi du 15 mars 1849 confirme l’interdiction des coalitions ouvrière, elle y adjoint la prohibition de celles des patrons ; le 27 novembre de la même année, la loi rappelle l’interdiction des grèves. Sous le Second Empire, la loi du 25 mai 1864 modifie les articles 414 et 415 du Code pénal pour ne retenir que l’entrave au libre exercice de l’industrie ou du travail mais aussi et surtout pour maintenir l’interdiction de la grève. Bien que dirigée autant contre les patrons que contre les ouvriers, ce sont uniquement les derniers qui auront à en souffrir de la loi Le Chapelier. Car bien qu'ils soient également interdits, la loi ne parvient pas à empêcher la formation de véritables syndicats patronaux qui, quant à eux, ne verront aucun obstacle se dresser sur leur route. De même, la loi ne pourra pas, non plus, empêcher l'organisation de sociétés de compagnonnage. Placés dans l’impossibilité de défendre collectivement leurs intérêts, les ouvriers majoritaires quantitativement demeureront minoritaires socialement face à une coalition de patrons sachant imposant leur politique d’entreprise. Du coup, repoussant le mouvement ouvrier dans la clandestinité, la loi Le Chapelier aura pour conséquence funeste de le contraindre à la radicalisation tout en favorisant la collusion entre le pouvoir politique et le patronat.

 

Parce qu’affectée de failles profondes dès son origine, dictée par les circonstances, cette loi ne pouvait être promise à autre chose qu’à la sa disparition comme son auteur principal d’ailleurs, lui-même tristement guillotiné sous la terreur, dès 1791 non sans avoir, au préalable, pris position en faveur de l’attribution du droit de vote aux seuls propriétaires et s’être opposé à l’abolition de l’esclavage, soutenant ainsi les négriers de Lorient et de Nantes. La loi Le Chapelier a été abrogée en deux temps : le 21 mars 1884 par la loi Waldeck-Rousseau, qui légalise les syndicats et le 25 mai 1864, par la loi Ollivier qui abolit le délit de coalition. « Loi terrible » pour Jean Jaurès, « erreur fondamentale » pour Emile Ollivier, la loi Le Chapelier du 14 juin 1791 a profondément marqué le syndicalisme et les relations sociales en France et ce n'est qu'en 1884, soit presqu'un siècle plus tard, que l’interdiction qu’elle posait sera levée. Malgré tout, le droit de grève demeurera interdit et la cessation concertée du travail, un motif de résiliation unilatérale du contrat de travail pour faute et de répression pénale. Le syndicalisme français ne se remettra pas de la loi Le Chapelier : il ne sera jamais vraiment reconnu comme interlocuteur valable par des employeurs, eux-mêmes peu organisés, qui avaient pris l'habitude de ne traiter qu'avec des individus… Et, a contrario, si les pays d’Europe du Nord, germanique ou scandinaves, connaissent un syndicalisme puissant, c'est sans doute parce que le développement du capitalisme s'y est produit sans rupture brutale avec la tradition corporatiste. D'où des systèmes de relations sociales où les "corps intermédiaires" jouent un rôle beaucoup plus important qu'en France.

 

François des Millets

 

[1] M. WEBER, L'éthique protestante et l'esprit du capitalisme, Presses Électroniques de France, 2013.

[2] A-R-J. TURGOT, Œuvres de Mr. Turgot, ministre d’état : précédées et accompagnées de Mémoires et de notes sur sa vie, son administration et ses ouvrages ..., Paris, A. Belin, 1809, p. 340.

[3] I. R. G. LE CHAPELIER, « Rapport sur les assemblées de citoyens du même état de profession, (14 juin 1791) », cité in Les Orateurs de la Révolution française, tome 1, les Constituants, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1989, p. 428-432.

[4] J-J. ROUSSEAU, Le contrat social, Œuvres complètes de J.J. Rousseau, A. Houssiaux, Paris, 1852, p. 650.

[5] J-J. ROUSSEAU, Le contrat social, Œuvres complètes de J.J. Rousseau, A. Houssiaux, Paris, 1852, p. 650.

[6] M-J-A-N. CARITAT, marquis de CONDORCET, Rapport et projet de décret relatifs à l'organisation générale de l'instruction publique. Présentation à l'Assemblée législative : 20 et 21 avril 1792.

[7] R. L. VILLERME, Tableau de l’état physique et moral des ouvriers employés dans les manufactures decoton, de laine et de soie. (1840)

[8] E. ZOLA, Les œuvres complètes, Bernouard, Paris, p. 119.

[9] MARAT, L’Ami du Peuple n°493, 18 Juin 1791.

[10] M. PIGENET, D. TARTAKOWSKY, Histoire des mouvements sociaux en France : De 1814 à nos jours, La Découverte, Paris, 2014.

 

Source: Loi Le Chapelier, loi liberticide, Vexilla-Galliae., Publié dans Idées, le jeudi 13 août 2015 par François des Millets

 

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4 août 2015 2 04 /08 /août /2015 18:58
4 août 1789 : LES LIBERTÉS PERDUES ! - Isaac Le Chapelier (juif-franc-maçon)

«On représente les privilèges de l’Ancien Régime comme les privilèges des nobles qui ne payaient pas l’impôt. Mais savez vous ce qui a été aboli dans la nuit du 4 août 1789 ? Les privilèges des nobles seulement ? Non, tous les privilèges : ceux de certaines villes, ceux de certains métiers, de certaines corporations etc., et il y en avait une multitude, qui dépassaient de très loin le seul cadre des individus appartenant au Second Ordre. Or après deux cents ans, il est remarquable de constater que les privilèges sont revenus partout. (…) Privilège, oui. Toute société a ses privilèges nécessaires, je ne le conteste pas, sauf quand ce sont seulement des avantages injustifiés [comme en République]. Mais au moins, qu’on cesse de nous parler des privilèges de l’ancien Régime…»

 

Yves-Marie Adeline (Le royalisme en questions)

 

C'est tout le peuple français qui, sur le plan économique, perd ses libertés élémentaires.

 

Les paysans d'abord, et les plus pauvres. Cette Révolution est faite pour les propriétaires individuels, à l'encontre des droits collectifs du monde rural. La propriété est un « droit sacré » dont on veut « le maintien éternel ». Les révolutionnaires y tiennent d'autant plus que les biens nationaux sont vendus contre assignats, et qu'ils ne trouveraient pas acquéreurs si les titres de propriété en étaient contestés. Cambon souligne : « Nos assignats ne seraient rien sans le respect des propriétés. »

 

A l'Assemblée, le Normand Thouret s'est fait l'interprète de la nouvelle conception : « Il faut des propriétaires réels. Les communautés ne sont que des propriétaires factices. » Traduction :

 

l'Église, qui est une propriétaire collective, sera dépossédée, et ses biens seront vendus par la nation, contre assignats.

 

Autre traduction, qui abolit les vieux droits d'usage : il n'est plus permis aux vieillards, aux veuves, aux enfants, aux malades, aux indigents, de glaner les épis après la moisson, de profiter des regains, de recueillir la paille pour en faire des litières, de grappiller les raisins après la vendange, de râteler les herbes après la fenaison; tout ce qu'ont laissé sur place les moissonneurs, les vendangeurs ou les faneurs, selon la loi biblique et l'usage féodal. Il n'est plus permis aux troupeaux d'avoir libre accès aux chaumes, aux guérets, aux jachères : la Révolution prétend interdire la « vaine pâture », qui, étendue par le « droit de parcours », permettait de passer d'une paroisse à l'autre. Elle donne aux propriétaires le droit d'enclore leurs champs (loi du 6 octobre 1791). Elle édicte le partage des biens communaux, avec répartition par tirage au sort (loi du 10 juin 1793). Mais les traditions seront les plus fortes : elles maintiendront longtemps la vaine pâture et le droit de parcours fondés sur un usage immémorial. Le partage des communaux doit être rendu facultatif, puis, sous le Consulat, totalement arrêté.

 

Comme les paysans, les salariés de l'industrie et du commerce sont atteints par l'idéologie révolutionnaire, hostiles à tout ce qui peut s'interposer entre l'État et l'individu. Avant la Révolution, tandis que les confréries groupaient maîtres et compagnons, les compagnonnages rassemblaient, en fait ou en droit, et surtout dans les métiers nouveaux, qui étaient des métiers libres, les seuls compagnons face aux maîtres. Ces compagnonnages devenaient des organisations de solidarité, mais aussi souvent de lutte ouvrière.

 

La Révolution y met bon ordre. Après avoir aboli le système corporatif, elle supprime les compagnonnages, en interdisant aux citoyens d'une même profession, ouvriers et maîtres, de « nommer des présidents, secrétaires ou syndics, de tenir des registres, de prendre des arrêtés, ou délibérations, de former des règlements sur leurs prétendus intérêts communs ». Prohiber la nomination de « syndics », c'est prohiber les syndicats, c'est refuser toute coalition de salariés.

 

Le Constituant qui se fait le promoteur de cette loi s'appelle Isaac Le Chapelier [franc-maçon]. Élu de la sénéchaussée de Rennes, il a présidé l'Assemblée lors de la nuit du 4 août. Il a contribué à poser le principe de l'égalité dans les successions. Il a rédigé le décret qui abolit la noblesse et les titres féodaux. Cette fois, il exclut toute tentative d'union des travailleurs face à l'entrepreneur, il écarte toute menace de grève. La loi Le Chapelier, du 14 juin 1791, met fin à ce qui pouvait subsister de libertés ouvrières : « Si des citoyens attachés aux mêmes professions, arts et métiers faisaient entre eux des conventions..., lesdites conventions sont déclarées attentatoires à la liberté, et de nul effet... Tous attroupements composés d'artisans, ouvriers, compagnons, journaliers, ou excités par eux contre le libre exercice de l'industrie et du travail sont tenus pour séditieux. »

 

Le Chapelier est guillotiné en 1794, mais son oeuvre subsiste. Le Code civil ignore la législation du travail. Le Consulat parachève l'asservissement des salariés en exerçant sur eux un contrôle de police, avec le livret ouvrier, où sont consignés les embauches et les licenciements, voire les appréciations, élogieuses ou sévères, de l'employeur, ainsi que les sommes dont le salarié peut être débiteur. Le livret doit être visé par le commissaire de police à chaque changement de place. Ce système ne tombera en désuétude que sous la Restauration.

 

Les compagnonnages renaîtront seulement dans la clandestinité. Le droit de grève ne sera reconnu que sous le second Empire, et la liberté syndicale que sous la troisième République : la Révolution aura fait reculer la législation sociale de trois quarts de siècle.

 

René Sédillot, « Le coût de la Révolution française ».

 

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9 juillet 2015 4 09 /07 /juillet /2015 21:23
Réforme du collège : l'enseignement des Lumières sera optionnel (1)

La réforme du collège de Najat Vallaud-Belkacem prévoit que l’enseignement des Lumières en Histoire sera optionnel. Cet élément fondateur de la France d’aujourd’hui valait-il que les professeurs s’y arrêtent ? Du moins dans la forme dans laquelle son apprentissage était prescrit ?

Nous avons posé la question du sens de cette réforme de l'enseignement de l'Histoire au Professeur Xavier Martin* et à Jean-François Chemain, professeur d'Histoire en ZEP. Leurs réponses sont aussi passionnantes que complémentaires. Nous reproduisons ici celle du Professeur Xavier Martin et publierons très prochainement celle de Jean-François Chemain.

 

Entretien avec Xavier Martin, Professeur émérite de l’Université d’Angers

 

Propos recueillis par Clémence Gidoin

Qu’entend-on exactement par « esprit des Lumières » ?

 

Ce qu’on entend par là ? Dans la rhétorique officielle, uniquement de grandes, belles et bonnes choses. Le XVIIIe siècle, en France notamment, – Voltaire, Diderot, Rousseau, Montesquieu et consorts, – aurait enfin brandi la liberté d’expression, découvert et promu la dignité de l’homme, affirmé haut une unité du genre humain, et compati au sort des humbles. Il aurait mis à mal les préjugés de sexe et de couleur, œuvré contre l’absolutisme, et désembué l’esprit humain des obscurantismes religieux, spécialement catholique… La réalité, telle qu’on la voit dans les écrits des philosophes, est soit diamétralement contraire, soit pour le moins très différente, sensiblement plus « composée ». Mais la version imaginaire, dans l’enseignement, dans les médias, demeure en principe et omniprésente, et omnipotente. À tout un chacun, notamment ceux qui ambitionnent la qualité de bachelier, il est donc fort déconseillé d’y contrevenir.

 

Pourquoi alors le siècle des Lumières apparaît-il comme malmené par la réforme, au point d’être annoncé comme propre à devenir un thème facultatif ?

 

Spontanément, je vous dirai que je n’en sais rien. Ladite annonce me laisse sans voix : j’ai cru d’abord que mes oreilles me trahissaient. Alors oui, pourquoi ? La France, pays des Lumières, pays des Droits de l’homme, pays des « valeurs de la République » : c’est un tout magmatique dans l’inlassable formatage médiatico-académique ici rappelé. Le sacro-saint anti-racisme (imaginaire), l’idolâtrée (mais sélective) liberté d’expression se prévalent jour et nuit des Lumières… La perspective de délaisser à la légère un adossement théoriquement aussi flatteur, de disqualifier voire mettre au rebut ce resplendissant esprit des Lumières comme une vieille chaussette, est pour le moins énigmatique, et laisse songeur. La réponse, escomptais-je, m’allait venir de L’Homme Nouveau ! Et de guetter le facteur, apprêtant mes besicles et taillant mes crayons. Votre interrogation, qui inverse les rôles, est donc désarçonnante ! Une Cour européenne des droits de l’abonné devrait bien mettre un terme à ce type d’abus.

 

Le temps d’une réponse, ne pourriez-vous pas vous considérer comme non abonné ?

 

L’idée est ingénieuse : il suffit d’y penser ; ce sera, de fait, moins douloureux… Bref, à la question posée, je vois une seule explication rationnelle, mais j’ai du mal à y souscrire résolument : depuis vingt ans, une certaine relecture des Lumières a malmené assez vivement notre vulgate républicaine à cet égard. Elle montre sans grand mal, à la faveur d’une immense masse de citations, que ce courant, sous maints rapports déterminants, a été violemment le contraire de ce dont on le crédite : négation de l’unité de l’espèce humaine, hyper-élitisme forcené, mépris des gens de couleur, des femmes, des gens de condition modeste, mécanisation du comportement des individus (le fameux Homme Machine, 1747), donc négation du libre arbitre et conception mécaniciste des relations interindividuelles (donc, ipso facto, sociopolitiques), biologisme scientiste inclinant au racisme et à l’antiféminisme, absence de confiance dans la raison humaine (oui !), animalisation du petit peuple… Cette énumération, sévère quoique incomplète, souffrirait quelques nuances, voire ponctuellement quelques solides tempéraments, mais elle résume assez nettement la tendance lourde du dossier.

 

Et, bien sûr, ça change tout ! Le prestigieux « libre examen » des philosophes (avec l’adulé Sapere aude : ose savoir !) est noble chose, assurément, mais si l’un d’entre eux se mêle d’en user pour évaluer (assez chichement) votre degré d’humanité, s’il « ose » vous « savoir » très voisin du singe et vous en méprise, on vous verra probablement, et à bon droit, plus réservé quant aux vertus de cette notion emblématique, et circonspect dorénavant face à ces « humanistes » qui un jour sur deux, selon leur humeur, vous sous-humanisent. Ose savoir, nous dit-on en leur nom ? Il faut répondre : chiche ! et les tenir enfin pour ce qu’ils sont vraiment.

 

Sur cette profonde et diamétrale restitution, abondamment documentée, des vraies « Lumières », les grands médias, comme on s’en doute, ont fait silence. Et néanmoins l’occultation n’est pas totale. Au moins modestement le vrai, en cette matière, progresse et s’insinue, et sans bruit, vaille que vaille, par capillarité, s’infiltre aux interstices. Conséquence : les tireurs de ficelles (s’ils existent) ont peut-être jugé meilleur d’abandonner sans tambour ni trompette ce glorieux champ de bataille. Peut-être, à tout le moins, se posent-ils la question. À parler vrai, c’est peu de dire que l’hypothèse m’en laisse sceptique, mais, de rationnelle, je n’en vois pas d’autre. Nous reste alors l’irrationnel : ladite mesure ressortirait, comme fréquemment, à un pur et simple « n’importe quoi » troussé à la hâte ; ne l’excluons pas : c’est le plus vraisemblable.

 

Il est toutefois vrai que depuis le bicentenaire de la Révolution, qui au fil de colloques richement subventionnés, avait en fait bien défraîchi l’image convenue de cette dernière, la tendance de l’idéologie dominante est de prudemment relativiser ses mythes fondateurs de 1789 (donc des Lumières) pour transplanter résolument son camp de base référentiel autour de 1945. Et je n’exclus pas que la touche (malgré tout) « nationale » des Lumières et de la Révolution françaises ait pu devenir aussi, dans le mondialisme aujourd’hui prégnant, un motif d’estompage. Le tout, néanmoins, laisse assez perplexe.

 

Quelles conséquences cet estompage peut-il avoir sur la culture des jeunes Français ?

 

Question, là encore, délicate. En soi, il est difficile de déplorer que les élèves échappent à ce massif malentendu sur les Lumières. Je dis seulement « malentendu », car la grande masse de ceux qui le propagent, conditionnés à cet effet, sont de bonne foi… ou peu s’en faut ; les vrais menteurs (éventuellement par omission) sont concentrés dans le cercle restreint des spécialistes universitaires : ceux qui « savent », mais verrouillent un savoir différent imposé, aux étapes décisives des carrières d’enseignement. Sans doute, au surplus, croient-ils ne mentir que pour la bonne cause, ce qui les aide possiblement à oublier, cahin-caha, qu’ils ne disent pas la vérité ! Cela noté, l’on ne saurait, évidemment, imaginer que des talents aussi monumentaux et influents que ceux de Voltaire, Diderot, Montesquieu ou Rousseau, passent à la trappe ! Pareille amputation est inimaginable, et il va sans dire, à mon sentiment, qu’elle n’aura pas lieu. Mais qu’enseigner exactement, à leur sujet ? C’est une tout autre affaire, et un réel problème.

 

Justement, des enseignements d’Histoire à « trous » chronologiques conservent-ils un sens ?

 

La réponse théorique est sans réserve négative, ça va de soi. Cela étant, en tous domaines je me méfie des « il faut que ». Si par malheur j’étais moi-même en charge pratique des programmes et manuels, je serais plus qu’embarrassé. Toute pédagogie est nécessairement simplificatrice d’une complexité, elle-même souvent inextricable : c’est vrai dans l’Université, ce l’est a fortiori, de façon croissante, en raison inverse de l’âge des auditeurs. L’Histoire n’est enseignable que très simplifiée – je n’ajouterai pas « donc très mythifiée », pour ne pas choquer : mais sur ce point, au minimum, je m’interroge, et ce furtif ballon d’essai pose la question (c’est bien mon tour). La notion de « roman national » est plus qu’une formule, et donne à penser. S’agissant de l’Histoire, il importe au surplus de ne pas négliger un trait élémentaire, qui ne facilite rien : plus s’accumulent les décennies (et ça va vite !), moins il est facile de tout maîtriser, d’opérer un tri, de synthétiser. Cette lapalissade, à titre accessoire, a son importance. Ce qui, pour le grand-père, continue de tenir à un passé récent, dont l’ignorance, dans les jeunes classes, annonce la fin des haricots académiques, touche à la nuit des temps pour sa progéniture. C’est assez naturel.

 

Qu’on me pardonne d’oser ici un sentiment tout personnel, qui déplace le problème à défaut d’amorcer la moindre solution : pour chaque professeur, c’est le haut défi et c’est l’essentiel, de chercher la voie toujours mystérieuse, d’atteindre la flamme et de l’activer, au cœur des élèves, avec ferveur, avec respect, avec réserve, sans oublier l’accompagnement synergétique des anges gardiens, qu’à l’ordinaire sous-évalue assez sottement le Ministère – c’est là une des clés de son handicap, de la déprimante phraséologie étalée sur ses pauvres tartines, et de ses tristes résultats. Cette authentique disposition professorale ? Les « sciences cognitives » n’ont probablement que peu à y voir, et les « méthodes » pré-mastiquantes guère davantage, ni les programmes, souvent biaisés, jamais parfaits, rarement traités en leur entier. Dire que, dans l’enseignement, la transmission de connaissances est négligeable serait la première des absurdités. Mais l’essentiel est autre chose. Ladite transmission est, sinon le prétexte, du moins l’occasion de plus profond qu’elle : cet imperceptible toucher des âmes, objet de mystère, ambitionné sans crispation, en vue d’ineffables germinations, parfois à long terme. L’affaire des programmes en est, malgré tout, relativisée.

 

*Depuis quelque vingt ans, le professeur Xavier Martin propose un regard radicalement neuf sur l’esprit des Lumières et la Révolution, à travers une dizaine d’ouvrages, dont le premier, Nature humaine et Révolution française (DMM, 302 p., 26 €), va connaître sa troisième édition, et dont le plus récent, de portée synthétique, est intitulé Naissance du sous-homme au cœur des Lumières (Les races, les femmes, le peuple) [DMM, 440 p., 28,50 €]. Le plus diffusé, Voltaire méconnu. Aspects cachés de l’humanisme des Lumières (1750-1800) [DMM, 352 p., 26 €], vient de connaître lui aussi sa troisième édition, et sera réédité à la rentrée en format de poche.

 

 

Source: Réforme du collège : l'enseignement des Lumières sera optionnel, L'Homme nouveau, Rédigé par Xavier Martin le 09 juillet 2015 dans Société

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2 juillet 2015 4 02 /07 /juillet /2015 06:00
La statue qui saigne de la rue aux Ours

Pendant près de quatre cents ans, Paris vit s'accomplir les rites d'une fête dont le souvenir est totalement effacé aujourd'hui. Depuis 1418 jusqu'à la Révolution, le coin de la rue aux Ours, à Paris, s'illuminait, le 3 juillet, et de nombreux cierges éclairaient la niche vide d'une statue.

Cependant, les rues d'alentour retentissaient de clameurs ; c'est que la foule suivait en vociférant le cortège d'un mannequin costumé en Suisse. La procession durait pendant plusieurs heures et parcourait tous les quartiers de la ville avant de revenir aux carrefours des rues Salle-au-Comte et aux Ours. Puis, à la nuit tombante, le mannequin était enfin brûlé et la fête s'achevait dans l'apothéose d'un feu d'artifice.

S'il faut en croire les différents compartiments d'un tableau peint en 1772, un fait inouï aurait donné naissance à cette procession plusieurs fois séculaire. En effet, le 30 juin 1418, un soldat suisse frappa de son épée la statue de la Vierge placée dans la niche de la rue aux Ours. Le sang jaillit aussitôt. Le soldat fut arrêté, jugé, condamné et exécuté au lieu même du crime. Quant à la statue mutilée, on la transporta à Saint-Martin-des-Champs, où la vénération populaire lui donna le nom de Notre-Dame de la Carole. Et, tous les 3 juillet, on donnait une fête en son honneur... Le souvenir de la mutilation se perdit peu à peu, mais la réjouissance se poursuivit jusqu'à la Révolution.

 

Source: http://www.france-pittoresque.org/article-la-statue-qui-saigne-de-la-rue-aux-ours-102846524.html

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1 juillet 2015 3 01 /07 /juillet /2015 12:27

"A beaucoup d'égards, le bilan (des destructions sous les Guerres de religion) a été bien pire que celui de la Révolution française."

Philippe Conrad

Pour faire écho à une actualité brûlante, le thème de l'iconoclasme protestant et des destructions opérées pendant les guerres de religion a été abordé par Tv-Libertés dans l'émission "Passé Présent", présentée par Philippe Conrad et Catherine Gourin. Il s'agit d'"une époque extrêmement sombre de notre histoire où une partie de la noblesse trouva dans la 'Réforme' l'occasion et l'opportunité de s'opposer à l'autorité royale, une époque riche en violences" dont des évènements comparables se sont reproduits sous la Révolution et face auxquels les actuels islamistes, destructeurs d'objets culturels pré-islamiques, font office d'amateurs.

L'iconoclasme protestant pendant les guerres de religion
 

01:37 - L'iconoclasme protestant pendant les guerres de religion.

 

Extrait :

 

"On a pas mal oublié ce qui s'est passé au XVIe siècle à la faveur des guerres de religion. Et là, à beaucoup d'égards, le bilan a été bien pire que celui de la Révolution française. De quoi s'agit-il au départ ? D'une lecture littérale de certains passages de la Bible tirés du Livre de l'Exode ou du Deutéronome qui justifiaient en quelque sorte la destruction des idoles.

 

Ce phénomène n'est manifesté d'abord en Allemagne et en Suisse, qui ont été les terres d'orine de la Réforme protestante dans les années 1520-1530. Zürich, Bâle, Strasbourg sont aussi concernés."

 

L'iconoclasme protestant pendant les guerres de religion

Cela prendra encore une forme plus extrême quand la secte des Anabaptistes de Münster va occuper cette ville en 1534-1535.

 

Et puis la France va être touchée aussi à l'été 1528 où une statue de la Vierge va être décapitée à Paris, à l'angle de la rue des Rosiers et de la rue des Juifs. Et ce sacrilège va considérablement indigner la population. Le Roi François Ier en personne va participer à la procession expiatoire qui sera organisée à la suite de tout cela.

Dans la nuit du 31 mai au 1er Juin 1528, une statue de pierre de la Vierge est mutilée dans le quartier dit ''des juifs'', dans le Marais. La niche contenant la statue se trouve à l'angle de la rue du Roi de Sicile et de la rue des Juifs (rue des Rosiers) . La tête de la vierge et celle de l'enfant Jesus sont décapitées. Cet évènement est aussitôt mis en relation avec d'autres manifestations d'iconoclastie menées par les partisans de la Réforme et de LUTHER pour qui le culte des Saints, et de la Vierge Marie en particulier, sont contraires au véritable sens de la Foi. Bientôt l'information circule dans tout Paris. L'émotion de la population est grande car le culte de Marie est extrêmement populaire et répandu. " Lors le Roi étant à Paris, de ce averti, fut si courroucé et marri qu'on dit qu'il en pleura très fort" (in :Journal d'un bourgeois de Paris). Source:  http://www.renaissance-france.org/rabelais/pages/15282.html

Dans la nuit du 31 mai au 1er Juin 1528, une statue de pierre de la Vierge est mutilée dans le quartier dit ''des juifs'', dans le Marais. La niche contenant la statue se trouve à l'angle de la rue du Roi de Sicile et de la rue des Juifs (rue des Rosiers) . La tête de la vierge et celle de l'enfant Jesus sont décapitées. Cet évènement est aussitôt mis en relation avec d'autres manifestations d'iconoclastie menées par les partisans de la Réforme et de LUTHER pour qui le culte des Saints, et de la Vierge Marie en particulier, sont contraires au véritable sens de la Foi. Bientôt l'information circule dans tout Paris. L'émotion de la population est grande car le culte de Marie est extrêmement populaire et répandu. " Lors le Roi étant à Paris, de ce averti, fut si courroucé et marri qu'on dit qu'il en pleura très fort" (in :Journal d'un bourgeois de Paris). Source: http://www.renaissance-france.org/rabelais/pages/15282.html

Et puis les choses vont vraiment en France se développer dans la seconde moitié du XVIe siècle.

 

Dès 1550, des statues et du portail de la cathédrale de Toulouse sont mutilées. Il en va de même en 1561 à Saint-Médard à Paris. Mais c'est surtout avec le début des Guerres de religion après le "Massacre de Vassy" (le 1er mars 1562 NDLR.) Il y aura huit guerres civiles qui vont se succédées. C'est là que vous avez les grandes vagues iconoclastes. Principalement en 1561-1562, et puis 1567-1570 pour les périodes les plus violentes, les plus radicales.

"Massacre de Vassy" (1er mars 1562) par des soldats du duc de Guise, contre 200 Huguenots qui célèbraient le culte dans une grange. "Or, il (le massacre de Vassy) fut précédé de massacres de catholiques et d'excès de toutes sortes commis sur plusieurs points du territoires par les huguenots. Excitées par "les appels sauvages" de leurs pamphlétaires, les passions protestantes 'faisaient rage dès 1560.' Dans les provinces du Midi surtout, il y avait des prêches en armes, des pillages, saccagements d'églises, des courses, des combats entre les bandes huguenotes et les troupes royales. … En 1561, les huguenots avaient saccagé l'église saint-Médard et plusieurs autres. Dans un certain nombre de villes du Languedoc, ils s'étaient emparés à main armée de plusieurs églises : à Montauban, Béziers, Castres, Nîmes, ils avaient interdit tout culte catholique, arraché les religieuses de leurs couvents et forcé ces innocentes victimes à assister aux prêches; à Montauban, il y avaient poussé le peuple à coups de fouet et de nerfs de bœufs. Ceux qui avaient essayé de résister avaient été mis en prison et fouettés jusqu'au sang; plusieurs mêmes avaient expiré sous les coups. Le 20 octobre 1561, à Montpellier, les huguenots avaient pris les armes, s’étaient rués à l'improviste sur les catholiques, avaient tué, avec le gardien des Cordeliers, près de quarante personnes et pillé plus de soixante églises ou chapelles…" [Source: Jean Guiraud, Histoire partiale histoire vraie, tome I Des origines à Jeanne d'Arc, neuvième édition, Gabriel Beauchesne & Cie Editeurs, Paris 1911, p. 70-71.] .... "Il n'y eut pas à Vassy un massacre de protestants; mais […] une bagarre sanglante, une échauffourrée où il y eut des morts des deux côtés, Guise lui-même étant blessé par les protestants." [ibid. p. 403.]  … Les guerres de religion étaient déjà commencées avant le massacre de Vassy. …On vit des bandes ou plus exactement de vraies armées protestantes organisées, dès 1559, 1560, 1561, c'est-à-dire un an, deux ans, trois ans auparavant, dans toute l'étendue du territoire, occupant de force les églises, saccageant les villes, promenant la dévastation dans les campagnes. … Qu'étaient-ce donc que ces émeutes suscitées délibérément par les protestants, ces rixes et ces batailles sinon des guerres de religion ? … Et le tableau que Ronsard (Discours des misères de ce temps adressé à la reine régente Catherine de Médicis) et Mézeray nous ont tracé de la France en 1562, nous montre qu'elle était livrée depuis longtemps aux luttes à main armées des factions politiques et religieuses." [ibid., p. 404.]

"Massacre de Vassy" (1er mars 1562) par des soldats du duc de Guise, contre 200 Huguenots qui célèbraient le culte dans une grange. "Or, il (le massacre de Vassy) fut précédé de massacres de catholiques et d'excès de toutes sortes commis sur plusieurs points du territoires par les huguenots. Excitées par "les appels sauvages" de leurs pamphlétaires, les passions protestantes 'faisaient rage dès 1560.' Dans les provinces du Midi surtout, il y avait des prêches en armes, des pillages, saccagements d'églises, des courses, des combats entre les bandes huguenotes et les troupes royales. … En 1561, les huguenots avaient saccagé l'église saint-Médard et plusieurs autres. Dans un certain nombre de villes du Languedoc, ils s'étaient emparés à main armée de plusieurs églises : à Montauban, Béziers, Castres, Nîmes, ils avaient interdit tout culte catholique, arraché les religieuses de leurs couvents et forcé ces innocentes victimes à assister aux prêches; à Montauban, il y avaient poussé le peuple à coups de fouet et de nerfs de bœufs. Ceux qui avaient essayé de résister avaient été mis en prison et fouettés jusqu'au sang; plusieurs mêmes avaient expiré sous les coups. Le 20 octobre 1561, à Montpellier, les huguenots avaient pris les armes, s’étaient rués à l'improviste sur les catholiques, avaient tué, avec le gardien des Cordeliers, près de quarante personnes et pillé plus de soixante églises ou chapelles…" [Source: Jean Guiraud, Histoire partiale histoire vraie, tome I Des origines à Jeanne d'Arc, neuvième édition, Gabriel Beauchesne & Cie Editeurs, Paris 1911, p. 70-71.] .... "Il n'y eut pas à Vassy un massacre de protestants; mais […] une bagarre sanglante, une échauffourrée où il y eut des morts des deux côtés, Guise lui-même étant blessé par les protestants." [ibid. p. 403.] … Les guerres de religion étaient déjà commencées avant le massacre de Vassy. …On vit des bandes ou plus exactement de vraies armées protestantes organisées, dès 1559, 1560, 1561, c'est-à-dire un an, deux ans, trois ans auparavant, dans toute l'étendue du territoire, occupant de force les églises, saccageant les villes, promenant la dévastation dans les campagnes. … Qu'étaient-ce donc que ces émeutes suscitées délibérément par les protestants, ces rixes et ces batailles sinon des guerres de religion ? … Et le tableau que Ronsard (Discours des misères de ce temps adressé à la reine régente Catherine de Médicis) et Mézeray nous ont tracé de la France en 1562, nous montre qu'elle était livrée depuis longtemps aux luttes à main armées des factions politiques et religieuses." [ibid., p. 404.]

Le phénomène (de la violence protestante NDLR.), on le retrouve à d'autres périodes mais de manière plus isolée.

 

On en constate un retour en 1620 quand Louis XIII va engager la lutte avec les Protestants et qui se terminera par l'"édit de grâce d'Alès" en 1629 [qui  met un terme au soulèvement protestant, confirme la liberté de culte et l’égalité civile accordée aux protestants par l’édit de Nantes (1598), mais ceux-ci perdent leurs places fortes et leurs privilèges militaires. Véritable fin des guerres de religion. L’année 1629 marqua la défaite finale du protestantisme comme parti politique et comme État dans l’État. NDLR.]

 

Quel est le sens de tout cela ? C'est le refus pour les protestants du pouvoir miraculeux qui est traditionnellement attribué aux statues et aux reliques. Il s'agit pour eux de désacraliser pour eux ce qu'ils considèrent comme des idoles. Et l'iconoclasme pour eux est un acte sanctifiant. Ils sont prêts même à subir le martyre pour avoir commis ce genre d'actes.

L'iconoclasme pour les protestants est un acte sanctifiant

L'iconoclasme pour les protestants est un acte sanctifiant

Cela peut prendre des formes un petit peu différentes. Olivier Christin qui est un des grands historiens du phénomène et qui s'est intéressé surtout au cas de la ville du Mans, distingue bien entre un iconoclasme populaire qui concerne les masses populaires en général, pour lesquelles c'est une forme de carnaval excessif de renversement des valeurs qui fait qu'on va casser ces statues et un certain nombre de symboles, et une certaine couche sociale protestante supérieure qui va préméditer, organiser et instrumentaliser à son profit le rejet des 'idoles' parce que c'est ensuite un élément de pouvoir.

L'iconoclasme protestant pendant les guerres de religion

Pour les catholiques ces choses sont inadmissibles. Pourquoi ? Parce que l'univers des images qui les entourent est porteur de signes qui témoignent de la présence de Dieu au monde. S'attaquer aux statues, aux réprésentations du Christ, de la Vierge ou des Saints remet en question le caractère immanent de la présence divine. Et ce type de sacrilèges ne peut que dresser contre les tenants de ce protestantisme la majorité de la population demeurée attachée à la foi traditionnelle.

 

Donc cet iconoclasme va être évidemment porteur de réactions et porteur de violences. Il prend une ampleur considérable. C'est perçu ainsi par les contemporains. L'humaniste Etienne Pasquier par exemple, constate que:

 

"là où le huguenot est maître, il ruine toutes les images, démolit les sépulcres, enlève tous les biens sacrés voués aux églises."

 

Et l'ambassadeur de Venise témoigne:

 

"Les novateurs (c'est ainsi qu'il désigne les 'Réformés') ont détruit les temples ou édifices sacrés en si grand nombre que dix années de revenus de la Couronne ne suffirait pas pour les rebâtir !"

 

Donc un vandalisme massif, généralisé (on va voir comment les choses se répartissent par provinces); un vandalisme unilatéral, puisque du côté du camp catholique il n'y a rien à détruire. Et les protestants n'ont pas d'édifices du culte consacrés, ils se réunissent généralement en plein air ou dans des granges à l'époque. Donc c'est vandalisme qui concerne essentiellement les édifices ou le patrimoine catholique.

 

Le bilan est accablant, mais il est inégal selon les régions.

 

La Bretagne par exemple est relativement épargnée. C'est une terre profondément catholique et qui le demeure, qui connaît à peine la 'Réforme', et qui va même rester pendant très longtemps un bastion de la Ligue (le duc de Mercoeur va continuer la lutte jusqu'à la conclusion de l'édit de Nantes en 1598 dans cette région).

 

Donc la Bretagne est largement épargnée. On peut en dire autant globalement de l'Île de France. Paris est une ville ligueuse. On sait comment Henri III a dû la quitter sous la pression du peuple monté sur les barricades. On sait comment Henri IV sera obligé de l'assiéger et devra se convertir avant de pouvoir en finir avec cette résistance. Donc l'Île de France est relativement peu touchée avec quelques exceptions notables quand même : la cathédrale de Meaux en 1562, la Collégiale Notre-Dame de Poissy (pour la petite histoire il faut rappeler qu'au mois de mai il y a eu un évènement dont la presse a très peu parlé, un acte de vandalisme comparable dans la Collégiale de Poissy, là où a été baptisé Saint-Louis: la statue de Saint-Louis a été démolie lundi 27 avril.)

 

 

 

L'iconoclasme protestant pendant les guerres de religion

En dehors de ces deux régions, tout le reste du pays va être touché à des degrés divers. Certes des restaurations interviendront ensuite. Les Bénédictins de Saint-Maur au XVIIe surtout et au XVIIIe siècle vont y contribuer dans une large mesure. Puis ensuite au XIXe siècle, Viollet-le-Duc dont on a dit beaucoup de mal pour ses restaurations parfois un peu aventurées, mais qui a eu le mérite de remettre sur pieds un patrimoine essentiel.

 

En tous les cas, beaucoup a été perdu. Et à la fin du XVIe siècle la France apparaît comme un gigantesque champ de ruines. La Normandie a été spécialement touchée. La cathédrale de Rouen, l'Abbaye de Saint-Ouen, les Monastères de Saint-Wandrille, de Jumièges, de Sainte-Honorine de Graville, l'église Saint-Jacques de Dieppe, les églises Saint-Etienne et de la Trinité de Caen (dite Abbaye-Aux-Dames) avec la violation des sépultures de Guillaume le Conquérant et de la reine Mathilde; la Cathédrale de Bayeux avec les tombeaux des évêques qui sont violés, leurs ossements jetés aux chiens. Et il faut ajouter la Cathédrale de Coutances, les sanctuaires de Valogne (voir ici et ), de Falaise, de Vire. Seul en Normandie le Mont Saint-Michel a été épargné. Il avait résisté aux assauts anglais à la fin de la Guerre de Cent Ans, il a résisté à la violence dévastatrice des huguenots pendant les Guerres de religion.

 

 

Abbaye de Jumièges, démolie par les Réformés le 8 mai 1562

Abbaye de Jumièges, démolie par les Réformés le 8 mai 1562

Avec un point particulier qu'il est intéressant de signaler. Dans le patrimoine architectural parce que c'était plus facile à détruire, ce sont les jubés qui ont particulièrement souffert - ces structures séparant le choeur liturgique de la nef de l'église -. Celui qui était extrêmement riche était celui de l'église Saint-Etienne du Mont à Paris. Il y en avait des dizaines comme cela en France. C'est ce qui était généralement détruit en premier par les casseurs de l'époque.  

L'iconoclasme protestant pendant les guerres de religion

Puis (dans les autres régions), les sanctuaires de Soissons, d'Auxerre, l'Abbaye de Cluny dévastée et pillée à trois reprises en 1562, 1567, 1575 (sa bibliothèque, dont on imagine la richesse, a été complètement dévastée et a été en grande partie perdue); le trésor de l'Abbaye de Paray-le-Monial disparaît; l'église de la Charité-sur-Loire est détruite; la Madeleine de Vézelay est transformée en écurie, l'église de Guérande, pour sa part, en porcherie, Saint Philibert de Tournus, magnifique sanctuaire roman parmi les plus anciens en France, est saccagé. Les sanctuaires d'Orléans subissent un sort comparable avec des fonts baptismaux transformés en chaises percées. Notre-Dame de Cléry, où se trouvait le tombeau de Louis XI, est également pillé et le tombeau profané (le 2 avril 1562, durant les guerres de Religion, le tombeau du roi et la statue de la Vierge sont détruits par les protestants à la suite de la prise de la ville d’Orléans par les armées du prince de Condé.) Même situation au Couvent des Annonciades de Bourges en 1562 (où les hugenots dévastent la chapelle, profanent le tombeau de Sainte Jeanne de France, fille de Louis XI, fondatrice à Bourges en 1501 de l'Ordre des moniales contemplatives de l'Annonciation de la Vierge Marie, dites sœurs de l'Annonciade, font brûler ses restes, dispersant ses cendres.NDLR.) Et la châsse de Saint-Benoît, qui se trouvait à l'Abbaye de Saint-Benoît sur Loire est fondue pour que Cologny, le chef protestant, puisse payer ses troupes. 

Chartreuse du Liget, monastère de moines-ermites chartreux fondé en 1178 par Henri II Plantagenêt en Touraine - Portail du monastère ruiné par les Guerres de religion

Chartreuse du Liget, monastère de moines-ermites chartreux fondé en 1178 par Henri II Plantagenêt en Touraine - Portail du monastère ruiné par les Guerres de religion

La liste continue. Blois, la cathédrale de Bourges. Dans la région de Touraine, Saint-Martin de Tours (Apôtre des Gaules...), Marmoutiers, l'un des hauts lieux spirituels de la région, la Chartreuse du Liget; plus à l'Ouest, la Cathédrale d'Angers, mise à sac; l'Abbaye de Fontevraud en Anjou (l'une des plus grandes cités monastiques d'Europe) où se trouvaient les tombeaux d'Henri II et d'Aliénor d'Aquitaine et celui de leur fils, Richard Coeur de Lion. Les destructions et pillages sont intervenus, mais on a pu récupérer quand même leurs gisants.

 

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Gisant des parents de Richard Coeur de Lion (Henri II et Aliénor d'Aquitaine). Abbaye de Fontevraud (Anjou)

Gisant-de-Richard-Coeur-de-Lion--vers-1199--abbaye-de-Fonte.jpg

Gisant de Richard Cœur de Lion (vers 1199, abbaye de Fontevraud)

Il y a des dégâts considérables en Poitou, en Saintonge, où les Guerres de religion ont été extrêmement présentes.

En Isère, la Grande Chartreuse est pillée; c'est la région où sévit le fameux Baron des Adrets, célèbre pour sa cruauté.

L'Abbaye de la Chaise-Dieu en Haute-Loire est pillée également. Le tombeau du Pape Clément VI, Pape d'Avignon, qui était l'un des chefs d'oeuvres de la sculpture funéraire du XIVe siècle est détruit. On a des destructions comparables à Aurillac, à Mende, à Villefranche-de-Rouergue, à Conques, à Rocamadour, à Périgueux, à Souillac, à Albi. A la cathédrale Sainte-Cécile d'Albi, les dégâts sont tels que l'un des chefs protestants, Montgommery, va être surnommé l'"Attila huguenot". Ce qui est en soi tout un programme.

Toulouse va échapper à la destruction. Monluc, le fameux chef de guerre catholique va réussir à sauver Toulouse que les protestants voulaient tout simplement raser. On trouve des projets tout à fait comparables à ceux que l'on verra mis en oeuvre en 1793 ou 94 quand les révolutionnaires et les Montagnards de Paris imaginaient de détruire Lyon, changer son nom pour en faire une ville affranchie.

 

Les dégâts sont tout aussi importants dans le Midi languedocien et provençal, à Montpellier, à Embrun, à Avignon, à Arles.

Dans le Dauphiné, la quasi totalité du patrimoine artistique médiéval a complètement disparu.

 

A l'issue de cette période particulièrement sombre, certains prélats vont faire les comptes. L'évêque d'Agen, Nicolas de Villars, qui va occuper le siège épiscopal de 1592 à 1608, juste à la fin des Guerres de religion, constate que sur 427 églises de son diocèse, seules 24 sont restées intactes.

L'évêque de Toulouse de son côté constate que sur 337 églises de son diocèse, 139 ont été incendiées et ont disparu.

En tout, approximativement, 20.000 sanctuaires dans l'ensemble du Royaume ont été endommagés ou détruits. Ce qui est un chiffre évidemment absolument énorme.

Alors, Calvin, au début, condamne les excès de l'iconoclasme mais "jamais Dieu n'a commandé d'abattre les idoles sinon chacun en sa maison, et en public, à ceux qui arment d'autorité". C'est-à-dire que les autorités constituées, si elles le décident, elles peuvent le faire. Il ne faut pas que cela soit un phénomène spontané et anarchique.

Théodore de Bèze, son successeur à Genève, tient des propos comparables. Il est pour un iconoclasme organisé et qui s'opère dans l'ordre. Il donne d'ailleurs des conseils à Jeanne d'Albret, la mère d'Henri IV à ce sujet.

 

Du côté catholique, le phénomène n'est pas comparable. On verra tout de même une destruction du temple de La Rochelle en 1628, après la prise de La Rochelle assiégée par Richelieu. Et en 1685, au moment de la révocation de l'édit de Nantes, le temple de Charenton subira le même sort. Mais on comprend bien à l'évocation de toutes ces destructions et en imaginant ce qu'a été la mémoire de ce conflit sanglant qui a duré plusieurs décennies, dans une France où les Protestants étaient tout à fait minoritaires, il faut le rappeler, et y compris au XVIe siècle, on comprend bien quel soutien l'opinion populaire a apporté en 1685 à la révocation de l'édit de Nantes, décidé par l'édit de Fontainebleau de Louis XIV. Les gens n'avaient pas oublié.

Suite de l'émission de Tv-Libertés :


19:44 - L’ambitieux chimiste Claude Louis Berthollet, inventeur de l'eau de javel, proche de Lavoisier mais aussi de Napoléon.
31:29 - Comment l'éducation nationale influence idéologiquement les élèves via les programmes d'histoire, avec en invité Vincent Badré, auteur de "L'Histoire fabriquée ?– ce qu'on ne vous dit pas à l'école".

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29 juin 2015 1 29 /06 /juin /2015 12:03
Nikolay Starikov explique la différence entre les civilisations russe et anglo-saxonne

Nikolay Starikov explique la différence entre les civilisations russe et anglo-saxonne :

 

"Les Russes considèrent tous les peuples comme égaux, pas comme des gens de seconde classe. Les Anglo-saxons se considèrent différents. Les Indiens n'étaient pour eux que des insectes qui les empêchaient d'occuper les territoires. C'est pourquoi ils les dressaient les uns contre les autres; des Indiens avec les Français, d'autres avec les Anglais, etc. Ensuite, les Français ont vendu leur colonie aux Anglais, qui ont simplement exterminé les Indiens."

 

Pour prolonger ce que dit Nikolay Starikov à propos des Indiens exterminés par les Anglais et de la différence entre Français et Anglais dans la manière de traiter les autres peuples, lire "Francophonie et frères d’Alliance" et "Des causes principales du mal qui ronge la France et le monde depuis 1789".

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15 juin 2015 1 15 /06 /juin /2015 09:37

Jean-Pierre Aussant sur les Croisades et l'Inquisition. Un peu vif mais plein de vérités :

Les Croisades:

Les Croisades ont été déclenchées par l'invasion de Jérusalem par les troupes musulmanes. Les musulmans ont envahi Jérusalem et, en réaction, effectivement, les rois chrétiens européens ont engagé les Croisés et les Croisades. C'est une réaction. Action-réaction.

Jean-Pierre Aussant

L'Inquisition:

Les personnes qui ont été tuées par l'Inquisition c'est cinq mille personnes pour tout le Moyen Âge et plusieurs siècles. Cinq mille personnes: c'est le nombre de tués en deux jours pendant la Terreur révolutionnaire des républicains français en 1793.

Jean-Pierre Aussant

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11 juin 2015 4 11 /06 /juin /2015 21:40
Jean-Pierre Le Mat : "Je ne pense pas que les tenants d’une dictature républicaine apprécieront mon livre"

Les éditions Yoran Embanner publient un livre particulièrement polémique écrit par Jean-Pierre Le Mat. Il est un des portes-paroles des Bonnets rouges, mais également chef d’entreprise et écrivain. Intitulé « ils ont fait la France, contre enquête de Clovis à Charles De Gaulle », l’ouvrage entreprend de faire tomber le mythe de la République française pacifique et tolérante, fervente partisane de l’amitié et du rapprochement entre les peuples.

 

Durant tout le livre, Jean-Pierre Le Mat déconstruit certains mythes Français, de Voltaire à Michelet en passant par Jules Ferry, Charles De Gaulle ou encore Louis Aragon.

 

... [C]e travail précis et documenté de recherche historique fait tomber définitivement le mythe républicain français.

 

Entretien avec Jean-Pierre Le Mat.

 

Breizh-info.com : pourquoi avoir décider d’écrire l »ouvrage « ils ont fait la France » ?

 

Jean-Pierre Le Mat : J’avais déjà publié ces études historiques, et bien d’autres, sur mon site contreculture.org. Plusieurs éditeurs m’ont proposé d’en faire un livre. Aujourd’hui c’est fait, avec Yoran Embanner.

 

Breizh-info.com : vous vous attachez à démonter certains mythes fondateurs de la France mais aussi et surtout de la République française. Est-ce une forme de vengeance que vous entendez mener ?

 

Jean-Pierre Le Mat : Pas du tout. Pour me venger de quoi ? Non, la démythification est une activité saine, sportive, accessible à tous. Elle devient jubilatoire quand il s’agit des mythes fondateurs français.

 

Breizh-info.com : Comment avez vous sélectionné vos personnages ?

 

Jean-Pierre Le Mat : J’ai choisi les personnages les plus symboliques. Ils sont vénérés par ceux qui sont fiers d’être Français. Et les mêmes peuvent en avoir le plus honte. Mélanger l’excès de fierté et de honte produit une matière explosive.

 

Breizh-info.com : Néanmoins, ne tombez vous pas vous même dans le politiquement correct et dans l’anachronisme, en traquant ici et là les propos racistes dans l’histoire, les prises de position antisémite, ce qui constitue une bonne partie de votre ouvrage ? Est-ce que, à l’heure ou le mot République est utilisé partout, à l’heure où la lutte contre le racisme est devenue une priorité d’Etat, vous ne donnez finalement pas du grain à moudre aux tenants d’une dictature de la République antiraciste, mémoricide, et quasi dictatoriale ?

 

Jean-Pierre Le Mat : Laissons l’appellation de « politiquement incorrect » aux intellectuels mondains qui passent à la télévision. Je n’en fait pas partie.

 

En France, pour refuser toute légitimité aux revendications bretonnes, on trouve tout à fait normal d’évoquer les Chouans et Breiz Atao, bref de faire de l’anachronisme. Je trouverais malvenu que l’on m’accuse de brandir un miroir. Mon livre rapporte des paroles authentiques et des faits avérés ; il ne porte pas de jugement.

Je ne pense pas que les tenants d’une dictature républicaine apprécieront mon livre. Je m’attends à des réactions. Les citations racistes ou antisémites des grands hommes français sont révélatrices. Mais les censurer est (et sera) encore plus révélateur.

 

Breizh-info.com : N’y a t-il pas, derrière l’ouvrage, une énième thèse victimaire, qui supposerait que les Bretons soient les éternels vaincus de l’histoire de France , les éternels colonisés, quitte à les comparer à des peuples qui n’ont à voir ni de près ni de loin avec eux (des Indiens d’Amérique aux Algériens ) ?

 

Jean-Pierre Le Mat : C’est exactement le contraire. J’ai été très impressionné par l’efficacité de la méthode mise au point par une intellectuelle bien connue pour attaquer l’identité bretonne : un mélange d’humour, de citations authentiques bien choisies, et d’explications logiques.

 

Retourner le jeu de massacre identitaire contre l’identité française, c’est passer du statut de victime à celui d’attaquant. Parce que la France dispose d’un Etat, d’une police et d’une Education nationale, on a cru que le jeu ne pouvait fonctionner que dans un seul sens. C’est faux et j’espère que d’autres joueurs viendront se joindre à moi. Mon livre aurait pu s’intituler : « La France, le point de vue breton ». Pourquoi pas, à suivre « La France, le point de vue algérien, russe, alsacien, corse, sénégalais » ?

 

Breizh-info.com : Les régionales arrivent en Bretagne. La liste d’Union Troadec – UDB qui pourrait se profiler n’est-elle pas une nouvelle répétition d’une histoire qui a conduit le mouvement Breton à l’échec permanent ? Quel est le point commun entre un Bonnet rouge canal historique et un militant de l’UDB, de gauche humaniste avant d’être Breton ?

 

Jean-Pierre Le Mat : Les hommes et les femmes sont toujours plus intéressants que leurs étiquettes. Ils valent mieux que les institutions ou les partis auxquels ils se rattachent. Je suis incapable de haïr quelqu’un. De plus, nous vivons dans une révolution permanente, à la fois technologique, économique et politique. Dans un tel environnement, une guerre de tranchées n’a aucun sens. L’objectif est de saisir des opportunités pour la Bretagne, pas de défendre un mythe.

 

Breizh-info.com : comment avez vous vécu les déclarations de l’ancien Ministre Luc Ferry qui reconnait enfin le génocide brito-vendéen ?

Jean-Pierre Le Mat : Je n’y porte aucune attention.

 

Breizh-info.com : que deviennent les Bonnets rouges ?

 

Jean-Pierre Le Mat : Ils sont comme les tremblements de terre. Ils grondent sous la surface. On sait qu’ils vont revenir. Mais nul ne peut dire quand cela adviendra, ni comment.

 

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Publié par Ingomer - dans Histoire
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