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20 octobre 2016 4 20 /10 /octobre /2016 10:19

La foi sans la charité ne vaut rien (1 Co, 13, 2 Si je n'ai pas la charité, je ne suis rien), mais l'amour sans la vérité ne demeure pas.

De François, on cite souvent, pour en discuter le contenu, “Evangelii gaudium” et “Laudato Si”. On parle beaucoup plus rarement de l’Encyclique “Lumen fidei” qui, elle, est tellement claire qu’elle ne se prête pas à des interprétations alambiquée ou contradictoire. Et c’est normal car bien que ce document ait été signé par François, il a été écrit par Benoît XVI. Que dit ce document magistériel au sujet de l’amour dont nous parle si souvent le Pape François ainsi nos évêques à la recherche du moindre slogan qui, croient-ils, fera mouche ? Que l'amour est indissociable de la Vérité ; que sans la Vérité, l’amour n’est qu’un “beau conte”, un simple “tweet”, pourrait-on dire :

 

« Si vous ne croyez pas, vous ne comprendrez pas (cf. Is 7, 9). La version grecque de la Bible hébraïque, la traduction des Septante faite à Alexandrie d’Égypte, traduisait ainsi les paroles du prophète Isaïe au roi Achaz. La question de la connaissance de la vérité était mise de cette manière au cœur de la foi. Toutefois, dans le texte hébraïque, nous lisons autre chose. Là, le prophète dit au roi : « Si vous ne croyez pas, vous ne pourrez pas tenir ». (...) On pourrait penser que la version grecque de la Bible, en traduisant « tenir ferme » par « comprendre », ait opéré un changement profond du texte, en passant de la notion biblique de confiance en Dieu à la notion grecque de compréhension. (...) Saint Augustin a exprimé la synthèse du « fait de comprendre » et du « fait d’être ferme » dans ses Confessions, quand il parle de la vérité, à laquelle l’on peut se fier afin de pouvoir rester debout : “(…) en vous, [Seigneur], dans votre vérité (…) je serai ferme et stable”. A partir du contexte, nous savons que saint Augustin veut indiquer comment cette vérité fiable de Dieu est sa présence fidèle dans l’histoire, sa capacité de tenir ensemble les temps, en réunissant la dispersion des jours de l’homme, comme cela émerge dans la Bible. (Lumen fidei, § 23)

 

Lu sous cet angle, le texte d’Isaïe porte à une conclusion : l’homme a besoin de connaissance, il a besoin de vérité, car sans elle, il ne se maintient pas, il n’avance pas. La foi, sans la vérité, ne sauve pas, ne rend pas sûrs nos pas. Elle reste un beau conte, la projection de nos désirs de bonheur, quelque chose qui nous satisfait seulement dans la mesure où nous voulons nous leurrer. Ou bien elle se réduit à un beau sentiment, qui console et réchauffe, mais qui reste lié à nos états d’âme, à la variabilité des temps, incapable de soutenir une marche constante dans notre vie. (Lumen fidei, § 24)

 

Justement à cause de la crise de la vérité dans laquelle nous vivons, il est aujourd’hui plus que jamais nécessaire de rappeler la connexion de la foi avec la vérité. Dans la culture contemporaine, on tend souvent à accepter comme vérité seulement la vérité de la technologie : est vrai ce que l’homme réussit à construire et à mesurer grâce à sa science, vrai parce que cela fonctionne, rendant ainsi la vie plus confortable et plus aisée. Cette vérité semble aujourd’hui l’unique vérité certaine, l’unique qui puisse être partagée avec les autres, l’unique sur laquelle on peut discuter et dans laquelle on peut s’engager ensemble. D’autre part, il y aurait ensuite les vérités de chacun, qui consistent dans le fait d’être authentiques face à ce que chacun ressent dans son intériorité, vérités valables seulement pour l’individu et qui ne peuvent pas être proposées aux autres avec la prétention de servir le bien commun. La grande vérité, la vérité qui explique l’ensemble de la vie personnelle et sociale, est regardée avec suspicion. N’a-t-elle pas été peut-être - on se le demande - la vérité voulue par les grands totalitarismes du siècle dernier, une vérité qui imposait sa conception globale pour écraser l’histoire concrète de chacun ? Il reste alors seulement un relativisme dans lequel la question sur la vérité de la totalité, qui au fond est aussi une question sur Dieu, n’intéresse plus. Il est logique, dans cette perspective, que l’on veuille éliminer la connexion de la religion avec la vérité, car ce lien serait la racine du fanatisme, qui cherche à écraser celui qui ne partage pas la même croyance. Nous pouvons parler, à ce sujet, d’un grand oubli dans notre monde contemporain. La question sur la vérité est, en effet, une question de mémoire, de mémoire profonde, car elle s’adresse à ce qui nous précède et, de cette manière, elle peut réussir à nous unir au-delà de notre “moi” petit et limité. C’est une question sur l’origine du tout, à la lumière de laquelle on peut voir la destination et ainsi aussi le sens de la route commune. (Lumen fidei, § 25)

 

Dans cette situation, la foi chrétienne peut-elle offrir un service au bien commun sur la manière juste de comprendre la vérité ? Pour y répondre, il est nécessaire de réfléchir sur le type de connaissance propre à la foi. Une expression de saint Paul peut y aider, quand il affirme : “croire dans le cœur” (cf. Rm 10, 10). Le cœur, dans la Bible, est le centre de l’homme, le lieu où s’entrecroisent toutes ses dimensions : le corps et l’esprit ; l’intériorité de la personne et son ouverture au monde et aux autres ; l’intellect, le vouloir, l’affectivité. Eh bien, si le cœur est capable d’unir ces dimensions, c’est parce qu’il est le lieu où nous nous ouvrons à la vérité et à l’amour, et où nous nous laissons toucher et transformer profondément par eux. La foi transforme la personne toute entière, dans la mesure où elle s’ouvre à l’amour. C’est dans cet entrecroisement de la foi avec l’amour que l’on comprend la forme de connaissance propre à la foi, sa force de conviction, sa capacité d’éclairer nos pas. La foi connaît dans la mesure où elle est liée à l’amour, dans la mesure où l’amour même porte une lumière. La compréhension de la foi est celle qui naît lorsque nous recevons le grand amour de Dieu qui nous transforme intérieurement et nous donne des yeux nouveaux pour voir la réalité. (Lumen fidei, § 26)

 

(...) Sans vérité l’amour ne peut pas offrir de lien solide, il ne réussit pas à porter le “moi” au-delà de son isolement, ni à le libérer de l’instant éphémère pour édifier la vie et porter du fruit.

Si l’amour a besoin de la vérité, la vérité, elle aussi, a besoin de l’amour. Amour et vérité ne peuvent pas se séparer. Sans amour, la vérité se refroidit, devient impersonnelle et opprime la vie concrète de la personne. (...) Celui qui aime comprend que l’amour est une expérience de vérité (...) » (Lumen fidei, § 27)

 

“Qui suis-je pour juger ?” avait demandé le Pape François. Nous aimerions pouvoir lui répondre : “Mais, Saint-Père, vous êtes, pour l’Eglise et aux yeux du monde, le premier messager de l’unique Vérité. Dites-la, criez-la à temps et à contretemps. Elle touchera davantage que le rappel de bons sentiments.”

 

Source : Pro Liturgia, Jeudi, 20 octobre 2016.

L'amour sans la vérité n'est qu'un simple tweet

Si vous demeurez dans ma parole, vous êtes vraiment mes disciples, et vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres

Jn 8, 31-32

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Publié par Ingomer - dans Religion
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