Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
15 décembre 2016 4 15 /12 /décembre /2016 20:34

Vendredi, 9 décembre 2016. PLAIDOYER CONTRE UN PAPISME AVEUGLE.

Par le Dr Markus Büning, théologien et juriste à Münster (D)

 

Ces derniers jours on a entendu Mgr Pinto, Doyen de la Rote romaine, vitupérer bruyamment contre les quatre courageux cardinaux qui se sont sentis acculés à publier leur “dubia” concernant le document “Amoris Laetitia”, après l’avoir soumise au Pape François et n’avoir reçu de lui aucune réponse. Mgr Pinto voit dans ce geste une insolence caractérisée et une attitude inadmissible envers le Vicaire du Christ sur la terre. Il va jusqu’à prétendre qu’une ombre est apparue ainsi sur le parcours d’un éminent penseur. Il visait le Cardinal Meissner. Il devient clair que le Doyen de la Rote ne connaît pas le rapport qui existe entre la conscience personnelle et l’obéissance due aux autorités de l’Eglise, rapport pourtant certifié par la Tradition. Mgr Pinto semble être le porte-parole d’une obéissance inconditionnelle et par là, d’un “papisme” mal compris.

En tant que théologien qui travaille depuis plusieurs années sur la vie des saints et ce qu’ils peuvent apporter au monde d’aujourd’hui, il me semble plus que pertinent de se tourner vers deux membres de cette “immense foule” qui pourraient corriger quelque peu la vision de Mgr Pinto : je veux parler de Jeanne d’Orléans (1412-1431) et du Cardinal John Henry Newman (1801-1890). Ces modèles lumineux nous signalent de façon claire et nette que la conscience personnelle – et j’entends par là une conscience éclairée, bien formée, orientée vers la volonté divine – que cette conscience, donc, est toujours prioritaire. Ces éminents personnages nous montrent aussi que le papisme, quelle que soit la forme qu’il prend, n’est tout simplement pas catholique. Car le Pape n’est pas le centre de l’Eglise : il est le “serviteur des serviteurs de Dieu”. Et justement, dans la réalisation de cette charge au service de l’Eglise universelle, il doit se soumettre à la loi divine. S’il était avéré que cette soumission n’est plus acquise de façon claire et nette, alors les chrétiens éclairés de façon claire et nette par leur conscience auraient évidemment le devoir de le faire savoir au Pape. Et c’est cela, et rien d’autre, qu’ont fait nos quatre courageux cardinaux.

Tournons-nous d’abord vers le bienheureux John Henry Newman.

D’origine anglicane, Newman s’est converti au catholicisme romain en 1845 pour des raisons que lui dictait sa conscience. Ce ne fut, certes, pas une décision facile pour ce prêtre fortement enraciné dans la Tradition anglicane, mais par ses recherches théologiques, il fut amené à reconnaître que la véritable Eglise de Jésus-Christ ne pouvait être que l’Eglise catholique romaine.

Que faut-il retenir du parcours de John Newman ? Avant tout le courage d’avoir suivi la voix de sa conscience. Pour preuve, ce passage bien connu et souvent cité tiré de sa “Lettre au Duc de Norfolk” (1874), dans lequel il exprime la primauté de la conscience : “Si je devais porter un toast à la religion, alors je boirais à la santé du Pape. Mais avant cela, je boirais à la santé de la conscience. Ensuite seulement au Pape.”

A première vue, cette boutade de Newman peut nous paraître curieuse. Mais il n’en est rien ; car comme l’a bien remarqué Karl Rahner S.J., elle exprime “une parfaite évidence”. Et Rahner ajouta, lors d’un Congrès international dédié à Newman en 1978 à Freiburg (D) : “Un chrétien catholique dirait les choses ainsi : du plus profond de ma conscience, en une décision vitale, j’accepte et je reconnais l’autorité objective de l’Eglise catholique, comme une norme voulue par Dieu, certes extérieure, mais pleine de sens et qui s’impose à ma conscience. Mais cette reconnaissance d’une norme objective reste bien sûr - j’insiste - une décision de ma conscience personnelle qu’il me faut prendre à mes propres frais. On ne peut jamais déléguer à un autre ses propres décisions en conscience.”

Nous touchons là au point sensible : notre attachement au Pape n’entraîne pas pour nous une soumission inconditionnelle. Il en est ainsi, avant tout, parce que Dieu a donné à chacun de nous une dignité qui nous permet de prendre ce chemin de la reconnaissance d’une autorité supérieure décrite par Karl Rahner. Mais on peut parler aussi de liberté de conscience, d’une conscience bien formée, c’est-à-dire orientée vers la loi divine.

J’émets donc le souhait que le Pape François ait la bonté d’écouter aujourd’hui le conseil de son frère jésuite et de respecter la décision de conscience des quatre cardinaux.

Le Pape Benoit XVI, aujourd’hui Pape émérite, avait apporté une contribution au sujet qui nous occupe lorsqu’en tant que jeune théologien il avait commenté le n° 16 de la Constitution “Gaudium et Spes”.

Mais avant d’aborder ce commentaire, laissons la parole au Concile Vatican II lui-même : “Au fond de sa conscience, l’homme découvre la présence d’une loi qu’il ne s’est pas donnée lui-même, mais à laquelle il est tenu d’obéir. Cette voix, qui ne cesse de le presser d’aimer et d’accomplir le bien et d’éviter le mal, au moment opportun résonne dans l’intimité de son cœur : ‘Fais ceci, évite cela’. Car c’est une loi inscrite par Dieu au cœur de l’homme ; sa dignité est de lui obéir, et c’est elle qui le jugera.”

On en conviendra : c’est précisément de cela qu’il retourne dans ce débat autour d’ “Amoris laetitia”, dans la défense de cette loi inscrite par Dieu dans le cœur de l’homme. Joseph Ratzinger a commenté ce merveilleux texte du Concile d’une façon particulièrement révélatrice, en se référant expressément à l’enseignement de John Newman concernant la notion de conscience : “Au-dessus du Pape, reconnu comme expression du pouvoir d’autorité dans l’Eglise, il y a en outre la conscience personnelle, qu’il convient d’écouter en tout premier lieu, et si nécessaire en opposition aux exigences formulées par l’autorité ecclésiale.”

Vous avez bien entendu : si nécessaire en opposition aux exigences de l’autorité...

Et c’est bien à une telle nécessité que se heurtent les quatre cardinaux aujourd’hui. Ils constatent que la doctrine de l’Eglise concernant l’indissolubilité du mariage et de son caractère sacré a été diluée par le Pape François dans “Amoris laetitia”. Ils ne voient pas comment on pourrait aménager une place dans l’Eglise pour une “éthique de situation”, quelle que soit la façon de la justifier. Non, pour ces hommes une seule chose compte, la loi divine qui dit : “Tu ne dois pas rompre les liens du mariage”. Cette loi est inscrite dans la conscience de ces hommes ; ils l’ont admise sans compromission. Et c’est pourquoi ils parlent ainsi. Ce n’est pas un Monseigneur Pinto qui pourra dire le contraire : s’il le faisait, il ne pourrait plus se prétendre catholique sur ce sujet de la conscience personnelle ! Même lui ne peut s’arroger le droit d’asservir la conscience des fidèles.

En ce qui me concerne, je ne peux pas imaginer que dans toute l’Eglise catholique à travers le monde, il n’y ait que ces quatre cardinaux qui aient osé prendre une telle décision en toute conscience. Alors j’appelle tous les pasteurs qui se sentent ainsi interpelés par leur conscience à se lever, à parler !

 

Source : Kathnet (Trad. MH/APL)

PLAIDOYER CONTRE UN PAPISME AVEUGLE. Par le Dr Markus Büning, théologien et juriste à Münster (D), Pro Liturgia, Vendredi, 9 décembre 2016.

"Amoris Laetitia" : le Dr Markus Büning, théologien et juriste à Münster (D) demande que l'on respecte la liberté de conscience des Quatre Cardinaux en citant le Bx J. H. Newman et le Cardinal Ratzinger

Partager cet article

Repost 0
Publié par Ingomer - dans Religion
commenter cet article

commentaires