Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
12 juin 2017 1 12 /06 /juin /2017 09:32

Dans un entretien pour Tv-Libertés, le philosophe Francis Cousin, auteur du livre "l'Être contre l'Avoir", fait une critique "radicale" des gens de la "Manif pour tous" :

Merci à R. pour le lien.

Extrait :

 

"Il y a entre Marx et Lénine autant de différences qu'entre Jésus et Calvin. Jésus est venu sur terre dans l'Incarnation radicale du soleil christique pour l'abolition du temple de la marchandise. Calvin se réclame de Jésus et c'est l'apothéose boursière de la Genève financière... Il y a donc manifestement chez Calvin, l'antithèse radicale du Christ. Et, pour les groupes radicaux dont je vous parlais tout à l'heure, à l'époque où Charles Maurras découvre Lénine, cela fait plus de vingt ans que des groupes radicaux dénoncent le bolchévisme comme 'un capitalisme d'état'. Donc les groupes ouvriers radicaux ont toujours été contre la social-démocratie du capital, et ils ont toujours été contre le capitalisme d'état bolchévique, léniniste, trotskyste, maoïste, etc. C'est-à-dire que au moment où toute une population était effectivement encartée dans le mythe fallacieux de la Russie soviétique, ces groupes disaient mais non : la Russie soviétique, c'est le capitalisme d'état soviétique.

 

Et le fétichisme de la marchandise, c'est le moment où la valeur d'échange potentiel qui a commencé à naître lors de la révolution au néolithique, et qui n'a pas cessé de s'étendre siècle par siècle, au moment de la guerre de 14 commence à prendre le pouvoir absolu sur le monde. Aujourd'hui, tout est fétichisme, tout est marchandisation... La GPA, la PMA, ce ne sont pas des ratés, c'est la logique absolue. Et puisqu'on est sur Tv-Libertés, il m'arrive parfois de tomber sur des gens de la Manif pour tous et je leur dis: mais vous n'avez rien compris, vous êtes là, une bonne famille française, vous êtes classiques, vous souhaiteriez que la France se soit arrêtée à un temps antérieur, vous êtes fiers que votre fils soit avocat en droit d'affaires, vous êtes fiers que votre fille fasse HEC, mais vous n'avez rien compris. La PMA et la GPA sont constitutifs de ce monde traditionnel que vous défendez parce que vous n'avez pas compris que dans ce monde traditionnel que vous défendiez il y avait souterrainement la vampirisation qui arrivait et qui est là. On ne peut pas dire : je veux une société où il y a de l'argent et en même temps condamner les effets de l'argent. Donc la vraie problématique contre l'avoir, contre l'Argent, on en revient au Christ incendiaire chassant les marchands du temple, à Hegel et à Marx, à Babeuf. On est ici dans une télévision qui a dans son soubassement culturel une propension particulière à poser le fait vendéen. Le fait vendéen, ce n'est ni Cathelineau ni Charette qui l'ont compris. Ils n'ont strictement rien compris à la dialectique industrielle du capitalisme populicide. C'est un communiste radical qui s'appelait Babeuf, qui a été guillotiné parce qu'il soutenait les insurrections sans-culottes de Paris contre la bourgeoisie thermidorienne, qui a compris en quoi le 'populicide' vendéen venait marquer le passage dans la dynamique industrielle de la dictature du fétichisme de la marchandise. Et il n'y a que Babeuf qui a compris le 'populicide'".

 

Le journaliste Martial Bild pose alors une question essentielle à Francis Cousin : "Parmi vos références, est-ce que le marxisme est une clé de lecture suffisante pour comprendre les coulisses de cette guerre de l'être sur l'avoir ?"

 

Francis Cousin : "Pas le marxisme, puisque comme le disait Marx dans toute sa correspondance à la fin de sa vie : ce que je sais c'est que je ne suis pas marxiste.

 

Le marxisme, c'est une gigantesque imposture qui s'est créée pour étouffer la pensée subversive radicale de Marx. Marx est aux antipodes de toutes les droites et aux antipodes de toutes les gauches et il a fait une critique radicale de ce que devenait la social-démocratie et il a fait une critique radicale de ce que devenait le bolchévisme, le capitalisme d'état concentrationnaire. L'objet de Marx, en reprenant les pré-socratiques, dans la poursuite de Hegel, c'est de poser l'insurrection de l'être générique contre l'avoir.

 

[...] Je me définis comme communiste, au sens ontologique de ce qu'est le communisme, c'est-à-dire la communion des hommes. [...] Pierre Laurent et Jean-Luc Mélenchon se disent communistes comme Calvin se dit chrétien. Le mot communiste surgit dans l'histoire bien avant Marx. Il surgit dans tous ces mouvements, la guerre des paysans, la croisade des Pastoureaux. Durant tout le Moyen-Âge nous avons des insurrections paysannes qui se disent communeuses, qui se disent communières, qui se disent communistes, il faut restaurer le Royaume du Christ sur terre, il faut abolir l'état, il faut abolir l'argent.

 

Durant tour le temps médiéval, il ne se passe pas une année sans que dans une région ou que dans une province le tocsin insurrectionnel des paysans se mette en mouvement pour que les paysans se réapproprient leur vie, dans une sacralité, dans une sacralité de l'être.

 

Je pense qu'on en revient si vous voulez à ce que disait Hegel, 'le vrai c'est le tout'. Il n'y a pas un sujet de notre quotidienneté qui ne trouve sa signification si on le rapporte pas au tout de cette contradiction essentielle qui fait la vie, il y a l'être et il y a l'avoir, il y a le beau et il y a le laid, il y a la domestication et il y a l'émancipation. Il y a donc toute une série de problématiques qui sont toujours à résoudre dans cette articulation-là, et c'est c'est ce que les présocratiques ont compris." (Fin de citation)

 

Note de Christ-Roi. Les présocratiques ne sont pas la religion indépassable. Hormis un impératif moral pour soi-même, poser l'insurrection de l'être contre l'avoir comme un impératif collectif, poser l'instauration ou la "restauration" du Royaume du Christ sur terre par la force, l'"abolition" de l'état et de l'argent par la force, c'est méconnaître l'action et la volonté réelle de Dieu. C'est méconnaître l'enseignement du Christ et de l'Eglise. A la place d'un tout indistinguable, religion du monde antique, le Christ a distingué le temporel et le spirituel. Se constituer contre (ce que voulait faire les Juifs de l'empire romain) est déjà donner une existence et une constitution à ce que l'on combat. A la culture de l'affrontement matériel insurrectionnel, pour détruire ce qu'il y a de mal dans la matière (héritage du péché originel) le Christ n'a pas cherché à abolir l'empire romain par la force ou à le combattre avec les armes matérielles de l'ennemi..., il a plutôt condamné ceux qui voulaient se servir de l'épée pour le défendre ("Rentre ton épée, car tous ceux qui prennent l’épée périront par l’épée." Mt, 26:52), et a privilégié l'arme spirituelle, le don gratuit de soi et l'exemple communicatif. [A noter que cela ne signifie pas non plus comme le prétendent certaines sectes, que tout usage de la force soit prohibé dans le christianisme. (Cf. S. Thomas d'Aquin, II, 9-40, sur le concept de guerre : intention droite, cause juste, être le seul moyen, un espoir raisonnable de victoire, des moyens non intrinsèquement mauvais, des moyens proportionnés). Dans l'Evangile, saint Jean le Baptiste dit clairement que le métier des armes n'est pas interdit : "Et des soldats aussi l’interrogeaient, disant : Et nous, que ferons-nous ? Et il leur dit : N’usez de violence ni de fraude envers personne, et contentez-vous de votre paye". Luc 3:14.]

 

Sachant qu'elle ne pouvait pas abolir d'un coup matériellement l'esclavage, l'Eglise s'est contentée de le condamner moralement dans différents conciles (conciles d'Orange 441, Arles 442, Agde 506, Orléans 541, Mâcon 585, Paris 615, Reims 625, Chalon-Sur-Saône 650), ainsi que dans différentes bulles des papes, jusqu'à ce que ce soit des pouvoirs séculiers temporels des sociétés chrétiennes elles-mêmes qui finissent par décréter l'abolition de l'esclavage.

 

De même, s'agissant de l'argent, l'Eglise en condamnant l'usure a permis à l'Occident d'être libre de l'esclavage des changeurs de monnaie pendant quinze siècles. Le Code de droit canon de 1917 continue d'interdire l'usure pour les clercs.

La trahison du Christ, Cavalier d'Arpinon (1568)

La trahison du Christ, Cavalier d'Arpinon (1568)

Et lorsque Jésus chassa les changeurs de monnaie et les marchands du temple, parce que "lieu de prière" et non de commerce, son Sacré-Coeur le fit avec force et charisme en renversant les tables par la douceur associée à la Parole. La foi sans la charité n'est rien, mais la charité sans la foi débouche sur rien de solide et de durable. On ne dit pas assez que même à ce moment-là, le divin Coeur de Jésus était plein de douceur.

Francis Cousin fait une critique radicale des gens de la "Manif pour tous"

L'Eglise catholique s'est donc efforcée de suivre cet enseignement du Christ, enseignement du don gratuit de soi pour les autres, tout en encourageant vivement les possédants dans la société (les riches, les marchands, etc.) à donner gratuitement de leur richesse aux autres, à émanciper leurs esclaves,mais sans jamais imposer la charité publique et politique. Cette manière de combattre la matière était fondamentalement bien plus puissante et durable que n'importe quelle autre. Elle a transformé la société antique de l'avoir, abouti à la société du don gratuit du 'Moyen Âge' féodal où les artisans donnaient gratuitement de leur temps et offraient leurs savoir-faire et où les nobles et les possédants faisaient des dons d'argent et des legs divers.

 

Et c'est effectivement l'état moderne, celui de l'avoir, qui a transformé l'ancienne charité publique gratuite médiévale en charité publique obligatoire payée sur l'impôt... Nos états modernes sont fondés sur ce changement. Puis de la charité obligatoire dans l'état moderne nous sommes passés au stade de l'insurrection obligatoire au XXe siècle. On a vu ce que cela a donné.

 

Le Christ ne combat donc pas matériellement l'avoir dans la société à coups d'épée ou d'insurrection matérielle, il agit spirituellement en nous par la vie intérieure, en appelant chacun à des valeurs plus hautes, et la transformation intérieure. C'est pourquoi il est Notre Maître, Notre Seigneur, le "chemin", la "vie", la "vérité", parce qu'il est Celui qui nous conduit vers l'authentique progrès, le progrès qui dure et ne périt pas...

 

L'homme intérieur qui a une vie spirituelle intérieure transforme en profondeur une société bien mieux et d'une façon bien plus durable que n'importe quel insurrectionnel matériel.

 

Les révolutionnaires et le capital ont d'ailleurs fait 1789 pour détruire ce qui véritablement était pour eux un obstacle : la force de l'esprit sur la matière.

 

Ceci nous renvoie encore à la citation du royaliste Joseph de Maistre : "La contre-révolution ne sera point une révolution contraire, mais le contraire de la révolution".

 

Enfin, bien qu'habillé d'un anti-matérialisme apparent, le radicalisme de Francis Cousin a tout l'air d'une tentation sous apparence de bien. Il s'agirait essentiellement d'un globalisme inversé qui aboutit à un matérialisme inversé, énième avatar des vieilles lunes des Juifs de l'empire romain (et encore aujourd'hui des Juifs talmudistes) dans l'attente d'un Messie politique ou d'un messianisme politique qui sauvera le monde.

Partager cet article

Repost 0

commentaires