Partager l'article ! Scoop : le "peuple" juif n'a pas crucifié le Christ (Benoît XVI): Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a envoyé jeudi une lettr ...
Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a envoyé jeudi une lettre au pape Benoît XVI pour le féliciter de ses commentaires théologiques dans un livre qui exonère le "peuple" juif de la responsabilité de la mort du Christ. (1)
"Je vous félicite pour avoir rejeté dans votre nouveau livre la fausse accusation qui a servi de base à la haine des juifs pendant des siècles", écrit M. Netanyahu. "J'ai l'espoir que votre position claire et votre courage renforceront les relations entre juifs et chrétiens à travers le monde et permettront de promouvoir la paix et la réconciliation pour les générations à venir", souligne le Premier ministre.
Dans le second tome de son "Jésus de Nazareth", dont des extraits ont été publiés mercredi par le Vatican, le pape Benoît XVI a réaffirmé que ce n'était pas "le peuple" juif dans son ensemble qui était responsable de la mort du Christ. Le pape relève que l'expression "les Juifs" utilisée par l'évangéliste Jean "n'indique en aucune manière le peuple d'Israël comme tel" et "a encore moins un caractère +raciste+" puisque Jean "était un Israélite, tout comme Jésus et tous les siens". L'expression "a une signification précise et rigoureusement limitée" et définit "l'aristocratie du Temple", souligne Benoît XVI. Le rôle des juifs dans la mort du Christ est à l'origine de fortes tensions avec les chrétiens, qui ont traité les juifs de "déicides" durant plusieurs siècles. Le concile Vatican II (1962-1965) a exonéré le peuple juif de toute responsabilité dans la crucifixion de Jésus. (2)
Que fait Benoît XVI des autres évangélistes qui eux aussi mentionnent "tout le peuple" (juif) ou les "hommes d'Israël", dans la responsabilité de la mort du Christ, comme saint Mattieu qui écrit : "Tout le peuple répondit: 'Nous prenons son sang sur nous et sur nos enfants!'" (Mt., XXVII,25), ou saint Luc, auteur des Actes des Apôtres : "Hommes d'Israël, écoutez ces paroles: Jésus le Nazôréen, cet homme que Dieu a accrédité auprès de vous par les miracles, prodiges et signes qu'il a opérés par lui au milieu de vous, ainsi que vous le savez vous-mêmes, cet homme qui avait été livré selon le dessein bien arrêté et la prescience de Dieu, vous l'avez pris et fait mourir en le clouant à la croix par la main des impies, mais Dieu l'a ressuscité." (Ac. II, 22) ?
Comment expliquer cette position contredisant les saintes Ecritures et 2000 ans de tradition ? Déclaration "pastorale" (dans la lignée des documents pastoraux de Vatican II qui font l'objet aujourd'hui de discussions doctrinales pour lever leur ambiguïté) ou position dogmatique (?) Cette nouvelle position du pape engage-t-elle tous les catholiques ? S'agit-il d'une déclaration dogmatique qui engage la foi ou bien d'une simple position pastorale qui n'engage que son auteur ? Au moment du rapprochement oecuménique avec les autres confessions chrétiennes, les Orthodoxes ont-ils été consultés sur ce sujet ? Quelles conséquences pour l'oecuménisme, l'unité de l'Eglise ?
Réflexion personnelle: cette nouvelle position de Benoît XVI, cela ne fait pas sérieux. Comment convertir des gens à une religion qui a menti pendant deux mille ans ? Comment convertir une personne à une religion qui se contredit sur la question de savoir qui a crucifé le Dieu qu'elle adore ? Ce n'est pas cohérent. Quel message le pape envoie-t-il au monde ? Une Eglise qui à présent dit le contraire de ce qu'elle a tenu pendant deux mille ans ? Comment expliquer à un non-croyant, ou à une personne qui ne croit plus dans la religion chrétienne, que ce n'est pas grave si l'Eglise se contredit après deux mille ans ? Que cette interprétation n'est plus de mise ??? Que dire devant une telle volte-face ? Personnellement je suis assez effaré, pour ne pas dire effrayé, devant une telle audace.
Add. 20:45. Voici les extraits du livre de Joseph Ratzinger-Benoît XVI: Jésus de Nazareth II
"Mais posons-nous avant tout cette question : qui étaient précisément les accusateurs ? Qui a insisté pour que Jésus soit condamné à mort ? Dans les réponses des Évangiles, il y a des différences sur lesquelles nous devons réfléchir.
Selon Jean, ce sont simplement les « Juifs ». Mais cette expression chez Jean – comme le lecteur moderne serait tenté de l’interpréter – n’indique en
aucune manière le peuple d’Israël comme tel, et elle a encore moins un caractère « raciste ». En définitive, Jean lui-même, pour ce qui est de la nationalité,
était un Israélite, tout comme Jésus et tous les siens. La Communauté primitive tout entière était composée d’Israélites. Chez Jean, cette expression a une signification
précise et rigoureusement limitée : il désigne par là l’aristocratie du Temple. Ainsi, dans le quatrième Évangile, le cercle des accusateurs qui veulent la mort de Jésus est
décrit avec précision et il est clairement délimité : il s’agit, justement, de l’aristocratie du Temple – mais non sans quelque exception, comme nous le laisse deviner l’allusion à Nicodème (cf.
7,50s.).
En Marc, dans le contexte de l’amnistie pascale (Barabbas ou Jésus), le cercle des accusateurs semble plus large : voici qu’apparaît
l’ochlos qui opte pour la relaxe de Barabbas. Tout d’abord, ochlos veut simplement dire une quantité importante de personnes, la « masse ». Bien souvent le mot a un accent négatif dans le sens de
« plèbe ». En tout cas, par ce mot, ce n’est pas « le peuple » des Juifs qui est désigné comme tel. À l’occasion de l’amnistie pascale (que, en réalité, nous ne connaissons pas par d’autres
sources mais dont il n’y a pas de raison de douter), le peuple – comme cela était d’usage pour d’autres amnisties – a le droit de faire une proposition manifestée par « acclamation » : en ce cas,
l’acclamation du peuple a un caractère juridique (cf. Pesch Markusevangelium II, p. 466). En ce qui concerne cette « masse », il s’agit en fait des défenseurs de Barabbas qui se sont mobilisés
pour l’amnistie ; en tant que rebelle d’une révolte contre le pouvoir romain, il pouvait naturellement compter sur un certain nombre de sympathisants. Les partisans de Barabbas étaient donc là,
la « masse », tandis que ceux qui croyaient en Jésus, apeurés, restaient cachés ; c’est ainsi que la voix du peuple sur qui le droit romain comptait était représentée de manière unilatérale. En
Marc donc, à côté des « Juifs », c’est-à-dire les cercles sacerdotaux qui font autorité, entre en jeu effectivement l’ochlos, le groupe des partisans de Barabbas, mais pas le peuple juif comme
tel.
On trouve une amplification de l’ochlos de Marc, fatal dans ses conséquences, en Matthieu (27,25), qui parle, lui, de « tout le peuple
», lui attribuant la demande de la crucifixion de Jésus. Ce faisant, Matthieu à coup sûr n’exprime pas un fait historique : comment le peuple tout entier aurait-il pu
être présent en un tel moment pour demander la mort de Jésus ? [Note de Christroi. Et que dit-on du peuple suisse votant dans les cantons suisses
via la démocratie directe à la majorité : il ne s'agirait donc pas là du peuple suisse ? Qu'est-ce que ce raisonnement ?] La réalité historique apparaît d’une
manière certainement correcte en Jean et en Marc. Le vrai groupe des accusateurs est celui des cercles existant dans le Temple et, dans le contexte de l’amnistie pascale, la « masse » des
partisans de Barabbas se joint à eux.
À cet égard, on peut sans doute donner raison à Joachim Gnilka, pour qui Matthieu – dépassant les faits historiques –
a voulu formuler une étiologie théologique, qui lui permettait de s’expliquer le terrible destin d’Israël dans la guerre judéo-romaine, dans laquelle le pays, la ville et le Temple furent enlevés
au peuple (cf. Matthäusevangelium II, p. 459). Dans ce contexte, Matthieu pense peut-être aux paroles de Jésus quand il prédit la fin du Temple : « Jérusalem, Jérusalem, toi qui tues les
prophètes et lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants à la manière dont une poule rassemble ses poussins sous ses ailes…, et vous n’avez pas voulu !
Voici que votre maison va vous être laissée déserte… » (Mt 23,37s. ; cf. Gnilka, tout le paragraphe Gerichtsworte, p. 295-308).
À propos de ces paroles, il faut – comme nous l’avons montré dans la réflexion sur le discours eschatologique de Jésus – rappeler
l’analogie profonde qui existe entre le message du prophète Jérémie et celui de Jésus. Jérémie annonce – s’opposant à l’aveuglement des cercles dominants d’alors – la destruction du Temple et
l’exil d’Israël. Mais il parle aussi d’une « nouvelle Alliance » : le dernier mot n’est pas le châtiment ; celui-ci est au service de la guérison. De manière analogue, Jésus annonce la « maison
laissée déserte » et donne déjà à l’avance la Nouvelle Alliance « en son sang » : en dernière analyse, il s’agit de guérison et non pas de destruction ou de répudiation.
Si, selon Matthieu, « tout le peuple » avait dit : « Que son sang soit sur nous et sur nos enfants ! » (27,25), le chrétien doit se
souvenir que le sang de Jésus parle un autre langage que celui d’Abel (cf. He 12,24) : il n’exige ni vengeance ni punition, mais il est réconciliation. Il n’est pas versé contre quelqu’un, mais
c’est le sang répandu pour la multitude, pour tous [Note de Christroi. "Pour tous", "pro multis" du Hanc igitur, "Voici donc l'offrande"
: Traduit-on, "pour tous", comme le fait le pape, ou bien "pour beaucoup", "pour un grand nombre", comme dans la traduction de la messe dans le rite extraordinaire, au sens du salut
pour ceux qui croient dans le Christ ? Naturellement. Pour être sauvé, réconcilié, faut-il du moins croire dans le Christ. Du coup, ce n'est plus la réconciliation pour tous,
par exemple, les Juifs d'aujourd'hui, qui ne croient pas dans le Christ, comment peuvent-ils être réconciliés ?]. « Tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu… Dieu l’a exposé
[Jésus], comme instrument de propitiation par son propre sang », dit Paul (Rm 3,23.25). De même que c’est en fonction de la foi qu’il faut lire de manière complètement neuve l’affirmation de
Caïphe sur la nécessité de la mort de Jésus, de même faut-il le faire à propos de la parole de Matthieu sur le sang : lue dans la perspective de la foi, elle signifie que nous tous nous avons
besoin de la force purificatrice de l’amour, et cette force, c’est son sang. Ce n’est pas une malédiction, mais une rédemption, un salut. C’est seulement en fonction de la théologie de la
dernière Cène et de la Croix présente à travers tout le Nouveau Testament que la parole de Matthieu sur le sang acquiert son sens correct." (Fin de citation).
Source: http://eucharistiemisericor.free.fr/index.php?page=0203115_extraits
Note de Christroi. Dans ces explications, le pape ne parle pas non plus du passage de saint Luc dans les
Actes des Apôtres (II, 22) qui apostrophe les "hommes d'Israël" pour leur reprocher d'avoir
pris "cet homme" (Jésus le Nazôréen) et de l'avoir "fait mourir en le clouant à la croix par la main des
impies". Saint Luc parle des "hommes d'Israël", pas d'une partie d'entre eux. Cela a d'autant plus de poids qu'il est lui-même un israélite et qu'il n'eut pas englober
tout le peuple par cette expression, si cela n'avait pas été le cas (idem pour saint Matthieu) ! L'ensemble des explications du pape me semble tout de même très superficiel et surtout tiré par les cheveux. Par contre je retiens
le passage du pape sur saint Matthieu: saint Matthieu qui "à coup sûr n'exprime pas un fait historique" ! Ca fait
peur.
Sources: