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31 juillet 2016 7 31 /07 /juillet /2016 18:37

Le sanctuaire Notre-Dame d'Abet à Lahontan est l'un des plus anciens du pays

Sanctuaire Notre-Dame d'Abet de Lahontan (64)

Dans les Pyrénées-Atlantique, à la frontière du Béarn, arrêtons-nous d'abord au sanctuaire d'Abet, qui fait aujourd'hui parti de Lahontan, dans le canton de Salies (64). Abet, ancien village détruit, a toujours été, comme Lahontan, en territoire français d'après la carte de Cassini, où l'église est indiquée comme étant déjà en ruines, la limite du Béarn et de la France passe à quelques centaines de mètres à l'est de ce sanctuaire, c'est-à-dire entre Abet et la commune de Bellocq, qui est en territoire béarnais.

Lahontan ou Lafontan est étymologiquement un pays de fontaines. Sur Abet les étymologistes ne sont pas d'accord. Ce mot vient-il du latin "abiet, abietis" sapin, comme le nom du Lavedan, la haute vallée de Lourdes, en béarnais "Labédaa", qui vient du mot "abédaa", sapinière ? Mais il n'y a pas de sapins à Lahontan. D'après M. Dubarat, Abet serait un vieux mot français qui signifie secours. Ainsi Abet serait Notre-Dame du Secours, du Refuge. On dit quelquefois Dabet, mais tout simplement par euphonie, comme on dit Dax au lieu de Acs, parce que le gascon et le béarnais répugnent l'hiatus.

Certains ont voulu voir dans ce nom d'Abet, l'appellation d'une divinité, du génie tutélaire des fontaines, et dans la fondation d'un sanctuaire dédié à la sainte Vierge, le besoin qu'éprouvèrent les premiers missionaires de christianiser les endroits consacrés aux dévotions païennes. Sans nous lancer dans ces hypothèses, disons ce que fut ce sanctuaire, un des plus anciens du pays.

D'après une tradition populaire, l'antique village d'Abet était situé tout à fait sur les bords du gave. Ce village aurait été détruit au Moyen-Âge à la suite d'un déplacement de la rivière et d'une grande inondation, et les familles d'Abet auraient été grossir le bourg voisin de Lahontan. Cette tradition est relatée dans une supplique adressée en 1717 à l'évêque de Dax par les jurats de Lahontan, qui demandaient à cette époque l'érection en paroisse de leur église annexe de Lahontan, dédiée à sainte Marie-Madeleine. Nous trouvons cependant dans les vieux textes du XVIe siècle la mention de "Notre Done de Lafonta". Ce qui est certain c'est que le cimetière de Lahontan est resté autour des ruines de l'église d'Abet. Il s'y trouve encore, à plus d'un kilomètre de l'agglomération ou bourg de Lahontan, autour de la chapelle aujourd'hui restaurée.

 

Chose bizarre, Abet n'est pas mentionnée  dans le cartulaire de Sorde (1), qui ne contient que des actes du XIe et du XIIe siècles, mais il y est question de Lahontan dans un acte qui paraît avoir été intercalé et qui date de 1293. Il s'agit de la donation faite par anglèse de Saint-Martin, dame de Saint-Cricq, au monastère de Sorde, du quart de la dîme de Lahontan. D'après Paul Raymond, cet acte est entièrement transcrit sur un grattage et son écriture du manuscrit. Ce silence du cartulaire de Sorde au sujet de l'égise d'Abet, alors que toutes les églises voisines y sont mentionnées, nous fait supposer que la tradition relative à la possession de l'église d'Abet par les Templiers serait tout à fait conforme à la vérité. Sans doute l'abbaye de Sorde n'avait rien à voir dans l'administration de cette église.

 

Dans sa "Statistique des Basses-Pyrénées" publiées en 1845, Picamilh dit à l'article Lahontan : "Eglise en ruines, ancienne propriété des Templiers. Dans un mur de cet édifice se trouve une statue de la Vierge, objet de pèlerinages de la contrée d'alentour qui vient le 15 août prier à ses pieds et se baigner dans des fontaines longeant ce même mur".

 

Il y a 50 ans encore, avant la restauration de la chapelle, on ne voyait à côté du cimetière que des murs très épais, couverts de ronces et de broussailes, mais la foule des pèlerins basques de la région d'Arraute, de Masparaute, d'Orègue et d'Ilharre était toujours fidèle au rendez-vous du 15 août, avant le lever du soleil, aux pieds de la statue miraculeuse.

Sanctuaire Notre-Damet d'Abet - Vers les fontaines sur les bords du Gave de Pau

Sanctuaire Notre-Damet d'Abet - Vers les fontaines sur les bords du Gave de Pau

D'après la légende, ce fut à une époque très ancienne, qu'un paysan découvrait sur les bords du gave, dans un ravin couvert de broussailes, une satue en bois de la Vierge Marie. La légende de Notre-Dame d'Abet accuse une ressemblace frappante avec celle de Sarrance dans la vallée d'Aspe et de Bétharram, non loin de Lourdes. On pourrait même dire qu'on les a combinées toutes les deux pour n'en faire qu'une seule.

 

Quoiqu'il en soit, un culte public est rendu à la vieille statuette dans l'église d'Abet. L'image est d'un art tout à fait rudimentaire. Présentée à la société de Borda en 1888, voici l'appréciation qui fut émise :

 

"La Vierge en bois de Notre-Dame d'Abet était très grossièrement faite et ne porte le caractère précise d'aucune époque. Néanmoins, le vêtement de la Vierge, son capuchon, la pose de l'Enfant Jésus sur le bras gauche ne permettent pas de reporter cette statuette avant le XIXe siècle au plus tôt; peut-être est-elle postérieure. En tout cas, elle a dû être peinte depuis cette époque. C'est l'oeuvre d'un ouvrier de village."

 

Cependant, peu d'églises peuvent se vanter d'avoir une statue aussi ancienne et aussi vénérée.

Sanctuaire Notre-Dame d'Abet de Lahontan - Statue Notre-Dame d'Abet

Sanctuaire Notre-Dame d'Abet de Lahontan - Statue Notre-Dame d'Abet

Une tradition, qui ne repose sur rien, rapporte que le pape Urbain II, le pape des Croisades, saint Bernard et plus tard le pape Clément V, Bertrand de Got, le pape Gascon de Villandraut, qui abolit l'ordre des Templiers, serait venus à Notre-Dame d'Abet. Le sanctuaire survécut à l'abolition du fameux ordre.

Il est vraisemblable que la nouvelle bastide de Lahontan attira chez les habitants d'Abet, comme la nouvelle bastide de Bellocq, élevée sur le territoire béarnais, fut peut-être une des causes de la disparition complète du village et de l'église Saint-Pierre de Fascheux, voisine d'Abet, et dont il est question dans la charte de 1010. De même, presque en face d'Abet, sur la rive droite du Gave l'église Saint-Etienne d'Esleich a complètement disparu. Il ne reste plus trace de cet édifice; les ruines elles-mêmes ont péri, dirait le poète... Au moins Abet conservera ses ruines.

 

Les chroniqueurs rapportent que vers la fête de la Purification, en 1254, Gaston de Béarn, eut la hardiesse de vouloir s'introduire à Bayonne, mais que repoussé par les Anglais, il vint chercher un refuge sous les murs d'Abet.

 

Le 6 avril 1299, Edouard Ier d'Angleterre écrivait au maire de Bayonne, pour le prier de faire conduire à la tour de Londres les frères Devillé, Jean de Saucerrre et autres conspirateurs, coupables d'avoir voulu libérer leur patrie. Ils échappèrent à grand peine, se réfugièrent quelque temps dans l'église d'Abet et de là passèrent sur le territoire béarnais, dans la nouvelle place forte de Bellocq.

 

Abet retomba sous la domination anglaise. On croit que de cette époque datait une ancienne cloche de l'église, sur laquelle on lisait en caractères gothiques cette inscription en latin : "le roi Edouard Ier. Sainte Marie, priez pour nous Jésus de Nazareth."

 

Le pape Clément V étant intervenu pour réconcilier Philippe le Bel et Edouard Ier, roi d'Angleterre, il n'est pas téméraire de supposer que les Templiers et ce qui leur appartenait de l'église d'Abet furent victimes de cette réconciliation.

 

En 1569, le protestant Montgommery, fléau des églises et des lieux de dévotion, se jeta sur l'église d'Abet et le bourg de Lahontan. Le combat fut acharné, mais les Lahontanais, qui tous avaient pris les armes, sortirent vainqueurs et se rendirent à l'église d'Abet pour remercier Dieu et y déposer les "bannières de rouges sandal" prises à l'ennemi et qui signifiaient "mort sans remède et mortelles guerres en tous lieux". (2)

 

Nous verrons plus loin comment les testaments faits en faveur des sanctuaires ou lieux de dévotion sont une preuve palpable de leur célébrité. Pour Abet, la première donation connue est celle du seigneur de Domezain, de Caresse, en l'an 1472. A la date du 9 juillet 1556, Arnaud-Guilhem de Marca-Susa, habitant de Nay, laisse par testament quatre écus à distribuer "en messes en l'honneur de Notre-Dame d'Abet de Lahontan". Ce sanctuaire joussait donc à cette époque d'une certaine notorité, puisqu'un habitant de Nay fait un legs en sa faveur. A sa mort, Montaigne, le fameux auteur des Essais, qui a écrit une page fort originale sur ses vassaux de Lahontan, fit don à l'église d'Abet du "droit d'aiguillon" qui consistait dans le prélèvement de la valeur du treizième des agneaux qui naîtraient dans la commune.

 

Au XVIIIe siècle, le sanctuaire d'Abet était déjà déchu de son antique splendeur. Cette église n'était plus nécessaire au culte et cependant nombreux sont les testaments faits en sa faveur. On ne peut expliquer ces alrgesses que la particulière vénération du peuple pour ce lieu de dévotion. Le procès-verbal de la visite pastorale de l'évêque de Dax, Monseigneur Suarez d'Aulan, en 1739, nous apprend "qu'on était dans l'usage de temps immémorial de n'y venir dire la messe qu'aux jours de la sainte Vierge et aux lendemains des fêtes annuelles lorsque le temps le permettait." Il y est dit aussi qu'on venait "dans la présente église en procession de quinze en quinze jours". (3) Cependant, Notre6Dame d'Abet attirait toujours les foules des pélerins étrangers, et le dernier évêque de Dax, Monseigneur Lequien de la Neuville, confirmait de son autorité à la fin de ce siècle, le récit des merveilles qui s'y opéraient. Des ex-voto de reconnaissance attestaient la protection de Marie, et les vieillards se souvenaient encore il y a quelques années d'avoir vu à la tribune de l'église et près de l'hôtel de Notre-Dame "une si grande quantité de béquilles qu'une paire de boeufs aurait presque eue de la peine à les traîner."

 

Puis pendant longtemps ce fut le désert et le silece autour de la vieille chapelle, mais la foi des pélerins est si tenace que les pélerinages du 15 août et du 8 septembre ne cessèrent jamais. Notre-Dame d'Abet a subsisté par et avec le peuple pendant au moins un siècle !

 

Cette affirmation ne paraîtra pas trop tranchante quand on saura que le clergé des environs fut longtemps hostile à ce pélerinage, pendant presque tout le XIXe siècle, peut-on dire. Il ne voyait pas d'un bon oeil le pélerinage de nuit, les danses et autres désordres qui s'introduisaient, sous couleur de dévotion, jusque près des murs de l'antique sanctuaire. Il doutait même de l'authenticité de la légitimité du culte rendu à la Sainte Vierge dans ces lieux. Ce n'est que sous l'épiscopat de Monseigneur Fleury-Hottot qu'on put songer sérieusement à restaurer la chapelle et à rétablir officiellement le culte de Notre-Dame d'Abet. Il fallut des enquêtes, des rapports et aussi la foi ardente et persévérante du curé de Lahontan, Monsieur l'abbé Bacqué, pour réussir dans cette perspective. Monsieur Dubarat, déjà connu à cette époque (1888) par ses travaux sur Sarrance, conclut ainsi son appréciation, dans un mémoire à l'autorité diocésaine :

 

"Le pélerinage de Notre-Dame d'Abet est dans son origine, son développement et surtout par la persévérance des fidèles, aussi respectable que les plus célèbres du Béarn et des Landes. Toute son histoire se résume en ces quelques mots: légende commune à beaucoup de sanctuaire; existence certaine d'Abet en 1472; présomption de notorité de vénération populaire par les legs faits à Abet, procession et culte pendant deux siècles (1600-1800), malgré le délabrement de l'édifice, reprise et persistance du pélerinage en dépit d'une révolution qui a bouleversé tant d'idées et détruit tant de pieuses habitudes; concours actuel (1888) de fidèles chaque année à Abet."

 

Inutile de préciser que les abus ont cessé, que les désordres ont disparu. Aujourd'hui le sanctuaire a repris une nouvelle vie. Les trois derniers curés de Lahontan lui ont consacré le meilleur de leur zèle, et les foules viennent toujours plus nombreuses des Landes, du canton de Salies et des confins du Pays Basque.

Les pélerins basques et béarnais venaient jadis se baigner le 15 août dans les fontaines qui jouxtaient le mur de l'ancienne chapelle.

Sanctuaire Notre-Dame d'Abet de Lahontan (64)

CHANT DE NOTRE-DAME D'ABET

 

R- Je viens prier à Notre-Dame,

Vierge du pays d'Abet.

Je viens lui confier mon âme,

Elle saura la garder.

 

1- Il est chez moi une chapelle

Où je viens prier bien souvent

Car c'est Marie qui m'y appelle

Elle y rassemble ses enfants.

 

2 - De Salies et Sauveterre

Par ces sentiers ils ont marché

Ils allaient retrouver leur Mère

Et pleurer leurs pauvres péchés.

 

3- Et je reprends la même route

Et je lui dis les mêmes chants

Je porte en moi les mêmes doutes

Avec bonté, la Vierge attend.

 

4 - Au-dessus des forêts, des vignes

Veillant au donjon crénelé

J'aperçois l'Ange qui fait signe

La Mère est là , amis venez.

 

5- Elle m'accueille humble et sereine

Et dans ses bras voici son Fils

Sa vue adoucit toute peine

Vierge d'Abet, tu me souris.

 

6 - Elle a gardé son visage

Les regards qui l'ont suppliée

Et dans ses yeux je vois les larmes

De toutes les yeux qui ont pleuré.

 

7 - Ecoute donc dans le silence

Celle qui, au coeur sait parler

Et laisse là le poids immense

De tes angoisses et tes péchés.

 

 8 - Amis sur des routes plus belles

Désormais plus tôt tu iras

Abet sera l'aube nouvelle

D'un beau jour de paix et de joie.

 

PRIERE A NOTRE-DAME D'ABET

 

Nous élevons les yeux vers vous Ô Mère de notre Dieu, Souveraine des Anges et des hommes.

Nos pères aimaient vous invoquer sur le nom de Notre-Dame d'Abet: souffrez que nous vous saluions encore d'un nom qui vous est cher, puisque vous avez opéré de nombreux prodiges en faveur de ceux qui vous le répétaient.

Vierge sainte, votre adorable Fils a remis entre vos mains le sceptre de miséricorde pour que toutes les grâces nous viennent par vous. Ô Notre-Dame d'Abet.

Jetez sur nous un regard de bonté et accordez-nous le secours de votre intercession et de vos prières, afin que les puissances du mal conjurées contre tous les enfants de Dieu et surtout contre l'âme des plus jeunes, ne puisse nous nuire.

Afin d'être à vous plus encore, nous vous consacrons nos personnes, nos failles, nos biens, nos intérêts les plus chers et nous espérons que vous serez avec nous chaque jour de notre vie, mais surtout à l'heure de la tentation et de la mort . Amen.

Sanctuaire Notre-Dame d'Abet de Lahontan (64)

Notes

 

(1) Le cartulaire de Sorde est la traduction en français moderne d'une charte juridique établie en latin entre le Xe et le XIIIe siècle qui attestait les titres et privilèges de la communauté de l'abbaye de Sorde (Landes). Un document qui permet de comprendre la vie des communautés religieuses au Moyen Age, en particulier dans le sud des Landes, au Pays basque et dans le Béarn. (Source)

(2) Edmond Roy, Le baron de Lahontan (mémoire S.R. Canada)

(3) Dubarat, Etudes, tome IV, p. 145-146

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Publié par Ingomer - dans Religion
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