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18 février 2017 6 18 /02 /février /2017 23:50

La France n’a pas colonisé l’Algérie. ELLE L’A FONDÉE.

Ferhat Abbas

En cette période anniversaire de l’indépendance de l’Algérie, un rappel historique de ce que fut l’Algérie du 19 et 20° siècle est nécessaire. Je suis en accord sur la partie historique de l’arrivée des français sur le sol du Maghreb, l’Algérie en tant qu’état n’existait pas à cette époque, comme le disait Ferhat Abbas la France a créée l’Algérie, état moderne.

 

Tout ce qu’a fait notre pays ne mérite pas de repentance

 

 

PARDON DE QUOI, …… ?

 

Pardon d’avoir débarqué en 1830 à Sidi-Ferruch pour chasser le colonisateur ottoman qui affamait depuis plusieurs siècles les ancêtres du mafieux président algérien devant lequel il envisage de se prosterner, pillant leurs maigres biens et les réduisant à la famine et à la maladie ?

 

Pardon d’avoir libéré les esclaves chrétiens européens, ravis sur les bateaux croisant en Méditerranée, entassés dans des bouges pour satisfaire les bas plaisirs des potentats locaux ?

 

Pardon d’avoir défriché, drainé, asséché et fertilisé un sol à l’abandon depuis des siècles et d’avoir perdu à l’époque 106 « colons » sur 450, morts de maladie en Mitidja ?

 

Pardon d’avoir construit des villes modernes là où il n’y avait rien ?

 

Pardon d’avoir créé une agriculture prospère et exportatrice, alors qu’aujourd’hui l’Algérie doit importer des produits de la terre ?

 

Pardon d’avoir créé une industrie métallurgique là où il ne se trouvait que des cailloux ?

 

Pardon d’avoir construit 12 grands barrages ?

 

Pardon d’avoir implanté un immense réseau de postes et de télécommunication ? …… d’avoir développé l’hôtellerie et le tourisme ? …… d’avoir créé une industrie chimique, développé le gaz et l’électricité ?

 

Pardon d’avoir installé un réseau ferroviaire considérable et 54000 kilomètres de routes (non compris les pistes) ?

 

Pardon d’avoir construit 23 ports, 34 phares, 23 aéroports, …… ?

 

 

Pardon d’avoir livré des gisements de gaz et de pétrole, installations d’exploitation comprises, à un pays qui ne s’était jusque là jamais intéressé au Sahara ?

 

Pardon d’avoir apporté aussi la médecine, les nombreux dispensaires et hôpitaux et d’avoir permis à 2 millions d’autochtones qu’ils étaient en 1872 d’avoir 9 millions de descendants en 1962 ? …… d’avoir éradiqué la peste, le choléra, la variole, le typhus et bien d’autres joyeusetés du même acabit ?

 

Pardon d’avoir apporté l’enseignement ? …… ce qui fit dire à Belkacem Ibazizen, fils d’un instituteur kabyle : « La scolarisation française a fait faire aux Arabes un bon de mille ans ! » ?

 

ET PUIS QUOI ENCORE ?

 

Sur un million de Pieds Noirs, 20000 seulement étaient des « colons » dont 40% exploitaient moins de 10 hectares. Les 12000 autres (45000 en comptant leurs familles) ne représentaient que 4,5% du total de la population Pied Noir ! …… Les 95,5% restants étaient des ouvriers, des employés, des techniciens, des fonctionnaires, des commerçants, souvent bien moins payés qu’en métropole !

 

Si le prétendant socialiste à la magistrature suprême lisait autre chose que des fiches résumées, …… comme par exemple les livres de l’écrivain algérien Boualem Sansal, il pourrait, tout comme vous, découvrir qu’il a écrit :

 

« En un siècle, à force de bras, les colons ont, d’un marécage infernal, mitonné un paradis lumineux. Seul l’amour pouvait oser pareil défi, … Quarante ans est un temps honnête, ce nous semble, pour reconnaître que ces foutus colons ont plus chéri cette terre que nous, qui sommes ses enfants. »

 

C’est également lui qui écrivait déjà avec lucidité :

« Trente ans après l’indépendance, nous voilà ruinés, avec plus de nostalgiques que le pays comptait d’habitants et plus de rapetoux qu’il n’abritait de colons. Beaucoup d’Algériens regrettent le départ des Pieds Noirs. S’ils étaient restés, nous aurions peut-être évité cette tragédie. »

 

Il rejoint en cela la journaliste Malika Boussouf qui écrit également :

« Si les Pieds Noirs n’étaient pas partis en masse, l’Algérie ne serait peut-être pas dans l’état désastreux dans lequel elle se trouve. »

 

Dans les fiches résumées du prétendant, lui en a-t-on seulement glissé une qui lui aurait permis d’apprendre par exemple, au hasard, que :

¤ Ferhat Abbas, président de la république algérienne, du temps du G.P.R.A., avait reconnu :

 

« La France n’a pas colonisé l’Algérie. ELLE L’A FONDÉE. »

 

¤ C’est le 14 octobre 1839, et par décision du ministre de la guerre, que le nom ‘’Algérie‘’ fut attribué pour la première fois à cette partie de l’Afrique du Nord. Il n’y a jamais eu auparavant dans l’Histoire de pays ainsi nommé !

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Publié par Ingomer - dans Histoire
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24 janvier 2017 2 24 /01 /janvier /2017 13:08
Maxence Hecquard - Les fondements philosophiques de la démocratie moderne, 3e et dernière édition

Maxence Hecquard - Les fondements philosophiques de la démocratie moderne, 3e et dernière édition

Il semble que sur tous les sujets qui concernent aujourd'hui la vie concrète des Français, l'objectif n° 1 de nos politiques est d'ignorer systématiquement l'opinion majoritaire de leurs concitoyens. Les exemples sont nombreux. Citons-en trois : Nicolas Sarkozy passant par-dessus le vote négatif du référendum de 2005 sur le traité constitutionnel européen, renvoyé devant le parlement et ratifié par lui; l'immigration et le contrôle des frontières; la vote de la soit-disant "loi" sur le "mariage" dit "pour tous"; la loi travail adoptée au 49.3 par Manuel Valls en mai 2016.

La véritable nature de la démocratie moderne est d'être totalitaire.

"La qualité propre de chaque chose... ne lui vient pas du hasard, écrit Platon dans le Gorgias, elle résulte d'un certain ordre, d'une certaine justesse et d'un certain art, adaptés à la nature de cette chose" (Gorgias, 506 d).

Au XIXe siècle, le libéralisme sera le "renoncement à penser la vie humaine selon son bien ou selon sa fin" (Pierre Manent).

L'ordre naturel et divin nié, il ne restait plus qu'un horizontalisme désenchanté, où l'individualisme permettra à chacun de définir le bien selon l'idée qu'il s'en fait et non plus en fonction d'un ordre naturel extérieur qu'il s'agissait de respecter pour réaliser sa fin. Une religion en a chassé une autre.

La démocratie est devenue aujourd'hui une valeur sacrée, une véritable religion. Un moyen et une fin horizontale.

 

Dans un ouvrage passionné, passionnant [...] où toute l'histoire de la pensée politique moderne et contemporaine est citée à comparaître " (P. Magnard), Maxence Hecquard revisite les fondements et la genèse de cette religion séculière. L'antique ordre du monde s'est écroulé. La mort de Dieu, définitive depuis Darwin, fait place à un Etat de droit fondé sur une.. vérité scientifique : le progrès. Qui contesterait un tel régime ? La cohérence remarquable du système apparaît ainsi à l'énoncé de la métaphysique sous-jacente : celle d'un univers en évolution peint par Condorcet et Teilhard de Chardin, mais véritablement pensé par Kant, Hegel et Darwin. La démocratie est le moment politique de ce "progrès". Hasard et liberté, droit et morale, intérêt et bien commun forment désormais autant de couples indissolubles. Le lien social devient essentiellement économique...

 

Source: Présentation du livre sur Amazon

Maxence Hecquard, Les fondements philosophiques de la démocratie moderne (préfaces de Pierre Magnard et Edouard Husson), 2007, 2e éd. François-Xavier de Guibert

Maxence Hecquard, Les fondements philosophiques de la démocratie moderne (préfaces de Pierre Magnard et Edouard Husson), 2007, 2e éd. François-Xavier de Guibert

Dans une video du "Cercle de l'Aéropage", l'auteur de l'ouvrage, Maxence Hecquard, DEA de philosophie (Sorbonne), aborde le sujet du livre avec son préfacier le philosophe Pierre Magnard, professeur émérite à la Sorbonne, et lauréat du Grand Prix de Philosophie de l'Académie française.

 

L'auteur postule que toute politique repose sur une métaphysique dont les hommes politiques, hommes d'action plus que de pensée, sont largement inconscients. Son objet est de faire la lumière sur cette métaphysique obscure, de montrer sa cohérence, et son opposition à celle à laquelle il adhère, étant personnellement aristotélicien et thomiste.

Ses positions ne sont nullement plus “archaïques” que celles de ses adversaires fidèles du “Hasard”, de la “Nécessité” et de l'“Évolution” dont les prédécesseurs sont Epicure, Lucrèce et les présocratiques.

Les orientations métaphysiques possibles ne sont pas en nombre infini et ce sont toujours les mêmes qu'au cours des siècles, les penseurs repensent et reformulent à la mode de leur époque, non sans en tirer des conséquences nouvelles.

 

L'ouvrage, qui comporte 73 points, sortes de monographies réparties en 6 chapitres, augmentés d‘une vaste bibliographie classée et d'un index des noms, pourrait facilement, servir de base à un cours de philosophie en 73 conférences.

 

Dans l'introduction, l'auteur montre que la démocratie “moderne” n'a à peu près rien à voir avec les démocraties antiques (qui respectaient un ordre de la nature extérieur à l'homme qu'il s'agissait de découvrir et auquel chacun devait se conformer. NdCR.)

La première partie intitulée “observer” sera une enquête sociologique, examinant le phénomène “démocratique” dans tous ses détails. Depuis 1945, la démocratie, idéologie des vainqueurs de la seconde guerre mondiale, n'est plus aujourd'hui un régime politique parmi d'autres possibles et acceptables, mais un régime obligatoire à prétentions universelles.

La seconde partie, intitulée “comprendre”, enquête philosophique, consistera à remonter la machine pour en montrer la cohérence et les fondements. Donc, tout commence au XIVe s. avec la grande révolution nominaliste et continue avec Hobbes, Rousseau, Kant et quelques autres. Nous voilà débarrassés de l'idée d'un ordre de la nature voulu par un Premier Moteur intelligent où chaque être a sa finalité propre, et nous pouvons constituer une science purement empirique, libérée de toute perspective théologique, assurant à l'homme une grande maîtrise de la nature. Tout cela ne va pas sans effets pervers qui se développent au cours des siècles : individualisme, liberté laissée à la subjectivité de chacun (la liberté" de définir le bien et le mal chacun selon l'idée qu'il s'en fait du pape François NdCR.), liberté limitée uniquement par l'intérêt de ses semblables et égaux, et par la loi votée par des “représentants”. La loi devient le seul critère de moralité qui ne soit pas subjectif..., et la Démocratie, obligatoire et universalisable, prend le caractère d'une nouvelle religion. Que deviennent, dès lors, les religions traditionnelles et révélées ? Selon Kant, elles sont une sorte de parabole, étape de l'évolution de l'humanité lui permettant de s'élever, par une sorte de décantation, à une religion naturelle universellement intelligible, valable pour le monde entier. Maxence Hecquard n'a pas de peine à montrer le caractère kantien des textes du concile Vatican II sur la liberté religieuse, et du ralliement de l'Église à la religion démocratique. (p.354-369)


Frontispice du livre « Leviathan » de Thomas Hobbes (1651) décrivant l'état moderne. Leviathan - Rex Mundi (Roi de la Terre), le Démiurge, Satan - porte une couronne, il brandit une épée (le symbole du pouvoir temporel), et une crosse (le symbole de l'autorité religieuse). C'est l'essence de la règle de Satan, religieuse, militaire et tyrannique. Au-dessus de Leviathan est une inscription latine du livre de Job (41, 24-25): Non est potestas super-terram quae comparetur ei: "Il n'est sur terre aucune puissance qui lui soit comparable" Dans la pratique, sur le plan social, pour les individus concrets, on aboutit à une société marchande où le conflit entre liberté et égalité ne peut se résoudre, toujours provisoirement, que par la croissance économique permettant de distribuer toujours plus de richesses. L'auteur compare ce système au Léviathan du livre de Job, ce monstre “auquel aucune puissance sur terre ne peut être comparée”, qui a déjà fourni son titre à Hobbes et a toujours été assimilé au Diable. (Source: Librairie catholique)

 

"Saint Albert le Grand, dans son Commentaire de Job III, 8, déclare que le Leviathan symbolise Satan. Saint Thomas l'affirme pareillement dans sa Somme théologique (3a, 8, 7, c.)" (Maxence HECQUARD, Les fondements philosophiques de la démocratie moderne, 3e édition, Pierre-Guillaume de Roux, Préface de Pierre MAGNARD, Paris 2016, p. 422.)

 

De l'érudition, du courage et de l'intelligence il en faut pour écrire un tel livre. Libérée de Dieu, la société (occidentale) s'est jetée dans une nouvelle religion sans spiritualité fondée sur la vérité "scientifique", le "progrès" etc. Revisiter l'histoire de la pensée politique à l'aune de ce constat nous amène aussi bien à Darwin, Lucrèce, Empédocle d'Agrigente qu'à Marx ou Aristote. Mais ce n'est ni lassant ni pédant, Maxence Hecquard utilisant un langage précis et clair, loin du style philosophico-pompeux.

 

Le livre aborde aussi les méfaits de la démocratie, comme le droit d'ingérence militaire ou la religion des droits de l'homme qui se mue en entité d'obédience totalitaire. On dit parfois que la démocratie est le meilleur des régimes...faute de mieux.

 

Source: Commentaires du livre sur Amazon

La video de Maxence Hecquard qui présente son livre :

Extrait :

 

Pierre Magnard : "Ce livre de M. Maxence Hecquard, j'oserai me l'approprier en disant que mes meilleurs livres, ce sont mes élèves qui les ont écrit !

Nous avons en effet dans l'oeuvre de M. Maxence Hecquard un livre désormais incontournable. La démocratie, c'est le leitmotiv de tous nos politiques, moralistes, voire théologiens aujourd'hui, on a droit à cela tous les jours. Mais sait-on seulement ce que le mot veut dire ? Sait-on seulement si la monnaie que l'on fait circuler est en quoique ce soit fiable ?

Je ne trouve dans notre littérature contemporaine qu'un livre qui ait fait la généalogie de l'idée moderne de démocratie à partir de l'Antiquité et qui essaie d'en comprendre aujourd'hui l'usage, le succès, l'imposture. C'est le livre de Maxenxe Hecquard. A l'origine, il y avait une thèse en Sorbonne, que j'avais l'honneur de diriger. Au terme, il y eut bien plus : un livre qui en est à sa troisième édition, car il est devenu l'ouvrage incontournable, l'ouvrage de référence, le seul ouvrage qui nous permette d'y voir clair. Il ne s'agit pas d'un pamphlet, il ne s'agit pas d'un procès de la démocratie; il s'agit de prendre celle-ci dans toute son ancienneté, de la reprendre dans son origine grecque, de retrouver la démocratie athénienne, celle de Périclès, de voir comment elle fut  contournée, dérobée, détournée, subvertie, et de montrer à quelles falsifications elle a pu donner lieu à travers les siècles pour en venir jusqu'à notre actualité.

C'est tous les jours qu'on nous rabat les oreilles de la démocratie par-ci la démocratie par-là. Il faudrait savoir de quoi il en retourne, savoir ce que c'est, et c'est là justement que le travail énorme accompli par Maxence Hecquard, qui de plus a une formation juridique, est très éclairant à ce propos. Je ne vois rien d'autre à comparer.

Par le passé, certes, on peut renvoyer à la Démocratie en Amérique de Tocqueville, qui représenta un moment de la conscience européenne. Mais, hors de cette référence qui reste une référence obligée, il n'y a rien eu qui tira au clair ce prestige qu'exerce encore sur tous les esprits le mot démocratie : quand on a dit démocratie, il semble qu'on ait invoqué la Loi et les prophètes. Au nom de la démocratie on peut tout justifier [NdCR. Ex: la "croisade de la démocratie" de Bush en Irak sur la base du mensonge des fioles de Colin Powell prouvant l'existence d'armes de destructions massives dans ce pays. Depuis, l'emploi du mot démocratie est discrédité aux Etats-Unis]. Ce qui est contre la démocratie est nécessairement diabolique, pour ne pas dire démoniaque, et dès lors la démocratie fait la loi. Mais qu'est-ce que cette démocratie? A entendre les politiciens, c'est sur le mode incantatoire qu'ils invoquent la démocratie. C'est une sorte d'invocation purement verbale. Il faudrait en finir avec cette logorrhée et essayer de penser une bonne fois ce que cela peut être, si nous voulons, nous en 2017, échapper une fois de plus à la subversion qu'on nous impose, au nom d'une sacro-sainte démocratie, dont on ne sait pas ce qu'elle est.

J'ai tenu à préfacer ce livre, cette préface m'honorant, beaucoup plus qu'elle n'honore l'auteur de l'ouvrage." (Pierre Magnard.) 

Maxence Hecquard :

 

C'est une référence désormais universelle. Personne n'ose se dire contre la démocratie. Même nos papes en font l'apologie. Hors, la démocratie, qu'est-ce que c'est ? Lorsqu'on fait une étude de vocabulaire, on s'aperçoit que ce n'est pas qu'une question de politique. Lorsqu'on dit que tel club de tennis n'a pas un accès très démocratique, mais qu'est-ce que cela veut dire? Lorsqu'on dit que tel vêtement, un blue jean, est plus démocratique qu'une cravate, qu'est-ce que cela veut dire? Donc on voit bien que le concept dépasse amplement la sphère politique.

 

La démocratie, aujourd'hui, présente tous les traits de ce que les philosophes ont appelé des idéologies.

 

Une idéologie, selon la définition de Raymond Aron, c'est "un ensemble de propositions de fait et de jugements de valeur". Et effectivement, la démocratie se dit fondée sur un certain nombre de faits. Par exemple: la souveraineté du peuple, le fait que la Révolution française ait été un véritable mouvement populaire, d'un peuple qui souhaitait se libérer des 'tyrans' que constituaient les rois de France. C'est considéré comme un fait historique. Aujourd'hui encore que le peuple dirige, que le peuple peut diriger. Et puis à côté de cela, on constate qu'il y a énormément de valeurs, qui sont des éléments de nature morale, comme le disait Nietzsche, mais qui sont sans rapport direct avec les propositions de fait. Alors qu'est-ce que les valeurs de la démocratie ? Vous les connaissez, c'est 'liberté, égalité, fraternité'. Mais cela va bien au-delà. On va dire aujourd'hui que la rigueur scientifique est une valeur démocratique, que la nature est une valeur démocratique, et on va mettre énormément de choses là-dedans.

 

En réalité, la démocratie est un système de valeurs.

 

Maritain nous dit que (la démocratie) c'est une "philosophie générale de la vie humaine".

Et l'on constate que la démocratie est devenue hégémonique à un moment précis de l'histoire, tout simplement après la Seconde guerre mondiale, en 1945. La démocratie, de fait, devient une référence obligée. Alors, vous connaissez peut-être cette anecdote de la correspondance entre le général de Gaulle et René Cassin et le général de Gaulle ne voulait pas utiliser le mot démocratie, parce qu'il disait "nos militants se méfient de la démocratie." Parce que pour eux, la démocratie, c'était la IIIe république, un régime de corruption, un régime où les gouvernements changeaient tout le temps, et ils se disaient "ce n'est pas une bonne chose de se référer à la démocratie dans le combat que l'on mène contre le nazisme." Et, pourtant, de Gaulle va engager Jacques Maritain (1882-1973) pour rendre ce concept de démocratie populaire. Et Maritain va écrire un livre sur la démocratie, qui va être publié par les services américains, et parachuté en France en 1942 de manière à faire basculer l'opinion, qui à l'époque était majoritairement pétainiste, et pour accoutumer, les Français, notamment un peu catholiques avec ce concept de démocratie. Maritain, vous le savez, sera nommé par de Gaulle, ambassadeur à Rome, et il deviendra très proche du pape Paul VI (1963-1978), et il aura une influence très importante sur le Concile Vatican II. Et donc vous voyez, la démocratie, elle devient hégémonique après la IIe Guerre mondiale.

 

A partir de ce moment-là, sans que personne ne s'y réfère plus, s'y j'ose dire. Alors si on veut aller plus, qu'est-ce qu'il y a derrière cette idéologie ? Parce que l'idéologie, il y a forcément quelque chose derrière, il y a forcément une espèce de conception de la nature, ce que les philosophes appellent une métaphysique, c'est-à-dire une vision du monde. Il est essentiel pour nous de cerner quelle est la métaphysique sous-jacente à la démocratie.

 

Tout d'abord, il faut bien prendre conscience que la démocratie (et je crois que cela fait partie de son essence) est une négation. La Révolution française qui marque en quelque sorte la naissance de la république dans notre pays en Europe et dans le monde, la Révolution française qui donc marque la naissance de la démocratie comme régime hégémonique est une négation. Et la négation de quoi ? Tout d'abord la négation de l'Ancien Régime, une négation de l'Ancien ordre. Une négation de ce que Aristote a appelé les "communautés naturelles". Qu'est-ce que c'était que les communauté naturelles ? Le livre De La Politique d'Aristote, nous explique que le monde s'organise autour des familles, que les familles constituent des villages, que les villages constituent eux-mêmes des Etats, et il y a ainsi un système de poupées russes, si j'ose dire. Et Aristote nous explique que ce sont des créations de la nature. Et tout l'Ancien Régime était organisée autour du respect de ces communautés naturelles qui existaient en tant que telles.

 

La Révolution française va balayer tout cela. Vous le savez tous, ces premières lois consisteront à abolir toutes les associations, à autoriser le divorce, à évidemment nier les nations, et aujourd'hui, force est de reconnaître que la démocratie dans laquelle nous vivons ne reconnaît plus ces communautés naturelles comme des entités juridiques ayant un poids en tant que telles. Vous savez que le mot famille, qui certes, est utilisé légèrement dans le code civil mais n'apparaît pas dans nos constitutions, il apparaît dans certaines déclarations de l'O.N.U., mais de façon extrêmement ténue. Et force est de constater que toute la législation dans les démocraties aujourd'hui est entièrement dirigée, je ne vais pas m'appesantir là-dessus, vous le savez parfaitement, contre les structures familiales, contre les structures de nations. Aujourd'hui, on n'ose même plus parler de nations, c'est suspect. Parce que, qui dit nation, dit nationalisme, qui dit nationalisme, dit extrême-droite, qui dit extrême-droite dit ennemi de la démocratie. Donc vous voyez bien, que toutes ces communautés naturelles ont été combattues par la démocratie. Alors, pour être remplacées par quoi ? Et bien, pour être remplacées parce que les philosophes ont appelé l'individualisme. Qu'est-ce que c'est que l'individualisme ? L'individualisme, c'est précisément n'appartenir à aucune communauté, être un individu. Rousseau nous dit que l'homme est un tout parfait et solitaire, c'est-à-dire qu'il se suffit à lui-même, qu'il n'a pas besoin pour vivre d'appartenir à une famille. Sous l'Ancien Régime, on se définissait essentiellement par l'appartenance à sa famille. C'est pour cela qu'on disait "je suis le fils de Jean", "je suis le fils de Pierre". Et on retrouve cela dans les noms (Peterson, fils de Pierre; Simon Bar-Jona, fils de Jonas). La définition de l'être humain se fixait par l'appartenance à une lignée. Il n'y a plus rien de tout cela aujourd'hui. On choisit son nom, et l'individu né dans une famille, qui très souvent est recomposée, et donc dénuée de toute stabilité. Et l'individu va lui-même fonder plusieurs familles au cours de sa vie, avoir des enfants avec plusieurs conjoints, et ensuite il laissera derrière lui une postérité qui portera ou ne portera pas son nom. Donc la démocratie, en fait, s'adresse (et le régime politique) à des individus et non plus à des communautés.

 

http://www.univ-montp3.fr/pictura/Images/A/1/A1828.jpg Alors, me direz-vous, comment est-ce possible ? Hé bien, Rousseau, et le mouvement des Lumières, nous explique que les communautés naturelles n'existent pas, puisque la nature ne créée par des communautés, mais les hommes sont (c'est tout la peinture de Jean-Jacques Rousseau) nés dans la forêt et vivent dans la forêt.

 

Et un jour ils ont simplement décidé, pour des raisons essentiellement économiques, pour protéger une sorte de propriété qui les arrangeait, ils ont décidé de constituer un contrat. Qu'est-ce que c'est que ce contrat? Ce contrat, c'est un accord, donc c'est de nature contractuelle (qui dit contractuel, cela veut dire un accord commutatif), un accord bilatéral, multilatéral ou où se met d'accord pour respecter un certain nombre de lois, et pour éviter quelque part les conflits.

 

Alors, voilà le système du "Contrat social". Et ce contrat social est souverain.

Qu'est-ce que cela veut dire qu'il est souverain? Cela veut dire que la souveraineté, c'est le fait de ne pas avoir de chef au-dessus de soi. On nous dit que la souveraineté populaire, c'est le peuple qui décide de sa propre loi. Mais il y a là une contradiction profonde qu'on ne relève pas. Si l'on est souverain, on n'a pas besoin de loi. Quand on est souverain, on fait la loi. Donc, si la Souveraineté populaire c'est d'être soumis à la loi que l'on se donne, c'est contradictoire. Pourquoi le peuple, s'il est Souverain, se donne-t-il des lois ? Nous allons voir pourquoi.

Les philosophes nous expliquent que le peuple est souverain, mais tous les philosophes reconnaissent que le peuple ne sait pas gouverner. Montesquieu, le premier nous dit "le peuple est incapable de gouverner les affaires". Soit il va trop vite, soit il va trop lentement. Et, nous dit Montesquieu, il ne sait faire qu'une chose, c'est désigner de bons gouvernants, mais il ne sait pas gouverner lui-même. Et le professeur Magnard a parlé de Tocqueville.

http://t2.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcRJ08Rnvmi3Xd46HmfW8mlKbxy3-0odjJFf-tDqvN8eDlGTebtQ&t=1 Mais Tocqueville, qui n'a pas étudié la démocratie dans des livres, qui l'a étudiée aux Etats-Unis où elle existait à son époque, nous dit "le peuple est incapable de choisir de bons gouvernants".

 

Ha bon ? Alors, ce "peuple souverain" est incapable de gouverner, il est incapable de choisir de bons gouvernants, comment est-ce que cela fonctionne ?

 

On nous explique : "cela fonctionne en fonction de la représentation populaire", "le peuple choisit". Mais cette représentation populaire, Rousseau la rejette. Rousseau nous dit : "la souveraineté ne peut pas être déléguée".

Ceux qui parmi vous qui ont des enfants savent que la paternité ou la maternité, cela ne peut pas se déléguer. Vous avez des enfants, "vous pouvez leur dire, fais ceci, fais cela, je te donne quelque part la possibilité tout seul sur tel et tel point". Mais vous ne pouvez pas abandonner votre paternité. Si il y a un problème, ils reviendront vers vous pour avoir la solution. La souveraineté c'est exactement la même chose. Vous ne pouvez pas déléguer votre souveraineté, le fait de ne pas avoir de chef au-dessus de vous, vous ne pouvez pas le déléguer à quelqu'un d'autre (c'est ce que nous dit Rousseau).

Il (Rousseau) nous dit de même, "la souveraineté ne peut pas se diviser".

Or, on nous dit que la souveraineté est divisée en pouvoir législatif, en pouvoir exécutif, et en pouvoir judiciaire.

Qu'est-ce que cela veut dire d'être souverain si on n'est souverain que sur un point particulier et pas sur le reste ?

Donc, vous voyez que la démocratie est en réalité pleine de ces contradictions.

 

Tout ce que je vous dis n'est pas très original. Je n'ai pas inventé tout cela. Beaucoup d'autres penseur l'on dit [1], et sans doute beaucoup mieux que moi. Mais je pense qu'il est nécessaire de faire ces quelques rappels pour comprendre ces contradictions.

 

Alors, en réalité, nous savons bien que le peuple ne gouverne pas. Nous savons bien que nous ne gouvernons pas. Nous savons bien que notre pays est gouverné par une élite [2], que cette élite se reproduit. On peut estimer que l'élite est plus ou moins bonne à son poste, mais néanmoins, cela n'est pas un hasard, si tous les hauts-fonctionnaires sortent des mêmes grandes écoles, si tous les capitaines sortent des mêmes écoles, si leurs enfants héritent bien souvent des fonctions de leurs parents, l'élite s'auto-reproduit. C'est un fait, cela a été observé dans tous les pays, et plus particulièrement dans les démocraties. Or, cette élite, elle est intimement convaincue, persuadée de sa supériorité. Elle sait qu'elle gouverne, mais sauf qu'elle doit respecter le jeu démocratique. Elle doit dire "je suis soumise à la démocratie populaire". Et bien souvent, cette élite méprise le peuple. Néanmoins, elle se plie à la souveraineté. Il y a là une sorte de mensonge. Et je crois qu'il ne faut pas hésite à la dire : il y a dans la souveraineté populaire un mensonge. On dit que le peuple gouverne, alors qu'il ne gouverne pas. Alors voilà lorsqu'on observe de façon très superficielle et très rapide ce qu'est la démocratie, voilà à quoi nous arrivons. Nous arrivons à des contradictions, des contradictions logiques, nous arrivons à la négation de tout ordre naturel. Et nous arrivons à une espèce de mensonge. Alors comment expliquer cela ?

 

Il y a une raison à tout cela, il y a une logique à tout cela. La démocratie, nous allons le voir, est extrêmement cohérente au-delà de ses contradictions.

Pour essayer de comprendre ce système, je pense qu'il faut tenter de se mettre dans l'esprit de nos contemporains. Quels sont les choses, les vérités auxquelles nos contemporains croient le plus ? Et bien, je pense que nos contemporains, nous tous, ce qui nous paraît le plus solide, c'est ce que l'on a appelé les sciences, les sciences dures, le CNRS, les laboratoires, la chimie, la physique, toutes ces sciences dites dures qui de fait, ont été absolument indispensables dans le progrès technologique, que nous constatons et qui  sont jugés comme des éléments absolument incontestables du monde moderne.

Or, cette hégémonie de la science n'est pas tout à fait nouvelle. Descartes lui-même dans son "Discours de la méthode" nous dit que les hommes vont se rendre maîtres et possesseurs de la nature. Et au XIXe siècle, on a vu fleurir un espèce de scientisme, c'est-à-dire une sorte d'idéologie, qui mettait les sciences expérimentales au-dessus de toutes les autres, alors que sous l'Ancien Régime, les sciences les plus nobles c'était la philosophie, la théologie, le droit, ce genre de choses.

 

L'épicurisme et le darwinisme, la croyance dans un monde en progrès

 

Alors que nous disent les sciences sur le monde dans lequel nous vivons ?

Charles Darwin 1880.jpg Hé bien les sciences, nous disent, depuis Darwin que le monde est en évolution. Et c'est jugé comme étant une vérité scientifique. Les hommes, dit Darwin, sont arrivés par hasard sur la surface de la terre, ils ont évolué, ils se sont organisés et ils ont connu un certain progrès technologique. Alors, évidemment cette théorie de Darwin correspond à la théorie de Rousseau (le "tout parfait et solitaire d'un homme sylvestre").

En réalité, cette théorie darwinienne qui est jugée scientifique, n'est pas nouvelle. Elle correspond à une philosophie très ancienne, c'est la philosophie d'Epicure (connu par son disciple Lucrèce) qui consiste à dire que le monde est arrivé par le hasard de la concrétion des atomes.

Or, aujourd'hui tout le monde se dit épicurien. Si vous entendez les philosophes qu'on lit dans le journal : Michel Onfray, Luc Ferry, André Comte-Sponville, tous se réfèrent à Epicure. On peut sourire, mais ce sont des philosophes que l'on doit estimer, il me semble, mais ils se réfèrent tout simplement à l'épicurisme, et pas uniquement pour des raisons hédonistes, plutôt pour des raisons cosmologiques. Nous allons y revenir.

 

Epicure a été redécouvert dans un monastère alsacien au début du XVe siècle. Et donc on a lu au travers du manuscrit de Lucrèce Sur la nature des choses, c'est-à-dire sur l'origine du monde; et de fait l'épicurisme est revenu en Occident par la conception du monde. On a commencé par s'interroger sur la question de l'infini du monde, est-ce que le monde, est-ce que le cosmos est infini ? Est-ce qu'avec nos téléscopes nous voyons toutes les planètes, est-ce que derrière la plus lointaine des planètes il y en a encore une derrière ? Est-ce que si nous montions dans un vaisseau spatial qui serait capable d'aller jusqu'à cette lointaine planète, est-ce que l'on peut dire qu'il y en aurait une autre derrière ? Et alors les philosophes ont butté sur cette difficulté qui est une difficulté en fait très ancienne, puisque déjà un ami de Platon, s'y était confronté, Archytas de Tarente, et il disait "le monde ne peut pas être fini parce que je pourrai toujours lancer mon javelot au-delà de la fin du monde". Donc le monde est infini. Et alors, si le monde est infini, nous dit-on, il y a de nombreuses planètes habitées, et de fait, Epicure, Lucrèce, nous disent qu'il y a plusieurs planètes habitées, et cette pluralité des mondes habités, va être très populaire dans la philosophie du XVII ou du XVIIIe siècle. Voyez le grand Emmanuel Kant, qui est l'un des principaux penseurs modernes. Son premier grand ouvrage, Le Traité du Ciel, développe toute une théorie de la pluralité des mondes habités. Et à la fin de sa vie, Kant, je crois en 1797, a écrit un petit traité Sur les lunes, où il reprend sa théorie sur les mondes habités. Et il considérait que toutes les planètes du système solaire étaient habitées. Et plus les planètes étaient proches du soleil, plus les gens étaient frustes, et plus elles étaient éloignées du soleil, plus les gens étaient développés, intelligents. Et, disait-il, les habitants de Vénus sont des singes, et les habitants de Saturne sont des Newton. Vous voyez que toutes ces questions cosmogoniques, sont devenues populaires à partir du XVIe siècle et ont progressé dans l'esprit des philosophes au XVIIe et XVIIIe siècle. Cela va également avec la théorie atomiste, qui va être popularisée par Gassendi au XVIIe siècle, Gassendi qui était professeur au Collège de France. Et avant Gassendi, je crois qu'il faut évoquer également la figure de Giordano Bruno, qui croyait à l'infini du monde, qui croyait à la pluralité des mondes habités, à l'atomisme, également. Donc, vous voyez que la vision, la perception du monde dans lequel du monde a complètement changé à partir de la redécouverte de Lucrèce et d'Epicure. Alors l'univers est désormais infini, il y a des mondes habités en grand nombre. Les êtres sont composés d'atomes qui sont réunis au hasard. Alors évidemment la Genèse est fausse. La première conclusion de tout cela, c'est que la Genèse est fausse. Et de fait, on va effleurer les prémisses du transformisme dès le XVIIe siècle. Cela n'est pas Darwin qui a inventé le transformisme, on y trouve les premières traces chez Vanini, qui écrit au tout début du XVIe siècle dans les années 1610 et il nous explique que les hommes sont issus du perfectionnement de la semence des guenons et des singes. Donc, vous voyez au début du XVIIe siècle, il y avait une théorie transformiste. On en trouve les traces dans Vanini, c'est quelqu'un qui écrit au tout début du XVIIe siècle, dans les années1610, et il nous explique que les hommes du perfectionnement de la semence des guenons et des singes. Et donc, vous, voyez, déjà au début du XVIIe siècle, il y avait une théorie transformiste. Cela se reprit au XVIIe siècle, par (et) les Lumières. Vous avez des gens comme Benoît de Maillet, qui publie de façon anonyme un ouvrage qui s'appelle le Telliamede (1755) (théorie sur l'histoire de la Terre qui influença les naturalistes des Lumières tels Lamarck et Darwin et rompit avec le mythe du déluge biblique. NdCR.), dans lequel il croyait aux sirènes, qu'il y avait des 'hommes marins', et, ambassadeur en Afrique, il colportait toutes les légendes d'Afrique, et il croyait qu'il y avait des 'hommes sylvains' : les hollandais ayant emporté d'Indonésie des Orangs-Outans, il considérait que les Orangs-Outans étaient des hommes sylvains. Et il pensait que les hommes étaient issus d'une certaine évolution. Ce sera repris par Diderot, qui dans Le Rêve de d'Alembert (1769) a des propos transformistes : il propose d'ailleurs, que les hommes s'accouplent aux animaux pour créer des races utilitaires. Il dit par exemple, que si les hommes s'accouplaient aux chèvres, on pourrait faire des domestiques très résistants et très utiles. [Maxence Hecquard précise dans son livre : "Le XVIIIe siècle est ainsi convaincu d'une chose : la Genèse est une fable. Les hommes et les singes ne sont pas si différents". (3e édition, p. 269). NdCR.]

 

Kant, va reprendre ces théories, et expliquer que la nature, en quelque sorte, se déploie, qu'elle progresse. Et comment cela ? Et bien, au hasard. Alors qu'est-ce que c'est que le hasard ? Vous avez dans Aristote, dans La physique, toute une théorie du hasard, qui est très profonde. Aristote dit que le hasard est simplement une causalité que l'on ne peut pas expliquer parce qu'elle est trop fine, elle est trop petite.Par exemple, quand vous jetez un dé, vous ne pouvez pas savoir quelle est la face qui va sortir parce qu'il y a trop de paramètres. Donc, vous ne savez pas si c'est un deux ou un six qui va sortir, parce que cela dépend du mouvement de la main, de la résistance de la table. Donc, c'est en dehors, nous dit Aristote, du domaine de la raison. Et donc, cela peut tout juste faire l'objet de probabilités, d'un raisonnement mathématiques de probabilités. Et le hasard moderne, tel qu'il va être repris par les scientifiques au XIXe siècle, et surtout au XXe siècle, c'est tout simplement cette notion mathématique.

 

Et lorsque Darwin vient nous expliquer, à partir de collections naturalistes de coquillages, l'évolution des espèces par une certaine sélection, il va en quelque sorte valider scientifiquement, la théorie d'Epicure.

 

Auparavant, à l'époque d'Epicure, à l'époque de Gassendi, à l'époque de Diderot, de Kant, c'était des considérations philosophiques, c'était une cosmogonie parmi d'autres cosmogonies. Darwin va marquer cela d'un sceau scientifique, en disant "moi je vous le prouve parce que mes expériences aux îles Galapagos montrent qu'il y a une évolution des espèces". Cela n'est plus une vérité philosophique (je vous rappelle que la philosophie est désormais une science molle), c'est une vérité scientifique, biologique. C'est donc une science dure, c'est donc certain. On ne peut pas mettre cela en doute. Le monde est donc en progrès. Et il provient du hasard.

 

Et donc, au moment de la Révolution française, quelqu'un comme Condorcet, va écrire un livre qui s'appelle L'Esquisse des progrès de l'esprit humain, où il dépeint les étapes de l'évolution humaine. Et la grande différence avec la philosophie d'Epicure, c'est qu'il introduit la notion de progrès. Il dit "demain sera meilleur qu'hier". Et le progrès est accumulation. Et donc cette évolution n'est pas erratique, elle ne va pas vers le désordre ou le chaos. Non, on a des êtres de plus en plus complexes, et on a de plus en plus de rationalités. Or, désormais, l'évolution de l'homme ne se fait plus par son corps, même par son intelligence, elle se fait au niveau de la société, en tout cas dans l'histoire que nous sommes et que les individus peuvent mesurer. Car il est évident que si nous avons des évolutions physiques dans notre corps (on dit que nous sommes un peu plus grands que nos aïeux, c'est possible), mais cette évolution est tout à fait à la marge, et on ne voit pas de grandes différences avec nos aïeux.

 

Donc, l'évolution, désormais, elle est sociale, elle est dans la société. Et si donc, cette évolution est mue par le hasard, comment faire que les hommes s'entendent, pour qu'ils ne s'entretuent pas, pour qu'ils vivent en harmonie ?

 

S'il n'y a plus d'ordre dans la nature, s'il n'y a plus de communautés naturelles, il n'y a plus qu'un seul moyen, et ce moyen c'est la loi. C'est-à-dire l'Etat de droit. Donc, la société est désormais le lieu de progrès de l'espèce humaine. Et le coeur de cette société, c'est la loi qui permet aux hommes de vivre en harmonie, les uns avec les autres. L'Etat de droit est donc en quelque sorte la condition de l'évolution de l'espèce humaine, la condition de son progrès. Et c'est pourquoi, il est si important, comme nous allons le voir.

 

Car, enfin, nous savons bien, que la perfection n'est pas de ce monde. Et nous savons bien que l'Etat de droit n'est jamais parfait. Nous savons que la démocratie est imparfaite et pourtant elle est une obligation morale.

 

Le début de mon exposé s'est ouvert par là. Je vous ai dit qu'aujourd'hui, personne ne pouvait s'opposer à la démocratie, ce serait un crime, ce serait une déviance, ce serait une hérésie. Pourquoi, parce que la démocratie n'est qu'un but à atteindre.

 

La démocratie : un but à atteindre

 

La démocratie n'est qu'un idéal. Et cet idéal n'est jamais atteint. Mais toutefois, cette loi que l'homme se doit de respecter (Kant écrit "agis comme si la maxime de ton action devait être érigée par ta volonté en lois universelles de la nature"), chacun par sa liberté, va se donner des maximes morales qui peuvent devenir des lois pour l'ensemble des individus. Et la loi va être sacralisée. Ainsi, la démocratie est, finalement, la condition de la liberté, la condition de l'espèce humaine, et finalement, c'est la seule chose qu'il faille respecter. Et c'est pourquoi, la principale valeur de la république, c'est la république elle-même !

 

Mais une fois que l'on a dit cela, ce n'est pas très enthousiasmant pour les peuples. Ce sont des considérations un peu théoriques, un peu philosophiques, notre homme de la rue ne sait pas ce que c'est que l'Etat de droit. Il ne va pas réfléchir de façon très approfondie sur ce que sont les droits de l'homme, sur l'importance de la loi. Alors on appelle à la rescousse la religion. Et c'est Kant lui-même qui le fait

 

La religion appelée à l'aide de la démocratie

 

Kant nous dit que face à l'épreuve du mal, notamment, et pour aider les hommes à respecter la loi, et la morale qu'ils se donnent, la religion (ce qu'il appelle le poème des prêtres), est très utile, essentielle. Il nous dit qu'il y a deux types de religion. Il y a des religions historiques (c'est le christianisme, le bouddhisme, le judaïsme ou l'islam), et toutes ces religions historiques sont très valables, parce qu'elles sont le produit d'une culture, d'une histoire, dans un endroit donné à un moment donné. Mais, nous dit, Kant, il y a une religion supérieure à toutes ces religions, et ce qu'il appelle la foi pure de la raison. Au-delà de toutes ces religions historiques, il y aurait pour Kant une religion de la foi pure de la raison, qui permettrait à toutes ces religions de se réunir, et aux hommes de devenir meilleurs, et de supporter les épreuves de la vie. Et donc, Kant va nous dire - et nous sommes à la fin du XVIIIe siècle -, que la religion est légitime quand elle défend la raison. Et il dit que le royaume de Dieu de la foi rationnelle, ce sera bien difficile de l'atteindre.

 

Et bien aujourd'hui, nous y sommes. Un philosophe comme Jules Ferry nous dit que nous sommes dans une époque formidable où le divin s'humanise et où l'humain se divinise. "Que le divin s'humanise": c'est-à-dire que l'on ramène toutes ces religions historiques à leur substrat rationnel, et "que l'humain se divinise" : c'est-à-dire que les hommes, en utilisant la moralité qui lui donnent, ce qu'il appellent "ces valeurs hors du monde", parce qu'elles ne sont pas produites par la nature, elles sont produites par le coeur de l"homme, Luc Ferry nous dit que l'homme devient comme un Dieu. Et il reprend le mot de Bergson, "l'univers est une machine à faire des dieux".

 

Et voilà le projet de la démocratie, la démocratie va nous permettre d'épanouir notre liberté. Et en permettant à la liberté de faire ce qu'elle doit faire dans les limites de la loi, elle permet à notre espèce de progresser et approche de l'omega du divin. C'est Teilhard de Chardin.

 

Combien de doigts François lève-t-il maintenant ? Amoris Laetitia et la Soumission Ces théories qui sont une acclimatation de la philosophie des Lumières aux religions historiques, au christianisme, par exemple, elles vont rentrer dans ces religions historiques. Et pour la religion catholique, qui est la mienne, que je connais mieux, mon analyse, est que cette philosophie est rentrée notamment au moment du Concile Vatican II, dans la religion catholique. Sous quelle forme ? Précisément, sous la forme de la déclaration Dignitatis humanae, où la religion catholique reconnaît qu'elle n'a pas plus de droit que les autres, et c'est quelque part, faire une sorte de démocratie entre les religions, de manière à faciliter l'identification de la foi rationnelle. Et donc, de fait, l'Eglise bien, souvent aujourd'hui, va devenir le vecteur principal des valeurs de la démocratie. Et c'est pour cela que les papes en parlent et qu'ils parlent tant des droits de l'homme. Et les religions vont prôner une sorte de charité universelle qui sera beaucoup plus puissante pour maintenir la paix entre les hommes, que ne l'est la loi elle-même. Car la loi est sèche, et stricte, alors que la charité est humaine.

 

De la démocratie au mondialisme

 

Parallèlement à la conversion des coeurs, il faut la conversion des nations, car les nations sont antagonistes Pourquoi sont-elles antagonistes ? Parce qu'elles ne sont pas unies par des lois. Parce qu'elles sont indépendantes. Et donc, la démocratie qui existe au niveau des nations doit exister entre les nations.

Et ce projet de paix perpétuelle, est en réalité un projet ancien. Les premiers projets de société des nations datent des légistes de Philippe le Bel, cela a été repris par Sully, par l'Abbé de Saint-Pierre au XVIIIe siècle, et puis Kant lui-même en fera plusieurs livres sur ce thème (il a écrit le livre "Le Projet de paix perpétuelle", et le livre "L'idée d'une histoire universelle d'un point de vue cosmopolitique") et il explique que la paix entre les nations est essentielle, car la paix est toujours essentielle à la liberté.

 

Aujourd'hui, on parle beaucoup du "mondialisme", qui n'est rien d'autre qu'un système démocratique entre les nations. Et le projet de paix perpétuelle de Kant, en fait, c'est l'ancêtre de la Société des Nations et de l'O.N.U.. Et de fait, le mondialisme, peut-on dire, en tout cas il le proclame, aurait permis une certaine paix dans le monde depuis la Seconde guerre mondiale. Ce point peut être discuté, néanmoins c'est l'objectif qu'il s'est donné.

 

Du mondialisme au cosmopolitisme

 

Au-delà de cela, et de ce projet de paix entre les nations, en filigrane du mondialisme, il y a une autre idéologie, qui est le cosmopolitisme. Le cosmopolitisme, c'est l'indifférence à la nation. C'est le fait de dire peu m'importe que ma voiture soit japonaise ou espagnole, ou française, ce qui compte c'est qu'elle me plaise, qu'elle est les formes et la couleur que je recherche. Et donc, le cosmopolitisme, c'est une visée peu une vision consumériste du monde. C'est l'idée que tous les individus que nous sommes, peuvent jouir des richesses du monde entier, de chaque nation. Et d'ailleurs, pendant des siècles, le cosmopolitisme a été une coquetterie de riches, en fait. Les cosmopolites, c'était les grands aristocrates, qui pouvait se permettre de voyager, évidemment dans des conditions favorables, et de profiter en fait de toutes les richesses du monde.

 

Et donc aujourd'hui - et c'est ce qu'il y a derrière le tourisme de masse -, que tous et chacun nous pouvons profiter des richesses du monde entier.

 

Le mondialisme s'accomoderait-il de Trump et du Brexit ? Alors je vous laisse juges de savoir si cette démocratie universelle, a produit ce qu'elle avait promis ? A savoir, le bonheur ? Les Lumières nous promettaient le bonheur. L'Ancien Régime, le Moyen Âge n'a jamais promis le bonheur : on ne promettait que la Croix, que le sacrifice. Le bonheur n'était promis que dans l'au-delà.

 

Le projet de paix de la démocratie est un projet du monde. Il s'agit de trouver la prospérité en ce monde, et de rendre les gens heureux en ce monde. Est-ce vraiment le cas ? Chacun d'entre nous peut répondre à cette question.

 

Ce que l'on peut constater c'est que la démocratie, aujourd'hui, en quelque sorte, est en difficulté. Pourquoi est-elle en difficulté ? Précisément en raison de son succès. Parce que les frontières sont tombées, parce que les communautés naturelles ont disparu, les mouvements du monde, entre les gens, entre les pays, sont de plus en plus nombreux et de plus en plus forts.

Et la démocratie se voit contrainte de réunir des éléments de plus en plus hétérogènes. Et c'est la raison pour laquelle elle doit être de plus en plus forte. Il est évidemment beaucoup plus difficile de maintenir la paix sociale lorsqu'il y a des ethnies différentes, des gens de religions différentes dans un pays, des gens qui viennent de tous les horizons, lorsqu'il y a des mouvements migratoires massifs. C'est extrêmement difficile. Donc, on voit bien que la démocratie est condamnée à être chaque jour plus forte, plus policière, plus armée, mais n'est-ce pas dire qu'elle deviendra chaque jour plus totalitaire. Et je terminerai là-dessus, c'était la crainte qu'avait Tocqueville, justement. Et il nous met en garde. Je cite son texte : 

 

http://www.viveleroy.fr/IMG/arton71.jpg "Contre ce despotisme que les nations démocratiques ont à craindre. Ce despotisme serait plus étendu et plus doux, il dégraderait les hommes sans les tourmenter. je vois une foule innombrable, d'hommes semblables et égaux, qui tournent sans repos sur eux-mêmes, pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leurs âmes, chacun d'eux retiré à l'écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres. Ses enfants et ses amis particuliers forment pour lui toute l'espèce humaine. Au-dessus de ceux-là s'élèvent un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul d'assurer leurs jouissances, et de veiller sur leur sort. Il est absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux. Il aime que les citoyens se réjouissent, pourvu qu'ils ne songent qu'à se réjouir. Que ne peut-il leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de vivre. L'égalité a préparé les hommes à toutes ces choses, elle les a disposé à les souffrir et souvent même à les regarder comme un bienfait. J'ai toujours cru qu'il ne serait pas impossible à cette sorte de servitude réglée, douce et paisible, de s'établir à l'ombre même de la souveraineté du peuple."

 

Fin de la conférence.

En fin de conférence, Maxence Hecquard ajoute que

 

"la démocratie est quelque part mensongère, et aujourd'hui, si elle est en difficulté, c'est parce qu'elle est un système contraire à la nature, et la nature se réveille. ... On nous a dit que la mondialisation serait la clé, la recette magique de la prospérité et du bonheur des peuples. Aujourd'hui on fait face à un chômage massif, les gens n'arrivent plus à boucler leurs fins de mois: il est normal qu'ils remettent en cause le système qui leur a menti."

Les questions :

 

Question : "Vous avez parlé de l'instrumentalisation de la religion au service de la démocratie empêtrée dans ses contradictions ?"

 

Saint Thomas d'Aquin, Dominicain, docteur de l'Eglise (1225-1274) - Mémoire Maxence Hecquard: Il me semble que l'Evangile prône la liberté, la liberté des enfants de Dieu. Il ne s'agit pas de laisser la liberté à la démocratie. Personne n'a attendu Epicure et Rousseau pour prôner une véritable liberté. Toute la question est de savoir qu'est-ce que c'est que la véritable liberté ?

 

Et donc, la liberté orthodoxe de S. Thomas est de dire que la liberté, c'est le choix des moyens, mais jamais contre la loi de Dieu. Et personne ne nie il n'y aurait pas d'amour s'il n'y avait pas de liberté. Et donc la liberté est un élément essentiel de la nature humaine. Mais il ne s'agit pas d'abandonner la liberté à la démocratie.

 

Question : Churchill a écrit : "La démocratie, c'est le pouvoir des poux de devenir des lions." Quant à Voltaire, il a écrit : "En matière d'argent, tout le monde est de la même religion".

 

M. H. : "La démocratie est en quelque sorte un mensonge, puisqu'elle nous dit : Vous serez dieu, et vous dirigerez". Alors quand Churchill dit vous êtes un poux, mais je vais faire de vous un lion, c'est flatteur, et évidemment, pour les petits que nous sommes, il est flatteur d'être qualifié de souverain. Et c'est d'ailleurs certainement une des raisons de la stabilité de la démocratie. Qui s'opposerait à un régime qui vous dit que vous êtes le chef ?

 

Réponse dans le public : "Ceux qui n'en ont ni le talent, ni l'envie".

 

M. H. : "Certes, mais bon, cela ne les dérange pas. Vous voyez, même si vous ne participez pas au vote et à la démocratie, on vous dit que vous avez les mêmes droits que le président de Renault, ou le chef d'Etat major des Armées. C'est flatteur. Vous n'allez pas vous plaindre. Et certes, c'est un mensonge, vous n'y croyez pas vraiment".

 

Pierre Magnard: "La démocratie, c'est ce que nous voyons tous les jours. C'est ce qui fait que le premier imbécile venu est candidat aux primaires".

 

M. H. : "Et donc je pense que Churchill était démagogue. Ensuite, le second point "en matière d'argent, tout le monde est de la même religion", c'est un des aspects et c'est le dernier chapitre de mon livre, où je dis s'il n'y a plus de communautés naturelles, si l'esprit et la matière sont la même chose, s'il n'y a pas d'ordre dans le monde, qu'est-ce qui reste de commun ? Et bien la matière. La matière, c'est la prospérité, c'est l'économisme, c'est l'argent. Et donc, la démocratie sombre en économisme. Et aujourd'hui, beaucoup de pays se sont convertis à la démocratie, je pense aux pays d'Europe de l'Est parce qu'ils ont espéré qu'adhérer à ce régime, leur procurerait la prospérité". Et de fait, aujourd'hui, la démocratie utilise les richesses pour avancer. Et les mécanismes de redistribution ont des visées essentiellement politiques. Il s'agit de rétablir l'égalité des conditions, l'égalité des moyens de chacun. Donc Voltaire n'a pas complètement tort, mais la seule question est: mais est-ce qu'il n'y a que l'argent dans la vie? Est-ce que nous pouvons réduire notre existence à une dimension monétaire ? Est-ce que l'homme se réduit à la richesse qu'il consomme ?

 

Question : Comment concilier l'homme animal social avec l'individualisme ?

 

L'homme, animal social, c'est la conception d'Aristote. Et cette conception consiste à dire que l'homme ne peut pas être homme véritable s'il n'est pas dans une société. Cela veut dire que si vous êtes seul dans une forêt, vous aurez beaucoup de mal à subvenir à tous vos besoins. Et donc, les hommes ont toujours vécu en communauté. Donc, cette conception aristotélicienne, d'homme comme animal politique, comme animal social, est en soi incompatible avec la conception de Rousseau que j'ai évoquée, qui considère que l'homme, précisément, peut vivre tout seul dans une forêt, qu'il est un "tout parfait et solitaire". Parfait, cela signifie qu'il peut se suffire à lui-même, et s'il est solitaire c'est qu'il ne vit pas en société. Ces deux concepts sont incompatibles. En réalité, il est clair que la conception de Rousseau était une pierre dans le jardin d'Aristote. Alors comment résout-il la difficulté ? Et bien, tout simplement, par le "contrat social".

 

Question : On ne parle pas beaucoup de Dieu, mais le problème de la démocratie, c'est quand même de dire que c'est la loi qui décide de ce qui est bien et mal. On a oublié qu'il y avait une transcendance objective, c'est pour cela qu'on prône la liberté et que c'est totalitaire. Avant, on avait une loi supérieure qu'on respectait. C'est là où l'on a changé. Là, il n'y en a plus. C'est la loi qui décide ce qui est bien et mal. Il n'y aucune limite.

 

M. H. : Vous avez tout à fait raison. Il y a un point que je n'ai pas beaucoup souligné. Je vous ai beaucoup parlé d'Epicure. Et je vous ai dit que la philosophie épicurienne était de mon point de vue sous-jacente aux Lumières, sous une forme ou sous une autre, plus ou moins chez un tel ou un tel. Mais quel est le coeur de la philosophie épicurienne? C'est précisément de dire que le monde s'explique sans l'intervention des dieux, que le monde s'explique par lui-même : il est un tout autosuffisant. Je vous ai parlé de panthéisme, je vous ai dit que la métaphysique sous-jacente à la démocratie était le panthéisme. C'est la même chose que de dire, qu'il n'y a pas un dieu en dehors du monde et qui lui donnerait sa loi.

 

Quand vous dites qu'il y a un dieu supérieur qui nous donne des lois que nous devons respecter, en fait, vous adoptez la perspective traditionnelle qui a été développée par Platon, Aristote, par beaucoup d'autres, qui consiste à dire que le monde ne s'explique pas par lui-même, et qu'on est obligé d'admettre l'existence d'un être premier. Ce que Aristote appelle le "premier moteur", pour rendre compte de l'existence du monde. Et ce premier moteur a donné des règles objectives à ce monde qu'il faut respecter. Et donc, dans l'Ancien Régime, le Roi de France était le lieutenant du Christ. Qu'est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire qu'il était essentiellement un juge. Il était destiné à trancher où se trouvait l'ordre de la nature, à dire le bon ordre de la nature, c'est de faire ceci : il n'était pas souverain. C'est l'histoire de la triple donation de Jeanne d'Arc, qui consiste à dire que le royaume appartient d'abord à Dieu. Et donc la démocratie, vous avez tout à fait raison de dire que l'essence même du concept de souveraineté populaire, c'est en fait, de ne pas recevoir de loi de Dieu : il n'y a pas de loi supérieure aux hommes.[3]

 

Et d'ailleurs les papes se sont prononcés contre cela. La loi sur le Sillon de Saint-Pie X, qui condamne cela, condamne Marc Sangnier qui en 1907 au Congrès de Rouen avait fait un grand discours où il disait "le pouvoir vient du peuple". Et le pape dit : "cela, ce n'est pas catholique, parce que c'est contraire à l'épître aux Romains de Saint Paul : tout pouvoir vient de Dieu."

 

Je n'ai pas eu le temps ce soir de vous parler de Léon XIII, ce que l'on appelé le ralliement : est-ce qu'il est possible d'imaginer une démocratie chrétienne. Léon XIII, évidemment, a bouleversé le point de vue de beaucoup de chrétiens de son époque. J'ai un petit peu étudier cette question-là, j'en ai fait un paragraphe dans cette nouvelle édition. Je suis convaincu pour ma part que Léon XIII était parfaitement orthodoxe. Ce qu'il a voulu éviter, c'est un fait une guerre civile, notamment en France. Si on prend la lettre de ses encycliques (de Léon XIII), la lettre de Au milieu des sollicitudes, ce que propose Léon XIII, ce n'est pas du tout la démocratie moderne que je vous ai décrite ce soir. Léon XIII commence son exposé en faisant une théorie de la Cité, qui est parfaitement aristotélicienne. Et il dit une chose que plus personne ne dit aujourd'hui : il dit que le premier lien de la société, c'est la religion. Donc, sous-entendu, pour Léon XIII, il ne peut pas y avoir de société unie s'il y a plusieurs religions. C'est fort ! Aujourd'hui, qui peut dire cela?"

Les fondements philosophiques de la démocratie moderne (Maxence Hecquard) - La nature totalitaire de la démocratie moderne

Notes

 

[1] « En décrétant législativement que les hommes naissaient libres par nature et par droit, les révolutionnaires ont fantasmé la nature et attribué au droit ce qu'il ne peut pas faire. On n'est libre que par don et l'on se trompe si l'on croit garantir la pérennité d'un don en décrétant qu'il est naturel ou en en proclamant le droit. Un don est beaucoup plus pérenne que la nature (Si les hommes naissaient libres, c'est que cela se ferait naturellement et il est donc contradictoire de le décréter par écrit. Ce qui est écrit est justement ce qui n'est pas naturel et a besoin de cet écrit pour exister ». (J.M. POTIN, Liberté, Egalité Fraternité, in Le Livre noir de la Révolution française, Cerf, Condé-sur-Noireau 2008, p. 421.)

[2] L'historien Patrice Gueniffey dans son livre Histoire de la Révolution et de l'Empire, explique que les élections de juin 1791 se traduisirent par une forte abstention.

« La participation avait atteint son étiage; elle ne devait plus remonter de façon significative, les consultations organisées les années suivantes,... n'ayant jamais mobilisé plus du cinquième des électeurs. ... En l'absence de votants, le système électif se transforme très vite en un système de cooptation, les uns accédant aux charges que les autres viennent de quitter, et réciproquement. La promotion aux responsabilités se fait en circuit fermé : les fonctionnaires peuplent les assemblées chargées d'élire les fonctionnaires. ...La réalité du système répondait à un besoin, celui de la formation d'une classe politique ... qui soit assurée de la continuité en étant délivrée de l'incertitude inséparable du suffrage universel. Mais l'oligarchie née de ces pratiques n'était pas moins un démenti des attentes. On imaginait en effet avec une certaine ingénuité que la vertu première d'un système électif consistait à assurer le renouvellement permanent du personnel dirigeant et l'élargissement constant de son recrutement. On n'imaginait pas que l'élection puisse conduire à la formation d'une "classe" politique distincte du reste de la société ». (Patrice Gueniffey, Histoire de la Révolution et de l'Empire, Perrin, Collection Tempus, Paris 2011, p. 86-88).

[3] Ce que Jacques Chirac avait résumé dans la formule : "pas de loi morale au-dessus de la loi civile" (Jacques Chirac, Journal du Dimanche, avril 1995.

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20 janvier 2017 5 20 /01 /janvier /2017 12:40
Bataille du Mans de 1793 : Conférence d'Elodie Cabot (INRAP) sur les fouilles des 9 charniers révolutionnaires

Samedi 21 janvier 2017 (date anniversaire du rappel au ciel de Louis XVI), et à l'occasion de la réunion du Souvenir Vendéen à Paris chez les Pères du Saint-Sacrement, Maison Eymard (23 av. de Friedland, 8e Arrond. M° Etoile, Bus 22 Arrêt Friedland Balzac), Mme Elodie Cabot, anthropologue de l'INRAP, donnera à 16H une conférence sur les résultats de la fouille des charniers révolutionnaires après la bataille du Mans (1793), fouille dont elle fut la principale responsable.

D'après les divers témoignages, les 12 et 13 décembre 1793, entre 15000 et 20000 vendéens et chouans seront tués à l'intérieur de la ville du Mans, tant durant les combats qu'au cours des massacres, dont des femmes, enfants et prêtres, les autres dans les campagnes.

L'Inrap, à la suite de la découverte de plusieurs charniers place des Jacobins, situe le nombre de victime entre 2 000 et 5 000 (Le Mans : archéologie de la virée de Galerne)

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Publié par Ingomer - dans Histoire
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12 janvier 2017 4 12 /01 /janvier /2017 17:45

Mise à jour le 3 avril 2017

Réponse à Michel Onfray sur quelques erreurs sur le christianisme

Hier 11 janvier, à l'occasion de la sortie de son livre "Décadence, de Jésus au 11 septembre, Vie et mort de l'Occident", le philosophe athée Michel Onfray, invité de RMC, a expliqué que la "civilisation judéo-chrétienne" était en train de mourir. [1]

 

Or, le concept de "judéo-christianisme" a été interdit par l'Eglise au concile de Jérusalem en 49 ap. J.-C. Et le judéo-christianisme s'est effondré au premier siècle (Cf.  (Jean DANIELOU, L'Église des premiers temps, des origines à la fin du IIIe s., Points Histoire, Tours 1999, p. 37)

 

Michel Onfray explique pourquoi il n'est pas chrétien (à partir de 15:18 dans le podcast) :

 

"Aucun évangéliste n'a connu Jésus... Parce que le premier qui commence à écrire, il écrit plus d'un demi-siècle après la mort de ce fameux Jésus qui n'a pas existé..." (sic)

 

Il date ainsi le premier évangile "plus d'un demi siècle" après la mort du Christ (en 33), ce qui nous fait remonter à après 83... Cette datation n'est pas partagée (et loin de là) par la majorité des historiens, pour qui les évangiles ont été écrits entre 60 à 70.

 

L’archéologue biblique William Albright a conclu, d’après ses recherches, que tous les livres du Nouveau Testament avaient été écrits du vivant de la plupart des apôtres. Il écrit : Nous pouvons déjà déclarer avec certitude qu’il n’y a désormais plus de raison justifiable de dater quelconque des livres après environ 80... (William F. Albright, Recent Discoveries in Biblical Lands, New York: Funk & Wagnalls, 1955, 136.)

 

Albright situe la rédaction de la totalité du Nouveau Testament  très probablement quelque part entre approximativement 50 et 75. (William F. Albright, Toward a More Conservative View, Christianity Today, January 18, 1993, 3.)

 

Un intellectuel pourtant célèbre pour son scepticisme, John A. T. Robinson, date quant à lui le Nouveau Testament plus tôt que la plupart des érudits les plus conservateurs ! Dans son ouvrage, "Redating the New Testament" [Une nouvelle datation du Nouveau Testament], il affirme que la plus grande partie du Nouveau Testament fut écrite entre 40 et 65. Cela situe la rédaction de celui-ci aussi tôt que sept ans après la vie du Christ. (John A. T. Robinson, Redating the New Testament, quoted in Norman L. Geisler and Frank Turek, I Don’t Have Enough Faith to Be an Atheist, Wheaton, IL: Crossway, 2004, 243)

 

Les premiers chrétiens ont écrit des milliers de lettres, sermons et commentaires sur Jésus. Par ailleurs, des crédos qui parlent de Jésus apparaissent aussitôt que cinq ans après sa crucifixion. (Gary R. Habermas and Michael R. Licona, The Case for the Resurrection of Jesus, Grand Rapids, MI: Kregel, 2004, 212.)

 

Plus de 36.000 de tels écrits, complets ou partiaux, ont été découverts, certains datant du premier siècle. (Norman L. Geisler and Paul K. Hoffman, eds., Why I Am a Christian, Grand Rapids, MI: Baker, 2001, 150). Ces écrits non-bibliques pourraient reconstituer le Nouveau Testament dans sa totalité, à l’exception de quelques versets. (Bruce M. Metzger, The Text of the New Testament? New York: Oxford University Press, 1992, 86.)

 

Comment est-ce qu’un Jésus mythique pourrait inspirer tant d’écrits à son sujet en l’espace de quelques décennies après sa vie ?

 

Les témoins étaient toujours en vie, or aucun n'a remis en question l'historicité des événements rapportés. Toute erreur historique eut été immédiatement exposée, tant par les témoins oculaires que par les ennemis du Christianisme.

Les rédacteurs du Nouveau Testament ont prétendu fournir des témoignages oculaires sur Jésus. L’apôtre Pierre le déclare ainsi, dans l’une de ses lettres : "En effet, ce n’est pas en ayant recours à des récits imaginaires sophistiqués que nous vous avons fait connaître la puissance et la venue de notre Seigneur Jésus Christ, mais c’est pour avoir été les témoins oculaires de sa grandeur" (2 P 1 :16)

 

L'Evangile de S. Marc, le plus ancien, a ainsi été rédigé entre 41 et 70 au plus tard, probablement en 62. Et ce qui est sûr, c'est qu'il a été rédigé avant 70, de même que l'Evangile de Matthieu : dans ces deux évangiles, Jésus annonce en effet la destruction du Temple de Jérusalem, qui aura lieu en 70 (Mc, 13, 1-4; Mt 24, verset 2). Ces deux évangiles n'ont pas pu être écrits après un évènement que le Christ annonçait qu'il adviendrait.

 

Le fameux archéologue, Sir William Ramsey, a d’abord rejeté le récit historique de Luc concernant Jésus. Toutefois, plus tard il a reconnu : Luc est un historien de première classe … Cet auteur devrait figurer parmi les plus grands historiens.… L’histoire de Luc est sans pareille pour ce qui est de sa fiabilité. (Quoted in Josh McDowell, The New Evidence That Demands a Verdict, Nashville: Thomas Nelson, 1999, 61.)

 

Des fragments de l'évangile de Marc retrouvés à Qumran entre 1947 et 1956 prouvent que l'évangile de Marc est antérieur à 68, voire à l'an 41, selon certains spécialistes. A l'aide des ordinateurs, on a pu prouver scientifiquement que dans ces papyrus écrits seulement en grec (pas de textes en hébreu ni en araméen), issus de la "grotte 7", le groupe de lettres en question ne pouvait appartenir à nul autre qu'à l'évangile de Marc.  Le papyrologue allemand Carsten Peter Thiede a élargi le champ de sa recherche en l'étendant au papyrus P64, fragment de l'évangile de Matthieu... qui se trouve au Madgalen College d'Oxford. Ce papyrus a été daté comme apparte­nant approximativement à l'an 200, mais le professeur Thiede affirme qu'il est de l'an 50 et établit une relation avec la datation du papyrus de Qumran. La datation offerte par Tiede offrirait une garantie de véracité. (Figaro Magazine, Et si les évangiles étaient un reportage?, 14-4-1995, p. 80-81.)

 

... De même, l'Evangile de Luc est écrit au plus tard en 65 : c’est en effet pendant la captivité de S. Paul que Luc aurait composé son évangile. Et vers 65 eut lieu le martyre de Pierre et Paul à Rome. L'Evangile de Jean, l'Apôtre le plus jeune et aussi celui qui vécut le plus vieux, est plus tardif et date de la fin du premier siècle.

 

Les 13 lettres de l’apôtre Paul adressées aux jeunes églises et à certains particuliers constituent la majeure partie du Nouveau Testament. Les lettres de Paul sont datées entre les années 45 et 65 (12 à 33 ans ap. J.-C.) et elles représentent les témoignages les plus anciens sur la vie et l’enseignement de Jésus. Will Durant écrit sur l’importance historique des lettres de Paul :  La preuve chrétienne du Christ commence par les lettres attribuées à Saint Paul. Personne n’a remis en question l’existence de Paul, ou de ses multiples rencontres avec Pierre, Jacques et Jean; et Paul admet avec envie que ces hommes ont connu le Christ dans la chair. (Will Durant, Caesar and Christ, vol. 3 of The Story of Civilization, New York: Simon & Schuster, 1972, 555.)

 

Saint Paul (Paul de Tarse en Asie mineure), portant aussi le nom juif de Saul qui se prononce "Shaoul" (né probablement à Tarse en Cilicie au début du Ier siècle et mort vers 67 - 68 à Rome) est un apôtre de Jésus-Christ, tout en ne faisant pas partie des "Douze". Il est citoyen romain de naissance et un juif pharisien avant sa conversion. Saint Pierre et saint Paul sont les deux piliers de l'Église et jamais la Tradition ne les a fêtés l'un sans l'autre. Tous deux virent leur vie bouleversée par l'irruption d'un homme qui leur dit: "Suis-moi. Tu t'appelleras Pierre" ou "Saul, pourquoi me persécutes-tu?".  Pierre reçut de l'Esprit-Saint la révélation du mystère caché depuis la fondation du monde: "Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant." Paul, ravi jusqu'au ciel, entendit des paroles qu'il n'est pas possible de redire avec des paroles humaines. Persécuteur des premiers chrétiens, Paul se donna au Christ: "Ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi." Pierre reçut la charge de paître le troupeau de l'Église: "Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église." Paul devint l'apôtre des païens. Pour le Maître, Pierre mourra crucifié et Paul décapité. Comment la vie de ces deux hommes a-t-elle pu ainsi être bouleversée si Jésus n'avait pas existé, surtout Saint Paul, quelqu'un qui persécutait les premiers chrétiens ? D'autant plus que saint Paul s'est converti sans le truchement d'autres chrétiens.

 

La ville de Thessalonique était à cette époque devenue la capitale de la Macédoine et le port le plus commerçant de la Méditerranée: elle avait dans l'Empire la qualité de ville libre.

Thessalonique était devenue la capitale de la Macédoine et le port le plus commerçant de la Méditerranée: elle avait dans l'Empire la qualité de ville libre. S. Paul s'y rendit dans sa seconde mission à sa sortie de Philippes. Il y trouva une synagogue, où il prêcha à des Juifs, des prosélytes et des païens durant trois semaines et jeta les fondements d'une petite chrétienté. Mais bientôt chassé par les intrigues des Juifs accusant les prédicateurs d'agir contre les décrets impériaux et traînant certains chrétiens devant les magistrats (Ac 17:5-9), il se retira à Bérée, puis à Athènes, et de là à Corinthe. C'est de cette dernière ville qu'il adressa à l'Eglise naissante de Thessalonique vers l'an 51, à peu d'intervalle l'une de l'autre, deux épîtres, les premières que nous ayons de lui. La première, qui contient des encouragements, est le plus ancien écrit du Nouveau Testament. L'apôtre y fait l'expérience de la mort et de la résurrection du Christ. Il l'a envoyée une vingtaine d'années après la mort de Jésus, peu après son arrivée à Corinthe où Thimothée, vint lui apporter des nouvelles en provenance de Thessalonique (1 Th 3:6). A cette date, les traditions évangéliques ont déjà pris corps et d'autres textes peuvent nous rapporter des traditions plus anciennes, mais 1 Thessaloniciens est le plus ancien document chrétien connu. Dans leur relative simplicité, les deux lettres aux Thessaloniciens, parlent des "Eglises" et de ceux qui sont "à leur tête", elles mentionnent tout ce qui est la foi commune des premiers chrétiens et l'expérience des premiers missionnaires : l'amour de Dieu qui appelle (1 Th 1:4; 1 Th 2:12, la foi en la Trinité de "Dieu le Père, et le Seigneur Jésus-Christ" et l'"Esprit-Saint" (1 Th 1-5; 1 Th 4:8), la foi dans la mort et la résurrection du Christ (1 Th 1-10 ; 1 Th 4:14), l'attente du retour du Christ (1 Th 3:13; 1 Th 5:23), la croyance dans la résurrection de ceux qui sont morts dans le Christ (1Th 4:16), la persévérance dans la persécution (1 Th 2:14-16), l'amour fraternel (1 Th 4:9) et le caractère collectif et solidaire des premières communautés chrétiennes (1 Th 4:6), l'action de l'Esprit Saint dans la parole de proclamation et dans la vie des communautés. S. Paul met en place des "anciens", comme nous le voyons à Ephèse (Actes 20, 17). Il envoie deux collaborateurs, Tite et Timothée, deux convertis du paganisme dans les communautés qu'il a fondées, pour éviter qu'elles ne dérivent. Ils sont destinataires de trois épîtres avec des conseils pour l'avenir. A Thimothée, en particulier, il rappelle le "don spirituel que Dieu a déposé en toi par l'imposition de mes mains" (1 Tm, 4: 14; et 2 Tm 1:6). La mission principale de Timothée est de "garder le dépôt" (1 Tm 6,20 ; 2 Tm 1,14). Ce dépôt doit être transmis à d'autres de génération en génération : "Ce que tu m’as entendu dire en présence de nombreux témoins, confie-le à des hommes dignes de foi qui seront capables de l’enseigner aux autres, à leur tour" (2 Tm 2,2). S. Pierre recommande aux "anciens en fonction" de paître "le troupeau de Dieu qui leur est confié et aux "jeunes gens" d'être "soumis aux anciens" (1 P. 5, 1-2).

Le souci de la continuité, la transmission de la charge ecclésiastique (office) par les apôtres, le caractère collectif autant qu’individuel, le titre de "pasteurs", titre qui convient d’abord au Christ et que Jésus avait donné à Pierre, sont autant de traits particuliers de l'Eglise primitive.

 

Indiquons ici que les récits païens d’un dieu mort et ressuscité, plus ou moins comparables à l’histoire de la résurrection de Jésus, ne sont apparus qu’au moins 100 ans après les témoignages de la résurrection de Jésus. (Gary R. Habermas and Michael R. Licona, The Case for the Resurrection of Jesus (Grand Rapids, MI: Kregel, 2004), 90.) En d’autres mots, les récits d’Horus, Osiris et Mithra mourant et se relevant d’entre les morts, n’étaient pas des mythologies originales, mais furent greffés à leurs mythes après que les récits de l’évangile de Jésus furent écrits.

 

Michel Onfray parle ensuite du "fameux Jésus qui n'a pas existé". Or, pendant 19 siècles, pas même les Juifs, ou ses adversaires talmudistes et Romains, les païens eux-mêmes, n'ont remis en question l'existence de Jésus.

 

Pendant des siècles, jusqu’aux Encyclopédistes et à ceux qu’on a appelé plus tard les philosophes des "Lumières" au dix-huitième siècle, la question de l'existence de Jésus, soulevée par Michel Onfray, ne se posait pas. Voltaire lui- même - qui fut pourtant un ennemi acharné de l’Église et du christianisme - ne nia jamais l’existence historique de Jésus de Nazareth. Ce n'est qu'au dix-neuvième siècle que des chercheurs qualifiés de "rationalistes" entreprirent de mettre en doute l’existence de Jésus : un dictionnaire russe rédigé pendant la période communiste de l’U.R.S.S., décrit Jésus comme un personnage mythique ou mythologique n’ayant pas existé... Il n’existe plus aucun historien sérieux aujourd'hui pour nier l’existence historique de Jésus de Nazareth.


Le fait que Jésus ait existé n’est pas une doctrine de foi, c’est une vérité historique attestée par des témoins qui n'étaient pas chrétiens. Un Jésus qui fut crucifié au temps de Ponce Pilate est attesté pas les historiens romains contemporains de Jésus, dont l’intérêt n’était pas de faire croire à l'existence d’un personnage n’ayant soit-disant jamais existé. Les preuves de l'existence de Jésus viennent également de sources juives...

 

De sorte qu'il n'y a pas plus de raisons de nier l’existence de Jésus que celle d’autres personnages de l’Antiquité. César, Aristote, Alexandre le Grand, ou Socrate… auraient même moins de preuves de leur existence !

 

La quantité des manuscrits du Nouveau Testament est énorme. Il existe plus de 24.000 manuscrits complets ou partiels des livres qui le constituent, les situant bien au-dessus de tous les autres documents anciens. L’historien Paul Johnson remarque : “Si nous considérons, par exemple, que Tacite ne survit que grâce à un seul manuscrit médiéval, la quantité des manuscrits anciens du Nouveau Testament est remarquable.” (Paul Johnson, “A Historian Looks at Jesus,” speech to Dallas Seminary, 1986.)

 

Le livre de Callisthenes (un historien contemporain d'Alexandre le Grand exécuté en 327 av. J.-C., suite à l'affaire du refus du rite perse de la proskynèse) sur les Actes d'Alexandre et le Journal Royal sont des sources primaires de la vie d'Alexandre, mais depuis perdues. L’histoire d’Alexandre le Grand provient de cinq sources antiques, écrites 300 ans ou plus après sa mort :

Arrien (Ier siècle ap. J.-C. Son Anabase d'Alexandre est le récit antique le plus rigoureux que nous ayons des campagnes militaires menées par Alexandre le Grand);

Diodore de Sicile (Ier s. av. J-C.), "Bibliothèque historique";

Justin, IIIe s. ap. J.-C.,"Abrégé des Histoires philippiques de Trogue Pompée" ; 

Quinte-Curce, Ier s. ap. J.-C., L'Histoire d'Alexandre le Grand ;

Plutarque, Ier s. ap. J.-C., Vies parallèles, Vie d'Alexandre ;

 

(Cf. “Alexander the Great: The ‘Good’ Sources,” Livius,http://www.livius.org/aj-al/alexander/alexander_z1b.html .)

 

Autrement dit, il n’existe pas un seul témoignage direct de l’existence d’Alexandre le Grand. Les auteurs antiques qui permettent de construire un récit sont tous d'époque romaine, et ils ont travaillé à partir de sources primaires auxquelles nous n'avons plus accès, sauf sous forme de citations ou de paraphrases ("fragments d'historiens"). Pour autant, aucun historien sérieux, ne remet en question l'historicité d'Alexandre.

 

Un professeur de droit, John Warwick Montgomery, a affirmé : Pour être sceptique vis-à-vis du texte des livres du Nouveau Testament, il faut permettre à toute l’Antiquité classique de glisser dans l’obscurité, car aucun document de l’Antiquité n’est aussi bien attesté d’un point de vue bibliographique que le Nouveau Testament. (Quoted in Josh McDowall, The New Evidence That Demands A Verdict (Nashville: Thomas Nelson Publishers, 1999), 36.)

 

Michael Grant, un historien athée de Cambridge, défend le fait que le Nouveau Testament devrait être considéré comme preuve, au même titre que le reste de l’histoire antique :

Si nous employons à l’égard du Nouveau Testament le même genre de critères que nous devrions employer à l’égard d’autres récits anciens contenant de la matière historique, nous ne pouvons pas plus rejeter l’existence de Jésus que nous ne pouvons rejeter l’existence d’une foule de personnages païens dont la réalité historique n’a jamais été remise en question. (Michael Grant, Jesus: An Historian’s Review of the Gospels, London: Rigel, 2004, 199-200.)

Clark Pinnock, professeur d’interprétations à McMaster Divinity College, l’a bien résumé en disant :  Il n’existe aucun document du monde ancien attesté par un ensemble aussi excellent de témoignages textuels et historiques. Une [personne] honnête ne saurait rejeter une source pareille. Le scepticisme à l’égard des qualités historiques du Christianisme se base sur l’irrationnel. (Quoted in Josh McDowell, The Resurrection Factor, San Bernardino, CA: Here’s Life Publishers, 1981, 9.)

 

Les témoignages romains :

 

Tertullien était un juriste et un théologien de Carthage. Tandis qu’il faisait un discours pour défendre le christianisme devant les autorités romaines d’Afrique, il mentionne les échanges qu’eurent Tibère et Ponce Pilate :

 

"En ces jours où le nom de chrétien fit son entrée dans le monde, Tibère, qui avait reçu l’intelligence au sujet de la divinité du Christ amena le sujet devant le sénat, en comptant bien appuyer sa position en faveur du Christ. Mais le Sénat rejeta cette proposition parce qu’il n’approuvait pas lui-même cette opinion. César la soutenait, cependant, et menaça de sa colère contre tous les accusateurs des Chrétiens." (Apologie, V.2 (aussi Justin Martyr dans Apologie, 1.35).

 

Thallus fut un des premiers écrivains païens à mentionner le Christ. Il écrivit en 52 apr. J.C.. Malheureusement, ses écrits ont disparu ; et on en a connaissance seulement parce que d’autres auteurs les citent. Un de ces auteurs s’appelle Julius Africanus, un écrivain chrétien qui vécut vers 221. Julius fait allusion à un commentaire intéressant provenant de Thallus :

 

 "Dans son troisième livre d’histoires, Thallus explique naïvement les ténèbres comme étant une éclipse de soleil – ce qui me semble bien déraisonnable (déraisonnable, bien sûr, parce qu’une éclipse de soleil ne pouvait pas arriver à l’époque de la pleine lune, parce que Christ mourut à l’époque pascale de la pleine lune)."
 

Nous voyons donc que la référence des Évangiles aux ténèbres, qui survinrent à la crucifixion de Jésus, était bien connue, et que les non croyants qui y assistèrent recherchaient une explication naturelle.

 

Phlegon, un historien du 1er siècle.


 

Ses Chroniques ont aussi été perdues, mais Julius Africanus mentionne aussi un fragment de cette œuvre, confirmant les ténèbres qui survinrent lors de la crucifixion de Jésus. Et après sa réflexion sur l’opinion déraisonnable de Thallus, il cite Phlegon selon lequel "au temps de Tibère César, survint une éclipse de soleil durant la pleine lune." Phlegon est aussi cité par Origène dans Contre Celsum, Livre 2, sections 14,33,59.

 

Justin Martyr, Patron des philosophes (vers 150 apr. J.C.) adressa sa Défense du Christianisme à l’empereur Antonius Pius, et il le renvoya au Rapport de Pilate, qu’il suppose être dans les archives impériales. Il dit :


 

"Mais les mots ‘il perça mes mains et mon pied’ dit-il, sont une description des clous qui furent plantés dans Ses mains et dans Son pied sur la croix ; et après qu’il fut crucifié, ceux qui le crucifièrent jetèrent les dés pour se partager ses vêtements ; et ces choses arrivèrent ainsi, tu peux en avoir connaissance d’après les actes qui furent enregistrés sous Ponce Pilate."


 

Un peu plus tard, il dit :


 

"Qu’il fit ces miracles, tu peux facilement le vérifier d’après ‘les actes’ de Ponce Pilate." (Apologie 1.48)

 

Le philosophe anti-chrétien Celse, en 110, écrit : "Vous nous donnez pour Dieu un personnage qui termina par une mort misérable une vie infâme." (Origène, Contre Celse, 7,58)

 

Dans le livre 15ème de ses Annales, Tacite écrit au début du IIe siècle (entre 100 et 116) :

"Mais ni efforts humains, ni largesses du prince, ni cérémonies religieuses expiatoires, ne faisaient taire l'opinion infamante, d'après laquelle l'incendie (de Rome Ndlr.) avait été ordonné. Pour mettre fin à ces rumeurs, Néron supposa des coupables et fit souffrir les tortures les plus raffinées à ces hommes détestés pour leurs abominations et que le vulgaire appelait chrétiens. Ce nom leur vient de Christ, qui, sous Tibère, fut livré au supplice par le procurateur Pontius Pilatus. Réprimée sur le moment, cette exécrable superstition perçait de nouveau, non seulement dans la Judée, berceau du mal, mais à Rome même, où tout ce qu'il y a partout d'infamies et d'horreurs afflue et trouve des partisans. On commença donc par saisir ceux qui confessaient leur foi, puis, sur leurs révélations, une infinité d'autres, qui furent bien moins convaincus d'incendie que de haine pour le genre humain. On fit de leurs supplices un divertissement : les uns couverts de peaux de bêtes, périssaient dévorés par des chiens; beaucoup, mis en croix, étaient, lorsque le jour avait disparu, brûlés pour éclairer la nuit. Néron avait offert ses jardins pour ce spectacle et donnait des jeux au Cirque, se mêlant au peuple en habit de cocher, ou conduisant un char." (Annales, livre 15ème, 44, in Tacite, Annales, GF Flammarion, Manchecourt 2002, p. 439.)
 


Vers 120, Suétone écrit :

"Les Chrétiens sont mis à mort. [...] Il (Néron) livra aux supplices les Chrétiens, race adonnée à une superstition nouvelle et coupable." (Vie des douze Césars, Vie de Néron 16, 2)

 

Suétone écrit encore :

 

"Comme les Juifs se soulevaient continuellement à l'instigation d'un certain Chrestos, il les chassa de Rome." (Vie des Douze Césars, Gallimard Folio Classique, Saint-Amand 2003, Livre V, Claude, 25, p. 286.)

 

Or justement, le livre des Actes des Apôtres - livre qui complète l’Evangile de St Luc - fait une allusion directe à cette expulsion lors de l’arrivée de Saint Paul à Corinthe :

 

"Paul se rendit ensuite à Corinthe. Il rencontra là un juif nommé Aquilas, originaire du Pont, qui venait d'arriver d'Italie avec sa femme, Priscille. Claude, en effet, avait décrété que tous les Juifs devaient quitter Rome..." (Actes 18,2)

 

Le proconsul romain de Bithynie et du Pont (Asie mineure), Pline le Jeune, écrit en 111 que les Chrétiens "se réunissent avant l'aurore à des jours déterminés pour chanter des hymnes au Christ comme à un Dieu." (Epist. 10, 96).

 

Les témoignages juifs : le Talmud et la Michnah juifs

 

Les Juifs ont toujours considéré Jésus comme réel. "Plusieurs écrits juifs font référence à Jésus comme une personne réelle à laquelle ils s’opposaient." (D. James Kennedy, Skeptics Answered (Sisters, OR: Multnomah, 1997), 76)

Le Talmud babylonien : "À la veille de la fête de Pâque, on pendit Jésus. Quarante jours auparavant, le héraut avait proclamé : 'Il est conduit dehors pour être lapidé, car il a pratiqué la magie et séduit Israël et l’a rendu apostat. Celui qui a quelque chose à dire pour sa défense, qu’il vienne et le dise.'

Comme rien n’avait été avancé pour sa défense, on le pendit à la veille de la fête de Pâque. Ula (un rabbin de la fin du IVe siècle) répliqua : 'Crois-tu qu’il ait même fallu chercher quelque chose pour sa défense? Car il devint un séducteur et la loi dit : Tu ne dois pas l’épargner, ni passer sa faute sous silence.' (Dt 13,9). Bien plutôt il en allait autrement pour Jésus, parce qu’il était en relations avec l’Empire."

Le Talmud Tol’doth Yeshu fait référence à Jésus comme "Ben Pandera" (ou Ben Pantere). Beaucoup de Théologiens pensent que "pandera" est un jeu de mots, et un travesti du mot grec pour "vierge", "parthenos", l’appelant ainsi un "fils d’une vierge". Joseph Klausner commente "la naissance illégitime de Jésus était une idée courante chez les juifs". Dans la Baraila (Babylone Sanhedrin 43a)

L’Anoa Ulla. Les autorités Juives ne contestaient pas le fait que Jésus fit beaucoup de signes et de miracles, mais ils les attribuaient à Satan, et les assimilaient à des actes sorcellerie (Mat 9.34 ; 12.24 ; Marc 3.22). Sanhedrin 43a; aussi Yeb IV 3; 49a

 

Le témoignage de Flavius Josèphe (entre 93 et 94) est le plus étonnant. Tellement étonnant que l’on a pensé que le texte avait été arrangé par des copistes chrétiens plus tard dans la transmission du manuscrit.

Ceci méritait d’être discuté très sérieusement, et l’a été. Flavius Josèphe avait participé à "la guerre des Juifs" (entre l’année 66 et l’année 7O). Il s’agit de la grande révolte des Juifs réprimée par Vespasien et son fils Titus. Flavius Josèphe s’était d’abord battu dans les rangs des insurgés, puis s’étant rendu aux Romains, il avait pris leur parti. Il a écrit en grec vers 93 une histoire très précise de ces événements. Dans cette histoire il rapporte la mise à mort de l’apôtre Jacques. Et puis il parle du Christ. Un certain nombre de critiques donc ont estimé que le passage de Flavius Josèphe était trop favorable à Jésus... Un Juif romanisé aurait-il été jusque là ? Un copiste chrétien, en recopiant le manuscrit, aurait arrangé le texte ? Cette objection est sérieuse, mais nous avons plusieurs manuscrits avec des origines différentes. Un savant Israélien, Shlomo Pères, a étudié ces différents manuscrits et il estima avoir atteint la version "minimum" de Flavius Josèphe. La voici :

"En ce temps là, vivait un sage nommé Jésus. Il se conduisait bien et était estimé pour sa vertu. Nombreux furent ceux tant Juifs que gens d’autres nations qui devinrent ses disciples. Pilate le condamna à être crucifié et à mourir. (Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, 5, 1-7). Mais ceux qui étaient devenus ses disciples ne cessèrent de suivre son enseignement. Ils racontèrent qu’il leur était apparu trois jours après sa crucifixion et qu’il était vivant. Sans doute était-il le Messie sur qui les prophètes ont racontés tant de merveilles."

 

L’intellectuel israélien, Shlomo Pines, écrit : Les opposants les plus mordants du christianisme n’ont jamais exprimé le moindre doute quant au fait que Jésus avait réellement existé. (Josh McDowell and Bill Wilson, Evidence for the Historical Jesus (Eugene, OR: Harvest House, 1993, 44.)

 

Will Durant, un historien de l’histoire mondiale, remarque qu’aucun Juif ni gentil du premier siècle n’a jamais nié l’existence de Jésus. (Will Durant, “Caesar and Christ,” vol. 3 of The Story of Civilization, New York: Simon & Schuster, 1972, 555.)

 

Que dit l'archéologie ?

 

Les évangiles contiennent de nombreux détails historiques et ne constituent pas seulement des enseignements spirituels. Ces faits historiques relatés dans les évangiles ont toujours été confirmés par les découvertes archéologiques...

 

Exemples:

 

- certains, comme le dit Michel Onfray dans cette émission de RMC, estimaient que Nazareth (le village où Jésus a passé son enfance) n’existait pas... Or, en 1962 on a retrouvé une plaque du IIIème siècle avant J.C, gravée en hébreu et portant le nom du village... Et le 21 décembre 2009, des archéologues ont annoncé la découverte de morceaux d’argile à Nazareth, datant du premier siècle et confirmant ainsi que ce petit village existait bel et bien du temps du Christ.

 

- La piscine de Bethesda, dite la "piscine aux 5 portiques" est décrite dans l'évangile de St Jean lorque est racontée la guérison du paralytique : cette piscine a été retrouvée en 1888, à l’endroit situé par St Jérôme en 372 et St Eusèbe en 332...


- Ponce Pilate, qui a condamné Jésus à mort. On a prouvé son existence en 1961 en retrouvant un bloc de calcaire, une plaque comportant son nom et son titre... "Ponce Pilate, Préfet de Judée", dans les ruines de Césarée maritime.

 

 - En 1990, des archéologues découvrirent un ossuaire (une boîte contenant des ossements) portant l’inscription de Caïphe, connu dans le Nouveau Testament pour son implication dans la livraison de Jésus à Ponce Pilate, qui l'a crucifié. Celle-ci fut vérifiée et reconnue authentique au-delà de tout doute raisonnable .

 

- Récemment, dimanche 19 mars 2017, l'autorité des antiquités israéliennes a annoncé des découvertes archéologiques récentes d'objets datant du 1er siècle, retrouvés dans la région de Jérusalem et en Galilée et permettant aux historiens de mieux comprendre la vie à l'époque de Jésus-Christ. Parmi ces objets, une cage funéraire de calcaire décorée de façon intime, appartient à un descendant du grand prêtre Caïphe. Gideon Avni, chef de la division archéologique de l'Autorité des antiquités d'Israël a déclaré qu'il n'y avait aucune raison de croire que Jésus n'existait pas simplement parce que les archéologues n'ont pas trouvé de preuve physique de lui... "Il faut se rappeler que le Christ était l'un parmi plus d'un million de personnes vivant en cette période en Terre Sainte", dit-il.

 

- Dalmanoutha, une ville des temps bibliques mentionnée dans l'Evangile selon saint Marc (Mc 8:10), a été découverte par l'Université de Reading (RU) en septembre 2013, le long de Mer de la Galilée (ou "Lac de Tibériade"). La Mer de Galilée est située à plus de 200 m au-dessous du niveau de la mer. Le lieu traversé par le fleuve Jourdain est celui du baptême de Jésus-Christ par saint Jean-Baptiste, mais aussi l'endroit où le Christ navigua avec ses disciples après le miracle de la multiplication des pains. Le bateau daté de deux mille ans et découvert en 1986, parfois appelé "barque de Pierre" ou "barque de Jésus" a été trouvé sur le littoral de la ville nouvellement découverte.

 

A ces témoignages impartiaux de l'archéologie, des auteurs païens, romains et juifs, il faut ajouter la multitude des textes religieux chrétiens qui ont une valeur historique certaine. L'existence de Jésus comme personnage historique du premier siècle ne fait donc aucun doute.

 

Quelques questions montrent a contrario la véracité des premiers témoins :

Si Jésus de Nazareth n’était qu’un personnage imaginaire, pourquoi les évangélistes seraient-ils parfois si discordants d’un texte à l’autre? N’auraient-ils pas dû donner de Jésus, avant tout une image cohérente, un portrait harmonieux, dans le souci primordial d’écarter les soupçons?
 

Si ce Jésus avait été inventé pour jouer le rôle du sauveur qu’Israël attendait comme l'explique Michel Onfray (avec ses "comme par hasard dans l'Ancien Testament"), pourquoi n’avoir pas vu en lui, par exemple, le héraut de la fin des temps (les modèles sont nombreux dans l'Ancien Testament) ? Pourquoi en faire une victime, pourquoi inventer l’échec de sa mission sur une Croix dont à ce moment-là, personne n'eut parié sur sa réussite ?

 

Si Jésus n’était qu’une fiction, un personnage héroïque destiné un jour à convertir l’immense Empire romain, pourquoi le faire mourir sur une croix, un supplice qui désignait aussitôt les Romains comme auteurs de sa mort, et d’autre part supplice horrible et infamant apparemment en contradiction avec la nature divine du christ?

 

Si les premiers chrétiens avaient voulu faire croire à leur histoire, pourquoi dans une société qui alors n’accordait aucun crédit aux témoignages des femmes faire partir cette histoire du témoignage premier d’une femme (sainte Marie-Madeleine) sur la résurrection du christ ?... Si les évangélistes avaient voulu faire croire à une "fable" comme le dit Michel Onfray, ils n'auraient pas choisi des femmes comme premiers témoins de la résurrection du Christ !

 

Ce sont au contraire toutes ces complications, ces difficultés, ces contradictions à résoudre, du point de vue de ceux qui avaient à écrire l’histoire de Jésus, qui précisément plaident en faveur de l’authenticité historique. Et tout particulièrement le souvenir de sa crucifixion, supplice horrible et infamant.

 

Rappelons que jamais les adversaires du christianisme aux premiers siècles, qu’ils soient juifs ou païens, n’ont mis en cause l’existence de Jésus. Ils ont combattu sa doctrine et ses disciples, mais ils n’ont jamais contesté la réalité de sa personne.

 

Michel Onfray explique ensuite : "A un moment donné, cette religion ... devient une religion par la grâce d'un homme, l'empereur Constantin qui décide que Jésus a existé."

 

Michel Onfray confond avec l'édit de Milan qui donne la liberté de culte au christianisme...

La mère de Constantin, que Michel Onfray tourne en ridicule, sainte Helène, ne retrouve pas "comme par hasard" "des reliques de la Vraie croix, des clous" : elle en fit la découverte lors d’un pèlerinage en Palestine entrepris en 326 et suite à des fouilles sur le lieu du Calvaire...

 

Michel Onfray tente de justifier son anti-christianisme par le blasphème :

 

"Le christianisme du Jésus des évangiles, ce serait plutôt le christianisme de S. François d'Assise. [...] Moi ce que j'aime, c'est que les gens donnent l'exemple. Et si tous les curés accueillaient dans leur presbytère, leurs églises, leurs cathédrales, leurs évêchés, des migrants en quantité, parce qu'il y a de la place, là ils seraient crédibles.

[...] Qu'ils commencent par donner l'exemple, parce que le christianisme c'est cela pour moi. Et voilà pourquoi je ne suis pas chrétien : il y a peu de chrétiens qui sont vraiment chrétiens. Et d'ailleurs Nietzsche a dit à un moment donné : 'Il y a eu un seul chrétien, c'était Jésus, et il est mort sur la croix'", explique Michel Onfray.

 

Si le Christ demande qu'on accueille l'étranger, c'est à titre individuel et autant qu'on le peut. Cet accueil n'est pas imposé aux états, ou d'une manière collective : les autorités politiques "en vue du bien commun" (à titre collectif) ont la possibilité de "subordonner l'exercice du droit d'immigration" et l’immigré est "tenu de respecter avec reconnaissance le patrimoine matériel et spirituel de son pays d’accueil" (n°2241 du "Catéchisme de l'Eglise catholique").

 

En soutenant qu'il n'est pas chrétien parce qu'il ne rencontre pas assez de chrétiens autour de lui, Michel Onfray blasphème notre Seigneur Jésus-Christ à la manière des cardinaux qui lors de la rencontre de S. François d'Assise et du pape Innocent III au palais de Latran jugeaient la Règle de S. François trop difficile et inapplicable : soutenir que l'observance des conseils évangéliques et le voeu qu'on en fait sont quelque chose de contraire à la raison ou d'impossible, c'est blasphémer ouvertement contre Jésus-Christ, auteur de l'Evangile.

Michel Onfray affirme ensuite que le christianisme a contribué à l'"antisémitisme". Quid de l'antichristianisme juif dans le Talmud dont on entend jamais parler?

 

Il dit qu'"il faut attendre le XXe siècle, après la Shoah, pour que le christianisme officiel dise qu'effectivement les Juifs ne sont pas un peuple maudit et que ce n'est pas le peuple déicide".

 

C'est faux : même si des Pères de l'Eglise ont pu le dire, cela n'a jamais été un enseignement dogmatique de l'Eglise que de dire que les Juifs étaient un "peuple déicide"... En 1566, le Catéchisme du Concile de Trente précise même que les responsables de la mort du Christ sont les pécheurs de toute l'humanité, non les Juifs seuls.

 

« [S]i l'on veut chercher le motif qui porta le Fils de Dieu à subir une si douloureuse Passion, on trouvera que ce furent, outre la faute héréditaire de nos premiers parents, les péchés et les crimes que les hommes ont commis depuis le commencement du monde jusqu'à ce jour, ceux qu'ils commettront encore jusqu'à la consommation des siècles.
 

[…] Les pécheurs eux-mêmes furent les auteurs et comme les instruments de toutes les peines qu'il endura. » (Catéchisme du Concile de Trente, Première partie : Du symbole des Apôtres, Chapitre 5 Du 4e article du symbole Qui a souffert sous Ponce Pilate, a été crucifié, est mort, et a été enseveli, § 3, éditions DMM, Niort 1998, p. 56.)

 

« Nous devons donc regarder comme coupables de cette horrible faute, ceux qui continuent à retomber dans leurs péchés. Puisque ce sont nos crimes qui ont fait subir à Notre-Seigneur Jésus-Christ le supplice de la Croix, à coup sûr, ceux qui se plongent dans les désordres et dans le mal (Hebr., 6, 6.) crucifient de nouveau dans leur cœur, autant qu’il est en eux, le Fils de Dieu par leurs péchés, et Le couvrent de confusion. Et il faut le reconnaître, notre crime à nous dans ce cas est plus grand que celui des Juifs. Car eux, au témoignage de l’Apôtre (Cor., 2, 8.), s’ils avaient connu le Roi de gloire, ils ne L’auraient jamais crucifié. Nous, au contraire, nous faisons profession de Le connaître. Et lorsque nous Le renions par nos actes, nous portons en quelque sorte sur Lui nos mains déicides. » (Catéchisme du concile de Trente, 1re partie, chapitre 5, § 3, ibid., p. 57.)

Saint Pierre, Prince des Apôtres qui lors de son supplice choisit d'être crucifié la tête en bas pour ne pas avoir l'honneur de mourir comme Jésus

Saint Pierre, Prince des Apôtres qui lors de son supplice choisit d'être crucifié la tête en bas pour ne pas avoir l'honneur de mourir comme Jésus

Je crois les témoins qui se font égorger.

Blaise Pascal

Aujourd’hui, tout ce que nous pouvons voir de la Rome antique, ce sont des ruines.

 

Les puissantes légions de César et la splendeur de l’empire romain sont tombées dans l’oubli. Cependant, à quel point se souvient-on de Jésus aujourd’hui ?

 

Les nations ont utilisé ses paroles pour établir les principes de leurs gouvernements. Selon Durant : Le triomphe du Christ a été le début de la démocratie. (Will Durant, The Story of Philosophy, New York: Pocket, 1961, 428.) Son sermon sur la montagne a établi un nouveau point de référence en éthique et en moralité.

Des écoles, des hôpitaux et des œuvres humanitaires ont été fondés en son nom. Plus de 100 grandes universités – y compris Harvard, Yale, Princeton, Dartmouth, Columbia, Oxford, Paris– ont été commencées par ses fidèles.

 

Lire : Les Plantagenêt et l'influence française en Angleterre

 

Le rôle élevé de la femme au sein de la culture occidentale retrace ses sources à Jésus. (Au temps de Jésus, les femmes étaient considérées comme des personnes inférieures et virtuellement inexistantes jusqu’à ce que son enseignement soit suivi.) C'est la modernité qui a fait régressé les droits de la femme (Régine Pernoud). L’esclavage a été aboli en France au VIIe s. sous les Mérovingiens par une femme, Sainte Bathilde, en Grande-Bretagne et en Amérique à cause de l’enseignement de Jésus selon lequel chaque vie humaine possède une valeur intrinsèque.

 

L’historien du monde, H. G. Wells, questionné sur qui avait eu le plus fort impact sur l’histoire, répondit :  Jésus est irrésistiblement le centre de l’histoire. (Quoted in Bernard Ramm, Protestant Christian Evidences (Chicago: Moody Press, 1957), 163.)

 

Si Jésus n’a pas existé, comment un mythe peut-il changer autant l’histoire ?

Enfin, Michel Onfray se dit être un "athée judéo-chrétien". La première contradiction dans les termes est que les judéo-chrétiens croyaient en Dieu. La deuxième est qu'en 1789, un clivage est officiellement né, un clivage métaphysique. La république en France est le fruit de la philosophie individualiste nominaliste apparue dès le Moyen Âge au XIVe siècle et continuée avec l'épicurisme, Hobbes, Rousseau, Kant, Charles Darwin et quelques autres, où l'idée d'un ordre de la nature voulu par un Premier Moteur intelligent et où chaque être a sa finalité propre a disparu (prémisse de l'athéisme). Un monde où la loi civile devient le seul critère de moralité qui ne soit pas subjectif... et qui s'impose à tous (...même si la loi enfreint la morale! ). Un monde où avec l'épicurisme et le darwinisme se développe la croyance dans un monde en "progrès", et où la Démocratie obligatoire et universalisable prend le caractère d'une nouvelle religion. A la place d'une décadence de la civilisation chrétienne, n'y a-t-il pas plutôt une décadence de la "civilisation" moderne ? Comment en tant qu'athée défendre la modernité-nouvelle-religion ? Il s'agit sans doute-là de la raison profonde pour laquelle Onfray se définit comme "athée judéo-chrétien", mais on en revient alors à la première contradiction. L'athéisme d'Onfray est une impasse car tout est religieux, toute politique est métaphysique, même la modernité.

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Publié par Ingomer - dans Religion Histoire
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9 décembre 2016 5 09 /12 /décembre /2016 14:23

Auguste n’a régné que par une pax cruenta, paix dégouttant du sang de ses victimes, et il a fondé une dynastie détestée, qui s’est achevée par le règne bouffon et sanglant de Néron.

Robert Etienne, Le siècle d’Auguste, Armand Collin, Paris 1999, p. 14

Jules César a conquis les Gaules, mais la "pacification" était loin d'être gagnée. Il lui restait à briser les révoltes qui devaient émailler l'histoire des Gaules jusqu'au IIIe siècle.

 

Le bilan des huit années de la Guerre de Jules César en Gaule était lourd. Les chiffres avancés par Plutarque sont terrifiants :  un million de morts, un million de prisonniers réduits en esclavage. Certaines contrées furent ravagées de fond en comble, deux et trois fois, voire quatre fois, comme le pays des Carnutes, la Beauce. Les nombreuses villes prises d'assaut furent mises à sac, pillées, incendiées, la population égorgée ou réduite en esclavage.

Le fidèle de César, Hirtius écrivit à ce sujet : « Désespérant de réduire en son pouvoir cet ennemi (Ambiorix) fugitif et tremblant [sic] César crut devoir à sa dignité [sic] de détruire dans les états d'Ambiorix les hommes, le bétail, les édifices, au point que, en horreur à ceux que le hasard aurait épargnés, Ambiorix ne pût jamais rentrer dans un pays où il aurait attiré tant de désastres. » Une curieuse ressemblance dans la méthode avec celle employée sous la Terreur [Cf. Les déclarations des révolutionnaires, dont celle de Turreau : « Il n'y a plus de Vendée. Elle est morte sous notre sabre libre, avec ses femmes et ses enfants. Je viens de l'enterrer dans les marais et dans les bois de Savenay, suivants les ordres que vous m'avez donnés. J'ai écrasé les enfants sous les pieds des chevaux, massacré des femmes, qui au moins pour celles-là n'enfanteront plus de brigands. Je n'ai pas un prisonnier à me reprocher. J'ai tout exterminé... Les routes sont semées de cadavres. Il y en a tant dans plusieurs endroits qu'ils font pyramides. » (Général François-Joseph Westermann, cité in Jean-François CHIAPPE, La Vendée en Armes 1793, tome 1, Librairie Académique Perrin, Paris 1982, p. 455.)]

 

Voilà la « dignité » romaine. « Tout fut détruit, ajoute Hirtius, par le meurtre, le feu et le vol (rapinis). »

 

Suétone dit que César en Gaule « détruisait plus souvent les villes pour le pillage (ob praedam) qu'en punition de quelque tort. »

 

Le vol dans les temples et dans les demeures privées fut organisé méthodiquement, avec une régularité digne de la grande administration romaine. César bourrait les temples romains d'ex-voto volés dans les sanctuaires gaulois.

 

Le proconsul des Gaules était certes un guerroyeur de génie,

 

Paul Déroulède par Le Petit Journal, en 1895. Mais les voleurs n'ont pas de place au Panthéon...

 

Ce vers est de Paul Déroulède. Il ne peut être question d'y laisser Jules César ! [1]

 

Pendant des siècles l'historiographie a décrit l'influence civilisatrice de Rome qui aurait soumis "les Barbares", mais rien n'est plus éloigné de la vérité.

 

La vision simpliste d'une Rome civilisatrice apportant la culture aux Barbares s'est effondrée à la suite des travaux de Camille Jullian, historien, auteur d'une monumentale Histoire de la Gaule écrite fin XIXe, début XXe s., qui a été à la civilisation gauloise et à l'historiographie sur la Gaule ce que Régine Pernoud fut au Moyen Âge. Il a mis fin au cliché répandu par l'école de la IIIe république sur les Gaulois barbares incultes, civilisés par les Romains, qui n'avaient aucune «unité», dont le sol «mal cultivé», avec un territoire où l'on «voyait presque point de routes et pas de villes»,«le contraire des  Romains» (Cf. Le Petit Lavisse d'Ernest Lavisse, dit l'«Instituteur national», dont les «manuels Lavisse» de la IIIe république, constamment réédités jusqu'en 1950..., ont déformé de multiples générations de professeurs, instituteurs et élèves en leur inculquant des contre-vérités historiques, aujourd'hui révolues.

 

Quelles étaient les motivations de César ?

 

« Le projet de César semble avant tout relever du désir de s'illustrer face à ses concurrents, notamment Pompée, rêvant comme lui d'égaler Alexandre le Grand, en cherchant à l'Ouest un empire semblable à celui qu'il avait construit à l'est.

 

D'autres motivations, révélées par les correspondances, montrent à la fois le désir de s'enrichir sur le dos des territoires conquis, et une certaine curiosité pour les régions mystérieuses du Danube et de l'Océan. Les mouvements quasi permanents des Barbares, le souvenir de la menace des Cimbres et des Teutons, les rumeurs concernant les ambitions de Burebitsa au nord-est et d'Arioviste au nord-ouest servent de prétexte pour engager une action contre ce dernier, et contre les Helvètes dont il écrit de façon minutieuse le projet de migration. César présente un récit où il justifie son intervention contre une menace, alors qu'il attaque des populations qui ont déjà des liens étroits avec Rome, mais ne servent pas son parti politique... (Bituriges, Eduens, Séquanes] » (L'Europe celtique à l'Âge du fer (VIIIe-Ier siècles), sous la direction de Olivier BUCHSENSCHUTZ, Nouvelle Clio, PUF, Mayenne 2015, p. 365.)

 

La défaite de Vercingétorix à Alésia (septembre 52 av. J.-C.) ne marque pas la fin de la résistance de Nos ancêtres les Gaulois. De nombreuses tribus refusèrent leur soumission et maintinrent allumés les feux de la "liberté gauloise". César demeura à Bibracte durant l'hiver 52-51 et y consacra cette année à de dures campagnes.

La résistance de Drappès et Luctérios

 

Si les Carnutes et les Bituriges furent assez vite soumis (février 51), il fallut encore cinq mois pour venir à bout des Gaulois Belges Bellovaques (l’un des peuples les plus importants numériquement, ils étaient les premiers des Belgae) des Eburons et des Trévires.

Nos ancêtres les Gaulois - La Gaule après Jules César - Les Origines de la France

Un parti d'irréductibles mené par le sénon Drappès et le cadurque Luctérios, ainsi que le chef des Andes Dumnacos, réunirent leurs forces avec l'intention de libérer la Provincia (Gaule narbonnaise). Ils se réfugièrent dans l'oppidum d'Uxellodunum (Puy d'Issolud, dans le Lot). Les recherches archéologiques ont confirmé que ce site correspondait au théâtre de la dernière grande bataille de la guerre des Gaules. Deux mois d'un siège sévère furent nécessaires à César pour réduite ce dernier bastion.

 

César, fidèle à son habitude, fit trancher la main droite de tous ceux qui parmi les assiégés avaient combattu (BG, VIII, 44).

 

La résistance de Marseille (49 av. J.-C.)

 

En 49 av. J.-C., César fit assiéger Marseille qui s'était révoltée et rangée du côté de Pompée. Il n'en vint à bout qu'après un long siège de plusieurs mois. César, quitta ensuite la Gaule en 49 av. J.-C pour n'y plus revenir qu'en passant. Ses nouveaux ennemis se trouvaient désormais en Orient, en Afrique, et à Rome où débutait la guerre civile.

 

En juin 46, après la mort du sénateur stoïcien Caton (qui en 59 av. J.-C. avait voté contre la mesure qui donnait à César le commandement des Gaules pour cinq ans, disant aux sénateurs qu'ils se décrétaient un tyran pour l'avenir) et de son concurrent Pompée, César put enfin célébrer à Rome son triomphe sur la Gaule, autour du char du triomphateur. Des écriteaux résumaient les actions de César en Gaule : 300 tribus soumises, 800 villes prises, 30 batailles gagnées, 3 millions d'ennemis combattus, 1 million d'esclaves, 1 million de cadavres. La figure de Marseille domptée rappelait aux Romains qu'ils avaient réussi à écarter les Grecs de l'Occident pour se le réserver. Vercingétorix fut ramené dans la prison pour y être exécuté de la main du bourreau: son crime avait été de vouloir, contre Rome, la liberté de la Gaule.

 

Traditions, souvenirs, coutumes, importait peu à César. Briseur de nations et d'hommes, il distribua la civitas romana (la citoyenneté romaine) à tous ceux qui la voulaient. Des Gaulois l'a reçurent. Des milliers de soldats de la Narbonnaise l'obtinrent d'un coup, au moment où il forma la Légion des Alouettes, parfois aussi connue comme Legio Gallica (58/57 av. J.-C.) Il l'accorda même aux officiers celtes qui le suivaient, et moins de dix ans après la fin de l'indépendance de leur nation, les rois et fils de rois de la Gaule s'apprêtaient, comme membres du peuple souverain à exploiter le monde à leur tour... Le conscrit gaulois qui était incorporé dans une légion était fait citoyen romain avant d'y entrer (car il ne pouvait y avoir que des "citoyens" dans une légion...); le conscrit qui servait dans les autres corps de troupes, dits "auxiliaires", recevait le droit de cité en sortant du service.

 

Quelques uns de ces nouveaux citoyens arrivèrent d'emblée à la dignité de sénateurs, et ils furent invités à entrer dans cet étrange sénat créé par César, ramassis d'hommes accourus de tous les points de la terre. On se moquait d'eux à Rome, quand ils demandaient le chemin de la Curie. Sur le passage de César, pendant son triomphe, les soldats chantaient en ricanant : "Il mène les Gaulois derrière son char, mais c'est pour les conduire au Sénat." L'assimilation, c'était rompre du même coup les peuples gaulois (diviser pour régner) mais rompre aussi la patrie romaine, et "remplacer, une cité maîtresse et des nations sujettes en un peuple nouveau embrassant le genre humain" [2], selon la formule de Camille Jullian.

 

Il faudra trois siècles seulement, pour voir le "peuple nouveau" ruiné et dissous avec l'édit de Caracalla de 212 ap. J.-C. ("Constitution Antonine"), qui accordait la citoyenneté romaine à tous les hommes libres de l'empire sans distinction d’origine. La terre entière achevaient de se confondre dans l’égalité des droit. A ce syncrétisme politique se superposait un syncrétisme religieux avec le développement du culte de la divinité unique... Mais naturellement, il ne faut pas voir dans cette mesure un quelconque souci humanitaire du cruel empereur : l'édit de Caracalla visait avant tout à généraliser la perception des lourds impôts dus par les citoyens romains.

Statère d'or à l'astre, cheval à droite frappé par les Bellovaques (80-50 av. J.-C.)

Statère d'or à l'astre, cheval à droite frappé par les Bellovaques (80-50 av. J.-C.)

La révolte des Bellovaques (46 av. J.-C.)

 

En 46 av. J.-C., les Bellovaques (peuple gaulois de la Gaule Belgique) prirent donc les armes. Mais la révolte fut étouffée par Decimus Brutus, qui était alors en Gaule.

 

Peu abordées sous leurs aspects politiques et culturels, voici quelques unes des résistances et des révoltes gauloises celtes après la conquête de Jules César. Cette histoire peu vulgarisée montre pourtant que le souvenir de l'indépendance nationale n'avait pas complètement disparu des pensées de nos ancêtres les Gaulois.

 

En 39 av. J.-C., le successeur de César, Octave, lors d'un déplacement en Gaule échappe de peu à un complot gaulois lors du franchissement des Alpes. Le général Agrippa est chargé de réprimer la révolte de l'Aquitaine et de la Gaule Belgique (39 - 37 av. J.-C.) Dix ans plus tard, Octave doit réprimer une autre révolte en 29 av. J.-C.

 

En 27, lorsque Auguste ordonne le recensement de toutes les Gaules, il vient dans le pays, et s'installe à Narbonne pendant l'opération. Personne ne bouge. Quinze ans plus tard, en 12 av. J.-C., il a à refaire ou à compléter le recensement. Il confie le recensement à son beau-fils, Drusus. Les choses se passent moins bien. Il y a chez les Gaulois des colères et des grondements, mais nul ne se risque dans un acte de rébellion.

 

La révolte de Sacrovir et Florus (21 ap. J.-C.)

 

Peu après la tentative ratée de conquête de la Germanie, la Gaule connait une révolte conduite par deux aristocrates, l’éduen Julius Sacrovir et prince de la tribu des Trévires, Julius Florus.

 

Tacite explique qu'il faut trouver la "raison" de cette première grande révolte gauloise dans les "lourdes taxes que les Gaulois sont obligés de payer aux gouverneurs romain..." (Annales, III, 40.)

 

La monarchie romaine est une monarchie administrative. En Occident, l'autonomie des villes est battue en brèche par les gouverneurs. Les impôts levés sur les provinciaux (capitation, impôt foncier sur les propriétaires de terres) relèvent de gouverneurs assistés de leurs procurateurs a rationibus sous Claude (41-54). Le cadastre général de l'Empire commencé sous Agrippa, et comportant des renseignements sur la valeur des terres et la nature des cultures pratiquées, est terminé sous Trajan (98-117). Au milieu du IIe s. ap. J.-C., le nombre des procurateurs sera fortement accru: il passera de 62 à 109 entre 96 et 161.

 

Dans ce contexte de forte centralisation romaine, les assemblées provinciales se réunissent pour une seule session annuelle dans la capitale de la province. L'Assemblée, en Gaule, est créée par Auguste en 12 av. J.-C., autour de l'autel des Trois-Gaules. Vespasien (70-79) osera en créer dans les provinces sénatoriales (Narbonnaise). Ces assemblées sont les héritières des koina de l'époque hellénistique en Asie, en Lycie [3], mais aussi de cette institution récemment confirmée par l'archéologie, l'Assemblée annuelle de toutes les tribus gauloises :

 

« Chaque année, en effet, écrit Jean-Louis Brunaux, un "Conseil de toute la Gaule" (Concilium totius Galliae) se réunissait et les élus de chacun des peuples y accordaient le principat (le leadership) à un peuple-patron. Cette assemblée, dont les pouvoirs paraissent avoir été limités, avait l'avantage de matérialiser un espace dont la nature était avant tout politique. 

 

Très tôt - au moins dès le IIIe siècle avant J.-C. -, les peuples prirent l'habitude de réunir leurs chefs et des délégués des différentes assemblées dans le "Conseil de toute la Gaule"... qui avait pour mission d'accorder à l'un d'entre eux ce que César nomme un "principat".

 

En 52 avant J.-C., c'est lui (César) qui décida la création d'une gigantesque armée confédérale. Mais le contrôle des accords, le respect des prérogatives de chaque population, l'arbitrage des conflits étaient délégués à une autre assemblée annuelle, celle des druides. » [4]

 

Cette Assemblée des Gaules jouera un rôle important dans l'"Assemblée de Reims" en 70 ap. J.-C. lorsqu'il s'agira de choisir entre l'indépendance ou la paix et rester ou non loyal à Rome durant la révolte de Sabinus (Voir plus bas). L'Assemblée des Gaules se réunira jusqu'au Ve siècle (Voir plus bas.)

 

Sacrovir et Florus tentent donc de soulever plusieurs peuples des Gaules, en commençant par le Centre-Ouest, avec les Andécaves et les Turons.

 

Les deux armées s'affrontent dans une première bataille vers la silva Arduenna, et Florus est vaincu. Il se donne la mort afin de ne pas être fait prisonnier.  Ainsi finit la révolte des Trévires. (Tacite, Annales, III, 42.)

 

La révolte des Éduens devait être "plus difficile à réprimer, parce que cette nation était plus puissante", et les forces romaines "plus éloignées" (Tacite, Annales, III, 43.)

"Sacrovir lui-même, entouré des principaux chefs, parcourait les rangs sur un cheval superbe" (Tacite, Annales, III, 45.) Combat de Romains et de Gaulois - Penture de Charles-Évariste-Vital Luminais (19e s.)

"Sacrovir lui-même, entouré des principaux chefs, parcourait les rangs sur un cheval superbe" (Tacite, Annales, III, 45.) Combat de Romains et de Gaulois - Penture de Charles-Évariste-Vital Luminais (19e s.)

"À douze milles d’Augustodunum (Autun), [l'ancienne Bibracte renommée "ville d'Auguste"], on découvrit dans une plaine les troupes de Sacrovir. Il avait mis en première ligne ses hommes bardés de fer, ses cohortes sur les flancs, et par derrière des bandes à moitié armées. Lui-même, entouré des principaux chefs, parcourait les rangs sur un cheval superbe, rappelant les anciennes gloires des Gaulois, les coups terribles qu’ils avaient portés aux Romains, combien la liberté serait belle après la victoire, mais combien, deux fois subjugués, leur servitude serait plus accablante." (Tacite, Annales, III, 45).

 

Sacrovir, vaincu, "se retira d’abord à Augustodunum ; ensuite, craignant d’être livré, il se rendit, avec les plus fidèles de ses amis, à une maison de campagne voisine. Là il se tua de sa propre main." (Tacite, Annales, III, 46.)

 

Bien des usages gaulois disparurent d'eux-mêmes ou du fait des lois. Par exemple, passé le règne de l'empereur Claude (41-54), il n'y a plus trace des anciens titres nationaux qu'avaient conservés jusque-là quelques chefs de cités : au lieu de vergobrets, ils ne s'appelleront plus que préteurs ou duumvirs.

 

"Le droit de cité ne cessa d'être largement octroyé aux Gaulois sous les premiers empereurs, surtout César, Caligula et Claude." [5]

 

Après les règnes d'Auguste (-44 / + 14) et de Tibère (14-37), plus avares du titre de citoyen romain, les portes de la Cité se rouvrirent brusquement à tous les peuples.

 

Claude fit un discours qui nous a été conservé. Long, diffus et incohérent, ce discours d'homme politique n'abandonne pas le projet universaliste de César. Il montre que la loi divine de Rome, depuis son origine, est de faire de tous les peuples une seule patrie... L'aristocratie romaine se plaignit vivement de cette extension.

 

L'empereur Néron (64-68) ignorera la Gaule. Mais il vit néanmoins une révolte celtique en Bretagne insulaire, que nous pouvons aborder ici, bien qu'elle ne concerne pas strictement la "Gaule" dans ses limites géographiques définies par César. Néron vit aussi à la fin de son règne une révolte gauloise menée par Vindex, gouverneur de la Lyonnaise, qui provoquera son renversement.

La révolte de Boudicca en Bretagne (60-63)

 

"Les Celtes ne sont qu'une partie (un tiers) des Gaulois." [6]

 

Et les Gaulois ne résident pas que dans la zone géographique délimitée par César.

Source image : http://www.la-croix.com/Sciences-et-ethique/Sciences/La-carte-de-l-installation-des-Celtes-2016-08-07-1200780564

Source image : http://www.la-croix.com/Sciences-et-ethique/Sciences/La-carte-de-l-installation-des-Celtes-2016-08-07-1200780564

Dans la carte ci-dessus, on voit en rouge la "présence celtique dès le IIIe millénaire avant J.-C. en "Bretagne" (nom antique de l'actuelle Grande-Bretagne).

 

Si après la bataille d'Alésia (52 av. J.-C.), toute la Gaule (en France) fut occupée par les Romains, des tribus celtiques peuplant l'autre rive de la Manche demeuraient libres de vivre selon leurs coutumes. Ils étaient connus sous le nom de Britanni (Bretons ou Brittons).

 

A la période de la Tène (450 av. J.-C. - 25 av. J.-C.) des Gaulois continentaux ont peuplé la Bretagne insulaire, l’Irlande, alors composée d'autres peuples indigènes (dont les Pictes, Calédoniens, Maètes, Attacottes).

 

Au Ier siècle av. J.-C., arrivèrent les Gaulois Belges : Cantii (Durovernum/Canterbury), Regni ou Regnenses (Novomiagus/Chichester), Atrébates (Calleva/Silchester), Belgae (Venta/Winchester), Trinovantes (Camulodunum), Catuvellauni (Verulamium) et les Donubi.

 

Dans le Pays de Galles arrivèrent les Silures (Venta Silurum/Caervent) dont sera issu le roi Arthur au Ve. s. qui vaincra les Saxons.

 

Le centre fut peuplé par les Coritani (Ratae/leicester) et les Cornovii (Virconium/Wroxeter). [7]

Répartition des tribus celtiques en Bretagne insulaire au Ier siècle av. J.C.

Répartition des tribus celtiques en Bretagne insulaire au Ier siècle av. J.C.

La population peut avoir atteint un million d'habitants, dont la moitié vivant dans les cités et les villae rurales du Bassin de Londres.

 

Localisation géographique du mur d'Hadrien dans le nord de l'Angleterre et du mur d'Antonin en Écosse. Les Romains partirent à la conquête des Îles Britanniques, sous l'empereur Claude, en 43 ap. J.-C. La résistance britannique était dirigée par Togodumnos et Caratacos, les fils du roi Cunobelinos des Catuvellauni.

 

Et 17 ans plus tard nous est connue ce qui est restée dans l'histoire comme la révolte celtique de la reine Boudicca.

 

La conquête de l'île ne s'arrêtera qu'en 83 apr. J.-C (Tacite, De vita et moribus Iulii Agricolae 13.) L'empereur Antonin fit construire une muraille, le Mur Antonin, vers 140, qui "doublait" au Nord la fortification du mur d'Hadrien déjà édifiée. Il fut submergé par les invasions "Barbares" pictes (territoire de l'Écosse actuelle) à la fin du IIe siècle.

Carte de la Celtique. Source (image) : Patrice BRUN, Princes et Princesses de la Celtique, Le premier Âge du fer en Europe, 850 – 450 av. J.-C., Collection des Hespérides, Editions Errance, Paris 1987, p. 26

Carte de la Celtique. Source (image) : Patrice BRUN, Princes et Princesses de la Celtique, Le premier Âge du fer en Europe, 850 – 450 av. J.-C., Collection des Hespérides, Editions Errance, Paris 1987, p. 26

Vers 60 ap. J.-C., il y eut en Bretagne une révolte des Icènes de la reine Boudicca : le roi des Icènes, Prasutagus, est mort en laissant comme co-héritier l'empereur romain Néron, et ses propres filles ; le procurateur traita la province comme territoire romain, pillant, évinçant les indigènes, les traitant comme des esclaves, fit fouetter publiquement la reine Boudicca et violer ses filles.

 

La révolte démarra avec les Icènes puis les Trinovantes qui avaient perdu leurs terres au profit des colons de Colchester.

 

Les rebelles détruisirent Camulodunum (Colchester), Verulanium (St Albans) et Londinium (Londres).

Boadicée haranguant les Bretons de John Opie

Boadicée haranguant les Bretons de John Opie

« Grande, terrible à voir et dotée d'une voix puissante. Des cheveux roux flamboyants lui tombaient jusqu'aux genoux, et elle portait un torque d'or décoré, une tunique multicolore et un épais manteau retenu par une broche. Elle était armée d'une longue lance et inspirait la terreur à ceux qui l'apercevaient. » (Dion Cassius, Histoire romaine, 62, 2.)

 

Suetonius Paullinus regroupa ses 10.000 hommes dans les Midlands et livra bataille aux rebelles supérieurs en nombre de Boudicca qui fut battue.

 

La répression romaine fut sans pitié. Suetonius Paullinus extermina les tribus rebelles. La présence d'un Concilium provincial prévu par Claude à Camulodunum (temple de Rome et de l'empereur) n'est plus attestée après la révolte de Boudicca.

 

La fin de la reine  Boudicca varie selon les sources : elle se suicida par empoisonnement, ou elle mourut des suites de ses blessures. Encore aujourd'hui, la révolte de Boudicca est un symbole de courage et de résistance des populations bretonnes contre l'envahisseur romain.

La Bretagne ne fut jamais profondément romanisée: sa conquête avait été trop tardive, inachevée et sa position trop excentrique.

 

La prestigieuse revue Nature nous a réservé une surprise de taille en publiant le 18 mars 2015 une étude sur les origines génétiques de la population britannique, intitulée "The fine-scale genetic structure of the British population". Il s'agit d'une oeuvre d’une solide équipe de chercheurs de l’Université d'Oxford, de l’Université du College London et du Murdoch Childrens Research Institute (Australie) emmenée par le statisticien Stephen Leslie. L'étude repose sur une analyse détaillée de l’ADN de 2 039 britanniques "de souche".

 

Des comparaisons avec des prélèvements provenant de 6 209 personnes de dix pays voisins ont permis de mettre en évidence leurs liens avec d’autres populations européennes. L’étude a montré une relative homogénéité de la population du sud et du centre de l’Angleterre. Cependant, les Saxons représentent moins de la moitié de l’ascendance de cette population – plus probablement entre 10 et 40 %, soit moins qu’on ne le pensait jusque-là compte tenu des bouleversement apportés dans la langue, les noms de lieux et l’agriculture par les invasions saxonnes. Malgré leur longue présence attestée, les Vikings auraient laissé très peu de traces génétiques, sauf dans les Orcades, qui ont fait partie de la Norvège de 875 à 1472 ; et même là, leur place dans le "profil ancestral" des habitants actuels ne dépasse pas 25 %. En revanche, trois groupes de populations européennes ont apporté une contribution spécialement importante au peuplement actuel ; ils se situent en Allemagne de l’ouest, en Flandres et dans le nord-ouest de la France. Ce dernier groupe est spécialement apparenté aux populations du Pays de Galles, d’Irlande du Nord et d’Écosse de l’ouest. Faut-il y voir la trace d’un unique peuplement celtique des deux côtés de la Manche ? Sur ce point, les auteurs de l’étude sont clairs : « nous n’avons constaté aucune évidence d’une population ‘celtique’ générale dans les parties non saxonnes du Royaume-Uni ». De nombreux groupes génétiques distincts voisinent en Irlande du Nord, en Écosse et au Pays de Galles. Les populations galloises apparaissent comme les plus proches des premiers occupants de la Grande-Bretagne installés au Royaume-Uni après la dernière ère glaciaire. Le profil ancestral de la Cornouaille est très différent de ceux du Pays de Galles mais proche de celui du Devon. (Source : L’ADN des Britanniques est moins saxon, moins viking et moins celte qu’on ne croit, Breiz Info)

 

Cette information récente doit être rapportée à ce qu'écrivait Frantz FUNCK-BRENTANO, le disciple de Camille JULLIAN, en 1925 au sujet de la répartition ethnique de la "nation française" :

 

"On dit souvent que la nation française s'est formée d'un alliage de peuples différents où l'élément prépondéral aurait été constitué par les Celtes. Après avoir envahi la Gaule , ces derniers s'y trouvèrent au contraire, en très petite minorité, comparativement aux peuples indigènes; comme les germains qui leur succéderont quelques siècles plus tard (les Francs. Ndlr.)

 

Que s'il fallait, parmi les races diverses dont s'est formée la nation française, chercher un type prédominant, c'est sans aucun doute chez les Ligures qu'il se trouverait et chez les autochtones, en admettant que les Ligures aient été eux-mêmes des immigrants. Pour parler généralement, et d'une manière d'ailleurs trop absolue, il ne faut pas dire que nous sommes des celtes, nous sommes des Ligures.

 

Dans la formation de la nation française seraient entrés 50% d'autochtones, Ligures et Ibères, 20% de Celtes, 5% de Latins, 16% de Germains, en y comprenant l'élément gothique, 4% de Normands et 5% d'éléments divers : Grecs, Basques, Sémites, Syriens, Africains...

 

... La langue des Celtes, pareille au Ligure, avait des rapports étroits avec l'ombro-latin.

 

Des dialectes néo-celtiques se parlent de nos jours encore en notre Bretagne bretonnante, en Irlande, en Pays de Galles, en Haute-Ecosse et dans l'Île de Man, mais ces idiomes n'ont plus que des rapports éloignés avec ce que l'épigraphie a conservé du celte primitif.

 

La nation celtique ne pénétra d'ailleurs pas tout entière en Gaule; une partie en demeura sur la rive droite du Rhin qui se trouva ainsi celtique sur ses deux rives, de même que les deux versants des Alpe étaient ligures, et ibériques les deux versants des Pyrénées."

 

(Frantz FUNCK-BENTANO, Les Origines, Librairie Hachette, 1925, p. 31, 32, 33.) En l'état de nos connaissances, il semble aujourd'hui que les Ligures soient une sous-branche ethnique italo-celtique, un peuple de type protohistorique d'Europe ou Proto-Celtes. Ce qui donnerait une répartition de 70% de Celtes (Ligures et Celtes à proprement dit) pour 16% de Germains (Francs et Goths).

 

Boadicée a inspiré différents artistes. Henry Purcell (1659-1695) lui a dédié une de ses œuvres en 1695, Bonduca, or the British Heroine (Z. 574). En 1782, William Cowper lui consacra un des poèmes les plus populaires, Boadicea, an Ode.

Enya :

La Statue de Boadicée, ou Boudicca, héroïne de la patrie britannique, érigée à Londres, œuvre de Thomas Thornycroft (1815–1885) :

Nos ancêtres les Gaulois - La Gaule après Jules César - Les Origines de la France

Un péplum britannique "Centurion" sorti en 2010 fut réalisé par Neil Marshall sur le thème de l'héroïne celte et une libre inspiration de la disparition de la neuvième légion romaine en 117 ap. J.-C. au nord de la Bretagne.

La Bande-annonce :

La révolte de Julius Vindex de 68

 

Gaius Julius Vindex est un noble gaulois originaire d'une puissante famille d'Aquitaine et sénateur romain. Il est sans doute légat (gouverneur) de la province de Gaule lyonnaise. Il mène en Gaule une fronde contre Néron en 68 ap. J.-C., qui allait être à l'origine de sa chute, puis de la crise politique qui secouera l'Empire en 69, et qui fut dénommée l'"année des quatre empereurs" (Néron, Galba, Vitellius, Othon).

 

En mars 68 ap. J.-C., Caius Julius Vindex, réclame un empire libéral et le droit de la province à participer à l'élection de l'empereur. Il dénonce les turpitudes de Néron qu'il veut remplacer par Galba, alors gouverneur de la Tarragonaise (province romaine d'Espagne), un personnage connu en Gaule et estimé : il avait été gouverneur de l'Aquitaine et de la Germanie Supérieure.

 

Les Gaulois répondirent à l'appel de Vindex qui réussit à lever une milice de 100.000 hommes (dont 20.000 en armes) et offrit la direction du mouvement à Galba par l’envoi d’émissaires à Carthagène. L’armée du Rhin de Verginius Rufus, légat de Germanie Supérieure, resta cependant fidèle à Néron. À la nouvelle Révolte de Vindex en Gaule, Néron, alors à Naples, resta d'abord sans réaction. En avril, Galba fut déclaré ennemi public par le Sénat, ses biens confisqués et sa tête mise à prix. Son agent à Rome, Icelus fut arrêté. L. Verginius arriva en hâte du Rhin avec ses légionnaires. Vindex, vaincu aux environs de Vesontio (Besançon), se tua (fin mai 68).

 

Cette révolte n'en a pas moins une importance : les Gaulois ont montré le pouvoir des provinces à élire un empereur non julio-claudien..., une idée alors saugrenue.

 

Au reste, malgré la victoire des légions rhénanes devant Besançon, la cause de Galba l'emporta : l'armée d'Espagne le proclama "Auguste". Néron se tua et Galba traversa la Narbonnaise pour venir à Rome revêtir la pourpre. Durant son règne très court (puisqu'il fut massacré par les prétoriens dès le 28 janvier 69), il avait pu témoigner de sa gratitude à la Gaule celtique, en diminuant le tribut qu'elle payait à l'Empire et en y multipliant le droit de cité... [8]

 

La révolte de Civilis "pour la liberté des Gaulois et des Germains". Sabinus et le premier "empire gaulois" (69-70)

Tacite parle des "prophètes" gaulois, qui en l'an 69 prédisaient la fin de l'empire romain et la domination de Rome par les races transalpines. [9]

 

"Ca et là, quelques druides prédisaient la chute de Rome; mais c'était une prophétesse germaine, Velléda, qui inspirait les chefs." [10]

Velléda. Sculpture d’Hippolyte Maindron au jardin du Luxembourg de Paris

Velléda. Sculpture d’Hippolyte Maindron au jardin du Luxembourg de Paris

Fin décembre 69, la révolte du batave Civilis et du mouvement national gaulois est donc appuyé par les druides de Gaule, les Trévires (peuple celte du groupe belge), et les Lingons (un des plus anciens peuples gaulois). Civilis veut fonder un Empire des Gaules (Imperium Galliarum).

 

Les Bataves étaient un peuple germanique détaché des Chattes, proches des Gaulois Belges. Julius Civilis et son frère Paulus avait combattu dans l'armée romaine et reçu la citoyenneté avant d'être accusés, à tort, de trahison sous Néron. Paulus avait été exécuté tandis que son frère Julius était délivré par Galba, pour être mis en cause de nouveau sous Vitellius. Aussi Julius Civilis décida-t-il cette fois de se révolter réellement. 

 

Civilis commença par feindre d'accepter les propositions des vespasianistes (partisan de Vespasien). Il gagna l'appui des Germains de la rive droite (les Bructères). La guerre se déroula avec en arrière-plan la guerre en Italie où Primus Antonius affrontait Vitellius pour le compte de Vespasien.

 

Maricc, le "libérateur des Gaulois". La révolte de Maricus et des Boïens contre l'empereur Vitellius (69)

 

Sous Vitellius (en 69), Maricc, ou Mariccus, un boïen (habitant du pagus des Boïens sur le territoire des Eduens) est issu de la plèbe. Il tente de lever les Boïens et les Éduens pour l'indépendance de la Gaule. Il parcourt la Gaule, se prétendant être "le champion des Gaules", un prophète envoyé des dieux et le "libérateur des Gaulois". Les Boïens est l'un des plus anciens peuples gaulois qui avaient participé à la prise de Rome en 390 av. J.-C.

« Le jour espéré et prévu par les amis de Vindex et par le prophète Maricc était enfin arrivé. Les prêtres et les devins des campagnes, derniers héritiers de l'Eglise druidique, prédirent aussitôt la chute de Rome et la ruine de l'Empire : le feu du temple romain était, chantaient-ils, le flambeau allumé par les dieux pour servir de présage à la gloire d'un empire nouveau, celui des Gaules. » (Camille Jullian, La Gaule dans l'Empire romain, Editions du Trident, Paris 2013, p. 36)

 

Il y avait 120 ans, depuis Vercingétorix, que ce mot d'"empire gaulois" n'avait plus été prononcé. Mais ni le temps de ce long siècle ni les ouvrages des empereurs n'avaient suffi pour l'effacer de la mémoire. Le groupement de chefs autour de Vindex, Galba et Othon, leurs mystérieux serments en face de Vitellius, prouvaient que les cités celtiques n'avaient renoncé à aucun de leurs rêves d'entente et de liberté.

 

Le complot s'ébaucha partout pendant que les armées du Rhin et du Danube se disputaient l'Italie et Rome. Des résolutions furent discutées à Cologne et arrêtées par les chefs gaulois qui commandaient des troupes auxiliaires. Julius Classicus et Julius Tutor chez les Trévires, Julius Sabinus chez les Lingons, rejoignirent Civilis avec les corps placés sous leurs ordres et d'autres qu'ils entraînèrent.

 

Civilis s'empara de Vetera, les Gaulois prirent Cologne et Mayence. Le titre de citoyens romains qu'ils portaient tous, n'étaient pour eux qu'une apparence.

 

Sabinus portant le manteau de pourpre d'un imperator romain, entra dans le camp des légions, monta sur l'estrade du légat, et, lut la formule du serment que tous devaient prêter à l'"Empire des Gaules" et s’autoproclama "César" de l'Imperium Galliarum. (Tacite, Histoires, IV, 67)

 

La rébellion s'étendit sur une grande partie de la Belgique et de la Germanie romaine. Elle reçut le renfort de Germains transrhénans (Usipètes, Mattiaques et Chattes).

 

Cependant, Civilis n'avait pas prêté serment à l'Empire des Gaules et prétendait lui imposer son autorité en s'appuyant sur les tribus germaniques. Le mouvement ne tarda pas à s'essouffler, alors qu'arrivait la préparation par Vespasien d'une grande expédition placée sous les ordres de Petillus Cerialis pour réprimer la révolte.

 

L'Assemblée des Gaules à Reims (janvier 70 ap. J.-C.)

 

Les cités répondirent à l'appel des Rèmes qui proposèrent de réunir à Reims une Assemblée des Gaules pour choisir entre l'indépendance ou la paix. Les délégués, examinant la situation, pesèrent toutes les conséquence d'une sécession qui loin de déboucher sur une possible indépendance, se traduirait par une domination germanique, dont la perspective rendait préférable la tutelle romaine. Finalement, la plupart des cités résolurent de rester fidèles à Rome (Tacite, Histoires, IV, 68-69.) 

 

Le général romain Cerialis tint alors aux Trévires et aux Lingons (Tacite, Histoires, IV, 73-74) un véritable discours politique moderne que ne répudierait nos actuels républicains. Ce discours empruntait à la tactique de Jules César en Gaule du diviser pour régner, ainsi qu'au lexique du chantage à la "paix" ou à la "guerre universelle". Il rappela la menace que les les tribus germaniques avait fait pesée sur les Gaulois, avant d'exploiter habilement nos divisions ancestrales.

 

La campagne du romain Cérialis écrasa Civilis à l’embouchure du Rhin à Trèves. Civilis finit par traiter avec les Romains et devint leur allié à la fin de 70... Cependant, tandis que Cerialis soumettait les Trévires, le général romain Appius Annius Gallus fit face aux Lingons toujours insurgés et conduits par Julius Sabinus († 78 apr. J.-C.)

 

Sabinus fut finalement défait par les légions assistées des Séquanes (peuple gaulois de l'est de la Gaule, versant ouest du jura). La cité de Trèves fut réduite au rang de ville tributaire, mais la répression fut relativement modérée.

Sabinus, simulant un suicide et brûlant sa maison, prit la fuite. Il passa neuf ans en clandestinité se cachant dans une grotte que la tradition situe aux sources de la Marne, avant d'être trahi et découvert. Il fut mis à mort malgré les supplications d'Éponine, sa femme devenue chrétienne avec qui il avait eu deux enfants. L'histoire d'Éponine est émouvante et montre la fidélité de la gauloise à son mari. Elle fit semblant de porter le deuil le jour, mais rejoignait Sabinus la nuit.

 

Eponine et Sabinus devant Vespasien, peinture par Alexandre Menjaud (1802 Paris, Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts) Sabinus finit par être découvert et conduit devant Vespasien. Éponine plaida pour obtenir la grâce de son mari ; elle finit par demander à mourir avec lui (Plutarque). Elle  fut exécutée après son mari, en 79. Elle fut béatifiée sous le nom de Sainte-Eponine. Elle est fêtée le 1er novembre. De leurs deux enfants, l’un fut tué en Égypte ; le second, portant le même cognomen que son père, serait passé par Delphes.

 

Sabinus faisait partie des personnages les plus importants de Gaule de cette époque, aussi bien par sa réputation que par sa fortune, comme les autres commanditaires de l’insurrection. Tout comme eux, il était également citoyen romain : comme son gentilice l’indique, il fait partie de la gens Julia ; un de ses ancêtres avait dû obtenir la citoyenneté de Caius Julius César ou de son fils adoptif Auguste.

 

Depuis la "Renaissance", l’histoire d’Éponine et Sabinus a connu un grand succès en tant que sujet pour de nombreuses œuvres d’arts : poèmes, nouvelles, romans, pièces, peintures, sculptures ou gravures (Jacques-Remi Dahan, Éponine & Sabinus, Dominique Guéniot, 2011). Une vingtaine de pièces de théâtre ont été consacrées à Sabinus et à sa femme, ainsi qu'une trentaine de tableaux, et environ huit opéras. Mais à partir du XIXe siècle, on ne trouve presque plus de représentations de cette histoire, les artistes leur préférant au couple les figures d’autres gaulois : Brennus, Ambiorix, Camulogène et surtout Vercingétorix. Sabinus s’effaça ainsi peu à peu de notre mémoire populaire : c’est la figure du chef arverne qui le remplaça dans Le Tour de la France par deux enfants de G. Bruno, alors que Sabinus apparaissait encore en 1876 dans l’Histoire de France de Guizot.

Eponine - par Nicolas André Monsiaux (19e s.)

Eponine - par Nicolas André Monsiaux (19e s.)

Vespasien (69-79) restaure l'autorité impériale que ses fils Titus (79-81) et Domitien (81-96) mèneront à bien. Trajan (98-117) combattra Daces et Parthes; il ne séjournera pas en Gaule, non plus qu'Hadrien (138-161). Sous Marc-Aurèle (161-180), la frontière du Danube sera en danger : la Gaule en subit le contrecoup sur le Rhin, qu'il faut défendre (166), cependant que de graves désordres éclatent chez les Séquanes. C'est l'époque où les cultes orientaux s'installent livrement dans les Gaules. C'est aussi le moment où le christianisme pénétra dans les Gaules. (Cf. S. Pothin et Ste Blandine martyrs en 177)

 

Irénée avait été envoyé en Gaule vers 157 par son maître Saint Polycarpe, disciple de saint Jean l'Evangéliste. Il fut le défenseur de la foi contre la gnose. À l’époque de l’empereur Commode, entre 185 et 188 ap. J.-C., le brigandage sévit en Gaule sous la conduite du déserteur Maternus qui sème le trouble en Occident. Mais apparaît alors pour la première fois un prêtre catholique qui soit vraiment conducteur d'hommes et chef d'église : S. Irénée de Lyon. Tout en s'opposant encore à l'empire, le Christianisme s'apprêtait à continuer son oeuvre, à propager, comme lui, la culture gréco-latine, et à en prendre la succession (Cf. S. Léon Ier Pape, héraut de la Romanitas † 461)

 

En 197, on vit arriver les premiers prétendant au trône d'origine non-romaine. Deux prétendants africains s'opposaient : Septime Sévère, de Tripolitaine (premier empereur romain d'origine africaine, qui règne de 193 à 211) et Clodius Albinus, d'Hadrumète en Bizacène (Afrique proconsulaire, actuelle Tunisie).

 

D'origine punique et à l'accent carthaginois, Sévère voulait retirer à l'oligarchie sénatoriale romaine ce qui lui restait d'autorité..., achever l'assimilation de toutes les provinces de l'Empire à l'Italie, en enlevant à Rome et au Sénat des Romains leur suprématie. C'était la destruction de l'ancienne conception augustéenne, romano-centrée. Celle-ci trouva un défenseur en la personne de Clodius Albinus, alors chef des légions de Grande-Bretagne. Albinus vint s'installer à Lyon. Sévère accourut avec ses troupes campées dans la région du Danube. La Gaule fut le théâtre de cette étrange lutte où deux non-romains prétendaient au trône d'un empire "romain". Une bataille furieuse, où 150.000 hommes furent engagés aux portes de Lyon : cognant, se culbutant, les combattants entrèrent pêle-mêle dans la ville qui fut incendiée. Sévère remporta la victoire. Albinus se tua. Aurelius Antonicus, dit Caracalla, le fils et successeur de Sévère (211-217), admirateur d'Alexandre le Grand, accentuera la politique de son père, par l'édit qui étendait à tous les sujets nés libres de l'immense empire, le titre et les droits de citoyens romains.

 

La carrière militaire dans les auxilia et les légions, tremplin vers l'acquisition de la citoyenneté en perdait son principal avantage. Les empereurs du IVe siècle tenteront d'y remédier en rendant le métier militaire héréditaire et d'une hérédité que l'on ne pouvait récuser : Valentinien (365) décidera que les fils de soldats seront soldats; mais la contrainte donna les résultats faciles à prévoir : les réfractaires recoururent à tous les moyens pour échapper au service. Ils désertèrent. Poursuivis, traqués dans leurs repaires, on les rechercha et on condamna ceux qui leur avaient donné asile. Des jeunes gens se coupèrent le pouce de la main droite pour se mettre dans l'incapacité de tenir une épée. La pénurie de soldats devint si grande que l'Empire en vint à interdire aux centurions de donner des congés à leurs hommes...

Nos ancêtres les Gaulois - La Gaule après Jules César - Les Origines de la France

Le IIIe siècle sera le siècle de l'Anarchie militaire (235-284), une période où l'Empire romain subit sa première grande crise politique de son histoire avec 43 empereurs en cinquante ans, et plusieurs usurpateurs, dont la plupart ne dépassèrent pas un an de "règne". Tous les empereurs, ainsi que les usurpateurs moururent de mort violente, tués au combat, assassinés ou contraints au suicide. Un seul mourut naturellement, de la peste.

 

Les empereurs du IIIe siècle, aux prises avec de graves difficultés extérieures redoutèrent la rupture de l'unité morale, condition de la survie de l'Empire.

 

Cette rupture de l'unité morale était en fait virtuellement inscrite dans la politique de Jules César, donnant la citoyenneté romaine aux Gaulois de Cisalpine (49 av. J.-C.). La surenchère dans l'universalité (hormis sous un Octave Auguste ou un Tibère) ne s'arrêta plus.

 

Rappelons qu'au Ier siècle, dans un discours qui nous a été conservé, l'empereur historien Claude (41-54), davantage soucieux de l'intérêt de l'humanité tout entière, montra que la loi divine de Rome, depuis son origine, était de faire de tous les peuples une seule patrie...[11]

 

Claude accorda à son tour le droit de cité à des peuples alpins, les Anaunes (Anauni) et leurs voisins de la région de Trente, qui à vrai dire, croyaient l'avoir de bonne foi et servaient même dans les cohortes prétoriennes. Lors de sa censure en 47-48, il demanda au Sénat d'admettre en son sein les notables de la Gaule chevelue (les Trois-Gaules) par un discours que nous a restitué la Table claudienne de Lyon, corroborant le résumé mieux composé de Tacite (Annales, XI ,23-25), et qui souleva des oppositions. [12]

 

Les portes de la patrie s'ouvrirent brusquement... jusqu'à ce qu'un roi franc (Clovis), cinq siècles plus tard vienne rétablir l'unité et l'indépendance de la Gaule, à son profit.

En 260, la Gaule fait sécession sous la conduite de Postumus.

 

En Orient, Palmyre (Syrie) fait de même avec Odénat, l'époux de la reine Zénobie qui parvint à réunir sous son autorité les provinces de Syrie, Arabie, Egypte et commença la conquête des provinces d'Asie mineure.

 

Ce IIIe siècle est celui d'une pression fiscale ressentie plus lourdement que l'inflation, d'une crise démographique (dépopulation : de 70 millions d'habitants au Ier siècle, la population tombe à 50 millions dans la seconde moitié du IIIe siècle), et d'une crise urbaine (ruralisation).

La révolte de Posthumus (260), le "libérateur de la Gaule". Le second "Empire gaulois (260-274)", l'Empire romain disloqué

 

En 253, les deux co-empereurs Valérien et son fils Gallien combattent les Perses de Sapor qui ont rompu la trêve et annexé l'Arménie jusque-là protectorat romain).

 

Gallien est envoyé sur les bords du Rhin pour faire face à l'invasion germanique. C'est la première division historique de l'Empire entre deux princes, un régnant en Orient (Valérien), l'autre en Occident (Gallien). Les deux sont engagés dans des guerres très éloignées. Les Francs participent entre 253 et 256 à un premier raid qui les conduit jusqu'en Espagne et en Afrique. L'empire est disloqué.

 

Les deux Augustes luttèrent contre les Goths qui déferlaient également sur les régions côtières d’Asie Mineure, dans les Balkans, en Dacie, en Mésie, en Thrace, en Macédoine même; contre Germains et Saxons qui menaçaient le littoral de la mer du Nord et de la Manche; contre les Berbères qui se soulevaient en Numidie et Maurétanie (Afrique) et contre les Perses en Arménie, en Mésopotamie, mais encore en Syrie où ils s’étaient carrément installés à Antioche avec la ferme intention de s'approprier définitivement tout l'Orient romain...

Empire romain jusqu'en 260 - Invasions germaniques au IIIe siècle

Empire romain jusqu'en 260 - Invasions germaniques au IIIe siècle

Après avoir été refoulés et cantonnés dans un territoire par Aurélien (270-275), Francs et Alamans franchissent une seconde fois, massivement, le Rhin, pillent et ravagent la Gaule de fond en comble (275-280).

 

C'est dans ce contexte désastreux qu'entre 260 et 274 se réalise la sécession de l’"Empire gaulois".

 

Des deux grandes vagues d'invasion au III et Ve s.,  celle des années 270, a probablement été, comme le soulignait Camille Jullian (Histoire de la Gaule, Paris, Hachette, 1908-1926, 8 vol.) - ce que semblent confirmer les travaux récents -, la plus terrible et la plus meurtrière: les premiers barbares et les empereurs, notamment Aurélien, qui disposent de troupes aguerries, sont encore capables de se défendre et de rejeter les envahisseurs au-delà des frontières. Mais les combats sont très violents et les ravages souvent effroyables (Pierre Chaunu, Éric Mension-Rigau, Baptême de Clovis, baptême de la France, De la religion d'État à la laïcité d'État, Éditions Balland, Paris 1996, p. 64).

 

En 256, l'empereur Gallien fit une campagne sur le Rhin à la suite de laquelle il s'attribua le titre de "restaurateur des Gaules" : il est bien probable qu'il dut ce titre aux victoires de ses lieutenants en Gaule, Aurélien et Postume.

 

Gibbon précise que tandis que que Gallien) et Salonin, son fils, encore enfant, "déployaient dans le cour de trèves toute la majesté du trône, les armées se signalèrent sous le commandement de Posthume. Quoique cet habile général trahît par la suite la famille de Valérien (co-empereur), il fut toujours fidèle à la cause importante de la monarchie. Le langage perfide des panégyriques et des médailles parle obscurément d'une longue suite de victoires; des titres, des trophées attestent, si l'on peut ajouter foi à un pareil témoignage, la réputation de Posthume, qui est souvent appelé le vainqueur des germains et le libérateur de la Gaule." [13]

 

Gallien partit pour le Danube, laissant dans le pays son fils aîné, le jeune César Valérien. Celui-ci n'était qu'un adolescent et l'autorité réelle sur ses soldats et les provinces de Gaule resta confiée à l'excellent officier, Postume, "duc de la frontière du Rhin" (257).

Ces mots de Gaule et d'Empire, cet accord entre les armées et les cités de l'Occident celtique, l'unité morale et politique de cette grande contrée rappelaient les temps d'avant César, ceux de Bituit, de Celtill et de Vercingétorix. Pour la première fois depuis les rois arvernes, le pays était maître de ses destinées.

 

En 258, Postume et le prince se brouillèrent. Des légions refusèrent d'obéir au jeune Valérien, rompirent la foi due à Gallien, et acclamèrent leur général comme "Auguste" des Gaules, des Bretagnes, des Germanies et de Rhétie (260).

 

Une inscription de l'été 260, découverte à Augsbourg, a montré que l'usurpation de Postume fut liée à la capture de Valérien à Edesse et mis à mort par les Perses (260). [14]

 

Jusque-là rien que de très banal : c'est une armée d'Occident qui donne la pourpre à son chef, et Postume ne fait d'abord que ressembler à Clodius Albinus (193-197) ou à Vitellius (69).

 

Mais par la suite les choses changèrent. Reconnu par l'Occident, Postume, appelé en Gaule le "vainqueur des Germains" et le "libérateur de la Gaule", se contente d'y régner. Et ceux qui lui succéderont, jusqu'au dernier, se refuseront également à toute ambition universelle, comme si la proclamation de 258 avait avait eu pour objet de fonder un Empire romain des Gaules. Ces "empereurs" des Gaules restaient dans l'obédience romaine, sans pouvoir aller s'imposer à Rome. Il s'agissait surtout d'une prise en main des provinces gauloises. [15] Le titre de "restaurateur des Gaules" reparut comme épithète des empereurs. [16]

 

Posthume résidait près de la frontière à Mayence, Cologne ou Trèves. Trèves surtout devenait une vraie capitale des Gaules. Aussi Postume fut-il fort populaire dans les pays qu'il gouverna. Il commandait la plus grande force militaire du monde. L'empire des Gaules s'agrandissait en "Empire d'Occident".

 

« Le monde lui-même profita tout entier à cette création d'un empire gaulois. Un historien officiel de la fin du IIIe siècle a caractérisé en ces termes l'oeuvre des cinq empereurs gaulois : "Ils ont été de vrais défenseurs du nom romain. ... Sans eux, les Germains franchissaient le Rhin et foulaient le sol romain. Or, en ces temps-là, Perses et Goths étaient répandus dans l'empire: que serait-il arrivé si tous ces barbares s'étaient rejoints. Certes, c'en était fait du nom de l'empire romain." » [17]

 

Les vertus sévères de Posthume furent la cause de sa perte : après la chute d'un compétiteur qui avait pris la pourpre à Mayence, il refusa d'abandonner à ses troupes le pillage de la ville rebelle. Leur avarice trompée par son compétiteur Lélien (ou Lollien) les rendit furieuses; elles massacrèrent Posthume dans la septième année de son règne (269).

 

Les empereurs des Gaules, au nombre de 7, sont connus par les monnaies qu'ils émirent. La chronologie proposée en 1964 par Jean Lafaurie (La chronologie des empereurs gaulois, Revue numismatique, 6e série, vol. 6,‎ 1964) à partir de ses analyses numismatiques est la suivante :

 

Postumus été 260 – 269

Lélien juin/juillet 268

Marius 269

Victorinus 269 - 271

Domitianus 271

Tetricus Ier 271 - printemps 274

Tetricus II 271 - 273

Empire des Gaules à son apogée sous Tétricus en 271 apr. J.-C, Empire romain et Empire de Palmyre

Empire des Gaules à son apogée sous Tétricus en 271 apr. J.-C, Empire romain et Empire de Palmyre

Maître de la Gaule, de l'Espagne et de la Bretagne, "à la différence de ses prédécesseurs, Tetricus n'était pas un général de l'armée du Rhin; c'était un aristocrate gallo-romain, pacifique, dépourvu d'ambition.

 

On ne sait pas grand-chose de son avènement, ni de son règne : est-ce sous Victorinus (269) ou sous Tetricus en 271-272 que fut saccagée Autun par des soldats furieux de la fidélité persistante de la ville à l'empereur de Rome ?

 

Dès son retour d'Orient, Aurélien marcha contre lui. Courant 273, alors qu'Aurélien se trouvait déjà Châlons-sur-Marne, Tetricus qui disposait pourtant des légions de Germanie et de Bretagne, ne fit rien pour s'opposer à li. Mieux, il écrivit pour lui demander de le délivrer de son fardeau.

 

Des soldats l'obligèrent à combattre, il passa dans le camp romain. Exhibé dans le cortège triomphal d'Aurélien, il retrouva son siège au sénat et reçut un poste officiel en Italie du Sud, comme corrector de Lucanie. Ainsi prit fin l'Empire gaulois. Fruit d'un mouvement plus provincialiste que séparatiste, il n'en avait pas moins montré pendant près de quinze ans la fragilité maintenant évidente de l'Empire." [18]

 

"Les soldats rebelles, quoiqu'en désordre et consternés de la désertion inattendue de leur chef, se défendirent longtemps avec le courage du désespoir. Ils furent enfin taillés en pièces, presque jusqu'au dernier, dans cette bataille sanglante et mémorable qui se donna près de Châlons en Champagne. Un nombreux corps d'auxiliaires, composé de Francs et de Bataves, repassa la Rhin à la persuasion du vainqueur, ou forcé par la terreur de ses armes. Leur retraite rétablit la puissance d'Aurélien, depuis le mur d'Antonin jusqu'aux colonnes d'hercule. ... Lyon avait résisté avec la plus grande opiniâtreté aux armes d'Aurélien." (Gibbon, Histoire du Déclin et de la Chute de l'Empire romain, Rome de 96 à 582, Robert Laffont, Malesherbes 1984, p. 224.)

L'Anarchie militaire du IIIe siècle et les "grandes invasions" de 275-280

En 276, le nouvel empereur, d'origine illyrienne, M. Aurelius Probus, accourut d'Orient où il avait été proclamé par les légions. Il s'efforça de réoccuper le secteur du Rhin. Son biographe de l'Histoire Auguste parle de 400.000 Barbares tués tant sur le Rhin qu'à l'intérieur des Gaules. ... A la mort de Probus en 282, les Gaules sont ruinées. Son successeur, M. Aurelius Carus, proclamé par les soldats, confia les provinces gauloises à son fils aîné, Carinus, avec le titre de César. A la mort de Carus, Dioclétien fut nommé Auguste par ses troupes (284). (Marcel Le Glay, Rome, tome II. Grandeur et chute de l'Empire, ibid., p. 408.)

Les coups d'Etat du IVe siècle

 

Au IVe siècle encore, de toutes les contrées de l'Empire, c'est la Gaule qui connaît le plus de coups d'Etat et qui produit le plus de prétendants : Magnence (350-353), Sylvain (355), Julien (357-363), Maxime (383-388), Eugène (392-394), Marcus (407), Gratien (407), Constantin III (407-411), Jovin (411-413), Sebastianus (412-413), Avitus, noble arverne devenu empereur romain (455-456). Chaque génération de Gaulois a son jour de révolte et sa crise politique.

 

Survivance du parler celtique au IVe siècle

 

Il ne faudrait pas croire à une romanisation profonde du pays. La grande masse de la nation parlera encore le celte quand se formeront les premiers royaumes germains. A Bordeaux par exemple, où la culture des lettres latines brille alors du plus vif éclat, la famille d'Ausone, le plus grand poète en langue latine de l'époque, se sert familièrement de la langue celtique (IVe s.)

 

Les Trévires, descendants des révoltés de l'an 69 qui avaient proclamé le premier "empire gaulois", passaient pour l'une des peuplades les plus romanisées. Pourtant, leur cité, Trèves, était devenue une manière de seconde capitale latine où les Trévirois parlent encore le celte à la fin du IVe siècle, au témoignage de S. Jérôme, et les Arvernes le parleront encore au Ve siècle, sous les Wisigoths.

L'usurpation en Gaule de Constantin III (407-411)

 

En 406, arrivant de l'extrémité septentrionale de la Germanie, le goth païen Radagaise, à la tête d'une armée de 150.000 hommes composée de Goths, de Vandales, d'Alamans et d'Alains, et de Burgondes, franchit le Danube puis était entré en Italie par les Alpes.

 

Balayant les défenses frontalières, Radagaise pilla et ravagea la plaine du Pô. Un grand nombre de villes de l'Italie furent détruites. Se dirigeant vers le sud, il fut arrêté près de Florence par le général romain Stilicon commandant une armée romaine de 30 ou 40.000 hommes, considérablement renforcée de contingents barbares, et est sévèrement battu près de Fiesole. Le courage des citoyens de Florence fut soutenu par l'autorité de S. Ambroise  († 397) qui était apparu en songe pour leur annoncer une prompte délivrance (Paulin, in Vitâ Ambrosii, c. 50.) Peu de jours après, ils aperçurent du haut de leurs murs, les étendards de Stilichon, qui avançait, à la tête de toutes ses forces réunies, au secours de cette ville fidèle, et qui fit bientôt de ses environs le tombeau de l'armée barbare.. Orose et S. Augustin attribuent cette victoire miraculeuse à une protection du ciel, plutôt qu'à la valeur des hommes. Stilicon informa l'empereur Honorius (395-423), fils de Théodose, et mérita le titre de "libérateur de l'Italie".

 

Cependant, Stilicon sauva l'Italie en sacrifiant la Gaule. Orose et S. Jérôme l'accusent d'avoir suscité l'invasion de la Gaule qui fut exécutée par les restes de l'armée de Radagaise. Les Francs (alliés de Rome) firent briller leur valeur et leur zèle pour la défense de l'empire. Ils attaquèrent avec impétuosité les Vandales, qui, oubliant les leçons de l'adversité, s'étaient encore séparés de leurs alliés. Ils payèrent cher leur imprudence ; Godigisclus (Godégisel), leur roi, et vingt mille guerriers furent tués sur le champ de bataille. Toute leur nation aurait probablement été détruite par les Francs qui défendirent seuls la Gaule, si les escadrons des Alains, accourant à leurs secours, n'eussent passé sur le corps de l'infanterie des Francs. Ceux-ci après une honorable résistance furent contraints d'abandonner un combat inégal. Les envahisseurs continuèrent leur route ; et le dernier jour de l'année (31 décembre 406), ils entrèrent sans opposition dans les provinces désarmées de la Gaule.

 

"Ce passage mémorable des Suèves, des Vandales, des Alains et des Burgondes, qui ne se retirèrent plus, peut être considéré comme la chute de l'Empire romain dans les pays-audelà des Alpes ; et, dès ce moment, les barrières qui avaient séparé si longtemps les peuples sauvages des nations civilisées furent anéanties pour toujours." (Gibbon, Histoire du Déclin et de la Chute de l'Empire romain, Rome de 96 à 582, Robert Laffont, Malesherbes 1984, p. 888-889.)

 

En 407, d'autres Barbares venus de Germanie détruisirent la Gaule. Sur les bords du Rhin, Mayence fut surprise et détruite. "Des milliers de chrétiens furent inhumainement égorgés dans l'église", écrit Gibbon. "Worms succomba après un siège long et opiniâtre; Strasbourg, Spire, Reims, Tournai, Arras, Amiens subirent, en gémissant, le joug des cruels Germains; et le feu dévorant de la guerre s'étendit dans la plus grande partie des 17 provinces de la Gaule. Les Barbares se répandirent dans cette vaste et opulente contrée jusqu'à l'Océan, aux Alpes et aux Pyrénées, chassant devant eux la multitude confuse des évêques, des sénateurs, des femmes, des filles, tous chargés des dépouilles de leurs maisons et de leurs autels. ... En moins de deux ans, les bandes séparées des sauvages de la mer Baltique, pénétrèrent sans combattre jusqu'au pied des Pyrénées." (Gibbon, Histoire du Déclin et de la Chute de l'Empire romain, ibidi., p. 889)

 

Révolte de l'armée bretonne: Marcus "empereur de la Bretagne et de l'Occident" (407-411)

 

Lorsque quelque légionnaire breton obtenait la liberté de revenir de l'expédition d'Italie, ce qu'il racontait de la cour et du caractère d'Honorius devait naturellement affaiblir le sentiment du respect et de la soumission, et enflammer le caractère séditieux de l'armée bretonne.

 

Devant le déferlement des Barbares, comme dans une sorte de résurrection du second empire gaulois de Postume, Marcus fut le premier que l'armée de Bretagne plaça sur le trône comme légitime "empereur de la Bretagne et de l'Occident" (407). Celui-ci ne régna que quelques jours. Les soldats violèrent bientôt le serment de fidélité qu'ils avaient prononcé, en lui donnant la mort. Gratien fut le second qu'ils décorèrent de la pourpre et du diadème; quatre mois après, celui-ci éprouva le même sort que son prédécesseur.

 

C'est dans ce conteste d'invasions germaniques, que l'armée de Bretagne éleva ensuite leur troisième empereur, Constantin III qui régna un peu plus longtemps (407-411).

 

Revêtu de la pourpre par les légions bretonnes, Constantin III quitta la Bretagne avec toutes ses troupes, laissant celle-ci sans défense, pour aller défendre la Gaule envahie par les Barbares. Fin 409, il ne put arrêter l’invasion des Vandales, des Alains et des Suèves, qui s’installèrent en Espagne. En 410, il se rendit en Italie pour secourir Rome des invasions barbares ou pour y asseoir son autorité, accompagné de son fils Constant, qu’il fit César dès 408. Sa puissance était reconnue depuis le mur d'Antonin aux colonnes d'Hercule.

 

En 411, il fut capturé par l’armée d'Honorius, dirigée par le général Constance (futur Constance III). Livré à Honorius, celui-ci le fait exécuter en novembre 411. Pour marquer les esprits, l'empereur d'Orient Théodose II (408-450) ordonna un châtiment cruel pour le sort de Constantin III : il fut trainé par un char dans les rues d'Arles. Crucifié pendant 15 jours à l'entrée de la ville, son son corps fut ensuite jeté dans le Rhône. Le message était terrible, il dissuadera l'émergence d'autres usurpateurs bretons.

 

Révolte de la Bretagne et de l'Armorique (409)

 

Tandis que les Goths ravageaient l'Italie et que de faibles usurpateurs bretons défendaient la Gaule, l'ïle de la Bretagne abandonnée sans défense aux pirates Saxons, la Bretagne cessa de compter sur les secours inexistants d'une monarchie expirante. La Bretagne secoua le joug du gouverneur romain. 349 ans après la révolte de Boudicca, les Bretons prirent les armes une nouvelle fois... Et ils repoussèrent les Barbares. C'est Zozime (Ve siècle), historien païen grec qui raconte, en peu de mots, la révolte de la Bretagne et de l'Armorique. Le même courage anima l'Armorique (provinces maritimes de la Gaule entre la Seine et la Loire). Les habitants chassèrent eux-mêmes les magistrats romains qui commandaient sous l'autorité de l'usurpateur Constantin III et établirent un gouvernement libre "chez un peuple qui obéissait depuis si longtemps au despotisme d'un maître" (Gibbon, Histoire du Déclin et de la Chute de l'Empire romain, ibid., p. 949.)

 

L'empereur d'Occident Honorius (395-423) confirmera bientôt l'indépendance de la Bretagne et de l'Armorique. Les lettres que le fils de Théodose écrivit à ses nouveaux états, et dans lesquelles il les abandonnait à leur propre défense, peuvent être considérées comme une renonciation formelle aux droits et à l'exercice de la souveraineté." (Gibbon, Histoire du Déclin et de la Chute de l'Empire romain, ibid., p. 949.)

 

Ainsi se vérifie ce qu'a pu écrire Frantz Funck-Brentano :

 

"On répète que Rome a sauvé la Gaule des invasions germaniques, écrit Camille Jullian. Ce n'est point vrai. Tant que les proconsuls du Sénat ne se sont point présentés au delà des Alpes pour affaiblir et diviser les peuples, la Gaule d'Ambigat et de Bituit n'eut rien à craindre des Barbares d'Outre-Rhin. C'est Rome, à la fin, qui nous a livrés à eux, par la sottise criminelle de ses discordes, par la puérilité de ses rêves pacifiques, l'impéritie de son service aux frontières..." ( Frantz FUNCK-BENTANO, Les Origines, Librairie Hachette, 1925, p. 119.)

 

Le moine lettré anglo-saxon Bède le Vénérable a lui-même convenu (Hist. gent. anglic., I, 12) que les Romains abandonnèrent tout à fait la Bretagne sous le règne d'Honorius. (Gibbon, Histoire du Déclin et de la Chute de l'Empire romain, ibid., p. 949, note 6.)

 

Pendant 40 ans, la Bretagne se gouverna, jusqu'à la Descente des Saxons (449), sous l'autorité du clergé, des nobles et des villes municipales. (Gibbon, Histoire du Déclin et de la Chute de l'Empire romain, ibid., p. 950.)

 

"Environ quarante ans après la dissolution du gouvernement romain, Vortigern (en gallois moderne Gwrtheyrn) roi légendaire de la matière de Bretagne (on le retrouve associé à la légende arthurienne), paraît avoir obtenu le commandement suprême, mais précaire, des princes et des villes de la Bretagne. (Gibbon, Histoire du Déclin et de la Chute de l'Empire romain, ibid., p. 1142.) 

 

Selon les sources, Vortigern est souverain de toute l’île, vers 425, roi des Brittons-romains du Kent (le Cantium antique), vers 450. Le nom Vortigern est indiscutablement brittonique : composé de Uor-, gwr-, grand, superieur et tigern, traduit prince, son nom signifie donc "Grand Souverain".

 

Hengist, originaire du Jutland (Danemark) put espérer d'achever la conquête de la Bretagne, mais durant un règne de 35 ans, tout le succès de ses entreprises se borna à la possession du royaume de Kent, et la nombreuse colonie qu'il avait placée dans le nord fut exterminée par la valeur des Bretons.

 

Vortigern s'était laissé convaincre par le rusé Barbare Hengist qu'il lui serait avantageux d'établir une colonie d'alliés fidèles dans le voisinage des Pictes. Cette alliance avec des envahisseurs germaniques lui conféra une réputation de traître dans le monde celtique. Les Bretons regrettèrent des récompenses dont la libéralité n'avait pu satisfaire l'avarice de ces orgueilleux mercenaires.

 

Vortigern aurait été destitué par son peuple au profit de son fils Vortimer (en gallois Gwerthefyr), et se serait réfugié au Pays de Galles, où, selon la légende, il aurait rencontré Merlin l'Enchanteur. Il aurait ensuite assassiné son fils afin de récupérer le trône.

 

"Les colonies, qui, dans l'espace d'un siècle, sortirent successivement de l'embouchure de l'Elbe, du Weser et du Rhin, pour s'établir dans la Bretagne, étaient principalement composées des trois plus vaillantes tribus de Germanie.

Les Jutes, qui suivaient particulièrement le drapeau d'Hengist, s'attribuèrent l'honneur d'avoir conduit leurs compatriotes à la gloire de Kent, le premier royaume indépendant.

Les Saxons primitifs eurent toute la gloire de l'entreprise; et l'on donna aux lois et au langage des conquérants le nom du peuple qui produisit au bout de quatre siècles les premiers souverains de la Bretagne méridionale.

Les Angles, eurent l'honneur de donner leur nom au pays dont ils occupaient la plus vaste partie.

L'Europe centrale au Ve siècle. Les Saxons sont localisés sur les deux zones ocre jaune : au Nord de l'Allemagne et sud de l'Angleterre.

L'Europe centrale au Ve siècle. Les Saxons sont localisés sur les deux zones ocre jaune : au Nord de l'Allemagne et sud de l'Angleterre.

... La Bretagne, seule et sans recours, soutint longtemps avec vigueur une guerre dans laquelle il fallut à la fin céder. Les villes avaient été fortifiées avec intelligence et se défendirent avec résolution. Et les défaites des Saxons se trouvent attestées d'une manière peu douteuse par le silence prudent de leurs annalistes." (Gibbon, Histoire du Déclin et de la Chute de l'Empire romain, ibid., p. 1145.)

 

La tombe de Vortimer, fils de Vortigern, fut élevée sur les bords de la mer comme une borne formidable aux Saxons, qu'il avait vaincu trois fois dans les plaines de Kent. Mais l'illustre Arthur, prince des Silures, au sud de la province de Galles, et roi élu par la nation, efface les noms les plus célèbres de la Bretagne. Au rapport des écrivains les plus modérés, celui-ci vainquit les Angles du nord et les Saxons de l'Occident, dans douze batailles successives. Durant l'espace de 500 ans, la tradition de ses exploits fut transmise d'âge en âge et grossièrement embellie par les fictions obscures des bardes du pays de Galles et de l'Armorique. Au reste, l'orgueil et la curiosité des conquérants normands leur firent examiner l'ancienne histoire de la Bretagne. Ils adoptèrent avidement le conte d'Arthur, et prodiguèrent des louanges au mérite d'un prince qui avait triomphé des Saxons, leurs ennemis communs.

 

Un savant et ingénieux antiquaire prétend que les chefs des tribus bretonnes continuèrent toujours de régner, quoique avec un pouvoir subordonné, depuis le règne de Claude jusqu'à celui d'Honorius. (Cf. Histoire de Manchester, par Whitaker, vol. 1, p. 247-257.)

 

 

L'Assemblée des Gaules au Ve siècle

 

Ces assemblées ont duré jusque dans les derniers temps de l'empire, et il ne semble pas que leur autorité ait diminué. Au milieu du IVe siècle, elles cessèrent d'être des corps religieux; mais elles subsistèrent comme conseils politiques.

 

La révolte de la Bretagne et de l'Armorique en 409 a eu une conséquence en Gaule avec la convocation annuelle par l'empereur Honorius (395-423) d'une "Assemblée des sept provinces de la Gaule" (418).

 

En pleine invasion, Honorius réunissait à Arles les représentants de toutes les villes du Midi et donnait à cette réunion les plus grands pouvoirs. (Camille JULLIAN, Gallia, Tableau sommaire de la Gaule sous la domination romaine, ibid., p. 69.)

 

Cette assemblée, réunie à Arles, durant 28 jours, depuis le 15 août jusqu'au 13 septembre, était composée du préfet du prétoire des Gaules, de sept gouverneurs de provinces, un consulaire et six présidents, des magistrats et peut-être des évêques d'environ soixante villes, et d'un nombre suffisant, mais indéterminé, des plus considérables et des plus opulents propriétaires des terres, qu'on pouvait regarder comme les représentants de leur nation. Ils étaient autorisés à interpréter et communiquer les lois du souverain, à exposer les griefs et les demandes de leurs constituants, à modérer ou à répartir également les impôts, et à délibérer sur tous les sujets d'intérêt local ou national qui pouvaient tendre à maintenir la paix et la prospérité des sept provinces.

 

L'empereur Honorius s'étonna de la répugnance avec laquelle les provinces acceptaient un privilège qu'elles auraient dû solliciter; il fut obligé d'imposer une amende de trois et même cinq livres pesant d'or aux représentants qui s'absenteraient de l'Assemblée, et il paraît qu'il regardèrent ce présent imaginaire d'une constitution libre, comme la dernière et la plus cruelle insulte de leurs oppresseurs !" (Gibbon, Histoire du Déclin et de la Chute de l'Empire romain, ibid., p. 951-952.)

 

Au milieu du Ve siècle, ces assemblées en arrivèrent à jouer un rôle dans la politique générale: c'est un Conseil de notables gaulois qui en 455 donna la pourpre à l'empereur Avitus, un noble arverne qui sera empereur d'Occident en 455-456.

La Francia dans la "Table de Peutinger", oeuvre médiévale du XIIIe siècle, copie d'une ancienne carte romaine, faisant partie du patrimoine mondial de l'UNESCO, où figurent les routes et les villes principales de l'Empire romain. L'original est actuellement conservé à la Bibliothèque nationale autrichienne à Vienne. Source image: Christian GOUDINEAU, Par Toutatis ! Que reste-t-il de la Gaule, L'Avenir du Passé, Seuil, Lonrai 2002, p. 60-61.

La Francia dans la "Table de Peutinger", oeuvre médiévale du XIIIe siècle, copie d'une ancienne carte romaine, faisant partie du patrimoine mondial de l'UNESCO, où figurent les routes et les villes principales de l'Empire romain. L'original est actuellement conservé à la Bibliothèque nationale autrichienne à Vienne. Source image: Christian GOUDINEAU, Par Toutatis ! Que reste-t-il de la Gaule, L'Avenir du Passé, Seuil, Lonrai 2002, p. 60-61.

Les Francs en Gaule sous les rois mérovingiens (420-451)

 

Vers 450, la monarchie franque était encore renfermée dans les environs du Bas-Rhin. On élevait les princes sur un bouclier, symbole du commandement militaire.

 

Nos ancêtres les Gaulois - La Gaule, les origines de la France

 

Leurs longs cheveux étaient la marque de leur naissance et de leur dignité royale.

 

Ces belliqueux Barbares apprenaient dès l'enfance à courir, à sauter, à nager, à lancer avec une justesse surprenante le javelot ou la hâche d'armes.

 

Mérovée, fils de Clodion fut reçu par Valentinien III (425-455) comme son allié et le fils adoptif du patrice Aetius.

Sainte Geneviève sauve Lutèce (Paris) et repousse les Huns

 

Geneviève est la fille d'un officier franc, Severus, converti au christianisme nicéen (catholicisme), qui a servi dans l'armée romaine en Gaule et d'une gauloise, Gerontia, fille de Gerontius, maître de cavalerie et ami personnel de Constantin III, qui tentait de préserver une partie de la Gaule de l'installation des Germains. Ils possédaient des terres cultivables du côté de Melun et de Meaux où poussait le blé.

En 451, une grande peur s'empara de Lutèce (Parisà la nouvelle de l'arrivée imminente des Huns, menés par Attila, dont l'armée est grossie des Gépides, menés par Ardaric, des Ostrogoths de Valamer, des Rugues, des Skires, des Hérules, des Quades (Souabes), des Thuringiens, de dissidents burgondes, et de Francs ripuaires. Geneviève qui siège au conseil de Lutèce, apprend l'annonce du conflit imminent avec les Huns. Ces Barbares passent pour être sans foi ni loi à côté desquels les Wisigoths et les Vandales paraissent de paisibles concitoyens. L'armée d'Attila a pénétré en Moravie et en Bohême, puis en Hess, dans le Würtemberg, en remontant le Danube. Elle fonce vers le Rhin, le franchit à Mayence, après avoir bousculé les contingents gallo-romains et francs fédérés. Elle passe par Trèves et s'empare de Metz le samedi saint 7 avril 451, puis parvient à Tongres sur la Meuse, et se répand jusqu'à Tournai sur l'Escaut, dans le but d'aider un des fils de Clodion, roi des Francs ripuaires, à s'établir à nouveau au nord de la Gaule. Attila descend les rives de l'Aisne et passe non loin de Soissons, à une centaine de kilomètres de Lutèce.

Les personnes âgées, celles qui ont dépassé la cinquantaine et ont vu déferler en 406 la grande invasion gothique, puis ont assisté aux massacres perpétrés par les Barbares sur les populations désarmées de la rive gauche de la Seine, rendent pour ainsi dire des oracles affolant la population. Comme toujours au temps des grandes peurs, des femmes vaticinent et prédisent des périodes de sang et de mort. Les pratiques superstitieuses ressurgissent. On en voit plus d'un se livrer à des actes de dévotion envers les anciens dieux de la Gaule, comme Teutatès, Esus ou Epona.

Les bruits les plus fous, les descriptions les plus affreuses au sujet des Huns se nourrissent de témoignages vrais ou imaginaires.

Le Conseil municipal se réunit pour débattre de l'évacuation de la ville. Geneviève s'y oppose. Des gens insultent la jeune femme.Elle ne parvient pas à se faire entendre:

 

"Ayez confiance, priez et Dieu vous écoutera"

 

Mais on ne l'écoute pas. Les prêtres eux-mêmes se détournent d'elle et commencent à entasser les trésors de l'église S. Etienne sur des barques que les nautes ont amarrées au port et où magistrats, marchands, artisans, commerçants commencent à s'installer avec leurs biens. Les hommes pressent leurs épouses et leurs enfants de partir avec eux. Sur des chariots sont amassés des meubles, de l'argent, des vivres, des troupeaux, des animaux domestiques. Tout le monde veut s'échapper de Lutèce, fuir par le fleuve, par les routes et les sentiers. On part, on quitte Lutèce, on abandonne les toits. Geneviève court alors d'un endroit à un autre de l'Île, et même traverse à plusieurs reprises le pont pour tenter d'arrêter le flot des exilés. Elle ose sur le port s'adresser aux hommes et elle les exhorte à ne pas abandonner leur ville. Comme ils profèrent des injures et finissent par la bousculer, elle fait appel à leur patriotisme gaulois. Elle évoque l'antique cité lorsqu'elle était habitée par des hommes farouches et libres avant l'occupation romaine... et la défaite de Camulogène devant Labienus, lieutenant de César. Elle parle de ces précédentes invasions auxquelles toute la population de la cité a su résister en s'enfermant dans l'Île, en fortifiant les plus vastes de ses monuments. Elle s'étonnent que soudain ils abdiquent, alors que leurs pères et leurs aïeux leur ont donné tant d'exemples de courage et d'abnégation.

Sainte Geneviève - jardin du Luxembourg

Sainte Geneviève - jardin du Luxembourg

Geneviève se réfugie dans le baptistère S. Jean-en-Rond et là, au cours de la journée, bon nombre d'épouses, de mères ou de jeunes filles viennent la rejoindre pour soutenir son action. Elles finissent par se retrouver nombreuses dans le baptistère et par s'y enfermer à l'abri des imprécations de leurs époux qui n'osent quitter la ville sans elles. Elles s'agenouillent avec Geneviève et commencent des prières, des suppliques, pour demander à Dieu d'écarter Attila du chemin de Lutèce. Après avoir pris Orléans, Attila décide de lever le siège d'Orléans et de rebrousser chemin en direction de Troyes. L'affrontement des armées eu lieu aux Champs Catalauniques (451). Attila défait, Geneviève est rassurée en apprenant qu'il franchit les Alpes et s'apprête à entreprendre la conquête de l'Italie: ne l'avait-t-elle pas prédit ? Elle ne doute pas que le Hun se perdra dans cette nouvelle aventure après la défaite qu'il venait d'essuyer. [19]

 

Une sorte de royauté rétablie en Gaule par les Romains Aegidius et Syagrius, le Regnum francorum et la symbiose gallo-franque

 

Aegidius se rendit indépendant du pouvoir impérial en Gaule. Sous ses ordres, les Francs avaient longtemps combattu (Grégoire de Tours II, 27). Il (456-464) avait été nommé Magister militum des Gaules en 457 par le wisigoth Ricimer , lui-même Magister militum (456), avec le soutien de Majorien qui devait devenir peu après "empereur d'Occident" (457-461).

 

En 455, suite au second sac de Rome par Genséric, roi des Vandales (le premier sac avait été réalisé par Alaric en 410), et la mort de Maxime Pétrone, le roi wisigoth Theodoric II, roi des Wisigoths, s'arroge le droit de nommer l'"empereur d'Occident", Flavius Avitus (455-456), un gaulois natif de Clermont, issu d'une famille aristocratique d'administrateurs gaulois, qui a servi sous Aetius lors de l'invasion d'Attila (451), dans le Norique et en Gaule dans les années 430.

Avitus a laissé Aegidius surveiller la frontière rhénane. Il a fortifié le littoral de la mer du Nord et mis un terme aux raids des pirates saxons.

Depuis 455, les empereurs d'Occident seront désignés par des chefs barbares... Ricimer (456-472), général d'origine wisigothe et suève, Patrice des Romains, sera lui-même le "faiseur  de rois", une sorte d'"empereur bis" ou de régent. Il installera les empereurs sur le trône, n’hésitant pas à renverser et assassiner ceux qui, comme Avitus (456) Majorien (461) ou Anthémius (472), firent preuve d’indépendance.

 

En Gaule, le chroniqueur Grégoire de Tours qualifia Aegidius de "roi des Romains" (Jean de Sismondi, Histoire des Français, volume 1, 1821, p. 179. ) Il était par sa mère, le petit-fis du wisigoth troisième successeur d'Alaric, Wallia. Ses pairs, les rois des Francs, rois des Burgondes, faisaient eux-mêmes référence à lui comme le "roi des Romains"... Son fils, Syagrius, lui succédera en 464.

 

Les Romains rétablirent ainsi eux-mêmes une sorte de royauté de fait en Gaule, au profit d'eux-mêmes, avec le titre héréditaire de "maître des milices" en Gaule (Magister militum).

 

Childéric, père de Clovis, aidera Aegidius et les Bretons d'Armorique à vaincre les wisigoths de Frédéric, frère du roi Théodoric II, près d'Orléans en 463. En contrepartie, Aegidius reconnaît au roi des Francs Saliens les pouvoirs civils et militaires dans la Belgique seconde, avec Tournai pour capitale.

Le royaume romain de Syagrius (471-486). Au nord se trouve le royaume franc, au sud-est le royaume burgonde et au sud-ouest le royaume wisigothique

Le royaume romain de Syagrius (471-486). Au nord se trouve le royaume franc, au sud-est le royaume burgonde et au sud-ouest le royaume wisigothique

La bataille de Soissons, fin du dernier vestige du pouvoir romain en Gaule (486)

 

En 486, le réduit romain qui n'était plus défendu depuis longtemps que par les Gaulois et les Francs eux-mêmes (Francs du Comitatus de l'armée romaine en Gaule) fut renversé par d'autres Francs (bataille de Soissons), conduits par Clovis, fils de Childéric, auxquels depuis 481 s'étaient ralliés les Gaulois.

 

Cette bataille de Soissons inaugure la symbiose gallo-franque qui marqua la naissance de la nation française.

Bataille de Soissons (486) - Siège de Soissons. Maître de la Cité des dames. Grandes Chroniques de France (1410-1412)

Bataille de Soissons (486) - Siège de Soissons. Maître de la Cité des dames. Grandes Chroniques de France (1410-1412)

Le ralliement des Gaulois catholiques au roi franc devint encore plus manifeste après le mariage de Clovis avec la nièce catholique de Gondebaud, magister militum en Gaule et roi des Burgondes (470-516), Clotilde (493).

Clovis fut considéré par Grégoire de Tours comme le fondateur d'un ordre nouveau, alors que le Regnum francorum ne faisait que ressusciter une Gaule unifiée que l'on n'avait pas vu depuis 538 ans, et dont le souvenir de l'unité et de l'indépendance n'avait pas disparu. Ce royaume gallo-franc durera jusqu'en 1792, moment où la "république" dite "française", opérera en divisant les Français, tel César en Gaule.

 

Lorsque Charlemagne lui-même restaurera l'Empire d'Occident, ce ne sera pas sous sa forme d'un Etat centralisé.

 

Et lorsque la royauté capétienne aura érigé une autorité, ce ne sera jamais que celle du premier entre ses pairs (adage qui définissait la relation entre le roi et les nobles d'épée jusqu'à la fin du XVIIIe siècle) d'un seigneur possédant comme les autres son domaine propre et chargé entre tous les autres de faire respecter les coutumes existantes.

 

Le Regnum Francorum englobait l'ensemble des territoires sous le contrôle du premier entre ses pairs, signifiait encore que chaque entité géographique était désignée par son intégration dans un regnum poirtant le nom de celui qui présidait à sa destinée. Unité du royaume et égalité des différents reges francorum.

Laissons la conclusion à Camille Jullian :

 

"Si les Augustes romains, fils ou héritiers de Théodose, avaient compris ces sentiments humains, ces leçons de l'histoire, ces lois de la nature, s'ils avaient laissé grandir la patrie gauloise à l'ombre de l'Empire, ils auraient peut-être procuré à cet Empire de nouveaux siècles de durée. Ils ne l'ont point fait, ils ont méconnu l'existence ou la vitalité de la nation, ils ont refusé de s'appuyer sur elle; et ils ont ainsi rapproché le jour de la chute suprême.

 

Mais la Gaule échappera à la ruine du monde impérial, elle trouvera son salut dans les Francs de sa frontière, et c'est à eux que reviendra la tâche de reprendre et de continuer son unité nationale. Quand les empereurs de Rome n'écouteront plus les voix de la Gaule, un roi des Francs sera près d'elle pour répondre à son appel."[20]

Sources

 

[1] Frantz FUNCK-BENTANO, Les Origines, Librairie Hachette, 1925, p. 96; 100; 118

[2] Camille JULLIAN, La Gaule dans l'Empire romain, Editions du Trident, Paris 2013, p. 15-16

[3] Paul PETIT, Histoire générale de l'Empire romain I. Le Haut-Empire (27 av. J.-C. - 161 ap. J.-C.), Points Histoire, Editions du Seuil, 1974, p. 187188; 197-198

[4] Jean-Louis BRUNAUX, La Gaule, une Redécouverte, Histoire Documentation photographique, La Documentation française, mai - juin 2015, p. 07, 11

[5] Camille JULLIAN, Gallia, Tableau sommaire de la Gaule sous la domination romaine, Librairie Hachette, Paris 1902, p. 55

[6] Jean-Louis BRUNAUX, La Gaule, une Redécouverte, ibid., p. 58

[7] Paul PETIT, Histoire générale de l'Empire romain I. Le Haut-Empire, ibid., p. 260-261

[8] Frantz FUNCK-BENTANO, Les Origines, ibid., p. 131

[9] Régine PERNOUD, Les Gaulois, 1957, Seuil, Collection Le Temps qui court, rééd. Editions du Seuil, Paris 1980, p. 45

[10] Camille JULLIAN, Gallia, Tableau sommaire de la Gaule sous la domination romaine, ibid., p. 44

[11] Camille JULLIAN, La Gaule dans l'Empire romain, ibid., p. 33

[12] Paul PETIT, Histoire générale de l'Empire romain I. Le Haut-Empire (27 av. J.-C. - 161 ap. J.-C.), ibid., p. 93

[13] GIBBON, Histoire du Déclin et de la Chute de l'Empire romain, Rome de 96 à 582, Robert Laffont, Malesherbes 1984, p. 191

[14] Odile WATTEL, Petit Atlas historique de l'Antiquité romaine, Armand Collin, Paris 1998, p. 142

[15] Camille JULLIAN, La Gaule dans l'Empire romain, ibid., p. 81

[16] Marcel LE GLAY, Rome, tome II. Grandeur et chute de l'Empire, Tempus, La Flèche 2005, p. 405-406

[17] Camille JULLIAN, Gallia, Tableau sommaire de la Gaule sous la domination romaine, ibid., p. 49-50

[18] Frantz FUNCK-BRENTANO, Les Origines, ibid., p. 121

[19] Joël SCHMIDT, Sainte Geneviève, La Fin de la Gaule romaine, Perrin, Mesnil-sur-l'Estrée 1997

[20] Camille JULLIAN, La Gaule dans l'Empire romain, ibid., p. 326

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3 décembre 2016 6 03 /12 /décembre /2016 10:10

François Hollande a annoncé jeudi 1er décembre qu'il ne se représentait pas à l'élection présidentielle. Sarkozy, Juppé [1], Hollande, "vivons-nous la fin d'une génération, d'une époque, d'un cycle" ?, se demande l'agence de presse russe Sputnik, dans un entretien le 2 décembre où elle a invité Patrick Buisson.

 

L'auteur de 'La cause du peuple' (Perrin, 2016), ex conseiller de Nicolas Sarkozy en 2007, explique l'abaissement de la fonction présidentielle sous Sarkozy et Hollande, ainsi que l'oligarchie qui depuis la Révolution française a confisqué la démocratie : "on a un système totalement biaisé qui n'est pas une démocratie représentative, mais qui est une démocratie subtitutive".

"En France, vieille terre de chrétienté, le pouvoir s'exerce non pas par délégation mais par incarnation" (Patrick Buisson)

Extrait :

 

"Ce qui s'est passé hier soir porte plus de sens qu'on veut bien le dire. Ce n'est pas simplement un constat d'échec d'un président sortant qui se retrouve en situation d'impossibilité de se représenter. Le retrait de François Hollande intervient dans le sillage de la défaite de Nicolas Sarkozy.[2]

Le couplage de ces deux évènements a une signification. L'un comme l'autre ont exercé dans des registres différents, la fonction suprême, la présidence de la république, dans un style certes très singulier, mais finalement dans un style assez voisin. Tous les deux, finalement, ont été dans une situation de sécularisation du pouvoir, de désacralisation du pouvoir. Ils ont rejeté chacun à leur manière, tout l'appareil symbolique, protocolaire, rituel qui s'attachait à la présidence de la république, ce que nous appelons la 'monarchie républicaine', puisque en France, vieille terre de chrétienté, le pouvoir s'exerce non pas par délégation mais par incarnation.

Or, ces deux incarnations ont  été des incarnations ratées, qui ont laissé apparaître des hommes qui étaient plus dans la jouissance du pouvoir et de ses attributs que dans le service de l'Etat, c'est-à-dire du bien commun et de l'intérêt général. Et ce processus de sécularisation heurte profondément la conscience des Français qui aspirent toujours de la part d'un chef de l'Etat à ce qu'il prenne en compte, effectivement, une certaine forme de transcendance (appelons-la le bien commun, le service de l'intérêt général), qui va au-delà de la personne et des hommes qui passent." [2]

En résumé, les deux, Nicolas Sarkozy et François Fillon ont privatisé le pouvoir, et l'ont rabaissé au rang de service d'intérêts particuliers. C'est sans doute le trait marquant qui restera de ces deux présidences désastreuses. Au sujet de François Hollande en particulier, P. Buisson :

 

"Cela a été un gestionnaire piteux d'un social-libéralisme qui avait le mérité de s'assumer et montrait bien qu'il y avait une continuité intellectuelle dans le libéralisme et qu'on ne peut pas dissocier l'économie de marché de la société de marché. François Hollande aura été le vecteur de la société de marché, notamment au travers le projet de 'mariage pour tous'. Et il aura couvert la partie dévolue à la gauche dans la marchandisation des rapports humains, c'est-à-dire la transplantation sur le plan sociétal de la philosophie libérale. C'est ce qu'on retiendra de Hollande. Il aura été le porte d'un parti socialiste qui est un parti de classe, qui sert les intérêts de classe, ceux de la bourgeoisie urbaine."

Dans le "populisme", explique P. Buisson, "il y a une demande de démocratie, et de démocratie directe" :

 

"Les catégories populaires se rendent bien compte que nous vivons dans une post démocratie qui est un détournement des procédures démocratiques, qui conforte le pouvoir des oligarchies. J'ai coutume de dire qu'en France, hors l'élection présidentielle, nous avons évolué vers un suffrage censitaire, dans lequel ne votent plus que les inclus, les catégories favorisées."

Ce que nous pouvons retenir de cette analyse, et que nous disons sur ce blog, c'est surtout le non-dit : nous vivons en fait, depuis l'invention des partis politiques, dans une oligarchie... depuis 1792. C'est-à-dire un système où le pouvoir ne sert pas l'intérêt général, mais des intérêts particuliers. Seul un retour à la royauté, avec un roi au-dessus des partis et qui gouverne, peut relégitimer le pouvoir aux yeux des Français et leur redonner le sentiment d'un pouvoir où la fonction suprême n'est pas rabaissée, désacralisée.

 

"Les modes de scrutin et la représentation excluent de toute chance d'alternance les forces qui ne sont pas au coeur du système. Cela génère une abstention considérable. Les gens se disent qu'ils n'iront pas voter puisqu'ils ne seront pas représentés et quant au parti populiste, le Front national, il n'hérite que d'une représentation dérisoire. En 2012, Marine Le Pen a fait 18% à l'élection présidentielle et son parti n'a eu que deux députés. Eva Joly, la candidte écologiste, 2% à l'élection présidentielle, et 18 députés.

Donc on a un système totalement biaisé qui n'est pas une démocratie représentative, qui est une démocratie subtitutive, qui est l'aboutissement finalement de ce qui a été l'évolution de la démocratie parlementaire depuis qu'elle a été créée, en Angleterre d'abord, et puis après en France avec la Révolution française. Un système où la démocratie parlementaire se substitue à l'expression du "peuple souverain". Son souci, ce n'est pas d'accomplir la "volonté générale", mais de trouver les moyens de la restreindre.

Nous avons une situation, effectivement, où les majorités parlementaires en France représentent le despotisme d'une minorité légale.

Nous sommes toujours en train de donner des leçons de "démocratie", à la Russie, par exemple, et à tous les peuples de la terre et notre Assemblée nationale qui vote les lois, représente un électeur sur six, et encore, je ne compte pas les 4 millions de Français qui ne sont pas inscrits sur les listes électorales. C'est-dire sa faible représentativité.

Le système est en train de perdre ce qui lui reste de légitimité, parce que l'électorat populaire sent qu'il y a un détournement de démocratie. D'où la demande de démocratie directe qui est constitutive de la protestation populiste. On ne veut pas la voir, parce qu'évidemment, on essaie de cacher ce phénomène.

J'ai eu un débat très intéressant avec Alain Minc, sur France culture, il y a peu de temps, dans l'émission de Finkielkraut, "Réplique". Il assumait tout à fait cette dimension de suffrage censitaire : le peuple n'est pas éduqué. A qui bon nous donner la parole ? Et vous avez vu quelles étaient les réactions à l'égard du Brexit, à l'égard de l'élection de Trump. L'attitude des médias occidentaux à l'égard de la Russie et de Vladimir Poutine manifeste aussi cette même forme d'ostracisme. Tout ce qui représente le peuple enraciné doit être à la fois exclu du jeu politique, du champ politique, du marché politique. Donc, on fait des modes de scrutin qui permettent ce détournement de démocratie. Mais aussi maintenant du marché économique et du marché du travail. C'est le projet de revenu universel : ces petits blancs, dont l'employabilité est faible, autant leur donner une rente à vie, mais qu'ils nous laissent tranquilles et qu'ils ne viennent plus sur le marché du travail, alors que nous avons la main d'oeuvre immigrée qui représente beaucoup plus de flexibilité, de souplesse qui viendra la remplacer. Tout cela participe d'un mouvement d'ensemble et d'une logique. C'est la même logique qui exclut du marché les pauvres, les exclut également du marché du travail et du marché de l'emploi.

Et c'est ces classes dirigeantes, cette oligarchie qui fait des leçons de démocratie à la terre entière, pas simplement aux Français, et à ceux qui sont des partenaires diplomatiques importants pour la France, comme la Russie."

P. Buisson explique ce qu'il a "essayé de faire en 2007, l'alliance des forces conservatrices" :

 

"Moi, ce que j'ai essayé de faire en 2007, c'est l'alliance des forces conservatrices et de l'électorat populaire, alliance qui s'est réalisée trois fois dans l'histoire de France récente. En 1947 avec les élections municipales où le RPF qui vient d'être créé par de Gaulle, en 1958 avec le retour du général de Gaulle au pouvoir, et au premier tour de l'élection présidentielle de 2007. Il n'y a pas d'autres exemples. Sarkozy avait avec lui toutes les cartes en main, y compris la légitimité suffisante pour agir, et il ne l'a pas fait."

Dans le cas d'un deuxième tour en 2017, François Fillon Fillon -Marine Le Pen, Patrick Buisson pense :

 

"Si il (François Fillon) n'arrive pas à tirer à lui une partie de l'électorat populaire, il ne pourra pas gouverner."

Faisant une prospective s'agissant de Marine Le Pen, P. Buisson explique:

 

"Chaque année, maintenant de puis plus de 20 ans, j'observe que l'Institut Sofres avec le journal Le Monde fait une petite enquête annuelle sur les Français et les idées du Front national, c'est-à-dire qu'ils testent le corpus d'idées du Front national auprès des Français.

Depuis 20 ans on observe une adhésion de plus en plus importante, croissante, d'adhésion des Français au corpus idéologique du Front national. Par exemple, à la question posée "est-ce qu'il y a trop d'immigrés en France ?" Cette question recueille aujourd'hui 75 à 80% d'adhésion. Donc on voit bien le mouvement d'adhésion qui affecte les trois quart de la population française. Et pourtant, Jean-Marie Le Pen, c'est au mieux 17% en 2002, Marine Le Pen c'est 18% en 2012, 25 à 27% dans les élections intermédiaires aujourd'hui. Comment se fait-il qu'entre cette adhésion massive des Français au corpus d'idées du Front national et l'élection le jour du vote il y ait un tel déchet, une telle déperdition de voix ? C'està-dire en gros qu'il y a la moitié des Français qui sont d'accord avec les idées du Front national mais qui ne votent pas pour le Front national. S'ils ne votent pas pour le FN, c'est pour des raisons profondes, sociologiques, psychologiques, culturelles, anthropologiques, cela fait peur. C'est un problème qui ne va pas évoluer par un miracle d'une évolution du contexte. On voit bien par exemple qu'il y a en France un problème de terrorisme en France depuis deux ans, et la progression du Front national est très limitée. Entre les européennes de 2014, avant les premiers attentats et les régionales de 2015, la progression est de 2 points. Je pense que le Front national, seul, est à l'écart de toute espérance de pouvoir. C'est forcément de l'intérieur du parti de gouvernement de la droite que se produira l'évolution décisive. L'exemple de ce qui s'est passé aux Etats-Unis est probant. Trump a subverti le parti républicain, l'a humilié, marginalisé et a gagné contre lui, et il occupe aujourd'hui l'espace du parti politique républicain. Tant qu'il n'y a pas à l'intérieur de la droite de gouvernement une force assez puissante pour porter cette révolution conservatrice et identitaire que j'ai évoquée à l'instant, l'espérance du pouvoir pour ces idées que je défends me paraît assez éloignée. Et le FN n'est pas le bon vecteur pour y arriver. ... Il est l'assurance-vie du système, dans la mesure où, à tort ou à raison, il représente une forme de repoussoir.

Le système ne peut pas être élu sur son bilan : il n'en a pas. Il ne peut être élu ou réélu, reconduit, que sur ses ennemis. Et plus l'ennemi est caricatural, plus l'ennemi représente cet épouvantail, plus le système trouve les moyens et les ressources de perdurer, de poursuivre et de se perpétuer dans ses aspects les plus négatifs."

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19 novembre 2016 6 19 /11 /novembre /2016 07:01
"Nous arrivons à la fin du cycle ouvert par les Lumières" (Patrick Buisson)

Invité de Tv-Libertés, le politologue et historien, Patrick Buisson, directeur de la chaîne Histoire et auteur d’un des ouvrages politiques les plus polémiques de l’année 2016, ”La cause du peuple”, décrit un Nicolas Sarkozy en situation permanente de dépendance affective et ne cessant de faire des “génuflexions devant la doxa conformiste”. La ligne qu’il défendait comme principal conseiller de N. Sarkozy n’a été qu’un logiciel électoral sans la moindre application politique.

Le politologue développe en fin d'émission une vision longue de l'histoire. Il appelle à une grande politique conservatrice renouant avec le catholicisme social et revendique, pour la France, une véritable révolte identitaire. Il explique une chose capitale :

 

"Nous arrivons à la fin du cycle ouvert par les Lumières, au bout pratiquement de presque trois siècles. Toutes les idées montantes dont on parlait tout à l'heure, les deux grandes utopies sur lesquelles les Lumières ont fondé leur rayonnement, à savoir le mythe du progrès et celui de l'égalité, sont deux idées qui sont politiquement ruinées. C'est un évènement considérable. Ce n'est pas une simple alternance politique où la droite molle va remplacer la gauche faible ou une gauche rosée va remplacer une droite mal blanchie. Des évènements considérables sont en train de se passer. Et l'on voudrait que les fruits politiques de ces évènements nous puissions les cueillir de notre vivant, alors que l'on voit simplement s'amorcer une autre cycle dont a su que le précédent a pris trois siècles avant de se refermer", explique P. Buisson (à partir de 01:01:40)

 

Patrick Buisson n'est pas le seul historien à faire ce constat d'une fin du cycle des Lumières. L'historien Patrick Gueniffey, spécialiste d'histoire moderne, a lui aussi expliqué que la Révolution, comme "foi dans le progrès", cette "croyance en l'efficacité de la politique", "est morte".

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15 novembre 2016 2 15 /11 /novembre /2016 17:57
Liberté, Egalité, Fraternité, Extermination : une valeur sûre de la république

Que la foudre éclate par humanité ! ayons le courage de marcher sur des cadavres, pour arriver à la liberté.

Fouché de Nantes

D’autres témoignages, émanant de diverses documentations, sont également disponibles :

 

Comme dans la réimpression du « Tableau des crimes du Comité révolutionnaire de Moulins, et des citoyens de l’Allier » datée de 1874, ou on y lit à la page 24 :

 

« Voilà les agents de ce monstrueux projet enfanté par Robespierre, de réduire la population pour procurer une abondance faussement calculée. Ce nouveau Cromwel sacrifiait les hommes aisés et instruits pour mieux asservir la classe indigente et sans énergie.

 

Voilà les fanatiques en liberté qui faisaient naître l'âge de fer pour vous réduire à l'esclavage. »

 

Dans le tome 1 des « Papiers inédits trouvés chez Robespierre, Saint-Just, Payan, etc » de 1828, on y lit page 83 :

 

« les calculs affreux de Carrier sur le nivellement de la population française ; son mot sur celle de Lyon réduite à 25 000 habitans ; l’affiche de Ronsin qui la réduisait à 1500 ; le projet de réduction mis à exécution, pour les départements de l’ouest, au moyen du feu vendéen, plus soigneusement entretenu par les décemvirs qu’autrefois le feu des vestales, projet déguisé par eux, sous le nom de chancre politique ; les manufactures de soie brûlées à Bédoin, les ruines de Lyon, les noyades de Nantes, les massacres d’Orange et d’Arras : que de témoignages qui déposeront de ces affreux desseins dans le livre de l’histoire ! »

 

Ce sinistre Carrier qui aurait dit lors de son interrogatoire que : « la France républicaine ne pouvait nourrir tous ses habitants » !

 

Dans le 1er volume de « Trente ans de ma vie (de 1795 à 1826) ; ou Mémoires politiques et littéraires » du poète Jean-Pierre-Jacques-Auguste de Labouïsse-Rochefort, on lit à la page 220 au sujet d’un certain Guffroy :

 

« il donne ce conseil : « Abattons tous ces nobles : tant pis pour les bons, s’il y en a. Que la guillotine soit en permanence dans toute la France : la France aura assez de cinq millions d’habitans ; » - Ainsi l’anthropophage Guffroy voulait réduire une population de vingt-cinq millions à cinq… à condition sans doute qu’il aurait fait partie des cinq millions restant ; les autres vingt millions devant être assassinés pour les menus plaisirs de Guffroy et de ses pareils !... »

 

Jean-Bon-Saint-André, l’un des initiateurs du Tribunal Révolutionnaire de sinistre mémoire proclama ouvertement à la convention que « … pour établir solidement la République, il faut réduire de plus de moitié la population française ».

 

Etc…

 

Qu'un sang impur abreuve nos sillons!

 

Usure et esclavage à l'horizon.

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16 octobre 2016 7 16 /10 /octobre /2016 06:32

Nous célébrons le 16 octobre 2016, le 223e anniversaire de la mort de la reine de France et de Navarre, Marie-Antoinette, guillotinée le 16 octobre 1793 par les barbares révolutionnaires.

 

À plus de deux siècles de distance, son procès expéditif d'une durée de vingt heures entre les 14, 15 et 16 octobre 1793, la condamnant à la peine de mort, n'est pas clos. On attend toujours le verdict de la justice et de l'équité.

Louis XVI n'a personne auprès de lui capable de tenir tête à la révolution. Mirabeau disait : - Il n'y a qu'un homme auprès du roi, c'est la reine. Contre elle les efforts vont se concentrer.

Frantz Funck-Brentano, Les Derniers Jours de Marie-Antoinette, Collection Hier et Aujourd'hui, Flammarion 1933, p. 3.

lys-2 16 octobre dans Vexilla Regis

16 octobre 1793, 4h30 du matin.

Les dernières heures de Marie-Antoinette : "Je pardonne à tous mes ennemis le mal qu'ils m'ont fait"

"Rentrée en son humide cachot de la Conciergerie, Marie-Antoinette, pour la première fois depuis soixante-zeize jours, obtint de la lumière, de l'encre, du papier. En quel état devait être son âme. Elle écrivit alors à sa belle-soeur, Madame Elisabeth, la lettre si calme, si élevée de pensée, si tranquille de coeur qui, après plus d'un siècle, émeut encore d'admiration et de respect. Nous tenons à la reproduire ici en entier: mieux que toute analyse elle éclaire d'une lumière tout à la fois vive et paisible l'âme et la pensée de la reine martyre au seuil de la mort :

 

Ce 16 octobre, à quatre heures et demie du matin.

 

"C'est à vous, ma soeur, que j'écris pour la dernière fois. Je viens d'être condamnée, non pas à une mort honteuse - elle ne l'est que pour les criminels - mais à aller rejoindre votre frère; comme lui innocente j'espère montrer la même fermeté que lui dans ses derniers moments. Je suis calme comme on l'est quand la conscience ne reproche rien. J'ai un profond regret d'abandonner les pauvres enfants. Vous savez que je n'existais que pour eux et pour vous, ma bonne et tendre soeur, vous qui avez par votre amitié tout sacrifié pour être avec nous. Dans quel état je vous laisse ! J'ai appris par le playdoyer même du procès que ma fille était séparée de vous. Hélas ! la pauvre enfant, je n'ose pas lui écrire, elle ne recevrait pas ma lettre, je ne sais pas même si celle-ci vous parviendra. Recevez pour eux deux ici ma bénédiction; j'espère qu'un jour, lorsqu'ils seront plus grands, ils pourront se réunir avec vous et jouir en entier de vos tendres soins. Qu'ils pensent tous deux à ce que je n'ai cessé de leur inspirer : que les principes et l'exécution exacte de ses devoirs sont la première base de la vie, que leur amitié et leur confiance mutuelle en fera le bonheur.

"Que ma fille sente qu'à l'âge qu'elle a (Madame Royale était sans sa quinzième année) elle doit toujours aider son frère par les conseils que l'expérience qu'elle aura de plus que lui et son amitié pourront lui inspirer; qu'ils sentent enfin tous deux que dans quelque position où ils pourront se trouver ils ne seront vraiment heureux que par leur union ; qu'ils prennent exemple sur nous. Combien, dans nos malheurs, notre amitié nous a donné de consolation ! et dans le bonheur on jouit doublement quand on peut le partager avec un ami, et où en trouver de plus tendre, de plus uni que dans sa propre famille ? Que mon fils n'oublie jamais les derniers mots de son père que je lui répète expréssément:

 

"Qu'il ne cherche jamais à venger notre mort."

 

"J'ai à vous parler d'une chose bien pénible : je sais combien cet enfant doit vous avoir fait de la peine (allusion aux propos que les commissaires de la Convention arrachèrent au Dauphin, un enfant de huit ans, qu'on avait abruti physiquement et moralement et qui n'avait plus sa pensée à lui). Pardonnez-lui, ma chère soeur, pensez à l'âge qu'il a et combien il est facile de faire dire à un enfant ce qu'on veut et même ce qu'il ne comprend pas. Un jour viendra, j'espère, où il ne sentira que mieux le prix de vos bontés et de votre tendresse pour tous deux (le fils et la fille de la reine).

"Il me reste à vous confier encore mes dernières pensées. J'aurais voulu les écrire dès le commencement du procès, mais, outre qu'on ne me laissait pas écrire, la marche a été si rapide que je n'en aurais réellement pas eu le temps.

"Je meurs dans la religion catholique, apostolique et romaine, dans celle de mes pères, dans celle où l'ai été élevée et que j'ai toujours professée, n'ayant aucune consolation spirituelle à attendre, ne sachant pas s'il existe encore ici des prêtres de cette religion, et même le lieu où je suis les exposerait trop s'ils y entraient une fois. Je demande sincèrement pardon à Dieu de toutes les fautes que j'ai pu commettre depuis que j'existe; j'espère en sa bonté. Il voudra bien recevoir mes derniers voeux, ainsi que ceux que je fais depuis longtemps pour qu'il veuille bien recevoir mon âme dans sa miséricorde et sa bonté. Je demande pardon à tous ceux que je connais et à vous, ma soeur, en particulier, de toutes les peines que, sans le vouloir, j'ai pu leur causer. Je pardonne à tous mes ennemis le mal qu'ils m'ont fait. Je dis ici adieu à mes tantes et à tous mes frères et soeurs. J'avais des amis : l'idée d'en être séparée pour jamais et leurs peines sont un des plus grands regrets que j'emporte en mourant; qu'ils sachent au moins que, jusqu'à mon dernier moment, j'ai pensé à eux.

"Adieu, ma bonne et tendre soeur; puisse cette lettre vous arriver. Pensez toujours à moi ; je vous embrasse de tout mon coeur ainsi que ces pauvres et chers enfants. Mon Dieu, qu'il est déchirant de les quitter pour toujours ! Adieu, adieu ! je ne vais plus m'occuper que de mes devoirs spirituels. Comme je ne suis pas libre de mes actions, on m'amènera peut-être un prêtre; mais je proteste ici que je ne lui dirai pas un mot et que je le traiterai comme un être absolument étranger." (La reine n'admettait pas le caractère ecclésiastique des prêtres assermentés.)

 

Madame Elisabeth; bien loin d'entrer en possession de ces pages qu'on a nommées le Testament de Marie-Antoinette, n'apprit même pas la mort de sa belle-soeur. Quand elle fut à son tour transférée de la tour du Temple à la prison de la Conciergerie, elle demanda au concierge Richard des nouvelles de la reine :

 

- Oh ! elle est très bien, il ne lui manque rien.

 

Description de cette image, également commentée ci-après

Madame Elisabeth n'apprendra la mort de sa belle-soeur qu'au moment de gravir à son tour les marches de l'échafaud. Franchissant le seuil de la Conciergerie pour aller à la mort, elle pria le concierge Richard de dire son fidèle souvenir à la soeur qu'elle ne reverrait plus. Alors l'une des dames qui allaient être conduites au supplice avec elle, - parmi lesquelles Mme de Sénozan, soeur du ministre Malesherbes qui, devant la Convention, avait été l'un des défenseurs du roi, et Mme veuve de Montmorin, - lui dit tout uniement :

 

- Madame, votre soeur a subi le sort que nous allons subir nous-mêmes dans un instant.

 

Frantz Funck-Brentano, Les Derniers Jours de Marie-Antoinette, Collection Hier et Aujourd'hui, Flammarion 1933, p. 103-106.

lys-2 16 octobre dans Vexilla Regis

Sans doute doit-on voir dans le "procès" de Marie-Antoinette, un exemple de ces "valeurs de la République", dont les media et les politiciens ne cessent de nous parler. Un exemple des jugements "populaires" expéditifs où le verdict truqué, déjà rendu à l'avance, jette à la populace ses boucs émissaires.

Robespierre, ce "grand homme", "avait proclamé que la mort de Marie-Antoinette serait un hommage à la liberté et à l'égalité; ces deux grands principes chers au coeur des hommes libres, avaient ainsi reçu dans la journée du 16 octobre 1793, un hommage éclatant." (F. Funck-Brentano, ibid., p. 113.)

 

Les dernières heures de Marie-Antoinette : "Je pardonne à tous mes ennemis le mal qu'ils m'ont fait"

Le 15 octobre, on recourut aux chefs d'inculpation politiques suivants, relevant littéralement de l'inversion accusatoire :

 


- Responsable de l'horrible conspiration du 10 août 1792, alors qu'on était là au coeur de la conspiration républicaine.
- Dilapidation du trésor national,

- Intelligence avec les ennemis de la République,
- Atteinte à la sûreté intérieure et extérieure de la France, alors que c'est la Convention qui déclara la guerre à l'Europe pour sauver la république le 20 avril 1792. Cf.
"Il faut incendier les quatre coins de l'Europe, notre salut est là" (Brissot de Warville, le stipendié des banquiers à la Convention "nationale", in Considérations sur la nature de la Révolution française, par M. Mallet du Pan, p. 37).

 

- Responsable des horreurs des premiers jours d'octobre 1789 en ayant créé une disette. [Cf. la propagande républicaine: "S'ils ne mangent pas de pain, qu'ils mangent de la brioche]
- Responsable de la guerre civile, alors que là aussi c'est la secte oligarchique qui arma et paya les émeutiers de 1789.

Quelle liste impressionnante pour une seule personne, fût-elle Reine de France!
Mais cette liste aussi impressionnante soit-elle ne suffit pas aux assassins. C'est pouquoi on vit défiler à la barre toute une kyrielle de témoins à charge dont les dépositions sont à la hauteur du procès lui-même tant le ridicule le dispute au grotesque et au sordide: bouteilles de vin trouvées sous le lit de la Reine destinées à saouler les gardes suisses, comportement incestueux de la Reine vis-à-vis du "jeune Capet" (le Dauphin devenu, à la mort de son père, Louis XVII). La république se vautre dans la fange et les caniveaux pour perdre Marie-Antoinette, mais cette charge proférée par Jacques-René Hébert se retourna contre les révolutionnaires. Lorsque le président du tribunal questionna la Reine sur les motifs de son silence par rapport à cette terrible accusation, Marie-Antoinette eut cette réplique :


 

"Si je n'ai pas répondu, c'est que la nature se refuse à répondre à une pareille inculpation faite à une mère. J'en appelle à toutes celles qui peuvent se trouver ici."

 

Marie-Antoinette, note le greffier, est vivement émue et cette émotion passe soudain dans le public pourtant peu disposé, c'est le moins que l'on puisse dire, à la compassion à l'égard de la Reine. Le tribunal n'insistera pas sur cette accusation mensongère. Quand Robespierre apprendra les faits et l'accusation stupide, il qualifiera Hébert d'imbécile. Pour un peu Marie-Antoinette aurait retourné le public en sa faveur!

Les dernières heures de Marie-Antoinette : "Je pardonne à tous mes ennemis le mal qu'ils m'ont fait"

"C'était Danton, secondé de Carrier, l'homme des noyades de Nantes, qui, au début des luttes de la montagne contre la Gironde, avait fait créer le tribunal révolutionnaire où Marie-Antoinette allait être renvoyée. Les jurés en étaient nommés par la Convention: fonctionnaires rétribués à raison de dix-huit livres par jour et qui devaient opiner à haute voix. Ils savaient que si le malheur voulait un jour qu'ils n'émissent pas une opinion orthodoxe, ils seraient eux-mêmes guillotinés. Ce n'est déclare le conventionnel Lamarque, qu'en adoptant que les jurés opineraient à haute voix, que les amis de la liberté ont consenti qu'il y eût des jurés dans ce tribunal." Danton marqua le but de l'institution : 'Ce tribunal doit suppléer au tribunal suprême de la vengeance du peuple.'

 

Durant de longs mois les têtes tombèrent par centaines et Danton ne trouva pas la moindre objection à élever contre la manière dont le tribunal 'suppléait' à la vengeance du peuple; mais voici qu'un jour ledit tribunal décida qu'on guillotinerait Danton lui-même, et le grand orateur de déclarer : 'C'est moi qui ai fait établir ce tribunal, ce n'était pas pour qu'il fût le fléau de l'humanité.'

 

[...] Excellent tribunal pour juger la reine. L'ancien président Montané, avait été jeté en prison. Le motif en était, disait-on, qu'il avait essayé de faire passer Charlotte Corday pour folle. Hermann, son successeur, venait d'être mandé à la barre de la Convention pour apprendre à mener plus rondement l'affaire Custine.

 

La reine comparut devant le tribunal révolutionnaire le 15 octobre 1793. L'accusateur public était un ancien procureur au Châtelet. Antoine Quentin Fouquier-Tinville. Au temps de la puissance monarchique il s'était distingué par un beau zèle pour la gloire du roi, et qu'il traduisait poétiquement en ballades et en petits vers.

Les dernières heures de Marie-Antoinette : "Je pardonne à tous mes ennemis le mal qu'ils m'ont fait"

Durant quatre séances sur deux jours ils furent quarante témoins à venir déposer à la barre. Dans le dossier il n'y avait pas de preuve, que des témoins. Les témoins n'apportérent aucune preuve décisive, ce n’étaient que racontars et affabulations. (Source: Louis XX Facebook )

 

 

Le "procès" de Marie-Antoinette, narré par Frantz Funck-Brentano dans "Les Derniers Jours de Marie-Antoinette". Extrait :

 

La veuve Capet, comme on appelait Marie-Antoinette, était accusée d'avoir :

 

1° De concert avec les frères de Louis Capet et l'infâme ex-ministre Calonne, dilapidé d'une manière effroyable les finances de la France - fruits des sueurs du peuple - [On sait que les impôts, de nos jours, sont dix fois supérieurs à ce qu'ils étaient en 1789... NdCR.] et avoir fait passer des sommes incalculables à l'Empereur et avoir ainsi épuisé le trésor national;

2° D'avoir, tant par elle que par ses agents contre-révolutionnaires, entretenu des intelligences et des correspondances avec les ennemis de la République; d'avoir informé et fait informer ces mêmes ennemis des plans de campagne et d'attaques convenus et arrêtés dans le conseil ;

3° D'avoir, par ses intrigues, manoeuvres et celles de ses agents, tramé des 'conspirations' et 'complots' contre la sûreté intérieure et extérieure de la France et d'avoir, à cet effet, allumé la guerre civile sur divers points de la République et armé les citoyens les uns contre les autres ;

4° D'avoir, pour réussir plus promptement dans ses projets contre-révolutionnaires, organisé, grâce à ses agents, dans Paris et aux environs, les premiers jours d'octobre 1789, une disette qui a donné lieu à une nouvelle insurrection à la suite de laquelle une foule innombrable de citoyens et citoyennes se sont portés à Versailles.

Mais il faut lire le texte des débats pour se rendre compte du caractère, peut-être plus grotesque encore qu'odieux, des témoignages mis en action contre l'infortunée souveraine.

 

(Ainsi) Une cuisinière, la fille Reine Millot, déposa qu'en 1788, un jour qu'elle se trouvait de service à Versailles, elle entendit le comte de Coigny "qui, dans ce moment, était de bonne humeur", dire que la reine avait fait passer deux cents millions à son frère l'empereur d'Autriche pour faire la guerre aux Turcs.

Cette même Reine Millot fit une seconde déposition non moins grave que la première : 'J'ai su, déclara-t-elle, par différents personnages que l'accusée (Marie-Antoinette) avait conçu le dessein d'assassiner le duc d'Orléans [qui comme par hasard était aussi le Grand Maître du Grand Orient de France à l'origine de la journée du 14 juillet 1789 - émeutiers soudoyés -  et de la pratique de l'agio sur les blés pour affamer le peuple... NdCR.]. Le roi, qui en fut instruit, ordonna qu'elle fût incontinent fouillée. A la suite de cette opération, on trouva sur elle deux pistolets. Alors il la fit consigner dans son appartement pendant quinze jours.'

Imagine-t-on Marie-Antoinette assassinant à coups de pistolets le duc d'Orléans dans le palais de Versailles et le roi, trouvant les pistolets sur elle, la consignant dans ses appartements pour quinze jours ?

Un certain Labénette, totalement inconnu, déposa que trois particuliers étaient venus pour l'assassiner au nom de la reine. Fouquier-Tinville estima que ce témoignage était très important.

Il est vraiment surprenant qu'un paysan ne soit pas venu déclarer que la reine avait formé le projet de faire disparaître le soleil pour empêcher en France les blés de mûrir.

Les dernières heures de Marie-Antoinette : "Je pardonne à tous mes ennemis le mal qu'ils m'ont fait"

Fouquier-Tinville fut dignement secondé par les délégués de la Commune; Pache, maire de Paris; Chaumette, procureur syndic; Hébert, substitut du procureur: noms auxquels on a la tristesse de devoir joindre celui de l'illustre Louis David. Le crime que ces hommes et leurs mandataires ont commis est si grand qu'il est impossible de l'exprimer. Corrompre un enfant pour détruire sa santé, puis, de la corruption dont on l'a gangréné, faire le plus épouvantable des outrages à sa mère; non content de la faire insulter par son fils, répéter la calomnie atroce dans le plein jour du tribunal et s'en servir pour essayer, après avoir fait tomber sa tête, de salir la mémoire de la victime: il ne semblait pas que pareilles infamies fussent humainement possibles: elles ont été commises.

[...] Hermann désigna à la reine deux défenseurs d'office, Chauveau-Lagarde et Tronson-Ducoudray. Ils furent prévenus le 14 octobre 1793, c'est-à-dire la veille du jour où ils étaient appelés à parler. Chauveau-Lagarde était à la campagne. Sur les conseils de ses défenseurs, la reine demanda pour eux trois jours, afin qu'ils eussent le temps d'étudier un peu l'affaire. Etait-ce trop pour une semblable cause ? Sa lettre fut mise au panier et les débats commencèrent immédiatement. Ils commençèrent le 15 octobre à huit heures du matin et durèrent, sans interruption, jusqu'au lendemain quatre heures du matin. Sauf une pause d'un instant, ils se poursuivirent ainsi pendant près de ving heures. Et la reine était arrivée épuisée, épuisée physiquement par des mois de privations et une santé compromise par des pertes de sang, et brisée moralement. Qui n'eût été anéanti par ces tortures ?

[...] Le substitut de la commune de Paris, Hébert, un jeune grandin élégant et parfumé, apporta les immondices qu'il avait triturées en collaboration avec Chaumette et David. Hébert délayait l'ignominie d'un ton artiste, en expressions choisies. La reine était debout, les yeux fixes, la tête droite, pas un muscle ne se contractait.

Exaspéré par tant de dignité, l'un des jurés interpella l'accusée : - Si je ne réponds pas, dit la Reine, c'est que la nature se refuse à répondre à une pareille inculpation faite à une mère; j'en appelle à toutes celles qui peuvent se trouver ici.

La voix, quoique faible et épuisée, vibra et, pour la première fois dans l'agonie de l'audience, des larmes mouillèrent ses joues. 'Devant ce crime sublime, disent les Frères Humbert qui étaient présents, un courant magnétique passa dans l'assistance.' Les mégères mêmes qui écoutaient, les coudes sur les genoux, se sentirent remuées malgré elles. Peu s'en fallut qu'elles n'applaudissent. On entendit des cris perçants, plusieurs femmes s'évanouirent; dans un grand tumulte il fallut les emporter. La voix nasillarde du président Hermann menaça de faire évacuer la salle.

[...] A minuit, le président dit aux avocats : - Sous un quart d'heures les débats finiront, préparez votre défense. Marie-Antoinette fut condamnée à mort à l'unanimité. Les jurés exprimaient leur opinion, l'un après l'autre, à haute voix. Chacun d'eux savait que s'il se fût prononcé pour l'acquittement, il se fût exposé à être guillotiné lui-même.

[...] La lecture de l'arrêt de mort trouva la reine calme, immobile. Elle descendit de son banc le front haut, ouvrit elle-même la balustrade et traversa la salle comme sil elle ne voyait ni n'entendait rien, note Chaveau-Lagarde. La séance fut levée à quatre heures du matin.

 

(Frantz Funck-Brentano, Les Derniers Jours de Marie-Antoinette, Collection Hier et Aujourd'hui, Flammarion 1933, p. 93-102.)

La presse de l'époque s'accorde à dire que la Reine ne manifesta aucune émotion visible à la lecture de l'acte de condamnation. Ce fait est confirmé par Chauveau-Lagarde, un de ses avocats:



"Elle ne donna pas le moindre signe de crainte, ni d'indignation, ni de faiblesse [...] Elle descendit les gradins sans proférer une parole, ni faire aucun geste, traversa la salle comme sans rien voir ni rien entendre; et lorsqu'elle fut arrivée devant la barrière où était le peuple, elle releva la tête avec majesté."

 

Dès lors il ne lui reste que quelques heures à vivre.

 

Marie-Antoinette dans la charrette qui la conduit vers le supplice


"La charette avançait lentement sous une pluie d'injures grossières. Marie-Antoinette y était assise sur une planche. Elle portait une jupe blanche tombant sur son jupon noir, une camisole de nuit en piqué blanc, un ruban de faveur noir noué autour du poignet; la tête était coiffée d'une bonnette de linon blanc comme celles que portaient les femmes du peuple, ornée d'un petit ruban noir. Elle avait inutilement prié qu'on la laissât aller au supplice tête nue. Ses cheveaux blancs étaient coupés ras autour du bonnet. Elle était pâle, mais les pommettes étaient très rouges, les yeux injectés, les cils immobiles; le regard semblait celui d'une aveugle. Derrière elle, sur la charrette, se tenaient l'exécuteur des hautes oeuvres, Samson, une manière de colosse, et son aide auprès de lui.

Rue Saint-Honoré, la charrette s'étant arrêtée un instant, un enfant, que sa mère élevait dans ses bras, lui envoya un baiser de ses petites mains qui battirent l'air ensuite d'un petit geste joyeux. La reine lui répondit d'un sourire et pleura. Ce furent les seules larmes qu'elle versa durant le trajet - qui se poursuivit parmi les huées d'une populace excitée." (Frantz Funck-Brentano, Les Derniers Jours de Marie-Antoinette, Collection Hier et Aujourd'hui, Flammarion 1933, p. 109.)

Les dernières heures de Marie-Antoinette : "Je pardonne à tous mes ennemis le mal qu'ils m'ont fait"

Elle n'est déjà plus sur terre. La place de la révolution (devenue depuis la "place de la Concorde" !... NdCR.) est noire de monde ce jour-là. Nul doute que la propagande révolutionnaire a fait son œuvre pour ameuter la populace qui se repaît de ces orgies sanglantes. Celle-ci, qui plus est, est particulièrement gratinée! Pensez donc! Ce n'est pas tous les jours que l'on coupe la tête d'une reine de France. C'est même une grande première dans le royaume des lys. A ne manquer sous aucun prétexte! Y eut-il dans cette foule quelques anonymes venus soutenir discrètement par la prière la condamnée afin qu'elle ne défaillît point à l'ultime instant? Peut-être, nous ne le saurons jamais! Mais une chose est certaine c'est que les spectateurs n'auront pas eu le plaisir sadique de voir la Reine de France prise de peur à la vue de l'échafaud. A la surprise générale, elle descend seule, sans soutien, de la charrette avec "promptitude et légèreté", dit Rouy dans la relation qu'il fit de la scène, bien que ses bras soient liés; Il ajoute plus loin: "Elle est même montée à la bravade, avec un air plus calme et plus tranquille qu'en sortant de prison." "Audacieuse et insolente jusqu'au bout", écrira le Père Duchesne, le journal révolutionnaire d'Hébert, cité comme témoin dans le procès de Marie-Antoinette.

 

Frantz Funck-Brentano écrit la même chose : "Marie-Antoinette descendit de la charette 'avec légèreté et promptitude, sans avoir besoin d'être soutenue, bien que ses mains fussent toujours liées', écrit l'auteur du Magicien républicain. S'approchant de l'échafaud, elle en monta l'escalier de bois 'à la bravade', diront les journaux, 'avec calme et une tranquilité insolente.'" (F. Funck-Brentano, ibid., p. 111.)

Dans son empressement, la Reine marche involontairement sur le pied du bourreau. "Monsieur, je vous en demande pardon." Pardon, ce sera le dernier mot prononcé sur terre par la Reine.

 

"Le couperet tombe; un aide du bourreau tend à la foule une tête blême où battent encore les paupières. Quelques cris : 'Vive la république !', cris mal assurés, car, tout de même, on a le coeur barbouillé. La plus grande partie de la foule est demeurée bouche bée, silencieuse, on peut dire de respect et d'émotion." (F. Funck-Brentano, ibid., p. 111.)

 Exécution de Marie-Antoinette à la Place de la Révolution, le 16 octobre 1793. (Anonyme. Musée Carnavalet).

Exécution de Marie-Antoinette à la Place de la Révolution, le 16 octobre 1793. (Anonyme. Musée Carnavalet).

"A midi un quart exactement, Sanson montrait sa tête à la foule, qui la salua des cris de 'Vive la Liberté  ! Vive la République !'" (Jules Mazé, Louis XVI et Marie-Antoinette, La Famille royale et la Révolution, Librairie Hachette, Corbeil 1947, p. 198.)

lys-2 16 octobre dans Vexilla Regis

Dans les Vêpres des défunts nous chantons le verset suivant au psaume 120:

 



"Non det in commotionem pedem tuum: neque dormitet qui custodit te."

"Qu'il ne laisse pas ton pied trébucher, qu'il ne sommeille pas ton gardien."

 

 

Soyons assurés que Dieu n'abandonna pas sa servante au dernier instant et qu'elle reçut la force d'affronter vaillamment cette mort inique, soutenue par son ange gardien. Non, son pied n'a pas trébuché, mais ayant reçu la grâce de mourir avec courage, elle accorda son pardon à ses bourreaux, car ne nous y trompons pas, au-delà des mots d'excuses qu'elle a prononcés et qui peuvent paraître conventionnels venant d'une femme rompue aux bonnes manières et au savoir-vivre de son milieu, c'est bien un pardon total que Marie-Antoinette offre à ses assassins.


 


OREMUS PRO MARIA ANTONIA GALLIAE REGINA

 

Source:

http://gestadeiperfrancos.blogspot.fr/2007/10/memento-domine.html 

Sortant de chez lui, le citoyen Joly traîne les pieds. Une fin d'après-midi nuageuse tombe sur Paris en ce 16 octobre. Ou peut-être était-ce même plus tard, le 17 ou le 18 au matin. On ne saura jamais. Le fossoyeur renâcle à venir accomplir la funèbre besogne ordonnée par la Convention. Il la facturera, dans quelques jours, à la date du 1er novembre : 15 livres 35 sols, sans compter l'achat de la bière au prix de 6 livres. Dans le cimetière de la Madeleine, proche de la Place de la Révolution, non loin de la sépulture où le ci-devant roi a été enseveli voici près de neuf mois, il découvre, abandonné, à demi dénudé et gisant dans l'herbe, la tête placée entre les jambes, le corps d'une femme : celui de la fille des Césars ! Ultime marque d'opprobre.

 

De mémoire d'homme, seul le tyran Créon avait osé infliger pareille déchéance posthume à Polynice, le frère d'Antigone. Après l'acharnement dans les privations, dans les supplices et les tourments, pareille vexation était-elle encore nécessaire pour abattre la ci-devant reine de France ?

 

« Pire que le régicide », jugera plus tard Napoléon !

 

À plus de deux siècles de distance, le procès des 14, 15 et 16 octobre 1793, condamnant Marie-Antoinette à la peine de mort, n'est pas clos. On attend toujours le verdict de la justice et de l'équité.

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Publié par Ingomer - dans Histoire
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9 octobre 2016 7 09 /10 /octobre /2016 13:40
Au Concile de Trente, les jésuites (Jacques Lainez, Alfonso Salmeron) affirmèrent contre les protestants que la faute du péché originel n'avait pas complétement détruit dans l'homme la faculté du libre arbitre et que les mérites du Christ et son amour pouvaient apporter cette "justification inhérente" qui permet d'espérer une pleine participation à la divinité du Fils.

Au Concile de Trente, les jésuites (Jacques Lainez, Alfonso Salmeron) affirmèrent contre les protestants que la faute du péché originel n'avait pas complétement détruit dans l'homme la faculté du libre arbitre et que les mérites du Christ et son amour pouvaient apporter cette "justification inhérente" qui permet d'espérer une pleine participation à la divinité du Fils.

Expansion de la Compagnie de Jésus et conceptions

 

Fondée par Saint Ignace de Loyola, la Compagnie de Jésus témoigna en Europe et plus encore en Asie ou en Amérique d'un respect pour les peuples et leurs cultures qui n'avait d'égal nulle part ailleurs.

 

En 1541, saint François-Xavier s'embarquait pour les Indes. En 1548, les jésuites débarquait au Maroc. En 1549, ils s'installaient au Brésil. En 1555, Jules III désignait plusieurs pères pour aller créer une hiérarchie catholique en Ethiopie. Ignace de Loyola leur conseillait de se faire éthiopiens avec les Ethiopiens.

 

Au Japon

 

En 1563, quinze ans après le départ de François-Xavier, la communauté catholique japonaise comptait 150 000 membres.

 

En Chine

 

En 1583, les pères Ruggieri et Ricci arrivaient en Chine à Tchao-Keou. Ils gagnent Nankin puis Pékin, possèdent une vaste culture encyclopédique; ils sont à l'avant-garde de leur époque pour les connaissances mathématiques, astronomiques et cosmologiques. Ils parlent et écrivent le chinois. Ils se sont rendus compte de la valeur humaine du confucianisme, religion de l'empereur et de l'élite du pays. Ils s'efforcent d'intégrer au christianisme un certain nombre de concepts confucéens de telle sorte que la révélation chrétienne puisse devenir une réalité intellectuelle pour cette élite.

Portrait de Matteo Ricci par le frère chinois Emmanuel Pereira

Portrait de Matteo Ricci par le frère chinois Emmanuel Pereira

Demeuré seul Ricci s'avança très loin dans cette voie, particulièrement dans le domaine de la liturgie qui est par excellence celui des symboles. Ayant adopté un nom chinois, il s'habillait à la manière des mandarins dont il respectait strictement les usages. Ses connaissances scientifiques et techniques lui valurent les faveurs de l'empereur et une influence si grande à la cour que lorsqu'il mourut en 1610 à Pékin, on lui fit des funérailles nationales.

 

Le Pere Ferdinand Verbiest.gif

Les jésuites, ses successeurs eurent la même ligne de conduite. Vers 1670, le jésuite flamand Ferdinand Verbiest devint président du tribunal mathématique. C'est lui qui modernisa l'observatoire de Pékin et fit traduire en chinois saint Thomas d'Aquin. Les jésuites brilleront également en médecine et obtiendront en 1692, après avoir guéri l'empreur Kang Hsi avec de l'écorce de quinquina ("l'écorce des jésuites"), l'autorisation de prêcher publiquement dans tout le pays. Vers 1700, il y avait plus de 300 000 Chinois baptisés et l'embryon d'un clergé indigène.

 

Jusqu'en 1680, cent soixante jésuites avaient réussi à atteindre la Chine pour y exercer leur activité. Or ils étaient partis six cents.

Aux Indes entre 1606 et 1656

Robert de Nobili, missionnaire jésuite parmi les brahmes d'Inde du Sud

Robert de Nobili, missionnaire jésuite parmi les brahmes d'Inde du Sud

Roberto de Nobili (1577-1656) était admis à Maduré dans la caste supérieure des brahmanes. Connaissant le sanskrit et le tamoul, il abandonna jusqu'à son nom pour se faire appeler Tatuva Podapar Suami, "le maître des 96 perfections du sage".

 

 

En 1609, 70 brahmanes de la province se convertirent au catholicisme sans avoir le sentiment d'être infidèles à l'enseignement des vedas ni renoncer à leurs pratiques rituelles (bains, encensement au santal, etc.)

 

A Lisbonne, le tribunal de l'Inquisition saisi de l'affaire par les adversaires de la Compagnie, donna raison à de Nobili.

Le pape Grégoire XV confirma le jugement et décida qu'il y aurait désormais plusieurs rites (c'est par impropriété de terme qu'on les a qualifiés de "rites malabars" au lieu de rites de Maduré).

 

Malheureusement, en 1780 en Chine, à la mort du père Martial Cibot, l'un des derniers jésuites qui survécurent quelques années en Chine après la destruction de leur ordre en 1773, la pénétration du christianisme avait été totalement interrompue dans les milieux lettrés du fait de l'interdiction par Rome en 1739 des rites locaux indiens malabars et chinois quelques années plus tard. Il faudra attendre 1942 pour que Pie XII, se référant explicitement à l'autorisation de Paul V en 1615, permît à nouveau de célébrer la messe en langue littéraire chinoise !

 

Actuellement les contacts de la Compagnie de Jésus avec la Chine continentale restent sporadiques.

 

 

Au Paraguay et en Uruguay, entre 1600 et 1725

 

La confusion est complète entre les pouvoirs religieux et civil. La politique est en fait dirigée de Madrid par le Conseil des Indes. La confusion du spirituel et du temporel, grave dans son principe et dans ses effets, recèle néanmoins ici quelques avantages. Les jésuites, en effet, ont reçu de Madrid la charge d'administrer les régions que n'habitaient pas encore les Blancs. Ils y jouissaient d'une large autonomie à laquelle ils devraient bientôt renoncer si les colons espagnols s'installaient. Or l'expérience leur montra les conséquences fâcheuses du contact entre indigènes et colons. Ces derniers, par leur racisme et leur avidité au gain, donnaient le plus mauvais exemple et ne provoquaient que ressentiment. Tout poussa donc ces évangélisateurs à perpétuer un isolement si favorable à leur dessein. Ainsi fondent-ils en 1610 le tout premier village chrétien composé uniquement d'Indiens guaranis, la "réduction" de Saint-Ignace.

 

En 1700, il y aura trente réductions d'environ 3000 à 4000 habitants. Ces villages où les Européens n'étaient donc pas admis étaient tous constitués sur le même modèle: l'église et la résidence des pères était construite au centre; autour étaient installées l'école et les bâtiments sociaux, puis venait le cercle des habitations (une par famille), enfin, à la périphérie, il y avait les ateliers. Au-delà, les terres labourables étaient propriété collective. Le maire, indigène, était élu par les habitants. La justice était rendue par les jésuites, la peine la plus grave étant l'expulsion du village. Ces petites républiques guaranis formaient un véritable Etat jésuite, à la fois collectiviste et théocratique. Elles prospérèrent jusqu'au jour où un accord conclu entre l'Espagne et le Portugal fera passer treize des plus importantes réductions sous l'autorité fort peu libérale du gouvernement de Lisbonne. La rébellion indienne qui suivra l'emprise maladroite des fonctionnaires portugais sera imputée aux jésuites. Quant aux réductions demeurées sous la tutelle espagnole, elles tomberont après la dissolution de la Compagnie de Jésus en des mains peu scrupuleuses qui les exploiteront sans vergogne et l'aventure se terminera misérablement.

 

Les jésuites partirent en mission également en Turquie, au Moyen-Orient.

 

Au Canada et en Amérique du Nord de 1634 à 1760 : c'est notamment les Saints Martyrs Canadiens, missionaires († 1642/1649), Jean de Brébeuf, Isaac Jogues, Gabriel Lalemant, Charles Garnier, Antoine Daniel, Noël Chabanel, René Goupil, Jean de la Lande, Patrons du Canada.

 

La Compagnie utilisait les cultures locales pour donner à l'Evangile et à la foi un support, une expression, un langage qui soient compris des populations. Cet effort pour intégrer au christianisme des civilisations exotiques (que reprend saint François-Xavier) avait été jadis celui de l'Eglise palestinienne à l'égard de Rome ou celui des premiers évangélisateurs de la Gaule, saint Martin, saint Hilaire qui firent construire des lieux de culte catholiques sur d'anciens sanctuaires druidiques.

 

La concordance du libre-arbitre avec les dons de la grâce (Luis Molina)

 

Au XVIe siècle, la Compagnie de Jésus arrivait dans un contexte où les conceptions luthérienne et calvinienne du péché originel faisaient prévaloir l'idée que la faute initiale de l'humanité (péché originel) avait totalement détruit dans l'homme la faculté du libre arbitre et vicié toutes ses entreprises à la base. Luther affirmait que nul homme ne pouvait être "juste" aux yeux de Dieu. Même baptisé et élu, disait-il, un chrétien conserve sa tare fondamentale de pécheur. Au contraire de cette position, les Jésuites (Jacques LainezAlfonso Salmeron, Luis Molina) affirmaient que la faute du péché originel n'avait pas complétement détruit dans l'homme la faculté du libre arbitre et que les mérites du Christ et son amour pouvaient apporter cette "justification inhérente" qui permet d'espérer une pleine participation à la divinité du Fils. Sous l'influence directe de saint Ignace de Loyola, l'humanité recevait une promesse inouïe de divinisation par la voie même du Concile de Trente (1542-1563) qui proclama que tout homme, fût-il non baptisé, avait la possibilité d'agir sans déplaire à Dieu.

Pendant le Concile de Trente, de Lainez et Salmeron au belge Lessius en 1587, et aux espagnols Molina, Banez ou Escobar, cible préférée de Pascal, les jésuites s'efforcèrent d'affirmer la prééminence de la liberté humaine contre des doctrines, souvent défendues par l'ordre rival des Dominicains, qui tendaient à subordonner au bon vouloir divin l'exercice du libre arbitre humain. Ces débats nous font maintenant l'impression d'un dialogue de sourds car les interlocuteurs ne parlaient pas de la même chose. Les jésuites, bien entendu, ne mettaient pas en question la toute-puissance de Dieu comme on les en accusait, ni le "néant" de la créature réduite à elle-même. Ils se contentaient de reconnaître implicitement ce qu'admettent aujourd'hui la plupart des théologiens, à savoir que cette toute-puissance ne s'exerce que dans le sens de l'Amour infini. L'homme, certes, ne peut se sauver que par la grâce de Dieu, mais cette grâce ne lui est jamais refusée. Dans le mécanisme du salut, c'est donc la volonté de l'homme qui est "souveraine" : elle, seule, peut faire obstacle à un Dieu qui ne se refuse pas (en enfer, il n'y a que des volontaires, pourrait-on résumer).

 

La doctrine inverse (défendue par les protestants et les jansénistes), qui subordonnait au bon vouloir divin l'exercice du libre arbitre aurait pu être le rappel d'une vérité évidente dans l'ordre de l'ontologie. Mais elle n'avait de sens que si elle supposait un Dieu qui ne veut pas le salut de tous les hommes. La logique de cette doctrine conduira les jansénistes à défendre contre les jésuites la thèse de la prédestination.

 

Les conceptions jansénistes ne pouvaient être que méfiantes, voire hostile à l'égard des cultures locales et profanes alors que les conceptions jésuites sur le libre arbitre et la "justification" portaient la marque foncièrement prophétique, accueillante et optimiste de la Compagnie de Jésus. Cette porte ouverte sur l'humanité non chrétienne permit à la Compagnie d'adopter des coutumes, des symboles et même des liturgies que l'on considérait jusqu'alors comme païennes, c'est-à-dire foncièrement mauvaises.

 

Cette audace lui fit adopter (dans la liturgie) les langues et les coutumes exotiques de ces peuples et qu'elle appliqua à la confession pour l'appréciation des cas de conscience (casuistique) faillit lui coûter la vie. En 1773, le pape Clément XIV, cédant à la pression des Bourbons de France, d'Espagne et de Naples, décidera de suspendre ses activités pour des motifs qui n'avaient rien à voir avec la Foi (voir plus bas).

 

Pendant plus de deux siècles, le jansénisme a profondément marqué le catholicisme français. Son rigorisme a été repris et adopté par le clergé qui a écarté des sacrements une grande partie des croyants et arraché de leur esprit la figure du Christ miséricordieux au profit d'un Dieu vengeur. La confession a été le lieu de ce véritable drame qui a éloigné les uns de la religion et a stérilement culpabilisé les autres. La question du délai ou du refus de l'absolution a constitué l'enjeu de ce que l'on a appelé improprement la querelle du laxisme; des millions d'hommes et de femmes en ont été les victimes.

 

C'est l'assemblée du clergé dominée par Bossuet et réunie à Saint-Germain-en-Laye, qui, en 1700, orienta l'Eglise gallicane vers un rigorisme qui, sur le plan de la fréquentation des sacrements, n'avait rien à envier à celui de Port-Royal. Bossuet, tout en rejetant la doctrine janséniste, n'hésitait pas à en approuver la rigueur envers les pécheurs. Si le régime de l'absolution refusée, ou différée (quelques fois pendant plusieurs années) s'est implanté, c'est à lui et à l'assemblée de clergé gallican qu'on le doit. Sous leur influence, les évêques de France et les confesseurs refuseront l'absolution à des pécheurs repentants et "en progrès", parce que la sincérité de leur contrition n'est pas certaine. Le délai d'absolution était encore recommandé par les manuels des séminaires au milieu du XIXe siècle. On devra attendre 1832 et la publication par l'abbé Thomas Gousset (futur cardinal) d'une Justification de la Théologie morale de saint Alphonse de Liguori (fondateur de l'ordre des Rédemptoristes) pour que le clergé de France commence à en revenir à une tradition évangélique, qui se matérialisera plus tard dans la recommandation de la pratique fréquente de l'Eucharistie. C'est Thomas Gousset, alors prefesseur au séminaire de Besançon, qui s'attaquera d'une manière décisive aux doctrines rigoristes et permettra leur reflux. C'est aux pécheurs récidivistes les plus enfoncés dans leurs faiblesses qu'il faut rendre facile l'accès à la confession, un "aliment pour les faibles" dira le pape jésuite François dans son Exhortation évangélique Evangelii Gaudium, n°47 (sur le fondement de saint Ambroise, De sacramentis, IV, 6, 28 : PL 16, 464 ; SC 25, 87 : « Je dois toujours le recevoir pour que toujours il remette mes péchés. Moi qui pèche toujours, je dois avoir toujours un remède » ; IV, 5, 24 : PL 16, 463 ; SC 25, 116 : « Celui qui a mangé la manne est mort ; celui qui aura mangé ce corps obtiendra la rémission de ses péchés ». saint Cyrille d’Alexandrie, In Joh. Evang. IV, 2 : PG 73, 584-585 : « Je me suis examiné et je me suis reconnu indigne. À ceux qui parlent ainsi je dis : et quand serez-vous dignes ? Quand vous présenterez-vous alors devant le Christ ? Et si vos péchés vous empêchent de vous approcher et si vous ne cessez jamais de tomber – qui connaît ses délits ?, dit le psaume – demeurerez-vous sans prendre part à la sanctification qui vivifie pour l’éternité ?). Au XIXe siècle, le point de vue de saint Alphonse de Liguori et du cardinal Gousset était celui des jésuites au XVIIe. Il allait exactement à l'encontre de la morale janséniste et gallicane du clergé français. C'était la faculté pour le confesseur de tenir compte des situations; de ne pas décourager le repentir par une exigence qui serait conforme aux principes moraux, mais inapplicable. C'est faire confiance au discernement humain et à la miséricorde divine; en deux mots : à la raison et à la grâce. Cette voie était celle d'Ignace de Loyola et ce sera l'un des mérites des jésuites que d'avoir contribué à la rouvrir à la suite d'Alphonse de Liguori et contre l'école des moralistes religieux français du XVIIIe siècle.

 

Leurs adversaires au XVIIe siècle trouvèrent en Blaise Pascal un polémiste de génie qui sut faire descendre le débat du plan théologique où il se situait au niveau de la morale pratique, domaine dans lequel la Compagnie était beaucoup plus vulnérable pour avoir voulu donner forme écrite et systématiser ce qui ressortissait à la seule conscience du confesseur. Le succès des Lettres à un Provincial contribua à imposer dans l'esprit public une caricature du jésuite qui n'est pas encore totalement effacée.

 

Rôle des jésuites dans l'éducation et l'enseignement

 

http://www.jesuites.com/histoire/saints/images/pierrecanisius.jpgLe jésuite Pierre Canisius organisa la défense de l'Eglise par le livre et l'école. Chacun des grands collèges créés par lui devint un centre de résistance aux thèses luthériennes et calvinistes. Canisius n'avait à son arrivée en Allemagne en 1550 que deux compagnons pour le seconder. Près de mille deux cents jésuites y exerçaient leur activité trente ans plus tard. Et dans toute l'Europe, suivant une ligne stratégique qui traversait le nord de la France, la Belgique, l'Allemagne, la Hongrie et la Pologne, furent fondés les universités et les collèges de la Contre-Réforme.

 

"Le triomphe de la papauté, a estimé l'historien anglais Macaulay, a été dû principalement à un grand reflux de l'opinion publique... Cinquante ans après la séparation des luthériens, a-t-il écrit, le catholicisme pouvait à peine se maintenir sur les rives de la Méditerranée. Cinquante ans plus tard, le protestantisme pouvait à peine se maintenir sur les rives de la Baltique."

 

Ce résultat fut, en grande partie, l'oeuvre de la Compagnie de Jésus, de ses collèges, de ses prédicateurs, de ses théologiens.

 

Dès 1590, les jésuites consacraient plus des trois quarts de leur activité à la formation des jeunes. L'accent était mis sur les humanités gréco-latines parce qu'elles constituaient alors la culture de l'honnête homme. Diverses congrégations plus ou moins liées à la Compagnie permettaient à celle-ci d'étendre son influence au-delà de la sphère universitaire. Charles Borromée, auteur du fameux catéchisme connu sous le nom de Catéchisme du Concile de Trente (1566), fut un de leurs membres et contribua à l'installation des jésuites dans les cantons catholiques de Suisse. C'est sur son insistance que le pape Clément XIII ordonna à la Compagnie de fonder des collèges à Lucerne et à Fribourg (en Suisse).

 

Un tel développement et une telle influence devait fatalement inquiéter les pouvoirs régants et la Compagnie aura longtemps à souffrir de leur méfiance.

 

Pourtant, dès l'origine, elle tentera de se prémunir contre l'hostilité des princes en interdisant formellement à ses membres de se mêler de la politique intérieure des pays.. L'auteur de cette consigne, le père Claudio Aquaviva, cinquième général de l'ordre (1581), ira même plus loin en conseillant au pape de se soumettre aux injonctions de la République de Venise qui exigeait l'expulsion des jésuites comme condition de sa fidélité aux Saint-Siège.

 

En France, les jésuites, comme serviteurs de la papauté ne pouvaient qu'être suspects aux yeux du Parlement gallican et de la Sorbonne. Néanmoins, vers 1610, au nombre de 1400 environ, ils possédaient déjà trente-six collèges, l'un des plus célèbres étant celui de La Flèche où sera formé Descartes.

 

Rôle des Jésuites dans la défense de "l'unité du peuple français et pour l'extension du pouvoir monarchique"

 

On trouve dans l'ouvrage "Histoire du Peuple français, De la Régence aux trois Révolutions", de Pierre Lafue quelques développements instructifs sur le rôle positif des Jésuites dans la défense de "l'unité du peuple français et pour l'extension du pouvoir monarchique" contre les Gallicans et les Jansénistes au XVIIIe siècle.

 

Ainsi, "lors de la réaction des ordres privilégiés, ont-ils été l'objet de l'hostilité de nombreux prélats - particulièrement des 6 cardinaux jansénistes dont le Cardinal de Noailles, archevêque de Paris, est le chef relativement modéré. En outre, l'Université et le Parlement se sont prononcés contre les partisans de l'ultramontanisme (les jésuites NDLR.).

 

... La coalition formée contre eux va toutefois demeurer assez longtemps impuissante par suite de l'attitude du roi qui leur sait gré, non seulement de fournir des confesseurs à toute sa famille, mais encore de désavouer la coterie parlementaire dressée contre le trône qui a tenté d'imposer la loi commune en matière d'impôt." [6]

 

 

La Compagnie de Jésus, cible de la franc-maçonnerie

 

Le Principal ministre de Louis XV entre 1758 et 1770, le comte de Choiseul, "allié des magistrats, fera alors pression pour obtenir l'expulsion des Jésuites." [7]

 

Comme par hasard, Choiseul était franc-maçon, "Vénérable de la Loge Les Enfants de la Gloire" en 1761 [8].

 

Tout en se disant "l'artisan du renouveau français et de la revanche contre l'Angleterre" [9], cet esprit des Ténèbres qui s'illustrait dans la destruction méthodique de la Nouvelle-France (Amérique française), était lié aux "philosophes" [10], et il était le complice des Parlements dans leur obstruction au roi... [11]

 

Les jésuites subirent ainsi les attaques conjuguées des jansénistes, des gallicans, des parlementaires et des "philosophes" de l’"Encyclopédie".

 

Le 6 août 1761, le parlement de Paris ordonna que les écrits de 23 jésuites dont Bellarmin, Toledo et Lessius fussent bannis comme "contraires à la morale et nuisibles à la jeunesse". Interdiction leur fut faite de recevoir des novices. Dans les villes où existaient d’autres écoles, les collèges jésuites durent fermer le 1er octobre 1761, et ailleurs ils furent fermés en avril 1762. Louis XV, favorable aux jésuites, intervint plusieurs fois, temporisa et obtint quelques délais. Cela tourna au conflit politique entre le parlement et le roi. Des compromis successifs, tous à tendance gallicane (pratiquement une séparation vis-à-vis de Rome), furent proposés aux jésuites et furent rejetés comme inacceptables.

 

Défiant le roi, le parlement de Paris, le 6 août 1762, déclara que la Compagnie de Jésus "nuit à l’ordre civil, viole la loi naturelle, détruit la religion et la moralité, corrompt la jeunesse" et la bannit de France. Certains parlements régionaux (comme celui de Flandre) refusèrent d’emboiter le pas ; la plupart temporisèrent. Le roi, de nouveau, obtint un délai. Mais malgré l'intervention du pape Clément XIII, pape de 1758 à 1769 qui défendit vigoureusement la Compagnie de Jésus, il dut finalement s’incliner tout en mitigeant les mesures prises. En novembre 1764, Louis XV édicta ce qui devint la mesure pour toute la France : la Compagnie de Jésus était proscrite en France, et ses biens étaient confisqués. Les jésuites furent cependant autorisés à y demeurer comme "bons et fidèles sujets", sous l’autorité des évêques. Les jésuites anglais de Saint-Omer durent également partir : ils s’installèrent dans les Pays-Bas méridionaux (alors autrichiens).

 

Si l’exécution de l’édit royal se passa moins dramatiquement qu’au Portugal les conséquences en furent tout aussi graves. L’enseignement en France fut désorganisé, de nombreux jésuites ayant choisi de partir en exil. Outremer, les missions des jésuites français furent confiées aux pères de Missions étrangères de Paris, mais ils ne suffisaient pas à la tâche. De nombreux postes furent fermés.

 

L'alliance de circonstance entre jansénistes, gallicans et philosophes des Lumières eut raison des jésuites. En 1761, dans une lettre à Voltaire, D’Alembert écrivit : "Que la canaille janséniste nous débarrasse des polissons jésuites. Ne fais rien pour empêcher que ces araignées se dévorent les unes les autres". En 1763 il triompha : "Les jésuites étaient les troupes régulières et disciplinées luttant sous l’étendard de la Superstition […] Les jansénistes ne sont que des cosaques dont la Raison va vite se débarrasser maintenant qu’ils doivent se battre seuls."

L’"affaire Lavalette" (scandale financier à la suite de la banqueroute du prêtre jésuite Antoine Lavalette) contraint Louis XV à interdire la Compagnie et à la bannir de France en 1763-1764, en fermant ses deux cents collèges. Déjà chassés du Portugal en 1759 par le ministre portugais franc-maçon, le marquis de Pombal, ils le furent encore d'Espagne en 1767 et du duché de Parme et de Plaisance en 1768. Cependant le roi Stanislas, avant 1766, les accueillit dans son duché de Lorraine, resté théoriquement indépendant du royaume de France.

 

Supérieur des Missions Françaises de l'Amérique du Sud en 1754, mais avec un ordre explicite d'arrêter toute entreprise commerciale, le Père Antoine Lavalette ignora cet ordre et poursuivit sa compagnie commerciale. Quelque temps plus tard, il emprunta pour acheter des terres. Or une épidémie en 1756 décima les ouvriers qui devaient les défricher et les mettre en culture pour exploiter la canne à sucre puis plusieurs de ses navires furent saisis par les pirates anglais à leur retour en Europe. La guerre de Sept Ans interrompant le trafic de sa maison de commerce avec la métropole, cette dernière fit faillite qui s'élevait à deux millions quatre cent mille livres. Deux de ses créanciers, de gros négociants marseillais, Gouffre et Lionci, poursuivirent La Valette devant le parlement à Aix qui le condamna. Le provincial des Jésuites fit appel, l'affaire remonta au Parlement de Paris. Ce dernier sous prétexte de se prononcer sur cette simple faillite, ordonna aux Jésuites de déposer au greffe un exemplaire des Constitutions de leur ordre et prononça un arrêt le 6 août 1762 qui déclarait la Compagnie de Jésus "inadmissible par sa nature dans tout État policé". [12]

 

Fritz Hochwälder a popularisé leur tragédie dans sa pièce Sur la terre comme au Ciel, véritable drame de l'obéissance. Les jésuites étaient soupçonnés à juste titre de fidélité romaine. La soumission ne leur épargna pas le bannissement qui précédera de peu la dissolution de la Compagnie !

 

L'opposition des cours européennes fut si forte que le pape Clément XIV en vint, le 21 juillet 1773, à supprimer la Compagnie de Jésus partout dans le monde ; c'est le bref Dominus ac Redemptor, qui dit que la Compagnie a souvent été sévèrement critiquée (mais ne dit pas si ces critiques étaient justifiées ou pas).

 

Leur salut viendra de l'Est. En Russie, la tsarine orthodoxe Catherine II interdit la promulgation de la bulle papale, et en Prusse le roi protestant Frédéric II fit de même, heureux de marquer sa désapprobation au Pape, tout en profitant de l'aubaine que constituaient tous ces savants et ces professeurs pour organiser l'enseignement et la recherche dans ses États.

 

En France, les maisons d'éducation des Jésuites furent fermées, et cette victoire fut représentée audacieusement par les partisans de l'opposition à la monarchie comme une mesure 'libérale'... [13] Dans sa lutte pour la domination politique, l'oligarchie parlementaire s'appuyait sur la secte religieuse des Jansénistes, grâce à laquelle elle s'est emparée de l'opinion publique, qui sans cela n'eût sans doute pas été abusée par son faux libéralisme.

 

La calomnie joua son rôle. On réédita de prétendus statuts secrets, Monita Privata Societatis Jesu, imprimés à Cracovie en 1614. Ce document republié sous le titre Monita Secreta, voulait prouver les visées temporelles (pouvoir, domination) de la Compagnie de Jésus. Il s'agissait d'un faux dont l'auteur était un ex-jésuite polonais, Jérôme Zahorowski. [14]

 

Au XVIIIe siècle toute la magistrature était devenue janséniste. C'est cette secte religieuse, alliée de la franc-maçonnerie qui empêchera toute saine réforme de l'Etat royal et obstruera la volonté du roi d'établir l'égalité devant l'impôt et sera à l'origine de la Révolution dite française.

 

Lire : La guerre des juges contre l'Eglise et la monarchie au XVIIIe siècle (Marion Sigaut)

 

La politique de la Compagnie au-delà des mers fit éclater la crise. Les jésuites ayant toujours défendu les droits et valeurs des civilisations indigènes sur les territoires de leurs missions, leur attitude, combattue par les protestants et les jansénistes, provoqua la haine des colons, commerçants ou négriers des possessions d'Asie, d'Afrique et d'Amérique, et n'avait pas été complètement comprise par Rome.

 

Restauration de la Compagnie et nouveaux ennuis

 

Après les guerres napoléoniennes, le climat politique changea. Les monarques qui avaient expulsé les Jésuites n'étaient plus au pouvoir. Le pape Pie VII procèda à la restauration universelle de la Compagnie en promulguant le décret Sollicitudo omnium ecclesiarum (en français: la sollicitude pour toutes les Églises) du 7 août 1814.

 

Pie VII avait d'abord discrètement approuvé son existence en Russie (bref Catholicae fidei du 7 mars 1801) et dans le royaume de Naples en 1804.

 

Le 7 août 1814, le pape Pie VII célébra une messe solennelle dans l'église du Gesù à Rome où se trouve le tombeau de saint Ignace, le fondateur de la Compagnie de Jésus. Ensuite, il fit lire la bulle qui autorisait à nouveau l'existence de l'Ordre dans le monde entier. En même temps, il nomma le supérieur des jésuites de Russie, Tadeusz Brzozowski, "Supérieur général de la Compagnie de Jésus". La Bulle fut promulguée le lendemain, le 8 août.

 

En 1828 néanmoins, Charles X expulsa les jésuites. De 1835 à 1845, la Compagnie se développa jusqu'à ce que Louis-Philippe et la Deuxième république leur imposent de nouvelles épreuves. Le Second empire et les tout débuts de la Troisème république seront une période plus heureuse.

 

En 1880, lorsque Jules Ferry ordonna le 29 mars la "dissolution et l'évacuatio" des collèges que la Compagnie de Jésus "occupe sur la surface du territoire d ela République", ceux-ci étaient au nombre de 29.. Ils enseignaient près de 11 000 élèves et réunissaient 815 professeurs.

 

Le conservatisme des jésuites était l'objet des quolibets des polémistes et des attaques d'un Edgar Quinet ou d'un Jules Michelet qui dénonçaient le "jésuitisme" et s'en prenaient aux visées "secrètes" de la Compagnie.

 

Précisons simplement que les Constitutions de l'Ordre, dont le document définitif n'a été promulgué qu'en 1594, ont subi de nombreuses modifications car la souplesse est une marque de la Compagnie qui a toujours su rester maîtresse de sa règle fondamentale, notamment par des décrets qui vinrent périodiquement en corriger les archaïsmes. Les Constitutions ne devaient pas être considées comme une loi figée. Chaque congrégation avait le pouvoir de modifier les Constitutions, de les compléter et même de les abroger... Cette charte est donc loin d'avoir le caractère sacré d'autres documents du même genre, par exemple les Constitutions d'Anderson, qui fondent les loges maçonniques.

 

Bien des adversaires de bonne foi ignorent encore, par exemple, que "les Constitutions n'obligent pas sous peine de péché." Autrement dit, leur violation par un jésuite n'est pas en soi une faute aux yeux de Dieu. Cette disposition relativise considérablement les règles de l'Ordre, y compris, évidemment, celles qui impliqueraient les visées "secrètes" de la Compagnie...

 

Aujourd'hui: les attaques et les calomnies contre les Jésuites persistent

 

La Compagnie de Jésus est accusée d'être à l'origine du Nouvel ordre mondial.., au prétexte qu'un ex-jésuite fonda l'ordre maçonnique des Illuminati.

 

Or, Adam Weishaupt, le fondateur des Illuminati, était né dans une famille juive le 6 février de 1748 à Ingolstadt. Converti, il devint jésuite. Il tomba dans la pratique de la sorcellerie et se sépara de l'Eglise. Professeur de droit à l'Université d'Ingolstadt en Allemagne, il fut accepté dans la franc-maçonnerie en 1778; mais il avait créé deux ans plus tôt l'ordre occulte des Illuminati, les Illuminés, ceux qui ont la lumière, ceux qui savent (Illuminisme) en copiant certains statuts des Jésuites. Il croyait être appelé à "régénérer" l'humanité. L'Abbé Barruel, prêtre jésuite, dans ses Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme (1798), indique que "dans les jours où ce conspirateur (Weishaupt) conçut ses projets (+) il ne connaissait point encore l'objet de la Franc-Maçonnerie: il savait seulement que les Francs-Maçons tenaient des assemblées secrètes: il les voyait unis par un lien mystérieux, se connaissant pour frères à certains signes, à certaines paroles, de quelque nation & de quelque religion qu'ils fussent..." (Augustin Barruel, Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, 1798, t. III, p. 13) Weishaupt recruta à Weimar, le duc Charles-Auguste (Eschylus), Goethe (Abaris), Herder (Damasus pontifex), Shardt (Appollonis), von Fritsh (Werner), le duc Ernest II de Saxe-Cobourg-Gotha, le baron de Dalberg, le duc Ferdinand de Brunswick, le comte (futur prince) de Metternich.

 

De nos jours, les attaques et des diffamations faites par la franc-maçonnerie contre les jésuites continuent par tous les moyens (média, musiques).

 

Sources

 

[6] Histoire du Peuple français, De la Régence aux trois Révolutions, Pierre Lafue, Nouvelle Librairie de France, tome 3, Paris 1960, p. 36, 37

[7] Histoire du Peuple français, De la Régence aux trois RévolutionsPierre Lafue, ibid., p. 37

[8] Sur l'appartenance maçonnique de Choiseul : Grande Loge Suisse Alpina http://www.freimaurerei.ch/f/alpina/artikel/artikel-2006-4-01.php
[9] Choiseul avait "en réalité, par calcul personnel,[...] laissé la crise morale et institutionnelle se développer jusqu'à mettre le royaume en péril" : Pierre PLUCHON, Histoire de la colonisation française, tome 1er, Le Premier empire colonial, Des origines à la Restauration, Fayard, Saint-Amand-Montrond 1996, p. 294.

[10] Pierre GAXOTTE de l'Académie française, Le siècle de Louis XV, Texto, Paris 2015, p . 295.

[11] Choiseul "de coeur avec les Parlements et presque leur complice" in P. GAXOTTE, ibid., p. 343.

[12] François Ribadeau Dumas, Grandeur et misère des Jésuites, Dervy, 1994, p. 262

[13] Histoire du Peuple français, De la Régence aux trois RévolutionsPierre Lafue, ibid., p. 37

[14] Alain Guichard, Les Jésuites, Club français du livre, Editions Grasset et Fesquelle, Ligugé 1974, p. 70

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Publié par Ingomer - dans Histoire
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23 septembre 2016 5 23 /09 /septembre /2016 20:12

Petite leçon d’histoire à l’adresse de Mgr Eychenne, Evêque de Pamiers, qui s’autorise à demander pardon au nom de l’Eglise (de quel droit ?) pour le massacre des Cathares au XIIIe siècle.

Résumons-lui les faits :

Au IIe siècle, Marcion avait affirmé qu’il existait deux dieux : celui, terrible et cruel, de l’Ancien Testament et le Dieu d’Amour du Nouveau Testament.

Au IIIe siècle, Manès reprend les enseignements de Marcion pour développer l’idée selon laquelle la matière est une création de Satan tandis que l’esprit est l’œuvre de Dieu.

Le Catharisme du XIIIe siècle sort en droite ligne de ces deux erreurs mais les aggrave : les Cathares, en effet, veulent purifier le christianisme en proie aux scandales et aux misères physiques et morales de la société grâce à une sorte de suicide collectif permettant d’échapper à l’emprise de la matière satanique. Dès le XIIe siècle, leur doctrine se répand dans les régions de Toulouse et du Lauraguais où ils sont désignés sous le nom d’ “Albigeois”. Mais on les retrouve aussi sous d’autres appellations en Bulgarie, en Aragon, dans le Brabant... où ils saccagent les églises et prennent d’assaut les villes demeurées catholiques.

Enferrés dans leurs erreurs qui deviennent des dogmes à leurs yeux, les Cathares enseignent :

- que la création matérielle est l’œuvre de Satan,

- que les misères peuvent être guéries pas la négation de la vie,

- que le mariage doit être condamné puisqu’il mène à perpétuer la race humaine,

- que le suicide est conseillé,

- que pour ne pas consolider la société, il faut éviter de travailler,

- que l’Eglise catholique romaine doit être combattue,

- que le libertinage est permis puisqu’il conduit à détruire la famille construite sur la notion de fidélité.

S’ensuivent les conséquences suivantes :

- sur le plan théologique, il est enseigné que l’Incarnation et la Résurrection ne sont que des illusions,

- sur le plan moral, la débauche prend des proportions telles que les enfants bâtards abandonnés après leur naissance ne se comptent plus et que les femmes enceintes sont accusées de porter l’enfant du démon ; parallèlement, les suicides prennent l’allure d’une véritable épidémie,

- sur le plan juridique, toutes les institutions civiles sont sapées puisqu’il ne saurait être question de prêter serment,

- sur le plan religieux enfin, en Aquitaine et en Languedoc les églises sont vides : les baptême et l’Eucharistie ne sont plus célébrés ; à l’article de la mort, le Cathare reçoit le “consolamentum” d’un adepte appelé “Parfait”. Il s’agit d’un geste qui n’a aucun sens.

Au début du XIIIe siècle, au temps de S. Dominique, les Cathares sont implantés dans une région qui va de Bordeaux à Marseille, des Pyrénées à l’Auvergne. Avec les grands seigneurs gagnés à leurs idées, ils forment une contre-Eglise qui possède sa hiérarchie, ses couvents, son culte, ses docteurs et dans laquelle on pratique la spoliation des biens ainsi que les assassinats.

Totalement terrorisé, le clergé demeuré catholique ne réagit plus.

S. Dominique, usant de douceur et de patience, remporte quelques succès qui exaspèrent les Cathares les plus fanatisés se conduisant comme des fous furieux qui pillent et tuent.

Quant à l’horrible “Croisade des Albigeois”, dont on ne rappelle généralement qu’un épisode alors qu’elle en compte trois, elle est le fait non de l’Eglise qui a usé de patience, mais de guerriers du nord de la France trop heureux d’avoir trouvé un prétexte pour régler un vieux compte de suprématie politique avec les seigneurs du Midi devenus hérétiques et menaçant pour le royaume.

 

Nous ne saurions assez conseiller à Mgr Eychenne de revoir ses cours d’Histoire et, en passant, de théologie.

Les cathares - petite leçon d'histoire
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2 septembre 2016 5 02 /09 /septembre /2016 14:58
[Mensonge républicain] Voltaire : "Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites…"

« Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire. » Qui donc n’a jamais lu ou entendu cette fameuse citation que d’aucuns attribuent à Voltaire ?

 

Peut-être le saviez-vous, Voltaire ne l’a ni écrit… ni même pensé ! L’erreur sur la paternité de cette citation se nourrit d’un mensonge beaucoup plus grand : l’image - distillée par l’école républicaine - d’un philosophe tolérant et généreux proclamant la liberté contre l’obscurantisme.

 

D’où vient cette maxime ? Que pense réellement Voltaire et son siècle ?

 

L’ouvrage Voltaire, Œuvres Complètes explique :

 

« Certains commentateurs[1], prétendent que cette citation est extraite d’une lettre du 6 février 1770 à un abbé Le Riche où Voltaire écrivait : « Monsieur l’abbé, je déteste ce que vous écrivez, mais je donnerai ma vie pour que vous puissiez continuer à l’écrire. » En fait, cette lettre existe, mais la phrase n’y figure pas, ni même l’idée. Le Traité de la tolérance auquel est parfois rattachée la citation ne la contient pas non plus. De fait, la citation est absolument apocryphe (elle n’apparaît nulle part dans son œuvre publiée) et trouve sa source en 1906, non dans une citation erronée, mais dans un commentaire de l’auteure britannique Evelyn Hall, dans son ouvrage The Friends of Voltaire, où pensant résumer la posture de Voltaire à propos de l’auteur d’un ouvrage publié en 1758 condamné par les autorités religieuses et civiles, elle écrivait « « I disapprove of what you say, but I will defend to the death your right to say it », was his attitude now. »[2]

 

La maladresse de l’auteur britannique Evelyn Hall dans l’usage des guillemets répandit à tort cette déclaration. Le professeur Marjorie Garber de l’Université d’Harvard rapporte à sujet :

 

« Interrogée à propos de la citation plusieurs années après la publication de son livre, Hall expliquait qu’elle ne voulait pas sous-entendre que Voltaire utilisa textuellement ces mots et qu’elle serait très surprise si cette citation se retrouvait dans ses œuvres. »[3]

 

Que Voltaire n’ait jamais exhorté un abbé à exprimer sa pensée, voilà chose démontrée. Dès lors, la vertu de tolérance enseignée par la République dans les pas de Voltaire est-elle intéressée ou objective ? Voici, pour éclairer votre jugement, un florilège de phrases tracées sous la plume de Voltaire, révélant non ce qu’il prétend mais ce qu’il pense : mépris pour le peuple, les races et les femmes :

 

1/ Le peuple…

 

« Le peuple est entre l’homme et la bête ».

 

« La multitude des bêtes brutes appelées hommes, comparée avec le petit nombre de ceux qui pensent, est au moins dans la proportion de cent à un chez beaucoup de nations. »

 

« Ce monde ci (il faut que j’en convienne) est un composé de fripons, de fanatiques et d’imbéciles, parmi lesquels il y a un petit troupeau séparé qu’on appelle la bonne compagnie ; ce petit troupeau étant riche, bien élevé, instruit, poli, est comme la fleur du genre humain ; c’est pour lui que les plaisirs honnêtes sont faits. »

 

« Nous n’avons de compatriotes que les philosophes, le reste n’existe pas. »

 

« L’essentiel est d’être bien avec soi-même, et de regarder le public comme des chiens qui tantôt nous mordent, et tantôt nous lèchent. »

 

2/ Les races…

 

« La lèpre, ainsi que le fanatisme et l’usure, avait été le caractère distinctif des Juifs. » Les juifs forment « de tous les peuples, le plus grossier, le plus féroce, le plus fanatique, le plus absurde. »

 

« C'est à regret que je parle des juifs : cette nation est, à bien des égards, la plus détestable qui ait jamais souillé la terre ».

 

« La maladie des systèmes peut-elle troubler l’esprit au point de faire dire qu’un Suédois et un Nubien sont de même espèce ? »

 

« Le blanc qui le premier vit un nègre fut bien étonné ; mais le premier raisonneur qui dit que ce nègre venait d’une paire blanche m’étonne bien davantage, son opinion est contraire à la mienne ».

 

« Il y a des races jaunes, rouges, grises. (…) Tous sont également hommes mais comme un sapin, un chêne et un poirier sont également arbres ».

 

« Notre aumônier prétend que les Hottentots, les Nègres et les Portugais descendent du même père. Cette idée est bien ridicule ».

 

« La race des nègres est une espèce d’hommes différente de la nôtre, comme la race des épagneuls l’est des lévriers (…). [L]a forme de leurs yeux n’est point la nôtre ; leur laine noire ne ressemble point à nos cheveux, et on peut dire que si leur intelligence n’est pas d’une autre espèce que notre entendement, elle est fort inférieure : ils ne sont pas capables d’une grande attention ; ils combinent peu, et ne paraissent faits ni pour les avantages ni pour les abus de notre philosophie. Ils sont originaires de cette partie de l’Afrique, comme les éléphants et les singes (…) ».

 

3/ Les femmes…

 

« Sur cent mâles il s’en trouve à peine un qui ait du génie ; sur cinq cents femelles à peine une ».

 

« Quant à la supériorité de l’homme sur la femme, c’est une chose entièrement naturelle (…). Les hommes en général ont des organes plus capables d’une attention suivie que les femmes, et sont plus propres aux travaux de la tête et du bras ».

 

« Les guerres qui sont le plus horrible fléau du genre-humain, laissent en vie l’espèce femelle qui le répare. »

 

Qui donc peut encore louer la tolérance de Voltaire ?

 

Joseph Colombe

 

Pour aller plus loin :

 

Xavier Martin, Voltaire méconnu : Aspects cachés de l’humanisme des Lumières (1750-1800), Dominique Martin Morin, 2006.

 

Xavier Martin, Naissance du sous-homme au cœur des Lumières : les races, les femmes, le peuple, Dominique Martin Morin, 2014.

 

Marion Sigaut, Voltaire : Une imposture au service des puissants, Broché, 2014.

 

LesObservateurs.ch, « Je ne suis pas d’accord avec vous, mais je me battrai pour que vous puissiez le dire. »

 

[1] GUTERMAN Norbert, A Book of French Quotations, 1963.

 

[2] Voltaire, Oeuvres completes, Arvensa, 2014, p.9566.

 

[3] GARBER Marjorie, Quotation marks, Routledge, 2003, p.20.

 

Source: Vexilla-Galliae

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1 septembre 2016 4 01 /09 /septembre /2016 07:18
L'Espagne musulmane et le mensonge de la cohabitation heureuse

De 711 à 1492, l’Espagne a été occupée par les musulmans.

 

Aujourd’hui, nos historiens idéologisés voudraient faire passer cette période de plus de 700 ans comme une ère de cohabitation heureuse, d’échanges culturels et de paradis multiculturel.

 

En réalité, les conquérants musulmans ont multipliés les persécutions à l’encontre des chrétiens et juifs non-convertis, et ont établi un régime de terreur et de ségrégation. En se basant sur les travaux d’un historien espagnol délaissé, Christopher Lannes pour TV-Libertés revient avec un nouvel épisode de La Petite Histoire consacré à Al-Andalus, l’Espagne sous domination musulmane.

Extrait :

 

"Rafael Sanchez Saus, considéré comme l’un des meilleurs spécialistes de l’Espagne médiévale, estime que les musulmans ont installé un régime très pervers qui n'a eu de cesse d'humilier et de persécuter les Juifs et les Chrétiens.

 

Un autre historien a fait un travail remarquable sur le sujet. Il s'agit de Serafin Fanjul, professeur de littérature arabe à l'Université autonome de Madrid, membre depuis 2011 de l'Académie royale d'histoire. Pour lui, le régime mis en place par les musulmans en Espagne (Al-Andalous) est un régime qui s'apparente à l'Apartheid en Afrique du Sud.

 

[Serafín Fanjul définit la société du royaume de Grenade (1238-1492) comme "une société monoculturelle, avec une seule langue, une seule religion. Une société terriblement intolérante, par instinct de survie, puisqu'elle était acculée à la mer". "Plus le pourcentage (des musulmans) était important, moins la société était tolérante". Les concessions sont toujours octroyées à des groupes. L'individu, lui, n'est jamais mis sur le même pied que les musulmans. Serafin Fanjul montre contrairement aux interprétations d'un Arnold Toynbee que cette société est loin d'être affranchie des préjugés raciaux. La pression religieuse est constante : "Les pouvoirs religieux d'al-Ándalus cherchèrent toujours l'islamisation totale et il y eut des exodes massifs de chrétiens vers le nord, jusqu'au XIIe siècle." (Serafín Fanjul, entretien, « Le « mythe d'Al-Ándalus », La Nouvelle Revue d'Histoire, no 62, septembre-octobre 2012, p. 31-34.) NDCR.]

 

Pour Serafin Fanjul, il s'agissait d'une période terrifiante pour les minorités en terre d'islam, en terre nouvellement conquise. Cet historien prend à rebrousse-poil l'idéologie dominante qui veut nous montrer Al-Andalous comme une terre riche, pacifique, raffinée, qui a en plus apporté toute la culture du Moyen-Âge. Et cette civilisation supérieure aurait chuté à partir du moment où les royaumes chrétiens du nord (ces barbares incultes), auraient repris possession de ces terres.

 

De 711 à 756, il s'agit pour l'historien d'une véritable orgie de sang, et pas seulement envers les Juifs et les Chrétiens, mais entre musulmans. Il y a des tensions et des rixes entre la caste arabe, qui est minoritaire mais qui a le pouvoir et les Berbères, qui sont majoritaires mais qui ont été écartés de ce pouvoir. Et concernant les quatre à cinq millions d'Hispanos-romains et d'Hispanos-wisigoths, ils ont très vite détesté l'envahisseur qui a dû faire face à de nombreuses révoltes.

 

[Quelques martyrs chrétiens victimes de l'islam Al-Andalous: les saints Olive, Euloge de Cordoue, Rodrigue et Salomon, Nathalie, Aurèle et leurs compagnons, Parfait de Cordoue, Flora et Maria, Laure de Cordoue, Fandilas. NDCR.]

Saint Euloge de Cordoue, martyr en 859

Saint Euloge de Cordoue, martyr en 859

Le ton va se durcir crescendo à chaque fois, suite à l'arrivée de croyants plus fondamentalistes, qui reprochaient à ceux déjà sur place de ne pas avoir assez islamisé le pays. On a eu les Omeyyades en 756, les Almoravides en 1086 et les Almohades en 1145. Et sous le règne de tous ces dirigeants "éclairés", on peut citer de nombreuses persécutions antichrétiennes comme à Cordoue au IXe siècle, le massacre des Frères missionnaires qui avaient osé pénétré dans Grenade pour précher la parole du Christ, la déportation des chrétiens en Afrique et les pogroms lancés contre les Juifs.

 

Et si on se réfère aux chroniques de l'époque, tant musulmanes que chrétiennes, on nous parle de guerres permanentes. Et aujourd'hui, par magie, c'est devenu un état de paix, un modèle de "vivre ensemble".

 

Le plus étonnant dans tout cela est que l'on nous présente Al-Andalous comme un état multiconfessionnel, multiculturel, alors qu'il était avant tout et surtout un état musulman de langue arabe. Les juifs et les chrétiens restés sur place étaient islamisés de force, tolérés ou acceptés selon les circonstances. Un royaume de paix absolue.

 

La majorité de la population d'Al-Andalous qui était islamisée pour 90% d'entre eux au XIIe siècle, et concernant les minorités, certes ils avaient le droit à l'existence en fonction des circonstances, mais une ségrégation de fait était placée entre les musulmans et eux. Le vivre ensemble est derrière le mur.

 

S'agissant des droits des chrétiens, ce sont des droits tout à fait honorables et pas du tout discriminatoires. Le musulman avait le droit de se déplacer à cheval alors que le chrétien était lui monté sur un âne. L'église, quand elle n'était pas rasée, devait être plus petite que la mosquée, le chrétien, dhimmi, devait payer un impôt supérieur (jizya) et les amendes qui le touchaient étaient également supérieures (elles étaient inférieures de moitié pour les musulmans). Les mariages mixtes étaient interdits, et un chrétien qui tuait un musulman (même en cas de légitime défense) était condamné à mort (par contre un musulman qui tue un chrétien, là pas de problème). Un chrétien n'avait pas le droit non plus d'avoir une maison plus haute que celle d'un musulman, et il devait se lever quand un musulman entrait dans une pièce (c'était la moindre des choses !)

Saint Fandila, peinture du début du XIXe siècle

Saint Fandila, peinture du début du XIXe siècle

Voilà le portrait de la société multiculturelle où règne le vivre ensemble et l'harmonie que nous vantent nos idéologues aujourd'hui.

 

Pour Serafin Fanjul,

 

"qu'on le veuille ou non, sur le plan religieux, l'Europe n'a pratiquement rien pris de l'islam, ni les dogmes, ni des arguments théologiques ni des références textuelles. Elle n'a rien pris plus non plus dans le domaine juridique, institutionnel ou politique. Quant à la culture populaire traditionnelle espagnole à laquelle on a prêté de nombreuses influences musulmanes, ces influences ont été tout à fait marginales."

 

Elles ont été marginales surtout par rapport à l'immense héritage latin et chrétien qui constitue la majorité de ces sources.

A lire également, la Provence musulmane, mais là il n'y a pas encore de mensonge officiel : les Sarrasins en Provence (889-975).

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31 août 2016 3 31 /08 /août /2016 09:28

A la veille de la rentrée scolaire, Jean-Pierre Maugendre, Président de l'Association "Renaissance catholique", invité de TV-Libertés, expose le scandale des livres d'histoire qui sur un mode de destruction délibérée de la mémoire collective dans sa mémoire nationale, d'une manière tout à fait assumée par des déconstructeurs qui annoncent s'en prendre à ce qu'ils appellent "le poison de l'identité", passent sous silence des dates importantes constitutives de notre identité nationale.

Extrait :

 

Deux caractéristiques dans les programmes : le cosmopolitisme et l'hypertrophie de la Révolution française

 

Ces programmes, tels qu'ils sont définis, ont vocation à mener un enseignement cosmopolite.

 

Il ne faut pas centrer l'enseignement et les programmes sur l'histoire de la France, voire même sur l'histoire de l'Europe. Il s'agit au contraire d'amener l'ensemble des élèves à prendre conscience, qu'au final, l'histoire de leur pays, n'est qu'une partie d'un ensemble plus général et que toutes les valeurs se valent bien. On le voiyait par exemple dans un exemple très concret dans l'ancien programme qui datait de 2010, où en 5ème il fallait étudier les regards sur l'Afrique et l'enseignant avait le choix entre l'étude d'un empire africain, que ce soit l'empire du Ghana, l'empire du Mali, l'empire Songhaï ou l'empire Monomotapa, avec un axe majeur de ne pas mettre en avant l'histoire de France, mais d'intégrer cette histoire de France dans un ensemble plus large.

 

La deuxième caractéristiques (de ces programmes NDCR.) est que l'observateur ne peut qu'être frappé par l'hypertrophie accordée à l'histoire de la "Révolution française".
 
On a vraiment le sentiment que la France commence à la Révolution !
 
Un exemple : en fin de 3ème existe un document récapitulatif des 43 évènements ou dates que l'élève doit connaître à l'issue de ce cycle d'enseignement, c'est-à-dire au bout de quatre années d'enseignement (plus tout le primaire qui normalement a également inculqué quelques notions). Sur ces 43 évènements, il y en a 16 qui concernent la période avant la Révolution française. On est sur un rapport deux tiers un tiers. Un tiers des dates (seulement) concernent les 18 siècles et plus de l'histoire de France avant la Révolution française (Cf. Lire à ce sujet le superbe ouvrage de Frantz Funck-Brentano, "Les Origines")
 
En revanche, le gros des dates à retenir, concerne la "Révolution française" et dans ce document, il est accordé une place importante à la "philosophie des Lumières" qui précède la Révolution française mais procède du même état d'esprit.
 
En ce qui concerne les manuels, on est frappé par la qualité iconographique des manuels avec de nombreux textes. Mais le pendant est qu'il n'y a plus de textes de cours, ni de textes de résumé. Autre carence qu'on ne peut qu'observer, c'est le faible nombre des repères chronologiques (Depuis l'Ecole dite des Annales, il s'agit de supprimer l'histoire événementielle et de la remplacer par l'histoire thématique vue sous le prisme économique et social. NDCR.).
 
Les documents mis à disposition sont toujours des documents à charge concernant ce que l'on peut appeler très globalement la civilisation occidentale, le monde chrétien.
 
Exemple: le manuel Belin de 5ème propose autour du dossier sur la conquête de l'empire aztèque par les Espagnols une carte du Mexique, des illustrations, une scène de rencontre entre Cortès et l'empereur Moctezuma, une scène de bataille entre les espagnols et les Espagnols et des guerriers, puis trois textes. Un texte d'un compagnon de Cortès qui dit son admiration devant l'abondance et l'achalandage du marché de Tenochtitlan, la reddition à Cortès du jeune empereur Guatimozin. Et puis deux textes décrivent la situation des Indiens après la conquête espagnole: un texte de Sepulveda à l'occasion de la controverse de Valladolid et un texte de Las Casas, le célèbre dominicain. Tous ces textes sont des documents à charge.
 
Et on retrouve le même type d'approche dans tous les documents qui concernent la colonisation, et en particulier la colonisation en Afrique du Nord. ... On retrouve dans tous les manuels une volonté de culpabiliser la civilisation occidentale et de présenter les civilisations que le monde occidental a pu rencontrer comme des paradis sur terre avant l'arrivée des puissances coloniales. C'est une trame homogène que l'on retrouve dans tous les manuels et les programmes tels qu'ils sont conçus.
 

(Le présentateur de l'émission de TV-Libertés, Philippe Conrad, rappelle au passage que l'on avait affaire, s'agissant du Mexique pré-colombien, à une société fondée sur la domination terroriste des aztèques sur les peuples voisins, le tout fonctionnant sur le fond de sacrifices humains, à l'échelle industrielle. Cela, ils n'en parlent pas, ni dans le programme, ni a fortiori dans les manuels.

 

Le scandale de programmes et de manuels d'histoire de la rentrée 2016 qui passent sous silence des dates importantes de notre identité nationale

L'archétype de cette présentation est le film Mission, sur les réductions guaranis (réalisées par les Jésuites. NDCR) au Paraguay, où l'on donne l'impression d'un paradis sur terre dans lequel les puissances coloniales, en l'occurence espagnoles, viennent apporter des germes de destruction et de déstabilisation sociale.

 

Les dates importantes de l'histoire de France passées sous silence

 

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Dans les dates retenues, vous n'avez ni 496 (le baptême de Clovis), ni 732 (la victoire de Charles Martel à Poitiers), ni 1214 (la bataille de Bouvines, dont les fêtes du 800e anniversaire a vu Premier ministre Manuel Valls se désister au dernier moment pour assister au "Tour de France". NDCR), ni 1515 (la bataille de Marignan), qui sont quand même, au regard de l'identité de la France, des dates singulières importantes.

 

Le fondement intellectuel (dans les programmes)

 

La lutte des races, la luttes des minorités sexuelles pour se libérer de l'oppression de l'homme blanc, hétérosexuel, se poursuit, et l'histoire a pour vocation de rendre à ces minorités la place qu'elles auraient dû avoir, et pour culpabiliser en profondeur les représentants de cet ordre traditionnel que constitue les hommes blancs hétérosexuels. Et aujourd'hui, les programmes et les manuels d'histoire procèdent de cet esprit et de cette volonté de culpabiliser l'homme blanc et de montrer que la civilisation occidentale, chrétienne, à laquelle nous appartenons, fait peser à toute la planète un joug insupportable, dont cherchent à se libérer les minorités opprimées.

Pour réagir à toutes ces tendances mortifères que l'on observe aujourd'hui, la résistance est là, quand même. On la voit s'exprimer de manière très diverse, mais de manière de plus en plus nombreuse. Jean-Pierre Maugendre a publié il y a quatre ans un Manuel d'Histoire de France, destiné au cours moyen, qui en 74 chapitres, reprenait l'ensemble de l'histoire de France, avec le schéma traditionnel, une trame chronologique, et le schéma classique, c'est-à-dire des illustrations, un texte, un résumé, un rappel des dates à retenir, et suivant les chapitres, quelques documents illustrant le sujet. L'originalité de ce manuel est qu'il est écrit par des gens qui aiment la France.

Le scandale de programmes et de manuels d'histoire de la rentrée 2016 qui passent sous silence des dates importantes de notre identité nationale

Et vient d'être publié pour le cours élémentaire, une Histoire de France pour nos enfants. La trame est la même, en 62 chapitres plus courts. On peut se procurer ces ouvrages sur le site "Renaissance catholique.org".

Le scandale de programmes et de manuels d'histoire de la rentrée 2016 qui passent sous silence des dates importantes de notre identité nationale
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18 août 2016 4 18 /08 /août /2016 10:10
Louis XIV, roi de France et de Navarre (1638-1715), vers 1662, par Charles Le Brun - Château de Versailles

Louis XIV, roi de France et de Navarre (1638-1715), vers 1662, par Charles Le Brun - Château de Versailles

L’"ouverture au monde" et le "développement urbain et économique", sont un des aspects si actuel du grand règne de Louis XIV retenu par Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou, lors de son discours à l'Orient le samedi 30 mai 2015, à l'occasion de l'inscription par le Comité des Célébrations nationales du tri-centenaire de la mort de Louis XIV au rang des grands anniversaires à commémorer.

Discours de Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou, prononcé au musée de la Compagnie des Indes à Lorient le samedi 30 mai 2015 (Réception par la municipalité de Lorient)

 

Madame et Messieurs les Maires et Adjoints,

 

Mesdames et Messieurs les Elus,

 

Colonel,

 

Mesdames, Mesdemoiselles et Messieurs,

 

Le Comité des Célébrations nationales a inscrit cette année Louis XIV au rang des grands anniversaires à commémorer pour le tri-centenaire de sa mort en 1715. Il y aura de multiples occasions de rappeler, en de nombreux endroits, la gloire du grand roi… le Roi Soleil.

 

Mon épouse, la Princesse Marie-Marguerite, et moi-même, sommes heureux d’être ici, sur cette terre où l’esprit du roi, et celui de son Père, Louis XIII, sont encore présents. Ainsi nous pouvons y évoquer un des aspects si actuel du grand règne bien que pourtant moins souvent mis en avant que d’autres : celui de l’ouverture au monde et du développement urbain et économique qu’elle suscita.

 

La Compagnie des Indes, le développement des routes d’Orient, voulues par le Roi, font preuve d’une extraordinaire vision d’avenir. Dans un Etat qui était en train de stabiliser définitivement ses frontières, porter ses regards outre-mer, était faire preuve d’un sens politique d’une rare acuité. Le Roi a voulu engager son pays vers de nouveaux horizons. Précurseur, il a souhaité que l’économie trouve de nouvelles voies.

 

La grandeur des politiques se perçoit aux fruits qu’elles portent sur le moment et dans la durée. En ce sens Louis XIV est un grand monarque car, en bien des domaines, son œuvre est pérenne.

 

A court terme, ce fut la création de la ville de Lorient qui supplanta progressivement la citadelle et le mouillage de Port-Louis ; à long terme les conséquences sont nombreuses. La création de grandes compagnies comme celle des Indes Orientales ouvrait la voie à de nouvelles formes de commerce et d’échanges et a permis de développer la construction navale toujours présente ici. La France entrait ainsi dans le concert des grandes nations maritimes, en renforçant sa présence sur toutes les mers. On imagine les efforts de persuasion du Roi et de son Ministre Colbert, pour faire admettre cela à notre vieille nation terrienne et continentale. L’histoire nous apprend combien il est souvent difficile de faire bouger les choses. Pourtant ce sont ces nouveautés qui font les grandes nations. Ce sont elles qui font les grands règnes !

 

De cette volonté naquit une nouvelle cité, et se développèrent de nouvelles activités liées notamment à la présence toujours importante de la Marine nationale. J’ai beaucoup apprécié d’y être reçu ce matin par un des corps d’élite des Armées françaises qui a pu me présenter son action si décisive pour le maintien de la place de la France dans le concert des grandes nations. La présence des forces navales renforce les activités de construction navale et au-delà toutes celles du port. Elles complètent celles liées à la pêche et, de plus en plus, celles du nautisme. Derrière il y a la capacité de toujours savoir s’adapter aux besoins qui changent d’une époque à l’autre.

 

Quant à la Compagnie des Indes puisque nous sommes, dans l’ancien arsenal, dans des locaux qui l’exaltent, si elle n’existe plus en tant que telle, elle demeure bien présente dans le domaine de l’art et du savoir-faire français. Ce Musée en atteste. Les objets créés grâce à la Compagnie des Indes, rappellent s’il en était besoin le développement des arts sous Louis XIV.

 

Oui, les grandes politiques se jugent à leurs fruits et les grands souverains à la pérennité de leurs actions.

 

Je suis heureux de pouvoir le rappeler en évoquant ici, Louis XIV, mon grand-père. Cette année du tricentenaire de la mort du monarque préfigure l’anniversaire de la Ville de Lorient l’an prochain, qui sera, Monsieur le Maire, j’en suis sûr, un grand succès.

 

Merci de m’avoir écouté.

 

Louis, duc d’Anjou

 

Ndlr : Article initialement publié le 30 mai 2015

 

Source: Discours de Louis XX à Lorient, Vexilla Galliae

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17 juillet 2016 7 17 /07 /juillet /2016 15:21

A chaque fois que les Français chantent la "Marseillaise", ils chantent leur propre élimination : "Q'un Sang impur abreuve nos sillons!". La Révolution faite au nom du peuple a touché en premier le Tiers Etat et non les nobles : "Au total, 80 % des victimes appartiennent au Tiers État" (Albert Soboul, Dictionnaire historique de la Révolution française, édition Quadrige, PUF, 2005, p. 1023).

 

Vendée l'épopée des géants le Figaro, Juin-Juillet 2016, n°26

 

 

La Révolution française a fait plus de morts en un mois au nom de l'athéisme que l'Inquisition au nom de Dieu pendant tout le Moyen Age et dans toute l'Europe..

Pierre Chaunu

L'insurrection vendéenne lors de la Révolution dite française, et sa répression par la Terreur constitue l'un des épisodes les plus tragiques de l'histoire de France. Le nombre des victimes des exécutions politiques (guillotine) s'élève à "35 000 ou 40 000" (René Sédillot, Le Coût de la Terreur, Vérités et Légendes, Perrin, Mesnil-sur-l'Estrée 1990, p. 208.)

 

En Vendée, le nombre des victimes du génocide, bien plus important, est encore incertain : 200 000... 400 000... 600 000 ? La Vendée continue d'interroger l'histoire... Une page ignorée de notre histoire...

 

Au total, la Révolution qui a déclaré la guerre à l'extérieur (à l'Europe en 1792) et la guerre à l'intérieur, aux Français qui ne voulaient pas de la conscription générale ni de la "république", s'est soldée chez nous, par deux millions de morts :

 

"400 000 morts pour les guerres jusqu'en 1800; un million pour les guerres napoléoniennes; 600 000 pour les guerres intestines; et l'échafaud pour mémoire. Voilà nos deux millions de morts."

 

(René Sédillot, Le coût de la Révolution française, Vérités et Légendes, Perrin, Mesnil-sur-l'Estrée 1987, p. 24-28).

 

Des géants se levèrent. Les Vendéens, téléfilm coproduction Media Films Tv, avec la participation du Centre national de la Cinématographie, réalisé par Jacques Dupont et diffusé pour la première fois le 30 décembre 1993 sur France 3, raconte ce soulèvement maté dans le sang.

 

Les Vendéens, le téléfilm de France 3 réalisé par Jacques Dupont et diffusé le 30 décembre 1993

Extrait (la video se trouve en fin d'article):

 

Au mois d'août 1792, en vertu de la loi d'Exil, près 400 prêtres insermentés sont expédiés d'Angers à Paimbeuf pour être déportés. Leur crime: ils ont refusé de prêter serment à la Constitution, ils ont refusé de quitter l'Eglise. Les braves gens, les gens braves qui ont vu ce spectacle ne l'oublieront pas.

Après des débuts prometteurs, la Grande Révolution de 1789 commence à porter des fruits amers.

Ce 21 janvier 1793, Place de la Révolution à Paris, la tête coupée du roi est montrée au peuple stupéfait, jetée en défit à tous les souverains d'Europe. "La liberté ou la mort" sera la devise de la république.

 

Un mois plus tard (dans le décret qui fixe le mode de recrutement de l'armée du 24 février 1793), pour faire la guerre (1), la Révolution prétend arracher des hommes à leur foyer, par une loi de conscription (le service militaire de tous les Français et qui fit de la France une immense caserne. NDLR.) :

Décret de conscription générale du 24 fevrier 1793, invention de la guerre moderne de nations à nations

Décret de conscription générale du 24 fevrier 1793, invention de la guerre moderne de nations à nations

(En 1793), "La France est une vaste caserne: tous les révolutionnaires sont soldats ou destinés à le devenir; de gré ou de force, pour l'intérêt même de leur sûreté, les mécontents et les opprimés seront obligés de dévouer leurs armes à la défense de leurs tyrans. Une Convention décrétante et des camps, voilà le régime de la République française: les Représentants du peuple ne sont pas autre chose que les Représentants de l'armée; leur principale fonction est de voler d'une main, et de partager de l'autre leurs vols avec les soldats. Ainsi en usait Cartouche; mais Attila et Mahomet, les Beys des Mameluks et les Sheiks d'Arabes bédouins fondèrent aussi leur autorité sur des procédés analogues." (Mallett du Pan, Considérations sur la nature de la Révolution française, 1793, rééd. Editions du Trident, Paris 2007, p. 58.)

(En 1793), "tous les Français sont désormais en loge." (Augustin Cochin, L'Esprit du jacobinisme, éd. J. Baechler, Paris, PUF, 1979.)

(En 1793), "tous les Français sont désormais en loge." (Augustin Cochin, L'Esprit du jacobinisme, éd. J. Baechler, Paris, PUF, 1979.)

Un peu partout dans l'Ouest, la foule des jeunes appelés va se heurter aux "Patriotes", gendarmes et Gardes nationaux, et de proche en proche, dans 600 paroisses aux sud de la Loire, les cloches vont sonner le tocsin appelant les populations aux armes.

 

- "Et maintenant, que faut-il faire", demande-t-on à Jacques Cathelineau, un personnage à la réputation de saint de l'Anjou.

 

- "Résister. La guerre est à présent pour nous le seul moyen de salut. Et s'il faut périr, que cela soit au moins en combattant."

 

Du 10 au 15 mars, les émeutes spontanées des conscrits vont tourner au soulèvement général d'une population excédée.

Marquis Charles Melchior Artus de Bonchamps par Girodet

Marquis Charles Melchior Artus de Bonchamps par Girodet

Il faut alors des chefs expérimentés, de vrais militaires: les nobles. Le marquis de Bonchamps sera sceptique. Il refuse de prendre la tête d'une jacquerie. Mais devant l'insistance de ces gens, il demande la nuit pour réfléchir. Ce soldat de métier âgé de 33 ans, a déjà longuement guerroyé en Inde, avec des troupes réglées. Mais, que valent ces paysans qui n'ont jamais porté les armes que dans la braconne ? Ils vont au massacre, ils courent au martyre. Comment leur faire entendre raison, alors que constamment dans la nuit arrivent exaltantes des victoires du petit peuple ?

 

Pardon de Bonchamps-statue de David d'Angers

Pardon de Bonchamps-statue de David d'Angers

Bonchamps meurt le 18 octobre 1793 d'une blessure mortelle reçue la veille à la bataille de Cholet. Porté à Saint-Florent-le-Vieil, il obtint la grâce et la libération de 5000 soldats républicains faits prisonniers et renfermés dans l'Eglise : avant de mourir, il chercha à calmer la douleur de ses officiers, demanda avec instance que ses derniers ordres fussent exécutés, et aussitôt il prescrivit que l'on donnât la vie aux prisonniers ; puis se tournant, vers d'Autichamp, il ajouta : "Mon ami, c'est sûrement le dernier ordre que je vous donnerai, laissez-moi l'assurance qu'il sera exécuté".

 

En effet, cet ordre, donné sur son lit de mort, produisit tout l'effet qu'on en devait attendre ; à peine fut-il connu des soldats que de toutes parts ils s'écrièrent : "Grâce ! Grâce ! Bonchamps l'ordonne !". Et les prisonniers républicains furent sauvés, qui eux, en revanche, ne lui en tinrent pas grâce puisque selon Monsieur de Barante, rédacteur des Mémoires de Madame de La Rochejaquelein, quelques jours après, les républicains l'exhumèrent pour lui trancher la tête et l'envoyer à la Convention...

Mort de Bonchamps (détail), peinture de Thomas Degeorge, 1837

Mort de Bonchamps (détail), peinture de Thomas Degeorge, 1837

Parmi les prisonniers graciés par Bonchamps se trouve le père de l'artiste David d'Angers. Ce dernier érigea la célèbre statue du "Pardon de Bonchamps" dont on peut voir l'original à Saint-Florent-le-Vieil et une copie à la galerie David d'Angers, à Angers.

Maurice Joseph Louis Gigost d'Elbée, par Paulin Guérin.Le Généralissime Maurice d'Elbée avec ses quatorze blessures, incapable de se tenir debout, est exécuté dans un fauteuil, le 6 janvier 1794.

Exécution du généralissime d'Elbée le 6 janvier 1794

Exécution du généralissime d'Elbée le 6 janvier 1794

Le fauteuil de l'exécution s'est conservé jusqu'à nos jours. Le siège repris par la famille d'Elbée qui le garda dans leur résidence jusque dans les années 1975, chez le marquis Charles Maurice d'Elbée. lorsque celui-ci apprenant qu'un musée vendéen était en construction à Noirmoutier, fit don de ce fauteuil, désormais conservé au château de Noirmoutier.

Fauteuil de l'exécution du général d'Elbée

Fauteuil de l'exécution du général d'Elbée

Au jugement de plusieurs biographes, d'Elbée fut un homme pieux, d'un courage constant. Ses soldats l'avaient surnommé le général la Providence.

François Athanase Charette de La Contrie par Alfred de Chasteignier, 1819.François Athanase Charette de La Contrie, surnommé "Le Roi de la Vendée", dont Napoléon Ier écrira de lui qu'"il laisse percer du génie", est mort fusillé le 29 mars 1796 à Nantes.

Charette, mort fusillé le 29 mars 1796 à Nantes

Charette, mort fusillé le 29 mars 1796 à Nantes

Fasse Dieu nous donner le même courage et la même foi que les généraux vendéens, véritables martyrs au moment de la mort, notamment Charette et D'Elbée.

 

(1) Le révolutionnaire Brissot écrivit aux généraux de la Révolution: "Il faut incendier les quatre coins de l'Europe, notre salut est là' (Brissot in Mallett du Pan, Considérations sur la nature de la Révolution). Reprenant cette méthode politique de la guerre pour asseoir un ordre nouveau, "il nous faut des Vendée!", proclamera Lénine... (Figaro Histoire , "Vendée l'épopée des géants le Figaro, éditorial, Juin-Juillet 2016, n°26)

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13 juillet 2016 3 13 /07 /juillet /2016 06:49
La petite histoire : La chasse aux sorcières et l'Inquisition (TVL)

On entend souvent dire que la chasse aux sorcières a été menée au Moyen âge par l'Inquisition et qu'elle a fait près d'un million de victimes. Merci Michelet, merci Voltaire, et tant d'autres. Quelle est la réalité ? Tout d'abord la chasse aux sorcières n'a pas eu lieu au Moyen âge mais à la Renaissance, elle n'a pas été menée par l'Inquisition mais par des tribunaux laïcs, et elle a fait beaucoup moins d'un million de morts. Dans ce nouveau épisode de La petite Histoire, Christopher Lannes revient sur l'un des plus gros mensonges accolés à l'histoire médiévale.

Extrait:

 

"Officiellement, le Moyen Âge prend fin en 1492, et pour leur très grande majorité, les bûchers ont été allumé de 1550 à 1650, soit à la période moderne, la Renaissance.

 

Le deuxième mensonge, le chiffre de un million est totalement fantasmatique. Si on s'appuie sur les travaux de tous les historiens qui ont travaillé sur le sujet, on arrive en gros à un chiffre compris entre 30 000 et 50 000 sorcières brûlées. Ce qui est déjà énorme, mais on est loin du chiffre multiplié par vingt qu'on nous donne habituellement."

 

Lire aussi sur le même thème :

 

. Marion Sigaut : La Chasse aux sorcières et l’Inquisition

. Inquisition : rareté des exécutions des peines capitales (10 à 12.000 en trois siècles)

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12 juillet 2016 2 12 /07 /juillet /2016 10:56
Vendée l'épopée des géants le Figaro, Juin-Juillet 2016, n°26

Vendée l'épopée des géants le Figaro, Juin-Juillet 2016, n°26

Michel De Jaeghere dans son éditorial pour la revue du Figaro Histoire titrée "Vendée l'épopée des géants le Figaro (Juin-Juillet 2016, n°26) explique :

 

"Il nous faut des Vendée!" avait proclamé Lénine. Il avait tenu parole en multipliant les massacres. On avait noyé les contre-révolutionnaires dans la Volga comme Carrier l'avait fait dans la Loire. La terreur jacobine tenait lieu de modèle. On n'aurait seulement pas la naïveté de Robespierre: on tuerait les apprentis thermidoriens avant qu'ils ne se manifestent. On irait, cette fois, jusqu'au bout. Et l'on réécrirait l'histoire comme on l'avait fait en France. On maquillerait crimes et châtiments. Les koulaks seraient des 'bandits', comme les Vendéens avait été des 'brigands'. On nierait les procès truqués, les déportations, les famines organisées, le goulag, comme on avait nié, on nie parfois encore, les tannages de peau humaine, le massacre des prisonniers, l'empoisonnement des puits, la déportation des femmes et des enfants, le génocide d'une population exclue de la condition humaine pour sa fidélité à l'ordre ancien, ses attachements immatériels à des réalités qu'on avait abrogées par décret."

L'émission de Radio courtoisie, "Le Libre Journal des idées politiques" du 8 juillet 2016 sur le thème "La Révolution, matrice du totalitarisme ?", avec Reynald Secher *, historien, présente les dernières actualités de l'historiographie sur les guerres de Vendée, la Terreur, l'histoire de la Révolution et du génocide vendéen. Elle est à écouter ici.

 

* Reynald Secher a rencontré un certain nombre de pressions, de tentatives de corruption, des menaces, en 1985, pour qu'il renonce à soutenir sa thèse publique "Contribution au génocide franco-français : La Vendée-Vengé" (Cf. "La désinformation autour des guerres de Vendée et du génocide vendéen", 2009)

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28 juin 2016 2 28 /06 /juin /2016 13:43

L'histoire est un enseignant merveilleux. Voici donc cette histoire peu connue des invasions des Sarrasins en Provence (889-975) à l'avènement des Capétiens; une histoire jamais enseignée parce qu'elle met à mal la narrative sur l'entente historique avec l'islam chez nous.

 

Les Sarrasins en Provence (889-975)

 

Selon Reinaud, Invasions des Sarrasins en France, p. 158 - en lecture libre sur Gallica, le site de la Bibliothèque nationale de France - in L'Histoire de France racontée par les contemporains, Extraits des chroniques, des mémoires et des documents originaux, L. DUSSIEUX, Firmin Didiot Frères, Fils et Cie Libraires, tome second, Paris 1861, p., 71-78.

 

Vingt pirates partis d'Espagne sur un frêle bâtiment, et se dirigeant sur les côtes de Provence, furent poussés par la tempête dans le golfe de Grimaud, autrement appelé le golfe de Saint-Tropez, et débarquèrent au fond du golfe sans être aperçus. Autour de ce bras de mer s'étendait au loin une forêt qui subsiste en partie, et qui était tellement épaisse que les hommes les plus hardis avaient de la peine à y pénétrer. Vers le nord était une suite de montagnes s'élevant les unes au-dessus des autres, et qui, arrivées à une distance de quelques lieues, dominaient une grande partie de la basse Provence.

Les Sarrasins en Provence (889-975)

Les Sarrasins envahirent pendant la nuit le village le plus rapproché de la côte, et, massacrant les habitants, se répandirent dans les environs. Quand ils furent arrivés sur les hauteurs qui couronnent le golfe du côté du nord, et que de là, leur regard s'étendit d'un côté vers la mer et de l'autre vers les Alpes, ils comprirent tout de suite la facilité qu'un tel tel lieu devait leur offrir pour un établissement fixe. La mer leur ouvrait son sein pour recevoir tous les secours dont ils auraient besoin; la terre leur livrait passage dans des contrées qui n'avaient pas encore été pillées et où il n'avait été pris aucune mesure de défense. L'immense forêt qui environnait les hauteurs et le golfe leur assurait une retraite au besoin.

 

Les pirates firent un appel à tous leurs compagnons qui parcouraient les parages voisins; ils envoyèrent demander du secours en Espagne et en Afrique; en même temps ils se mirent à l'ouvrage, et en peu d'années les hauteurs furent couvertes de châteaux et de forteresses. Le principal de ces châteaux est nommé par les écrivains du temps Fraxinetum, du nom des frênes qui probablement occupaient les environs. On croit que Fraxinetum répond au village actuel de la Garde-Frainet, qui est situé au pied de la montagne la plus avancée du côtée des Alpes... Quand les travaux furent terminés, les Sarrasins commencèrent à faire des courses dans le voisinage. Ils n'eurent garde d'abord de s'éloigner du centre de leurs forces; mais bientôt les seigneurs les associèrent à leurs querelles particulières. Ils aidèrent à abattre les hommes puissants; ensuite, se débarrassant de ceux qui les avaient appelés, ils se déclarèrent les maîtres du pays; en peu de temps une grande partie de la Provence se trouva exposée à leurs ravages. La terreur devint bientôt générale; le plat pays étant dévasté, les Sarrasins s'avancèrent vers le chaîne des Alpes.

 

Les Sarrasins occupèrent le mont Cenis et le mont Saint-Bernard, devinrent les maîtres de tous les passages des Alppes, et de là pillèrent le Dauphiné, le Piémont, le Montferrat, le Valais, la Suisse, les Grisons, la Savoie, la Maurienne, la Ligurie. Ils prirent et saccagèrent Turin, Marseille, Aix, Sisteron, Gap, Embrun, Gênes, Fréjus, Toulon, Grenoble, etc., égorgeant vifs les habitants, et dévastant tellement le pays, que les loups en devinrent à peu près les maîtres.

 

Hugues, devenu comte de Provence, s'était rendu en Italie pour y disputer la couronne du royaume de Lombardie. Les cris de ses sujets l'ayant enfin rappelé de côté des Alpes, il annonça l'intention de chasser entièrement les Sarrasins. Il s'agissait de s'emparer d'abord du château Fraxinet, à l'aide duquel les Sarrasins se maintenaient en relation avec l'Espagne et l'Afrique et d'où ils dirigeaient leurs expéditions dans l'intérieur des terres. Comme il fallait que ce château fut attaqué par la mer et par terre, Hugues envoya demander une flotte à l'empereur de Constantinople, son beau-frère; il demandait aussi du feu grégeois, l'arme alors la plus efficace pour combattre les flottes sarrasines.

 

En 942, la flotte grecque jeta l'ancre dans le golfe de Saint-Tropez; en même temps Hugues accourut avec une armée. Les Sarrasins furent attaqués avec la plus grande vigueur; leurs navires et tous leurs ouvrages du côté de la mer furent détruits par les Grecs. De son côté, Hugues força l'entrée du château et obligea les barbares à se retirer sur les hauteurs voisines. C'en était fait de la puissance des Sarrasins en France; mais tout à coup Hugues apprit que Béranger, son rival à la couronne d'Italie, qui s'était enfui en Allemagne, se disposait à lui disputer le trône. Alors, ne songeant plus aux maux qui pesaient sur ses malheureux sujets, il renvoya la flotte grecque, et maintint les Sarrasins dans toutes les positions qu'ils occupaient, à la seule condition que, s'établissant au haut du grand Saint-Bernard et sur les principaux sommets des Alpes, ils fermeraient le passage de l'Italie à son rival... Dès ce moment les Sarrasins montrèrent encore plus de hardiesse qu'auparavant, et l'on dut croire qu'ils étaient établis pour toujours dans le coeur de l'Europe. Non seulement ils épousèrent les femmes du pays, mais ils commencèrent à s'adonner à la culture des terres. Les princes de la contrée se contentèrent d'exiger d'eux un léger tribut; ils les recherchaient même quelquefois. Quant à ceux qui occupaient les hauteurs, ils donnaient la mort aux voyageurs qui leur déplaisaient, et exigeaient des autres une forte rançon. "Le nombre des chrétiens qu'ils tuèrent fut si grand, dit Liutprand, que celui-là seul peut s'en faire une idée, qui a inscrit leurs noms dans le livre de vie."...

 

Vers l'an 960, les Sarrasins furent chassés du mont Saint-Bernard. L'histoire ne nous a pas conservé les détails de cet évènement... En 965, ils furent chassé du diocèse de Grenoble. Les évêques de cette ville s'étaient retirés à Saint-Donat, du côté de Valence. Cette année, Isarn, impatient de reprendre possession de son siège, fit appel aux nobles, aux guerriers et aux paysans de la contrée; et, comme les Sarrasins occupaient les cantons les plus fertiles et les plus riches, il fut convenu que chaque guerrier aurait sa part des terres conquises, à proportion de sa bravoure et de ses services. Après l'expulsion des Sarrasins de Grenoble et de la vallée du Graisivaudan, le partage eut lieu, et certaines familles du Dauphiné, telles que celle des Aynard ou Montaynard, font remonter l'origine de leur fortune à cette espèce de croisade....

 

Tous ces succès annonçaient que les affaires des Sarrasins allaient en déclinant, et ne faisaient que qu'irriter davantage le désir qui se manifestait de tous les côtés d'en être tout à fait délivré.

 

En 936, l'empereur Othon annonça l'intention de se dévouer à une entreprise si patriotique; mais il mourut sans avoir rempli sa promesse, et il fallut que les Sarrasins se portassent à un nouvel attentat, pour que les peuples se décidassent à en faire eux-mêmes justice.

 

Un homme s'était rencontré, qui jouissait d'une considération universelle; il suffisait de le nomme pour attirer le respect des nations et des rois. C'est saint Mayeul, abbé de Cluny, en Bourgogne. Telle était la réputation qu'il avait acquise par ses vertus, qu'on songea un moment à le faire pape. Mayeul s'était rendu à Rome pour satisfaire sa dévotion aux églises des saints et pour visiter quelques couvents de son ordre. A son retour, il s'avança par le Piémont et résolut de rentrer dans son monastère par le mont Genèvre et les vallées du Dauphiné. En ce moment, les Sarrasins étaient établis entre Gap et Embrun, sur une hauteur qui domine la vallée du Drac, en face du pont d'Orcières. A l'arrivée du saint au pied de la chaîne des Alpes, un grand nombre de pélerins et de voyageurs, qui depuis longtemps attendaient une occasion favorable pour franchir le passage, curent qu'il ne pouvait pas s'en présenter de plus heureuse. La caravane se met donc en route; mais, parvenue sur les bords du Drac, dans un lieu resserré entre la rivière et les montagnes, les barbares, au nombre de mille, qui occupaient les hauteurs, lui lance une grêle de traits. En vain les chrétiens, pressés de toutes parts, essaient de fuir; la plupart sont pris, entre autres le saint; celui-ci est même blessé à la main en voulant garantir la personne d'un de ses compagnons. Les prisonniers furent conduits dans un lieu écarté; la plupart étant de pauvres pélerins, les barbares s'adressèrent au saint, comme au personnage le plus important, et lui demandèrent quels étaient ses moyens de fortune. Le saint répondit ingénument que, bien que né de parents forts riches, il ne possédait rien en propre, parce qu'il avait abandonné toutes ses possessions pour se vouer au service de Dieu; mais qu'il était abbé d'un monastère qui avait dans sa dépendance des terres et des biens considérables. Là-dessus, les Sarrasins, qui voulaient avoir chacun leur part, fixèrent la rançon de lui et du reste des prisonniers à 1 000 livres d'argent, ce qui faisait environ 80 000 francs de notre monnaie actuelle. En même temps, le saint fut invité à envoyer le moine qui l'accompagnait à Cluny, pour apporter la somme convenue. Ils fixèrent un terme passé lequel tous les prisonniers seraient mis à mort.

 

Au départ du moine, le saint lui remit une lettre commençant par ces mots :

 

"Aux Seigneurs et aux frères de Cluny, Mayeul, malheureusement captif et chargé de chaînes; les torrents de Bélial m'ont entouré, et les lacets de la mort m'ont saisi." (Rois, 22, 5.)

 

A la lecture de cette lettre, toute l'abbaye fondit en larmes. On se hâta de recueillir l'argent qui se trouvait dans le monastère; on dépouilla l'église du couvent de ses ornements; enfin l'on fit un appel à la générosité des personnes pieuses du pays, et on parvint à réunir la somme exigée. Elle fut remise aux barbares un peu avant le terme fixé, et tous les prisonniers furent mis en liberté.... La prise de saint Mayeul a eu lieu en 972. Cet évènement causa une sensation extaordinaire; de toutes parts les chrétiens, grands et petits, se levèrent pour demander vengeance d'un pareil attentat.

 

Il y avait alors aux environs de Sisteron, dans le village des Noyers, un gentihomme appelé Bobon ou Beuvon, qui déjà plus d'une fois avait signalé son zèle pour l'affranchissement du pays. Profitant de l'enthousiasme général, et ralliant à lui les paysans, les bourgeois, en un mot tous les hommes amis de la religion et de la patrie, qui voulaient prendre part à la gloire de l'entreprise, il fit construire non loin de Sisteron, un château situé en face d'une forteresse occupée par les Sarrasins. Son intention était d'observer de là leurs mouvements et de profiter de la première occasion pour les exterminer. Dans l'ardeur de son zèle pieux, il avait fait voeu à Dieu, s'il venait à bout de chasser les barbares, de consacrer le reste de sa vie  àla défense des veuves et des orphelins. En vain les Sarrasins essayèrent de le troubler dans ses efforts; toutes leurs tentatives furent inutiles. La montagne où s'élevait le château occupé par les Sarrasins se nommait Petra impia, et s'appelle encore dans le langage du pays Peyro impio. Peu de temps après, le chef des Sarrasins de la forteresse ayant enlevé la femme de l'homme préposé à la garde de la porte, celui-ci, pour se venger, offrit à Bobon de leui en faciliter l'entrée. Une nuit, Bobon se présenta avec ses guerriers et entra sans obstacle. Tous les Sarrasins qui voulurent résister, furent passés au fil de l'épée; les autres, y compris le chef, demandèrent le baptême....

 

De provence guillaume le lib.jpg

Le Dauphiné était libre; la Provence ne pouvait tarder de l'être aussi. Il est bien à regretter que l'histoire ne nous ait presque rien transmis sur un évènement aussi intéressant. On sait seulement qu'à la tête de l'entreprise était Guillaume, comte de Provence....

 

Guillaume se faisait chérir de ses sujets par son amour de la justice et de la religion. Faisant un appel aux guerriers de la Provence, du Bas-Dauphiné et du Comté de Nice, il se disposa à attaquer les Sarrasins qui se voyaient poursuivis dans leurs derniers retranchements, réunirent toutes leurs forces et descendirent de leurs montagnes en bataillons serrés.

 

Il paraît qu'un premier combat fut livré aux environs de Draguignan, dans le lieu appelé Tourtour (en 973 Ndlr.) là où il existe encore une tour qu'on dit avoir été élevée en mémoire de la bataille. Les Sarrasins ayant été battus, se réfugièrent dans le château fort. Les chrétiens se mirent à leur poursuite. En vain les barbares opposèrent la plus vive résistance; les chrétiens renversèrent tous les obstacles. A la fin, les barbares, étant pressés de toutes parts, sortirent du château pendant la nuit et essayèrent de se sauver dans la forêt voisine. Poursuivis avec vigueur, la plupart furent tués ou faits prisonniers, le reste mit bas les armes.

Les Sarrasins en Provence (889-975)
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17 juin 2016 5 17 /06 /juin /2016 14:20
L'usure. Par Marion Sigaut

En France, au "Moyen-Âge" et sous l'"Ancien Régime", le droit canonique de l'Eglise catholique interdisait formellement de prêter de l'argent avec intérêt. Ce concept avait déjà été édicté par Aristote et fut repris et développé par saint Thomas d'Aquin. Depuis le Concile de Nicée en 325 ap. J.-C. (canon 17) jusqu'à la révolution de 1789, en passant par l'Admonitio generalis d'Aix-la-Chapelle de 789, le capitulaire de Nimègue de Charlemagne (806) et le capitulaire d'Olonne de Lothaire (825), le décret de Gratien vers 1140, le "droit divin" avait donc été le rempart aux maîtres de la monnaie.

En accord avec les règles de l'Eglise, l'Europe a interdit les intérêts sur prêts de monnaie en qualifant ce délit d'"usure". Les textes scripturaires fondant ce délit se trouvent dans l'Ancien Testament (Deutéronome 23-20 "Tu ne prêteras pas à intérêt à ton frère, qu'il s'agisse d'un prêt d'argent, ou de vivres, ou de quoi que ce soit dont on exige intérêt"; Psaumes 14-2,5; Ézéchiel) comme dans le Nouveau (Luc 6. 34,35 "Et si vous prêtez à ceux dont vous espérez recevoir, quel gré vous en saura-t-on? Même des pécheurs prêtent à des pécheurs afin de recevoir l'équivalent. Au contraire, aimez vos ennemis, faites du bien et prêtez sans rien attendre en retour").

 

L'intérêt était contraire à la raison et à la justice. Cette condamnation et cette interdiction du prêt à intérêt fonda l'économie française jusqu'à la Révolution française où les banques prirent le pouvoir. Ainsi, à propos de Napoléon et du bourgeois du début du XIXe siècle, Régine Pernoud précise :

 

"Même s'il n'appartient pas nommément à la haute banque, alors tout entière juive ou protestante, même s'il ne fait pas partie de ces dynasties de Brumairiens qui, une quarantaine d'années auparavant ont installé Napoléon, lequel en retour a aussitôt installé la Banque de France, la fortune de notre bourgeois repose avant tout sur son activité financière." (Régine Pernoud, La Bourgeoisie, Que Sais-je ?, p. 8-9.)

 

Dans le cadre de ses chroniques pour MPI-TV, l'historienne Marion Sigaut a abordé cette question de l'usure. Elle explique que la France a été le dernier pays à interdire le prêt à intérêt, autorisé à partir de la Révolution de 1789.

 

Dans l'Antiquité on parlait d'esclavage pour dette. L'Eglise, dès ses débuts avait pris position contre l'usure. Dans le monde romain, le prêt à intérêt était d'usage constant; on sait par Cicéron qu'en un temps il atteignait 12%. (Daniel-Rops, Histoire de l'Eglise du Christ, tome IV La cathédrale et le Croisade, Librairie Arthème Fayard, Editions Bernard Grasset, Paris 1965, p. 246) et que les empereurs chrétiens luttèrent contre l'usure (Michel de Jaeghere, Les Derniers jours, La fin de l'Empire romain d'Occident, Perrin Collection Tempus, Malesherbes 2016, p. 89).

 

Or il faut savoir que le prêt à intérêt est une de ces grandes conquêtes des Encyclopédistes et des "Lumières", qui font le malheur des peuples depuis et nous ont mis en esclavage.

 

Le Moyen Âge entier reçut le sublime enseignement de la Cité de Dieu de Saint Augustin, qui condamne formellement le prêt à intérêt, selon les vues habituelles des Pères de l'Eglise, qui s'expliquent pour beaucoup par l'extension affreuse qu'avait prise l'usure dans le Bas Empire. (Cf. Daniel-Rops, Histoire de l'Eglise du Christ, tome III L'Eglise des temps barbares, Librairie Arthème Fayard, Editions Bernard Grasset, Paris 1965, p. 52.)

 

D'une façon générale, l'influence de l'Eglise contribua à faire respecter et à protéger tout ce qui était faible et menacé par principe : les veuves et les orphelins; les débiteurs pour lesquels il était interdit aux créancier d'abuser de leurs droits et de les exploiter (nombreuses furent les décisions des conciles qui condamnèrent le prêt à intérêt comme une exploitation du pauvre); les femmes,  trop souvent laissée sans défense devant la brutalité des hommes, les esclaves, peu à peu affranchis du fait des canons de l'Eglise les concernant.

 

La condamnation de l'usure : une idée fondamentale de la chrétienté médiévale

 

"Nous condamnons cette détestable et approprieuse , mauvaise, déloyale rapacité des prêteurs d'argent, condamnés par les lois divines et humaines, dans l'Ecriture, le Vieux et le Nouveau Testament, et nous en retranchons les adeptes de toute consolation ecclésiastique, pour que nul archevêque, nul évêque, nul abbé de quelque ordre que ce soit, ou quiconque dans les ordres ou le clergé, ne les reconnaisse, à moins d'infamie perpétuelle, et ils seront privés de sépulture chrétienne, à moins qu'ils ne se repentent."

(Acte du Concile de Latran, in Daniel-Rops, Histoire de l'Eglise du Christ, tome IV La cathédrale et le Croisade, Librairie Arthème Fayard, Editions Bernard Grasset, Paris 1965, p. 244.)

 

Marion Sigaut évoque deux conciles qui ont confirmé la position de l'Eglise contre le prêt à intérêt et l'usure. Le concile de Latran en 1315 et celui de Paris en 1532 ont condamné le prêt à intérêt comme usure. Dès que vous prêtez de l'argent et que vous récupérez plus que vous avez prêté, il y a usure. Ceci, explique-t-elle, est propre à la société catholique.

 

"Calvin a légitimité le prêt à intérêt. Les protestants font ce qu'ils veulent avec leur argent. Et (à partir du XVIe siècle) en Europe, seuls les rois de France ont continué à appliquer la doctrine de l'Eglise. La France a été le dernier pays à interdire l'usure et le prêt à intérêt.

 

Les jansénistes français qui ont fait beaucoup de protestantisme sans y avoir l'air d'y toucher, sur ce point-là, sont restés fidèles à l'Eglise, et ont continué de condamner le prêt à intérêt.

 

En France, à partir des Encyclopédistes (1745), les "Lumières" ont commencé à attaquer la position de l'Eglise. Refuser le prêt à intérêt, c'est être archaïque, c'est être obscurantiste. Turgot a publié en 1769 un mémoire sur les prêts d'argent. Il disait que "l'intérêt représente le gain que l'on aurait pu faire, si l'on ne s'était pas dessaisi de cette somme." LEncyclopédie définit que "le taux à intérêt est un loyer parfaitement légitime". Les Encylopédistes dénoncent l'interdiction totale par l'Eglise, mais ce qu'ils demandent c'est la liberté totale (du prêt à intérêt). Ils disent que le commerce de l'argent doit être libre et le taux d'intérêt fixé uniquement par l'offre et la demande." Cela s'appelle le renard libre dans le poulailler libre. Laissons faire les marchands, laissons faire ceux qui ont de l'argent.

 

Et qu'est-ce qui a légitimé définitivement le prêt à intérêt ? C'est la Révolution française, qui le 2 octobre 1789 la législation du prêt à intérêt fixe abolissait ce que les rois de France avaient défendu depuis toujours. Et le 25 avril 1794 la Convention nationale décrète que l'argent est une marchandise comme les autres et que l'on peut en faire ce que l'on veut. La suite c'est le monde dans lequel nous vivons et l'esclavage est la conséquence de la dette, comme dans l'Antiquité. L'usure va simplement devenir un prêt à intérêt abusif et le prêt à intérêt est devenu normal.

 

Pourtant la résistance à cela, remonte à loin. Au IIe siècle avant Jésus-Christ, Caton avait écrit un traité d'agriculture dans lequel il fait parler deux personnages. Le premier demande: 'Que dis-tu de l'usure?', le second répond : 'Et toi, que penses-tu de l'assassinat ?'"

 

La dernière condamnation de l'usure par l'Eglise remonte à 1837 où le pape a renouvelé ses antiques prescriptions contre le prêt à intérêt. Le pape fut alors traité de réactionnaire par les bourgeois et les anticléricaux : "Une Eglise qui se trompe de siècle ! Des prohibitions remontant à ces temps obscurs du Moyen Âge pendant lesquels le commerçant était brimé et la manipulation de l'argent interdite !" (R. Pernoud, La Bourgeoisie, Que Sais-je ?, Paris 1985, p. 19.)

 

"Cette législation, précisée dans le Code de droit canon de 1917, qui maintient à l'adresse des clercs l'interdiction de la pratique de l'usure, entend ce mot dans le sens de 'prêt à intérêt', autrement dit : profit tiré d'un prêt d'argent." (R. Pernoud, La Bourgeoisie, ibid., p. 94.)

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9 mai 2016 1 09 /05 /mai /2016 23:08

Il y a 222 ans, Mme Elisabeth, soeur de Louis XVI à qui elle apporta un soutien indéfectible, était décapitée.

Mme Elisabeth - l'enfer d'une sainte (Jules Mazé)

Le 9 mai (1794), vers 8 heures du soir, Mme Elisabeth arrivait à la Conciergerie; à 10 heures, elle était interrogée, en présence de Fouquier, par Deliège flanqué du greffier Ducray, et, le lendemain matin, vers 9 heures, elle montait au Tribunal, où elle se trouva en bonne et nombreuse compagnie, Fouquier l'ayant comprise dans une 'fournée'. Il y avait là les marquises de l'Aigle, de Crussol, de Sémozan, de Canisy; les comtesses de Montmorin, de Sérilly, Mmes de Rossel-Ceroy, Rosset et Buard; les comtes Loménie de Brienne, de Sérilly, d'Etigny, de Sourdeval, l'abbé de Loménie, le chevalier de Loménie, l'abbé de Chambertrand, le jeune Montmorin, âgé de dix-huit ans, M. de Cressy-Champmillon, officier de la Marine, le pharmacien Follope, un industriel, Théodore Hall, un tailleur, Letellier, deux domestiques, Lhôte et Dubois.

 

La veille, dans la soirée, après l'interrogatoire de Madame Elisabeth, un incident s'était produit qui montre le peu de cas que faisait Fouquier-Tinville des formes de la justice et des dispositions de la loi. Le juge Deliège ayant désigné comme défenseur Chauveau-Lagarde, celui-ci, immédiatement prévenu, se hâta d'accourir à la Conciergerie pour conférer avec sa cliente Le concierge n'avait pas d'ordres et dut lui conseiller de s'adresser à Fouquier pour obtenir le permis de communiquer. L'accusateur public, ancien procureur du Châtelet, n'ignorait pas que la justice et l'humanité se sont rencontrées dans les colonnes du code d'instruction criminelle pour assurer la liberté de la défense, il savait qu'il n'avait pas le droit de refuser, il savait... et, pourtant, il refusa, affirmant à Chauveau que sa cliente ne serait pas jugée de sitôt.

 

Le lendemain matin, Chauveau se rend néanmoins au tribunal, et, en entrant, aperçoit Madame Elisabeth, entre deUx gendarmes (Chateau-Lagarde, Procès de Marie-Antoinette et de Madame Elisabeth). Tous les accusés furent condamnés à mort. Fouquier, fixé d'avance sur le sort qui les attendait, avait voulu par son mensonge, mensonge odieux puisqu'une vie humaine était en jeu, éviter une perte de temps au tribunal. On a essayé de le réhabiliter lui aussi. C'est décidément une manie.

 

Chauveau plaida pourtant, soulevant la colère du féroce Dumas, qui présidait.

 

"Quoique le débat n'eût duré qu'un instant, expose Chauveau, je pris la parole, faisant observer qu'il n'y avait au procès qu'un protocole banal d'accusation, sans pièces, sans témoins, et que, par conséquent, là où il n'existait au élément légal de conviction, il ne pouvait y avoir de conviction légale".

 

Le défenseur ayant, en terminant, déclaré que Mme Elisabeth avait été à la cour de France, le modèle de toutes les vertus, Dumas bondit, écumant de rage, et tonna conrtre l'audace de ce défenseur, "qui osait parler des prétendues vertus de l'accusée et corrompait ainsi la morale publique."

 

Comment, en rappelant les vertus de Mme Elisabeth, le défenseur pouvait-il corrompre la morale publique ? Mystère. On peut, en tout cas, constater que le Tribunal révolutionnaire violait les lois divines et humaines et ne traitait pas beaucoup mieux les règles de la logique.

 

L'audience ouverte à 10 heures du matin, prit fin un peu avant 1 heure de l'après-midi. En moins de trois heures, on avait interrogé vingt-quatre accusés, entendu les témoins, l'accusateur public, les défenseurs, on avait libéré, prononcé et notifié le verdict. La toilette des condamnés prit un peu plus de temps, et pourtant le bourreau connaissait son affaire et ne manquait pas d'entraînement.

 

Au greffe, Madame Elisabeth s'employa de son mieux à consoler, à encourager les personnes qui allaient mourir avc elle. La comtesse de Sérilly se croyait en état de grossesse, mais se refusait à en faire l'aveu pour obtenir un sursis. Mme Elisabeth lui démontra que c'était pour elle un devoir : "A quoi bon, disait la pauvre femme, pourquoi prolonger mes souffrances ?" Finalement, elle obéit à Madame Elisabeth, obtint son sursis et fut sauvée par la chute de Robespierre.

 

Devant l'échafaud, Madame Elisabeth fit preuve d'un magnifique courage. Par un raffinement de cruauté, Dumas et Fouquier avaient décidé qu'elle serait exécutée la dernière. Elle vit tomber vingt-deux têtes avant de gravier les quelques marches qui la séparaient de cet au-delà mystérieux où sa foi ardente avait si souvent entraîné son rêve.

 

 

Mme Elisabeth. Portrait par Adélaïde Labille-Guiard.

Mme Elisabeth. Portrait par Adélaïde Labille-Guiard.

Sa vie avait été sans tache, sa mort fut celle d'une sainte.

 

Le cimetière de la Madeleine, dont nous contons plus loin l'histoire, commençait à s'emplir, et les habitants de la rue d'Anjou se plaignant amèrent du défilé des charrettes chargées des corps mutilés dont ils avaient presque chaque jour l'affreux spectacle, la Commune s'était mise en quête d'un autre champ de repos pour les victimes du Tribunal révolutionnaire.

 

Depuis le 20 mars, la rouge moisson de la guillotine était acheminée vers un terrain vague situé dans le quartier Monceau, entre la rue des Errancis, qui est devenue, depuis, la partie nord de la rue du Rocher, et la rue de Monceau.

 

C'est là que furent jetés, dans une fosse contenant déjà d'autres cadavres, le 10 mai 1794, les restes de Madame Elisabeth

 

Le cimetière des Errancis, fermé définitivement le 23 avril 1797, reçut les dépouilles de 1119 guillotinés, parmi lesquels on relève les noms de Danton, de Camille et Lucile Desmoulins, de Malesherbes, de Lavoisier, des deux Robespierre, de Couthon, de Saint-Just.

Mme Elisabeth - l'enfer d'une sainte (Jules Mazé)

En 1817, on essaya de retrouver, ou plutôt d'identifier les restes de Mme Elisabeth pour les réunir, dans le caveau des Bourbons, à Saint-Denis, à ceux de Louis XVI et de Marie-Antoinette. Ce fut en vain.

 

Les ossements de la princesse sont mêlés depuis longtemps, sous les voûtes des Catacombes, à ceux d'autres morts du drame révolutionnaire; la nuit éternelle du souterrain enveloppe la poussière des victimes et celle des bourreaux, la poussière de la sainte fille de France qui a mérité, par ses vertus, de vivre dans la mémoire des hommes et celle du tyran sans grandeur qui essaya de s'élever dans le sang et n'a laissé que le souvenir de ses crimes.

Source: Jules Mazé, Louis XVI et Marie-Antoinette, La Famille royale et la Révolution, Librairie Hachette, Corbeil 1947, p. 208-211

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6 mai 2016 5 06 /05 /mai /2016 09:47

Fin de la « bataille » qui oppose depuis deux mois l'Angleterre et le Puy du Fou. Le Conseil des Arts britannique a indiqué ce jeudi qu'il renonçait à récupérer la relique de la Pucelle d'Orléans acquise par le parc vendéen le 26 février.

 

«Revenu en France, après six siècles d'exil, l'anneau de Jeanne d'Arc va finalement rester au Puy du Fou, a annoncé Nicolas de Villiers. Il fera l'objet d'une présentation provisoire cet été, puis il sera exposé dans un monument spécialement construit à l'extérieur du Grand Parc du Puy du Fou pour permettre à chacun d'admirer gratuitement ce trésor de l'Histoire de France

 

Porté par la Pucelle d'Orléans quand elle commandait les troupes françaises contre l'envahisseur britannique, récupéré à sa mort par les Anglais, racheté par des Français, réclamé par les Anglais, retenu par les Français, le modeste anneau de laiton de Jeanne d'Arc a connu une histoire mouvementée qui semble toucher à sa fin aujourd'hui.

 

À quelques jours à peine des fêtes qui se tiendront le 8 mai en l'honneur de la sainte, les Anglais renoncent définitivement à la relique.

 

Nicolas de Villiers avait acquis le bijou lors d'enchères à Londres le 26 février 2016 pour la somme de 376.833 euros, et l'avait rapporté en France, mais en ne demandant qu'après coup la licence d'exportation exigée par la loi. Arguant de cet oubli, le Conseil des Arts britannique l'avait sommé de rendre la relique dans les délais les plus brefs. La réponse de Nicolas de Villiers était ferme:

 

«Cet anneau est tout ce qu'il nous reste de Jeanne d'Arc. Il est absolument hors de question de le céder. Nous ne livrerons pas une deuxième fois la Pucelle d'Orléans aux Anglais».

 

Après un long bras de fer de deux mois, le Conseil des Arts vient de céder en remettant au Puy du Fou la pièce manquante pour que le transfert du bijou soit définitivement légal. «La bataille fut rude mais loyale.», concluent avec soulagement les représentants du parc vendéen dans un communiqué.

 

Le 14 avril, Nicolas de Villiers avait envoyé à la reine d'Angleterre une lettre que s'est procurée le Figaro. Au nom de «l'histoire commune» de le France et de l'Angleterre, il y suppliait Elisabeth II «que la relique de notre grande héroïne puisse demeurer dans notre pays et que les difficultés juridiques soient vite aplanies par son arbitrage». Il rappelle notamment que son «ancêtre la Reine Victoria avait manifesté le désir de restituer l'anneau à la France.» Nul ne saura si c'est cette missive qui a fait pencher la balance en faveur du Puy du Fou.

L'anneau de Jeanne d'Arc restera en France

 

Source: L'anneau de Jeanne d'Arc restera en France, Le Figaro, Par Marie-Amélie Blin Mis à jour le 06/05/2016 à 09:31 Publié le 05/05/2016 à 15:30

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27 avril 2016 3 27 /04 /avril /2016 19:26

Nous présentons ici le documentaire filmé d'Armel Joubert des Ouches pour Reinformation.Tv, "Révolution française : Silence sur le génocide", augmenté d'un certain nombre de citations des génocidaires, trouvées dans les ouvrages du professeur Xavier Martin consacrés à la "Révolution française".

Révolution française : silence sur le génocide vendéen

La France n'a pas commis de crime contre l'Humanité, la France n'a pas commis de génocide.

Nicolas Sarkozy, Discours du 9 mars 2007

Au moins 180.000 personnes déportées, tuées, assassinées. Des centaines de prêtres, des religieux, mais avant cela, pour la plupart, des paysans, car ce sont les paysans qui, les premiers, se révoltent contre la République naissante. 180.000, c’est le nombre minimum de victimes des guerres dites « de Vendée ». Il y aura aussi plus de 200.000 soldats républicains tués dans les combats.

 

La République construite dans le sang

 

Il y a 227 ans. Ce qu’on appelle, à tort, la Révolution française, éclate à Paris. Une manœuvre de quelques centaines de personnes au départ, afin de renverser la Monarchie.

En 1789, selon le mot de Camille Desmoulins, il n’y avait pas dix républicains avoués en France.

Jacques Bainville, Histoire de France

Les révolutionnaires parviennent à étendre les incidents au pays tout entier. Incidents qui se transforment peu à peu en guerre civile. Un bain de sang. Des milliers de familles sont victimes de la barbarie qui est en train de se mettre en place. En fait, c’est une idéologie nouvelle que Robespierre, Danton et d’autres sont en train d’imposer, par la force, au peuple de France. Parce que l’Eglise est persécutée (on impose aux prêtres la constitution civile du clergé) – les prêtres refusent de prêter serment. Parce qu’ils s’opposent à la levée en masse de 300.000 hommes que la Convention, le nouveau pouvoir en place à Paris, impose afin de combattre l’Autriche catholique, les Vendéens se révoltent.

 

Jean Jacques Rousseau et la tyrannie

 

« Si le peuple pense mal, il faut changer le peuple ».

 

C’est, en une phrase, toute la pensée de Rousseau. Il est indéniable que son « contrat social » comportait en germes le socialisme et la tyrannie qui se préparait dans le pays. Le 1er octobre 1793, la Convention décrète l’extermination « de toute la Vendée ».

Révolution française : silence sur le génocide vendéen

Il y aura le général républicain Turreau et ses colonnes infernales. Jean Baptiste Carrier et les noyades par millier. Il y aura aussi les massacres des Lucs-sur-Boulogne où 564 personnes, hommes, femmes, enfants seront assassinés par les Bleus des généraux Cordellier et Crouzat.

Massacre-aux-Lucs-sur-Boulogne--28-fevrier-1794-.jpg
 

Le 28 février 1794, aux Lucs sur Boulogne, 110 enfants âgés de moins de 7 ans furent massacrés. (Cf. Marie Auguste Huchet, "Le massacre des Lucs-sur-Boulogne et le martyrologue du curé Barbedette, 1983)

 

Les Républicains, une fois entrés dans le village, rassemblèrent la population devant l'église. Les villageois n'étaient guère en mesure de se défendre, la population comptait principalement des vieillards, des femmes, des enfants. Matincourt choisit de ne pas faire de quartier ; il souhaita que l'opération se fasse en économisant le plus de cartouches possibles. Les soldats firent entrer la population dans l'église jusqu'à ce que l'église s'avérant trop petite pour pouvoir contenir toute la population, les Républicains mirent leur baïonnette au canon, chargèrent et massacrèrent toutes les personnes restées à l'extérieur. Les portes de la chapelle furent refermées, emprisonnant les civils à l'intérieur. L'église fut incendiée et des tirs de canons provoquèrent son éboulement.

Le 28 février 1794, c'est le jour du grand massacre aux Lucs : le républicain Chapelain, marchant à la suite des assassins du général Cordelier, ceux-là même qui venaient de ravager la petite bourgade, notait dans son carnet-journal : « Aujourd'hui journée fatigante, mais fructueuse. Pas de résistance. Nous avons pu décalotter, à peu de frais, toute une nichée de calottins qui brandissaient leurs insignes du fanatisme. Nos colonnes ont progressé normalement. »

Le massacre des Lucs, ressemble au drame d'Oradour sur Glane. Dans la chapelle, plus de 500 noms sont gravés sur des plaques de marbre blanc. Ils furent brûlés vifs. Des familles entières ont péri. La chapelle Notre Dame du Petit Luc est un endroit bien émouvant, où chaque nom nous rappelle qu'en ces lieux l'homme s'est vautré dans l'ignominie. Et cette ignominie a vu la naissance de la république dite "française".

Les colonnes infernales avaient pour mission de détruire les rebelles et les soldats les poursuivaient à travers toute la campagne.

« J'ai fait fûreter les fossés, les haies et les bois. C'est là que je les ai trouvés blottis, tout a été passé par le fer. » (général Grignon, chef de la 1ère colonne).

Les gens qui étaient restés dans les villages n'étaient pas mieux traités : incendiés avec leurs maisons, ou fusillés, ou tués à coups de sabre et de baïonnettes, pour épargner la poudre et pour faire durer le plaisir.

Les tueurs étaient des tortionnaires qui coupaient des membres et des têtes, éventraient les victimes et les torturaient.

Il y aura enfin le massacre dans la forêt de Vezin, près de Chanteloup-les-Bois où seront tuées près de 2.000 personnes.

A chaque fois que les Français chantent la "Marseillaise", ils chantent leur propre élimination, puisque 80% des guillotinés étaient des petites gens.

 

La Révolution française ne fut par seulement une tentative d ‘« épuration » de la Vendée, mais une épuration d’une partie du peuple de France opposé à la République.

Ce qui constitue une République, c'est la destruction totale de ce qui lui est opposée.

Saint-Just à la Convention, 8 ventôse an II, 26 février 1794 : dans ses Oeuvres complètes, publ. A Kupiec et M. Abensour, Paris 2004, p. 659 ; et Arch. Parlem., 1ère série, t. 85, p. 517., col. 1.

Si nous nous purgeons, dit sous peu son collègue Garnier de Saintes, c'est pour avoir le droit de purger la France. Nous ne laisserons aucun corps hétérogène dans la République.

Garnier de Saintes aux Jacobins, 16 germinal an II, 5 avril 1794 : Aulard, La Société des Jacobins, Recueil de Documents..., t. 6, Paris, 1897, p. 47.

La Convention nationale est sublime dans ce moment ; elle vomit de son sein tout qui s'y trouve d'impur.

Couthon, Propos du 29 messidor an II, 17 juillet 1794 : cité de seconde main d'après M. Braconnier, notice « Couthon », dans A. Soboul, dir., Dictionnaire de la Révolution française, Paris, p. 310.

Purgeons, purgeons à jamais le pays de cette race infâme (…). Purgeons, mes amis, saignons jusqu'à blanc. » (Il faut) purger, saigner jusqu'au blanc cette génération vendéenne.

Francastel, Lettre des 22 et 20 décembre 1793 in Xavier MARTIN, Droits de l'Homme et la Vendée, éd. DMM, Bouère, 1995, p. 60.

Oui, nous devons l'avouer, nous faisons répandre beaucoup de sang impur, mais c'est par humanité, par devoir.

Lettre de Fouché à la Convention, 27 décembre 1793 : cité de seconde main d'après A. Gérard, op. cit., p, 25.

L'antidote pour contrer l'assassinat et le meurtre chanté à chaque Marseillaise, l'antidote pour repousser le maléfice de ce qui reste une louange et un chant du mal, c'est de prier et de réciter un Ave Maria, en exorcisme de l'esprit de la Révolution.

Les "décapitations [...] concernent pour 28% des paysans, pour 31% des artisans et des ouvriers, sans doute pour plus de 20% des marchands ... 8 à 9% des nobles, pour 6 à 7% des membres du clergé..."

René Sédillot, Le Coût de la Révolution française, Vérités et Légendes, Perrin, Mesnil-sur-l'Estrée 1984, p. 24

Lire: La république destructrice

 

Marseille et Lyon, mais aussi la Bretagne étaient entrés en résistance. Ils s’étaient battus pour Dieu et pour le Roi de France. Symbole de leur résistance, un cœur surmonté d’une croix rouge marqué de la devise « Dieu le Roy ».

Révolution française : silence sur le génocide vendéen
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21 avril 2016 4 21 /04 /avril /2016 06:01

Lors du Banquet Camelot du 25 juin 2015, Jean-Philippe Chauvin fait un bilan global du caractère antisocial de la république depuis son avènement.

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8 avril 2016 5 08 /04 /avril /2016 22:56
Le roi Arthur, star du futur plus grand parc d’attractions de Bretagne

La petite commune de Guipry-Messac pourrait accueillir, d’ici quelques années, un mix entre parc Astérix, Futuroscope et Puy du Fou, dédié aux légendes du roi Arthur.

 

Les légendes bretonnes racontent que le roi Arthur dormirait dans son château d’Avalon depuis l’an 535, attendant que sa terre natale ait besoin de lui pour sortir de son profond sommeil et dégainer Excalibur. Ce que ces légendes ne disent pas c’est qu’il pourrait ne rester que quelques années avant le réveil d’Arthur. Et que, loin d’Avalon, c’est à Guipry-Messac, petite commune entre Rennes et Redon, que le mythique roi de Bretagne pourrait faire son grand retour

 

Source et suite

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