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27 février 2017 1 27 /02 /février /2017 18:15
Carte de Barbarie (Gerardus Mercator, 1630)

Carte de Barbarie (Gerardus Mercator, 1630)

Assistons-nous à la réactivation de la piraterie islamiste et de la "Barbarie" que Charles X avait éradiquée en 1830 ?

 

Selon La Dépêche.fr aujourd'hui, "un otage allemand a été décapité aux Philippines par des islamistes du groupe Abu Sayyaf qui a porté allégeance à l’Etat islamique." RIP

 

"Basé dans le sud des Philippines, le groupe islamiste est connu pour ses enlèvements et actes de piraterie maritime. Apparu dans les années 1990, il aurait gagné des dizaines de millions de dollars grâce à ses actes de rançon."

Philippines : un otage allemand décapité par un groupe islamiste

La réactivation de la piraterie islamiste ?

Source

 

L'archipel philippin est bordé à l'est par la mer des Philippines, à l'ouest par la mer de Chine méridionale et au sud par la mer de Célèbes, mais se trouve plus populairement dans l'océan Pacifique.

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27 février 2017 1 27 /02 /février /2017 17:30

Un intéressant point de vue de Charles Gave : "il ne m'étonnerait pas que dans l'année qui vient, la construction de l'Union européenne, telle qu'on la connaît, disparaisse et que l'euro disparaisse puisque l'UE ne correspond plus à rien et ne correspond plus à aucun besoin.... Et à ce moment-là le danger pourrait être comme on l'a vu lors de l'effondrement de l'Urss, l'émergence des vieilles nations, la Savoie, la Catalogne, la Corse, la Bretagne, etc. Il y a aujourd'hui des forces de rupture, compte tenu de ce mécontentement et de l'incapacité des élites à les traiter qui sont importantes".

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27 février 2017 1 27 /02 /février /2017 07:33

"Pyrrhon lui-même a souvent été présenté comme une sorte de sophiste, par exemple dans la légende qui nous le montre si incertain de l’existence des choses sensibles qu’il s’en va se heurter contre les arbres et les rochers, et que ses amis sont obligés de l’accompagner pour veiller sur lui. "

(Victor Brochard, Les Sceptiques grecs, Livre de Poche, 2002.)

Selon le philosophe Pyrrhon d’Elis (v. 365-275 av. J.C.) les réalités sont toutes aussi incertaines qu’indiscernables. Aussi nos sensations et nos jugements ne nous apprennent-ils ni le vrai ni le faux. Par conséquent, nous ne devons nous fier ni aux sens ni à la raison, mais demeurer sans opinion. Quelle que soit ce dont il est question, ce dont on parle, il faut l’affirmer et la nier à la fois, ou bien ni l’affirmer ni la nier.

La crise qui secoue l’Eglise est essentiellement due au “pyrrhonisme” qui s’est emparé des mentalités actuelles, y compris au sein du clergé.

Le “pyrrhonisme”, qui nie que la raison puisse atteindre la signification des réalités, débouche inévitablement sur une sorte d’illogisme qui fait le lit de ce que Benoît XVI appelait “la dictature du relativisme” : plus rien ne doit être considéré comme définitivement vrai. Tout doit demeurer dans l’ombre, dans la grisaille, dans l’incertitude, dans le subjectivisme. Tout doit dépendre des sentiments individuels, des besoins et des envies du moment, du contexte.

Dans l’Encyclique “Humani generis”, Pie XII avait enseigné que contre le pyrrhonisme qui caractérise l’esprit du monde moderne, il était nécessaire de reconnaître “l’authentique et exacte valeur de la connaissance humaine capable d’arriver à une vérité certaine et immuable.”

Dans la Constitution “Lumen gentium” de Vatican II, l’Eglise affirme, contre le pyrrhonisme, que par la lumière naturelle de la raison humaine nous pouvons connaître Dieu comme le principe et la fin de toute chose (LG, n.16). Cet enseignement sera repris et développé dans le “Catéchisme de l’Eglise catholique” (CEC, nn. 35 et ss.) qui doit beaucoup au Cardinal Ratzinger

Enfin, à travers la Constitution pastorale “Gaudium et spes”, l’Eglise condamne ceux qui enseignent ou admettent qu’il n’existe pas de vérité absolue et que, par conséquent, tout n’est que relatif : “On désigne sous le nom d’athéisme des phénomènes entre eux très divers. En effet, tandis que certains athées nient Dieu expressément, d’autres pensent que l’homme ne peut absolument rien affirmer de Lui. D’autres encore traitent le problème de Dieu de telle façon que ce problème semble dénué de sens.” (GS, n. 19 §2).

Aujourd’hui, le pyrrhonisme est largement introduit dans la mentalité catholique. Il conduit de nombreux fidèles - et parmi eux des membres éminents de la Hiérarchie - à penser que puisque l’esprit humain n’est pas capable d’appréhender la vérité une et immuable, l’Eglise ne doit plus être “monolithique” : elle ne peut que proposer “sa” vérité, mais à la condition de laisser chacun libre d’y faire des distinctions et des préférences en faisant appel à son jugement personnel.

Il faut donc s’interdire tout immobilisme qui conduirait à penser qu’un enseignement est définitif, que la doctrine est fixée, que la liturgie doit être célébrée dans le respect de règles objectives et stables qui en fixent le déroulement et en déterminent le sens.

Par la bouche d’un certain clergé postconciliaire, on a entendu dire que tout doit être relativisé et que, par conséquent, les évêques eux-mêmes doivent adapter et relativiser les enseignements de l’Eglise. Il s’agit là d’une grave défaillance de l’autorité pastorale qui conduit à ce qu’on puisse s’affirmer catholique tout en cultivant un scepticisme ouvrant sur d’infinies variations doctrinales, liturgique et morales considérées comme toutes aussi valables les unes que les autres. Dans ce mouvement, la morale “doit être vie, dynamique de vie et, à ce titre, soumise à une croissance intérieure qui écarte toute fixité”, disait le Cardinal Suenens en 1966.

Dans un tel contexte, il devient totalement impossible parler d’une “crise” de l’Eglise : comment pourrait-il y avoir crise quand il n’y a plus ni de mesures fixes ni d’instrument fiables pour discerner la foi de ce qui n’est pas la foi ? Comment pourrait-on parler de crise lorsque, dans des discours embrouillés, on arrive à prendre pour un enseignement clair ce qui, en fait, peut s’attacher à plusieurs idées opposées ?

Le “pyrrhonisme” engendre nécessairement le mobilisme dans tous les domaines : puisque plus rien ne doit avoir de stabilité et de signification, tout doit sans cesse être démoli et reconstruit, détruit et réinventé. Le “soyez fermes et immuables” de S. Paul (cf. 1Cor. 15) est alors remplacé par le “soyez mobiles et instables” de très nombreux clercs de l’Eglise postconciliaire. Les célébrations paroissiales doivent devenir l’outil qui favorise et entretient le “pyrrhonisme” dans l’esprit des fidèles : en remplaçant le sacré qui porte à l’universel par l’expression de l’émotivité (“C’était une belle messe” ; “A l’enterrement, on a écouté la chanson préférée de mamie”...) et en évacuant le Beau qui fixe le Vrai, les célébrations dites “liturgiques” (alors qu’elles ne sont plus guère que des “rencontres spirituelles”) aiguisent les sentiments individuels pour ne plus servir et véhiculer que le relativisme. Une messe ne doit donc plus être un acte d’Eglise stable qui transmet et signifie la Vérité permanente, mais une action privée et variable, sans cesse innovante, au cours de laquelle le célébrant - ou tout autre personne chargée de l’ “animation” - crée des formules vides et imagine des gestes sans rapports avec ceux de la Tradition. La liturgie perd son sens, comme le souligne le Cardinal Sarah, et dégringole au niveau d’une activité qui permettra au célébrant et à l’assemblée suiviste de se séparer de l’Eglise sans pour autant s’opposer ouvertement à elle. Ce qui est déjà le cas dans de très nombreuses paroisses.

On passe ainsi du “pyrrhonisme” au “mobilisme”, c’est-à-dire dans quelque chose qui n’est plus qu’un vague système de croyances déracinées de la foi catholique.

Dans ce “quelque chose” de radicalement nouveau, les célébrations recomposées, réinventées, sont présentées comme l’idéal du style nouveau que doivent avoir les messes (lesquelles se font maintenant sous des chapiteaux de cirques ou dans des salles de spectacles avec l’aval des évêques...), le but à atteindre étant d’induire les fidèles dans une religiosité qui, en dépréciant la raison et l’intelligence, interdit définitivement à l’homme de connaître Dieu et de s’approcher de Lui pour l’écouter nous parler dans le silence.

Nous sommes bien immergés dans cette Eglise du “pyrrhonisme” où les fidèles sont invités à ne plus réfléchir afin de pouvoir accepter sans sourciller n’importe quel chant, n’importe quelle nouveauté, n’importe quel discours, n’importe quelle bêtise liturgique ou catéchétique. Et dans cette Eglise “new look”, plus c’est gros et affligeant, mieux ça passe.

L'Eglise du “pyrrhonisme”
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Publié par Ingomer - dans Religion
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27 février 2017 1 27 /02 /février /2017 00:00
Sainte Honorine, vierge, martyre gauloise († 303)

On ne connaît d'elle que les reliques qui furent rapportées de Haute-Normandie jusqu'en Ile-de-France à Conflans-Saint-Honorine. Son culte en Normandie est très ancien et la tradition en fait une martyre gauloise.

 

- la tradition rapporte qu'elle fut martyrisée en l'an 303 lors de la dernière persécution romaine. Sainte Honorine est également patronne des prisonniers.

- Honorine était originaire de la tribu gauloise des Calètes (actuellement pays de Caux). Vers 303, elle fut martyrisée par les Romains à Lillebonne et son corps jeté dans la Seine proche.

Son corps fut recueilli à Graville (actuel quartier du Havre) et y fut enterré.

Pour échapper aux invasions normandes, son corps est transporté par des religieux jusqu'au castrum de Conflans près du confluent de la Seine et de l'Oise, en 876. Elles y restèrent la paix revenue. Un pèlerinage régional, le jour de l'Ascension, se développa sous l'impulsion des moines du prieuré de Conflans, dépendant de l'abbaye Notre-Dame du Bec, installés depuis 1080. De nos jours, ce pélerinage a lieu le dimanche précédant ou suivant le 27 février.

 

Le 27 février est la date actuellement retenue pour les cérémonies et processions et ce, depuis l'an 1080. Voir le site de la paroisse de Conflans-Sainte-Honorine où Vêpres et vénération des reliques sont organisés tous les ans pour sa fête.

 

Certains auteurs localisent Honorine dans le pays d'Auge (diocèse de Bayeux) comme en témoignent les nombreux villages qui portent son nom. D'autres la situent dans le pays de Caux : c'est à Graville que se trouve son tombeau.

 

Sainte Honorine aurait fait partie du peuple gaulois des Calètes et aurait été martyrisée à Lillebonne (Juliobonna). Son corps jeté dans la Seine aurait été recueilli à Graville où il fut enterré (début du IVe siècle).

Statue de sainte Honorine sur l'église de Corbeil-Cerf.

Statue de sainte Honorine sur l'église de Corbeil-Cerf.

 

Sur le territoire de Rouen, au IVe siècle, sainte Honorine, vierge et martyre. Martyrologe romain

 

"Sainte Honorine, l’espérance des captifs et des matelots, obtenez-nous la délivrance de nos périls et de nos maux" (cantique composé vers 1875)

 

Sources

 

[1] L'Evangile au quotidien

[2] Nominis

[3] Wikipedia

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Publié par Ingomer - dans Saints du jour
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26 février 2017 7 26 /02 /février /2017 00:00

Il était évêque de Magydos, en Pamphylie, dans le sud de l'actuelle Turquie, quand éclata la persécution de Dèce. Nombreux furent alors les chrétiens qui apostasièrent pour sauver leur vie. Craignant que ses fidèles n'en fassent autant, il leur conseilla de fuir et lui-même se laissa arrêter. Conduit devant le gouverneur, il s'entendit condamner: "Puisque tu préfères un homme crucifié à nos divins empereurs, toi aussi tu mourras sur une croix." Et saint Nestor fut crucifié. (1)

Saint Nestor, Evêque en Pamphylie. Miniature du Menologion de Basil II, manuscrit enluminé contenant un synaxaire, livre liturgique orthodoxe, daté de la fin du Xe, du début du XIe siècle, actuellement conservé à la bibliothèque apostolique vaticane. C'est un des manuscrits byzantins les plus célèbres.

Saint Nestor, Evêque en Pamphylie. Miniature du Menologion de Basil II, manuscrit enluminé contenant un synaxaire, livre liturgique orthodoxe, daté de la fin du Xe, du début du XIe siècle, actuellement conservé à la bibliothèque apostolique vaticane. C'est un des manuscrits byzantins les plus célèbres.

Le préfet avait dit : "Tant que nous n’aurons pas l’évêque entre les mains, nous ne pourrons rien contre les chrétiens."

 

Simulacre de procès et de déférences, pour le faire abjurer. Nestor garde son calme et sa détermination. Il est renvoyé devant une instance supérieure à Perge. Même scénario. Le jugement est sans appel : "Nestor, puis­que tu n’as pas voulu obéir au victorieux empereur, ni aux dieux immortels, puisque tu es voué, comme je le vois, au Christ crucifié sous Ponce Pilate, tu subiras la même peine que lui. Tu seras crucifié !" Et il en fut ainsi.

 

Jusqu’à son dernier souffle, Nestor continue de parler du Christ. Certains de ses bourreaux, émus par cette constance, se convertissent. C’était en 250. (2)

 

Pensée spirituelle de Nestor :

 

"Toujours j’ai été, je suis et je serai avec mon Christ.'

 

Courte prière de Nestor crucifié :

 

"Je bénirai le Seigneur en tout temps, et sa louange est toujours sur mes lèvres." (Psaume 33)

 

Le prénom Nestor est d'origine grecque et vient du nom d'un roi légendaire de Pylos. (3)


À Pergé en Pamphylie, l’an 250, la passion de saint Nestor, évêque de Magydos et martyr. Arrêté au temps de la persécution de l’empereur Dèce, il fut condamné à la croix par le gouverneur de la province, pour qu’il subisse le même supplice que celui qu’il reconnaissait comme le Crucifié.

Martyrologe romain

 

Sources : (1) Nominis ; (2) 26 février : Saint Nestor, Direct Matin ; (3) Le Jour du Seigneur ; (4) Wikipedia english

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25 février 2017 6 25 /02 /février /2017 12:12

"Le Martyr de Bouval" est un film de la paroisse Notre Dame d'Enchanet sur Maronne (Pleaux) dans le Cantal, réalisé par Marie-Sophie GUERING avec Abbé Dominique ROZE, Vincent BAC, Annie GUERING, Didier LAFARGE... Musique originale composée par Alexandre BENETEAU.

Le Martyr de Bouval (film avril 2017) - Vie de l'abbé François FILIOL, prêtre martyr de la Révolution dans le Cantal

Le film "Le Martyr de Bouval", écrit entièrement à partir d'archives par une jeune réalisatrice de 17 ans, retrace la vie de l'abbé François FILIOL, prêtre martyr de la Révolution dans le Cantal.

En mai 1793, l'abbé François Filiol, vicaire de Drugeac, avant la Révolution, est arrêté chez son père à Bouval de Barriac-les-Bosquets. Son crime : avoir refusé de signer la Constitution civile du clergé. Sommé de céder et refusant à nouveau, il est condamné à mort par le tribunal révolutionnaire d'Aurillac.

La tête de l'abbé François Filiol tombe à Mauriac, derrière la basilique. Catinon Menette recueille sur un linge le sang du martyr. Jean-Baptiste Serres raconte qu'elle appliqua le tissu sur les yeux d'un aveugle et que ce dernier recouvra la vue. Sur le chevet de Notre-Dame des Miracles, une croix rappelle la terrible fin de l'abbé. Il avait 28 ans.

La Montagne.fr a publié cet article sur le film :

Le Martyr de Bouval (film avril 2017) - Vie de l'abbé François FILIOL, prêtre martyr de la Révolution dans le Cantal

Un film sur l'histoire de l'abbé Filiol, guillotiné à la Révolution

 

Publié le 26/02/2016

 

L’histoire de l’abbé Filiol, guillotiné à Mauriac sous la Révolution française, refait surface : un film consacré à sa vie est actuellement tourné autour de Pleaux.

 

Bercée par le crépitement des flammes, la petite pièce plonge dans le silence. Face à la cheminée, autour d'une table en bois, deux hommes, en costumes d'époque, se fixent du regard. Le jeune François, futur abbé Filiol, fait face à son père. « Clap » ! Le claquement déchire la quiétude du Moulin du Bosquet, et lance le tournage. Derrière sa caméra, Marie-Sophie Guéring balaie la scène de long en large…

 

Deuxième expérience

 

Accompagnée de l'abbé Dominique Roze, curé à Pleaux, la réalisatrice de 17 ans guide un projet mené par la paroisse Notre-Dame d'Enchanet sur Maronne : le tournage d'un long-métrage d'1 h 30, intitulé « le Martyr de Bouval » et consacré à la vie de l'abbé Filiol. Le duo avait déjà travaillé de concert, il y a deux ans, sur un film dédié au pèlerinage à Notre-Dame-d'Enchanet. Projeté à Pleaux, « ce petit succès », sourit Marie-Sophie, les a encouragés à retenter l'aventure, autour d'une autre histoire locale.

 

Né à Bouval (Barriac-les-Bosquets) en 1765 et après des études à Mauriac et au grand séminaire de Clermont-Ferrand, François Filiol est nommé vicaire à Drugeac et ordonné prêtre en 1789. Mais en 1790, il rejette, comme de nombreux prêtres, la Constitution civile du clergé, qui institue une nouvelle église. Contraint à l'exil, l'abbé Filiol prend la route de l'Espagne mais revient rapidement sur ses pas, « pour exercer son ministère clandestinement, raconte l'abbé Dominique Roze. Il est alors caché par son père, notamment dans une grange à Bouval. Mais il est dénoncé par une servante, attrapé et guillotiné à Mauriac, en 1793. Dans l'arrondissement, trois autres prêtres, déportés, ont aussi péri pendant la Révolution française. À travers cette histoire, on veut donner un visage à ceux qui ont été oubliés. »

 

 

Le dossier de béatification relancé ?

 

« Impressionnée par le courage de l'abbé Filiol, prêt à donner sa vie pour aider les gens », Marie-Sophie Guéring a entièrement écrit le scénario, à partir d'archives. Le tournage a débuté à Noël, avec de premières scènes devant l'église de Barriac-les-Bosquets et au baptistère de Pleaux. En début de semaine, le projet s'est poursuivi au Moulin du Bosquet, à Barriac-les-Bosquets. En compagnie d'une poignée de figurants locaux. « Le fait que l'abbé Filiol soit guillotiné, ça a marqué les mémoires ici, explique l'abbé Roze. Ce film, c'est l'histoire de l'abbé, mais ce sont aussi les habitants qui se souviennent. »

 

« C'est une histoire qui a touché les habitants de la région, donc on a trouvé assez facilement des acteurs, et les costumes nous ont été prêtés par des gens du coin, notamment le groupe folklorique Lous Bouscas », complète Marie-Sophie Guéring. Une mobilisation populaire qui pourrait également jouer en faveur du dossier de béatification de l'abbé Filiol : « au point mort » depuis une vingtaine d'années, explique l'abbé Roze, celui-ci pourrait être relancé, puisque le film serait joint au dossier. La fin du tournage, elle, est prévue cet été. Des figurants sont notamment recherchés pour la scène finale, devant l'église de Pleaux, autour d'une guillotine reconstituée, là aussi, par un habitant.

 

Present.fr a publié un entretien avec l'abbé Dominique Roze, curé de la paroisse, au sujet du tournage du film. Extrait :

Statue monumentale de l’abbé Filiol, haute de 3,70 m, érigée en 1896 au sommet du Puy de Bouval, culminant à 730 mètres, le plus haut point du canton de Mauriac (Auvergne)

Statue monumentale de l’abbé Filiol, haute de 3,70 m, érigée en 1896 au sommet du Puy de Bouval, culminant à 730 mètres, le plus haut point du canton de Mauriac (Auvergne)

"Depuis que le projet de film est lancé, on découvre que la mémoire locale et l’attachement de la population à ce prêtre demeurent. Le projet a permis de révéler et de réveiller cet attachement. Et c’est une excellente chose.

 

Pour la France d’aujourd’hui, le film participe au devoir de mémoire, pour reprendre une expression à la mode. Il restitue une des pages les plus sombres de l’histoire de notre pays, un épisode qu’il convient de ne jamais oublier. L’abbé Filiol est resté dans la mémoire populaire quand trois prêtres de la région, morts en déportation, en ont malheureusement disparu. Il est donc une figure emblématique des persécutions subies par le clergé au moment de la Révolution française.

 

En ce qui concerne l’Eglise de France, en cette période de crise des vocations, l’abbé Filiol incarne la fidélité à la foi catholique et à l’Eglise. Par fidélité, il a donné sa vie pour la France. Faire connaître son sacrifice d’amour peut être une source de grâces. Et peut-être, demain, susciter des vocations sacerdotales…

 

Le procès a été ouvert voici bien des années. Pour le moment, il semble bloqué. Beaucoup avaient espéré que l’abbé Filiol serait déclaré Bienheureux en même temps que Catherine Jarrige, dite Cantinou Menette, tertiaire dominicaine originaire de Mauriac, qui consacra sa vie à aider les nécessiteux et qui secourut de nombreux prêtres réfractaires, dont l’abbé Filiol [elle fut béatifiée en 1996 par Jean-Paul II, NDLR]. Pour faire aboutir une béatification, il faut une demande populaire. Je veux croire que le film de Marie-Sophie réveillera la mémoire et relancera le procès. Je veux croire que l’abbé Filiol sera bientôt déclaré Bienheureux par l’Eglise. A la grâce de Dieu !"

 

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Publié par Ingomer - dans Films
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24 février 2017 5 24 /02 /février /2017 19:10

En 1985, pour le Cardinal Ratzinger (futur Benoît XVI), à cause de leur remise en cause de la Tradition de l'Eglise, l'intercommunion avec les protestants n'est pas possible, car "s'il n'y a pas de succession apostolique, il n'y a pas de sacerdoce authentique, et il ne peut donc y avoir d'Eucharistie sacramentelle au sens propre." C'est dans l'Entretien sur la foi (1985), avec Vittorio Messori que le Cardinal Ratzinger donne cette explication :

L'impossibilité de la communion avec les protestants ne vient pas de l'Eglise, elle vient du "credo" des protestants eux-mêmes

Cardinal Ratzinger: Luther serait tout aussi problématique aujourd'hui

 

Vittorio Messori: "À la fin de 1983 - année du cinquième centenaire de la naissance de Martin Luther - l'enthousiasme à le célébrer de certains catholiques a conduit de mauvaises langues à insinuer qu'aujourd'hui, le Réformateur pourrait enseigner les mêmes choses que jadis, mais en occupant en toute tranquillité la chaire de quelque université ou séminaire catholique. Qu'en dit le Préfet? Croit-il que la Congrégation qu'il dirige convierait le moine augustinien à quelque "entretien informatif"?

 

Le Cardinal Ratzinger sourit et répond : "Oui, je crois vraiment qu'aujourd'hui encore, on devrait parler très sérieusement avec lui, et que ce qu'il a défendu ne pourrait être davantage considéré de nos jours comme "théologie catholique". S'il en était autrement, le dialogue oecuménique ne serait pas nécessaire, qui recherche précisément cet entretien critique avec Luther en demandant comment l'on peut sauver ce qu'il y a de grand dans sa théologie et surmonter ce qui s'y trouve de non catholique."

 

Vittorio Messori: "Il serait intéressant de savoir de quels points la Congrégation pour la doctrine de la foi s'emparerait pour intervenir encore aujourd'hui contre Luther."

 

Le Cardinal Ratzinger n'hésite pas à répondre : "Quitte à paraître ennuyeux, je pense qu'il s'agirait à nouveau du problème ecclésiologique. Lors de la dispute de Leipzig, l'interlocuteur catholique de Martin Luther lui prouva de façon irréfutable que sa "nouvelle doctrine" ne s'opposait pas seulement aux Papes, mais aussi à la Tradition telle que l'avaient clairement exprimée les Pères et les Conciles. Luther fut contraint de l'admettre et déclara alors que les Conciles oecuméniques aussi se seraient trompés, plaçant ainsi l'autorité de l'exégète au-dessus de l'Autorité de l'Église et de sa Tradition."

 

Vittorio Messori: "C'est donc à ce moment-là que se produisit la "rupture" décisive?"

 

Cardinal Ratzinger : "Je crois en effet que ce fut le moment décisif. Parce qu'alors on renonça à la conception catholique de l'Église comme authentique interprète du vrai sens de la Révélation. Luther ne pouvait plus partager la certitude qui reconnaît en l'Église une conscience commune qui se situe au-dessus de l'intelligence et de l'interprétation personnelles. De sorte que la relation entre l'Église et l'individu, entre l'Église et la Bible en est fondamentalement altérée. Sur ce point, oui, la Congrégation devrait parler avec Luther s'il vivait encore; ou, pour mieux dire, sur ce point, nous parlons avec lui lors de nos conversations oecuméniques. (...)"

 

Vittorio Messori: "... [Le Cardinal] me cite le nouveau refus de Rome de concéder "l'intercommunion", c'est-à-dire la possibilité pour un catholique de participer à l'Eucharistie d'une Église réformée."

 

Cardinal Ratzinger: "De nombreux catholiques eux-mêmes, dit-il, pensent que ce refus est l'ultime avatar d'une mentalité intolérante qui devrait avoir fait son temps. Ils sont nombreux, ceux qui nous crient: "Ne soyez pas si sévères, si anachroniques!" Mais ce n'est pas une question d'intolérance ou de retard oecuménique: pour le Credo catholique, s'il n'y a pas de succession apostolique, il n'y a pas de sacerdoce authentique, et il ne peut donc y avoir d'Eucharistie sacramentelle au sens propre. Nous croyons que c'est ainsi que l'a voulu le Fondateur même du christianisme."

 

Source : Cardinal Joseph Ratzinger/Vittorio Messori, Entretien sur la foi, Fayard, 1985, p. 192-197. Le Forum catholique

 

La succession apostolique désigne la transmission par les apôtres de l’autorité des pouvoirs reçus de Jésus à des successeurs. C’est par la consécration épiscopale, que se transmet la succession apostolique. Depuis vingt siècles de christianisme, les évêques, unis au pape, assurent la continuité vitale et institutionnelle de la mission confiée aux apôtres par le Christ. (Source)

 

Le document "l’apostolicité de l'église et la succession apostolique" de la Commission théologique internationale a précisé en 1973 :

 

"Le mouvement commun de la Réforme a nié le lien entre l’Écriture et la tradition de l’Église en faveur de la normativité de la seule Écriture. Même si plus tard on se réfère de diverses manières à la Tradition, cependant on ne lui reconnaît pas la même dignité que dans l’Église ancienne. Le sacrement de l’ordre étant l’expression sacramentelle indispensable de la communion dans la Tradition, la proclamation de la sola Scriptura a entraîné l’obscurcissement de l’ancienne notion de l’Église et de son sacerdoce. Aussi, de fait, on a, à travers les siècles, souvent renoncé à l’imposition des mains, soit par des hommes déjà ordonnés, soit par d’autres. Là où elle a été pratiquée, elle n’avait pas eu la même signification que dans l’Église de la Tradition. Cette divergence dans la façon d’introduire dans le ministère et de l’interpréter n’est que le symptôme le plus saillant de la compréhension différente des notions d’Église et de Tradition. De nombreuses approches prometteuses (2) (Voir les résultats de certains dialogues bilatéraux) ont commencé à rétablir des contacts avec cette Tradition, bien que la rupture ne soit pas encore effectivement surmontée. Dans ces circonstances, l’intercommunion eucharistique reste pour le moment impossible (3) parce que la continuité sacramentelle dans la succession apostolique dès les origines constitue pour les Églises orthodoxes aussi bien que pour l’Église catholique un élément indispensable de la communion ecclésiale."

 

Les protestants nient le lien entre l'Ecriture et la tradition de l'Eglise en faveur d'une normativité de la seule Ecriture. Depuis 500 ans, l'obstacle fondamental à l'unité est la notion de succession apostolique. Or, les apôtres eux-mêmes ont voulu cette succession apostolique. Cette transmission des pouvoirs sacerdotaux est une pratique attestée dans le Nouveau Testament. L'organisation de l'Eglise est en place déjà en l'an 60 avant la mort des apôtres Pierre et de Paul.

 

Mgr Jacques Perrier, l'ancien évêque de Tarbes et Lourdes, a pu dire dans un document sur la succession apostolique que "Les évêques d’aujourd’hui sont reliés aux apôtres par une chaîne ininterrompue. Cette relation est un gage de fidélité à travers le temps et d’unité à travers le monde." Et dans un autre document publié sur Aleteia, il a explicité la notion de succession apostolique.

 

Parmi ses disciples, Jésus, après une nuit de prière, en a choisi douze, dont les évangiles nous donnent les noms. Judas ayant fait défection, Pierre prend l’initiative de procéder à son remplacement. Il faut trouver quelqu’un qui "nous ait accompagnés tout le temps que le Seigneur Jésus a vécu au milieu de nous, en commençant au baptême de Jean jusqu’au jour où il nous fut enlevé" (Actes des apôtres 1, 21-22). Après tirage au sort, c’est Matthias "qui fut mis au nombre des douze apôtres".

 

Quelques années plus tard, Saul bénéficie d’une apparition du Christ ressuscité sur le chemin de Damas : il devient "Paul", l’Apôtre par excellence, surtout auprès des païens. Le cas de Paul est unique : il ne se reproduira pas dans l’histoire. Il y a donc quelque chose de particulier à cette première génération : ils ont été "témoins oculaires" (Luc 1, 2) ; ils ont "entendu, vu, contemplé, touché" (1 Jean 1, 1). Ce qu’ils avaient à dire, ils l’ont dit. C’est pourquoi "la Révélation est close à la mort du dernier apôtre". Il n’y a pas d’autre Révélation à attendre, jusqu’à la fin des temps. "En ces jours qui sont les derniers, Dieu nous a parlé par le Fils" (Hébreux 1, 2). Là où ils prêchaient l’Evangile, les apôtres ont fondé des Eglises. Ils ont eu le souci de pouvoir à leur avenir en instituant, par la grâce de Dieu, des chefs de communauté. Saint Paul en est témoin. Les évangiles témoignent de Jésus jusqu’à son Ascension, quarante jours après Pâques. Les autres écrits du Nouveau Testament (Actes des apôtres, épîtres et Apocalypse) témoignent de l’activité des apôtres et des communautés, des "Eglises" qu’ils ont fondées.

 

Jésus n’a pas été un vagabond, prêchant au hasard. Il a constitué un noyau, les "Douze", à qui il a promis l’envoi de l’Esprit Saint. De même, les apôtres ont eu le souci, dès le début, de ne pas laisser chaque communauté s’en aller à la dérive, chacune suivant son penchant naturel. Paul repasse dans les communautés qu’il a fondées et leur envoie des lettres, les "épîtres".

 

Ainsi, à cette époque, Thessalonique, devenue la capitale de la Macédoine et le port le plus commerçant de la Méditerranée, reçoit la visite de Paul qui s'y rend dans sa seconde mission à sa sortie de Philippes. Il y trouve une synagogue, où il prêche à des Juifs, des prosélytes et des païens durant trois semaines et jette les fondements d'une petite chrétienté. Mais bientôt chassé par les intrigues des Juifs accusant les prédicateurs d'agir contre les décrets impériaux et traînant certains chrétiens devant les magistrats (Ac 17:5-9), il se retire à Bérée, puis à Athènes, et de là à Corinthe. C'est de cette dernière ville qu'il adresse à l'Eglise naissante de Thessalonique vers l'an 51, à peu d'intervalle l'une de l'autre, deux épîtres, les premières que nous ayons de lui. La première, qui contient des encouragements, est le plus ancien écrit du Nouveau Testament. L'apôtre y fait l'expérience de la mort et de la résurrection du Christ. Paul l'a envoyée une vingtaine d'années après la mort de Jésus, peu après son arrivée à Corinthe où Thimothée, vint lui apporter des nouvelles en provenance de Thessalonique (1 Th 3:6). A cette date, les traditions évangéliques ont déjà pris corps et d'autres textes peuvent nous rapporter des traditions plus anciennes, mais 1 Thessaloniciens est le plus ancien document chrétien connu. Dans leur relative simplicité, les deux lettres aux Thessaloniciens, parlent des "Eglises" et de ceux qui sont "à leur tête", elles mentionnent tout ce qui est la foi commune des premiers chrétiens et l'expérience des premiers missionnaires : l'amour de Dieu qui appelle (1 Th 1:4; 1 Th 2:12), la foi en la Trinité de "Dieu le Père, et le Seigneur Jésus-Christ" et l'"Esprit-Saint" (1 Th 1-5; 1 Th 4:8), la foi dans la mort et la résurrection du Christ (1 Th 1-10 ; 1 Th 4:14), l'attente du retour du Christ (1 Th 3:13; 1 Th 5:23), la croyance dans la résurrection de ceux qui sont morts dans le Christ (1Th 4:16), la persévérance dans la persécution (1 Th 2:14-16), l'amour fraternel (1 Th 4:9) et le caractère collectif et solidaire des premières communautés chrétiennes (1 Th 4:6), l'action de l'Esprit Saint dans la parole de proclamation et dans la vie des communautés. S. Paul met en place des "anciens", comme nous le voyons à Ephèse (Actes 20, 17), il envoie deux collaborateurs, Tite et Timothée, deux convertis du paganisme dans les communautés qu'il a fondées, pour éviter qu'elles ne dérivent. Ils sont destinataires de trois épîtres avec des conseils pour l'avenir. A Thimothée, en particulier, il rappelle le "don spirituel que Dieu a déposé en toi par l'imposition de mes mains" (1 Tm, 4: 14; et 2 Tm 1:6). La mission principale de Timothée est de "garder le dépôt" (1 Tm 6,20 ; 2 Tm 1,14). Ce dépôt doit être transmis à d'autres de génération en génération : "Ce que tu m’as entendu dire en présence de nombreux témoins, confie-le à des hommes dignes de foi qui seront capables de l’enseigner aux autres, à leur tour" (2 Tm 2,2). S. Pierre recommande aux "anciens en fonction" de paître le troupeau de Dieu qui leur est confié et aux "jeunes gens" d'être "soumis aux anciens" (1 P. 5, 1-2). Le souci de la continuité, la transmission de la charge par les apôtres, le caractère collectif autant qu’individuel, le titre de "pasteurs", titre qui convient d’abord au Christ et que Jésus avait donné à Pierre, sont autant de traits particuliers de l'Eglise primitive.

 

Les hommes qui dirigeaient les communautés du vivant des Apôtres ou après leur mort portent dans les textes du Nouveau Testament divers noms : presbytéroi-episkopoi, et sont décrits comme poimènes, hégoumenoi, proistamenoi, kyberneseis. Ce qui caractérise ces presbytéroi-episkopoi par rapport au reste de l’Église, c’est leur ministère apostolique d’enseignement et de direction. La grâce de Dieu se communique par des gestes et des paroles d’hommes, appelés "ministres" des sacrements, "ministre" signifiant "serviteur".
 

Dès que les communautés furent privées de la présence des Apôtres et voulurent cependant continuer à se référer à leur autorité, il fallut que fussent maintenues et continuées de façon adéquate les fonctions des Apôtres dans ces communautés et en face d’elles.

 

La rareté des documents ne permet pas de préciser autant que l’on voudrait les transitions qui se sont opérées. La fin du Ier siècle a connu une situation où les Apôtres, leurs collaborateurs immédiats et enfin leurs successeurs animent des collèges locaux de presbytéroi et d’episkopoi. Au début du IIe siècle, l’image de l’évêque unique à la tête des communautés apparaît vigoureusement dans les lettres de saint Ignace, qui affirme encore que cette institution se trouve établie "jusqu’aux extrémités de la terre" (Ad Ephesios 3, 2).

 

Au cours du IIe siècle, cette institution est reconnue de manière explicite, dans le sillon de la lettre de Clément, comme porteuse de la succession apostolique. L’ordination avec imposition des mains, attestée par les Épîtres pastorales, apparaît à l’intérieur du processus de clarification comme un pas important pour la sauvegarde de la tradition apostolique et pour la garantie de la succession dans le ministère. Les documents du IIIe siècle ("tradition" d’Hippolyte) montrent qu’elle était pacifiquement acquise, et considérée comme une institution nécessaire.

 

L’Apocalypse de Jean commence par des lettres aux sept Eglises d’Asie Mineure. Souci de fidélité et de cohérence. Les apôtres ont souci de l’unité de l’Eglise, à travers le temps ("succession apostolique") et dans l’espace ("communion").

 

La succession apostolique a été mise en valeur, au 2ème siècle, par saint Irénée, évêque de Lyon, disciple de Polycarpe, disciple de Jean l'Evangéliste. Né à Smyrne l'an 132, il explique dans son traité "Contre les hérésies" : "Nous pourrions énumérer les évêques qui furent établis par les apôtres dans les Eglises, et leurs successeurs jusqu’à nous… Mais comme il serait trop long d’énumérer les successions de toutes les Eglises, nous prendrons seulement l’une d’entre elles, l’Eglise très grande, très ancienne et connue de tous, que les deux très glorieux apôtres Pierre et Paul fondèrent et établirent à Rome."

Saint Irénée, cite alors les successeurs de Pierre et Paul : Lin, Anaclet, Clément, Evariste, Alexandre, Xyste, Télesphore, Hygin, Pie, Anicet, Soter "et maintenant Eleuthère", qui fut évêque de Rome à partir de 175. Les noms de certains d’entre eux figurent dans la Prière eucharistique n° 1, dite "canon romain".

 

"Après avoir fondé et édifié l'Église (de Rome), les bienheureux apôtres (Pierre et Paul) remirent à Lin la charge de l'épiscopat ; c'est de ce Lin que Paul fait mention dans les épîtres à Timothée. Anaclet lui succède. Après lui, en troisième lieu à partir des apôtres, l'épiscopat échoit à Clément. Il avait vu les apôtres eux-mêmes et avait été en relations avec eux : leur prédication résonnait encore à ses oreilles et leur tradition était encore devant ses yeux. Il n 'était d'ailleurs pas le seul, car il restait encore à cette époque beaucoup de gens qui avaient été instruits par les apôtres. Sous ce Clément, donc, un grave dissentiment se produisit chez les frères de Corinthe ; l'Église de Rome adressa alors aux Corinthiens une très importante lettre pour les réconcilier dans la paix, renouveler leur foi et leur annoncer la tradition qu'elle avait naguère reçue des apôtres" (S. Irénée de Lyon, Contre les hérésies, III, 3, 3). Cette lettre, généralement appelée "Épître de Clément de Rome aux Corinthiens", décrit de la manière suivante les dispositions prises par les apôtres en vue de leur succession : "Les apôtres nous ont annoncé la bonne nouvelle de la part de Jésus-Christ. Jésus-Christ a été envoyé par Dieu. Le Christ vient donc de Dieu et les apôtres du Christ. Cette double mission elle-même, avec son ordre, vient donc de la volonté de Dieu." (Épître de Clément aux Corinthiens, XLII, 1 - 4 et XLIV, 1 – 2) Il en ressort que l'interprétation correcte des Écritures est donnée dans l'Église, dont les pasteurs bénéficient d'une assistance de l'Esprit pour trancher en cas de doute. (Source)

 

Les sacrements s’inscrivent dans la ligne de l’Incarnation : Dieu s’est fait repérable. De même, par la succession apostolique, à la fois collégiale et personnelle, nous pouvons repérer la continuité avec la génération des premiers témoins et la cohésion à l’intérieur de l’Eglise, malgré et à travers la diversité des cultures.

 

Saint Irénée s’appuya sur la succession apostolique pour répondre aux hérétiques qui, contre cette continuité et collégialité épiscopales, avaient déjà "constitué des groupements illégitimes".

"La Tradition des apôtres, qui a été manifestée dans le monde entier, c’est en toute Eglise qu’elle peut être perçue : la condition, c’est que chaque Eglise reste en communion avec l’Eglise de Rome."

 

 

Tout en représentant avec autorité l’Évangile et en se manifestant fondamentalement comme un service envers l’Église totale (2 Co 4, 5), le ministère ordonné exige du ministre qu’il rende présent le Christ humilié (2 Co 6, 4 s) et crucifié (Ga 2, 19 s ; 16, 14 ; 1 Co 4, 9 s). L’Église, qu’il sert, est, dans sa totalité, ainsi que dans chacun de ses membres, informée et mue par l’Esprit, chaque baptisé étant "enseigné par l’Esprit" (1 Th 4, 9 ; He 8, 11 ; Jr 31, 33 s ; 1 Jn 2, 20 ; Jn 6, 45). Le ministère sacerdotal ne pourra donc que lui rappeler avec autorité ce qui inchoativement est déjà inclus dans sa foi baptismale, mais dont ici-bas il ne pourra jamais épuiser la plénitude. De même le fidèle devra nourrir sa foi et sa vie chrétienne par la médiation sacramentelle de la vie divine. La norme de la foi — que dans son caractère formel nous désignons comme "règle de foi" — lui est immanente par l’action de l’Esprit, tout en restant transcendante par rapport à l’homme, puisqu’elle ne peut jamais être purement individuelle, mais qu’elle est essentiellement ecclésiale et catholique. En cette règle de foi, l’immédiateté de l’Esprit divin à chaque personne est donc nécessairement liée à la forme communautaire de cette foi.

 

[L]’Esprit nous communique la connaissance du Père par Jésus, la foi chrétienne est trinitaire : sa forme pneumatique inclut nécessairement ce contenu qui s’exprime et se réalise de manière sacramentelle dans le baptême trinitaire. La règle de foi, c’est-à-dire le type de la catéchèse baptismale dans laquelle s’épanouit le contenu trinitaire, constitue en tant qu’union de la forme et du contenu le pivot permanent de l’apostolicité et de la catholicité de l’Église. Elle réalise l’apostolicité parce qu’elle lie les hérauts de la foi à la règle christo-pneumatologique : ils ne parlent pas en leur propre nom, mais témoignent de ce qu’ils ont entendu (Jn 7, 18 ; 16, 13 s ; etc.).

 

Jésus-Christ s’avère être le Fils en tant qu’il annonce ce qui vient du Père. L’Esprit s’avère être l’Esprit du Père et du Fils parce qu’il ne puise pas dans le sien, mais les révèle et rappelle ce qui vient du Fils (Jn 16, 13 s). Cela devient, dans le prolongement du Seigneur et de son Esprit, le caractère distinctif de la succession apostolique. Le magistère ecclésial se distingue aussi bien d’un pur magistère de docteurs que d’un pouvoir autoritaire. Là où le magistère de la foi passerait aux professeurs, la foi serait liée aux lumières d’individus et par là livrée en grande partie à l’esprit du temps. Et là où la foi dépendrait du pouvoir despotique de certaines personnes individuelles et collectives, qui d’elles-mêmes décréteraient ce qui est normatif, la vérité serait remplacée par un pouvoir arbitraire. Le vrai magistère apostolique est lié par contre à la Parole du Seigneur et introduit ainsi ses auditeurs dans sa liberté.

 

Rien dans l’Église n’échappe à la médiation apostolique : pas plus les pasteurs que leurs ouailles, les énoncés de foi que les préceptes de la vie chrétienne. Le ministère ordonné se trouve même doublement référé à cette médiation, étant lui-même soumis, d’une part, à la règle des origines chrétiennes, et, de l’autre - d’après la parole d’Augustin -, tenu à se laisser instruire par la communauté des croyants, qu’il a lui-même l’obligation d’instruire.

 

Le manque de la succession apostolique est la raison pour laquelle les documents romains parlent à propos des mouvements issus de la "Réforme" protestante, de "communautés ecclésiales" plutôt que d’Eglises à proprement parler. Cette précision de vocabulaire, a été effectuée par le cardinal Ratzinger en 2000 dans la Déclaration “Dominus Jesus”, n° 17.

 

Le document de 1973 "l’apostolicité de l'église et la succession apostolique" ajoute :

 

"Cette constatation ne signifie nullement que les qualités ecclésiales et spirituelles des ministères et des communautés protestantes soient pour autant négligeables. Les ministres ont édifié et nourri les communautés. Par le baptême, par l’étude et la prédication de la Parole, par la prière commune et la célébration de la Cène, par leur zèle, ils ont guidé les hommes vers la foi au Seigneur et les ont ainsi aidés à trouver le chemin du salut. Il y a donc dans ces communautés des éléments qui certainement appartiennent à l’apostolicité de l’unique Église du Christ (4). (Voir la constitution dogmatique Lumen gentium 15 et le décret Unitatis redintegratio 3, 19-23.)"

 

Il ressort de ces textes et du récent rapprochement du pape François avec les luthériens une volonté historique de l'Eglise catholique de faire l'unité avec les protestants sans y parvenir du fait même de la volonté des Réformés de s'en tenir au sola Scriptura de Luther, contre la tradition apostolique et contre ce qui constitue la communauté chrétienne.

 

L'impossibilité de la communion avec les protestants ne vient donc pas de l'Eglise, qui au contraire a toujours cherché les moyens de les réintégrer, elle vient du "credo" des protestants eux-mêmes.

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24 février 2017 5 24 /02 /février /2017 00:00
Saint Modeste, évêque de Trèves († v. 480)

 À Trèves en Allemagne (Gaule Belgique), vers 480, saint Modeste, évêque. Martyrologe romain (1)

 

On ne commence à parler de lui qu'à la fin du IXe siècle. L'auteur en fait un évêque de Trêves en Rhénanie quand Clovis devint roi des Francs, période très difficile pour l'évangélisation. C'était au temps de l'invasion des Francs sur le Rhin, c'est-à-dire avant que Clovis et ses compagnons n'aient été convertis à la foi par saint Remi et la reine Clotilde et baptisés le jour de Noël 496. (2)

 

Modeste est le saint Patron de l'Auvergne. (3)

 

Même si ce prénom a été très por­té à la fin du XVIIIe siècle et au XIXe, aussi bien par les garçons que par les filles, nous savons très peu de choses sur ce saint évêque de Trèves.

 

Il portait bien son nom de Modeste, puisque l’histoire n’a retenu que la date de son élection comme évêque de Trèves, en Rhénanie en 486. Nous savons aussi qu’il meurt à l’époque des Francs, en 489. Quoique d’autres martyrologues le fassent mourir en 480 ! Ses reliques sont toujours vénérées dans l’église Saint-Mathias de Trèves, en Allemagne. (4)

 

Sources

 

(1) L'Evangile au quotidien ; (2) Nominis, Catholique.org ; (3) Auvergne Centre France ; (4) 24 février : Saint Modeste

Plaque commémorative de tous les évêques de Trèves, dans la cathédrale de Trèves.

Plaque commémorative de tous les évêques de Trèves, dans la cathédrale de Trèves.

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23 février 2017 4 23 /02 /février /2017 00:00
Saint Polycarpe, évêque et martyr († 155)

Polycarpe, né vers 69 ou 89, fut un personnage d'une éminente sainteté et d'une très profonde doctrine. Il avait eu le bonheur de connaître plusieurs disciples du Sauveur, et de les entretenir familièrement, surtout l'apôtre saint Jean, par l'autorité duquel il fut établi évêque de Smyrne, aujourd'hui Izmir en Turquie.

Polycarpe est mort martyr pour la foi, brûlé vif vers 155.

 

Né à Smyrne de parents chrétiens, Polycarpe est un disciple de l'apôtre Jean qui d'après la tradition, vers la fin de sa vie s'était établi à Éphèse après avoir été exilé sur l'île de Patmos, puis libéré après la mort de Domitien. Nommé évêque de Smyrne au tournant du siècle (vers 100), Polycarpe remplit les fonctions de son ministère durant une cinquantaine d'années. En 154 il se rend à Rome pour discuter avec l'évêque de Rome, Anicet, de la date de Pâques.

 

http://www.introibo.fr/IMG/jpg/0126polycarpe2.jpgPolycarpe combat de nombreuses sectes qu'il juge hérétiques, en particulier certains gnostiques et notamment Marcion qui rejette l'Ancien Testament, ne garde qu’une sélection des nouveaux écrits et ne croit pas que Jésus est le Messie attendu des Juifs. Exclu de l’église de Rome en 144, Marcion se lance dans des campagnes missionnaires, fonde de nombreuses églises où l’on pratique une morale très austère, comportant la renonciation à la sexualité et à la vie de famille, tout en se préparant au martyre. Marcion, ayant été à la rencontre de saint Polycarpe lui dit :

 

«Me reconnaissez-vous? — Oui, répondit Polycarpe, je vous reconnais pour le fils aîné de Satan.» Dès le milieu du IIIe siècle, le marcionisme est en déclin et disparut en moins de 100 ans.

 

Polycarpe accueille en sa ville de Smyrne l'évêque d'Antioche, Ignace, condamné ad bestias dans les arènes de Rome. Les deux évêques deviennent amis et Ignace d'Antioche lui écrit de Troas une lettre le remerciant de son accueil et lui demandant d'envoyer des missionnaires affermir sa communauté dans la foi chrétienne. C'est vraisemblablement grâce à Polycarpe que l'on a conservé le corpus des sept lettres d'Ignace, car il les fit circuler dans les communautés d'Asie mineure.

Lorsqu'éclate la persécution commandée par l'empereur et philosophe Marc Aurèle, Polycarpe est très âgé. Il tient tête au proconsul qui l'interroge. Il est brûlé vif à une date inconnue située vers 155, "comme un pain dans le four" selon son expression.
 

Dans sa Lettre à Florinus, Irénée de Lyon le reconnait comme étant celui dont il a reçu la foi ; de lui il a reçu la tradition johannique.

 

"Je me souviens, écrit Irénée à Florinus, que quand j’étais encore enfant, dans l’Asie inférieure, où tu brillais alors par ton emploi à la cour [2], je t’ai vu près de Polycarpe, cherchant à acquérir son estime. Je me souviens mieux des choses d’alors que de ce qui est arrivé depuis, car ce que nous avons appris dans l’enfance croît dans l’âme, s’identifie avec elle : si bien que je pourrais dire l’endroit où le bienheureux Polycarpe s’asseyait pour causer, sa démarche, sa physionomie, sa façon de vivre, les traits de son corps, sa manière d’entretenir l’assistance, comment il racontait la familiarité qu’il avait eue avec Jean et les autres qui avaient vu le Seigneur. Et ce qu’il leur avait entendu dire sur le Seigneur et sur ses miracles et sur sa doctrine. Polycarpe le rapportait comme l’ayant reçu des témoins oculaires du Verbe de Vie, le tout conforme aux Écritures."

 

Irénée de Lyon, Lettre à Florinus, citée par EUSEBE, H.E. V, 20, 4-6.

 

Selon Régine Pernoud, le culte des saints débute avec saint Polycarpe :

 

"Si dans un louable désir de pureté nous nous retrouvons à la primitive Église, que voyons-nous? Au IIe siècle déjà les corps des martyrs, ceux qui ont affirmé leur foi au prix même de leur vie, sont l'objet d'une vénération particulière… Non pas, comme l'écrit tel auteur, que l'on considérât désormais Polycarpe comme une sorte de 'divinité inférieure' ni son corps comme un 'talisman précieux', mais parce que lui et ses semblables avaient réalisé dans toute sa plénitude la remarque évangélique : 'Pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime', et que leur martyre avait fait de chacun d'eux, à jamais, un autre Christ." (Régine Pernoud, Les saints au Moyen Age, la sainteté d'hier est-elle pour aujourd'hui? Plon, Mesnil-sur-l'Estrée 1984, p. 239-240).

 

http://livres-mystiques.com/partieTEXTES/Jaud_Saints/calendrier/gifs/0126.jpg

 

Martyrologe: "Polycarpe fut livré aux flammes; mais le feu ne lui ayant porté aucune atteinte, on le frappa du glaive et il reçut ainsi la couronne du martyre. Avec lui et dans la même ville de Smyrne, subirent aussi le martyre douze autres chrétiens venus de Philadelphie".


Comme les bourreaux se préparaient à l'attacher sur le bûcher, il leur dit : "C'est inutile, laissez-moi libre, le Ciel m'aidera." Le Saint lève les yeux au Ciel et prie. Tout à coup la flamme l'environne et s'élève par-dessus sa tête, mais sans lui faire aucun mal, pendant qu'un parfum délicieux embaume les spectateurs. À cette vue, les bourreaux lui percent le cœur avec une épée. Selon l'abbé L. Jaud, c'était le 25 avril 167. (Abbé L. Jaud, Vie des Saints pour tous les jours de l'année, Mame, Tours, 1950.)


Le martyre de Polycarpe nous est raconté en détail dans une lettre que l’Église de Smyrne adresse à l’Église de Philomélium et à toutes les chrétientés du monde appartenant à l’Église catholique.


La lettre de l’Église de Smyrne a une valeur historique certaine. Nous citerons simplement les avis du Père Delehaye, bollandiste, et du Père Lebreton : "C’est le plus ancien document hagiographique que nous possédions et il n’y a qu’une voix pour dire qu’il n’en existe pas de plus beau. Il suffit de le relire et de peser chaque phrase pour se persuader que ce récit est ce qu’il prétend être, la relation d’ un contemporain qui a connu le martyr, l’a vu au milieu des flammes, a touché de ses mains les restes du saint corps." (DELEHAYE, Les Passions des Martyrs, p. 12-13, cité par FLICHE et MARTIN, Histoire de l’Église, Paris 1935, 1, p. 342.)

 

Citons les trois passages de la lettre de Smyrne où le terme catholique est encore employé :

 
• Polycarpe acheva enfin sa prière dans laquelle il avait fait la mention de tous ceux qu’il avait jamais connus, petits ou grands, illustres ou obscurs, et de toute l’Église catholique répandue sur la surface de la terre.
8, 1
 
• Au nombre de ceux-ci (= des élus), doit être rangé Polycarpe, ce très glorieux martyr, qui, à notre époque, fut, par ses enseignements, un apôtre et un prophète et l’évêque de l’Église catholique de Smyrne.
16, 2
 
• Maintenant, Polycarpe glorifie Dieu le Père tout-puissant et il bénit notre Seigneur Jésus-Christ, le Sauveur de nos âmes, le pilote de nos corps, le pasteur de l’Église catholique répandue sur toute la terre.
19, 2
 
 

 

Le texte le plus ancien où est employé le terme "catholique" est de saint Ignace d’Antioche :

 

"Partout où est le Christ Jésus, là est l’Église catholique" (Smyrn. 8, 2).

 

Le terme "catholique" signifie "universelle". Dans la Lettre de Smyrne (16, 2) le mot a pris une deuxième acception : "orthodoxe", par opposition à hérétique ou schismatique, puisqu’il ne serait pas possible de parler de "l’Église universelle de Smyrne" ! Dans ce sens, le terme se retrouve dans le Canon de Muratori (Canon de Muratori : "Il circule sous le nom de Paul une autre épître qui favorise l’hérésie de Marcion, et un certain nombre d’autres qui ne peuvent être reçues dans l’Église catholique, car il ne convient pas de mêler le fiel et le miel"), puis dans les œuvres de Clément d’Alexandrie, etc. Ce sens nouveau est né le jour où l’Église dut distinguer la véritable Église des sectes chrétiennes qui s’en détachaient. Or nous savons qu’à Smyrne existaient au milieu du second siècle, des sectes gnostiques : Marcionites, Valentiniens, etc.

 

Deux sources indépendantes - l’une est incomplète - nous transmettent le récit du martyre de saint Polycarpe :

 

• Eusèbe, dans son Histoire ecclésiastique IV, 15, résume la lettre (chap. 2 à 7), après quoi il en cite heureusement la plus grande partie (chap. 8 à 19).
• Une soixantaine d’années plus tard, vers 400, l’auteur inconnu qui se fait faussement passer pour le prêtre Pionius de Smyrne (mort martyr en 250), insère dans sa Vie de Polycarpe légendaire le texte complet de la lettre de l’Église de Smyrne appelée Martyre de saint Polycarpe.

 

 

http://vatopaidi.files.wordpress.com/2010/02/the-martyrdom-of-st-polycarp.jpg

 

 

Au chapitre 5 de la Lettre de l'Église de Smyrne commence le récit circonstancié du martyre de Polycarpe. Sur les instances de ses conseillers, l’évêque de Smyrne se retire dans une petite maison de campagne :
• Nuit et jour, il ne faisait que prier pour tous les hommes et pour les Églises du monde entier (l’oikoumenè) selon son habitude. Trois jours avant son arrestation pendant qu’il priait, il eut une vision : il vit son oreiller consumé par le feu. Se tournant vers ses compagnons, il leur dit : « Je dois être brûlé vif ».
5, 1-2
 
Devant l’insistance des recherches, Polycarpe se retire dans une autre villa. Mais « associé du Christ » (ch. 6), il fut trahi par l’un des siens : jeune esclave mis à la torture.
L’arrestation eut lieu.
• C’était un vendredi, vers l’heure du souper… Il eût pu encore s’échapper… mais il ne le voulut pas et dit : « Que la volonté de Dieu soit faite ».
7, 1
 
• Il leur (aux policiers) fit servir à manger et à boire à volonté, il leur demanda de lui accorder une heure pour prier librement. Ils y consentirent ; alors, se tenant debout, Polycarpe se mit en prière, tellement rempli de la grâce de Dieu que, deux heures durant, il ne put s’interrompre…
7, 2-3
 
Dans cette longue prière, il avait fait mention de tous ceux qu’il avait jamais connus, petits ou grands… et de toute l’Église catholique répandue sur la surface de la terre.
On l’emmena, monté sur un âne, à la ville. Deux magistrats - Hérode et son père Nicète - le prirent ensuite dans leur voiture et s’efforcèrent de le persuader :
• Quel mal y a-t-il donc à dire : César est le Seigneur
8
 
De tels mots, pour un chrétien, étaient la négation directe de la Seigneurie de Jésus, de sa divinité : « Jésus est Seigneur » (1 Co 12, 3).
Outrés du refus du vieillard, les magistrats le chassèrent brutalement de la voiture. Polycarpe tomba et s’écorcha la jambe.
• Sans même se retourner, et comme s’il ne lui était rien arrivé, Polycarpe reprit la route à pied, allègrement et d’un pas rapide.
8, 3
 
On le conduisit vers le stade où régnait un grand tumulte. Les chrétiens entendaient une voix venue du ciel qui disait : « Sois fort, Polycarpe, et agis en homme » (Voir Josué 1, 6, 7 et 9. Cf. Dt 31, 6, 7 23 et Ps 26, 14 ; Ps 30, 25.). Engagé à renier et à crier ensuite : « Plus d’athées », Polycarpe, très grave, montrant la foule, les yeux levés au ciel, dit avec un profond soupir : « Plus d’athées » (Αἶρε τοὺς ἀθέους signifie littéralement : enlève les athées. Les athées qui, pour le proconsul, sont les chrétiens, sont, dans la pensée de Polycarpe, les païens. Ce n’est nullement une malédiction qu’il prononce, mais une instante prière, comme le prouve son attitude). Sommé alors de maudire le Christ, Polycarpe répond :
• Il y a quatre-vingt-six ans que je le sers et il ne m’a jamais fait aucun mal. Comment pourrais-je blasphémer mon Roi et mon Sauveur ?
9, 3
 
Le dialogue se poursuit et il semble certain qu’il ait été pris sur le vif. Polycarpe propose de discuter avec le proconsul, mais se refuse à le faire devant le peuple : « Quant à ceux-là, je ne les juge pas dignes (ἀξίους) d’entendre ma défense. » On traduirait peut-être mieux l’idée en disant qu’ils ne sont pas désignés pour cela : Polycarpe se refuse à un procédé qui ne convient pas.
• Polycarpe donna ces réponses avec joie et assurance. Son visage rayonnait de la grâce divine. Ce n’était pas lui que l’interrogatoire avait troublé, mais le proconsul.
12, 1
 
À l’accusation de christianisme, la foule vociféra :
• Le voilà, le docteur de l’Asie, le père des chrétiens, le destructeur de nos dieux, celui qui, par ses enseignements, détourne tant de gens de sacrifier et d’adorer.
12, 2
 
Les combats des bêtes étaient terminés, aussi Polycarpe fut-il condamné à être brûlé vif [Le souvenir de la vision de Polycarpe (ch. 5) est alors mentionné.]. La foule prépara le bûcher. L’hostilité des Juifs est soulignée :
• Selon leur habitude, les Juifs se distinguèrent par leur ardeur à cette besogne.
13, 1
 
Polycarpe s’applique à se déchausser : il n’y était pas accoutumé :
• En toute occasion, les fidèles se disputaient l’honneur de toucher son corps, tant était grand le prestige dont l’avait entouré, même avant son martyre, la sainteté de sa vie.
13, 2
 
Polycarpe refuse d’être cloué :
• Celui qui me donne la force d’affronter le feu me donnera aussi celle de rester immobile sur le bûcher sans qu’il soit besoin de vos clous.
13, 3
 
Lié au poteau, il semblait « un bélier de choix pris dans un grand troupeau, pour le sacrifice », levant les yeux au ciel, il dit :
• Seigneur, Dieu tout-puissant, père de Jésus-Christ, ton enfant bien-aimé et béni, qui nous a appris à te connaître, Dieu des Anges, des Puissances et de toute la création, Dieu de toute la famille des justes qui vivent en ta présence, je te bénis pour m’avoir jugé digne de ce jour et de cette heure, digne d’être compté au nombre de tes martyrs et d’avoir part avec eux au calice de ton Christ, pour ressusciter à la vie éternelle de l’âme et du corps dans l’incorruptibilité de l’Esprit Saint ! Puissé-je, aujourd’hui, être admis en ta présence, avec eux, comme une victime grasse et agréable, de même que le sort que tu m’avais préparé, que tu m’avais fait voir d’avance, tu le réalises maintenant, Dieu de vérité, Dieu exempt de mensonge ! Pour cette grâce et pour toute chose, je te loue, je te bénis, je te glorifie par l’éternel grand-prêtre du ciel, Jésus-Christ, ton enfant bien-aimé, par qui, à toi, avec lui, dans l’Esprit Saint, soit gloire maintenant et dans les siècles à venir. Amen.
14
 
Merveilleuse prière d’action de grâces et de louange qui, à la suite de celle de Clément de Rome, nous remet sous les yeux le type même de la prière ancienne [On remarquera le trait johannique : « Ce jour et cette heure » - et aussi la formule liturgique si proche de celle du Gloria : « Je te loue, je te bénis, je te glorifie ». Il y a intérêt à analyser tous les termes de cette prière ; voir à ce sujet J. LEBRETON, Histoire du dogme de la Trinité, Paris 1928, tome 2, p. 196-199.].
Le feu ne s’attaquant pas à la victime, le bourreau l’acheva en le frappant du glaive.
« À l’instigation et sur les instances des Juifs », on voulut refuser le corps aux fidèles de Smyrne :
• Ils seraient capables d’abandonner le crucifié pour rendre un culte à Polycarpe.
 
 

Saint Polycarpe est liturgiquement commémoré le 23 février.

 

Sources: 1; 2; 3; 4; 5; 6; 7

 

 

. Les prophéties messianiques

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22 février 2017 3 22 /02 /février /2017 11:35

A l'issue d'une visite au monastère franciscain de Kostanjevica à Nova Gorica (Slovénie), sanctuaire ancien et un centre de pèlerinage près de la frontière italienne où repose Charles X, le prince Louis Alphonse de Bourbon a indiqué son opposition au rapatriement des cendres du dernier roi de France :

Je pense que Charles X voulait être enterré ici. Donc je ne pense pas que nous devrions changer ses souhaits.

Visite de Monseigneur le duc d'Anjou au couvent franciscain de Kostanjevica (Slovénie)

Visite officielle du Prince Louis de Bourbon au couvent franciscain de Kostanjevica (Slovénie), le 19 Février 2017.

 

Le couvent abrite la sépulture des derniers membres de la famille royale des Bourbons de France exilés après la révolution de 1830 : Charles X, roi de France et de Navarre (1824-1830), dernier petit-fils de Louis XV ; Louis-Antoine, dauphin de France puis prétendant au trône de France sous le nom de "Louis XIX", fils de Charles X et de Marie-Thérèse de Savoie ; Marie-Thérèse de France, dauphine de France, épouse du précédent ; Louise d'Artois, duchesse consort puis régente de Parme et de Plaisance (1819 - 1864), petite-fille de Charles X et de Marie-Thérèse de Savoie ; Henri d'Artois, prétendant au trône de France sous le nom de "Henri V", "comte de Chambord" (1820 – 1883), fils de Charles-Ferdinand d'Artois, duc de Berry, et de Caroline de Bourbon-Siciles, petit-fils de Charles X et de Marie-Thérèse de Savoie ; Marie-Thérèse de Modène, "comtesse de Chambord", épouse du précédent.

Couvent de Kostanjevica (Castagnevizza en italien). Vue de la Crypte royale

Couvent de Kostanjevica (Castagnevizza en italien). Vue de la Crypte royale

France 3-île de France a répercuté lundi la prise de position du prince Louis de Bourbon de ne pas soutenir le retour des corps des derniers Bourbons reposant au monastère franciscain de Kostanjevica :

Visite de Monseigneur le duc d'Anjou au couvent franciscain de Kostanjevica (Slovénie)

France 3-île de France rapporte :

 

Avec Napoléon, Charles X est le seul monarque français à reposer en exil. Et les cendres du dernier roi de France pourraient ne pas être rapatriées, malgré l'initiative lancée l'an dernier par une association "Pour le retour à Saint-Denis de Charles X et des derniers Bourbons". L'un des prétendants au trône de France, le prince Louis Alphonse de Bourbon a en tout cas indiqué son opposition a une telle initiative.

 

"Je crois que Charles X voulait être enterré ici, je crois que les choses doivent rester ainsi", a-t-il affirmé, à l'issue d'une visite au monastère franciscain de Kostanjevica à Nova Gorica, près de la frontière avec l'Italie, où repose Charles X.

 

 

[...] Exilé en Bohême, Charles X s'était réfugié en Slovénie pour tenter d'échapper à une épidémie de choléra, mais avait succombé à cette maladie peu après son arrivée à Görz, en 1836, une ville devenue par la suite Nova Gorica.

 

L'an dernier, l'association "Pour le retour à Saint-Denis de Charles X et des derniers Bourbons" avait appelé le gouvernement français à engager des négociations avec la Slovénie en vue d'un transfert des cendres des Bourbons à la nécropole royale de Saint-Denis, en Seine-Saint-Denis. Mais l'idée d'un tel transfert avait suscité la désapprobation des autorités locales, qui invoquent les "dernières volontés" de Charles X."

 

En exil en 1830, Charles X se retira d'abord au palais de Holyrood (Écosse). Puis, grâce à ses bonnes relations avec les Habsbourg-Lorraine, il s'installa au château de Prague, où il reçut des visites de Chateaubriand. Il partit ensuite à Budweis (actuelle České Budějovice), d'où il dut fuir une épidémie de choléra. Il arriva enfin à Görz (alors en Autriche), actuelle Gorizia en Italie et Nova Gorica en Slovénie, où il repose actuellement.

On peut trouver le Communiqué officiel du prince Louis de Bourbon sur l'éventuel rapatriement des restes des derniers Bourbons enterrés en Slovénie sur le site Vexilla Galliae facebook.

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22 février 2017 3 22 /02 /février /2017 10:25

En 1794 eut lieu l'Oradour-sur-Glane vendéen :

26 février 2017 : Mémoire et recueillement pour les 564 victimes massacrées aux Lucs-sur-Boulogne

Afin d'honorer la mémoire des 564 victimes (dont 110 enfants de moins de 8 ans) des massacres des Lucs-sur-Boulogne des 28 février et 1er mars 1794, le Souvenir Vendéen organise un temps de recueillement le dimanche 26 février à 17 h 30, à la chapelle du Petit-Luc, aux Lucs-sur-Boulogne.

 

Ce 223e anniversaire débutera par une conférence à la Chabotterie, donnée par Anne Rolland-Boulestreau avec pour thème « Les Colonnes infernales » ; une façon pour la conférencière d'expliquer et de revisiter une période troublée de l'histoire de la Révolution : « Je vais rappeler trois ans de combats fratricides, des dizaines de milliers de soldats mobilisés, plus de 150 000 morts : l'ouest de la France, le théâtre d'une véritable guerre civile, comme sous le nom de Guerre de Vendée. A partir de sources jusqu'alors inexploitées. »

 

Les souvenirs de Louise Barbier (1783-1871) de Cholet nous le confirme dans une correspondance : « Nous continuions péniblement notre route vers Mortagne, en tremblant, quand nous voyions les Bleus. Nous nous croyions perdues quand ils nous criaient "Rendez-vous, Brigands, ou la mort !" Alors, il fallait crier "Vive la République ! A bas les aristocrates ! A mort le roi !" A la moindre hésitation, les soldats fusillaient à bout portant, et transperçaient les petits enfants de leurs baïonnettes. »

26 février 2017 : Mémoire et recueillement pour les 564 victimes massacrées aux Lucs-sur-Boulogne

Un autre regard sur les massacres des Lucs-sur-Boulogne par Pierre Maranbaud, Les Lucs, la Vendée, la Terreur et la mémoire. 1993.

 

« 28 février 1794 : 500 à 590 habitants sont massacrés par la Colonne infernale Cordellier à la chapelle du Petit-Luc. 564 victimes sont recensées par l'abbé Charles Vincent Barbedette, dont 109 enfants de moins de 7 ans. Tuant et incendiant sur leur passage, les Colonnes des généraux Cordellier et Crouzat se dirigent vers le village des Lucs-sur-Boulogne. Mais sur le chemin, ils sont attaqués par Charette, et mis en déroute. Cependant, après sa victoire, Charette, obligé de pratiquer la guérilla, se retire. Martincourt, un lieutenant de Cordellier s'en aperçoit, et après avoir rallié plusieurs fuyards, se dirige vers les Lucs avec l'intention d'y exercer des représailles.

 

Les Républicains, une fois entrés dans le village, rassemblent la population devant l'église, les villageois n'étaient guerre en mesure de se défendre.

 

La population présente comptant principalement des vieillards, des femmes, des enfants dont 109 avaient moins de 7 ans. La quasi-absence d'hommes adultes convainquit les Républicains que ces derniers avaient participé aux combats sous les ordres de Charette. Martincourt avait choisi de ne pas faire de quartier ; de plus, il souhaitait que l'opération se fasse en économisant le plus de cartouches possibles.

 

Les soldats firent donc entrer la population dans l'église jusqu'à ce que, tout à coup, la cohue s'arrête, l'église s'avérant trop petite pour pouvoir contenir toute la population du village : les Républicains mirent leur baïonnette au canon, chargèrent et massacrèrent toutes les personnes restées à l'extérieur. Les portes de la chapelle furent ensuite fermées, emprisonnant les civils à l'intérieur. L'église fut ensuite incendiée, et des tirs de canons provoquèrent son éboulement.

 

19 juillet 1794 : plusieurs paysans trouvés sans armes sont fusillés sur ordre du général Huché ».

Ancienne église des Lucs

Ancienne église des Lucs

Chœur Montjoie – La Complainte des Lucs ( extraits )  :

Quand le vaillant Barbette revint des combats,

dans sa paroisse muette, régnait le trépas ;

la douleur saisit son âme, et tout angoissé,

il revit l'atroce drame qui s'était passé.

Mais, comprenant la victoire de tous ses enfants,

il fit léguer à l'Histoire leurs noms triomphants ;

tous ces noms que chacun porte chez nous, dans l'Honneur,

à tous, qu'ils ouvrent la porte du divin bonheur !

Ainsi moururent nos pères, au jour de jadis,

afin que leurs fils espèrent dans le paradis,

pour mériter leur suffrage, sachons imiter

leur intrépide courage, leur fidélité.

Les petits gars de Vendée ont versé leur sang,

comme ceux de la Judée, pour Jésus naissant.

Tout en chantant leur histoire, Vendéens, prions

pour qu'un jour la même gloire couronne leurs fronts.

Massacre des Lucs sur Boulogne. Détail vitrail de Fournier, à la chapelle du Petit-Luc, 1902.

Massacre des Lucs sur Boulogne. Détail vitrail de Fournier, à la chapelle du Petit-Luc, 1902.

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22 février 2017 3 22 /02 /février /2017 00:00

http://www.paris.catholique.fr/IMG/jpg/isabelledefrance.jpgBienheureuse Isabelle de France (1225 - 1270)

 

Fille du roi de France Louis VIII le Lion et de Blanche de Castille. Elle est morte sans alliance ni postérité, fondatrice du monastère des Clarisses urbanistes de Longchamp près de Paris.

 

Sœur cadette de saint Louis IX, Isabelle reçut, comme son frère, une éducation chrétienne très forte : dès son plus jeune âge elle se fit remarquer par sa piété et sa tempérance.

 

Pour des raisons politiques, son père voulait la marier au comte Hugues de la Marche qui préféra épouser Yolande, la fille du comte de Bretagne. Le pape Innocent IV souhaitait la voir épouser le fils de Frédéric II de Hohenstaufen, empereur du Saint Empire. Ce prince Conrad était en titre mais non en fait, roi de Jérusalem, et devait hériter de l’Empire. Isabelle refusa ce parti et fit connaître à sa famille et au Pape qu’elle souhaitait garder la virginité. Le Pape comprit son dessein, et lui accorda, par bulle (26 mai 1254) l’autorisation de se mettre sous la tutelle spirituelle de religieux franciscains.

 

Un an plus tard, elle entreprit la construction d’un monastère, dans la forêt de Rouvray (le bois de Boulogne), proche de Paris, sur un terrain concédé par son frère, le roi Louis IX. Celui-ci, très attaché à sa sœur, l’avait autorisée à consacrer une somme de trente mille livres, soit la somme qu’elle aurait eue comme dot, pour la construction du monastère. Le monastère de Longchamp fut achevé en 1259, et accueillit les premières clarisses (de l’obédience de Saint-Damien), venues du monastère de Reims, le 23 juin 1260. En s’inspirant de la Règle écrite par Claire d’Assise, elle avait composé elle-même une règle, un peu moins sévère, qui fut approuvée par Alexandre IV (2 février 1259). Saint Bonaventure, ministre général des Franciscains et d’autres frères l’avaient conseillée ; il prêcha plusieurs fois à Longchamp et rédigea un traité de vie spirituelle dédié à Isabelle : de Perfectione vitae ad sorores (La vie parfaite, pour les sœurs). Le monastère fut consacré à l’humilité de la Bienheureuse Vierge Marie.

 

A partir de 1260, Isabelle vint s’installer dans une petite maison, construite pour elle dans l’enclos du monastère, pour partager la vie et la prière des sœurs, mais elle ne fit jamais profession religieuse. En 1263, elle obtint du pape Urbain IV, un remaniement de la Règle. Cette dernière rédaction fut adoptée par plusieurs monastères, en France et en Italie (clarisses urbanistes).

 

Isabelle mourut le 23 février 1270 et fut enterrée dans l’église du monastère. Après la mort de saint Louis (à Tunis, la même année), Charles d’Anjou, frère du roi et d’Isabelle, demanda à une dame de compagnie d’Isabelle d’écrire sa vie, en vue de sa canonisation. Agnès d’Harcourt publia ce récit hagiographique, vers 1280, mais Isabelle ne fut béatifiée qu’en 1521, par le pape Léon X (bulle Piis omnium).

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/e/ec/St._Isabel_of_France_Saint-Germain_l%27Auxerrois.jpg/220px-St._Isabel_of_France_Saint-Germain_l%27Auxerrois.jpg

Statue d'Isabelle de France sous le porche de Saint-Germain-l'Auxerrois, refaite en 1841 par Louis Desprez

 

Dicton du jour

 

"Neige à la Sainte-Isabelle, fait la fleur plus belle."

 

Sources : (1); (2)

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21 février 2017 2 21 /02 /février /2017 14:05

Invité de Léa Salamé dans l'émission "Stupéfiant !" le 20 février , Alain Finkielkraut, particulièrement inquiet par la vision portée par le livre "L'histoire mondiale de la France" écrit par 122 historiens sous la direction de Patrick Boucheron, accuse ses auteurs d'être "les fossoyeurs du grand héritage français".

 

De "La défaite de la pensée" (un livre de rupture publié en 1987 contre la culture de masse, contre le multiculturalisme, contre le système éducatif et pour lequel il a été qualifié de "réac"), à son élection à l’Académie Française, il retrace son parcours intellectuel dans le magnifique cadre de l’Académie.
 

"L'histoire mondiale de la France" - Alain Finkielkraut : "les fossoyeurs du grand héritage français"

Extrait:

 

"Oui, ce livre me fait peur, plus encore que cela ne m'irrite. 'L'histoire mondiale de la France'.... Je me suis rapporté à l'index et j'ai vu que les écrivains qui ont contribué à faire la France, Rabelais, Racine, La Fontaine, Molière, Marivaux, Proust n'y figuraient pas. Et je me suis demandé pourquoi ? Et j'ai peu à peu compris que ce qu'on nous présente comme une somme érudite est en fait une entreprise idéologique. C'est-à-dire qu'il ne faut pas que la France soit un sujet historique, soit même une expérience partagée, la France c'est une succession d'aléas et rien de plus. [...] Levinas a dit que la France était 'ce pays auquel on peut s'attacher par le coeur et par l'esprit aussi fortement que par les racines.' Et ce que je reproche à ce livre c'est de rendre un tel attachement impossible, puisqu'au bout du compte la France n'est plus rien, plus rien de consistant, plus rien de substantiel, elle est amputée de toutes ses merveilles !... J'aurais aimé qu'il soit question de Beckett, de Ionesco, de Cioran, j'aurais aimé qu'il soit question du plus grand trésor que la France puisse offrir.... Pourquoi cette absence qui crève les yeux ? La littérature n'est pas là, la peinture française est absente ! On aurait pu souhaiter la présence de Bonnard, de Vuillard, Géricault, Delacroix... Ce n'est pas une question de référence, c'est une question d'optique. C'est une façon de dire on en finira avec la xénophobie le jour où on prouvera que la France n'est rien de consistant. Je trouve cette perspective dangereuse, et désolante. C'est ridicule....

Je vous ai cité Levinas, j'ai lu dans le Monde que ce que représentait cette Histoire mondiale de la France, c'est la vision de la France comme une société ouverte face à une société fermée. Une société fermée c'est la France de Maurras, qui dans 'L'Avenir de l'intelligence' prend ce vers de Racine, 'lieux charmants où mon coeur vous avait adorée', dans Bérénice, et il dit qu'un critique juif, même érudit, même pénétrant ne peut pas comprendre ce que cette façon de parler a de simple, d'émouvant et de beau *. La voilà la 'France fermée'. Or, Levinas, justement, était quelqu'un qui a su admirer Racine. Et l'absence de Racine dans cette Histoire mondiale de la France me fait infiniment souffrir. Et ce qui me fait plus souffrir encore, c'est qu'aujourd'hui, au nom du combat contre l'identité, on confond la France de Levinas et la France de Maurras. Je souffre abominablement de cette confusion".

 

En fin d'entretien, l'Académicien donne une définition de l'art : "l'Art, pour moi c'est ce qui m'aide à mieux voir, à mieux comprendre, et à mieux entendre". (Fin de citation)

 

* Le texte exact de Maurras est :

On dit que la culture passe de droite à gauche, et qu'un monde neuf s'est constitué. Cela est bien possible. Mais les nouveaux promus sont aussi des nouveaux venus, à moins qu'ils ne soient leurs clients ou leurs valets, et ces étrangers enrichis manquent terriblement, les uns de gravité, de réflexion, sous leur apparence pesante, et les autres, sous leur détestable faux vernis parisien, de légèreté, de vraie grâce. Je trouve superficiel leur esprit si brutal ! Si pratiques, si souples, ils laissent échapper le cœur et la moelle de tout. Comment ces gens-là auraient-ils un goût sincère pour nos humanités ? Qu'est-ce qu'ils peuvent en comprendre ? Cela ne s'apprend point à l'Université. Tous les grades du monde ne feront pas sentir à ce critique juif 5 [ Il s'agit certainement de Marcel Schwob. (n.d.é.)], d'ailleurs érudit, pénétrant, que dans Bérénice, « lieux charmants où mon cœur vous avait adorée » est une façon de parler qui n'est point banale, mais simple, émouvante et très belle.

Charles Maurras, L'Avenir de l'Intelligence (1905)

Si la critique de Finkielkraut de ce livre "l'Histoire mondiale de la France" est juste, en revanche il nous semble que l'attaque de Maurras est plus faible sur ce point de la "France fermée" (sic) contre une vision d'une "société ouverte" (celle de Levinas) (resic). Finkielkraut, en effet, oublie ce que la culture d'un pays peut avoir d'enraciné et d'antique et qu'un catholique, même érudit, exilé en Israël par exemple, pourrait ne pas comprendre de textes très fortement imbibés de culture juive. De sorte qu'ici, par sa distance ou cette incompréhension vis-à-vis de ce que la culture française peut avoir d'ancien et de propre, Finkielkraut rejoint finalement la vision mondialisante d'un Emmanuel Macron déclarant récemment qu'"il n'y a pas de culture française"... Ce négationnisme culturel ne rejoindrait-il pas finalement la vision des "fossoyeurs du grand héritage français" que l'Académicien dénonce par ailleurs à juste titre ? Encore un effort et sans doute Alain Finlielkraut rejoindra définitivement le camp des "réacs" !

 

Quant à nous, l'idéologie ne pouvant pas détruire des faits (historiques, culturels, religieux), un tel livre présentant non pas une "histoire de France" mais constituant une entreprise idéologique ne peut pas nous faire peur. Le Patriciat des faits finit toujours par l'emporter sur le Marais des idéologies. La nature a horreur du vide.

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21 février 2017 2 21 /02 /février /2017 00:00
Saint Pierre Damien (à droite) avec Sainte Anne et Sainte Elisabeth

Saint Pierre Damien (à droite) avec Sainte Anne et Sainte Elisabeth

Pierre Damien (en italien Pier Damiani) est né à Ravenne (Italie) en 1007 dans une famille noble, mais pauvre. Devenu orphelin de ses deux parents, il vécut une enfance marquée par les privations et les souffrances, même si sa sœur Roselinda s'engagea à lui servir de mère et son grand frère Damien l'adopta comme son enfant. C'est précisément pour cela qu'il sera appelé par la suite Pierre de Damien, Pierre Damien.

Grâce à son frère, Damien, il put faire des études. Il choisit ensuite d'être moine et fut admis au monastère de Fonte Avellana (Marches, Italie) dont il devint abbé.

Sa réputation s'amplifiant, il fut sollicité par plusieurs papes pour réformer l'Église et voyagea pendant six ans comme légat du pape.

Il fut promu, malgré lui, cardinal évêque d'Ostie mais abandonna ses titres dès qu'il put pour retourner à Fonte Avellana.

C'est sur le trajet du retour qu'il mourut, à Faenza, la nuit entre le 22 et le 23 février 1072.

Grace à ses nombreux écrits à caractère théologique, Pierre Damien fut proclamé Docteur de l’église le premier octobre 1828 par le Pape Léon XII (Annibale Sermattei della Genga, 1823-1829).

Son œuvre consiste surtout en une imposante correspondance (158 lettres) et des sermons (75). Il est également l’auteur d’hagiographies et de traités, parmi lesquels :

 

De divina omnipotentia, sur la puissance de Dieu (Lettre sur la toute-puissance divine, Paris: Cerf, 1972 (texte avec traduction))

Une disputatio avec un Juif sur le problème de la Trinité et du Messie ;

Liber gratissimus, dédié à l’archevêque Henri de Ravenne, contre la simonie ;

De brevitate vitæ pontificum romanorum, sur la courte vie accordée aux papes.

 

On le fête le 21 février. On l'invoque pour les migraines et tous les maux de tête, en rapport avec ses nombreuses études.

 

Sources : (1), (2), (3)

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20 février 2017 1 20 /02 /février /2017 00:00

Née à Assise vers 1200, elle avait choisi de vivre très mondainement jusqu'à la visite qu'elle rendit un jour à sa tante Ste Claire dans son couvent de Saint Damien. Elle changea aussitôt sa vie, sans même revenir à Assise pour saluer ses parents. Elle vécut dès lors dans la plus complète austérité. Elle en tomba malade et Claire la délivra, d'un signe de croix, d'une toux persistante qui dura 13 mois.

 

Aimée mourut en 1252 d'hydropisie. Son corps fut transféré au couvent de Sainte-Claire d'Assise dans la chapelle Saint-Georges.

Sainte Claire

Sainte Claire

Sources : (1); (2); (3)

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19 février 2017 7 19 /02 /février /2017 13:28

Voici un texte trouvé sur Breizh-Info qui évoque le clivage droite-gauche initié par la révolution dite "française" et avec lequel nous sommes d'accord, hormis la phrase "le clivage droite-gauche n’est pas un clivage philosophique mais un clivage politique circonstanciel." En effet, il y a un clivage philosophique et même un clivage métaphysique : la gauche et la république nées en 1792 sont les fruits de la philosophie individualiste nominaliste apparue dès le Moyen Âge au XIVe siècle et continuée avec l'épicurisme, Hobbes, Rousseau, Kant, Charles Darwin et quelques autres, où l'idée d'un ordre de la nature voulu par un Premier Moteur intelligent et où chaque être a sa finalité propre a disparu. Un monde où la loi civile devient le seul critère de moralité qui ne soit pas subjectif... et qui s'impose à tous (même si la loi enfreint la morale). Un monde où avec l'épicurisme et le darwinisme se développe la croyance dans un monde en "progrès", et où la Démocratie obligatoire et universalisable prend le caractère d'une nouvelle religion.

 

Lire : Les fondements philosophiques de la démocratie moderne (Maxence Hecquard) - La nature totalitaire de la démocratie moderne

Le texte de Breizh-Info :

La fin du clivage droite – gauche ?

La fin du clivage droite – gauche ?

 

Le clivage droite – gauche existe depuis 1789 sous des appellations diverses et sous ce nom depuis l’affaire Dreyfus. Il s’est affaibli depuis 1989, c’est-à-dire depuis la disparition du bloc soviétique lequel avait provoqué la polarisation de la vie politique en France et dans de nombreux pays. La droite était alors (entre 1920 et 1989) anti-communiste tandis que la gauche était soit communiste soit philo-communiste. La droite avait été favorable à la monarchie d’ancien régime ou à la monarchie constitutionnelle de 1789 à 1875 tandis que ses opposants étaient républicains et fidèles à l’idéologie de la Révolution française. Entre 1875 et 1914, le clivage droite/gauche fut celui qui séparait les partisans de l’Eglise catholique de leurs adversaires « laïcards » ou encore les dreyfusards des anti-dreyfusards.

Depuis 1989, la gauche et le droite de gouvernement ont glissé simultanément vers des positions libérales tandis qu’une partie de leurs électeurs se sont ralliés aux « populistes » qui mettent en avant l’importance des nations et des cultures enracinées et qui refusent leur destruction par les commis, de droite et de gauche, de l’oligarchie mondialiste.

 

Il n’y a pas d’essence de la droite et ce nom a servi à désigner des courants politiques très divers qui ne partagent pas un seul élément idéologique qui serait commun à tous. Depuis la Révolution française, un « mouvement sinistrogyre » repoussait vers la droite les courants politiques les plus anciens à chaque apparition d’un nouveau courant politique situé plus à gauche que les précédents. Guillaume Bernard explique dans son dernier ouvrage que ce mouvement a pris fin en 1989 et que désormais c’est un mouvement dextrogyre qui lui a succédé. L’apparition d’un puissant mouvement dit « populiste » (on peut dire qu’il est populiste parce qu’il répond aux besoins d’une part importante des Français qui ne trouvent pas ce qu’ils recherchent dans les programmes des partis dits de gouvernement) qui est en fait nationaliste (Taguieff), et qui rassemble entre un quart et un tiers des Français, a généré un mouvement « dextrogyre » qui repousse les libéraux vers la gauche, d’où ils sont venus, et qui va provoquer une crise d’identité qui se profile au sein d’une droite qui pensait, faute de réflexion, qu’être de droite signifie nécessairement être libéral.

Les libéraux redeviennent de gauche (Bayrou, qui avait appelé à voter pour la gauche en 2012, a devancé Valls et Macron qui veulent développer un courant social-libéral dont ils pensent qu’il est l’avenir de la gauche) et le nouveau clivage en cours de formation sépare de plus en plus clairement le camp des mondialistes, pour lesquels l’humanité n’est qu’un ensemble d’individus désengagés par rapport aux nations et mus par leurs seuls désirs et caprices, de celui des patriotes qui pensent le monde en terme de communautés nationales enracinées (on peut dire aussi qu’il sépare les héritiers de l’idéologie essentiellement libérale de la Révolution française de ceux qui la contestent et ce n’est pas le philosophe « libéral jacobin » Gaspard Koenig qui me contredira sur ce point).

Le clivage droite – gauche

Le clivage droite-gauche existe sous cette appellation depuis l’affaire Dreyfus mais il existait, sous d’autres noms, depuis 1789, ce que Napoléon Bonaparte a exprimé lors dune conversation avec le général Bertrand,  le 18 juin 1819, pendant son exil à Sainte-Hélène : ‘’Il n’y a en France que deux choses : la Révolution et la Contre-Révolution, l’Ancien et le Nouveau régime, les privilèges et le Peuple […]. Ainsi, en dernière analyse, il n’y a que deux partis. D’un coté, les ultras, de quelque dénomination qu’on les affuble ; de l’autre les hommes de la Révolution. Les Blancs et les Bleus’’. Le clivage ‘’droite-gauche’’ existe donc, sous des désignations diverses, depuis 1789. Notons que Bonaparte n’hésitait pas à se ranger lui-même parmi ce que nous appelons depuis 1900 les hommes de gauche, ce qui n’est pas étonnant puisqu’il fut un proche des Jacobins en 1793.

Comme nous le verrons ci-dessous, il n’y a pas d’essence de la droite et par ailleurs, il y a une réelle diversité idéologique à gauche bien que tous les courants de la gauche politique aient en commun le contractualisme révolutionnaire et l’anthropologie individualiste des libéraux de 1789. En 2017, pour les gens de gauche, qu’ils soient sociaux-démocrates ou libéraux (les socialistes fidèles aux pensées de Pierre Leroux ou de Karl Marx sont rares), les sociétés sont des agrégats aléatoires d’individus ; il est vrai que les libéraux de droite sont de plus en plus clairement en phase avec cette opinion ce qui, comme nous le verrons ci-dessous, provoque leur déplacement sur la gauche du spectre politique.

Le clivage droite/gauche est brouillé depuis la disparition du bloc soviétique lequel avait provoqué la cristallisation d’une coalition de droite qui ne devait son existence qu’à la menace communiste. L’effondrement du bloc soviétique et les révélations qui s’ensuivirent concernant sa nature criminelle et son inefficacité économique entrainèrent une désillusion profonde à gauche et permirent la réactivation des désaccords, à droite, entre conservateurs et libéraux. La profonde désillusion des gens de gauche provoqua un retour massif de la gauche à ses origines libérales. Ce processus, qui se poursuit aujourd’hui avec le phénomène Macron, aboutit à la formation d’une gauche libérale (ce qui n’est pas étonnant puisque, comme l’a bien expliqué Jacques Julliard, le logiciel de la gauche ce fut d’abord le libéralisme) concurrente d’autres libéraux qui s’auto-désignent comme étant ‘’la droite’’ depuis Sarkozy. Pendant ce temps, le Front National est monté en puissance et refuse, à juste titre, de partage l’appellation ‘’droite’’ avec une droite dirigée par des libéraux qui non seulement ne veulent pas pactiser avec lui mais qui tentent de le diaboliser en permanence pour préserver leurs positions électorales. Nous sommes donc sortis, provisoirement, de la configuration politique binaire pour entrer dans une configuration ternaire mais, pour autant, l’opposition droite-gauche a-t-elle définitivement disparu ? Probablement pas.

Nous allons assister à une recomposition du paysage politique et au retour d’une nouvelle opposition droite-gauche qui ne sera pas fondée sur l’attitude des uns et des autres par rapport au défunt bolchevisme mais sur l’opposition contemporaine entre ceux qui rêvent d’un monde unifié et ceux qui, au contraire, veulent préserver les spécificités nationales, culturelles, civilisationnelles….Cette opposition est celle de l’individualisme libéral et du conservatisme « nationiste ». La gauche continuera de s’auto-désigner comme telle et de désigner ses adversaires par le mot ‘’droite’’, nous n’y pouvons rien. La gauche est d’ores et déjà le parti du mondialisme et elle s’oppose désormais essentiellement aux ‘’nationistes’’, aux partisans de l’enracinement ethnoculturel. Comme l’explique Guillaume Bernard, le libéralisme, qui avait été poussé à droite lors de l’apparition du socialisme puis du communisme est en train de retourner à gauche. De ce fait, l’actuelle droite libérale est sous tension parce que le libéralisme n’est plus un élément qui lui est propre ; Fillon est certes libéral mais Valls et Macron le sont tout autant ! De plus, l’électorat de Fillon partage très largement les idées des ‘’populistes’’ ; la droite libérale finira par éclater parce que le libéralisme politique (philosophique) n’est pas compatible avec le ‘’nationisme’’.

Il n’y a pas d’essence de la droite

Il n’y a pas d’essence de la droite ; la droite est, comme l’a justement écrit Jacques Julliard, une non gauche et il y a eu, depuis 1789, toute une série de droites, parfois très différentes les unes des autres (monarchiens, légitimistes, ultra-royalistes, traditionnalistes, orléanistes, bonapartistes, conservateurs, républicains conservateurs, gaullistes, démocrates chrétiens…..) et dont certaines sont nées à gauche avant d’être repoussées à droite lors de l’apparition des mouvements socialistes, puis communistes (en particulier le bonapartisme et le libéralisme, deux courants issus de la Révolution française). Ce à quoi nous assistons, c’est à la formation d’une nouvelle droite qui affirme la nécessité de la diversité des peuples, des cultures et des nations face aux gauches mondialistes (la gauche libérale et les restes de la gauche collectiviste) mais aussi face à une partie de la droite libérale. Cette nouvelle droite qui refuse l’appellation ‘’droite’’ parce qu’elle ne veut pas être confondue avec la droite libérale n’en est pas moins désignée comme une droite par la gauche. Cette nouvelle droite qui s’auto-définit comme ‘’patriote’’ réclame une forte dose de démocratie directe (référendum d’initiative populaire) et moins de représentation. C’est une droite solidariste, fidèle au républicanisme et hyper-démocrate (référendum d’initiative populaire) qui ne partage rien avec la droite fasciste des années 1930 (dont les effectifs étaient très limités en France ; le PSF, qui fut le plus important de tous les partis politiques français depuis 1789 et qui compta jusqu’à 1,2 million de membres en 1939, n’a jamais été fasciste contrairement à ce qu’en disaient les gens de gauche. Les études récentes le concernant ont mis en évidence le fait que ce parti était sincèrement républicain ; c’était un parti catholique conservateur sincèrement rallié au républicanisme et dont le leader a été déporté par les occupants).

Le clivage droite – gauche est un clivage politique circonstanciel

Le clivage droite-gauche n’est pas un clivage philosophique mais un clivage politique circonstanciel. Il ne faut pas rechercher une origine du clivage droite-gauche dans le champ de la philosophie parce qu’il n’a de sens que dans celui de la politique. On ne peut donc pas conclure que son inexistence philosophique implique une inexistence politique. Ce clivage a structuré la vie politique depuis 1789, sous des noms divers et malgré des phases d’affaiblissement précédant des renaissances liées à l’apparition de nouvelles problématiques. Il y eut tout d’abord la problématique du régime politique : monarchie ou république ? Jusqu’en 1875. Puis la problématique religieuse : quelle place doit occuper le catholicisme dans la société ? Jusqu’en 1914. Enfin, la problématique idéologique : pour ou contre le communisme ? De 1920 à 1989. Depuis 1989, nous sommes dans un entre-deux, dans une période de renouvellement de la problématique politique lequel a provoqué un brouillage idéologique et un affaiblissement considérable du clivage droite/gauche lié au glissement simultané de la gauche et de la droite de gouvernement vers des positions libérales. Nous arrivons au terme de cette période et un clivage nouveau est en train de se former, celui qui oppose les partisans d’un monde ouvert et unifié devenu un grand marché mondial à ceux qui préfèrent un monde entre-ouvert et divers dans lequel les communautés nationales préserveraient leurs cultures enracinées et leurs solidarités internes.

La droite et la gauche sont des coalitions politiques qui ne durent que ce que durent les coalitions. Certains peuvent leur reprocher d’être binaires mais est-il raisonnable de penser qu’au plan politique il pourrait en aller autrement ? Tous les conflits, ou presque, sont binaires ainsi le dernier conflit mondial a lui-même été binaire malgré la très grande hétérogénéité idéologique de chacun des deux camps.

Pour la gauche, quiconque n’est pas de gauche est de droite

Les gens de gauche sont attachés au mot ‘’gauche’’ (cf Jacques Julliard, Les gauches françaises) qu’ils associent étroitement à l’héritage idéologique de la Révolution française. Selon Jacques Julliard, la République elle-même c’est la gauche et la gauche c’est la République (au sens très particulier qu’a ce mot en France). Quiconque ne souscrit pas au crédo révolutionnaire (individualisme, idéologie des droits de l’homme, progressisme et rationalisme) est de droite. Beaucoup de gens, gênés par l’étiquette infâmante ‘’droite’’ ont essayé de s’en débarrasser, toujours en vain. Ainsi la Nouvelle Droite d’Alain de Benoist, lequel affirme être « et de droite et de gauche », et le Front national de Marine Le Pen, qui se veut « ni de droite ni de gauche », refusent d’être catalogués comme étant de droite ce qui ne change rien au fait que la gauche les considèrent comme tels. Et cela ne changera pas, aussi longtemps qu’il y aura des héritiers de la Révolution française, ce qui risque de durer encore un certain temps…

L’effacement du clivage droite-gauche ?

Que certains mouvements populistes aient des idées de droite tandis que d’autres ont des idées de gauche ou qu’il y ait, actuellement, des libéraux de droite et des libéraux de gauche, ou bien encore que certaines idées soient passées de droite à gauche ou l’inverse, ne permet pas de conclure que les notions de droite et de gauche sont obsolètes comme le pense Alain de Benoist.

Le populisme n’est pas une idéologie, il n’est donc intrinsèquement ni de droite ni de gauche mais il peut selon les circonstances se parer d’éléments idéologiques considérés comme étant de droite ou de gauche. Comme l’a écrit Pierre-André Taguieff, qui s’appuie sur une analyse du politologue rennais Yves Mény, dans son ouvrage intitulé ‘’La revanche du nationalisme’’ (publié en 2015), les mouvements populistes apparaissent quand les partis de gouvernement ne répondent pas à une forte demande d’une partie substantielle du peuple. Il peut donc y avoir simultanément un mouvement populiste de gauche et un autre de droite, dans un même pays et au même moment, qui ne répondent pas aux mêmes attentes et qui ne concernent pas les mêmes parties du peuple (c’est le cas en France actuellement : Front National versus Front de gauche). Ces mouvements n’ont pas nécessairement vocation à fusionner, ni même à se coaliser. On peut même affirmer sans risque, que les mélenchonistes et les lepénistes ne s’associeront jamais tant ce qui les sépare est insurmontable (le ‘’nationisme’’ du FN et son rejet de l’immigration sont rédhibitoires pour les mélenchonistes mondialistes).

Le fait qu’il y ait encore des libéraux de droite, alors que la gauche sociale-démocrate redevient très rapidement libérale, ne prouve pas qu’il y ait effacement du clivage droite/gauche parce qu’une grande recomposition politique est en cours et qu’au terme de cette dernière, les libéraux seront de nouveau à gauche comme l’a bien perçu Guillaume Bernard. Quant à l’argument qu’avance Alain de Benoist concernant le thème de l’identité qui serait à la fois un thème de gauche et un thème de droite parce qu’il y aurait des ‘’identitaires’’ de droite et des multi-culturalistes de gauche, il me semble biaisé. En effet, les « identitaires » plaident en faveur du maintien des identités nationales tandis que les gauches occidentales utilisent le multiculturalisme pour détruire ces identités en émiettant les communautés culturelles nationales et en exigeant des autochtones qu’ils s’adaptent aux cultures importées  comme le font les libéraux canadiens dénoncés par Mathieu Bock-Côté. Non seulement le multiculturalisme des gauches contemporaines et l’ « identitarisme » n’ont rien de commun, mais ils s’opposent frontalement et leur opposition est un élément clef du nouveau clivage politique en cours de formation.

Le libéralisme retourne là d’où il est venu : à gauche

Dans son ouvrage intitulé Les gauches françaises, Jacques Julliard a écrit : ‘’Ce que cette longue traversée de deux siècles et demi nous a montré, c’est que la gauche, parti de l’individu face au primat du collectif qui était l’apanage de la droite, la gauche qui a fait la Révolution françaises au nom des droits de l’individu, droits politiques, économiques, sociaux, cette gauche devenue collectiviste au milieu du XIXe siècle à cause de l’impératif de défense des droits sociaux des classes laborieuses face à l’égoïsme féroce des détenteurs du capital, est aujourd’hui revenue, sans toujours le dire ni même le savoir, à ses origines : elle est redevenue le parti de l’individu’’. Et il ajoute : ‘’La question qui se pose à nous, au terme de ce parcours, est de savoir si le chiasme anthropologique du milieu du XIXe siècle n’est pas en train de prendre fin ; si la droite, effrayée des progrès arrogants de l’individualisme moderne, n’est pas en train de se reconvertir au primat des valeurs collectives, tandis que la gauche, entraînée par le mouvement tumultueux de la société, n’est pas en train de faire le mouvement inverse et de substituer au programme socialiste des années 1890, devenu obsolète, une nouvelle étape vers la libération de l’individu par rapport aux contraintes juridiques et sociologiques qui pesaient sur lui’’. Ce qui se passe en ce moment autour de la candidature de Macron  -Valls est sur la même ligne sociale-libérale que ce dernier – semble indiquer que la gauche redevenue très largement libérale cherche à s’affranchir de l’héritage socialiste (qui n’est plus porté que par de rares intellectuels) en revenant aux fondamentaux de 1789 : individualisme, culte du progrès et de la raison, idéologie des droits de l’homme, libéralisme économique. Guillaume Bernard fait la même analyse dans son récent ouvrage La guerre à droite aura bien lieu,  dans lequel il a écrit que, contrairement à ce que pense Alain de Benoist, le socialisme (celui des premiers penseurs socialistes) ne peut être un recours face au libéralisme : ‘’Toute l’ambiguïté du socialisme se situe là : il entend construire une société en opposition au libéralisme tout en s’appuyant sur les mêmes principes (les droits attributs dont tous les hommes disposeraient de manière égale en raison de leur identité de nature et qu’ils pourraient mettre en commun pour bâtir l’ordre social et la puissance publique)… Par conséquent, fonder le débat politique sur une opposition entre socialisme et libéralisme est factice. Entre eux, la différence est plus de degré que de nature. Tous deux reposent sur la même hypothèse moderne du contrat social : il n’existe de corps sociaux que par addition d’individus. Le premier considère que la société doit l’emporter sur ces derniers puisque le tout est plus grand que chacune des parties ; le second affirme la priorité des individus parce que, sans leur accord, il n’y aurait pas de société’’.

La gauche redevient le parti de l’individu tandis que la droite redécouvre la communauté nationale souveraine que la gauche veut faire disparaître. Jacques Julliard a ainsi écrit dans son maître ouvrage : ‘’Le souverainisme, doctrine conservatrice et très souvent réactionnaire, se confond avec l’usage de la force. S’il serait fol de l’ignorer, il serait indigne de s’en satisfaire…Il n’y a pas pour la gauche de lutte plus importante pour le siècle à venir que de mener la guerre à l’état de nature dans le domaine international’’ (‘’Les gauches françaises’’ – page 873). Lutte pour l’individu et contre les nations d’un côté ; lutte pour un monde constitué de nations enracinées et organiques de l’autre. Ce sont les termes du nouveau clivage politique du XXIème siècle que l’on peut appeler comme l’on veut,  mondialistes contre patriotes par exemple, mais qui, pour la gauche individualiste et mondialiste, sera  le nouveau clivage gauche/droite. Dans ce nouveau paysage politique il n’y aura pas de place pour les libéraux de droite ; ils devront retourner à gauche. Quant aux prétendus libéraux-conservateurs, il faudra qu’ils choisissent d’être ou libéraux ou conservateurs parce que, comme l’a écrit Guillaume Bernard : ‘’Même s’il se présente sous différentes formes, ce sont les mêmes principes qui le meuvent : le libéralisme est un tout et l’attelage libéral-conservateur est un non-sens, sauf à réduire le conservatisme au maintien d’un état social particulier quel qu’il soit’’.

B. Guillard

Guillaume Bernard, La guerre à droite aura bien lieu  (Éditions Desclée de Brouwer)

Alain de Benoist,  Le moment populiste. Droite-gauche c’est fini  (Éditions Pierre-Guillaume de Roux)

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18 février 2017 6 18 /02 /février /2017 23:50

La France n’a pas colonisé l’Algérie. ELLE L’A FONDÉE.

Ferhat Abbas

En cette période anniversaire de l’indépendance de l’Algérie, un rappel historique de ce que fut l’Algérie du 19 et 20° siècle est nécessaire. Je suis en accord sur la partie historique de l’arrivée des français sur le sol du Maghreb, l’Algérie en tant qu’état n’existait pas à cette époque, comme le disait Ferhat Abbas la France a créée l’Algérie, état moderne.

 

Tout ce qu’a fait notre pays ne mérite pas de repentance

 

 

PARDON DE QUOI, …… ?

 

Pardon d’avoir débarqué en 1830 à Sidi-Ferruch pour chasser le colonisateur ottoman qui affamait depuis plusieurs siècles les ancêtres du mafieux président algérien devant lequel il envisage de se prosterner, pillant leurs maigres biens et les réduisant à la famine et à la maladie ?

 

Pardon d’avoir libéré les esclaves chrétiens européens, ravis sur les bateaux croisant en Méditerranée, entassés dans des bouges pour satisfaire les bas plaisirs des potentats locaux ?

 

Pardon d’avoir défriché, drainé, asséché et fertilisé un sol à l’abandon depuis des siècles et d’avoir perdu à l’époque 106 « colons » sur 450, morts de maladie en Mitidja ?

 

Pardon d’avoir construit des villes modernes là où il n’y avait rien ?

 

Pardon d’avoir créé une agriculture prospère et exportatrice, alors qu’aujourd’hui l’Algérie doit importer des produits de la terre ?

 

Pardon d’avoir créé une industrie métallurgique là où il ne se trouvait que des cailloux ?

 

Pardon d’avoir construit 12 grands barrages ?

 

Pardon d’avoir implanté un immense réseau de postes et de télécommunication ? …… d’avoir développé l’hôtellerie et le tourisme ? …… d’avoir créé une industrie chimique, développé le gaz et l’électricité ?

 

Pardon d’avoir installé un réseau ferroviaire considérable et 54000 kilomètres de routes (non compris les pistes) ?

 

Pardon d’avoir construit 23 ports, 34 phares, 23 aéroports, …… ?

 

 

Pardon d’avoir livré des gisements de gaz et de pétrole, installations d’exploitation comprises, à un pays qui ne s’était jusque là jamais intéressé au Sahara ?

 

Pardon d’avoir apporté aussi la médecine, les nombreux dispensaires et hôpitaux et d’avoir permis à 2 millions d’autochtones qu’ils étaient en 1872 d’avoir 9 millions de descendants en 1962 ? …… d’avoir éradiqué la peste, le choléra, la variole, le typhus et bien d’autres joyeusetés du même acabit ?

 

Pardon d’avoir apporté l’enseignement ? …… ce qui fit dire à Belkacem Ibazizen, fils d’un instituteur kabyle : « La scolarisation française a fait faire aux Arabes un bon de mille ans ! » ?

 

ET PUIS QUOI ENCORE ?

 

Sur un million de Pieds Noirs, 20000 seulement étaient des « colons » dont 40% exploitaient moins de 10 hectares. Les 12000 autres (45000 en comptant leurs familles) ne représentaient que 4,5% du total de la population Pied Noir ! …… Les 95,5% restants étaient des ouvriers, des employés, des techniciens, des fonctionnaires, des commerçants, souvent bien moins payés qu’en métropole !

 

Si le prétendant socialiste à la magistrature suprême lisait autre chose que des fiches résumées, …… comme par exemple les livres de l’écrivain algérien Boualem Sansal, il pourrait, tout comme vous, découvrir qu’il a écrit :

 

« En un siècle, à force de bras, les colons ont, d’un marécage infernal, mitonné un paradis lumineux. Seul l’amour pouvait oser pareil défi, … Quarante ans est un temps honnête, ce nous semble, pour reconnaître que ces foutus colons ont plus chéri cette terre que nous, qui sommes ses enfants. »

 

C’est également lui qui écrivait déjà avec lucidité :

« Trente ans après l’indépendance, nous voilà ruinés, avec plus de nostalgiques que le pays comptait d’habitants et plus de rapetoux qu’il n’abritait de colons. Beaucoup d’Algériens regrettent le départ des Pieds Noirs. S’ils étaient restés, nous aurions peut-être évité cette tragédie. »

 

Il rejoint en cela la journaliste Malika Boussouf qui écrit également :

« Si les Pieds Noirs n’étaient pas partis en masse, l’Algérie ne serait peut-être pas dans l’état désastreux dans lequel elle se trouve. »

 

Dans les fiches résumées du prétendant, lui en a-t-on seulement glissé une qui lui aurait permis d’apprendre par exemple, au hasard, que :

¤ Ferhat Abbas, président de la république algérienne, du temps du G.P.R.A., avait reconnu :

 

« La France n’a pas colonisé l’Algérie. ELLE L’A FONDÉE. »

 

¤ C’est le 14 octobre 1839, et par décision du ministre de la guerre, que le nom ‘’Algérie‘’ fut attribué pour la première fois à cette partie de l’Afrique du Nord. Il n’y a jamais eu auparavant dans l’Histoire de pays ainsi nommé !

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Publié par Ingomer - dans Histoire
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18 février 2017 6 18 /02 /février /2017 11:23

A UN ENDROIT de son livre, M. Le Forestier [Les Illuminés de Bavière et la franc-maçonnerie allemande, Hachette et Cie, Paris, 1914] parle avec un sourire de ces « esprits simplistes » à qui un mot suffit, pour expliquer les phénomènes sociaux et politiques dont les causes sont obscures : les jacobins voient partout Pitt et Cobourg, dit-il, les voltairiens, les jésuites ; les dévots, les francs-maçons. L’énumération témoigne d’un vrai souci d’équilibre et, dans sa généralité, l’observation est juste. C’est une infirmité mentale que d’attribuer aux événements complexes de la vie d’un grand peuple une cause unique. Mais, pour ruiner la thèse qui rend, pour une part, la maçonnerie responsable de la Révolution française, pour réfuter les pages où Barruel essaye de montrer l’influence de l’Illuminisme bavarois sur la maçonnerie parisienne, il faut autre chose qu’une remarque sur la psychologie des esprits simplistes. Si les dévotes qui soupçonnent partout la main des maçons sont trop crédules, les historiens qui ne savent la découvrir nulle part sont trop aveugles. (Paul DUDON : « Les Illuminés de Bavière et leur influence », Études, t. 158, 20 janvier 1919, p. 189-190.)

Complotisme
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18 février 2017 6 18 /02 /février /2017 09:39

Le kaspérisme, du nom de son principal représentant le Cardinal Kasper est une doctrine hérétique qui été en gestation durant la seconde moitié du XXe siècle. S’étant ensuite manifestée au grand jour, elle a été condamnée par Jean-Paul II dans “Veritatis splendor” et “Familiaris consortio”. Or ces documents ont été rejetés de manière plus ou moins ouverte par une partie de l’épiscopat et la pratique orthodoxe a été mise de côté dans de vastes régions du monde catholique. Ce rejet des textes de Jean-Paul II a permis au “kaspérisme” de se diffuser dans les mentalités jusqu’au moment où, les circonstances politiques et ecclésiastiques lui ont été favorables, il est parvenu à prendre le pouvoir.

Cependant, bien qu’étant arrivée au pouvoir, l’erreur ne s’exprime pas de manière franche et directe (elle serait aussitôt condamnée pour ce qu'elle est) mais elle s'exprime à travers des activités relativistes consistant à mettre le bien dogmatique en discussion avec le mal, comme s'il n'y avait pas de dogme ni de vérités définies. Cette manière de faire s'est manifestée dans les activités synodales floues de 2014 - 2015. Les évêques ont néanmoins tenu bon et le rapport de synthèse final des évêques synodaux a rejeté la communion aux personnes divorcées et remariées, de même que les revendications homosexualistes avaient complètement disparu... Il s'agissait là des deux grandes revendications portées par les kaspériens, qui entendaient par là ouvrir une faille. Leur doctrine entre en cohérence théologique avec le luthéranisme. Et l'erreur s'est enfin affirmée à la tête de l'Eglise sous la forme d’une exhortation apostolique "Amoris Laetitia" du pape François, un document exemplaire par son caractère tortueux qui autorise toutes les interprétations, et dont on a vu que les prémisses erronées étaient fondées sur une utilisation absurde et abusive de Gaudium et spes.

C’est dans cette phase où semble triompher le relativisme doctrinal et pastoral que nous nous trouvons en ce moment. Un article plus approfondi du site "Disputationes theologicae" présentait la situation au 21 décembre 2014 :

SOURCE: http://disputationes.over-blog.com/article-l-influence-de-luther-derriere-la-these-kasper-125264413.html

SOURCE: http://disputationes.over-blog.com/article-l-influence-de-luther-derriere-la-these-kasper-125264413.html

L’influence de Luther derrière la “thèse Kasper”?

 

Un aspect du dernier Synode sur la Famille

 

 

 

21 décembre 2014, Saint Thomas Apôtre

 

 

 

Que se cache-t-il derrière la dite “thèse Kasper”, thèse qu’on a essayé d’imposer au dernier Synode, sur l’admission à la Communion eucharistique des divorcés “remariés”? Les facteurs sont multiples et certainement, comme l’a courageusement souligné Socci, il s’agit d’une capitulation totale aux requêtes des “pouvoirs mondains”. Ce n’est pas non plus un hasard si le Cardinal Pell, un des ecclésiastiques qui se sont le plus distingués dans la bataille contre ces attaques, a dit : “c’est un enjeu dans l’affrontement entre ce qui reste du Christianisme en Europe et un néo-paganisme agressif. Tous les adversaires du christianisme voudraient que l’Eglise capitule sur ce point

 

Lire aussi : Cardinal George Pell sur Amoris Laëtitia : « Ceux qui mettent l'accent sur "la primauté de la conscience" ne semblent l'appliquer qu'à la morale sexuelle »

 

(au passage, c’est une grande joie de constater qu’il y a eu ici une résistance tenace aux abus de pouvoir par le travail d’une partie du milieu ecclésial modéré, mais en même temps il est douloureux de constater les résistances manquées dans une large partie du milieu Vetus Ordo).

 

Dans cette brève étude nous voudrions mettre en évidence un aspect non secondaire. La question posée est la suivante : de telles positions, au-delà des prétextes pastoraux présentés, ne sont-elles pas dans une certaine cohérence théologique avec le luthéranisme?

 

 

 

La gravité radicale des questions en jeux

 

La foi est un édifice harmonieux, dans lequel tous les mystères se relient admirablement et s’embrassent dans celui qu’on appelle “nexus mysteriorum”; les dogmes sont tellement liés entre eux et intimement unis, en tant que reflet de l’unité de Dieu, que si on déstabilise une seule “tour” du “château de la foi”, tout l’édifice s’effondre (Léon XIII dans Satis cognitum rappelle qu’on perd la foi en en niant un seul article). Les thèses “kaspériennes”, citées plus haut, en effet, ne peuvent qu’être intimement connexes aux notions de grâce, état de grâce, grâce sanctifiante. Une grave interrogation théologique surgit donc : quelle “théologie” de la grâce, quelle “théologie” des vertus théologales - mais aussi quelle “théologie” sacramentaire - est compatible avec la thèse de donner la communion à des âmes en état de péché mortel ?

 

Il est notoire que la “théologie de la grâce” est depuis longtemps contaminée par l’immanentisme, par l’abandon de la saine vision métaphysique de Saint Thomas et plus spécifiquement par les influences d’un certain protestantisme (parfois le luthéranisme au sens strict, parfois ses variantes qui sont le protestantisme libéral et le modernisme). A ce propos dans les articles précédents ont été dénoncées les influences acatholiques, protestantes et idéalistes, dans le domaine doctrinal, exégétique, pastoral, mais aussi ecclésiologique (cf: Le Dieu de Jésus-Christ; l’Ascension, le dogme nié; L’ecclésiologie de Hans Kung).

 

Dans cette exposition, après une description synthétique de la doctrine catholique de la grâce en la comparant à ce courant de la pensée protestante, nous aborderons la conséquente notion luthérienne du salut sans mérite pour ensuite conclure sur les conséquences d’une telle hérésie - élaborées de nouveau par la pensée moderniste - qui conduisent tout droit à la démolition des notions catholiques de Sacrement et de Grâce et à la ruine de la vertu d’Espérance elle-même. Espérance qu’on voudrait mettre en valeur mais qui est remplacée par son contraire, c’est-à-dire la capitulation face la situation socio-culturelle de l’instant présent.

 

Avant de proposer une réponse aux questions soulevées, il ne sera pas inutile de répéter que de tels arguments - y compris la communion aux concubins, pécheurs publics - ne sont pas une matière de libre discussion entre les théologiens, tout simplement parce que la réponse, lorsqu’elle n’est pas inscrite dans le droit naturel, a déjà été donnée par la bouche même du Rédempteur depuis 2000 ans au moins, constamment enseignée par l’Eglise (réaffirmée même par le Magistère qui s’est exprimé récemment) et solennellement définie - au sujet des notions connexes de grâce et de péché - par le Concile de Trente, avec Magistère infaillible. Nous ajoutons aussi que presque la totalité des thèses aujourd’hui traitreusement remises en discussion, comme si on était en train d’opiner sur des sujets discutables, lorsqu’elles ne sont pas explicitement révélées ou définies, sont du moins métaphysiquement connexes au révélé et plusieurs d’entre elles sont patrimoine du Magistère ordinaire infaillible. La technique invétérée des modernistes, par contre, continue à ouvrir des “débats libres” (d’ailleurs avec une liberté à sens unique...) là où la sentence catholique a déjà été prononcée. De fait, les fidèles sont jetés dans le doute et dans la confusion des critères, on diffuse plus ou moins indirectement l’hérésie, tout en évitant d’encourir directement les condamnations de l’Eglise, comme mettait déjà en garde l’encyclique “Pascendi”.

 

 

 

Le transitus dans la justification catholique et la notion protestante de “grâce

 

La Révélation nous enseigne que, de fils de ténèbres que nous étions, nous pouvons être lavés, purifiés, vivifiés, rendus justes, fils de Dieu, libres, lumineux, nouveaux. La théologie thomiste parle à juste titre d’un “transitus”, d’une “translatio” : l’âme du pécheur qui devient juste passe de l’état d’inimitié avec Dieu à celui d’amitié. La “justification est un passage de l’état de péché à celui de grâce”[1]. Et le Concile de Trente définit infailliblement : “la justification du pécheur est le passage de l’état dans lequel l’homme naît fils du premier Adam à l’état de grâce et d’adoption de fils de Dieu [ Rom 8,15] au moyen du second Adam Jésus-Christ notre Sauveur” [2].

 

Le changement - dans la doctrine catholique - est réel : l’injuste (dans l’image biblique celui qui n’est pas en état de grâce) devient juste (homme en état de grâce). L’Aquinate enseigne qu’il faut penser à la justification “secundum rationem motus” [3], ce qui veut dire qu’il y a eu un mouvement, on est passé d’un terme duquel on partait au terme opposé, et dans ce cas ce point d’arrivée est l’infusion de la grâce qui avant n’y était pas. Il y a donc une entité nouvelle dans le juste parce que la faute est enlevée et la grâce est infusée dans l’âme [4].

 

La grâce sanctifiante, cette nouvelle entité, qui habite dans le juste “recréé”, “renouvelé”, “régénéré”, est donc dans le justifié une nouvelle réalité [5]. Réalité créée, en effet elle n’est pas l’Esprit-Saint contre l’opinion de Pierre Lombard; réalité interne, elle n’est pas extrinsèquement imputée sans changement dans les profondeurs de l’âme; réalité permanente, elle est quelque chose d’habituelle, elle n’est pas seulement une grâce actuelle transitoire, elle est surnaturellement stable; réalité ontologique, elle n’est pas l'ensemble d’actes moraux bons, mais elle est réalité métaphysiquement présente dans l’âme du juste, dont l’âme subit un réel “changement”, et est absente chez le pécheur [6]; réalité surtout surnaturelle, elle est une certaine participation à la nature et à la sainteté même de Dieu (2 Pt 1,4), elle n’est pas une disposition naturelle au bien moral, encore moins une fiction de la conscience que l’homme pourrait “s’auto-communiquer”, comme dans les envahissantes perspectives panthéistes [7]. L’Ecole parlera pour la grâce sanctifiante - avec un terme d’une précision inégalée - de “habitus entitativus”.

 

L’homme renouvelé, donc assaini et élevé à l’ordre surnaturel, acquiert de nouveau la réalité de l’amitié avec Dieu, est purifié et élevé aussi pour qu’il puisse dans cette vie accéder dignement au Suprême Sacrement, l’Eucharistie, où il s’unit avec Jésus-Christ lui-même. C’est l’anticipation terrestre de l’union avec Dieu dans la gloire et il faut donc une certaine “connaturalité” de la part de celui qui s’unit. L’homme se joint à son Créateur et Rédempteur qui daigne l’élever à un tel contact et il doit donc correspondre en en étant pour ainsi dire “digne”, c’est-à-dire en étant en état de grâce (sans le péché originel et sans péché actuel grave). Se présenter sans le vêtement blanc devant l’Epoux - d’autant plus si l’attitude est délibérée, obstinée et publique - serait offenser tout le dessein de la Rédemption et en mépriser les dons surnaturels. Offense grave de la part du fidèle qui communierait, plus grave encore de la part du prêtre qui s’en rendrait complice et même promoteur. Si l’habit est taché par le péché il faut le laver, et c’est ce que fait l’infusion de la grâce par le Baptême ou la Confession, mais il n’y a pas possibilité de concilier péché et grâce, il y a seulement possibilité de transitus, c’est-à-dire de passage d’un stade mauvais à un bon. C’est la justification de l’impie qui, devenu fils de lumière, peut accéder au Banquet céleste.

 

Il n’en est pas ainsi chez les protestants. Nous savons que les thèses interprétatives sur la pensée de Luther sont innombrables, en raison même des étrangetés expressives du subjectivisme protestant (repris ensuite par l’illuminisme et le modernisme) et des évolutions pas toujours cohérentes de l’augustin apostat, mais un point du moins fait généralement l’unanimité des critiques et c’est celui qui nous intéresse ici : l’homme après le péché originel peut être en même temps juste et pécheur, “simul justus et peccator” selon l’expression connue. C’est-à-dire l’homme auquel ont été imputés les mérites du Christ - et qui serait donc un juste - n’est pas pour cela renouvelé par la grâce sanctifiante, n’est pas revêtu de l’habit blanc après avoir déposé l’habit sale du péché, n’est pas une âme nouvelle, un “homo novus”, mais il est une “charogne” (les termes sont luthériens) qui est “enveloppé” par le manteau blanc des mérites du Christ tout en restant “pourriture” à l’intérieur [8]. En restant dans cette image, il est quelque chose d’abominable à l’intérieur - “peccator” -, mais les mérites du Christ lui sont extrinsèquement imputés et le rendent d’une certaine façon “simul justus”. Donc, sans abandonner le péché, il peut être un juste.

 

 

 

Le salut sans mérite

 

Pour le luthérien peut importe l’état effectif de l’âme, ses dispositions, ses efforts et surtout ses sacrifices, soutenus par la grâce coopérant, pour éviter le péché et s’en corriger, ce qui compte est une illusoire foi-confiance dans son propre salut, en faisant abstraction de l’application de la volonté, de ses propres mérites et surtout, de fait, du difficile sacrifice de soi et de ses propres caprices. La corruption radicale a porté Luther à la théorisation d’un salut sola fide” [9], une “foi” dont la notion - qui aujourd’hui a envahi le monde catholique - est fausse, parce qu’elle n’est pas la foi dogmatique, pour laquelle est essentielle l’adhésion au contenu de la Révélation, mais la foi-confiance dans laquelle ce qui compte est l’aspect pour ainsi dire “sentimental”. Donc pèche fortement, mais crois plus fortement encore (“pecca fortiter, sed crede fortius”), c’est-à-dire que plus on est endurci dans le péché, plus on continue de pécher et plus on démontre sa confiance absolue et complète dans les mérites du Christ, les uniques capables de sauver, indépendamment du libre arbitre de l’homme, lequel ne peut rien faire d’autre que “espérer” avec force [10]. “Pèche fortement, mais croit plus fortement encore”, c’est-à-dire si l’état de pécheur et ennemi de Dieu est permanent et s’il est et sera inéluctablement tel, s’il ne reste que la justification imputée par le Christ, qui couvre de son blanc manteau l’homme, pourriture pécheresse et incapable de mérite volontaire, il ne reste rien d’autre que de continuer à pécher, et même il est mieux de s’établir dans le refus de la loi morale de Dieu en péchant encore plus.

 

 

 

Le rôle des sacrements et plus particulièrement de l’Eucharistie

 

Dans la perspective luthérienne décrite de la grâce imputée, de la négation du mérite pour un homme “simul justus et peccator”, le sacrement a inévitablement perdu la fonction catholique de signe qui produit la grâce qu’il représente [11], car la causalité qu’il exerce au sujet de la grâce n’est certainement pas physico-instrumentale. Le Baptême et la Confession n’opèrent pas instrumentalement le “transitus” ontologique cité, et il n’est pas possible de penser à une augmentation de grâce au moyen de la réception du Corps du Christ substantiellement présent dans les espèces consacrées. En effet le juste - et pécheur en même temps - ne se confie pas à l’efficacité des sacrements, en essayant de les recevoir le plus dignement possible, ni encore moins s’appuie sur les effets de la digne réception de l’Eucharistie, mais il se confie dans le “réveil” en son âme de la foi-confiance en son propre salut. Salut auquel, en toute logique, il ne peut pas coopérer, parce qu’il est imputation des mérites du Christ, mais dans lequel il doit cependant “croire” fermement (il y a ici une certaine incohérence interne des thèses protestantes). Et les sacrements, désormais dénaturés, sont réduits à la fonction de raviver cette “conviction”.

 

De plus, au sujet de l’Eucharistie, n’étant même plus le Corps du Christ transsubstantié et la Messe étant réduite à une “Cène évocatrice”, le problème de l’union entre le Corps très Saint du Christ et l’âme d’un pécheur endurci ne se pose plus en ces termes.

 

 

 

La mort de la vie (et de l'espérance) chrétienne: “pecca fortiter... et communica fortius”

 

L'hérésie luthérienne a structuré autour de ses théories sur la grâce qui s’opposent au dogme catholique, des thèses qui sont une diabolique contrefaçon de la vraie confiance dans la Miséricorde de Dieu et qui ont toujours eu un évident - et satanique - “charme”, parce qu’elles permettent de conjuguer le nom de chrétien, et même la participation aux “sacrements”, avec la persistance (légitimée même par principe) dans les déviations peccamineuses les plus graves. Ce sont les fruits, comme noté plus haut, de la théorie du “simul justus et peccator”.

 

A une époque comme la nôtre, immergée dans l'hédonisme et surtout dans l’immanentisme qui refuse de raisonner en termes métaphysiques autant pour les objets naturels que surnaturels, la perspective citée ne peut que récolter du succès, comme cela arrive dans les faits. Une large partie du monde catholique, agressé par les ferments du protestantisme libéral, du modernisme et du relativisme mondain, semble avoir lui aussi perdu la correcte notion de grâce, état de grâce, grâce sanctifiante. Tout le patrimoine catholique sur ce sujet est systématiquement relu de manière anti-métaphysique, en renonçant non seulement à la très utile notion scolastique de “habitus entitativus”, mais aussi aux définitions du Concile de Trente elles-mêmes. Il ne reste qu’une lecture immanentiste de la grâce, laquelle - si elle n’est pas ouvertement décrite dans les termes de Martin Luther - est du moins associée à un état sentimentalo-confiant, plutôt qu’à une réalité entitative présente dans l’âme du juste et absente chez le pécheur.

 

En conséquence, si la grâce n’est pas une entité à laquelle on arrive après le Baptême ou la Confession (avec le propos d’abandonner le péché), mais plutôt - dans le meilleur des cas - une disposition de la conscience de chacun, indépendamment de la volonté d’abandonner le péché, on comprend alors pourquoi on peut “peccare fortiter ... et ... communicare fortius”. On comprend pourquoi on peut accéder à la communion sans arrêter de pécher, et même en endurcissant et en fossilisant l’état de pécheur. La vie de l’âme en état de grâce n’étant plus synonyme d’infusion surnaturelle de Vie trinitaire, dans l’évolution actuelle de la pensée protestante et moderniste, devient plutôt une auto-communication que l’homme se donne à lui-même : “en se sentant” digne d’accéder à l’Eucharistie (d’une façon subjectiviste) il le devient, et cela indépendamment de sa vie morale réelle. Ainsi, le sacrement est devenu plus ou moins ce moyen ordonné seulement à produire “le sentiment religieux” ainsi que le voulaient les modernistes condamnés par Saint Pie X [12]. Modernistes qui, selon les paroles du Saint Pape - dont nous fêtons le centenaire de la mort cette année et dont nous invoquons la protection sur l’Eglise - tout en évitant les expressions condamnées par le Concile de Trente sont tout simplement en train d’affirmer avec Luther que les Sacrements servent seulement à nourrir la (présumée) foi [13]. Et sur cette voie l’homme, en suivant les pas du surnaturel transcendantal de Rahner - leur “grand” maître - “se fit Dieu”.

 

 

 

Don Stefano Carusi

 

 

 

[1] S. Th., Ia IIae, q. 113, a. 1, c: “iustificatio importat transmutationem quandam de statu iniustitiae ad statum iustitiae”.

[2] Denz. 1524.

[3] S. Th., Ia IIae, q. 113, a. 1, c. : “potest fieri iustitia in homine secundum rationem motus qui est de contrario in contrarium. Et secundum hoc, iustificatio importat transmutationem quandam de statu iniustitiae ad statum iustitiae praedictae”.

[4] S. Th., Ia IIae, q. 113, a. 6, c., ad 2.

[5] S. Th., Ia IIae, q. 110, a. 1, c.

[6] A. Piolanti, Dio nel mondo e nell’uomo, Città del Vaticano 1994, pp. 522-533.

[7] Ibidem, p. 547 e ss.

[8] Ibidem, pp. 413-419.

[9] B. Gherardini, Riflessioni su Martin Lutero, in Divinitas 28 (1984), passim.

[10] Ibidem.

[11] S. Th., IIIa, q. 62, a.1, ad 1; Denz. 1666.

[12] Denz. 3489.

[13] Ibidem.

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18 février 2017 6 18 /02 /février /2017 09:27

Comment Luther inventa le luthéranisme ?

 

Le moine Martin Luther éprouvait de grandes difficultés, il se sentait toujours pécheur et éloigné de Dieu. Était-ce une tentation, un scrupule, ou bien ne faisait-il pas assez d’efforts pour se maintenir dans la grâce de Dieu ? Toujours est-il que, puisqu’il n’arrivait pas à se changer lui-même, Luther prit la décision de changer la religion : c’est plus facile. Désormais, il n’est plus nécessaire de servir Dieu, de lui obéir, cela est réputé impossible, il suffit de faire confiance à « Christ » et tout va bien. Le Dictionnaire de théologie catholique (DTC) expose ainsi la doctrine de Luther :

 

Sur notre corruption, Dieu peut mettre un manteau, je veux dire les mérites de Jésus Christ. Ce sera une justification tout extérieure, un revêtement de marbre sur le bois pourri d’une cabane. Dans le travail de notre salut, Jésus-Christ, et Jésus-Christ seul, est actif, nous n’avons pas à l’être nous-mêmes ; vouloir coopérer par nos oeuvres à ce qu’il a surabondamment accompli, ce serait lui faire injure. Et comment l’homme obtiendra-t-il de Dieu ce manteau, je veux dire cette attribution extérieure des mérites de Jésus-Christ ? Par la foi ou, pour parler plus exactement, par la confiance en Dieu et en Jésus-Christ. L’homme continuera de produire des fruits de mort ; mais, par la confiance qui sera dans son coeur, il méritera que Dieu lui attribue les mérites de Jésus-Christ.

 

Le 1er août 1521, dans une lettre à Melanchton, Luther résuma sa nouvelle religion : Pecca fortiter, sed fortius crede (« Pèche fortement, mais crois plus fortement encore »).

 

Désormais, – continue le DTC – il en avait donc fini avec le joug de la loi et les tourments de la conscience. Voilà l’Évangile, c’est-à-dire la Bonne Nouvelle qu’il venait annoncer au nom de Dieu. Depuis des siècles, cette vérité était restée cachée ; la pauvre humanité avait été courbée par l’Église romaine sous le joug inutile et pesant de la pénitence, sous l’obligation de tendre à la perfection par des oeuvres personnelles. Luther, au contraire, venait lui apprendre à se cacher sous l’aile de Jésus-Christ, à s’envoler par la confiance, par le sentiment, dans une douce rêverie, jusqu’au pied du trône de Dieu.

 

SourceLettre des dominicains d’Avrillé n°80

 

Comment Luther inventa le luthéranisme ?
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18 février 2017 6 18 /02 /février /2017 00:00

"Je ne crains que les mauvais catholiques"

(Sainte Bernadette au chevalier Gougenot des Mousseaux durant la guerre de 1870)


Sainte Bernadette Soubirous (1844-1879)Bernadette Soubirous, née à Lourdes le 7 janvier 1844 et décède à Nevers le 16 avril 1879. Elle fut témoin plusieurs jours des apparitions de la Vierge Marie en 1858 dans la Grotte de Massabielle à Lourdes. "Massabielle", en patois du pays, veut dire "vieux rochers".

À quatorze ans, un 18 février, quand la Vierge lui apparaît la première fois, elle n’a pas encore pu fréquenter le catéchisme, parce que la pauvreté extrême l’a obligée à travailler depuis son plus jeune âge pour aider sa famille. La Vierge Marie lui dit : «Je ne vous promets pas de vous rendre heureuse en ce monde, mais dans l'autre

Et si elle préfère les pâturages sur les montagnes au “Cachot” humide et malsain où les Soubirous, endettés, sont obligés de vivre, Bernadette ne tire de ce travail qu’un toit et de la nourriture. Dans les périodes où Bernadette ne s’occupe pas du troupeau de sa nourrice Marie Lagües, son père François doit l’envoyer sur les terres domaniales pour ramasser du bois qui sera ensuite vendu.


"De retour à Lourdes, Bernadette dut parler à ses parents de la promesse qu'elle venait de faire à la Dame mystérieuse, et des quinze jours consécutifs pendant lesquels elle devait se rendre à la Grotte. De leur côté, Antoinette et Mme Millet racontèrent ce qui s'était passé, la merveilleuse transfiguration de l'enfant durant l'extase, les paroles de l'Apparition, l'invitation de revenir pendant la Quinzaine. Le bruit de ces étranges choses se propagea aussitôt de toutes parts, et, franchissant vite les couches populaires, jeta, soit dans un sens, soit dans un autre, la plus profonde agitation dans la société de ce pays.

Ce jeudi, 18 février 1858, était précisément jour de marché à Lourdes. Il y avait comme à l'ordinaire beaucoup de monde, de sorte que, le soir même, la nouvelle des visions, vraies ou fausses, de Bernadette, se répandit dans la montagne et dans les vallées, à Bagnères, à Tarbes, à Cauterets, à Saint-Pé, à Nay, dans toutes les directions du département et dans les villes du Béarn les plus rapprochées. Dès le lendemain, une centaine de personnes se trouvaient déjà à la Grotte au moment où Bernadette y arriva. Le lendemain, il y en avait quatre ou cinq cents. On en comptait plusieurs mililers le dimanche". (Henri Lasserre, Les Apparitions de N.D. de Lourdes, 1870, rééd. Maisonneuve, Sainte-Ruffine 1968, p. 55-56). L'ouvrage d'Henri Lasserre a l'avantage d'avoir été le premier écrit non seulement par un témoin, mais par un miraculé (d'une grave ophtalmie par l'eau de la grotte le 10 octobre 1862). Cet ouvrage continue depuis de faire autorité en la matière. Il a été réédité de nombreuses fois. L'auteur distribua aux bonnes oeuvres les immenses bénéfices littéraires de ce best-seller du XIXe siècle.

En juillet 1866, voulant réaliser son désir de vie religieuse, elle entre chez les Sœurs de la Charité de Nevers à Saint-Gildard, Maison-Mère de la Congrégation. Elle y mène une vie humble et cachée. Bien que de plus en plus malade, elle remplit avec amour les tâches qui lui sont confiées. Elle meurt le 16 avril 1879 à 35 ans.        


Son cercueil sera ouvert trois fois et son corps retrouvé intact. Lors des exhumations, son corps fut lavé et le contact avec les "détergents" aurait noirci la peau : le corps de la vénérable Bernadette est intact, le squelette complet, les muscles atrophiés mais bien conservés ; la peau parcheminée paraît seule avoir subi l'humidité du cercueil. Elle a pris une teinte grisâtre et est recouverte de quelques moisissures et d'une certaine quantité de cristaux de sels calcaires (…) (Dr Talon et Dr Comte, chargés de l'examen du corps après 1923), cités par Dominique Lormier dans Bernadette Soubirous, éd. CMD, 1999. Dans le même livre on apprend que quelques années plus tard, la peau de Bernadette a noirci. Le visage de Bernadette et ses mains ont donc été recouverts d'un très fin masque de cire pour la présentation publique.

 
Corps resté intact de Ste Bernadette, Châsse de verre et de bronze, Chapelle de Nevers Son corps, miraculeusement préservé de toute corruption, repose dans une châsse de verre et de bronze dans la chapelle de l'Espace Bernadette à Nevers.

Bernadette Soubirous a été béatifiée le 14 juin 1925 et canonisée le 8 décembre 1933.

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17 février 2017 5 17 /02 /février /2017 16:33

L'ancien Premier ministre britannique Tony Blair a exhorté les opposants de Brexit à "se lever" et à se battre pour changer la position du peuple britannique de quitter l'Union européenne.

 

Dans sa première intervention politique importante depuis le vote en juin dernier, Blair a lancé un cri de ralliement aux opposants de Brexit, déclarant qu'il n'y avait aucune clarté sur ce que signifiait le vote du référendum et que le gouvernement avait misé sur le "Brexit à n'importe quel prix" .

 

"Le peuple a voté sans connaissance sur les termes du Brexit, car quand ces termes deviennent clairs, c'est leur droit alors de changer d'avis. Notre mission est de les persuader de le faire ", a-t-il déclaré, cité par Reuters dans un discours pro-européen du Groupe de la Bretagne ouverte. Blair a parlé au siège européen de Bloomberg à Londres, le même endroit où, en janvier 2013, l'ancien Premier ministre David Cameron a annoncé son projet d'appeler un référendum sur l'adhésion à l'UE, sans le savoir mettre la Grande-Bretagne en route pour partir.

 

[...] Blair, qui a dirigé le pays de 1997 à 2007, s'oppose explicitement au gouvernement conservateur de May, l'accusant d'être un "gouvernement pour Brexit, de Brexit et dominé par Brexit". Blair a critiqué May et d'autres membres du Gouvernement qui avait soutenu le "rester" dans la campagne de référendum, pour s'engager à sortir la Grande-Bretagne du marché unique pour des raisons politiques, même après avoir offert une défense ferme de ses mérites. "Ils ne conduisent pas ce bus, ils sont conduits", dit-il.

 

On ignore si les remarques de Blair auront un impact : sa réputation dans le public britannique reste ternie par la guerre en Irak (de même que dans sa responsabilité dans l'essor de Daech. Ndlr.), un problème qui a refait surface l'an dernier quand une enquête tant attendue a critiqué son rôle dans la décision de rejoindre la coalition des Etats- Envahisseurs. Pourtant, il continue de se faire une voix forte dans la politique britannique et a cherché à faire des interventions ciblées ces dernières années: d'abord pour avertir les électeurs contre l'élection du chef du Parti travailliste à gauche Jeremy Corbyn et ensuite pour dissuader les électeurs de soutenir Brexit. Aucune de ses interventions n'a été couronnée de succès.

 

Bien qu’il conserve le soutien des modérés du parti travailliste, il est vilipendé par de nombreux membres qui sentent qu'il a trahi les racines socialistes du parti, et son ancien parti s'est bien éloigné du centre affairiste pro-business qu'il défendait autrefois.

 

Theresa May a promis de déclencher l'article 50 et de commencer le processus de quitter l'Union européenne le mois prochain, et a dit qu'elle envisage une rupture nette de l'UE, y compris la sortie du marché unique. Elle a également mis en garde les politiciens contre l'interruption du processus.

Blair a affirmé que parmi les risques du Brexit, la question de l’éclatement du Royaume-Uni était désormais "sur la table" et les circonstances pour les nationalistes étaient maintenant "beaucoup plus crédible" qu'elles ne l'étaient il y a trois ans.

Tony Blair exhorte les opposants aux Brexit "à se relever" et à lutter pour rester dans l'UE

Source: Zero Hedge

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17 février 2017 5 17 /02 /février /2017 14:49

A mal nommer les choses, on ajoute au malheur du monde.

Albert CAMUS

On a vu hier soir que l'emploi par Emmanuel Macron du terme de "crime contre l'humanité" pour désigner la colonisation était inapproprié : ce "concept juridique strictement défini, ne s'applique pas à la colonisation". L'emploi de ce terme est également un moyen dangereux et indigne dans un contexte particulièrement explosif de troubles d'attentats islamistes, d'émeutes dans les banlieues (suite à l'"affaire Théo")... L'emploi de cette expression dans un contexte de campagne présidentielle instrumentalise clairement la colonisation à des fins de vote ethnique et religieux.

 

Sur son blog, c'est aussi le point de vue du philosophe François-Xavier Bellamy en commentaire de sa tribune parue dans Le Figaro du 17 février 2017 "Macron ou la passion de la post-vérité". L'emploi par Emmanuel Macron du terme de "crime contre l'humanité" pour désigner la colonisation est une "faute grave" et une "faute morale" :

 

"Merci pour vos commentaires. Plusieurs indiquent que j’aurais confondu crime contre l’humanité et génocide ; ce n’est pas le cas. Dans tous les cas reconnus comme tels par les tribunaux pénaux internationaux, le crime contre l’humanité porte en lui-même l’intention, pour reprendre le terme employé par Laurent G., d’une destruction érigée en seul objectif. C’est exactement ce que j’ai écrit. Sans minorer en rien leur importance, il faut reconnaître de ce point de vue que tout meurtre, tout viol, et même tout crime de guerre, n’est pas un crime contre l’humanité au sens propre du terme ; dire cela encore une fois ne signifie en rien que l’on minimise l’horreur. Mais employer le terme de crime contre l’humanité a simplement un sens précis, qu’il faut respecter, ce que M. Macron n’a pas fait. C’est bien de son côté que se trouve l’exagération…

Et cette exagération est coupable, je le maintiens : car la différence entre crimes de guerre et crimes contre l’humanité est précisément celle qui différencie les horreurs très réelles commises à l’occasion de l’entreprise coloniale, des crimes nazis par exemple. Les Français en Algérie ont tué et torturé, c’est un fait, et loin de moi de défendre cela. Mais ils ne sont pas allés en Algérie pour tuer et torturer, ils y sont allés en pensant apporter le progrès et la civilisation ; ce projet leur venait largement d’une forme de croyance positiviste dans l’accomplissement historique dont l’Europe aurait été dépositaire au milieu du reste du monde. Jules Ferry avait tort de penser que le devoir des races supérieures était de civiliser les races inférieures – et ce tort était d’autant plus coupable qu’à cette suffisance erronée se mêlaient aussi beaucoup d’intérêts politiques et commerciaux. Mais Jules Ferry et ses contemporains n’ont pas choisi la colonisation comme un projet de destruction. Sinon elle n’aurait jamais compté aussi, malgré ses pages les plus noires, de vrais engagements de développement, et tout ce qui a fait finalement que les territoires colonisés, comme l’a montré Christophe Charle, ont coûté plus d’investissements à la France qu’ils ne lui ont bénéficié.

Tout cela, Emmanuel Macron le reconnaît d’ailleurs lui-même lorsqu’il parle des apports bénéfiques de la colonisation, ou de ses aspects positifs – qui oserait sérieusement parler des aspects positifs d’un crime contre l’humanité ? Comment soutenir honnêtement une telle inconsistance de langage ? Oui, la colonisation a causé des crimes, de part et d’autre d’ailleurs ; elle a sans aucun doute été une erreur historique, et notre monde se porterait mieux sans les déséquilibres qu’elle a causé. Mais on ne peut la qualifier de crime contre l’humanité."

"En marche" arrière avec Macron ! Pourquoi l'emploi par Emmanuel Macron de l'expression "crime contre l'humanité" pour désigner la colonisation est une faute grave ?

Dans sa tribune parue dans Le Figaro du 17 février 2017, le professeur de philosophie aborde les éléments moraux qui condamnent l'expression d'Emmanuel Macron. Il explique que "la colonisation... constitue plutôt l’une de ces tragédies auxquelles a a conduit cette foi aveugle dans le progrès dont le même Emmanuel Macron se revendique aujourd’hui !". Et il rappelle cette vérité historique que ne veulent pas entendre les républicains "de gauche" : ..."pour cette raison d'ailleurs (de la foi aveugle dans le progrès chez Jules Ferry, Jean Jaurès, Léon Blum. Ndlr.), c'est la gauche progressiste qui avait largement épousé l'idéologie coloniale". Extraits :

 

"Nos démocraties occidentales traversent une crise profonde, qui est d’abord une crise de confiance dans ce qui constitue leur outil essentiel, le langage. Le relativisme omniprésent nous ayant conduit à l’ère de la « post-vérité », la parole publique ne semble plus renvoyer à rien, et dénuée de toute consistance elle perd sa signification.

[...] Il y a quelques jours en Algérie, Emmanuel Macron déclarait que la colonisation avait été un « crime contre l’humanité. » Soit un plan concerté pour exterminer par tous les moyens les populations vivant sur les territoires colonisés… Tout cela n’a aucun sens. Que l’histoire de la colonisation ait été marquée par des crimes, nul ne peut en douter. Mais qu’il faille mettre le projet colonisateur sur le même plan que la Shoah, qu’on puisse assimiler Jules Ferry à Hitler ou Lyautey à Eichmann, voilà qui constitue une double et inacceptable insulte. Insulte à tous ceux qui – Juifs d’Europe, Arméniens d’Anatolie, chrétiens en URSS, Tutsis au Rwanda… – sont morts broyés par la haine, par une folie destructrice qui ne poursuivait aucun autre but que leur seule extermination : comment mépriser ce que leur souffrance eut d’unique, unique au point que pour la décrire le droit international a formé cette expression de crime contre l’humanité, qu’on ne devrait employer qu’avec soin quand il nous faut dire le passé ?

[...] La colonisation n’était pas un projet de destruction, elle portait dans son principe la volonté de cultiver qui lui a donné son nom – en fait, le grand paradoxe, c’est qu’elle constitue plutôt l’une de ces tragédies auxquelles a conduit cette foi aveugle dans le progrès dont le même Emmanuel Macron se revendique aujourd’huiPour cette raison d’ailleurs, c’est la gauche progressiste qui avait largement épousé l’idéologie coloniale. Nous pouvons aujourd’hui dire les conséquences tragiques de cette erreur historique, sans insulter ceux qui y crurent. Ceux qui ont laissé leurs noms sur nos monuments aux morts n’ont pas donné leur vie dans un crime contre l’humanité, et il est révoltant de voir aujourd’hui un candidat qui prétend présider notre République venir cracher sur leurs tombes par opportunisme électoral.

Car c’est bien là le fond du problème. Lorsque la parole ne renvoie plus au réel, lorsqu’on dit tout et son contraire, quand la vérité ne compte plus, c’est que seule importe l’efficacité – en termes de calcul politique, de voix rapportées, de cibles touchées. La démocratie se dissout dans le marketing, et ainsi on détruit un peuple aussi sûrement que par la censure. C’est là la faute grave dont Emmanuel Macron est en train de se rendre coupable. Car qui ne voit la ficelle grossière dans cette surenchère mémorielle délirante ? La cible, en l’occurrence, ce sont des millions de binationaux, héritiers de cette histoire douloureuse. Mais si la cible est touchée, la victime sera la France.

Connaissant, pour y avoir enseigné, certains quartiers qui s’embrasent aujourd’hui, comme tous ceux qui ont vécu ou travaillé en banlieue, je mesure l’ampleur de la tragédie que la parole d’Emmanuel Macron contribue à entretenir. Des générations de jeunes Français, nés en France et qui vont y construire leur vie, sont entretenus par nos dirigeants dans la haine de leur propre pays… Qui ne voit combien sont graves ces mots absurdes, irresponsables ? « Crime contre l’humanité » : l’erreur historique est aussi une faute morale, car ces mots deviennent le ferment de la violence, de la vengeance et de la division.

Ce petit calcul politique est d’autant plus médiocre et dangereux que, hélas, il dure depuis trop longtemps déjà… Comme beaucoup de Français et de jeunes en particulier, j’avais regardé avec intérêt le renouvellement qu’Emmanuel Macron semblait apporter à notre classe politique. Quelle désillusion aujourd’hui ! Cette stratégie électorale recycle la schizophrénie des élites qui depuis quarante ans tentent de sauver leur lien avec les jeunes issus de l’immigration, à coup d’histoire biaisée et de tribunes dans Libé, en leur expliquant qu’ils sont les victimes de leur propre pays – leur interdisant ainsi de s’y reconnaître et de s’y intégrer… Ce petit calcul irresponsable est précisément ce qui nous bouche le chemin d’un avenir commun, et ce qui provoque aujourd’hui la poussée de violence qui traverse nos banlieues, dans la coupable complaisance de dirigeants installés dans l’échec du mensonge victimaire. Quand il affirme qu’il n’y a pas de culture française, quand il insulte à l’étranger le pays qu’il prétend diriger, Emmanuel Macron montre qu’il n’est que la nouvelle voix de la vieille haine de soi qui a conduit la France au bord d’une division irréversible. Mais nous refuserons de le suivre en marche forcée vers le vide. Le mensonge est trop vieux.

Le véritable renouveau consiste à reconquérir les mots, et à leur redonner leur sens. Si Emmanuel Macron a travaillé avec Paul Ricœur pour son dernier grand ouvrage, La mémoire, l’histoire, l’oubli, il devrait se souvenir de l’avertissement qu’il y lançait : « l’histoire manipulée » est toujours dangereuse pour l’avenir, car « la projection du futur est solidaire du regard sur les temps passés. » Il n’y a pas de vrai progrès sans passion de la vérité ; on ne peut se dire philosophe et choisir d’incarner la dangereuse vacuité du langage pour les calculs sophistiques de l’ère de la postvérité."

 

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17 février 2017 5 17 /02 /février /2017 12:02

AMORIS LAETITIA REPOSERAIT SUR DES PRÉMISSES ERRONNÉES

 

Pour le Père Michael, la thèse défendue dans le récent livre du Card. Coccopalmerio sur l'interprétation du chapitre 8 d'Amoris Laetitia repose sur des prémisses fausses qui se trouvent déjà dans la note 329 de l'exhortation apostolique de François.

 

Le Cardinal affirme (avec le soutien du Pape) que, pour autant que des divorcés remariés civilement souhaitent changer de vie, il ne doivent pas vivre comme frère et soeur parce que l'abstinence nuirait à leur couple.

 

La note d'Amoris Laetitia en question s'appuie à son tour sur la constitution Gaudium et Spes (du Concile Vatican II. Ndlr.) n. 51 qui dit en effet "Là où l’intimité CONJUGALE est interrompue, la fidélité peut courir des risques et le bien des enfants être compromis : car en ce cas sont mis en péril et l’éducation des enfants et le courage nécessaire pour en accepter d’autres ultérieurement."

 

Dans Gaudium et Spes cette affirmation se trouve dans le point intitulé "L'Amour conjugal et le respect de la vie humaine." et concerne donc uniquement les couples mariés.

 

Or Amoris Laetitia utilise cette citation hors contexte pour l'appliquer aux couples divorcés (et "engagés dans une nouvelle union". Ndlr.) en affirmant que "Dans ces situations, connaissant et acceptant la possibilité de cohabiter ‘‘comme frère et sœur’’ que l’Église leur offre, beaucoup soulignent que s’il manque certaines manifestations d’intimité « la fidélité peut courir des risques et le bien des enfants être compromis » (voir Gaudium et Spes 51)"

 

Le Père Michael fait donc remarquer que le nouvel ouvrage du Cardinal Coccopalmerio se garde bien de faire remarquer que l'intimité en question concerne en fait LA VIE CONJUGALE et estime que la citation est utilisée hors contexte dans le but de faire dire à Gaudium et Spes quelque chose qu'il ne dit pas.

Amoris laetitia reposerait sur des prémisses erronées

Source: Diakonos.be

Amoris laetitia (n° 298 et sa note 329) prend en effet Gaudium et spes (n° 51) du Concile Vatican II décrivant le risque que court la fidélité et le bien des enfants lorsque l'"intimité conjugale est interrompue" et l'applique aux divorcés et remariés (!) pour, en quelque sorte, justifier l'adultère.

 

Voici dans l'image ci-dessous ce que dit Gaudium et spes n° 51 à propos des couples mariés (les passages importants sont soulignés en rouge):

Amoris laetitia reposerait sur des prémisses erronées

Et voici ce que dit Amoris laetitia n° 298 et sa note 229 à propos des "divorcés engagés dans une nouvelle union" :

Amoris laetitia reposerait sur des prémisses erronées

Amoris laetitia, note 329 :

Amoris laetitia reposerait sur des prémisses erronées

Cette application abusive de Gaudium et spes aux divorcés et "remariés" avait déjà été aperçue par Don Alfredo Morselli dans l'article en italien de "Corrispondenza Romana" titré "Amoris Laetitia: la logica dell’eresia", le 27 décembre 2016, "Amoris Laetitia : la logique de l'hérésie", dont nous avions proposé une traduction :

 

"Pour soutenir que la fornication et l'adultère ne sont pas toujours des péchés mortels, vous avez ...

 

a) une utilisation absurde de Gaudium et Spes utilisé pour soutenir que dans certains cas, le péché est bon pour l'amour, en appliquant à une relation adultère le principe selon lequel s'il lui manque certaines expressions d'intimité conjugale, il n'est pas rare que "la fidélité peut courir des risques et le bien des enfants être compromis" (Conc Concile œcuménique Vatican II, Constitution Gaudium et spes, 51;..... cf. Amoris laetitia, note 329) ..."

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Publié par Ingomer - dans Religion
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17 février 2017 5 17 /02 /février /2017 09:30

"Le libéralisme est un péché" (1884) était le titre de l'ouvrage de Don Sarda y Salvany (1841-1916) qui reçut l'approbation de la Sacrée Congrégation de l'Index le 10 janvier 1887. Cet ouvrage décrivait ce que l'erreur séduisante du libéralisme a de faux aspects de générosité, de miséricorde et de charité. "Le libéralisme est l'hérésie radicale et universelle, parce qu'il comprend toutes les hérésies. [...] Il est l'infraction universelle et radicale de la loi de Dieu parce qu'il en autorise et sanctionne toutes les infractions." (1)

 

"Dès son apparition en France, lors de la première Révolution, la fameuse Déclaration des droits de l'homme, qui contient en germe toutes les folies du moderne libéralisme, fut condamnée par Pie VI." (2) Le Pape Pie IX a clairement condamné le libéralisme dans le Syllabus du 8 décembre 1884.

"Le 18 juin 1871, Pie IX, répondant à une députation de catholiques français, leur parla ainsi : ''L'athéisme dans les lois, l'indifférence en matière de religion et les maximes pernicieuses appelées catholiques-libérales, sont, oui, elles sont véritablement la cause de la ruine des Etats; elles l'ont été de la perte de la France". Dans le Bref du 6 mars 1873 adressé au président et aux membres du Cercle Saint-Ambroise de Milan, le souverain pontife s'exprime ainsi : "Il ne manque pas de gens qui prétendent former une alliance entre la lumière et les ténèbres, et associer la justice avec l'iniquité à la faveur de ces doctrines appelées catholiques-libérales qui, basées sur de très pernicieux principes, se montrent favorables aux intrusions de la puissance séculière dans les affaires spirituelles, inclinent leurs partisans à [...] tolérer des lois iniques, comme s'il n'était pas écrit que nul ne peut servir deux maîtres. Ceux qui agissent ainsi, sont en tous points plus dangereux et plus funestes que les ennemis déclarés. [...] Ils se produisent avec quelque apparences de probité et de saine doctrine, qui hallucinent les amis imprudents de la conciliation et séduisent les personnes honorables qui auraient combattu l'erreur déclarée". Dans le Bref à La Croix, journal de Bruxelles en date du 21 mai 1874, le pape s'exprime ainsi : "[...] le libéralisme catholique, acharné à concilier la lumière avec les ténèbres et la vérité avec l'erreur..." (3) Combien cette manière de faire n'est-elle pas de mise aujourd'hui dans l'ensemble de nos chapelles et églises où l'on n'entend et l'on ne voit que ça !

 

L'authentique charité est "une vertu surnaturelle qui nous incline à aimer Dieu par-dessus toute chose et le prochain comme nous-mêmes pour l'amour de Dieu". "Aimer, c'est vouloir le bien à celui qu'on aime". "Il suit de là qu'on peut aimer le prochain, bien et beaucoup, en lui déplaisant, en le contrariant". Or, la "fausse charité libérale" "est condescendante, affectueuse, tendre même, dans la forme, mais au fond elle n'est que le mépris essentiel des biens véritables de l'homme, des suprêmes intérêts de la vérité et de Dieu". (4)

 

Don Sarda y Salvany cite dans son ouvrage une "Lettre pastorale adressée à leurs diocésains par les Evêques d'Equateur réunis en concile provincial", du 15 juillet 1885. Cette lettre expose parmi les "conséquences" du libéralisme : l'amoralité, c'est-à-dire la disparition de la morale. "Le libéralisme étant la passion dominante du XIXe siècle, [...] c'est lui qui est responsable de tant d'erreurs et de délires, de tant de calamités et de désastres. [...] A notre avis, le libéralisme est en définitive la suppression de la conscience humaine [...], il aspire encore à ravir à l'individu, au moyen de l'épouvantable bouleversement de la raison dominée par les passions, un des premiers éléments naturels de la constitution humaine : la moralité"...

N'est-ce pas ce que nous constatons aujourd'hui avec l'exhortation post-synodale du Pape François "Amoris laetitia" et les "problèmes moraux de la nouvelle pastorale qui verront un torrent de solutions à base de 'for interne de la conscience', solutions à toutes les questions morales contestées" (P. Mark A. PILON) ?

 

Aujourd'hui, on en est arrivé au point que selon le théologien canadien Douglas Farrow, une exhortation papale, "Amoris laetitia", "ne remet pas seulement en cause l’ordre moral, elle met aussi en danger les sacrements."

 

"Jamais plus qu'aujourd'hui, la lecture de ce livre [Le libéralisme est un péché] est nécessaire pour tous ceux qui veulent se désintoxiquer des erreurs du libéralisme. Le virus qui détruit toutes les valeurs naturelles et surnaturelles atteint désormais, non seulement les sociétés civiles, mais l'Église elle-même. C'est en poursuivant les ramifications de ce cancer que nous restaurerons le Règne de Notre Seigneur Jésus-Christ et de sa sainte Mère ici-bas, et que nous travaillerons à l'extension de la seule arche du salut : l'Église Catholique et Romaine." (Extrait de la préface de Mgr Marcel Lefebvre pour l'édition de 1975). 

 

Le mouvement libéral, solennellement condamné par le Syllabus du 8 décembre 1864 du Pape Pie IX, est clairement identifiable dans l'histoire de l'Eglise au XXe siècle sous le nom de "libéralisme évangélique". Il faut savoir qu'appliqué au protestantisme depuis le début (doctrine luthérienne du "libre examen"), l'ultra-libéralisme a entraîné la "disparition de tous les courants protestants qui l’ont adopté".

La question qui se pose dès lors est "l’Eglise catholique doit-elle suivre ce mouvement?" :

Le libéralisme évangélique

Texte du site Pro Liturgia auquel nous avons ajouté un lien sur le mot "Tradition" :

 

Le modèle d'Eglise qu’une grande partie du clergé français, de nombreux "laics engagés", ainsi que certains membres très haut placés dans la hiérarchie catholique veulent nous imposer, sous des apparences de spontanéité, de sincérité et de “générosité”, est en fait la concrétisation d’un courant idéologique clairement identifiable dans l’Histoire, et qui porte le nom de “libéralisme évangélique (voir ici).

Ce courant, issu du protestantisme qu’admire François, prône un modèle ecclésial marqué par les caractéristiques suivantes :

 

- l’Eglise doit être uniquement horizontale et égalitaire, sans hiérarchie, sans sacerdoce. Elle n’est plus conçue comme le peuple de Dieu guidé par des pasteurs dépositaires, par la succession apostolique, d’un dépôt de la foi qu’ils auraient pour mission d’enseigner au peuple (Eglise “Mater et Magistra”), mais comme une confédération de communautés démocratiques dépourvues de doctrine clairement établie, et dont le principe réside non dans l’enseignement pérenne d’un magistère unique mais dans la conscience - par nature fluctuante et changeante - de chaque individu ou communauté ;

- l’ensemble de la doctrine chrétienne doit être passée au crible du rationalisme et de la pensée contemporaine. Lorsqu’il y a incompatibilité entre un élément de la foi chrétienne et la pensée moderne, c’est cette dernière qui doit systématiquement servir de critère de vérité ; tout ce qui dans la foi chrétienne est incompatible avec la modernité doit être rejeté ou au moins passé sous silence ;

- il n’y a pas de Tradition : seule l’Ecriture sert de texte de référence, mais uniquement dans la mesure où elle peut être interprété dans un sens libéral ;

- la notion de sacré doit être entièrement rejetée, aussi bien dans le culte, que dans le temps, l’espace, les personnes, et même l’Ecriture (voir ici).

 

C’est très clairement ce programme qui s’applique sous nos yeux dans un grand nombre de paroisses ; c’est ce programme qui est aujourd’hui prôné, plus ou moins ouvertement, le plus souvent de façon insidieuse, par nombre de clercs, de professeurs d’universités, de théologiens bien en vue aujourd’hui dans l'Eglise. A ce militantisme interne à l’Eglise s’ajoute la pression de l’opinion publique moderne, la modernité étant profondément protestante dans son essence.

 

Ce mouvement libéral pose deux problèmes fondamentaux à l’Eglise aujourd’hui :

 

- d’une part, il constitue une rupture brutale et frontale avec tout ce qu’est l’Eglise catholique depuis sa fondation et ses premiers développements ;

- d’autre part, ceux qui le promeuvent semblent oublier que cet ultra-libéralisme est en train de provoquer un profond délitement, et à terme la disparition de tous les courants protestants qui l’ont adopté, comme le reconnaissent les protestants eux-mêmes (voir ici)

 

La question qui se pose est donc la suivante : l’Eglise catholique doit-elle suivre ce mouvement, appliquer ce programme mis en place dans la majorité des diocèses et des paroisses et donc, à terme, se condamner à disparaître, ou bien doit-elle rester fidèle à sa nature originelle, quitte à assumer une certaine opposition à la modernité et à la pastorale actuelle ?

 

De la réponse à cette question dépend la survie de l’Eglise dans ce XXIe siècle qui débute.

Notes

 

(1) Don SARDA Y SALVANY, Le libéralisme est un péché, Publication du Sel de la Terre, Avrillé 1997, p. 25

(2) Don SARDA Y SALVANY, Le libéralisme est un péché, ibid., p. 44

(3) Don SARDA Y SALVANY, Le libéralisme est un péché, ibid., p. 46-47

(4) Don SARDA Y SALVANY, Le libéralisme est un péché, ibid., p. 90-91

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