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14 septembre 2016 3 14 /09 /septembre /2016 07:51

L'organisation Etat islamique s'est implantée (en Libye) et des réseaux de passeurs se servent des côtes libyennes pour envoyer des dizaines de milliers de migrants vers une traversée périlleuse de la Méditerranée à destination de l'Europe.

GB-Rapport parlementaire critique sur l'intervention en Libye, Reuters le 14/09/2016 à 02:53

Rapport parlementaire britannique critique sur l'intervention en Libye

La Grande-Bretagne et la France ont mené en 2011 une campagne de bombardements aériens en Libye qui a conduit au renversement Mouammar Khadafi, confronté à une rébellion armée.

 

Or, à l'instar de l'intervention occidentale contre l'Irak de Sadam Hussein en 2003 basée sur le mensonge du secrétaire d'Etat américain Colin Powell, "trompé" par la CIA à propos des armes de destruction massive détenues par l'Irak [1], là aussi, l'intervention militaire de la Grande-Bretagne en Libye en 2011, aux côtés de la France de Nicolas Sarkozy, a été lancée à partir d'une interprétation erronée des services de renseignements et l'intervention militaire britannique "a accéléré l'effondrement politique et économique de ce pays." C'est ce qu'affirment aujourd'hui des députés britanniques dans un rapport accablant pour l'ancien Premier ministre, David Cameron. [2]

 

L'intervention militaire britannique était basée sur des "postulats erronés" [3] et "sur une analyse partielle des preuves". Plusieurs erreurs ont été commises dans la décision britannique d'intervenir militairement avec la France pour protéger les civils réprimés par le "dictateur" Mouammar Kadhafi.

 

D'abord, le gouvernement britannique "n'a pas pu vérifier la menace réelle que le régime Kadhafi faisait peser sur les civils". Il a "échoué à identifier les factions islamistes radicales au sein de la rébellion", écrivent les parlementaires dans leur rapport.

 

Ensuite, "au lieu de se focaliser exclusivement sur le changement de régime par des moyens militaires", ["un engagement politique"] "aurait pu permettre de protéger la population civile, de changer et de réformer le régime à un coût moindre pour le Royaume-Uni et la Libye", explique le président de la commission des Affaires étrangères, Crispin Blunt.

 

Rappelons que le dirigeant libyen, Mouammar Kadhafi, est mort dans des conditions atroces, jeudi 20 octobre 2011 à Syrte, après avoir été blessé lors du bombardement par des avions français et un drones américain, puis récupéré au sol par les alliés islamistes, avant d’être lynché et abattu d’une balle dans la tête, comme dans les pires dictatures, sans autre forme de procès.

 

Dans un article du 20 octobre 2011, le journal Le Monde a donné cette information: "[L]e convoi "de plusieurs dizaines de véhicules" dans lequel se trouvait Mouammar Kadhafi a été bombardé par les forces de l'OTAN non loin de Syrte. Le ministre de la défense français, Gérard Longuet, a indiqué que l'aviation française avait identifié et "stoppé" la colonne dans laquelle se trouvait Kadhafi, mais précise que les tirs ne l'ont pas détruite. Les tirs français auraient divisé la colonne, et une fraction des véhicules aurait ensuite affronté des hommes du CNT. Les Etats-Unis ont assuré qu'un drone avait également participé à l'opération." [4 Le Monde]

 

Cette version est confirmée par une vidéo diffusée par les chaînes Al-Jazira et Al-Arabiya, montrant un Mouammar Kadhafi, visiblement vivant, aux mains d'hommes du CNT, hagard et le visage ensanglanté, en train d'être malmené et frappé par les combattants rebelles. L'ONG "Human Rights Watch" qui accorde foi à cette version, a publié le 17 octobre 2012 un rapport accablant [5] estimant que Kadhafi a été exécuté, l'anus poignardé avec une baïonnette, après sa capture (et non tué dans "un échange de tirs" comme l'a annoncé Mahmoud Jibri, le numéro deux du "Conseil National de Transition") [6 Le Figaro]. L'ONG dénonce également une soixantaine d'exécutions sommaires perpétrées

 

Une demi-décennie après la chute et la mort de Kadhafi, le chaos continue de régner en Libye. L'Etat islamique s'est implanté

 

Le pays reste sans autorité centrale capable de s'imposer à l'ensemble du pays. Le gouvernement d'union nationale (GNA), soutenu par l'ONU, peine à asseoir son autorité sur l'ensemble du pays depuis son installation en mars à Tripoli.

 

Les anciens rebelles continuent de s'affronter.

 

L'organisation Etat islamique s'est implantée et des réseaux de passeurs se servent des côtes libyennes pour envoyer des dizaines de milliers de migrants vers une traversée périlleuse de la Méditerranée à destination de l'Europe...

 

La commission parlementaire britannique affirme que David Cameron, qui a démissionné en juin dernier, a joué un rôle "décisif" dans la décision d'intervenir militairement en Libye et qu'il doit de ce fait en porter la "responsabilité ultime" car son gouvernement n'est pas parvenu à voir dans les rapports des services de renseignement que la menace contre les civils était exagérée et que la rébellion comprenait une importante composante islamiste. Il manquait aussi un plan pour l'après-intervention, jugent les députés britanniques.

 

"Notre manque de compréhension de la capacité institutionnelle du pays a fait obstacle aux progrès de la Libye pour instaurer la sécurité sur le terrain et absorber les ressources financières et autres en provenance de la communauté internationale", dit Crispin Blunt.

 

Dans une interview publiée en avril par le magazine The Atlantic, le président américain Barack Obama avait déjà en partie imputé le chaos libyen à un manque de "suivi" de la part de la Grande-Bretagne et de la France après leur intervention de 2011.

 

Lors d'un entretien avec les ouvriers de l'usine de Votkinsk (Oudmourtie, Oural) en mars 2011, le président russe Vladimir Poutine, de son côté, avait vivement critiqué la résolution du Conseil de sécurité de l'Onu sur la Libye qui évoquait "un appel à la croisade, qui autorise l'invasion d'un pays souverain".

 

Chez nous en France, y aura-t-il une commission d'enquête parlementaire pour accuser le président Nicolas Sarkozy et son gouvernement d'avoir soutenu l'intervention en Libye et d'avoir eu un rôle majeur dans le chaos libyen et l'arrivée massive des "migrants" en Europe en 2015 ?

Notes

 

(1) On se rappelle qu'en 2003 Colin Powell, le secrétaire d'État des États-Unis, tint une capsule d'anthrax, lors d'une session du Conseil de sécurité des Nations unies, en prétendant que l'Irak était susceptible de posséder des armes de destruction massive. Dans un entretien en 2013, il déclara au sujet des armes de destruction massive en Irak, que "Saddam Hussein (...) n'en possédait pas un gramme" et que la CIA l'avait "trompé" (Vincent Jauvert, "EXCLUSIF. Colin Powell : comment la CIA m'a trompé", Le nouvel Observateur,‎ 3 mars 2013)

(2) Rapport parlementaire critique sur l'intervention en Libye, Boursorama, Reuters le 14/09/2016 à 02:53

(3) Libye: un rapport parlementaire britannique dénonce l'intervention de 2011, LaLibre.be, Publié le 14 septembre 2016 à 03h23

(4) Ce que l'on sait des circonstances de la mort de Kadhafi, Le Monde.fr avec AFP et Reuters Le 20.10.2011 à 13h11 • Mis à jour le 20.10.2011 à 22h0

(5) Comment est vraiment mort Kadhafi, Frédéric Pons, Valeurs actuelles, 25 octobre 2012

(6) Kadhafi et un de ses fils auraient bien été exécutés, Le Figaro, Par Tristan Vey , AFP, AP, Reuters Agences Mis à jour le 17/10/2012 à 15:35 Publié le 17/10/2012 à 12:40

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