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8 juillet 2016 5 08 /07 /juillet /2016 07:24

Vieille lutte du Leviathan contre l'Eglise, sa tentative d'absorption du pouvoir spirituel par le pouvoir temporel dans le domaine éducatif, un monde où la distinction entre les deux pouvoirs (laïcité) n'existe plus (malgré les apparences et les mots employés...), un monde où une éducation à deux vitesses de nature anglo-saxonne, un enseignement, public et minimal, s’imposera aux moins nantis, tandis qu’une école, de bonne facture car facturée, s’offrira aux fortunés...: le résultat des pédagogistes et de la "réforme du collège" voulue par les socialistes. C'est le constat d'Olivier Gosset, Enseignant au Lycée Sainte Marie de Lyon.

Encore une fois, là où le Christ ne règne pas, l'Argent règne, là où la charité ne règne pas, l'inégalité règne.

De grignotages successifs en concussions calculées, s’est imposé à l’école libre un nouveau concordat, fait d’intérêts marchands et de procédure, par lequel trône et autel se mêlent, le premier absorbant littéralement le second.

Olivier Gosset – Enseignant au Lycée Sainte Marie de Lyon

Les troubles qu’a connus l’an dernier l’Association des Parents de l’École libre ont mis en lumière la présence d’un malaise au sein de l’enseignement privé sous contrat. Rompant les relations avec la direction nationale, trois fédérations locales de la région lyonnaise ont signalé leur désaccord. Confirmant cette rupture, les écoles hors contrat connaissent un vif succès : dans l’année 2015, 70 établissements de ce type ont été créés en France, chiffre qui constitue une progression de 10 % . Pourtant, les classes de l ‘école privée sous contrat ne désemplissent pas. Au contraire, les chefs d’établissement s’accordent à dire que la réforme des rythmes scolaires, qui ne s’applique qu’au Public, a suscité une augmentation des demandes d’inscription dans le Primaire. Que se passe-t-il alors dans l’école privée sous contrat ? Pourquoi certains y expriment leur mécontentement tandis que d’autres y affluent ? Quels changements expliquent cette divergence.

 

La lumière mise sous le boisseau

 

Le 16 novembre 2015, Pascal Balmand, Secrétaire Général de l’Enseignement Catholique, prononçait, devant les membres de son personnel, un discours à la mémoire des victimes des attentats de Paris. A aucun moment du propos de ce dernier, ne fut explicitement et personnellement fait référence à la foi ou à l’espérance. Tout au plus apprit-on en fin d’allocution qu’il fallait, aux yeux de l’orateur, « cultiver ce goût des autres qui doit plus que jamais nous unir ». Strictement horizontale, cette conclusion signala un refus de la transcendance, la Bonne Nouvelle ayant été abandonnée au profit d’une morale laïque. Pourtant, le Statut de l’Enseignement catholique en France, texte fondateur publié en juin 2013, est explicite à cet endroit : « L’Évangile », assure l’article 23 de ce document, « est la référence constante des projets éducatifs car c’est le Christ qui est le fondement du projet éducatif de l’école catholique ». En phase de sécularisation avancée, l’enseignement privé sous contrat semble avoir perdu sa vocation spirituelle. Corps sans âme, l’école libre n’aurait de catholique que le nom, se diluant en un « caractère propre » que plus personne ne se hasarde à vouloir définir.

 

Silence sur l’Évangile de la vie

 

Conséquence de cet effacement, les propositions faites en matière d’éducation à la vie affective et sexuelle reflètent la prégnance d’un hédonisme consenti. Ayant fait grand bruit, la revue Famille et Éducation de l’Apel consacrait, aux mois de juin et juillet 2015, un dossier à ce sujet, intitulé Enfants et ados, l’amour c’est du sérieux. En des pages instructives, un certain Roman, petit garçon de 10 ans, déclarait : « je préfère être amoureux ». Signe d’un sentimentalisme irréfléchi, le propos montrait une séduction subie à l’égard de l’air du temps, où ne pouvaient plus s’accorder amour et vérité de la morale chrétienne. Saint Jean-Paul II, affirmait cependant, en son Évangile de la vie, que celle-ci devait être annoncée « avec courage et fidélité pour les hommes de toute époque et de toute culture ». Consentement aux appétences du moment, le numéro de la revue de l’Apel révélait une dérogation à la vertu de tempérance, symptôme d’une affectivité non éduquée. En matière de sentiments et de corps alors, l’école privée sous contrat est-elle vraiment libre ? A-t-elle le courage d’affirmer les exigences de l’éthique chrétienne ?

 

Une sous-préfecture de la Préfecture ?

 

A l’échelle institutionnelle, une telle subordination semble également de mise. Sans doute pressé par une actualité douloureuse, le Secrétaire Général de l’Enseignement Catholique déclarait récemment vouloir inscrire au règlement intérieur des établissements privés sous contrat une mention explicite aux « valeurs de la République ». Surprenante, l’adoption de ce lexique exogène trahit une vassalité sémantique à l’endroit d’un vocabulaire imposé. Intégration d’une doxa convenue et ces temps-ci plutôt inopérante, cette soumission montre l’effacement d’une identité chère à l’école libre et que garantit pourtant la loi Debré. « L’établissement », stipule l’article 1 de celle-ci, « tout en conservant son caractère propre doit donner » un enseignement « dans le respect total de la liberté de conscience ». Véritable département de l’État, l’école catholique a délaissé sa tutelle épiscopale pour se ranger à l’autorité des ministères. Ayant déposé mitres et chasubles, elle consent à se faire prélat d’une République quelque peu moribonde.

 

Conversion, prosélytisme

 

Preuve de cette porosité, l’assentiment immédiat que donnèrent les responsables de l’école libre à la réforme du collège fut pour beaucoup une révélation, pour ne pas dire un choc. Caroline Saliou, présidente de l’Apel, et Pascal Balmand unirent leurs voix pour approuver le projet de Najat Vallaud-Belkacem, avant même que celui-ci ne fût discuté en conseil des Ministres. A Lyon, le 24 septembre 2015, 90 chefs d’établissement se rassemblaient à l’Oratoire pour une session intitulée « La réforme, parlons-en » et invitant ces derniers à « s’emparer ensemble de cette réforme ». Portant préjudice au principe de subsidiarité, la direction de l’école catholique cautionna, sans l’avis des parents ni des enseignants, un décret qui impliquait un appauvrissement des savoirs ainsi que, sous le couvert de l’autonomie et de la libre initiative, la constitution d’une disparité des territoires et des écoles. Le Pape François pourtant, lorsqu’il s’adressait à l’association des parents des écoles catholiques, déclarait l’an dernier : « sachez faire la différence par la qualité de la formation ». S’alignant sur une politique au rabais qui solde à bon compte un enseignement qui fit ses preuves, les autorités de l’école libre servirent, pour les hussards gris du Ministère, de relais inespéré auprès de l’opinion publique. En matière de promotion et de publicité, la rue de Grenelle peut désormais compter sur un organe de presse efficace, consentant et non rétribué.

 

Sidérations nouvelles pour des idées anciennes

 

Cinquième forme de connivence, les têtes pensantes de l’enseignement privé sous contrat versent dans un pédagogisme désuet, hérité de Rousseau et de Freinet. Preuve de ce rapprochement, les assises nationales de l’enseignement catholique décidèrent en décembre 2001 la création d’ « Observatoires pédagogiques, sociaux et pastoraux ». En sa fondation, cette instance entendait assurer la « cohérence entre l’innovation pédagogique, les relations entre les personnes et les finalités éducatives ». La porte ayant été ouverte, les pédagogistes s’engouffrèrent dans le temple. En 2012, le site de l’enseignement catholique se dotait d’un onglet intitulé « réseau des observatoires pédagogiques » et conçu comme « espace de partage et de travail collaboratif ». Historique consécration de cette inflexion, l’enseignement catholique organisait, les 12 et 13 mars 2015 au collège des Bernardins, un colloque intitulé « Savoirs en questions et questionnement du savoir ». Centrées autour des difficultés d’apprentissage, ces journées reprenaient à leur compte les mantras de la rue de Grenelle. S’achevant sur des « ateliers de savoirs croisés », le programme des deux journées invitait à partager « une expérience de transdisciplinarité ». Nouvel assentiment donné aux vues ministérielles, cette adhésion faisait fi des siècles de pensée chrétienne portée sur la question éducative. Pourtant, la loi Debré, en son article 5ter, garantit en ces termes la liberté pédagogique : « les expériences de recherche pédagogique peuvent se dérouler dans des établissements publics ou privés ». Préférant se ranger aux sirènes des Meirieu et Bourdieu, l’école libre fait fi des préceptes d’un Don Bosco comme des lumières de la Ratio Studiorum. Spéculative et non enracinée, la pédagogie qui se déploie à l’Observatoire abolit l’héritage reçu d’une Église, qui dans ce domaine est aussi experte en humanité.

 

Épiscopat mutique

 

Le plus grave en cette déliquescence est sans doute le silence des évêchés. Le Statut de l’Enseignement catholique en France l’affirme avec force néanmoins : l’école libre, naturel prolongement de la pastorale diocésaine, est aux mains des évêques. Rappelons que le texte lui-même fut adopté par l’Assemblée plénière de la conférence épiscopale en avril 2013. Preuve de cette filiation, l’article 198 du document confie à l’évêque « la reconnaissance du caractère catholique de chaque école catholique de son diocèse » ainsi que la responsabilité d’ « assurer aux élèves et aux parents la qualité humaine et spirituelle des écoles ». Or, les pères épiscopaux sont trop souvent mis à l’écart ou absents des orientations prises par l’enseignement privé sous contrat. A titre d’exemple, on pourra mentionner cette « Charte éducative de confiance », nouvelle invention du Secrétariat Général de l’Enseignement catholique, qui entend dicter, aux parents comme aux enfants entrant dans les écoles catholiques, « des attitudes communes ». Si les signataires de ce protocole sont appelés à être « le chef d’établissement », « les parents », ainsi que « l’ élève », nulle mention n’est faite à la moindre autorité religieuse. Faut-il rappeler que l’évêque se doit, en matière d’enseignement, d’exercer, sur son diocèse, un devoir de vigilance et de communion ? L’épiscopat français restera-t-il toujours distant de cette terre de mission qu’est l’école ?

 

Perte du bien commun et relégation des pauvres

 

Conséquence de cette déréliction, c’est l’Église entière qui paraît manquer à son universelle vocation. De réformes ineptes en décret imposé, la nation est en passe de sacrifier, aux mânes du marché et sous le couvert d’une égalité dénaturée, ce qui fit sa source et son avenir et qui est son école. En cette désertion, l’Église a le devoir de rappeler les impératifs du bien commun comme de se soucier des plus démunis. Or, les mutations qui sont en cours laissent présager de ce qui va suivre : déçus par un enseignement public sans teneur, les parents qui pourront se le permettre inscriront leurs enfants dans le privé. Cette structure, jouissant d’une très relative liberté, proposera à la marge des enseignements complémentaires et tarifés. Envisageable, cette possibilité est entrevue à l’article 4 de la loi Debré, où l’on peut lire que « les établissements organisent librement toutes les activités extérieures au secteur sous contrat ». De là naîtra une éducation à deux vitesses, de nature anglo-saxonne : un enseignement, public et minimal, s’imposera aux moins nantis, tandis qu’une école, de bonne facture car facturée, s’offrira aux fortunés. Que ce clivage convienne à un État déficient et endetté, sans idéal ni provision, ne surprend guère. Mais l’enseignement privé sous contrat est-il bien prêt à ne recevoir en ses murs que des élèves savants et nantis, formant les publicains et pharisiens de demain ? L’école privée, si elle se veut catholique, n’a-t-elle pas à porter le souci de tous comme l’attention prodiguée aux plus pauvres ? Lorsqu’un pays ne protège plus et n’instruit plus, il incombe à la paroisse de veiller sur toutes ses ouailles. En cette carence d’État, c’est à l’Église d’accomplir sa vocation d’unité et de charité pour demeurer ce qu’elle ne doit jamais cesser d’être, Mater et Magistra.

 

« Les conditions désespérées de la société dans laquelle je vis me remplissent d’espoir », a pu dire Marx en son temps. Entre simonie et acédie, notre école privée sous contrainte traverse une crise, dont elle ne sortira qu’en se libérant des tutelles temporelles qui la contraignent pour retrouver sa vocation première. En ces relevailles, quelques fondements sont à mettre à l’honneur : Évangile du Christ comme socle commun, épiscopat comme autorité gouvernante, subsidiarité comme principe régulateur, universelle charité comme idéal politique, indépendance institutionnelle vis à vis du Ministère, redécouverte de l’expérience chrétienne de l’éducation et restauration de la responsabilité des parents enfin, premiers et nécessaires éducateurs de leurs enfants. Crucial, ce sursaut est à susciter dès maintenant, faute de quoi l’État jacobin réussira ce qu’il manqua en 1984. De grignotages successifs en concussions calculées, s’est imposé à l’école libre un nouveau concordat, fait d’intérêts marchands et de procédure, par lequel trône et autel se mêlent, le premier absorbant littéralement le second. Face à cette annexion, les laïcs se trouvent mandataires d’une mission nouvelle : exerçant leur sacerdoce commun, ils ont à être sentinelles de leur école, gardiens de la foi et veilleurs d’une charité que la mondanité menace.

 

Source: Parents pour l'Ecole

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Publié par Ingomer - dans Religion
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Solemna 08/07/2016 09:57

Bonjour,
Le contenu de cet article correspond pleinement à la triste réalité de l'école en général, et de l'école sous contrat en particulier. Ce texte présente le grand mérite du constat réfléchi et éclairé. Que fait un pays de ses enfants, lorsqu'il sacrifie l'instruction qui est, par essence, par nature, par définition, un acte de charité, parce qu'elle est, entre autres, un acte d'élévation?
Merci à vous pour la diffusion de ce texte.