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12 août 2017 6 12 /08 /août /2017 18:33

L'hebdomadaire Le Point a publié jeudi 10 août un numéro consacré à la Révolution dite française, sous le titre "Les fantômes de la Révolution française, Secrets, Tabous, épisodes oubliés" (Le Point du jeudi 10 août 2017 n°2344).

La preuve juridique d'une intention génocidaire en Vendée (Jacques VILLEMAIN, Le Point du jeudi 10 août 2017 n°2344)

On retiendra au sujet du "génocide vendéen, le dossier rouvert", la "preuve juridique d'une intention génocidaire en Vendée" apportée par le diplomate et juriste Jacques VILLEMAIN, auteur de "Vendée 1793-1794" (éd. du Cerf). Le "bloc" si cher à Clemenceau (1) en sort bien lézardé ! (Source: Vendéens et Chouans)

 

Extrait :

 

"La nature criminelle de ces massacres n'est plus niée par personne (contrairement au XIXe siècle, par exemple sous la plume d'auteurs comme Michelet ou Jaurès). Cependant, certains (Jean-Clément MARTIN et, d'une manière générale, l'école dite 'jacobine') limitent la qualification de ces massacres à celle de 'crimes de guerre'. D'autres historiens (Patrice GUENIFFEY par exemple) reconnaissent qu'il s'agit de 'crimes contre l'humanité'. La qualification de 'génocide' est clairement minoritaire dans la communauté historienne universitaire, mais elle semble en voie d'enraciement. Reynald SECHER était le seul à la soutenir il y a trente ans (1986), et aujourd'hui on trouve le mot sous la plume d'auteurs comme Jean-Noël BREGEON ('Nouvelle histoire des Guerre de Vendée', Perrin 2017) ou Michel CHAMARD ('Les Guerres de Vendée pour les Nuls', First 2017) à titre d'hypothèse sérieuse.

 

[...] [D]es trois lois des 19 mars, 1er août et 1er octobre 1793.

 

[...] Le principe est que les révoltés sont privés de toute protection légale. Ce sera le système de défense de Carrier quand on lui reprochera les atrocités qu'il a commises à Nantes et qu'il répondra 'les brigands de la Vendée (...) étaient hors la loi' et qu'aucune des violences auxquelles il s'est livré ne pouvait être illégale. Cette loi du 19 mars justifie la répudiation de toutes les lois et coutumes de la guerre: on massacre les prisonniers, les blessés dans les hôpitaux, on n'épargne pas les civils. La loi du 1er août va plus loin. Elle peut être résumée par l'anaphore du discours de Barère à la Convention qui en précède le vote : 'Détruisez la Vendée!' On entre dans la logique d'une attaque généralisée et systématique de la population vendéenne, ce qui caractérise le crime contre l'humanité. Elle est réitérée et aggravée par celle du 1er octobre. Enfin, après que les Vendéens ont été militairement défaits à Savenay (décembre 1793), les autorités parisiennes valident la tactique de Turreau, qui passera à la postérité sous le nom de 'colonnes infernales' : douze colonnes militaires ratissent la région insurgée avec pour ordre de tout incendier et de tuer tous les habitants qu'elles rencontrent (y compris les municipalités républicaines qui ne seront pas épargnées). Plus aucun motif militaire ou politique ne peut justifier cette violence, car les révoltés sont défaits. Il s'agit désormais de massacrer tous les Vendéens en les visant 'comme tels', ce qui est la définition du génocide.

 

[...]  [L]a preuve juridique d'une intention génocidaire en Vendée.

 

[...] Les lois votées par la Convention le sont en termes très généraux. Mais la correspondance des représentants en mission qui, sont des députés de la Convention investis par elle pour faire appliquer ces lois et cette politique sur le terrain, est bien plus explicite sur les intentions criminelles. [...] Il y a la mise en oeuvre pratique sur le terrain de ces lois telles que précisées par les instructions du Comité de salut public et des représentants en mission : une loi n'a que le sens qu'on lui donne en pratique. Il suffit de démontrer que ce qui a été fait en Vendée a bien été conforme aux ordres donnés pour démontrer la responsabilité pénale de toute la chaîne de commandement.

 

[...] Ici l'entreprise criminelle commune, c'est le 'Détruisez la Vendée!' qui en droit comme en pratique, veut dire 'Détruisez les Vendéens!'. Le Comité de salut public est un organisme collégial et, par la suite, la responsabilité politique et pénale engage tous les membres du comité. Robespierre n'est pas institutionnellement le chef du Comité de salut public, mais il en est la personnalité 'prépondérante'. C'est lui qui fait renouveler pendant un an jusqu'en juillet 1794, les pouvoirs de ce comité par la Convention. Il a à titre personnel, demandé l''extermination' des Vendéens en mai 1793 et il soutiendra cette politique à partir de juillet 1793. Il a refusé de faire enquêter et de faire punir les crimes commis en Vendée qui lui étaient dénoncés, comme le prouvent les papiers retrouvés chez lui après sa mort.

 

[...] Reynald SECHER n'a pas tort de parler d'un 'génocide par petits bouts de papier'. [...] Il apparaît clairement qu'à aucun moment les militaires sur le terrain n'ont fait autre chose que ce que la hiérarchie politique, qui les surveillait de près et n'hésitait pas à les envoyer à la guillotine, leur ordonnait.

 

[...] La Shoah est l'entreprise génocidaire la plus vaste et la plus incontestable que l'Histoire ait connue, mais ce n'est pas la seule : il y en a eu avant (les Arméniens en 1915) et après (Yougoslavie et Rwanda), pour ne parler que de celles juridiquement reconnues. [...] Si on considère que ce qui s'est passés à Srebrenica ou au Rwanda est bien un génocide - et c'est incontestable puisque ça a été jugé tel par les tribunaux de l'ONU -, il n'y a plus aucun argument qui tienne, même selon la méthode comparatiste chère aux historiens, pour nier que ce qui s'est passé en Vendée en 1793-94 est bien de même nature."

 

(Jacques VILLEMAIN, in Les fantômes de la Révolution française, Secrets, Tabous, épisodes oubliés, Le Point du jeudi 10 août 2017 n°2344, p. 70-71.)

Notes

 

(1) Lors d'un débat à l'Assemblé le 29 janvier 1891, Georges Clemenceau proclame : "Messieurs, que nous le voulions ou non, que cela nous plaise ou que cela nous choque, la Révolution française est un bloc... un bloc dont on ne peut rien distraire, parce que la vérité historique ne le permet pas." À partir de cette phrase, Édouard Drumont broda une citation dans laquelle Clemenceau aurait approuvé les massacres de Septembre, les noyades de Nantes, les horreurs de Lyon, etc.

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